Retraites, LFI, nucléaire... l'entretien intégral avec Agnès Pannier-Runacher
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
L'invité du Grand Entretien ce matin, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition Énergétique et présidente du Conseil National de Territoire de Progrès. Territoire de Progrès, c'est l'aile gauche du gouvernement. Une convention de cette formation se tient d'ailleurs aujourd'hui.
Bonjour Agnès Pannier-Runacher. Bonjour Mathieu Roux. Merci d'être avec nous.
On va y revenir. Mais d'abord, l'actualité, c'est le football. Ce matin, pour plusieurs raisons, il y a ces scènes de chaos sur la pelouse de Bordeaux.
Un supporter qui a agressé le gardien de l'équipe de Rodez. Il y a eu un envahissement de terrain au Havre. Il y a le maire d'Ajaccio qui demande à votre collègue Gérald Darmanin d'annuler le match prévu ce soir contre l'OM puisque des supporters Corse et Marseillais se sont déjà invectivés hier.
Est-ce qu'on arrive aujourd'hui en France à profiter du football sans ce cirque en marge des matchs de football ? Alors oui. Je pense qu'il ne faut pas que ces événements masquent la fête qui est le football.
Et moi, je le vis à Lens où la semaine dernière, nous avons célébré l'accès de Lens à la Ligue des champions. Et je peux vous dire qu'il y avait une ferveur dans la ville et aux alentours qui était extraordinaire. Mais effectivement, il faut absolument lutter contre ces actes de violence qui sont à la fois isolés et qui pourrissent la fête.
Et le football, le sport, ça doit être une fête. Et qui reviennent assez régulièrement parce qu'on a démarré cette saison de football avec des actes de violence. On se souvient notamment à Nice.
On termine cette saison de football quasiment de la même façon. Comment réussir à ce que ça n'arrive plus, Agnès Pannier-Renacher ? Je pense qu'il faut d'abord travailler avec les clubs des supporters, être aussi très clair sur les règles du jeu.
Vous savez qu'au RC Lens, il y a une polémique sur le fait que certains supporters se sont mal comportés en tribune avec les femmes supporters. Il y a même une association de supporters qui a exclu un de ses membres après des soupçons très graves de harcèlement, d'agression sexuelle au sein même du stade Bollard. Exactement.
Et le club a réagi aussi très nettement. Et c'est, je pense, la bonne attitude, c'est-à-dire de dire que le foot est une fête. Les règles du jeu, c'est que ça se passe bien, sans violence.
Et toute personne qui se comporte mal et qui est violent est exclue du stade très directement. Et ensuite, ça permet à ceux qui veulent profiter de la fête d'y avoir accès en toute sécurité et avec tout le plaisir que cela implique. Bien.
Agnès Pannier-Renacher, la formation politique que vous dirigez, on peut dire ça comme ça, donc territoire de progrès, vous êtes présidente de ce conseil national, tient sa convention aujourd'hui à Paris. J'allais dire, ça tombe plutôt mal pour l'un de vos amis, membre aussi, Olivier Dussopt. Président.
Président. On vient de connaître la date de son procès pour favoritisme. Ce sera fin novembre.
Il est soupçonné d'avoir favorisé l'entreprise SOR pour l'attribution du marché de l'eau dans sa ville d'Anonais, à l'époque où il était maire. Est-ce qu'il a tout votre soutien ce matin, Olivier Dussopt ? Il a complètement mon soutien.
Je veux dire ici qu'Olivier Dussopt s'est exprimé longuement sur le sujet, qu'il attend avec impatience cette audience pour pouvoir défendre son honneur, que pour le moment il a fait tomber quatre des cinq accusations qui étaient contre lui. Il l'avait dit à l'époque, il le répète ce matin, reste que, et certains ministres d'ailleurs le disent eux-mêmes, en off, mais le disent, il est affaibli après la séquence retraite, ce procès qui arrive. Est-ce qu'Olivier Dussopt aujourd'hui est affaibli au sein du gouvernement ?
Non, il n'est pas affaibli. Je peux vous dire qu'il a toute la confiance de la Première ministre et du Président de la République. D'abord parce qu'il s'est très clairement expliqué sur ça et qu'il conteste toutes les accusations.
Ensuite, parce qu'il est au travail, parce qu'il a porté des réformes difficiles. Je rappelle qu'il a porté la réforme de l'assurance chômage, il a effectivement porté la réforme des retraites. La réforme des retraites n'est pas une réforme populaire, il fallait du courage et du cran pour la porter jusqu'au bout.
Aujourd'hui, il est au travail sur la réforme France Travail, qui est la transformation de Pôle emploi, pour continuer à installer le plein d'emploi, sur le partage de la valeur, et qu'à chaque fois qu'il porte une réforme, il va jusqu'au bout, il trouve des accords. Et donc, je crois que c'est ça qui a de la valeur aux yeux des Français. Ça a affaibli, ça veut dire qu'il a encore du poids, que l'aile gauche au sein de la majorité a encore du poids.
On peut être de gauche dans ce gouvernement, ça n'est pas un gros mot, alors qu'on voit qu'il y a Gabriel Attal, qu'il y a Gérald Darmanin, qu'il y a Bruno Le Maire, qui n'ont qu'une envie, c'est de rallier des députés LR pour le futur gouvernement ou la future majorité. Écoutez, je découvre que Gabriel Attal serait de droite. Oui.
Très sérieusement, c'est un gouvernement qui a toujours su être dans le dépassement des clivages de droite et de gauche. qui sont des clivages qui fatiguent les Français. Et aujourd'hui, nous sommes un collectif avec des gens qui ont des sensibilités de droite et de gauche, qui travaillent ensemble.
Je vais prendre le meilleur exemple. Ça tombe bien encore ? C'est la loi Immigration sur laquelle travaillent et Olivier Dussopt et Gérald Darmanin, et qui vise finalement à porter au final des améliorations pour les Français.
C'est ça notre moteur, c'est ça notre motivation. Mais justement, sur le projet de loi Immigration, est-ce qu'il y a des lignes rouges à ne pas franchir ? Qui pourraient fâcher vous, fâcher vous l'aile gauche ?
Mais moi, je ne suis pas dans la démagogie de « Ceci est impossible ». Je veux qu'on travaille et qu'on apporte des solutions pragmatiques aux Français. Vous ne posez pas de limites.
Lutter contre les passeurs qui, finalement, font commerce de personnes dans des situations extraordinairement vulnérables. C'est quand même essentiel. Faire en sorte que les personnes qui arrivent pour demander le droit d'asile et qui ont eu des existences bouleversées par des événements dans leur pays, c'est quand même la moindre des choses.
Faire en sorte de répondre à des besoins de tension sur notre marché du travail. Ce sont autant de progrès que nous devons porter. Ils ne sont ni de droite ni de gauche.
Ils sont au service des Français. Ils sont au service aussi d'une certaine idée de la France. Agnès Pannier-Renaché, vous serez solidaire de ces mesures qui sont quand même plutôt teintées à droite, tout comme vous l'avez été pour la réforme des retraites.
Mais je veux le redire, la réforme des retraites, c'est une réforme qui permet de sauver notre système de répartition. Je ne suis pas sûre que ce soit une mesure de droite. Je crois que c'est surtout quelque chose qui protège les Français.
C'est une réforme qui, dès le 1er septembre, va permettre aux personnes qui aujourd'hui ont des retraites modestes de voir leur retraite augmenter. C'est une réforme sociale. Arrêtons de raconter n'importe quoi.
Et nous le portons précisément parce que c'est une réforme sociale et que nous ne sommes pas dans les responsabilités et que nous ne mentons pas aux Français. Et sur la méthode, parce qu'on a vu encore des tensions qu'on avait rarement vues en commission avec l'examen de cette proposition Liotte qui arrivera en séance plénière jeudi, mercredi ou jeudi prochain, vous assumez aussi cette méthode quand Éric Coquerel, par exemple le président de la commission des finances, dit « le gouvernement ne respecte plus la pratique parlementaire, ça devient dangereux si un parti autoritaire arrive au pouvoir ». Vous êtes devenu un danger pour la démocratie avec ces méthodes-là ?
Éric Coquerel plaisante. Éric Coquerel, c'est son groupe qui bloque l'examen de la réforme des retraites au mois de février et de mars en déposant des milliers d'amendements qui n'ont aucun sens. Éric Coquerel nous explique aujourd'hui que lorsqu'un vote en commission des affaires sociales lui est défavorable, c'est-à-dire l'expression de la démocratie et l'expression du Parlement, alors c'est contraire à la démocratie.
Et le fait de dire que cette PPL est anticonstitutionnelle, ce n'est pas antidémocratique, c'est le fait de poser des mots sur une réalité. Ça n'empêche pas l'examen au Parlement. On dit juste ce qu'est cette proposition de loi qui est partée par un député qui a été plus de 30 ans au Parlement, qui a été Charles de Courson, qui a été le père de la rigueur, le champion de l'article 40 et le plus fervent supporter de la retraite à 65 ans et qui vient de retourner sa veste.
Donc tout ça, c'est du théâtre. Et aujourd'hui, nous avançons en sérénité et en respectant, je pense que nous sommes le groupe qui respectons le plus les règles du Parlement. Si vous aviez été député au moment de l'examen de cette réforme, vous ne vous seriez senti heurté à aucun moment.
Mais pourquoi je me serais senti heurté du fait qu'on applique les règles du Parlement ? Mais parce que même les députés de votre majorité ont dit qu'on n'a pas pu voter. Et moi, je vais vous dire une chose.
Moi, je me serais senti heurté des accusations d'assassins, des accusations qui ont été portées à dominem contre Olivier Dussopt, des propos qui sont...
Alors, on sait, l'Assemblée nationale, c'est du théâtre. Il y a eu des discussions avant, dans les précédentes mandatures, très dures. Mais là, elles ont atteint un niveau d'agressivité qui est hors limite.
Donc, que LFI ne nous donne pas des leçons de démocratie, alors qu'il s'emploie systématiquement à détruire les institutions par des petites phrases, par des petits mots, et à remettre en cause ce qu'ils font de nos institutions démocratiques. Et je pense que c'est l'idiot-utile du Rassemblement national. Cette réforme, c'est donc encore à l'agenda politique de la semaine prochaine.
Il y a une autre date importante pour vous la semaine prochaine, ministre de la Transition énergétique, c'est le 8 juin. Jeudi, l'État redeviendra actionnaire à 100% d'EDF. Ça veut dire quoi concrètement pour nous, les Français ?
Ça veut dire que l'État va s'appuyer sur EDF pour être le bras armé de sa politique énergétique. Vous le savez, nous avons énormément de projets de développement avec EDF, des projets notamment de construction de nouveaux réacteurs, des projets aussi de prolongation des réacteurs nucléaires existants. Ce sont des éléments essentiels pour garantir notre maîtrise énergétique et en particulier électrique.
Et puis, nous allons travailler avec EDF pour faire en sorte qu'ils produisent beaucoup plus d'électricité parce que c'est l'élément clé pour que les prix baissent. Et je pense que les Français voient bien quel impact ça peut avoir, une facture qui baisse sur leur pouvoir d'achat. Dernière question, toujours au sujet de cette transition énergétique.
La transition énergétique, c'est aussi celle du logement. Et on attend les conclusions du fameux CNR dédié au logement lundi soir. J'en profite pour dire qu'à partir de demain sur RMC, on va consacrer trois jours, dimanche, lundi, mardi, à cette question du logement avec de nombreux invités.
Tous les professionnels du secteur attendent des mesures fortes, d'urgence, mais aussi de long terme. Quelle est la mesure qu'il faut annoncer lundi soir à Niespanier-Runacher ? D'abord, le Conseil national de la refondation, c'est un conseil qui vise à mettre tout le monde autour de la table et à écouter.
Donc on va commencer par...
Oui, enfin là, ils veulent des actes maintenant, c'est bon. Ils se sont tous exprimés, ils vous le disent tous. On a parlé, on a fait le diagnostic, on a fait le bilan.
Maintenant, on attend que le gouvernement nous dise qu'est-ce qu'on fait pour débloquer la situation. Pardon, je suis désolée, c'est un travail qui est collectif. C'est-à-dire, ce n'est pas l'État qui définit de toute la politique du logement.
C'est les collectivités locales, c'est les professionnels du bâtiment. Et donc le sujet...
Il faut que l'État prenne ses responsabilités. C'est une politique cohérente sur le logement. L'État prend ses responsabilités et a une politique cohérente sur le logement.
Et d'ailleurs, je peux vous dire que sur la rénovation thermique, qui est un enjeu absolument essentiel, avec Christophe Béchut et avec Olivier Diclin...
Nous allons avancer, effectivement, pour renforcer, massifier ces rénovations dont les Français ont besoin. Mais je veux renvoyer aussi chacun à sa responsabilité. C'est-à-dire que c'est un collectif qui va permettre de prendre des mesures.
Et que l'enjeu des Conseils nationaux de la refondation, c'est de dire qu'est-ce que chacun fait, quelle est la répartition des responsabilités, pour qu'ensemble, on puisse trouver des solutions pour les Français. C'est pas juste l'État qui, de manière centralisée, décide pour tout le monde et fait advenir les projets. Les projets, ils partent des territoires.
Et les collectivités locales ont une responsabilité majeure dans ces projets. Mais il y a un moment, il y a urgence. Et c'est d'ailleurs votre collègue Olivier Clerc, ministre du Logement, qui disait que c'est la bombe sociale de demain et il faut agir maintenant.
Tout à fait. Merci beaucoup Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, présidente du Conseil national de territoire de progrès. Bonne convention à vous.
Merci à vous. Tout à l'heure en compagnie d'Olivier Dussopt. Il est 9h moins 5, vous êtes sur RMC.
Merci.
Agnès Pannier-Runacher