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interviewRMC — Face à Face· 22 mars 2023 20 min

Face à Face : Sandrine Rousseau - 22/03

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, face à face.

0:07
Sandrine Rousseau

Apolline de Malherbe. Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour, Sandrine Rousseau. Vous êtes députée Europe Écologie-Les Verts de Paris. Vous étiez en première ligne pour discuter de la réforme des retraites et en débattre. Et vous serez sans doute devant votre poste de télévision tout à l'heure à 13h pour écouter Emmanuel Macron. Mais on a déjà quelques éléments. Ni référendum, ni remaniement, ni dissolution. Qu'est-ce qui reste ?

0:32
Présentateur

Mais il reste le pourrissement ou l'incident. Et c'est ça que cherche Emmanuel Macron en réalité. C'est le pourrissement ou l'incident. Mais je lui dis, c'est une stratégie dangereuse. Parce que là, ce qui est sorti dans les rues, les personnes qui vont manifester tous les soirs maintenant, ce sont des personnes qui cherchent vraiment à vivre, qui cherchent une autre société, qui cherchent presque une utopie de société, j'ai envie de dire. Et je pense que ça dépasse même la question des retraites. Aujourd'hui, ce mouvement, les jeunes commencent à sortir dans la rue.

Et finalement, moi, je le trouve très salvateur, ce mouvement, parce qu'on a besoin de réfléchir à quelle société nous voulons pour l'avenir.

1:09
Sandrine Rousseau

J'ai l'impression que vous préférez les manifestations d'aujourd'hui aux manifestants d'hier.

1:13
Présentateur

Non.

1:13
Sandrine Rousseau

Ceux qui, aujourd'hui, effectivement, dans des rassemblements qui, parfois, sont rassemblements dits sauvages, c'est-à-dire sans que ce soit des manifestations ni organisées ni cadrées, par contre, c'est avec les manifestations qui ont lieu depuis deux mois, qui étaient des manifestations beaucoup plus à la suite des syndicats. Ils appellent les syndicats et beaucoup plus calmes, d'ailleurs.

1:32
Présentateur

Alors, pas du tout, parce que dans les deux cas, et c'est vraiment très frappant, ce sont des manifestations joyeuses, joyeuses, heureuses, enthousiastes. Ce sont des manifestations pacifistes, contrairement aux images qui sont montrées. En général, c'est à la fin des manifestations, quand les policiers commencent à charger, que ces images-là arrivent. Mais ce sont vraiment des manifestations... Vous y étiez, d'ailleurs. Hier, vous étiez place de la République. Oui, j'étais place de la République, j'étais place d'Italie. Enfin, j'ai fait à peu près toutes les manifestations.

Mais vraiment, il y a quelque chose de l'ordre d'une joie à se retrouver sur les places publiques et à essayer de définir un nouveau monde. Donc oui, écoutons cette rue, parce qu'elle est créative, là.

2:09
Sandrine Rousseau

Alors justement, vous évoquiez à l'instant la question des policiers. On va y revenir, puisqu'il y a des accusations de violences policières, même si de l'autre côté, il y a eu aussi beaucoup d'interpellations. Mais si on reste sur ces mots, ni référendum, ni remaniement, ni dissolution, vous vous dites, au fond, Emmanuel Macron cherche le pourrissement volontairement.

2:26
Présentateur

Oui, il cherche le pourrissement. C'est ce qu'il a fait pour les gilets jaunes. Et on voit bien qu'en fait, il est incapable, mais vraiment, il est incapable de se remettre en question. Il est incapable d'entendre qu'il a tort. Il est incapable d'avoir le moindre geste. Alors s'il va nous sortir les éléments de langage qui nous sortent à chaque fois, à savoir, il y a une nouvelle méthode, il faut faire preuve de pédagogie. Mais les gens qui sont dans la rue, là, ont très bien compris la réforme des retraites. Ce n'est pas une question de pédagogie. C'est profondément une question d'opposition au projet qu'il présente.

Et j'ai envie de vous dire qu'Emmanuel Macron a un seul mandat légitime, absolument. qui est de faire barrage au RN. Et il fait tout le contraire, en réalité. C'est pour ça qu'il a été élu.

3:03
Sandrine Rousseau

C'est-à-dire que vous estimez que le seul programme sur le RN est élu, c'est le fait d'être en opposition à Marine Le Pen au second tour.

3:10
Présentateur

Et là, en laissant pourrir le mouvement, parce que c'est ce qui s'annonce dans ses annonces à 13h, eh bien, il fait exactement l'inverse. Parce que là, qui n'est plus en colère aujourd'hui dans la société ?

3:24
Sandrine Rousseau

Est-ce qu'il va pourrir ce mouvement ?

3:25
Présentateur

Est-ce qu'en effet, vous vous dites quand même,

3:27
Sandrine Rousseau

à la fin des fins, Charles III va arriver vendredi, la vie va reprendre son coup ? Oui, alors ça aussi, parlons de Charles III qui va arriver. Et tout ça va pourrir.

3:34
Présentateur

Non, je ne crois pas que ça va pourrir, notamment parce que les étudiants des universités sont en train de sortir et sont en train de sortir pour véritablement changer quelque chose de notre monde. Et donc, non, ça ne va pas pourrir. Mais en plus, j'ai envie de lui dire maintenant, regardez, Emmanuel Macron, regardez dans la rue, regardez la société française qui, aujourd'hui, n'est pas en colère. Qui, aujourd'hui, n'est pas en colère contre vous ? À part, en effet, sans doute, les personnes qui sont les plus âgées, qui se trouvent bien inquiètes par les évolutions de la société. Mais c'est les seuls.

4:12
Sandrine Rousseau

Quand vous parlez des jeunes, Sandrine Rousseau, vous avez travaillé, vous avez même été dans la direction d'une des universités de la région Nord. Est-ce qu'aujourd'hui, vous vous dites, s'il y a des universités bloquées, s'il y a des lycées bloquées, tant mieux ?

4:24
Présentateur

Oui, tant mieux, parce que là, leur avenir, aujourd'hui, est incertain à ces jeunes. Aujourd'hui, on est en train de détruire la planète, détruire les conditions de vie, détruire le modèle social. On détruit tout, là. On est dans une espèce de folie destructrice. Pour faire de l'argent, on est capable de tout détruire. Pour faire du profit, on est capable de détruire et nos conditions de vie sur la planète et nos conditions de protection sociale. Là, évidemment qu'il faut qu'ils y aillent, évidemment qu'il faut qu'ils sortent des universités. C'est presque une question de vie ou de mort.

4:50
Sandrine Rousseau

Donc, non seulement vous soutenez les manifestants, mais vous soutenez les blocages. On sait qu'aujourd'hui, au moment où on se parle, il y a 40% des stations essence des Bouches-du-Rhône qui sont à sec. Est-ce que, tant pis, si ça continue ? Est-ce que vous êtes du côté de ces bloqueurs ? Ou est-ce que vous dites, bon, l'État aussi doit quand même remettre de l'ordre et les réquisitions sont légitimes ?

5:10
Présentateur

Non, il faut bloquer et il faut, en fait, que le pays s'arrête et qu'Emmanuel Macron entende que ça n'est pas possible de continuer comme ça, de continuer à faire des réformes pour les marchés financiers. Il a lui-même dit que cette réforme était faite pour les marchés financiers.

5:25
Invité

Il a dit que c'était pour les marchés financiers, il ne faut pas exagérer. Il a dit que c'était pour l'équilibre financier. Vous ne pouvez pas lui faire dire ce qu'il n'a pas dit.

5:30
Présentateur

Non, non, il a dit que c'était pour satisfaire les marchés, sinon les marchés allaient s'effondrer. Enfin, les marchés, de toute façon, s'effondrent. Et on a l'impression qu'Emmanuel Macron, c'est une espèce de trader. Là, il est hors de contrôle. Pour moi, c'est quelqu'un qui devient hors de contrôle. Et la société n'arrive plus à contrôler celui qu'elle a élu à la tête de l'État.

5:47
Sandrine Rousseau

Quand il dit, Emmanuel Macron, qu'il fera en effet des propositions pour un changement de méthode, mais que, pour l'instant, il considère qu'il s'agit d'une victoire, le mot a été utilisé non seulement par l'Élysée, mais aussi par la Première Ministre, qui dit, au fond, on a le droit d'employer le mot de victoire. Il y a eu un vote, nous avons gagné ce vote. Techniquement, ce n'est pas faux.

6:10
Présentateur

Mais c'est d'une arrogance. À neuf voix près, certes, mais enfin... Mais c'est d'une arrogance inouïe. Et moi, je ne dirais pas que c'est une victoire, mais je dirais que ça n'est pas une réussite. Et qu'en l'occurrence, il y ait des victoires qui coûtent plus cher à ceux qui les ont remportées que les défaites. Et ils seraient allés au vote. Ils auraient perdu ce vote sur les retraites. Très bien. Eh bien, on passait à une autre séquence politique. Là, nous ne passons pas à une autre séquence politique.

6:31
Invité

Vous les auriez davantage respectées à ce moment-là ?

6:33
Présentateur

Oui, parce qu'ils auraient osé. Parce qu'en fait, ils sont dans une forme de retranchement, dans une tour d'ivoire, aveugles et sourdes à ce qui se passe à l'extérieur. Et le respect, c'est aussi de s'affronter aux difficultés. Et ils ne s'y affrontent pas. Au contraire, ils fuient. Ils fuient par le 49-3. Le 49-3 était une fuite de la démocratie. Ils n'ont pas voulu regarder l'opposition qu'il y avait à leur projet. Ce ne sont pas des gens courageux, contrairement à ce qu'ils disent partout. Ce sont des gens qui, au contraire, fuient la difficulté de manière constante depuis qu'ils ont été tenus.

7:03
Sandrine Rousseau

La foule n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime à travers ses élus. Vous devriez être satisfaite de cette phrase-là, puisque les élus, c'est vous.

7:11
Présentateur

La foule, quand on parle de foule alors qu'il s'agit d'un mouvement social depuis des semaines, que des gens perdent des journées de salaire, que des gens même sont angoissés et stressés à l'idée de devoir travailler deux ans de plus parce qu'ils ont mal partout, que ce sont des gens qui, tous les soirs, vont manifester, qui risquent d'être interpellés de manière sauvage, comme on l'a vu ces derniers temps. De quoi parle-t-on, là ? De quoi parle-t-on ? Quand ils utilisent le terme foule, on a l'impression d'une espèce de horde de sauvages. Mais nous ne sommes pas une horde de sauvages.

7:43
Invité

Il y a aussi parlé des meutins.

7:44
Présentateur

Nous ne sommes pas une horde de sauvages, nous sommes un mouvement social. Et ça se respecte. Et c'est un mouvement social qui est, depuis un moment, organisé par l'intersyndical, c'est-à-dire par des syndicats qui ont été créés par la loi Valdeck-Rousseau en 1884.

7:59
Sandrine Rousseau

Mais je précise André Rousseau, puisque je citais en effet l'Élysée qui a donné aussi le contenu de cette réunion entre Emmanuel Macron et ceux qui étaient face à lui, notamment les députés de la majorité. Il aurait parlé d'émeutes. Au départ, les éléments qu'ont donné l'Élysée, c'était l'émeute en deux mots, avant de rectifier et de dire qu'il ne s'agissait que de l'émeute. Est-ce que ça, malgré tout, vous constatez qu'il y a en effet des émeutes ?

8:22
Présentateur

Non mais, ni l'un, ni l'autre. Il y a un mouvement pacifique, il n'y a ni émeute, ni émeute. Il y a un mouvement social, un mouvement enthousiaste, un mouvement nombreux, massif, et un mouvement qui ne demande qu'une seule chose, c'est le retrait de ce texte. Au nom de quoi traite-t-on ce mouvement de horde de meute, de sauvage ? Au nom de quoi utilise-t-on ces mots ? Quelle est sa responsabilité ? Sa responsabilité, c'est de tenir une cohésion sociale. Est-ce qu'il pense vraiment pouvoir la tenir en mettant des mots comme cela ? Qui est-il en fait ? Au nom de quoi parle-t-il ?

9:00
Sandrine Rousseau

Je voudrais qu'on écoute ce que dit Laurent Nunez, puisque vous avez évoqué ces fins de manifestation, qui effectivement jour après jour, donc depuis l'usage du 49-3, se terminent dans des moments de violence, avec effectivement des destructions dans la rue, avec aussi d'ailleurs des permanences d'élus, on va y revenir, qui ont été ciblées. Laurent Nunez, il était sur BFM TV hier, et voilà ce qu'il dit le préfet de police de Paris.

9:21
Invité

Vendredi à la Concorde, nous avons eu six fonctionnaires de police gravement blessés, dont deux qui ont pris des pavés en pleine figure. Donc voilà, il faut aussi recontextualiser les choses, ce ne sont pas des cortèges pacifiques, enfin, quand nous intervenons, nous ne sommes pas confrontés à des cortèges pacifiques, c'est faux. Je crois avoir démontré depuis que je suis préfet de police, que les forces de l'ordre n'interviennent que quand il y a des exactions. On est toujours au plus loin, et on intervient quand il y a des exactions, mais on le fait, et ce sont les instructions du ministre de l'Intérieur, on le fait avec la fermeté, qui est celle de l'ordre républicain.

9:50
Sandrine Rousseau

L'ordre républicain nécessite aussi qu'il y ait une fermeté à la fin des manifestations, voilà ce que dit Laurent Nunez, ce qui justifie parfaitement les activités et les gestes de ces policiers.

10:01
Présentateur

Mais ça ne nécessite pas qu'on balance des grenades lacrymaux sur la tête de manifestants, ça ne nécessite pas qu'on fasse des charges sauvages comme c'est actuellement, et je rappelle quand même que, par exemple, il n'y a eu aucune espèce de vitrine de cassé. Il y a eu des feux de poubelle, oui, il y a eu des feux de poubelle. Il n'y a eu aucune espèce de dégradation matérielle autre que des feux de poubelle. Eh bien, on est où, là, dans la répression de ce mouvement ? On a mis où la barre de ce qui est acceptable ? Non mais, il y a des feux de poubelle, voilà, oui, c'est spectaculaire, on voit des flammes, etc. Il n'y a pas de casse aujourd'hui.

10:37
Sandrine Rousseau

Je rappelle qu'il dit qu'il y a eu six fonctionnaires de police gravement blessés, dont deux qui ont pris des pavés en pleine figure.

10:42
Présentateur

Oui, et moi, je suis allée voir des jeunes en garde à vue dans un commissariat, il y en avait un qui avait un oeil au beurre noir comme ça, alors qu'il était en train de manifester pacifiquement. On a vu hier des images de quelqu'un qui était assis à une terrasse de café, un homme de 50 ans à une terrasse de café, qui était interpellé de manière... Et qui avait l'air assez surpris lui-même. ...de ce qui se passait. Enfin, je veux dire, là, on a une responsabilité, et il a une responsabilité qui est qu'il n'y ait pas d'incident. Et je lui dis, êtes-vous capables d'assurer qu'il n'y ait pas d'incident ? Parce qu'on sent un changement de doctrine dans le maintien de l'ordre.

Que voulez-vous dire ? Eh bien, le préfet Nunes qui a assuré qu'il n'y avait pas d'incident dans les premières manifestations, qui a assuré la pacification de ces premières manifestations, la change d'attitude. Et il assume, par exemple, qu'il y ait des NAS, ce qui a été interdit par le Conseil d'État. Donc, en fait, on est dans une zone de noir. Ce n'est pas parce que la police a le monopole légitime de la violence qu'elle doit l'utiliser. Et c'est cela, en fait, le sujet des manifestations. Aujourd'hui, il y a un maintien de la paix à organiser, parce que c'est une révolte légitime du peuple français.

11:52
Sandrine Rousseau

Également aux manifestants.

11:54
Présentateur

Il n'y a pas de responsabilité des violences du côté des manifestants. Je rappelle quand même qu'encore une fois, il n'y a pas eu de casse. Il n'y a pas eu de casse.

12:03
Sandrine Rousseau

Il y a eu quand même des permanences, notamment, qui ont été prises pour cible. Il y a eu la permanence du député Éric Ciotti. Il y a eu aussi celle du député Éric Poget. Vous avez sans doute vu les images. Il les a d'ailleurs mises sur Twitter. Ma permanence a été caillassée cette nuit après le vote. Et on voit un pavé qui a donc traversé la vitrine de sa permanence. Est-ce que ça, vous considérez que ce n'est pas des caillassages ? Est-ce que ça, vous considérez que ce n'est pas des mises en danger ?

12:30
Présentateur

Il y a deux vitrines de députés. Très bien. Je regrette qu'elles aient été cassées. Je pense que ce n'est pas une manière de faire. Très bien. Après, les autres images que j'ai vues, c'est des tags sur des vitrines. Franchement, on s'en remet. Je crois que là, on est dans un mouvement historique. On est dans une bascule historique. Où est-ce qu'on met la barre ?

12:45
Sandrine Rousseau

C'est-à-dire qu'en fait, si il y en avait eu dix, vous auriez dit que c'était grave. S'il y en a deux, vous dites que ce n'est pas très grave. Et puis, si c'est des tags, ça va.

12:52
Présentateur

Non, je dis qu'on ne le fait pas. Après, je vous dis aussi qu'on est dans une bascule démocratique. Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'on oblige les gens à travailler deux ans de plus. Et elle est là, la violence. Et c'est une violence qui va toucher la vie de millions de personnes. Et cette violence-là, c'est une violence sociale qu'on ne regarde jamais comme une violence. Or, c'est une violence. Donc, là, c'est là qu'elle se situe aujourd'hui.

13:12
Sandrine Rousseau

Mais à aucun moment, vous ne la condamnez fermement. Est-ce qu'il n'y a pas un moment où le rôle des élus, c'est aussi de dire, bon, cette créativité dont vous parliez au début, elle est importante. Mais trouvons aussi les mots pour apaiser.

13:25
Présentateur

Eh bien, je vous dis que les mots pour apaiser, c'est le retrait du texte, c'est le remaniement ministériel. C'est tout ce qu'il ne fait pas. C'est tout ce qu'il ne fait pas. Or, précisément, il a cette responsabilité d'apaiser aujourd'hui et de retrouver la cohésion sociale. Et il fait tout l'inverse. Mais même, allons à la dissolution de l'Assemblée nationale. Allons à la dissolution.

13:44
Sandrine Rousseau

Il a prévenu qu'il n'y aurait ni référendum, ni remaniement, ni dissolution.

13:46
Présentateur

En fait, il a prévenu qu'en fait, il avait mal expliqué, qu'on n'avait pas compris, qu'on était encore des imbéciles et que lui, dans sa toute grande puissance et intelligence, avait tout compris. Mais non, nous ne sommes pas dans cette situation-là. Il y a un peuple qui se révolte contre une mesure qui est une violence sociale. C'est tout. Et il a à entendre ce peuple puisqu'il en est à la tête. Et entendre ce peuple, c'est prendre une mesure. C'est un remaniement ministériel, c'est une dissolution, c'est le retrait du texte, c'est les trois en même temps. C'est les trois en même temps.

14:13
Sandrine Rousseau

Et sur la suite, lorsqu'il dit que s'il n'y a pas de majorité atteignable à l'Assemblée, alors il pourrait envisager de passer par d'autres processus et l'on comprend qu'il s'agit plutôt de décrets ou d'ordonnances, est-ce que vous estimez que c'est en son pouvoir et que c'est légitime ?

14:29
Présentateur

Non, mais là, après les 49.3, on va avoir les décrets et ordonnances. Donc en fait, on aura un président de la République sur une cinquième République qui arrive à sa fin, qui s'essouffle à faute de démocratie. Et donc, on va avoir un président dans cette situation démocratique qui va passer après les 49.3 par décret. C'est-à-dire qu'on zappe complètement le Parlement. On zappe complètement la démocratie. Nous ne voulons plus de cette cinquième République. Nous ne voulons plus de cette personne. Ce serait quoi votre sixième République à vous ? Ça ressemblerait à quoi ? Mais c'est une République parlementaire. C'est une République parlementaire.

C'est une République du compromis parlementaire. C'est une République du pouvoir au Parlement. On a déjà fait ça avec la quatrième République. Non, la quatrième République, c'était une République parlementaire qui n'a pas permis de trouver une majorité. Là, on le fait d'ailleurs dans toutes les communes. On le fait dans tous les conseils régionaux. On le fait dans tous les conseils départementaux. La réalité, c'est que ça se passe très bien. Ça se passe très bien. Mais regardez, aujourd'hui, au fond, ça aurait pu être le cas.

15:23
Sandrine Rousseau

Quand on se retrouve avec, comme c'est le cas aujourd'hui, une majorité qui a une majorité relative, ça aurait pu entraîner ce dont vous rêvez visiblement. C'est-à-dire des formes de grandes coalitions, de consensus, de compromis.

15:35
Présentateur

Clairement, ça n'a pas été le cas. Mais ça, c'est aussi la responsabilité des députés, non ? C'est la responsabilité du gouvernement. Nous, nous avons proposé plein d'amendements sur tous les textes qui ont été présentés depuis le début de la mandature au Parlement. Nous n'avons jamais obtenu le moindre soutien du gouvernement sur le moindre de nos amendements. Pourquoi ? Pourquoi ? Ils n'ont pas cherché à faire le moindre des compromis ni avec le PS, ni avec nous, ni avec le PC, ni avec LFI. Pourquoi ? Les seuls avec lesquels ils parlent, c'est les Républicains. Ça fait des semaines et des semaines qu'il y a un mouvement social. Il n'y a pas eu un seul dialogue avec les forces syndicales.

Il n'y a eu aucun appel à recevoir les forces syndicales. Mais vous vous imaginez ? Vous imaginez l'Allemagne travailler comme ça, par exemple ? Elles ont été reçues séparément.

16:15
Sandrine Rousseau

Ils demandaient à être reçues ensemble. Ça n'a pas été le cas.

16:18
Présentateur

Non, mais il n'y a eu aucun appel à les recevoir. Là, pendant tout le conflit social. Les syndicats sont des corps intermédiaires, sont des forces qui permettent de faire le lien entre la rue et le gouvernement et à relayer les revendications de la rue.

16:32
Sandrine Rousseau

On va quand même donner tous les éléments pour être tout à fait précis. Les syndicats ont été reçus avant le début du débat politique à l'Assemblée. Ils ont ensuite demandé à être reçus à nouveau et à être reçus par Emmanuel Macron. La porte de l'Élysée s'est fermée, mais ils ont dit non, il reste la porte ouverte au gouvernement. Celle-là, ils n'en ont pas voulu.

16:51
Présentateur

Non, mais il n'y a eu aucune espèce d'appel d'Elisabeth Borne disant solennellement, je vous invite, venez tel jour, etc. Il n'y a jamais eu ça. Les seules choses... C'est tout resté vague, ça que vous voulez dire. Mais bien sûr. Et le président de la République a refusé de les recevoir alors qu'on avait plus de 3 millions de personnes dans les rues. Mais vous vous imaginez quand même de la forteresse dans laquelle ils sont enfermés.

17:11
Sandrine Rousseau

Et maintenant, jusqu'à quand ? C'est-à-dire, Sandrine Rousseau, quand finalement il y avait toutes ces manifestations avec une perspective qui était le moment du vote à l'Assemblée. Il n'y a pas eu de vote, il y a eu un 49-3. C'était la nouvelle perspective. Aujourd'hui, officiellement, la loi, elle est adoptée. Certes, il reste le processus du Conseil constitutionnel. Mais est-ce que ça veut dire que ces manifestations auxquelles vous avez participé ces derniers jours, elles doivent se poursuivre quoi qu'il arrive, quelque temps qu'il faille,

17:37
Présentateur

sans horizon, jusqu'à quand ? Continuons ces manifestations. Et j'ai envie de vous dire, créons quelque chose. Créons quelque chose. Mais il y avait eu de vous. Il y avait eu tout ça. Bon, ça n'a jamais vraiment eu envie. Oui, et les colères se sédimentent. Plus personne n'en veut. Ça recommence. Plus personne n'en veut de cette société qui détruit nos corps, qui détruit la planète, qui détruit tout. Nous n'en voulons plus. Donc, créons quelque chose. Créons un mouvement qui s'installe dans le temps. Créons quelque chose de l'ordre de notre dignité retrouvée, parce que c'est cela qui est en train de se jouer dans les rues actuellement.

C'est quelque chose de l'ordre de notre dignité retrouvée. Quand les éboueurs refusent de ramasser les poubelles, ils parlent de leur dignité. Ils parlent de leurs conditions de travail. Ils parlent de leur corps. Ils parlent de... Parce que les Parisiens se plaignent des odeurs. Très bien, eux, ils sont dans les odeurs non-stop. 365 jours sur 365. Ils parlent, en fait, de ces métiers qu'on a applaudis à des moments au moment du Covid et qu'on a totalement oubliés. C'est de la dignité dont il s'agit.

18:35
Sandrine Rousseau

Le contraste sera saisissant vendredi, puisque Charles III, le nouveau roi d'Angleterre, va être reçu par Emmanuel Macron avec un dîner d'État à Versailles. Oui, je vous vois qu'il veille l'essuie au ciel.

18:44
Présentateur

Non, mais incroyable. Incroyable. C'est-à-dire qu'on va avoir Emmanuel Macron, le monarque républicain, qui va recevoir Charles III, qui va descendre les Champs-Élysées, qui va aller dîner à Versailles pendant que le peuple dans la rue est en train de manifester. On se rend compte, là, de ce qui est en train de se passer. On se rend compte de l'incroyable déni de démocratie dans laquelle nous sommes. Et on se rend compte... Mais annuler une visite comme ça, qui est organisée très à l'avance, ça vous paraît... Vous auriez annulé, vous ? Non, mais ce qu'il faut annuler, c'est le projet des retraites, en fait, là.

Donc, discutons avec les syndicats, qu'il discute avec les syndicats, qu'il arrête de parler de victoire, qu'il arrête de parler de...

19:23
Sandrine Rousseau

En attendant cette rencontre et cette réception pour Charles III.

19:26
Présentateur

Mais bien sûr qu'il annule cette visite de Charles III. Enfin, pardon, mais là, il se passe quelque chose dans le pays. Est-ce que vraiment la priorité, c'est de recevoir Charles III à Versailles ? Mais non ! Non ! Là, il se passe quelque chose dans la société française. Donc, qu'il entende cette société. Il en est le président de la République. La priorité, ça n'est pas Charles III. La priorité, c'est de discuter avec cette société qui se soulève. Oui, soulevons-nous. Oui, continuons à occuper les places, Charles III ou pas Charles III.

19:51
Sandrine Rousseau

Sandrine Rousseau, députée Europe Écologie, Les Verts de Paris. Merci d'être venue répondre à mes questions. Il est 8h52 sur AMCB FM TV.

Face à Face : Sandrine Rousseau - 22/03 — Sandrine Rousseau · Pourquijevote