Budget 2026 : "Les multinationales doivent payer leur dû"
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Bonjour Mathilde Panot. Bonjour. Bonjour Paul Barcelone. Bonjour à tous. Madame la présidente du groupe France Insoumise à l'Assemblée Nationale, on va évidemment vous demander vos solutions pour tenter de trouver un budget pour la France. Revenir sur toutes les taxes qui ont été votées cette nuit, on va évoquer la reprise des bombardements à Gaza. Et à la fin, on vous posera, je vous donne juste le titre, la question qui fraude. Vous verrez ce que ce sera à la fin de l'entretien. Mais d'abord, on va écouter il y a quelques instants Bruno Retailleau, qui vous accuse, vous, de folie fiscale et de faire alliance avec le Rassemblement National.
Je pense qu'il est encore moins votable qu'hier, puisque désormais, avec une alliance souvent entre le Rassemblement National, l'extrême-gauche et les filles, c'était le cas cette nuit, avec 26 milliards d'euros de plus, il y a une folie fiscale, il y a un choc fiscal quasiment sans précédent. Qu'est-ce que vous répondez à Bruno Retailleau, il y a quelques instants sur Retailleau ?
Déjà, c'est un peu fort de café, parce que M. Retailleau est celui qui parle comme l'extrême-droite, notamment en parlant de français de papier. Mais ensuite, il faut regarder précisément deux choses. La première, c'est que l'année dernière, des analyses ont été faites sur l'ensemble des votes qui ont eu lieu à l'Assemblée Nationale. Il se trouve que ceux qui votent à 75% avec le Rassemblement National, c'est la Macronie.
Et nous l'avons vu en commission, ils votent ensemble contre le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune, contre la suppression de la flat tax, ils votent ensemble contre la taxation sur les super-héritages, et on pourrait continuer à chaque fois, ils votent ensemble contre toutes les mesures pour les plus riches. Et la deuxième chose, c'est que nous, nous sommes très fiers d'avoir fait adopter un amendement qui est un amendement insoumis, porté par le président de la commission des finances, Éric Coquerel, et que nous avions déjà fait adopter l'année dernière.
Il faut bien expliquer à ceux qui nous regardaient, à nos auditeurs, cette nuit, il y a eu deux votes symboliques. Le vote d'une taxe sur les GAFAM, ce sont les géants du numérique, Google, Amazon, Facebook, et j'en passe. Et une autre taxe que vous avez fait voter, et c'est sur ce point que Bruno Retailleau vous accuse d'alliance avec le Rassemblement national, une taxe sur les bénéfices des multinationales qui rapporteraient, selon vous, et Bercy accepte le chiffre, 26 milliards d'euros. Bruno Retailleau dit folie fiscale. Est-ce que vous êtes atteinte de folie fiscale ?
Et est-ce que vous prenez le risque, en faisant voter ces taxes-là, d'affaiblir l'attractivité du pays et de détruire des emplois ?
Alors, c'est une question quasiment philosophique qui est posée par la taxe que nous avons fait voter, et qui revient à l'esprit de ce qu'il y avait dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, son article 13, c'est-à-dire qu'il doit y avoir une égalité des citoyens et des entreprises devant l'impôt sur la commune contribution, selon les capacités de chacun. Il se trouve que des multinationales, aujourd'hui en France, du fait des outils qu'ils mettent en place, où ils vont mettre des bénéfices dans les paradis fiscaux, payent aujourd'hui moins d'impôts que, par exemple, un boulanger paye aujourd'hui moins d'impôts qu'un boucher, et c'est inadmissible.
Vous avez d'un côté les multinationales qui payent à hauteur de 14% de taux d'impôt net.
Mais est-ce que ça va faire fuir les multinationales hors de place ?
Les PME qui sont à 21,5%. Donc, ce que nous disons est une chose très simple. Ça vient de l'association Attax, ça a d'ailleurs été travaillé aussi avec l'économiste Gabriel Gikman.
On va en parler de l'attaque Gikman.
Exactement, mais c'est une taxe qui permet de dire qu'on paye réellement les impôts sur les bénéfices réalisés en France, sur l'activité réellement réalisée en France. Je crois que c'est quand même la moindre des choses de dire que des multinationales doivent payer leur dû. Et non, ça ne fera pas fuir des multinationales. Je crois que c'est juste une manière de dire qu'il faut respecter la législation française. C'est quand même pas délirant de dire ça, qu'il faut faire respecter la loi. C'est juste ça, ce que nous avons fait voter. Et ça permet de rapporter 26 milliards. Et je vous assure qu'avec 26 milliards, on peut faire beaucoup de choses dans ce pays.
Alors, l'autre enseignement de la nuit, comme le disait Paul, c'est donc la vote de la taxe GAFAM, Google, Amazon, Facebook, etc. Les gens du numérique, elle est doublée de 3 à 6% au grand désespoir du ministre de l'économie, Roland Lescure.
« Soyez prudents, mesdames et messieurs les députés. Soyez prudents. L'audace, c'est bien. La tête dans le mur, c'est moins bien. Soyez prudents, je vous en conjure. » Est-ce que vous manquez de prudence, Mathilde Panot ?
« Non, mais vous comprenez que nous avons un gouvernement qui est en train de présenter le budget le plus cruel pour les gens, qui n'ait jamais été présenté au XXIe siècle, qui prend à la fois aux apprentis 50 euros par mois, qui prend aux chômeurs, qui prend aux malades, y compris aux malades du cancer, qui prend aux retraités, aux 17 millions de retraités qui vont voir leur pension. » « Vous avez dit budget inhumain ? » « Oui, oui, sous-indexé pendant 4 ans. Oui, oui, c'est inhumain. Par exemple, celui qui a pensé à Bercy à faire des économies sur des personnes qui ont des cancers pour leur prendre jusqu'à 850 euros par an, ou celui qui a pensé à baisser l'allocation pour enfants décédés.
» D'accord ? Ils ont pensé que c'était une bonne idée. Mais ils ne l'ont pas fait. « Ah si, si, c'est fait, bien sûr que si. » « Mais ce n'est pas définitif à ma connaissance. » « Ah ben, on a une discussion du budget. » « Oui, voilà. » « Mais enfin, ce n'est pas définitif, mais vous comprenez qu'à la fin, comment ça va se passer pour le budget ? » « Enfin, la seule possibilité pour le budget, c'est qu'il soit battu et qu'il y ait ensuite une loi spéciale, ou alors que cela passe par ordonnance. » D'ailleurs, le Rassemblement national, dans son contre-budget, garde aussi cette mesure-là en rajoutant encore 30 milliards de coupes supplémentaires.
Qu'est-ce que vous répondez ? Parce que Bruno Retailleux, l'ancien ministre de l'Intérieur, est à l'instant l'actuel ministre de l'économie. Pour point commun, en résumé, de vous reprocher à vous, la France insoumise, de faire un peu la foire à la taxe. Qu'est-ce que vous répondez ?
Eh bien, moi, je leur dis que nous, ce que nous proposons et ce que nous avons mis dans notre contre-budget, c'est une rupture totale avec ce qui a été fait par les macronistes depuis maintenant 8 ans et qui mène au désastre dans le pays. Nous, avec ce que nous proposons, notamment sur la révolution fiscale, avec l'impôt à 14 tranches, ce que nous proposons, c'est que toutes les personnes qui gagnent 4 000 euros et moins dans ce pays, paieront moins d'impôts avec nous. Et qu'ensuite, chacun contribue à la hauteur qu'il doit, parce que, je le rappelle, c'est une contribution commune qui permet ensuite à chacun de répondre selon les besoins qu'il y a dans la postulation.
Donc nous, nous sommes les seuls à avoir proposé un contre-budget qui ne fait pas de coupe sur le dos des gens en présentant la facture des cadeaux qui ont été faits aux plus riches et aux multinationales. Nous sommes les seuls à dire qu'il faut dépenser plus et, pour cela, aller chercher les recettes pour dépenser plus dans la santé, dans l'éducation, bref, dans tout ce qui fait la vie commune digne pour toutes et toutes.
Je reviens à la question que je vous posais juste précédemment. Et Roland Lescure vous accuse de manquer de prudence. Est-ce que vous avez manqué de prudence ? Et est-ce que vous craignez de voir des emplois détruits ? Que les taxes, la foire à la taxe, comme le disait Paul et vous interrogez à l'instant, cela nuise à l'attractivité du pays ?
Mais vous savez combien d'emplois vont être détruits cette année encore ? Vous savez que la CGT parle de 300 000 emplois qui seraient détruits, que l'OFCE parle de 143 000 emplois qui seraient détruits. Vous savez que l'année dernière, nous avons atteint un nouveau record de défaillances d'entreprises. Donc vous dites que ce n'est pas votre faute, ce n'est pas la faute des taxes votées cette nuit. Avec 68 000 défaillances d'entreprises. Non, non, ce n'est pas une question de ce n'est pas notre faute. C'est la politique que mènent Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs en toute illégitimité au vu du résultat des urnes. C'est cette politique qui détruit des emplois.
Et nous, au contraire, lorsque nous disons que nous allons investir dans la bifurcation écologique, dans la rénovation des logements, dans les grands chantiers, dans les services publics, eh bien cela crée de l'emploi.
Nous sommes dans une semaine décisive où va se voter ou pas la taxe Zuckman sur les plus hauts patrimoines. Gabriel Zuckman qui annonce à l'instant sur BFM son intention, dit-il, est de faire rentrer les milliardaires dans la solidarité nationale. Et là, on va plutôt écouter Marine Le Pen, parce que comme vous le savez, la question c'est est-ce que ce sera une taxe Zuckman normale ou allégée ? Écoutez ce que répond Marine Le Pen à la taxe Zuckman allégée.
Non mais elle n'est pas... d'abord, elle n'est pas du tout allégée. Il faut regarder le texte. En réalité, elle est aggravée, puisqu'elle va toucher beaucoup plus de personnes et donc la cible n'est plus du tout la même, donc il n'en est pas question pour nous. Voilà, Zuckman, non, ni light, ni hard, ni rien du tout.
Bon ben, voilà, c'est plié, il n'y aura pas de taxe Zuckman.
Ça ne m'étonne pas. Nous avons dit à plusieurs reprises que le Rassemblement National était l'assurance-vie du système. Si vous avez regardé attentivement ce que Marine Le Pen a mis dans son contre-budget, elle a dit qu'elle corrigeait le budget Le Cornu, donc il faut regarder ce qu'elle supprime du budget Le Cornu et tout ce qu'elle garde. Par exemple, Marine Le Pen est d'accord avec le fait qu'on enlève 7 milliards d'euros à la santé. Elle est d'accord pour le doublement des franchises médicales. Elle est d'accord pour qu'on baisse l'allocation adulte handicapé. Donc ça ne m'étonne pas qu'elle ne veuille pas aller chercher l'argent juste après.
Mais donc elle est condamnée, cette taxe Zuckman. Numériquement, si le RN ne vous soutient pas, c'est mort, c'est plié, c'est terminé.
Vous demanderez à Marine Le Pen pourquoi il y a 8 mois, il s'abstenait sur la taxe Zuckman et pourquoi aujourd'hui il voterait contre. Mais oui, effectivement, avec un tel pouvoir et une extrême droite qui vole au secours de la Macronie à chaque fois dans ses votes lorsqu'il s'agit de faire contribuer à la solidarité nationale les plus riches, effectivement, la taxe Zuckman ne serait pas votée.
Pardon, mais Mathilde Panot, si la taxe Zuckman n'est pas votée, c'est aussi parce que le Parti Socialiste a semblé depuis hier revenir sur son intention, y compris de faire voter cette taxe Zuckman-Lite qui a grandi l'assiette mais qui exonère les biens professionnels pour faire court et les entreprises innovantes, certaines start-up. L'EPS est-il en train de vous trahir ? En disant, ce n'est pas notre guerre, la taxe Zuckman, c'est un moyen, ce n'est pas une fin en soi. Est-ce que c'est un nouvel acte de trahison ?
Mais écoutez, le Parti Socialiste a décidé d'inventer une taxe Zuckman sans Zuckman, c'est-à-dire une taxe qui serait en fait une passoire.
Homéopathique, vous avez dit.
J'ai dit homéopathique, une passoire. Pour faire comprendre, en gros, il y aurait des millionnaires et des multimillionnaires qui seraient assujettis à la taxe, mais les milliardaires ne paieraient rien de cette taxe passoire. Pourquoi ? Parce qu'ils ont exempté les biens professionnels familiaux.
C'est une trahison du PS que de faire ça ou pas ?
Mais en fait, ce n'est pas une question. La question du Parti Socialiste, c'est pourquoi ils ne respectent plus le programme du nouveau Front populaire ? Pourquoi, par exemple, ils votent contre la taxe à 4% sur les dividendes ? Pourquoi est-ce qu'ils ont empêché par leur vote à une voix près que l'impôt universel puisse être voté pour les Français qui gagnent 19 000 euros par mois ? Eh bien parce qu'ils ont décidé de changer d'alliance et d'aller avec les macronistes et donc d'accorder un sursis à M. Lecornu ainsi qu'à Emmanuel Macron. Et donc moi, comme je l'avais dit, tous ceux qui iront sauver la Macronie couleront avec eux.
Comment vous qualifiez Olivier Faure aujourd'hui, votre ancien partenaire du NFP ?
Eh bien moi, je crois qu'Olivier Faure a abandonné définitivement l'idée de se battre réellement contre l'extrême droite. Parce que pour se battre réellement contre l'extrême droite, nous avons besoin d'une gauche de rupture. Et j'en suis absolument persuadée. Et toutes les expériences dans le monde le prouvent. Et lorsqu'il décide de donner encore un sursis à Emmanuel Macron, alors que je le rappelle, les macronistes sont ceux qui ont une responsabilité historique dans la montée de l'extrême droite, alors il a abandonné ce combat essentiel que de celui de se battre réellement contre l'extrême droite. Et nous, nous ne l'avons pas abandonné.
Malgré tout, le PS obtient quelques gains dans l'hémicycle au cours de ce débat sur le budget. Est-ce qu'il ne vaut pas mieux négocier avec le gouvernement, nouer des compromis ?
Et quels gains a-t-il obtenu ?
La suspension de la réforme des retraites au hasard.
Non, pour l'instant, nous n'avons rien voté.
L'être rectificatif, Mathilde Panot, vous le savez.
Non, non, pour l'instant, nous n'avons rien voté.
Oui, mais ça va être voté. Ah bon ? Est-ce qu'il ne vaut pas mieux se comporter comme ça ?
Je ne sais pas, parce que moi j'ai vu par exemple que M. Larcher au Sénat disait qu'il allait le retoquer. Ensuite, il y a une commission mixte paritaire.
Et vous savez que l'Assemblée a le dernier mot ?
Oui, enfin, vous êtes sûr qu'à l'Assemblée ça passe ?
Moi, je ne suis pas sûre.
Justement, hier à l'Assemblée... Vous avez vu que des macronistes trouvent que la taxe Zuckmann, même en mode passoire, c'est trop pour eux. Que le fait de toucher à la réforme des retraites, qui n'a jamais été votée dans cet hémicycle, c'est trop pour eux. Donc, moi, je ne suis pas sûre que le PS ait obtenu des choses. Par contre, le fait qu'ils se soient compromis et qu'ils ont changé d'alliance et changé de programme, ça c'est une réalité.
Avant d'écouter attentivement le fil info, par curiosité, vous avez fait visiter hier à l'Assemblée un groupe venu de Vitry. C'est toujours extrêmement intéressant d'écouter ce que disent les gens, le regard extérieur. Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ? Comment ils vous regardent, vous ? Et qu'est-ce qu'ils vous ont dit sur l'ambiance à l'Assemblée ?
C'est des mamans, notamment, qui sont très engagées dans une association à Vitry que j'ai fait visiter hier. Et si vous voulez savoir ce qu'ils m'ont dit, ils m'ont dit « continuez comme ça, nous sommes avec vous ». Notamment parce que beaucoup d'entre elles se rendent compte qu'à la fois la misère s'accroît partout dans ce pays. Nous avons un nombre de preuves record depuis 30 ans en France.
Sur l'ambiance à l'Assemblée, ils ne vous ont pas dit que quand même c'était particulier en ce moment ?
Non, pas du tout. Ils nous ont dit de continuer, ils nous encouragent. Et je le rappelle aussi, parce que je disais augmentation de la misère. Augmentation du racisme dans cette société, ça par contre, ça les inquiète. Et notamment de l'islamophobie. Et donc, vous serez surpris, mais nous avons, vous savez, des gens qui sont avec nous. Et j'ai une pensée toute particulière pour les bénévoles et les salariés des associations qui sont aujourd'hui dans un plan social terrifiant, puisqu'on parle de 90 000 suppressions de postes dans les associations qui sont à la fois dans des problèmes de liberté associative et de baisse de subvention.
Et on a encore toute une série de questions à vous poser, dont des questions sur Gaza. Mais ce sera après le fil info, toute l'info en une minute avec Maureen Thuignard.
L'ouragan Melissa touche Cuba en ce moment même. Des vents à 195 km heure enregistrés. Il est désormais en catégorie 3, mais reste très puissant. Un peu plus tôt, c'est la Jamaïque qui a été touchée. Le pays est désormais en zone sinistrée, selon les autorités. Le cessez-le-feu n'est pas en danger, assure Donald Trump. Pourtant, Israël a de nouveau frappé la bande de Gaza hier. Plus de 50 morts, selon la défense civile gazaouie. L'État hébreu dit avoir répliqué. Après une attaque de son armée à Gaza, un soldat de 37 ans a été tué. Ce budget est encore moins votable qu'hier, estime Bruno Retailleau, le patron du parti Les Républicains. Il parle d'une folie fiscale quasiment sans précédent.
Hier, les députés ont voté un renforcement de la taxe GAFAM sur les géants du numérique. Ils vont aussi débattre dans les prochains jours d'une taxe sur les très hauts patrimoines. Il dit avoir fait le pire match de sa saison. Carlos Alcaraz, le numéro 1 du tennis mondial éliminé dès le deuxième tour du Masters 1000 de Paris. Il était face au britannique Cameron Norrie. Tout à l'heure, 4 Français vont tenter de se qualifier pour les 8e de finale. France Info
Le 8.30 France Info, Paul Barcelone, Paul Larouturou. Avec Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale est membre de la Commission des Affaires Étrangères. Et c'est à ce titre que Paul Barcelone, Mathilde Panot, a une question pour vous.
Puisque Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a ordonné à l'armée cette nuit, hier soir, de reprendre les frappes sur la bande de Gaza, le bilan donné ce matin par la défense civile à Gaza fait état d'au moins 50 Palestiniens tués dans ces frappes. D'abord, quelle est votre réaction ? Donald Trump estime cette nuit que le cessez-le-feu n'est pas remis en cause.
Moi, je suis très inquiète. Et ça fait plusieurs fois qu'on lance le signal d'alarme sur cette question. Je rappelle que la semaine dernière, il y avait déjà eu des violations du cessez-le-feu, à la fois avec le Liban, mais aussi à Gaza. Qu'il y a, selon là aussi les chiffres qui sont donnés, 97 Palestiniens qui auraient été tués depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. que les organisations internationales disent que la famine continue toujours et que cette nuit, il y a, vous le disiez, au moins 50, moi je me dis, 63 Palestiniens qui ont été tués. Peut-être que le bilan sera encore plus lourd, dont 22 enfants.
À chaque fois, Netanyahou est celui qui viole à la fois les cessez-le-feu et la trêve.
À l'instant, excusez-moi de vous interrompre, on vient d'apprendre qu'il y avait plus de 70 morts.
Voilà, donc le bilan s'alurdit et probablement s'alurdira encore. Je rappelle que cette année, c'est déjà Netanyahou qui a brisé deux fois la trêve.
Comment on l'arrête, le Premier ministre israélien ?
Eh bien, on commence par prendre des sanctions. Prendez-vous compte d'à quel point c'est indécent que Vladimir Poutine, pour avoir violé le droit international en Ukraine, et c'est normal, a eu 18 trains de sanctions contre lui et que contre M. Netanyahou, il y a zéro train de sanctions. La France n'a toujours pas décrété un embargo sur les armes. Le Premier ministre a osé me dire que je mentais lorsque je disais que la France continuait de livrer des armes à Israël. Il se trouve qu'encore ce samedi, il y avait une mobilisation dans laquelle nous étions, à Charles de Gaulle, sur des composants qui sont envoyés vers Israël de la part de la France.
Et donc, la France est un des rares pays autour de nous, l'Espagne l'a fait, qui n'a pas décrété un embargo sur les armes. Nous avons appris par certains de vos confrères, que ce soit l'Humanité, Disclose et autres, que la France livre un flux d'armes continu vers Israël, et qu'y compris elle a donné des composants pour des drones, drones qui sont utilisés à Gaza pour tuer notamment des enfants palestins.
Je précise simplement que Sébastien Lecornu, le Premier ministre, vous a dit directement dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale que tout cela n'était pas vrai, et que la France ne livrait pas d'armes. Je vous ai appelé à la dignité sur ce débat. Je précise simplement...
Oui, je viens de le dire, je viens de dire qu'il m'avait dit que j'étais une menteuse. Il se trouve que vos confrères, à la fois de Disclose, de l'Humanité, ont démontré le contraire, de collectifs qui ont travaillé sur cette question, ont démontré le contraire, et qu'il y avait des composants à la fois pour des fusils mitrailleurs, pour des drones, et que, je cite le rapport qui a été fait par les associations et avec des confrères journalistes, qui montrent qu'il y a eu un flux continu qui a été fait. Il n'y a toujours pas d'embargo sur les armes. Il n'y a toujours pas de sanctions à l'encontre de Netanyahou.
Il n'y a toujours pas de suspension de l'accord d'association qui est pourtant conditionné au respect des droits humains.
Si on prend un petit peu de hauteur à l'échelle internationale, à l'échelle historique, est-ce que ça veut dire que la position française de la solution à deux États et de la reconnaissance par Emmanuel Macron à l'ONU de l'État de Palestine n'a servi à rien pour vous ?
Mais la reconnaissance de l'État de Palestine, elle a été arrachée par des peuples, et notamment le peuple français, qui partout dans le monde manifestent contre le premier génocide filmé en direct de l'histoire de l'Union européenne.
D'accord, mais Emmanuel Macron l'a fait, vous ne lui donnez même pas le point pour ça ?
C'était la décence minimum que le chef de l'État devait avoir pour reconnaître l'État de Palestine. Mais vous comprenez que cet État de Palestine ne pourra jamais exister s'il n'y a pas une volonté de faire respecter le droit international. Et pour faire respecter le droit international, il faut qu'il y ait des sanctions lorsqu'il y a des violations de ce droit international.
La France est audible dans ce dossier suffisamment à Gaza, très rapidement en un mot ?
Non, je crois que la France est en dessous de la responsabilité historique qu'elle devrait avoir et que la France, de ce fait, c'est ce que je disais au Premier ministre, et que je réitère ici à votre antenne, est de ce fait complice du génocide mené par Netanyahou. Alors que, je le rappelle, en Israël, il vient d'avoir un vote à la Knesset qui donne le feu vert à l'annexion totale de la Cisjordanie et donc que la colonisation continue toujours. Nous restons les yeux rivés sur Gaza.
Il y a 20 ans, décédé, Zied et Bouna à Clichy-sous-Bois. 20 ans, on se souvient, donc, cet anniversaire double décennie depuis les émeutes de 2005. On écoute là-dessus le ministre de l'Intérieur qui vous a vigoureusement pris à partir, Laurent Nunez, répond à un député LLFI à l'Assemblée.
Mais il y a quelque chose que moi, je n'oublierai pas. C'est les propos qui ont été tenus hier sur X, c'est les propos qui ont été tenus publiquement par certains de vos députés, qui laissent à penser, j'ouvre les guillemets, que l'institution policière tuerait, que l'institution policière est une institution colonialiste, qui tue des racisés, j'ouvre les guillemets, et que finalement, les violences policières sont systémiques. Croyez-moi que beaucoup de nos concitoyens n'oublieront pas tout cela.
Que répondez-vous au ministre de l'Intérieur et ceux qui vous reprochent d'être caricatural avec votre dénonciation systématique du travail de la police ?
Je dis qu'un pays qui n'est pas capable de regarder en face les propres violences policières d'une institution républicaine qui est la police, et d'en tirer les conséquences, c'est-à-dire de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'impunité policière. Lorsqu'il y a des gens qui sont tués par la police, et c'est un fait, s'il veut que je lui donne une liste de noms, on peut le faire, il y a des bounas, il y a eu l'Amin Ali, Amin Adama, Cédric Souhaïl, le clôt de Jean-Pierre, Naël, et on pourrait continuer pendant longtemps. Le problème de ce qui se passe là, c'est qu'il y a des faits.
Et depuis 20 ans, depuis la mort de Ziad Ebounin, il y a eu trois fois plus de morts en France par démission de police. Il y a eu 162 personnes qui sont mortes du fait d'un contrôle, d'une tentative de contrôle de police, et l'ONU a épinglé la France trois fois sur le fait que nous étions le pays en Europe avec le plus de morts et de blessés par la police.
Donc c'est le rôle de la police qui est inadmissible. C'est la manière dont la police fait usage de la force.
Nous, nous avons dit à de nombreuses reprises que nous voulions refonder la police de la cave au grenier. Et par exemple, dans les choses que nous demandons, nous demandons l'abrogation de la loi Cazeneuve. Vous savez, cette loi qui a fait exploser le nombre de morts pour refus d'obtempérer puisque les tirs mortels ont été multipliés par cinq depuis que cette loi a été adoptée. Nous voulons mettre un récipicé pour mettre fin au contrôle faciès. Je le rappelle, c'était une promesse qui avait été faite par le président Hollande qui n'a jamais été tenue. Et nous voulons mettre fin au racisme systémique qui existe dans la police.
Et je crois que justement, c'est sain dans une démocratie – je reprends les mots de l'ONU – c'est sain dans une démocratie que de regarder cela en face et de dire que nous voulons une police républicaine.
Deux députés insoumis, Daniel Obono et Hugo Bernardissier, sont visités la prison de la santé ou est incarcéré, comme vous le savez, Nicolas Sarkozy. L'accès leur a été refusé. Ils assuraient qu'ils ne venaient pas voir Nicolas Sarkozy. C'était quoi le but de cette visite ?
– Bon alors, il faudrait reprendre quand même des informations qui sont vraies et pas les informations du JDD. Cette visite a eu lieu. – Qu'est-ce qu'il faut dans ma question ?
– Alors, sur le fait qu'on leur a refusé. – C'est ma question en France, ça n'en faut pas du JDD.
– Non, non, on leur a refusé. – Ben non, ils ont fait une visite de 11h à 10h.
– Ce que je viens de dire, l'accès leur a été refusé, je viens de le prononcer. – Non, l'accès n'a pas été refusé. – Oui, ils ont été 5h dans la prison,
simplement qu'ils n'ont pas pu avoir accès. – Ils n'ont pas pu avoir accès.
– Non mais d'accord, ils ne l'ont pas demandé en fait. Ils n'ont pas demandé à voir Nicolas Sarkozy. Vous savez, alors, Hugo Bernalicis et Daniel Obono, mais Hugo Bernalicis est quelqu'un qui chez nous est plutôt spécialisé sur les questions de justice. Il a déjà été 4 fois à la prison de la santé et il a visité des dizaines et des dizaines de prisons dans le pays. Il avait été voir par exemple Patrick Balkany pour discuter avec lui des conditions de détention et il sait très bien comment faire, c'est-à-dire que vous écrivez une lettre pour demander son avis, vous demandez ensuite un parloir, un droit de visite et c'est comme ça que vous pouvez voir une personnalité.
Ils n'ont pas demandé à voir Nicolas Sarkozy. Par contre, nous l'assumons complètement, ils ont fait une visite en exerçant leur droit de parlementaire sur les lieux de privation de liberté parce que comme certains s'indignent et s'émeuvent de la question des conditions de détention de Nicolas Sarkozy, on sait même quel livre il est en train de lire en prison, eh bien nous voulons qu'on parle à l'ombre de Nicolas Sarkozy des 1300 détenus qui se trouvent dans la maison de la santé pour une prison qui est dimensionnée à 700 places. Ça veut dire qu'il y a un taux d'occupation... Vous dites qu'il y a un traitement de faveur, l'ancien chapitre ?
Non, je suis en train de parler de ceux dont on ne parle pas. Il y a un taux d'occupation à la prison de la santé de 190%. Ça veut dire que vous êtes dans des cellules de 9 mètres carrés avec 3 personnes dont des matelas au sol, plus la promiscuité, la question des conditions qui sont indignes et qui ont été maintes fois pointées par la France et c'est ce dont vous voulez parler, à la fois Hugo Bernalicis et Daniel Obono. Et je trouve que c'est bien qu'on parle des conditions de vie en prison et des conditions à la fois des détenus, mais aussi du personnel pénitentiaire.
Auditionné hier au Sénat, Rachida Dati promet de prendre des responsabilités après le casse du Louvre. Doit-elle démissionner ?
Écoutez, moi je demande la démission et le départ de l'ensemble du gouvernement. C'est pour ça que nous avions déposé une motion de censure. Donc moi je demande le départ de l'ensemble de ce gouvernement. Pas que elle, tout le monde. Et pas seulement Rachida Dati.
On a tous, comme dirait Jean-Luc Mélenchon.
Écoutez, vous savez pourquoi ? Parce que moi je pense que...
Ça n'aurait rien empêché que Rachida Dati soit pas ministre de la Culture, pardon. Ça n'aurait pas empêché le cambriolage du Louvre.
Non, mais par contre je vais vous expliquer quelque chose. Il se trouve que ce qui s'est passé au Louvre vient de politiques depuis des années, de casse du service public et de baisse des moyens. Et donc je crois que c'est cette politique-là qui doit être sanctionnée. Et donc je réitère que nous nous ferons tout, à la fois pour faire partir M. Lecornu et pour faire partir M. Macron, qui reste le point de blocage dans ce pays.
Il est 8h57 et 9 secondes sur France Info, l'heure de la question qui, aujourd'hui, est la question qui fraude. On a regardé votre compte Twitter avec Paul. Hier vous avez tweeté la vidéo d'une personne âgée fraudant, passant par-dessus le tourniquet d'un métro, donc à Danfer Rochefraud. Vous écrivez, je vous cite, « L'indignité n'est pas du côté de cette personne âgée, mais de ceux qui la laissent dans la misère. » Et là vous ajoutez, Macron, démission. Donc Emmanuel Macron, pour vous, est responsable de tous les maux du pays jusqu'à ceux qui fraudent dans le métro ?
Je vous mets au défi de regarder cette vidéo et de ne pas avoir le cœur brisé. Vraiment. Vous vous rendez compte que, par exemple, le prix du ticket de métro aujourd'hui dans notre pays, c'est quasiment l'équivalent de deux paquets de pattes. Et que la misère dont nous parlons dans ce pays est une misère qui est réelle, qui ne concerne pas des chiffres, qui concerne des gens.
Je ne dis pas le contraire.
Oui, oui, mais dans la septième puissance économique au monde, voir quelqu'un qui met à peu près une minute à devoir passer le métro, ce n'est pas sur la question de la fraude. Et pourquoi Macron démission ? Comment ? Pourquoi Macron démission ?
Tous les moyens sont bons pour lui demander sa démission ?
Non, non, parce qu'Emmanuel Macron est responsable d'avoir plongé 1,2 million de personnes dans la pauvreté dans ce pays. Et que 1,2 million de personnes, là aussi, ce sont derrière des familles, ce sont pour beaucoup des enfants. Il y a beaucoup d'enfants. Emmanuel Macron est en train de condamner notre avenir. Et moi, j'alerte sur ce qu'on est en train de faire aux enfants. Avec un enfant sur cinq qui est pauvre dans ce pays. Avec l'aide sociale à l'enfance qui est en train de s'effondrer. Avec des enfants qui ont faim. Donc, oui, je suis indignée par ce que je vois autour de moi. Et je crois que plus que jamais, nous avons besoin d'une autre politique.
Et c'est l'alternative que nous voulons incarner et présenter aux Français et aux Françaises.
Il va être 8h50. Merci beaucoup Mathilde Panot. Si vous avez manqué le début de cet entretien, vous pouvez le retrouver sur l'application Radio France et sur YouTube. C'est à vous, Paul Barcelone.
Merci à demain. Merci beaucoup, Paul. A demain. Merci Mathilde Panot. Et dans un instant, Renaud Blanc me rejoint. C'est les informés comme chaque matin.
Mathilde Panot