Jean-Luc Mélenchon assume ses tweets sur la police qui "tue"
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France Inter, il est 8h23.
France Inter. Léa Salamé. Nicolas Demorand, le 7-9.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député sortant La France Insoumise des Bouches-du-Rhône. Questions et réactions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Jean-Luc Mélenchon, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, on va évidemment évoquer avec vous la campagne législative, la stratégie de la nupesse. Le premier tour de l'élection est dimanche, mais d'abord l'actualité. Samedi à Paris, il y a eu un mort et un blessé grave après qu'un équipage de policiers a fait feu sur une voiture refusant de se soumettre à un contrôle. Vous avez tweeté, je vous cite, encore un abus de pouvoir inacceptable, la peine de mort pour un refus d'obtempérer.
Le préfet approuve ? Le ministre félicite. La honte, c'est quand ? Et dans un autre tweet, vous écrivez deux jours plus tard, la police tue et le groupe factieux Alliance justifie les tirs et la mort pour refus d'obtempérer. La honte, c'est quand ? Vos propos, vous le savez, ont suscité de très vives réactions politiques. Ce matin encore, le syndicat de police Alliance va porter plainte contre vous. Ces propos, Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous les assumez à nouveau ce matin ?
Évidemment, c'est mon devoir de le faire. Croyez-vous que j'écris comme ça, par distraction ? Vous avez bien fait dire qu'il y a eu deux tweets. Le premier, c'est lorsque les tirs ont eu lieu. Il ne s'est rien passé. Ce que je disais ne rencontrait aucun écho, comme si c'est normal. Et en effet, c'est contre ça que je proteste. Comme ça n'a rien donné, j'ai monté le ton. Et j'obtiens ce que je veux. C'est-à-dire que des milliers de gens entendent dire qu'il y a au moins une personne dans ce pays, un responsable politique qui n'accepte pas l'évolution de l'usage de la force de police telle qu'elle est aujourd'hui définie par le pouvoir politique qui commande.
Nous en sommes à quatre morts en quatre mois pour des refus d'obtempérer. Le refus d'obtempérer, c'est une catégorie qui dit qu'on vous donne un ordre et vous refusez de l'appliquer. Là-dedans, il y a un peu de tout. Vous partez dans un parking, vous arrachez votre rétroviseur. Pouf, c'est aussi un refus d'obtempérer. La catégorie est très vaste. Mais là, dans ce cas précis, je le redis, je ne suis pas d'accord. Nous avons eu quatre morts en quatre mois. Nous avons eu un comportement, un dispositif policier honteux au stade de France qui nous a fait de nous la risée du monde. Il y a quelque temps, à côté de chez moi, à la gare de l'Est, les gens n'avaient pas de train.
Bon, il pleuvait, il tombait des arbres sur la voie. On leur propose des bus. S'il y a un attroupement, ça s'affole un peu. Pouf, brigade anticriminalité, tire de la crimogène. Alors, je dis comme responsable, si vous votez pour moi, je changerais la doctrine d'usage de la force de police dans notre pays et je dis que ce n'est pas normal qu'on tue quelqu'un parce qu'il refuse d'obtempérer. Il y a la loi, il y a des punitions, il y a des amendes, mais pas la peine de mort.
Jean-Luc Mélenchon, trois policiers sont en garde à vue sur cette affaire. Deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet de Paris. Les policiers, eux, évoquent la légitime défense pour ce refus d'obtempérer. Et vous le savez, vos propos font réagir toute la classe politique. Alors là, vous avez tout le monde qui a réagi. Marine Le Pen a dénoncé des propos d'une violence inouïe. À l'instant, sur RTL, Xavier Bertrand s'est emporté contre vous. C'est un scandale, ce que dit Mélenchon. Que Jean-Luc Mélenchon fasse un commerce de la critique permanente des policiers est un scandale. Et il voudrait devenir Premier ministre. Jamais de la vie, jamais de la vie, a-t-il dit.
Et puis Gérald Darmanin, qui vous a répondu par Twitter sans vous citer. Les policiers, les gendarmes méritent le respect. Ils font un travail courageux, difficile et risquent leur vie à chaque instant. Les insultés déshonorent ceux qui veulent gouverner. Laissons les enquêtes se faire sans les utiliser comme des otages d'une campagne électorale. C'est évidemment les mots factieux. Et la police tue qui sont visibles.
Il n'y a qu'à cette condition que vous réagissez. Donc il faut parler la langue qui s'entend.
Donc c'était pour provoquer de dire la police tue parce que vous vouliez une réaction ?
Mais parce que je veux qu'on en parle. Parce qu'il est impossible. Nous sommes, là vous avez cité, des responsables politiques, pardon de vous faire remarquer, qui sont tous de droite ou d'extrême droite, ceux que vous citez. Donc en effet, la droite et l'extrême droite, quoi qu'il se passe, donnent raison. Mais dans un état de droit, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Dans une démocratie, on a le droit de discuter de tout. Et notamment de l'utilisation des forces de police. Je voudrais vous signaler que nous avons été condamnés par l'ONU, nous la France. Nous avons été condamnés par plusieurs organes européens pour l'abus de violence. Et de violence des matériaux que nous utilisons.
Les lances-grenades, les grenades de désencerclement, les grenades d'assourdissement, les balles en caoutchouc. Donc j'estime qu'il est nécessaire d'arrêter cette escalade. Parce que sinon, nous allons être les Etats-Unis d'Amérique, où chaque fois qu'il y en a un, le ton monte de plus en plus, la violence monte. Moi je suis pour une police où il y a des gardiens de la paix, qui font de la police de proximité, beaucoup de polices judiciaires qui, elles, courent derrière. Les trafiquants d'armes, les trafiquants d'êtres humains, les trafiquants de drogue. Et entre les deux, on place des forces qui sont là pour protéger le droit de manifester.
Vous voulez démanteler la BAC notamment, les brigades anti-criminalité, les 7000 policiers qui travaillent dans la BAC, c'est terminé. Vous voulez les remplacer par quoi ?
Par une police de proximité.
Mais qui sera armée ou pas ?
Mais attendez, mais commençons d'abord par dire ce qu'est une police de proximité avant. Les armes, les armes, pourquoi faire, chère madame Salamé ?
Je ne sais pas, je ne suis pas responsable de la police, mais est-ce que face à de la délinquance, est-ce qu'on ne peut pas...
Vous sortez l'arme.
Moi je ne sais pas si je sors l'arme, mais c'est clairement encadré, il faut que ce soit proportionné, mais oui.
Madame Salamé, vous nous rendez d'accord tous les deux sur le mot, clairement proportionné. Vous ne pouvez pas avoir comme solution de dire on arme tout le monde en toutes circonstances. Nous ne voulons pas vivre dans un champ de tir. Écoutez-moi bien, ce qui est incroyable dans l'histoire dont nous parlons, c'est qu'une jeune femme de 21 ans est morte. De quoi était-elle coupable ? On dit le chauffeur, il avait consommé de l'alcool, du machin, etc. Mais ça on l'a su après, pas sur le moment. Le policier a tiré. Cette jeune femme est morte. De quoi était-elle coupable ? De quoi l'accusait-on au point de la battre ? Elle a 21 ans. Elle est l'épouse de qui ?
Elle a des enfants, elle n'en a pas, on ne saura pas. La seule chose dont on parle, c'est Mélenchon a dit, la police tue. Dans cette circonstance, comme les deux jeunes gens qui sont morts sur le pont neuf, aucun ne méritait la mort, quels que soient les délits qu'ils aient commis. Parce que nous sommes dans un pays où la peine de mort n'existe pas. Et quand les policiers ont comme seule réponse, après le coup du pont neuf, de faire une manif où ils dénoncent qui ? La justice. En disant, dans ce pays, le problème de la police, c'est la justice. Ça, c'est un comportement factieux.
Et il n'est pas acceptable non plus que la réponse à soi soit de dire qu'ils demandent la présomption de légitime défense. Autrement dit, chaque fois qu'ils tireront, on considérera qu'il n'y a pas d'enquête, il n'y a pas besoin de poser de questions, ils étaient dans leur bon droit. Pardon, je le dis aux policiers républicains qui m'écoutent, je sais qu'il y en a beaucoup qui viennent me voir, et qui me disent en quelle ambiance aujourd'hui l'action de police se déroule. Par conséquent, il n'y a pas qu'une police, celle qui trouve normale qu'on tire, celle qui demande des clés d'étranglement, celle qui demande des grenades assourdissantes, etc.
Il y a aussi une police qui est attachée à l'idée de police gardien de la paix. Madame Salamé, imaginez-vous ce que c'est que quelqu'un qui est volontaire pour monter sur une moto, tenir une matraque pendant que l'autre conduit. À quoi ça sert une chose pareille ? On avait supprimé ces brigades, on les a reconstituées. Je suis pour une police de maintien de la paix, la tranquillité publique. C'est dans la déclaration des droits de l'homme. Il est dit qu'on a le droit à une force qui maintient la tranquillité.
Vous aviez déjà traité les policiers de factieux, Jean-Luc Mélenchon. Vous écrivez donc hier « La police tue ». Est-ce que vous assumez le fait de passer pour un candidat Premier ministre ? C'est ce qu'on peut lire, cette expression sur votre compte Twitter. Un candidat Premier ministre perçu comme anti-flic.
Alors, que je sois perçu comme anti-quelque chose est assez courant. Et d'ailleurs, vous y contribuez. Pourquoi posez-vous cette question ? Parce qu'un homme politique pose le débat de la doctrine d'emploi de la force, il est anti-flic. Pardon, c'est vous qui êtes anti-flic. Parce que c'est vous qui décrivez l'usage de la force uniquement de cette manière-là. Moi, je vous parle d'une autre police que j'ai connue.
Vous aussi qui écrivez « La police tue », qui englobait tous les policiers.
Oui, oui, Mme Salamé, bien sûr, bien sûr, bien sûr, bien sûr. Voilà. Je suis tellement stupide que je ne suis pas capable de faire la différence. C'est ça que vous voulez me dire ? Mais non, je n'ai pas dit ça. Alors réfléchissez, Mme Salamé. Nous vivons dans une démocratie. Nous y sommes attachés. Nous avons une élection. On peut parler de la doctrine d'emploi de la police. C'est mon droit. Je suis candidat à être Premier ministre. Et si je suis Premier ministre, de la cave au grenier, nous réformerons la police. Je ne permettrai plus que des organisations politico-syndicales, prétextes syndicales, fassent des manifestations contre la justice.
Et je les préviens, ils seront mis à pied s'ils continuent. Et c'est normal que vous connaissez ça.
On a beaucoup de questions à vous poser. Juste une dernière question sur ce sujet-là. Vous avez dit « Tous ceux qui m'ont attaqué sont de droite ou d'extrême droite ». François Ruffin ne vous a pas attaqué, mais il a publié un texte il y a quelques jours sur Facebook exhortant les dirigeants de gauche à regarder le sujet de la sécurité en face, estimant qu'être de gauche, ce n'est pas fermer les yeux là-dessus. Est-ce qu'il a raison ?
Alors, d'abord, ça n'a aucun rapport.
Non, non, non. Je parle de la sécurité.
Non, mais précisez-le, parce qu'on pourrait croire que M. Ruffin me critique, etc. Ce n'est pas le cas.
Non, ce n'est pas dit ça. Je parle de la question de la sécurité.
La police en est une des branches. Il dit une des choses avec lesquelles je suis d'accord. Moi, je n'ai jamais proposé de tourner la page de la question de la sécurité. Jamais. C'est d'autres qui font ça, pas moi. La question de la sécurité, notamment du trafic de drogue, je suis pour la répression du trafic de drogue, et je suis également pour légaliser le cannabis, pour qu'on évite de perdre son temps, à une prohibition que personne n'a été capable de faire respecter jusqu'à maintenant. Bien sûr qu'il faut regarder en face tous les sujets d'insécurité. Ceux du quotidien et le grand banditisme qui est la racine.
Parce que pour que quelqu'un vienne, comme il le montre dans son histoire, avec une balance pesée de la drogue, il faut que la drogue soit arrivée jusque là. Et pour qu'elle soit arrivée jusque là, il faut qu'il y ait des grands caïds qui organisent des réseaux. De la même manière que quand vous êtes tous indignés, parce qu'on tire dans une école, juste trite, et on est tous indignés, eh bien il y a 11 millions d'armes qui circulent dans notre pays. Je suis pour que la priorité soit pour les récupérer. Je peux vous parler d'un quartier de Marseille où les gens ont mis des armoires devant les fenêtres parce qu'ils craignent les tirs et les échanges. Et ils craignent tous les tirs.
Et ils ne veulent pas que les quartiers soient transformés en champs de tir. La première tâche, c'est le désarmement. Ensuite, il y a tous les autres trafics. Donc nous sommes en accord complet sur cette affaire. Mais si on doit traiter de l'insécurité, il faut prendre tous les problèmes de l'insécurité. Pas seulement ceux qui arrangent pour faire peur à tout le monde. Je ne sais pas pourquoi on fait de moi cette image d'un antiflic. Je ne l'ai jamais été. Je suis contre un usage disproportionné de la violence. La violence de l'État, elle est légitime parce qu'elle est proportionnée.
Avez-vous jamais entendu un militaire venir protester ou faire autant d'histoires que fait le groupe Alliance parce qu'au Mali, on décide de s'en aller ? Non, jamais. Ils obéissent.
On avance, Jean-Luc Mélenchon.
Et on passe à la campagne législative. Un petit retour en arrière. Pendant la présidentielle que tout le monde jugeait à l'époque ennuyeuse et décevante, vous étiez, Jean-Luc Mélenchon, le seul à la juger passionnante. Vous disiez certainement la campagne la plus intéressante des trois que j'ai menées. Alors, qu'est-ce que vous pensez, en quelques mots, de cette campagne législative ? Là, ce n'est plus ennuyeuse. Les sondeurs disent qu'elle n'existe pas, que les Français ne s'y intéressent absolument pas. Vous, qu'en pensez-vous ?
Eh bien, je pense qu'il y a une stratégie du pouvoir. C'est en cela qu'elle est intéressante, cette campagne. Car, pour moi, l'enjeu est comment déjouer ça. La stratégie, c'est celle de l'anesthésie générale. Madame Cornudet, dans les échos, avec qui je suis rarement d'accord, décrit très bien cette tactique. Le président se dit, on n'intervient sur rien, donc il n'y a pas de polémique, il n'y a pas d'histoire. Ça ennuie tout le monde, et vont venir voter les secteurs traditionnels qui votent, qui sont plutôt de tendance conservatrice, plutôt que les cités populaires et les jeunes. Donc, la partie se joue dans le fait que les cités populaires et la jeunesse se mobilisent pour porter la nupe.
S'ils le font, nous gagnerons. S'ils ne le font pas, nous aurons perdus. Et c'est la règle de la démocratie. C'est ceux qui se mobilisent le mieux, le plus, qui finissent par avoir le dernier mot. Mais, c'est très habile de la part de M. Macron, parce que regardez quand même, il commence par dire qu'il fait la retraite à 65 ans, puis qu'il ne sait pas bien sûr qu'on le fera quand même. Et puis, pour finir, il annonce qu'il le fera en 2023, après une ample concertation, donc qu'il connaît déjà le résultat. Je trouve que c'est assez malin. Alors, à nous d'être plus malins et d'amener des débats, oui, des débats qui décoiffent. À l'instant, nous venons d'en avoir un à propos de la police.
On pourrait en avoir, par exemple, sur la retraite. Pourquoi ne pose-t-on jamais la moindre question au pouvoir sur comment il finance la politique des prochaines années ? À moi, tous les jours, on me pose la question. Mais lui, il a écrit à la Commission européenne qu'il va ramener le déficit à 3%. Nous sommes à 6,5%. Ça veut dire qu'il faut qu'il trouve, dans les 5 années qui viennent, 80 milliards par an à retirer du budget de l'État. C'est-à-dire, tout le budget de la police, plus le budget de l'éducation nationale. Alors, comment il fait ? Comment il fait ? Pourquoi ne peut-on pas le lui demander ? Pourquoi ne peut-on pas savoir comment il finance la politique des prochaines années ?
On lui pose la question.
Il y avait Bruno Le Maire, il y a 5 jours, croyez-moi, que les questions ont été posées, et largement, sur la réduction des déficits.
Et qu'est-ce qu'il vous a répondu ? Vous croyez que... J'ai pas entendu ce qu'il dit, ou rien, c'est pareil.
La reprise de la croissance et les réformes, c'était sa réponse, qui financeront les déficits et la réduction du déficit.
Et quand moi, je vous dis que les augmentations de salaires et l'augmentation de la consommation populaire va remettre en route la marche, on me dit « Ah, c'est du rêve ! » Pardon, mais je vous fais remarquer quel est le bilan de M. Macron. La dette est à son sommet, il n'y en a jamais eu autant, le déficit du commerce extérieur est le plus vaste de l'histoire, le chômage est masqué par le recours à l'apprentissage, et ces gens viennent maintenant donner des leçons de rigueur sur la manière d'organiser les finances.
Le chômage, pour le coup, n'a jamais été aussi bas depuis 15 ans.
Non, Mme Salamé, non, Mme Salamé, non, Mme Salamé, non, Mme Salamé, non, Mme Salamé, non, Mme Salamé, non, Mme Salamé, ok, vous avez le droit. Mais on ne l'est pas dessus, c'est l'INSEE. Oui, mais c'est ça, vous me coupez la parole, et puis après, si je vous réponds...
Non, je ne vous coupe pas la parole.
Alors, Mme Salamé, dites à vos auditeurs que le chômage a baissé parce qu'on inscrit 900 000 postes de travail nouveaux, qui sont les contrats des jeunes apprentis, qui sont des apprentis, pas des embauchés. Le chômage est à son plus haut niveau, le chômage réel. Et si vous croyez que vos auditeurs ne le savent pas, et bien je crois que vous mettez le doigt dans l'œil.
Alors, Emmanuel Macron a dit dans une interview vendredi à la presse régionale que rien ne l'obligeait à vous nommer Premier ministre, même en cas de majorité nupes à l'Assemblée. Il a dit, le Président choisit la personne qu'il nomme Premier ministre. Aucun parti politique ne peut imposer un nom au Président. Voilà ce qu'il a dit. Manuel Bompard, votre directeur de campagne, a répondu hier sur Sud Radio. Je le cite, quand il nous dit, Jean-Luc Mélenchon ne peut pas être le Premier ministre parce que je ne le nommerai pas, on lui dit, bah si bonhomme, tu vas le nommer. Est-ce qu'il y a quelque chose qui vous a choqué dans cette formule ?
Bien sûr, tout est choquant. Dès que ça vient de nous, c'est choquant. Un mot amical, un mot rigolo, c'est choquant.
C'est un mot marrant, bonhomme pour un Président de la République ?
Oui, ce n'est pas ça qui devrait vous inquiéter, Mme Salamé. J'observe que vous n'êtes pas très intéressé par le fonctionnement de la démocratie, que ce soit la police ou la nomination. Formellement, la Constitution ne dit pas au Président, vous devez faire ceci ou cela. Mais la vérité politique, pardon, c'est une mauvaise, j'exagère, mais celle qu'a respecté M. Chirac, celle qu'a respecté M. Mitterrand. C'est que quand une élection législative a lieu, on nomme Premier ministre la personne qui a été mandatée par les autres pour être Premier ministre. Ce qui fut le cas de M. Chirac et ce qui fut le cas de M. Jospin.
Donc, le Président Macron dit, il peut y avoir une majorité, une lupesse, mais c'est moi qui décide si je veux, je nomme quelqu'un de la LREM ou de l'UDI ou de je ne sais quel autre groupe qui n'est pas majoritaire. Eh bien, s'il le fait, que va-t-il se passer ? Vous le savez comme moi, la personne n'arrivera... Vous ne voterez pas la confiance. On ne votera pas la confiance. Et on recommencera. C'est une situation absurde. À quoi bon créer une crise politique alors qu'on a déjà tant de problèmes à régler ? C'est pourquoi je pense que le Président sera raisonnable, comme moi-même je le suis.
Et sera raisonnable, c'est-à-dire qu'il nommera celui qui a gagné l'élection ou qui représente cette tendance majoritaire. Et ensuite, il faudra cohabiter. Donc, en tenant compte du texte de la Constitution et des précédents des deux présidents qui ont été en cohabitation.
Mais ça risque d'être difficile, Jean-Luc Mélenchon. Si on prend un exemple comme le nucléaire, Emmanuel Macron veut lancer de nouveaux réacteurs. Vous, vous voulez en fermer, sortir au plus vite du nucléaire. Alors, sur ce sujet, il va se passer quoi le 20 juin prochain ?
Si vous avez la majorité, que vous êtes nommé Premier ministre en cas de cohabitation. C'est vrai, on a du mal à comprendre comment ça va fonctionner entre un Président et un Premier ministre, si c'était vous, qui êtes aussi à l'opposé sur beaucoup de sujets majeurs.
Voilà, on se demande comment a fait François Mitterrand avec Jacques Chirac, qui a privatisé absolument tout ce qui avait été nationalisé avant. Et on se demande comment Jacques Chirac a fait avec Lionel Jospin, qui a fait les 35 heures, qui n'étaient réellement pas le programme de M. Chirac. Et pourtant, les choses se sont passées. Pourquoi ? Parce qu'il y a un principe de responsabilité. Le principe de responsabilité m'a fait dire, avant même qu'on me pose la question, que sur l'arène mondiale, la France parlera d'une seule voix. Et nous trouverons le moyen de parler d'une seule voix. Je suis sûr que le Président est raisonnable, et moi, je le serai.
Quant à la politique intérieure, ce qui compte, c'est ce que les Français votent. Permettez-moi de vous le dire. Ce n'est pas un roi que nous avons, c'est un Président de la République.
Ils ont voté pour lui, à la Présidence de la République, il a sa légitimité.
Oui, mais moi, je ne conteste pas le fait qu'il soit Président de la République. Je conteste que ça lui donne le droit de passer par-dessus le résultat de l'élection législative. Parce que s'il passe par-dessus, pourquoi l'organiser et l'acanommer les gens ? Ça serait plus vite fait. Non, il y a donc une élection. C'est donc qu'il y a un débat. C'est donc qu'il y a un troisième tour. On n'a rien tranché dans l'élection présidentielle. Pourquoi ? Parce que la majorité des gens qui ont voté pour M. Macron au deuxième tour ont voté pour empêcher Mme Le Pen d'être Présidente, ce qui n'a rien à voir. Mais je termine en vous disant comment ça va se passer.
Eh bien, à chaque fois qu'il y aura un différent, indépassable.
Par exemple, le nucléaire.
Non, le nucléaire, nous sommes mis d'accord par les circonstances. On nous avait expliqué que le nucléaire, c'était plus stable, plus dur, plus indépendant. Résultat, l'uranium n'arrive pas parce que les voies sont coupées. Deuxièmement, comme il fait chaud, on arrêtait la moitié des réacteurs. Et cet été, on va en arrêter encore. Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, la source d'énergie la plus intermittente, c'est le nucléaire. Ce n'est pas l'éolien.
Donc, je pense qu'on va tomber assez rapidement d'accord sur le fait qu'il n'est pas raisonnable d'imaginer de construire 14 PR de plus, alors que le seul qu'on a essayé de commencer à construire, il n'est toujours pas fini et il coûte 10 milliards de plus.
D'accord, mais si vous n'arrivez pas à le convaincre ?
Attendez, là, vous m'avez posé une question concrète. Moi, je ne réponds qu'aux questions concrètes. Vous me parlez de nucléaire, je vous réponds. S'il y avait un sujet où vraiment on n'y arrive pas, supposons que lui décide, et M. Mélenchon, jamais de la vie, je ne veux pas entendre parler de votre retraite à 60 ans. Bien. Eh bien, je lui dirais, écoutez, ce n'est pas votre sujet. C'est l'Assemblée nationale qui vote la loi. Donc, nous demanderons à l'Assemblée nationale. Il faudra s'habituer à l'idée que nous avons introduit de la 6ème République dans la 5ème République en disant, il y a un 3ème tour. C'est le Parlement qui va décider sur des tas de sujets.
Donc, c'est vous qui vous imposerez sur la retraite, par exemple, alors que lui vous dira, moi, j'ai été élu, la retraite à 65 ans, c'était une proposition de mon programme, j'ai été élu, j'ai la légitimité. Et vous lui répondez, c'est le Parlement.
Moi, je suis élu, si nous avons la majorité, c'est pour faire la retraite à 60 ans, pas à 65 ans. Et alors, vous me suggérez de dire, écoutez, ce qu'ont dit les électeurs, on n'a aucune...
Non, parce que j'essaie de comprendre, c'est comment éviter le blocage.
Alors, je recommence, puisque vous n'avez pas compris, il y aura l'Assemblée nationale. Et j'ajoute une chose, sur la retraite à 60 ans, ce n'est pas le Président qui décide, c'est l'Assemblée. Et pour la retraite à 65 ans, ce n'est pas le Président qui décide, c'est l'Assemblée. Et pour le nucléaire, ce n'est pas le Président qui... Je sais que ça vous déshabitue une relation monarchique, hein, mais non, il y a une Assemblée dans ce pays. Nous sommes une démocratie parlementaire aussi. Donc, il faut accepter l'idée que, des fois, on peut perdre les élections. M. Macron ne peut pas accepter que les résultats quand il gagne.
La monarchie basculera à Matignon.
Pas du tout, madame, parce que vous m'aurez mal lu ou pas lu du tout, à ce que je vois. Mais je dis au contraire que c'est le Parlement qui jouera un rôle. J'ai même dit quelque chose de plus l'autre jour, c'est que les Présidents de Commission, Présidents et Présidentes de Commission, joueront à mes yeux un rôle au moins aussi important qu'un ministre. Oui, moi, je veux faire vivre le Parlement. Je veux faire la preuve devant les Français qu'une Assemblée qui décide beaucoup, ce n'est pas le chaos et la pagaille, comme on a voulu le lui faire croire.
Et sur l'économie, quel terrain d'entente entre votre programme et ce que nous disait précisément Bruno Le Maire à ce micro la semaine dernière ? Voilà comment il décrivait le projet de la NUP. Vous avez envie, disait-il, que la France se retrouve sous le programme de surveillance du FMI, comme l'Argentine, comme le Venezuela, comme la Grèce, il y a quelques années ? Voilà ce qui pend au bout du nez de la France. Qu'est-ce que vous répondez à ça, Jean-Luc Mélenchon ?
Vous dites que votre programme entraînera la ruine du pays.
La ruine ? Non, ce qui entraîne la ruine et la pénurie, c'est le sien. Parce que ce n'est pas moi qui ai fait écrouler le système sanitaire du pays, ce n'est pas moi qui ai fait écrouler l'école, ce n'est pas moi qui désorganise tous les services publics, c'est eux. Et c'est eux qui ont fait le résultat le pire du commerce extérieur, c'est eux qui ont augmenté la dette, c'est eux qui ont fait baisser les... Ça va, quoi. Donc, avant de donner des leçons, ils balairaient devant leur porte. En plus, votre citation n'est pas tout à fait exacte.
La citation de Bruno Le Maire dit que « Quand on applique des politiques comme celles que je propose, alors ça donne l'Argentine, alors ça donne ceci et cela. » Je voudrais lui faire remarquer que quand le FMI est intervenu en Argentine, ce n'est pas après un gouvernement de gauche, c'est après un gouvernement libéral. En Grèce, c'est la même chose. Le FMI est intervenu parce que M. Tsipras était récemment ministre depuis six mois et auparavant, c'était un gouvernement libéral. Donc, je pense que M. Le Maire devrait, le moment est venu pour lui, de réfléchir sur ce que nous savons tous. Le modèle néolibéral est cuit, frit, terminé. On doit passer à autre chose. Je propose une solution.
Si ma solution, qui est de relancer la consommation populaire, pour mettre en route la machine, ne fonctionne pas, vous avez vraiment du souci à vous faire. La France est à zéro de progression et même moins 0,2. Autrement dit, il n'y a pas de croissance dans ce pays et nous sommes directement sur la voie d'un effondrement économique.
Dernière question, réponse courte, s'il vous plaît. Une question internationale. L'Ukraine a très mal vécu et accueilli les déclarations d'Emmanuel Macron qui répètent qu'il ne faut pas humilier Vladimir Poutine. C'est la France qui s'humilie en disant cela, répond Zelensky et Kiev. Est-ce que vous êtes d'accord avec Emmanuel Macron ? Il a raison de dire qu'il ne faut pas humilier Poutine ?
Écoutez, si dans un mois ou trois semaines, j'ai à m'occuper de ce pays avec lui, il vaut peut-être mieux que j'évite tout de suite de commencer à provoquer des incidents. Je pense que les Ukrainiens ne devraient pas nous parler comme ça. Parce que la France arme, la France est présente, la France soutient le peuple ukrainien, tous les Français, il n'y a aucun dirigeant politique qui n'est pas d'accord avec ça, et donc on mérite mieux que des répartis à la volée. Un jour ou l'autre, mais je termine là-dessus, la Russie reviendra à la table. Mais je vous dis, il y en a pour 10 ou 15 ans.
Parce qu'avoir passé les frontières, tout cassé, tout démoli, massacré des gens et commis des crimes de guerre, non seulement c'est douloureux de voir que l'armée russe c'est ça, mais c'est aussi quelque chose qui est irréversible dans l'esprit du public de l'Europe. Nous ne permettons pas qu'on passe les frontières. Et ça, nous sommes tous d'accord.
Il y a trois semaines, vous disiez sur LCI, s'il faut humilier Poutine.
Je dis qu'il faut faire attention à ce qu'on dit et qu'on ne parlera que d'une seule voix. Les Français ne parleront que d'une seule voix. Et si le président Macron parle avec M. Poutine, je lui donne raison. Parce qu'il ne faut pas laisser cet homme s'enfermer en lui-même. La naïveté, ce serait de croire qu'en lui parlant, on va le faire évacuer l'Ukraine. Il faut qu'il évacue l'Ukraine. Tant qu'il n'a pas évacué l'Ukraine, on ne peut pas discuter normalement avec lui. Jean-Luc Mélenchon, merci.
Jean-Luc Mélenchon