Présidentielle 2027 : François Hollande sur la route de la candidature
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Autre sujet, la présidentielle de 2027. Écoutez, Karl Meus, rédacteur en chef du Figaro Magazine, sur les multiples candidatures à gauche, il était sur Europe 1.
C'est curieux ce besoin chez les gens de gauche de vouloir tous être candidats à la présidentielle. L'espace politique le plus petit concentre le nombre de candidats le plus élevé. Toutes ces personnalités appartiennent à ce qu'on appelle la social-démocratie, le centre-gauche, la gauche non-mélenchoniste, ou pour reprendre leur expression, la gauche du gouvernement. Ils répètent tous qu'il ne doit y avoir qu'un seul candidat pour avoir une chance d'y arriver, et pourtant, ils organisent le trop-plein en s'ajoutant chacun à la liste.
Tous pensent qu'Edouard Philippe va libérer un espace politique au centre-gauche, obligé qu'il sera de partir sur sa droite pour contrer la candidature de Bruno Retailleau. La politique, c'est une course de chevaux couplée à un poker menteur. Le plus faible peut imposer ses conditions au plus fort s'il arrive à lui faire croire que son ralliement est indispensable pour l'emporter.
Voilà, dans la course des chevaux, il y en a un qui pourrait se rajouter. François Hollande, il a réuni ses soutiens. Ils étaient environ 150 hier au Sénat. Il y avait par exemple le maire de Paris-Centre, Ariel Veil, l'ancien patron de Libération, Laurent Joffrin, l'ancienne maire de Vaud-en-Velin, Hélène Geoffroy, les sénateurs Rachid Temal, Patrick Caner aussi, ou Jean-Christophe Cambadélis. Et alors, plusieurs petites phrases. Il a rappelé subtilement qu'il avait déjà été président, qu'il connaissait la fonction puisqu'il l'avait remplie. « Je peux être utile, mais je ne peux pas être un candidat de témoignage. » Ça veut dire quoi, selon vous ?
Ça veut dire que si en octobre ou novembre, les sondages ne décollent pas, François Hollande ne sera pas une candidature de témoignage. Et qu'en revanche, s'il passe à part des 10%, peut-être qu'il tentera de s'imposer. Au-delà de la blague, ça dit quand même deux choses. Déjà, un...
Je ne sais pas si c'est une blague, d'ailleurs.
Oui, vous avez raison. Déjà, ça dit quelque chose quand même sur la drogue qu'est la politique. C'est-à-dire que cet homme-là, qui a été président de la République, qui aurait très bien pu se prélasser, profiter de ses beaux jours, passer à autre chose, surtout après le mandat qu'on a connu. Mais cette volonté de tous les hommes politiques, tous, parce que Giscard d'Estaing l'a fait, Nicolas Sarkozy a tenté de le faire, j'ose imaginer qu'Emmanuel Macron le fera à son tour, ces hommes-là, une fois qu'ils ont goûté au pouvoir, ils ont beau avoir déçu, ils sont incapables d'avoir le recul nécessaire pour comprendre qu'il faut passer à autre chose.
Et donc cet homme-là est quand même passé par la case législative en passant, en profitant du nouveau Front populaire et donc de la France insoumise pour réintégrer l'Assemblée, pour ensuite tenter de se dégager de la France insoumise. Tout ça pour tenter peut-être de retrouver le pouvoir. Je trouve que c'est complètement lunaire.
En attendant, il a une popularité qui rebondit. Vous avez vu le baromètre, le dernier baromètre de Paris Match pour Sud Radio notamment. Il bondit de six places. Il est juste après Michel-Edoir Leclerc. Donc il est l'homme politique préféré des Français. Est-ce que ça peut se traduire en intention de vote ?
Ce n'est pas totalement improbable. Déjà, ça dit et ça confirme cette idée que la nostalgie présidentielle est extrêmement forte dans ce pays. C'est-à-dire que quand Jacques Chirac a quitté le pouvoir en 2007, c'était un homme fatigué, malade, très impopulaire, extrêmement impopulaire, à l'époque le plus impopulaire de la Vème République. Cinq ans plus tard, c'était l'homme préféré des Français, Jacques Chirac.
Donc en fait, on aime les présidents quand ils ne sont plus à l'Élysée, c'est ça ?
François Hollande, président le plus impopulaire de la Vème République, à égalité ou presque avec Emmanuel Macron désormais. Personne ne donnait un copec à François Hollande une fois qu'il a quitté le pouvoir. D'ailleurs, il était tellement impopulaire qu'il n'a même pas pu se représenter, ce qui était un fait inédit pour un président sortant.
Il y avait le chômage aussi. Il avait lié sa candidature à la cour du chômage.
Dix ans plus tard, c'est l'homme politique préféré des Français. Vous voyez à quel point la nostalgie présidentielle fonctionne ? C'est pour ça, d'ailleurs, que si on élargit un petit peu la discussion, je vois très bien Emmanuel Macron revenir, parce que la nostalgie présidentielle fonctionnera aussi avec Emmanuel Macron.
Et parce qu'il est encore jeune.
En plus. Ensuite, évidemment, la question électorale. Quel est l'espace politique et électoral de François Hollande ? C'est terrible à dire. Ça paraît improbable, fou, mais il y a un espace. Il y a un espace dans ce centre-gauche.
Il y a du monde dans cet espace-là.
Oui, mais le problème, c'est qu'il n'y a aucune incarnation dans cet espace-là. Vous avez Gabriel Attal qui vient de cette famille politique du centre-gauche, de la social-démocratie, mais qui aujourd'hui est affilié au bloc central et qui peine à se départir de son mano à mano avec Édouard Philippe. Vous avez les Raphaël Glucksmann, les François Ruffin, les Bernard Cazeneuve. Enfin, il y a un nouveau candidat toutes les semaines. Personne n'arrive réellement à s'imposer. Et donc, en effet, l'hypothèse d'imposer un ancien chef d'État dans une période de conflit international, il connaît très bien la géopolitique, tout ça, ce sont des arguments qui fonctionnent.
Donc, ça paraît complètement fou, mais sur le papier, il y a un espace pour lui. Maintenant, cet espace, ça veut dire quoi ? Ça veut dire entre 8 et 12 % sur le papier. Ça ne paraît pas énorme. Mais commencer une campagne à 10 ou 11 %, vous pouvez très bien finir à 16 ou 18. Et aujourd'hui, le seuil d'accession au second tour est tellement faible que c'est possible.
On l'appelait, je vous rappelle, M. 3 %.
Bien sûr. Donc, en réalité, c'est possible. Le problème, c'est que François Hollande, aux yeux de la majorité des électeurs de gauche, il n'est plus de gauche. C'est un traître. C'est le social traître. Aujourd'hui, ces électeurs de gauche, pour une partie, ils ont, même pour beaucoup, ils ont voté pour François Hollande en 2012. Ils ont cru à cette promesse initiale, mon ennemi, c'est la finance, etc., d'un programme de rupture. Et François Hollande, en réalité, il a fait un mandat de centre-gauche plutôt libéral, d'ailleurs. Et donc ça, ça a déçu les électeurs de gauche.
Je pense que la gauche, aujourd'hui, dans son ensemble, s'est radicalisée dans tous les points de vue, d'un point de vue sociétal, mais aussi d'un point de vue économique. La social-démocratie est quand même beaucoup plus faible. La gauche est dans une période de rupture. Et François Hollande n'incarne absolument pas la rupture.
Alors, il en a conscience, certainement, puisqu'il dit que pour tenter de l'emporter, il faut se préparer sur le fond, mais aussi dans les formes que doit revêtir une nouvelle campagne présidentielle, pour être au second tour, il va falloir aller chercher des électeurs au-delà.
Ah bah oui, mais là, c'est le cas...
C'est le cas pour tout le monde, eh bien.
J'allais dire à François Hollande, hormis pour Marine Le Pen, qui n'a qu'à se projeter sur le second tour, tout le monde va devoir convaincre au-delà de sa base. Maintenant, sur la forme, j'ai aucun doute que François Hollande pourrait faire une très bonne campagne. Il ne faut quand même pas oublier que cet homme-là est un roublard de la politique, comme on en a fait très peu sous la Ve République, qu'il est devenu président de la République, alors qu'un an avant, il était à 2% dans les sondages. Alors en effet, il a bénéficié de circonstances, il a bénéficié de l'élimination de fait de DSK, mais c'est un vrai roublard.
Il a été premier secrétaire du PS pendant plus de 10 ans, il connaît très bien les arcanes, j'ai aucun doute qu'il puisse faire campagne. Le problème, c'est que... Où sont les électeurs derrière lui ? Ça sera la grande...
François Hollande