Enquête sur Jordan Bardella, ses proches et son parti
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 5 %Attaque 70 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 85 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:37OuverteÉludée
Pourquoi Jordan Bardella est-il présenté comme le futur candidat du RN ?
- 2:21OuverteRéponse directe
Quel est le parcours politique de Jordan Bardella ?
- 3:04OuverteRéponse directe
Pourquoi l'affaire des assistants parlementaires est-elle cruciale pour Marine Le Pen ?
- 4:26OuverteRéponse directe
Pourquoi Jordan Bardella est-il si présent dans les médias ?
- 5:08OuverteRéponse directe
Quels sont les risques pour le RN dans cette affaire ?
- 6:32OuverteRéponse directe
Combien de personnalités du RN sont concernées par cette affaire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:49Chiffre
« les ventes de son premier livre lui auraient rapporté à peu près 700 000 euros de droits d’auteur »
- 5:08Fait
« l’affaire des assistants parlementaires, c’est une affaire dans laquelle le RN est accusé d’avoir mis en place, entre 2014 et 2016, un système qui consiste à payer des salariés du parti avec l’argent du Parlement européen »
- 5:08Chiffre
« le tribunal a estimé que le préjudice était évalué à plus de 4 millions d’euros »
- 5:51Fait
« si elle était condamnée en appel à une nouvelle peine d’inéligibilité, elle ne se représenterait pas en 2027, et donc, elle enverrait Jordan Bardella sans attendre le résultat d’un éventuel pourvoi en cassation »
- 7:17Fait
« il a quand même lui-même été assistant parlementaire pendant quatre mois en 2015, à mi-temps »
- 11:52Fait
« il lui avait appris effectivement à paraître sympa, sourire, dire bonjour, aussi à utiliser certains éléments de storytelling sur son enfance, sur sa mère qui l’a élevé »
- 12:37Fait
« une partie de ces sessions de média training avaient été d’ailleurs payées sur fonds européens, concernant Jordan Bardella et quelques autres eurodéputés, entre 2019 et 2021 »
- 12:37Chiffre
« Le Canard parle de 130 000 euros de fonds européens qui ont été utilisés pour payer des sessions de média training »
- 15:19Fait
« Je ne lui poserais pas de question, je lui dirais juste merci. De me laisser la place ? Non, pas du tout. Pas du tout. Merci, parce que sans elle, je ne serais pas devant vous ce soir »
- 23:04Chiffre
« une douzaine de candidats déjà épinglés pour des propos racistes, antisémites ou homophobes, ou pour leur proximité avec des groupuscules radicaux »
- 23:50Fait
« il n’en avait d’ailleurs reconnu que quatre ou cinq cas qui posaient vraiment de gros problèmes, selon lui »
- 24:31Promesse
« Quand il y a des gens qui souhaitent faire de la politique au sein du Rassemblement national et qui ont des propos qui ne correspondent pas aux valeurs sur lesquelles j’ai été élu président du mouvement et aux valeurs qui sont celles de notre projet, eh bien, nous les mettons de côté et nous leur indiquons la porte »
- 26:40Fait
« il a comptabilisé 72 % de prénoms à consonance étrangère sur la liste des naissances de sa commune, avant d’ajouter cette phrase : « Je n’ai même pas compté Élie et Samuel, d’origine hébraïque » »
- 28:00Fait
« il parle de « submersion migratoire » »
- 28:36Fait
« Le prénom, ce n’est pas un marqueur de francité. Ça ne nous intéresse pas de compter les prénoms »
- 29:16Fait
« il est délégué départemental du Loiret »
- 30:23Fait
« il réagissait sur X à la diffusion d’images du passage à tabac d’un jeune handicapé par d’autres adolescents »
- 30:39Fait
« sur Facebook... On parle beaucoup des punaises de lit, à l’époque. Lui y voit la conséquence des « arrivées massives de tous les pays d’Afrique » »
- 35:03Fait
« la liste des membres passés par les rangs de cette organisation dirigée par Alain Soral, un idéologue antisémite »
- 35:47Fait
« il dit qu’il n’a plus de contacts avec le mouvement négationniste d’Alain Soral depuis 2010 »
- 39:21Fait
« Paul-Alexandre Martin, le patron de l’agence de communication e-Politic, qui est un partenaire privilégié, un prestataire privilégié du RN »
- 40:05Fait
« il propose tout un tas de services qui vont de la gestion des réseaux sociaux, la production de vidéos, la création et l’animation de newsletters »
- 41:33Fait
« le GUD a été dissous, mais ces liens sont bien là »
- 42:16Fait
« Axel Loustau et Frédéric Chatillon, tu les as cités, c’est les visages, en tout cas, les plus connus de cette galaxie »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
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Bonjour. Bienvenue sur Mediapart. Il est en tournée pour son livre, il multiplie les plateaux télé, et si la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen est confirmée, il sera le candidat du Rassemblement national pour la présidentielle. Lui, c’est évidemment Jordan Bardella, 30 ans, président du Rassemblement national. Apparitions télé très « média trainées », bien que pas toujours concluantes, propos attrape-tout pour ne surtout pas trop faire de vagues, Jordan Bardella est lisse, très lisse, mais derrière ce vernis, la réalité de son parti affleure chaque jour, comme en témoignent à nouveau plusieurs informations et enquêtes menées ces dernières semaines par Mediapart avec nos journalistes Alexandre Berteau et Youmni Kezzouf.
« Jordan Bardella : derrière le vernis, la réalité d’un parti », c’est « À l’air libre », l’émission en accès libre de Mediapart.
« À l’air libre », l’émission en accès libre du site d’informations indépendant Mediapart et disponible sur notre chaîne YouTube et les différentes plates-formes de podcasts, possible seulement grâce à vos abonnements, donc si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart et soutenez les médias indépendants. Le 2 décembre, il n’y a pas très longtemps, on a consacré une émission aux vraies propositions du Rassemblement national sur l’économie et le budget, sa ligne de plus en plus alignée sur le néolibéralisme des macronistes et de la droite, de plus en plus loin des propositions portées par Marine Le Pen ces dernières années. Vous pouvez la voir en replay. Aujourd’hui, on va s’intéresser à ce parti, encore une fois, le RN, à ce qu’il est vraiment
loin des sunlights médiatiques où se déploie son président, Jordan Bardella, qui se voit déjà entrer à l’Elysée après la présidentielle de 2027, tout simplement en revenant, avec Alexandre Berteau et Youmni Kezzouf, deux de nos journalistes enquêteurs sur l’extrême droite à Mediapart, sur une série d’informations que Mediapart a révélées ces dernières semaines. Certaines vous ont peut-être échappé. Alors, avec vous deux, on va raconter ces enquêtes. Merci d’être avec nous. Déjà, peut-être, parlons de lui. Jordan Bardella, 30 ans. Si je fais un portrait très rapide, il s’est engagé au Front National à 16 ans, il a été conseiller régional d’Île-de-France, porte-parole et vice-président du parti, puis député européen au Parlement européen,
où il dirige aujourd’hui un groupe parlementaire d’extrême droite, où il est notoirement très peu présent, et depuis 2022, il est président du Rassemblement national. En juin 2024, il s’est vu Premier ministre, évidemment, au moment des élections législatives. Ça ne s’est pas passé comme ça. Il a écrit deux livres publiés chez Fayard, maison d’édition du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. En ce moment, il est en tournée médiatique permanente, en tournée sur le terrain, il multiplie les selfies. Bref, il cherche à construire sa marque politique. Il est déjà sur la rampe de lancement, Youmni, pour l’élection présidentielle. Oui, il est sur la rampe de lancement pour une raison simple, et on va en discuter,
qui est l’épée de Damoclès qui pèse sur la candidature de Marine Le Pen, qui est le procès en appel de l’affaire dite « des assistants parlementaires », on va en discuter, mais d’ores et déjà, il est intronisé comme le peut-être futur candidat, et de fait, il est sur une séquence d’omniprésence médiatique qui est bien aidée par un groupe, le groupe de Vincent Bolloré, qui est à la fois un groupe de presse qui lui donne très largement la parole sur CNews, sur Europe 1, dans le JDD, etc., et aussi une maison d’édition, puisque le groupe Bolloré est propriétaire de Fayard, qui est la maison d’édition de Jordan Bardella, maison d’édition dans laquelle il a publié deux livres qui, d’une part, lui ont rapporté beaucoup d’argent, on l’a écrit dans Mediapart, les ventes de son premier livre
lui auraient rapporté à peu près 700 000 euros de droits d’auteur, ce qui est considérable, mais aussi beaucoup d’exposition médiatique, puisque la sortie de ce deuxième livre, fin octobre, a été l’occasion de multiplier les invitations dans les médias, les médias du groupe Bolloré, mais pas seulement, donc les invitations un peu partout, un peu tout le temps, et les séances de dédicaces, puisque, actuellement, il sillonne la France pour organiser des séances de dédicaces de ses livres, qui sont aussi autant d’occasions de faire des images pour la presse qui montrent les files d’attente, qui sont réelles, qui existent, de centaines, voire de milliers de personnes qui viennent faire signer leurs livres, et c’est encore du temps d’antenne en plus pour, effectivement,
construire ce récit d’un candidat à qui à peu près tout réussit et qui a une assise populaire qui est très importante. Alors, donc, il se rêve candidat et ça pourrait être une réalité dans quelques mois, à l’issue du procès en appel dans l’affaire des assistants parlementaires du RN au Parlement européen, un procès où Marine Le Pen, ancienne présidente du RN et candidate du parti aux précédentes élections présidentielles, a été condamnée en première instance à quatre ans de prison, dont deux ferme, aménagés sous forme de détention électronique à domicile, 100 000 euros d’amende, mais aussi, et surtout, peut-être, à cinq ans d’inéligibilité. Un procès, Alexandre, qui va se dérouler dans quelques mois. Oui, dans quelques semaines, même. Elle sera rejugée du 13 janvier au 12 février,
avec une décision qui est attendue à l’été 2026, donc, pour rappel, l’affaire des assistants parlementaires, c’est une affaire dans laquelle le RN est accusé d’avoir mis en place, entre 2014 et 2016, un système qui consiste à payer des salariés du parti avec l’argent du Parlement européen. Le tribunal a estimé que le préjudice était évalué à plus de 4 millions d’euros, donc de l’argent public. C’est un procès en appel qui va sans doute être assez technique sur le fond, mais hyper politique parce que Marine Le Pen joue sa candidature à la présidentielle de 2027, et elle a d’ailleurs récemment déjà annoncé que, si elle était condamnée en appel à une nouvelle peine d’inéligibilité,
elle ne se représenterait pas en 2027, et donc, elle enverrait Jordan Bardella sans attendre le résultat d’un éventuel pourvoi en cassation. Voilà, donc procès dans quelques semaines, pour être précis, comme tu l’as dit, dans quelques semaines, en janvier, et puis décision, donc, à l’été. Un procès qui, en réalité, ça, c’est important de le dire, puisqu’on va élargir au-delà de la personnalité de Jordan Bardella dans cette émission, engage, en fait, tout le parti parce qu’en première instance, ça a peut-être été moins noté, mais beaucoup de personnalités du parti, actuelles ou précédentes, ont été condamnées, et en appel, d’ailleurs, ils risquent ou elles risquent toujours gros. Oui, c’est ça. En fait, en première instance, il y a 24 personnes qui ont été condamnées,
donc c’est vraiment une affaire très vaste. La moitié a fait appel, dont Marine Le Pen, et on peut citer Louis Aliot, maire de Perpignan, vice-président du RN, qui est candidat à sa réélection à la mairie de Perpignan, qui va donc faire campagne aux municipales en menant son procès entre janvier et février, certains députés comme Julien Odoul, qui est assez identifié, des eurodéputés aussi, donc oui, c’est une affaire qui concerne plusieurs figures du RN. Beaucoup, sauf Jordan Bardella, bien que son nom ait aussi été cité à la marge de ce dossier. Oui, alors, effectivement, c’est un atout pour Jordan Bardella, il n’est pas mis en cause, pas inquiété dans cette affaire. Alors, il a quand même lui-même été assistant parlementaire pendant quatre mois en 2015, à mi-temps,
donc assistant parlementaire d’un eurodéputé. Malgré tout, il n’apparaît effectivement pas dans l’affaire, mais on peut quand même citer une enquête de Libération qui a montré que le RN avait fabriqué de fausses preuves a posteriori pour prouver le travail de Jordan Bardella à l’époque, notamment, donc, en achetant en 2018, un agenda daté de l’année 2015 et que Jordan Bardella aurait rempli en 2018, donc antidaté. C’est d’ailleurs ce que lui avait rappelé cette année, il y a quelques mois, le chroniqueur Thomas Guénolé dans l’émission de Cyril Hanouna « Touche pas à mon poste ». C’était très précisément le 21 mars dernier, émission alors diffusée sur C8, la télé de Bolloré.
On va regarder cet échange. Pourquoi vous avez signé vos agendas si c’était pas pour les remettre à la justice ? Pourquoi vous avez signé vos agendas ? — Qu’est-ce que vous racontez ? — On n’entend pas. On n’entend pas ce que vous dites. C’est pas une interview de Thomas Guénolé. Je pose la question : pourquoi vous avez signé vos agendas si c’était pas pour les remettre à la justice ? Dans l’affaire des emplois fictifs, j’ai pas compris, ça. Vous signez vos agendas, vous ? — Les emplois fictifs ? — Oui, au Parlement européen. Je ne suis pas concerné. Si, il y a une pièce qui vous concerne et ma question, c’est : pourquoi vous avez signé vos agendas ? Non, non, non ! Jordan Bardella.... Vous n’êtes pas accusé, mais il y a une pièce qui vous concerne.
Pourquoi vous avez signé ? Je ne vous accuse pas. C’est pas l’interview de Thomas Guénolé, ici. OK, je m’arrête. Et je le dis, sur l’affaire des emplois fictifs, — Jordan Bardella n’est pas... — C’est pas ce que j’ai dit. Ben si, c’est ce que vous venez de dire il y a un instant. Non, je dis que vous avez signé des agendas antidatés. Pourquoi vous les avez signés ? C’est ça que je comprends pas. Ben personne comprend à part vous. J’ai tenu à montrer cette séquence parce qu’elle est intéressante. D’abord, la position de gardien du temple de Cyril Hanouna, c’est-à-dire ne pas permettre le questionnement de son chroniqueur sur cet aspect quand même important qui peut éclairer les gens. — Qu’est-ce qu’elle t’inspire, toi ? — Il y a deux choses,
c’est-à-dire qu’effectivement, Cyril Hanouna, on le voit, il est très en défense, comme souvent. Cyril Hanouna, tu l’as dit, à ce moment-là, il est l’employé de Vincent Bolloré, par ailleurs. Cyril Hanouna, ça, il ne le dit pas forcément aussi souvent, mais Cyril Hanouna, c’est un proche de Jordan Bardella. À l’été 2024, en juillet, Cyril Hanouna, il a invité Jordan Bardella pour des vacances à Saint-Tropez, dans sa maison de Saint-Tropez, ils ont déjeuné ou dîné ensemble, je ne sais plus quelle était l’heure du déjeuner. Ça a été raconté. Encore récemment, au mois de novembre de cette année, il y a des photos qui ont circulé d’un dîner entre Jordan Bardella, Cyril Hanouna et d’autres chroniqueurs de feu « Touche pas à mon poste », désormais « Tout beau tout neuf ».
Guillaume Genton, proche de Cyril Hanouna, associé de Cyril Hanouna, qui est un producteur de télévision, invité récurrent, chroniqueur de ses émissions, a aussi produit un documentaire sur Jordan Bardella et c’est un proche de Jordan Bardella, il traîne souvent avec lui, il est invité à certains événements. Donc, il y a une proximité à la fois amicale et politique via Vincent Bolloré. En tout cas, à l’époque. Je l’ai montré parce que c’est un des rares moments où Jordan Bardella a été questionné sur cette affaire-là. Oui, c’est ça. Effectivement, les questions sur ces affaires-là ne sont pas si courantes.
Ces agendas en question, ils ont été montrés, entre autres, une fois par BFM, au cours d’une des très nombreuses interviews de Jordan Bardella. Mais globalement, il suffit de regarder le nombre de fois où Jordan Bardella est invité sur un plateau de télévision ou de radio à des heures de grandes écoutes, matinale ou grande soirée, électorale ou pas, et de comparer avec le nombre de fois où les questions lui sont posées, questions là-dessus ou sur d’autres aspects un peu gênants pour lui et pour le RN, pour se rendre compte que le compte n’y est pas. Là aussi, raison pour laquelle je voulais le montrer, c’est que c’est un de ces moments où finalement, le script bien écrit de Jordan Bardella dérape quand il est mis face à certains faits.
Parce que c’est vrai que le reste du temps, il la joue très prudente, avec des interventions médiatiques assez sécurisées, des éléments de langage très prudents qu’il ressert très fréquemment, qui sont aussi le résultat de beaucoup de séances de média training. Oui, parce que Jordan Bardella, tu l’as dit dans ton introduction, c’est un professionnel de la politique. Il l’assume, d’ailleurs. En même temps, il pourrait difficilement faire autrement, il n’a jamais eu d’autre métier. Il a 30 ans, il fait de la politique depuis 10 ans, il a été, on l’a dit, assistant parlementaire, conseiller régional, porte-parole. Il a toujours baigné dans la politique et donc, comme il a été candidat très jeune à plein de choses et qu’il a été très vite propulsé comme d’abord espoir du Front national,
du Rassemblement national, puis comme dauphin, il a effectivement eu des sessions de training, comme plein d’autres politiques, mais son ancien communicant a témoigné à plusieurs reprises en expliquant qu’il lui avait appris effectivement à paraître sympa, sourire, dire bonjour, aussi à utiliser certains éléments de storytelling sur son enfance, sur sa mère qui l’a élevé en partie, parce que ses parents sont divorcés, donc insister beaucoup sur sa mère qui l’a élevé, qui vit en Seine-Saint-Denis, beaucoup moins sur son père, qui est un chef d’entreprise plus aisé. Tout ça, ça a été raconté. Le Canard Enchaîné a récemment révélé qu’une partie de ces sessions de média training avaient été d’ailleurs payées sur fonds européens,
concernant Jordan Bardella et quelques autres eurodéputés, entre 2019 et 2021. Le Canard parle de 130 000 euros de fonds européens qui ont été utilisés pour payer des sessions de média training. Ce qui peut donner lieu à des alertes d’organisations, d’ONG. Potentiellement, parce qu’on sait que le Rassemblement national, on en a parlé, a toujours eu une acception assez large de ce qu’il pouvait faire avec les fonds européens, alors même que dans les institutions, c’est relativement cadré, il y a des règles, on ne peut pas faire n’importe quoi, on doit passer des appels d’offres, on doit respecter un certain nombre de règles. Donc, effectivement, il y a des associations qui font des signalements, déposent des plaintes pour savoir ce qu’il en est de cette réalité, de ce média training,
est-ce qu’il avait vocation à être payé par des fonds européens ? Il y a d’autres fois, aussi, où parfois, ça dérape par rapport au script prévu. On va voir quelques exemples avec des passages très récents, en ce mois de décembre. On était par exemple le 11 décembre sur BFMTV, une émission fleuve de 3 heures, « Jordan Bardella face aux Français », c’était le titre. Tous les sujets sont abordés, le président du RN déroule ses éléments de langage habituels. La machine va commencer à s’enrayer après 2 heures de direct. Un participant l’interpelle, il parle en tant que juif, interroge Bardella sur l’antisémitisme de son parti et sa propre proximité avec des figures d’un groupe identitaire historique. Ma communauté est très réceptive, justement, à ce que vous dites,
mais moi, je ne tombe pas dans ce jeu-là. Ce n’est pas un jeu, ce que subissent nos compatriotes de confession juive. Je ne voterai pas pour quelqu’un qui, à 18 ans, faisait la queue pour prendre une photo avec Jean-Marie Le Pen, pour quelqu’un qui, en 2023, c’était il y a deux ans, disait : « Je ne pense pas que Jean-Marie Le Pen soit antisémite. » Mais on est revenu sur la bourde parce que justement, on a vu que ça avait été une maladresse. Vous parliez du groupuscule tout à l’heure. Les groupuscules d’extrême droite, il y en a partout. Mais quel culot, M. Bardella ! J’ai fait une fac que vous connaissez bien, ça s’appelle la fac Assas. Vous connaissez bien les groupuscules qui régnaient à Assas. Le GUD, ça vous dit quelque chose, puisque vous fréquentiez... Je n’ai jamais été au GUD.
Vous fréquentiez régulièrement Frédéric Chatillon, on ne peut pas dire le contraire. Vous fréquentiez très régulièrement sa fille. Frédéric Chatillon, qui est un membre assidu du GUD... Il faut que Jordan Bardella vous réponde, aussi. Qui est un soutien fervent de plusieurs régimes totalitaires. Donc, c’était pour vous dire que ce petit jeu que vous faites pour contrebalancer sur LFI, qui est à fond sur le musulman, et donc vous, justement, pour parer à ces menaces-là, je voulais dire qu’une partie de la communauté n’est pas dupe. Bon, tout le monde aura compris que je ne vous convaincrai pas ce soir, cher monsieur, mais je vais essayer, à la différence de votre propos, d’être respectueux et élégant. Mais sur cette proximité avec le GUD, Bardella ne répondra pas.
Quelques jours plus tard, c’était le week end dernier, Jordan Bardella invité à nouveau en majesté, cette fois sur le service public, France 2 samedi soir : « Quelle époque », l’émission de Léa Salamé. Arrive l’habituel et pénible jeu des questions. Que dire à Marine Le Pen ? Je ne lui poserais pas de question, je lui dirais juste merci. De me laisser la place ? Non, pas du tout. Pas du tout. Merci, parce que sans elle, je ne serais pas devant vous ce soir. Et que dire à Nicolas Sarkozy qui, dans son livre récent, fait la courte échelle au Rassemblement national ? Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie, qui est objectivement increvable ? C’est-à-dire, il a une force d’énergie. On peut être en désaccord,
on a eu beaucoup de désaccords politiques, mais il a une énergie qui lui est propre et qui l’honore. Et un peu plus tard, que dire au président états-unien Donald Trump qui vient, dans un document officiel, de promettre à l’Europe un « effacement civilisationnel » ? Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie, aussi ? Vous vous répétez, là, hein. Un petit manque d’imagination. Une question à Vladimir Poutine ? Où trouve-t-il toute cette énergie ?
Jusqu’où va-t-il aller ?
Youmni, il y a plusieurs enseignements, des questions pour vous deux. Déjà, cette question d’un candidat, quand ça sort un peu du storytelling, du cadre bien prévu, on sent que ça flotte un peu. Oui. En fait, Jordan Bardella, on l’a dit, il a une parole qui est très calibrée, très millimétrée. Pour avoir fait, avec Alexandre, beaucoup de meetings et encore plus d’écoutes de matinales radio, d’émissions de télé, on a parfois l’impression qu’on peut faire les réponses à sa place parce que les éléments de langage sont très souvent les mêmes. Et donc effectivement, quand il y a des questions qui viennent contrebalancer certaines choses ou qui sont un peu inattendues, c’est pas toujours simple. Avec une nuance, quand même, sur la séquence « Quelle époque », la plus récente, sur France 2,
puisque là, c’est un élément qui est toujours dans l’émission, on montre des photos, on répond. Donc là, l’effet de surprise, il est peu présent. — On pouvait le prévoir. — Voilà, c’était assez prévisible. Et à l’inverse, pour le coup, il y a un élément... On voit le plateau qui rigole énormément. Là, il y a un élément sur lequel Jordan Bardella va jouer, a déjà commencé à jouer, c’est le côté mépris, de dire : « Vous voyez, ce plateau qui se moque, ce plateau parisien, les lumières, le petit monde de l’intelligentsia qui se moque de moi », il a déjà commencé à le dire : « Quand il se moque de moi, il se moque de mes électeurs, 11 millions d’électeurs. » Et donc, il va jouer et il joue déjà sur cette espèce de mépris de classe. Troisième truc, on l’a vu avec les dates
des extraits que vous avez montrés, 11 décembre, il était donc sur BFM pendant 3 heures dans une émission fleuve. 13 décembre, il était sur France Télé. On est le 18 décembre. Hier soir, le 17, il était dans une émission fleuve, mais sur LCI cette fois-ci. Donc, on revient sur cette espèce d’omniprésence, ce rouleau compresseur médiatique, il est partout, tout le temps. Sur d’autres passages dans cet extrait, il y a un autre moment, peut-être, de vérité, où on se dit presque que c’est le participant de l’émission qui fait le travail des journalistes. En l’occurrence, ce participant à l’émission de BFM qui rappelle la réalité de l’antisémitisme historique du Rassemblement national, la façon, très justement, dont Jordan Bardella avait dans un premier temps dit
que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite, alors qu’il avait été condamné par la justice pour ça. Il y a un rappel qui est fait dans cette émission. Oui, la séquence est intéressante. C’est assez rare qu’il soit questionné, mis en difficulté sur ça. Effectivement, Jordan Bardella, il n’est pas toujours à l’aise quand on le ramène à ça. Il y a cette fameuse photo qui circule de lui avec Jean-Marie Le Pen. Il réagit souvent en disant qu’il était très jeune. Tu l’as rappelé, il s’est engagé très tôt au RN, enfin au FN, puis au RN. Malgré tout, Jean-Marie Le Pen, on le connaît, c’est une figure politique qui a été multi-condamnée pour des propos antisémites. Ça c’est réel. Il a cofondé le FN avec des nostalgiques de la collaboration, un ancien de la Waffen-SS. C’est un fait.
Et Jordan Bardella, il ne s’en est pas complètement détaché, puisque cet invité de l’émission l’a rappelé, Jordan Bardella a estimé que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite. Et par ailleurs, au moment du décès de Jean-Marie Le Pen en janvier 2025, Jordan Bardella a parlé de propos condamnables. Ça, il l’a dit, mais il a refusé, et c’est aussi ses mots, de résumer la carrière de Jean-Marie Le Pen à « quelques polémiques ». On voit bien qu’il est quand même gêné dans sa filiation avec Jean-Marie Le Pen, tout en essayant de garder une distance. Et la fin de l’extrait de France 2, il est intéressant aussi, parce qu’au-delà encore du dispositif de l’émission dont on a parlé, c’est les phrases sur Trump et Poutine,
c’est-à-dire très peu, très peu de critiques sur ces deux personnages, avec des réponses assez banales ou même assez simples sur les deux. Oui, et ce n’est pas étonnant, quand on pense et quand on regarde l’attitude du RN vis-à-vis de ces deux personnages. Sur Trump, en plus, il y a une fascination assez personnelle de Jordan Bardella pour Donald Trump il l’a déjà dit, par rapport au fait qu’il a réussi à faire ce que Jordan Bardella rêve de faire, à savoir réconcilier, comme il le dit, le peuple et les élites, c’est-à-dire à la fois avoir pour lui des élites économiques qui le soutiennent, comme les grands patrons de la tech soutiennent Donald Trump et en même temps, les classes populaires américaines,
certaines en tout cas qui lui donnent son vote. Jordan Bardella rêve de réussir à faire cette synthèse-là. Donc là-dessus, il y a une petite fascination. Même si, et ils le disent aussi, ils essayent toujours de tempérer au RN leur admiration, leur sympathie pour Donald Trump, car ils ont compris après l’attaque du Capitole il y a quelques années, que c’était compliqué en France de se dire ouvertement trumpiste, rapport aux tendances complètement fascisantes du président américain. Ça devenait un peu compliqué. Sur la Russie, c’est différent. Sur Poutine, c’est le sparadrap du Rassemblement national, dont la campagne a été financée en partie par un prêt russe, qui leur colle aux basques. Même si, à l’heure actuelle, au Rassemblement national,
il y a deux lignes qui coexistent entre une ligne un peu atlantiste, notamment vis-à-vis de l’Ukraine, qui critique ouvertement l’attitude de la Russie, soutient l’Ukraine assez fortement, et à côté, une coexistence totale avec une autre ligne complètement pro-Poutine. Le candidat à la mairie de Paris du Rassemblement national investi par le RN, c’est Thierry Mariani, dont les sympathies vis-à-vis du régime russe sont connues et chroniquées depuis très longtemps. Alors, Bardella, c’est pas juste un potentiel candidat ou quelqu’un qui écrit des livres, c’est aussi le président du parti, parti qui, en l’occurrence, prétend gouverner. Un parti qui reste, malgré toutes les tentatives de replâtrage ou de maquillage, un parti d’extrême droite,
avec un personnel politique pour lequel il ne faut jamais aller très loin pour trouver des accointances, des liens avec les identitaires et le racisme. On ne parle pas là de vieilles histoires. Là, ce dont on va parler, ce sont des faits récents que vous avez révélés au cours des dernières semaines, tous les deux, avec Antton Rouget et Marine Turchi pour certaines de ces enquêtes. On va commencer avec cette enquête très récente que vous avez publiée il y a quelques jours : « Municipales 2026 : le RN réinvestit ses brebis galeuses ». Vous avez pu identifier une douzaine de candidats déjà épinglés pour des propos racistes, antisémites ou homophobes, ou pour leur proximité avec des groupuscules radicaux,
alors que le parti avait assuré avoir mis en place un processus de sélection inédit. On se rappelle, en juin 2024, au moment des législatives, un travail simultané, de plusieurs rédactions, Mediapart, StreetPress, Libération, L’Express et d’autres avait fait apparaître, finalement, tout le monde avait travaillé un peu de son côté, avait fait apparaître une centaine de candidats du RN problématiques, auteurs dans le passé de propos antisémites, islamophobes, sexistes, racistes ou négationnistes. Évidemment, on se rappelle le cas qui a le plus retenu l’attention peut-être, de cette candidate RN, qui s’affichait avec une casquette nazie. On va la voir. Alors, à l’époque, Jordan Bardella les avait désignés comme des brebis galeuses.
Il n’en avait d’ailleurs reconnu que quatre ou cinq cas qui posaient vraiment de gros problèmes, selon lui. Et puis, il avait fait cette promesse. Personne n’est parfait, mais il n’y a qu’une différence, c’est que quand des brebis galeuses s’approchent du Rassemblement national, je n’ai pas la main qui tremble. À gauche, ils sont investis. Quand ils sont fichés S, ils sont même élus. Aucune brebis galeuse dans votre groupe à l’Assemblée ? Non, n’y a pas de brebis galeuses. Quand il y a des gens qui souhaitent faire de la politique au sein du Rassemblement national et qui ont des propos qui ne correspondent pas aux valeurs sur lesquelles j’ai été élu président du mouvement et aux valeurs qui sont celles de notre projet, eh bien, nous les mettons de côté
et nous leur indiquons la porte, mais ce qu’il faut juger, c’est la réaction des mouvements politiques. Et je pense que notre réaction en la matière a toujours été irréprochable. Voilà. Irréprochable, Youmni. Raté quand même, comme le montre votre enquête, puisque malgré toutes ces mesures annoncées et ces déclarations d’intention, une douzaine sont candidats aux prochaines élections municipales de mars. Ce qu’on a fait, c’est qu’on a voulu prendre le RN au mot, c’est-à-dire qu’après juillet 2024, ils ont annoncé tout un tas de mesures et ils ont pris des mesures : ils ont évincé le directeur général du parti, ils ont purgé des délégués départementaux qui n’avaient pas bien fait leur travail de sélection des candidats notamment. Ils ont expliqué qu’on ne les y reprendrait plus.
Ils ont même missionné ou annoncé qu’ils missionnaient une entreprise spécialisée chargée de fouiller les réseaux sociaux — de tous les potentiels candidats. — Leur réputation. Pour voir s’ils n’avaient pas fait des déclarations problématiques par le passé. Nous, on a fait au plus simple. On a pris ceux qui avaient déjà été épinglés, en partie par nous, en partie par d’autres dans la presse. On a fait des recherches Google en tapant le nom du candidat plus « racisme » ou plus « antisémitisme ». C’est une recherche vraiment très simple et ce qu’on montre, c’est que déjà, il y a des candidats qui ont déjà été épinglés, qui sont toujours réinvestis par le RN. — On va en détailler quelques-uns. — On va citer quelques cas. Sans aucun problème. On va passer, par exemple, en revue certains cas.
Candidat dans la ville de Belfort, Quentin Macullo. Il a 23 ans. C’est un ancien assistant parlementaire d’un député RN, cadre de La Cocarde, un syndicat étudiant d’extrême droite qui fournit au parti de Jordan Bardella nombre de collaborateurs et collaboratrices. Il a pu dire, tu l’avais épinglé en décembre 2024, Youmni, il a pu dire en septembre 2022 sur le réseau social X... En fait, il a comptabilisé 72 % de prénoms à consonance étrangère sur la liste des naissances de sa commune, avant d’ajouter cette phrase : « Je n’ai même pas compté Élie et Samuel, d’origine hébraïque. » Voilà. C’est un aperçu, parce que,
le compte Twitter de Quentin Macullo, qu’il a depuis nettoyé, il a supprimé beaucoup de choses, faisait la part belle à la théorie raciste du grand remplacement, en expliquant que c’était une preuve du grand remplacement. C’est un truc qui l’obsède pas mal. Par ailleurs, il avait aussi tenu des propos transphobes, lgbtphobes, notamment à propos d’une action. Je crois que c’était une action de drag queens dans son université ou quelque chose comme ça. Quand on l’avait contacté avec Clément Rabu, quand on avait fait cette enquête en décembre 2024, on avait contacté son député, Guillaume Bigot, qui est député du Territoire de Belfort, qui nous avait dit qu’il s’était mal exprimé, qu’il avait supprimé le message, qu’il n’y avait rien de raciste, d’antisémite chez son collaborateur,
qu’il n’y avait pas de problème, qu’il n’allait pas le sanctionner. On a recontacté Quentin Macullo pour savoir s’il regrettait. Il vous dit que c’est un vieux sujet. Il nous dit qu’on déterre, comme souvent, des vieux sujets à des fins politiciennes, etc. Et puis, il nous dit : « C’était un commentaire dépassionné sur une donnée statistique. » C’est quand même conceptuel. « Commentaire dépassionné » quand on compte les prénoms arabo-musulmans et qu’on rajoute les prénoms hébraïques, c’est un concept. Par ailleurs, ce qui est intéressant, c’est qu’il a une obsession pour le grand remplacement et pour compter les prénoms, qui sont deux choses sur lesquelles Jordan Bardella et le Rassemblement National, dans cette volonté de dédiabolisation, etc.,
et qu’ils rejettent. Jordan Bardella prend toujours soin de ne pas employer le terme de « grand remplacement », qui est très connoté. Même s’il dépeint des réalités qui sont similaires, il parle de « submersion migratoire ». Il veut dire la même chose, mais il évite absolument le terme. Et par ailleurs, Jordan Bardella, dans une volonté de se distancier, notamment d’Éric Zemmour, a toujours expliqué que lui n’avait pas de problème avec les prénoms à consonance étrangère. Il s’appelle Jordan. Il le dit très souvent. Il dit : « Le prénom, ce n’est pas un marqueur de francité. Ça ne nous intéresse pas de compter les prénoms. » L’opposé de ce que fait le candidat RN dans une ville comme Belfort. Et ça ne l’empêche pas d’être candidat.
On va parler d’un autre candidat. C’est toi aussi qui vas m’en parler. Le candidat dans la ville d’Orléans, une grande ville française dans le Loiret. Il s’appelle Anthony Zeller et par exemple, il a pu poster ça sur X, anciennement Twitter, « C’est où ? En Afrique ? », en réponse à une photo postée par la députée insoumise Mathilde Panot depuis sa circonscription de Seine-Saint-Denis. Donc il est investi pour les municipales. Oui, il est deuxième de la liste. Ce n’est pas lui qui porte les couleurs du RN. Il n’est pas tête de liste, mais il est sur la liste, 2e. Anthony Zeller, c’est intéressant parce que, par ailleurs, il est délégué départemental du Loiret. — Responsable du parti. — Il est responsable, représentant du parti dans le département.
Il a survécu à la purge des délégués départementaux qui auraient mal fait leur travail. Il est chargé, justement, de sélectionner, présélectionner, les gens qui contactent le parti en disant : « Bonjour, je suis sympathisant RN, je voudrais être candidat pour les municipales. » Et lui, qui est chargé de faire la sélection, on considère, enfin, le RN considère en tout cas, que répondre « C’est où ? En Afrique ? » à une photo, parce qu’il y a des personnes noires sur la photo, en fait, ce n’est pas un problème. À l’époque, on l’avait contacté. Il avait dit qu’il regrettait, que c’était une plaisanterie de très mauvais goût et il avait plaidé pour le droit à l’erreur en expliquant qu’il avait changé, que c’était une erreur du passé. On peut citer un autre candidat, René Lioret.
Depuis 2024, il est député RN de Côte-d’Or, candidat dans la ville de Beaune aux municipales pour les municipales de 2026. Alors, lui, racisme décomplexé. En octobre 2022, il réagissait sur X à la diffusion d’images du passage à tabac d’un jeune handicapé par d’autres adolescents. Voici son commentaire.
En juin 2023, une publication sur le prétendu massacre d’un chameau en Afrique, avec ces mots.
Et puis, en octobre 2023, sur Facebook... On parle beaucoup des punaises de lit, à l’époque. Lui y voit la conséquence des « arrivées massives de tous les pays d’Afrique ». Bref, racisme décomplexé, et il est candidat. Oui. C’est pas n’importe qui, René Lioret. Il est député RN de la Côte-d’Or. Ces propos dataient d’avant son élection, mais on voit que ça ne l’a pas empêché d’être élu à l’Assemblée, conseiller régional, aujourd’hui, candidat du RN à la mairie de Beaune. Comme tous les candidats mentionnés dans cette enquête, on l’a contacté. Il n’a pas répondu à nos questions. Il m’a quand même envoyé un SMS deux jours après, en m’envoyant le lien d’un média marocain qui parlait de ce massacre d’un dromadaire, en l’occurrence,
mais sur le fond, il n’a rien eu à redire à ses propos. Il y a aussi quelques autres profils notables. On ne les passera pas tous en revue. Vous pouvez regarder cette enquête. À chaque fois, c’est quand même dans des villes importantes que certains sont candidats, et avec des propos qui sont soit sexistes, soit racistes... Enfin, très problématiques. Oui, je m’en suis noté quelques-uns. Julien Leonardelli, candidat du RN à Toulouse. En 2018, il soutenait les maraudes identitaires qui consistaient à distribuer du porc à des SDF. Nathalie Aubert, à Colmar. En 2023, elle a publié une photo sur Facebook d’une embarcation de migrants avec en légende « Le Congo chez Tintin ». Et puis, par exemple aussi, à Fougères, en Bretagne, Virginie d’Orsanne,
qui considère que l’avortement est « une régression sociale » et qui, en 2016, commentait une campagne de prévention du sida à destination des homosexuels, en dénonçant « une propagande idéologique abominable ». D’ailleurs, ce tweet est toujours en ligne sur son compte, ce qui interroge sur l’efficacité de l’entreprise d’e-réputation que tu mentionnais, Youmni. Justement, vous avez sollicité pour cette enquête le directeur de campagne du RN, Julien Sanchez. Il vous a répondu le 12 décembre par mail, à une série de questions que vous aviez posées. Il a précisé... Vous le dites dans la boîte noire de l’article, c’est-à-dire l’explication de texte qu’on fait en bas des articles. Il vous a précisé quels candidats n’avaient pas demandé l’investiture du parti ou ne l’avaient pas obtenue,
mais sur ces profils que vous pointez, silence radio. Oui. On lui a envoyé une quinzaine de questions. Comme tu l’as dit, il nous a répondu sur ces points-là, mais pas sur le fond des propos de chacun des candidats. L’objectif de cette question, c’était de comprendre si ces candidats problématiques, pour lesquels une simple recherche Google suffisait à comprendre le CV, ont été réinvesti par incompétence ou par une forme de validation des propos qu’ils ont tenus. Il n’a pas répondu. Pourquoi, malgré toutes ces promesses, ces déclarations d’intention, ça se reproduit ? — Qu’est-ce que ça dit ? — Alexandre l’a résumé. Il y a deux hypothèses. Il y a deux possibilités. Soit le RN est nul et incompétent,
donc n’arrive pas à faire une recherche Google, une simple recherche « pseudo de la personne » plus « Noirs » ou « Arabes » pour voir ce qui sort, soit le RN s’en fout. Les deux sont possibles. Compte tenu de la simplicité des recherches, compte tenu aussi des profils qui sortent, ce qu’on voit, c’est que le RN s’en fout, parce que le RN pense globalement à peu près la même chose que ses candidats, mais ne le dit pas de la même façon. On voit une gradation, c’est-à-dire que ce que, nous, on considère comme des candidats problématiques, le RN ne les considère pas forcément comme des candidats problématiques. On a parlé tout à l’heure de cette candidate qui avait posé, pendant les campagnes... Dont la photo où elle pose avec une casquette de SS était sortie.
Évidemment, elle a été sortie du parti tout de suite. Les casquettes nazies, hors de question. En revanche, les commentaires racistes quand il y a des Noirs sur les photos... On peut être délégué départemental. C’est pas grave. Il y a des choses qui nous choquent, qui choquent les gens, qui choquent a fortiori les principaux concernés, les gens qui sont visés par ce genre de propos, mais qui, au RN, ne choquent pas. Il y a une autre enquête que vous avez faite très récemment. Son titre, c’est : « Dans les arrière-cuisines d’Alain Soral : des bataillons de négationnistes et le directeur de cabinet de Bardella ». Vous avez pu consulter des documents internes du mouvement d’extrême droite Égalité & Réconciliation. Parmi ces éléments, la liste des membres passés
par les rangs de cette organisation dirigée par Alain Soral, un idéologue antisémite. Elle fait notamment apparaître... Là, on parlait de Jordan Bardella. Elle fait apparaître le bras droit de Jordan Bardella, son homme de confiance dans le parti, François Paradol. Oui. François Paradol est un des plus proches collaborateurs de Jordan Bardella. C’est son directeur de cabinet à la tête du RN, militant historique du FN, puis du RN. Dans la liste qu’on s’est procurée pour cette enquête qu’on a menée avec Antton Rouget, on voit son nom apparaître au milieu de dizaines de militants antisémites, négationnistes. On l’a contacté. Il se justifie en parlant d’un engagement qui est très ancien. Il dit qu’il n’a plus de contacts
avec le mouvement négationniste d’Alain Soral depuis 2010. Malgré ça, Alain Soral, dès le début des années 2000, tient des propos antisémites en permanence. Il est condamné pour incitation à la haine raciale en 2007, pour des propos tenus dès 2004, donc cet argument ne tient pas trop. C’est assez problématique que le directeur de cabinet de Jordan Bardella soit passé par ce mouvement, au moment où, depuis le 7 octobre, le RN veut vraiment se présenter comme le parti allié de la communauté juive et fait tout pour faire oublier ses racines antisémites. Et puis, problématique aussi, vu la violence des propos des gens d’Égalité & Réconciliation. Dans cet article, vous le verrez,
il y a une vidéo absolument abjecte, preuve d’un négationnisme et d’un antisémitisme total. Vous l’avez publiée dans l’article. On est en 2003, lors du festival annuel du mouvement. Un militant entonne une chanson aux paroles négationnistes sur l’air de la chanson « Couleur menthe à l’eau », sous les rires gras de la personne à droite, le directeur de l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol, qui s’appelle Jérôme Bourbon. C’est absolument immonde. On va juste regarder quelques secondes.
Pardon. J’ai dit « 2003 ». C’est évidemment 2023, c’est-à-dire il y a deux ans. Voilà la réalité de ce parti et voilà donc le type de gens que fréquentait le directeur de cabinet de Jordan Bardella, Youmni. Oui, c’est ça. Ce qu’il faut rappeler, c’est que... L’argument qui est ressorti par François Paradol, c’est le côté « C’était il y a longtemps ». Un argument qu’on entend aussi... Les gens ne le savent pas forcément, parce que ça date un peu. C’est : « À ce moment-là, Alain Soral était au FN. » C’est vrai, Alain Soral est passé par le Front national. Il a été très proche du Front national à la fin des années 2000. Il écrivait des discours. Il a tracté avec Marine Le Pen. Il faisait partie du parti. C’est le cas de le dire.
Il s’en est éloigné ensuite. Ça ne peut pas être un argument, parce que quand il était proche du Front national, Alain Soral était déjà antisémite, déjà négationniste. Il tenait déjà des propos absolument abjects, par ailleurs sur les femmes, sur les personnes LGBT, etc. Le simple fait de dire « C’était il y a longtemps », ça n’est absolument pas une défense. D’ailleurs, on le voit. Dans ce papier, on a contacté aussi tout un tas de gens qui apparaissaient dans ce fichier d’anciens adhérents, qui étaient des anonymes. On leur a dit : « Qu’est-ce que vous pensez de votre engagement à Égalité & Réconciliation ? » Plein de gens nous ont dit : « Que j’étais con, à l’époque ! Putain, c’est abject. Je ne me rendais pas compte. C’est absolument horrible. » La réponse de François Paradol,
c’est juste de dire : « C’était il y a longtemps. » — Il aurait pu vous dire ça. — Il aurait pu dire : « C’était absolument abject, odieux. Pardon. » C’est juste : « Il y a longtemps. » D’ailleurs, vous dites aussi dans cette enquête que le directeur de cabinet de Jordan Bardella n’est pas le seul, puisqu’il y a un actuel député du Rassemblement national, Frédéric Boccaletti, du Var, et un ancien candidat du RN en 2024, Louis-Joseph Gannat, qui étaient dans ces listes d’adhérents. — Tout à fait. — Toujours dans l’entourage très proche de Jordan Bardella au sein du parti, en tout cas, dans l’écosystème du parti, une autre enquête très récente que vous pourrez lire sur Mediapart. Son titre : « Les amitiés néofascistes du communicant du RN. »
Vous y montrez comment Paul-Alexandre Martin, le patron de l’agence de communication e-Politic, qui est un partenaire privilégié, un prestataire privilégié du RN, s’est lié d’amitié avec des militants néofascistes, souvent multi-condamnés. Il a été très proche... Il y a d’autres exemples. Tu vas nous en parler, Alexandre. Il a été notamment très proche de Loïk Le Priol et de Romain Bouvier qui seront bientôt jugés aux assises pour l’assassinat du rugbyman Federico Martin Aramburu. Oui. Paul-Alexandre Martin, c’est quelqu’un qui est inconnu du grand public. Il a 35 ans. C’est le patron de l’agence de communication favorite du RN. Il s’est rendu en quelques années incontournable auprès du parti. Il propose tout un tas de services qui vont de la gestion des réseaux sociaux,
la production de vidéos, la création et l’animation de newsletters. Encore aux législatives de 2024 dans le Pas-de-Calais, Marine Le Pen a fait appel à l’agence pour tourner une vidéo dans sa circonscription. En fait, quand on creuse un peu, on se rend compte que Paul-Alexandre Martin, il est très loin de l’image lisse et respectable que le RN essaie de donner. Il a des liens étroits avec la mouvance néofasciste, avec l’extrême droite violente. On a par exemple pu montrer, dans cette enquête, qu’il partait en vacances avec Logan Djian, qui est un militant néonazi bien connu, en tout cas sur lequel Mediapart a beaucoup écrit, militant violent qui a été condamné à deux reprises pour des faits de violence.
Ça, c’est le patron, enfin, la personne qui part en vacances avec lui est le patron de l’agence qui génère des centaines de milliers d’euros grâce au RN. Puis, Alexandre, une autre enquête, aussi, qui est très intéressante sur les liens en fait, de ce parti avec le GUD, vieux groupe identitaire qui a été dissous et dont les dirigeants, Axel Loustau et Frédéric Chatillon, sont historiquement proches du Rassemblement national. Ça concerne aussi Jordan Bardella puisque, comme l’a rappelé le monsieur sur BFMTV qui l’interroge, il y a des liens, y compris intimes, de Jordan Bardella avec des gens dans l’orbite du GUD. Alors, le GUD a été dissous,
mais ces liens sont bien là, comme le montre cette enquête qui s’appelle « L’éternel retour de la "GUD connection" dans les affaires du RN », parce que, par ailleurs, tout ça intéresse la justice. Oui, la GUD connection, c’est le nom qui a été donné à toute cette galaxie de prestataires historiques du RN issus du GUD. Axel Loustau et Frédéric Chatillon, tu les as cités, c’est les visages, en tout cas, les plus connus de cette galaxie. C’est d’anciens amis de jeunesse de Marine Le Pen qui ont accompagné son ascension en politique tout en s’enrichissant aussi, en étant à la tête d’entreprises prestataires pour des kits de campagne, une affaire pour laquelle ils ont été condamnés. L’un des deux a été condamné pour les imprimeurs, par ailleurs.
En fait, ces deux acolytes, qui ont d’ailleurs une certaine nostalgie, une certaine fascination pour des régimes fascistes, sont devenus de plus en plus encombrants pour le RN, pour Marine Le Pen, notamment à partir de 2023, quand ils ont, encore une fois, officiellement soutenu un défilé néonazi qui se tient chaque année en mai à Paris, qui s’appelle le C9M. Là, à cette époque-là, donc en 2023, Marine Le Pen a tapé du poing sur la table en disant, en gros : « On arrête de s’afficher, d’être liés à ces gens-là. » Elle les a poussés à vendre leurs parts dans les entreprises, notamment e-Politic, qu’on citait juste avant, qui étaient prestataires du RN. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas complètement partis : on les retrouve dans une affaire judiciaire que tu as citée,
une affaire de surfacturation lors des campagnes de 2022 et 2024. En fait, ces gens-là sont assez habiles pour disparaître derrière des cascades de holdings, changer régulièrement de nom, faire des mouvements capitalistiques, mais ils ont quand même été cités dans cette enquête, ce qui prouve que Marine Le Pen a toujours du mal à se débarrasser d’eux si, vraiment, elle le veut. Même si elle essaie officiellement de s’en distancer, Jordan Bardella aussi, puisqu’il dit : « Je n’ai jamais été membre du GUD. » Mais ces connexions-là, elles existent bel et bien. Youmni, un petit point parce que ça, c’est une enquête qui date de l’an dernier. C’est plus exactement, tu en avais parlé tout à l’heure, donc on va en reparler juste là, quatre articles, je crois,
avec Clément Rabu sur, encore une fois, en élargissant la focale, sur les assistants parlementaires, les collaborateurs du parti dont vous avez relevé les tweets racistes ou problématiques sur d’autres aspects, dont vous aviez révélé aussi le lien avec des identitaires, dont un groupe étudiant qui s’appelle La Cocarde. Oui, on avait travaillé effectivement sur les assistants parlementaires du RN, avec Clément Rabu, pour essayer de regarder qui sont ces gens. Ce qu’on a pu montrer, c’est effectivement que le RN ne peut pas, on est en 2025, ne peut pas se passer de ces profils radicaux
pour son bon fonctionnement pour plusieurs raisons, et notamment... Ces militants, notamment les militants identitaires, qui sont une frange de l’extrême droite particulière, en fait, ce sont des militants qui ont un savoir-faire militant, un savoir-faire communicationnel qui est très important dont le RN a souvent besoin, en fait. Historiquement, ça a toujours été des mouvements de va-et-vient entre les identitaires et le RN. C’est des gens qui savent communiquer, qui savent bosser, qui sont formés intellectuellement. Chez les identitaires, on a des listes de lecture, on lit des livres classiques d’extrême droite pour se cultiver. C’est des gens qui ont une tête bien faite, comme on dit. C’est la même chose avec La Cocarde : c’est un syndicat étudiant qui prend de plus en plus de place,
depuis des années, dans le milieu étudiant français et aussi au RN, puisque là, c’est pareil, ça permet d’avoir des gens qui font des études, qui sont dans des facs, dans de très bonnes facs, qui sont militants du même camp politique et qui, petit à petit, développent des compétences, font des études de communication, font des études de sciences politiques, parfois, et deviennent de petites mains très utiles pour le RN. Deux enquêtes, encore, pour finir, à vous signaler, qui sont, là encore, des enquêtes récentes. Mediapart enquête beaucoup sur le Rassemblement national. Le premier, c’est Laurent Jacobelli, alors très médiatique député RN de Moselle, porte-parole du parti, d’ailleurs condamné pour diffamation et outrage après avoir traité de « racaille »
un ex-député macroniste qui s’appelle Belkhir Belhaddad sans que ça pose apparemment, d’ailleurs, tu le signales, de problème au parti. Ça, c’est intéressant parce que tu as passé, vous avez passé en revue un an d’invectives de Jacobelli à l’Assemblée nationale qu’on n’entend pas toujours. En fait, il faut lire le compte rendu des séances, parce que le micro ne capte pas toujours tout ça. Mais vous avez lu le compte rendu des séances. Cet article, déjà, son titre donne le ton : « "Collabo", "folle", "va manger des graines" ». Voilà, c’est le titre, l’article est titré comme ça. Là, ce sont tous les mots que dit Laurent Jacobelli à ses collègues de l’Assemblée nationale, plus évidemment, enfin, plus volontiers, bien sûr, évidemment, les gens de gauche,
et c’est toute la journée. Plus volontiers les gens de gauche ou écologistes, et plus volontiers les femmes, aussi, puisqu’il a ses têtes, il a ses cibles, et c’est souvent Rousseau ou Cyrielle Chatelain, des élues écologistes femmes qui sont souvent ciblées. Oui, en fait, ça, ça part d’un constat, c’est que c’est des choses qu’on n’entend pas quand on regarde, à la télé, des débats, mais qu’on entend parfois quand on est à l’Assemblée nationale. C’est des exclamations qui sont hors micro. C’est après une séance où, en fait, Laurent Jacobelli était particulièrement en forme que ça m’a donné envie de regarder effectivement, un peu sur le temps long, ce qu’il disait. J’ai récupéré tous les comptes rendus de séance, puisque si les gens ne les entendent pas, les administrateurs de l’Assemblée,
qui prennent en note scrupuleusement, ils entendent et ils notent. Ça a permis de voir que, sur un an, sur un peu plus de 900 interventions dans l’hémicycle, Laurent Jacobelli passait une immense majorité de son temps à interrompre les gens, à crier, effectivement, insulter et traiter qui de folle, qui de taliban ou porte-parole du Hamas, que sais-je. Le but, c’est effectivement de montrer, c’est toujours pareil, derrière la cravate. Le RN a fait beaucoup depuis son arrivée dans l’hémicycle en 2022, d’abord à 88 députés, puis ensuite plus de 120, pour dire qu’ils étaient raisonnables, qu’ils s’habillaient bien, qu’ils serraient la main de tout le monde, qu’ils étaient souriants, qu’ils ne criaient pas comme ces gauchistes de La France insoumise qui crient tout le temps.
Le but, c’est de montrer que c’est pas vrai, c’est complètement faux. Autre enquête à signaler très rapidement, celle qui concerne le député Gérault Verny, député ciottiste et donc allié du RN. Vous pouvez la lire sur Mediapart, elle s’appelle « Des posts racistes, sexistes et anti-IVG : révélations sur le compte anonyme d’un député proche de Ciotti ». Là, vous avez carrément révélé, finalement, qu’il se cachait derrière ce réseau, enfin, ce compte-là. Oui, c’est ça. Avec Marine Turchi, on a montré qu’entre 2009 et 2021, il avait eu un compte Twitter très actif mais sous pseudonyme, évidemment, sur lequel, effectivement, il multipliait les tweets très souvent racistes et islamophobes. Il interpellait souvent d’autres twittos pour leur demander de quitter le pays.
Sexistes, aussi : il demandait par exemple à Najat Vallaud-Belkacem de retourner s’occuper de ses enfants, à une autre députée Place publique, eurodéputée, pardon, d’aller étendre une lessive. C’est un député, c’est quelqu’un qui est élu à l’Assemblée, dans un parti allié du Rassemblement national. Lui, il dément en disant qu’il s’agit d’une usurpation d’identité, qu’il n’a jamais été derrière ce compte, ce qui est assez facilement démontable puisqu’en fait, ce compte est relié à une adresse mail qui est liée à lui, qu’il a utilisée pour déposer le nom de domaine d’une entreprise. D’ailleurs, il échangeait, avec ce compte, avec sa femme et était lié à plusieurs personnes de sa famille, donc ça ne tient pas la route. Malgré tout, il dément toujours,
et dans son parti, ils sont visiblement mal à l’aise : j’ai contacté une dizaine de députés et ils répondent pas du tout, et le RN ne répond pas non plus là-dessus. Voilà, des enquêtes récentes de Mediapart qui, encore une fois, ne concernent pas des faits anciens mais très récents et qui disent beaucoup de la réalité contemporaine de ce parti, derrière le vernis et ce qu’on voit dans les médias ou dans les interviews bien préparées, bien cadrées. Youmni, une dernière question. On entre dans cette période pré-présidentielle, je crois qu’on l’a compris. Au début de l’année, Étienne Ollion, il était sur ce plateau, chercheur, politiste et auteur d’un livre sur l’extrême droite, il nous disait que le problème, c’est que les journalistes n’interrogent pas assez le RN sur ces enquêtes-là,
sur ce qu’ils feraient au pouvoir et sur tous les liens avec cette extrême droite identitaire, ouvertement raciste. Est-ce qu’on peut espérer que ça change ? Nous, on le fait, mais est-ce qu’on peut espérer que ça change ? On peut le souhaiter ardemment, en tout cas, on peut souhaiter que ça change. Quand ça change, quand c’est fait, c’est efficace. On peut prendre ce cas : on a révélé il n’y a pas très longtemps une autre histoire, la photo de David Rachline, donc vice-président du RN jusqu’à très récemment, et maire de Fréjus, bras dessus bras dessous avec, notamment, le fameux Logan Djian dont on a discuté, militant néonazi multi-condamné. On a révélé cette photo, on a fait un article. Cet article n’a été repris absolument nulle part dans la presse, par les médias,
pendant trois semaines. Pendant trois semaines, les cadres du RN, Jordan Bardella mais aussi d’autres se sont succédé sur les plateaux, personne ne leur a posé la question. Au bout de trois semaines, un journaliste, sur LCI, a posé la question à Jean-Philippe Tanguy, puis ensuite, Benjamin Duhamel, sur France Inter, a posé la question aussi, et petit à petit, les questions ont commencé à être posées par des grands médias mainstream, on va dire, à des personnalités du RN. Ça a embarrassé le RN qui a fini par prendre des mesures et inciter en coulisse David Rachline à quitter ses fonctions. Il a démissionné de sa fonction de vice-président. Quand c’est fait, ça marche, mais c’est fait très rarement. Encore récemment, on parlait, dans une enquête, des brebis galeuses.
Hier, sur le plateau de LCI, Ruth Elkrief a cité notre enquête en parlant de... C’était juste avant que Jordan Bardella soit invité sur le plateau. Elle a longuement cité notre enquête en disant : « Il y a ce cas-là, ce cas-là. On espère que Jordan Bardella devra répondre de ces cas en tant que président de parti. » Ensuite, Jordan Bardella était l’invité de Darius Rochebin sur le même plateau pendant plus d’une heure, mais la question ne lui a pas été posée. On en a parlé avant, quand il n’était pas face à un journaliste, mais ensuite, la question n’a pas été posée. Merci, Youmni. Constat un peu déprimant, mais en tout cas, pour vous informer sur tout ça, lisez Mediapart. Vous pouvez aussi retrouver notre dossier spécial en accès libre
ou certaines de ces enquêtes, celles-là et d’autres dans le passé sont accessibles, que vous pouvez lire et partager sur le Rassemblement National, ce qu’il ferait vraiment s’il accédait au pouvoir, là encore, derrière le vernis, derrière les discours bien calibrés, Lisez-le, partagez-le, c’est gratuit. Cette émission est disponible en replay et sur les plateformes de podcast, possible seulement grâce à vos abonnements. Si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart. Avant la trêve des fêtes, je voulais remercier l’équipe qui m’aide chaque jour à préparer cette émission : la rédaction, les chefs d’édition, les monteuses et monteurs et toute l’équipe en régie. Je vous souhaite de bonnes fêtes. Je vous retrouve le mardi 6 janvier.
Jordan Bardella