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interviewLCI (sur YouTube)· 19 octobre 2025 27 min

"La Russie a la volonté de nous tester", alerte le chef d’état-major de l’armée de Terre sur LCI

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Sa parole est rare, est essentielle. Notre invité ce soir fait le constat d'un moment de bascule sur la scène international. L'Europe fait face à la menace comme jamais auparavant.

Drone, cyberattaque, espionnage, provocation militaire à la frontière. Les lignes rouges se brouillent et la peur d'un engrenage grandit. Bonsoir général Pierrechil.

Bonsoir madame, je suis ravi de vous recevoir en plateau. Vous êtes le chef d'état-major de l'armée de terre, le CMAT comme le veut l'acronyme et vous publiez ce nouvel ouvrage aux éditions du CF, le sens du commandement qu'on va voir à l'antenne. Vous n'êtes pas un habitué des plateaux télé, il faut le dire, mais votre rôle au sein de l'armée est essentiel.

Est-ce que déjà vous pouvez expliquer à nos téléspectateurs quel est votre rôle, comment euh vous travaillez avec les hommes et femmes qui sont sous vos ordres, mais aussi à qui vous rapportez en temps de crise ? Alors, le CMAT, vous venez de le dire, c'est le chef de l'armée de terre. Donc, l'armée de terre, qu'est-ce que c'est ?

C'est 110000 soldats d'actives, hommes et femmes, 25000 réservistes et 8000 civils. Donc, le rôle de l'armée terre et mon rôle, c'est de préparer ces soldats à leur mission. mission.

Il y a deux deux grandes missions. Une mission protéger les Français et puis une mission de solidarité stratégique avec les alliés. Participer à la défense collective en Europe.

Que faisons-nous ? On les recrute, on les équipe, on les forme, on organise des unités, on les entraîne et puis on les certifie. Et pour répondre à votre question, qui les emploie ?

C'est le chef d'étatmajor des armées, quel que soit l'engagement opérationnel sur le territoire national à l'étranger, c'est le chef d'étatmajor des armées. Je lui confie les unités qu'il m'a demandé et que j'avais constitué au préalable. Les menaces, c'est le cœur du sujet en ce moment.

Vous avez dit dans votre discours annuel à l'école militaire, nous vivons un changement d'air. Nous assistons à un retour des empires. Les frontières entre paix, crise et guerre s'effacent.

Quand vous regardez la situation actuelle, jusqu'où ces empires sont-ils prêts à aller selon vous ? Loin. Je pense que les empires sont prêts à aller loin.

Ce qui caractérise le moment, c'est vous l'avez rappelé, c'est c'est une bascule absolument formidable, pas seulement militaire ou stratégique. C'est une question de bascule culturel, de bascule technologique, de bascule de la démographie du monde vers vers l'Asie également et qui remet complètement en cause le monde qui était. Le monde qui vient euh est incertain, il est lourd de menace parce que euh finalement la force qu'on avait essayé de de contrôler depuis la 2e guerre mondiale à travers la constitution d'un droit international du respect de la souveraineté des États, euh cette force est sortie de la boîte. sortie de la boîte, peut-être le au moment de l'attaque de grande ampleur russe en Ukraine, peut-être au moment de l'attaque terroriste à Gaza.

On verra ça dans quelques années pour trouver une date euh qui qui sera marquante, mais c'est une réalité. Maintenant que la force est sortie de la boîte, un certain nombre d'empires, d'États nous disent qu'ils veulent exercer cette force pour intimider leurs adversaires, voire pour les attaquer. Et quelle sera la limite de cette expansion des empires ?

C'est pas écrit. C'est une question de vassalisation ou ou d'être un ennemi et probablement que l'enjeu de notre continent au-delà de notre pays, c'est d'être une force suffisamment importante et crédible et souveraine pour empêcher que d'être vassalisé. Doit-on alors garantir la paix par la force dans ces cas-là ?

C'est clair. Depuis toute éternité, la force garantit le droit, garantit la liberté. C'est le si tu veux la paix prépare la guerre.

Il n'y a pas de de paix, de liberté sans force. Vous connaissez cette expression, elle a été reprise par le président de la République, hein, de pour être libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être fort.

Vous dites qu'il faut être prêt dès demain. Est-ce que la transformation de l'armée de terre est trop lente à vos yeux à l'heure actuelle où est-ce que nous sommes au niveau ? On dit souvent dans les milieux militaires, il faut pouvoir tenir 5 minutes de plus que l'adversaire.

Est-ce qu'on en est là ? Oui, il y a il y a un enjeu de d'accélération. de cette transformation.

Alors la transformation, elle me paraît bonne. Nous avons une transformation de l'armée terre très profonde qui a été rendu possible par la loi de programmation militaire 2024-2030. Une loi de programmation militaire qui consacre 413 milliards d'euros pour les armées dans une logique de transformation.

Elle a été élaborée en 2023. L'armée de terre à ce moment-là avait avec au sein des armées à mon avis bien vu la situation. Mais depuis l'urgence et la radicalité des des menaces a encore cru et donc aujourd'hui le plan est bon mais il faut l'accélérer.

Vous parlez de la menace. Est-ce que cette menace a commencé réellement en 2022 avec la Russie ? Est-ce que les Ukrainiens ont révélé quelque chose d'une certaine manière ?

Non, je ne crois pas que la la menace soit née en 2022. La menace s'est matérialisée en 2022. Mais si on prend la la Russie que vous avez cité, la Russie s'est armée de manière absolument majeure au cours des dernières décennies.

Simplement pendant tout un temps, cette Russie faisait peser cette force de ces armes par l'intimidation. Et en février 2022, la Russie qui est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, qui est normalement un des gars de cette souveraineté des États, a franchi la ligne de l'attaque directe, ce qu'elle avait déjà fait de manière indirecte contre la Crimée. Et c'est ça n'est pas cet événement à propèle la menace ou qui est signe de la menace, mais c'est ça la révèle quand même au sens où ça a été un marqueur et ça restera un marqueur.

Les Ukrainiens font preuve d'une résilience historique. Je me doute que dans vos unités, vous réfléchissez notamment à ce que les Ukrainiens peuvent apporter à l'armée de terre française. C'est quoi les leçons que vous avez appris du terrain ukrainien ?

Alors, les leçons euh elles sont attirées de cette guerre en Ukraine, mais elles sont aussi attirées de l'ensemble des conflits qui se déroulent sous nos yeux avec un un enjeu absolument en tirer les conclusions qui seront durables sans euh se laisser aveugler par des conclusions qui pourraient être trop immédiates. Première grande conclusion de cette guerre et des autres guerres, c'est la question des nations. Ce sont les armées qui mènent les batailles, mais ce sont les nations qui gagnent les guerres.

Pourquoi l'Ukraine tient ? parce que le peuple ukrainien met ce qu'il a de meilleur sa jeunesse, ses forces, la totalité de ses de ses moyens et de son énergie dans cette défense et probablement que les conflits modernes ou les compétitions modernes appellent cette ce soutien entre les nations et les et les armées. Deuxième grande leçon, c'est la modernisation.

C'est cette ce bouillonnement absolument extraordinaire de la technologie qui fait que il y a une transformation d'une partie des modalités de la guerre au moment même où les modalités les plus anciennes, les plus archaiïques demeurent. Sur le théâtre ukrainien, il y a des drones, l'emploi des numériques, des feux longues portées, du cyber, que sais-je ? Et en même temps, il y a les tranchées.

Il y a la boue et il y a les soldats qui se battent au corps à corps dans les tranchées. Les Ukrainiens hier ont fait face à un refus des Américains, celui de livrer des Tomahaog, ces fameux missiles de croisière, de portée de 1600 km pour les anciennes générations. Écoutez les Tomaw, ce sont des armes très dangereuses.

Ce sont des armes incroyables. Si vous aimez la guerre, c'est quelque chose d'extrêmement précis. Ce sont vraiment des armes épatantes, des armes très puissantes, mais elles sont très dangereuses.

Alors, il pourrait y avoir une escalade. Les Ukrainiens, eux, ont répondu qu'ils en avaient terriblement besoin. Vous, quel est votre constat ?

Est-ce que c'est nécessaire d'avoir ces Tomahog sur le terrain ukrainien ? Ce qui est nécessaire sur le terrain ukrainien comme sur euh les les terrains de conflit modernne, c'est la capacité d'avoir des feux à très longue portée pour arriver à à traiter des objectifs, à détruire des objectifs adverses dans la dans la grande profondeur et et réciproquement. Les Ukrainiens ont développé leurs propres armes.

Ils ont mis en service il y a peu de temps des euh drones voilà qui sont capables de d'aller très loin dans la profondeur. Les Toma ce serait c'est sûr que ce serait pour eux quelque chose de supplémentaire mais je pense que ça n'est pas à probablement en parler un un un outil qui changerait la donne. Ce qui ce qui importe pour les Ukrainiens c'est le soutien des Américains.

Ils l'ont le soutien des Américains. sur des preuves de soutien que donnez-moi des tom ils viennent d'avoir une réponse en demi-tinte. L'agilité des Ukrainiens a été primordiale.

Vous parlez dans votre ouvrage de ce fameux esprit pionnier. Est-ce que vous pouvez dire à l'heure actuelle que l'armée de terre a un esprit pionnier en France ? Alors, l'armée terre française, elle a un esprit pionnier, mais il y a un enjeu à le développer encore davantage.

Probablement que ce que nous apprennent les Ukrainiens, mais au-delà euh l'ensemble des forces qui sont aujourd'hui euh euh déployées et employées en opération, c'est que la capacité à s'adapter, l'agilité, l'innovation euh sera primordiale dans les temps qui viennent. C'est pas une idée de partir d'un point A, d'une situation A pour aller à une situation B dans laquelle on serait pleinement modernisé. c'est que le fait de s'adapter à l'évolution des technologies mais aussi à intégrer cette évolution des technologies dans la tactique, ce sera un facteur de supériorité opérationnelle des armées. que l'armée de terre française qui est innovante doit l'être encore plus demain et encore plus structurellement, c'est-à-dire dans son cœur même, dans son corps même, y compris dans les unités élémentaires par l'invention de l'emploi des technologies, je j'irais jusqu'au bricolage des armes pour avoir l'efficacité maximum.

Vous savez, ce manque d'agilité, on en parle souvent en plateau. Euh certains militaires qui sont très respectés dans votre milieu nous disent "Ce manque d'agilité, c'est peut-être ce qui va nous coûter sur le long terme si demain on se prépare à une guerre de haute intensité. Est-ce que vous faites ce même constat là ?

Non, je je fais pas ce constat dans le sens où je ne pense pas que cette agilité nous manque. Maintenant, cette agilité, il est clair qu'il faut l'accroître et l'adapter au temps qui vient. Alors, il y a une agilité de base que je d'esprit pionniers que vous aviez cité pour l'armée de terre.

Il y a une question d'agilité plus structurelle et que nous avons alimenté par la création du commandement du combat futur qui lui essaie de de mettre en place plus rapidement les nouvelles tactiques, les armes qui sont les plus efficaces de langue portée et cetera. Mais il y a une efficacité générale à à accroître au sein du ministère et de l'industrie française d'une manière générale à travers la la direction générale de l'armement. Nous sommes une nation qui a euh extrêmement bien réussi dans la construction de systèmes extrêmement complexes et très structurants dont la dissuasion nucléaire, mais nos avions et cetera.

Euh comment pouvons-nous conserver cette capacité de construire des éléments structurants de long terme tout en ayant une part complémentaire de d'adaptation plus rapide peut-être avec des entreprises petites et moyennes industries et cetera. C'est c'est cette combinaison là qu'il faut qu'on qu'onétablisse. Pourtant, général Chill, nous sommes tout de même terriblement en retard sur le sujet des drones.

Non, le sujet des drones, il existait pas il y a 3 ans. Au début de la guerre en Ukraine. Les drones militaires étaient balbutions.

Les drones étaient plutôt employés dans le civil. C'est pas que nous avons été en retard au début du du mouvement, c'est que ce mouvement a lieu sous nos yeux. Et il a lieu sous nos yeux parce que deux nations qui mettent toutes leurs forces dans la bataille sont en train de mettre tous leurs moyens, toute leur intelligence pour faire évoluer les choses.

On est c'est un peu comme pendant la Première Guerre mondiale. Au début de la Première Guerre mondiale, il n'y a pas d'avion. Il y a à peine quelques voitures.

À la fin de la Première Guerre mondiale, l'aviation est née. La voiture, le pétrole, l'électricité sont là. C'est ce qui se passe sous nos yeux.

Alors, est-ce qu'on a été est-ce qu'on est en retard ? Nous ne sommes pas en guerre. tant nous n'avons pas ni les ni les moyens ni les besoins heureusement de mobiliser jusqu'au plus très fond de nos de nos forces pour suivre ce mouvement.

Il n'empêche que nous suivons le mouvement qui a lieu actuellement en Ukraine et s'agissant des drones qui ont explosé au cours des quatre dernières années, nous sommes dans ce mouvement et et nous nous en sommes nous sommes bien engagés, c'est clair. Maintenant, il faut que nous suivions le rythme. Justement, suivre le rythme, comment faire quand on voit l'évolution extrêmement rapide sur le terrain ukrainien ?

Vous le dites vous-même, il y a une ingéniosité des Ukrainiens qui force à nous rendre compte que des drones, ils évoluent presque toutes les semaines sur le terrain ukrainien. Comment vous faites avec la DGA, la direction générale de l'armement pour trouver une sorte de drone dans lequel l'armée française pourrait investir et qui tiendrait le la route sur le long terme ? euh pour suivre ce ce rythme de l'évolution des drones, il y a il y a effectivement de toute façon cet esprit pionnier à la base et moi je je l'encourage dans les forces de construire son propre drone et cetera.

C'est c'est pas ça qui sera forcément euh un élément qui fera changer la dimension mais cette cette dimension d'adaptation par la base, elle est absolument indispensable. Ensuite, vous évoquez l'adaptation plus globale et notamment en lien avec la la direction générale de l'armement. elle est elle est en route.

Est-ce que le la difficulté de ce sujet, c'est que c'est probablement une nouvelle façon d'acquérir les les capacités. Je ne peux pas acheter 10000 drones et les mettre en stock dans un de mes hangars en me disant "ça j'ai mes drones, dans 6 mois, ils sont disqualifiés. Il me faut des industries et avec la direction générale de l'armement qui soient capable d'être toujours à l'état de l'art dans la recherche.

Ces industries qui seraient capable de livrer quelques drones de façon à ce que je puisse m'entraîner, les essayer et qui le jour J seraiit capable de passer de production 2 3 à production 10000 100000. C'est c'est ça l'enjeu. C'est pas un enjeu simplement de recherche, c'est un enjeu industriel global sur lequel nous menons à ce nombre d'études aujourd'hui.

Comment dans la transformation de l'armée de terre, vous choisissez ce qui est encore valable sur le terrain dans ce qu'on appelle l'armement ancien, l'artillerie lourde qu'on peut utiliser sur les champs de bataille et le nouveau. Comment trouver cet équilibre entre l'ancien et le nouveau pour mener une guerre moderne ? Alors, je n'ai pas le droit de choisir, il me faut les deux parce que les nouveaux équipements sur les champs de bataille aujourd'hui ne remplacent pas n'éliminent pas les plus anciens.

Je vous parlais des tranchées, on peut parler des chars, des hélicoptères et cetera. Et donc vous avez employé à mon avis le bon mot, c'est celui de l'équilibre. Comment trouver ce bon équilibre ?

C'est tout le défi. Ce défi, il est c'est une question de choix. Aujourd'hui, moi j'estime que mon enjeu, c'est de pousser les feux sur l'innovation. euh tout en conservant mes capacités euh les plus structurantes.

Maintenant, j'ai euh un enjeu à à réfléchir notamment aux capacités par exemple de systèmes de commandement et cetera qui vont accélérer ou améliorer ou démultiplier l'emploi de mes équipements, y compris les plus anciens pour euh les les intégrer à ce mouvement de modernité. concrètement, c'est tout ce qui est les systèmes de commandement, les systèmes de d'acquisition des objectifs, de décision d'action et puis les de lien avec les moyens d'action. Les alliés de l'OTAN ont fait face à des menaces téléopérées ces dernières semaines.

Est-ce que ces attaques sous le seuil du nucléaire vous inquiètent ? C'est clair que les attaques, tout attaque, tout teste doit inquiéter. doit inquiéter parce que il y a une réalité de la menace.

Cette réalité de la menace objectivement je je vois deux piliers. Un, les drones et vous l'avez dit ont cru et se sont multipliés, sont employés de manière tout à fait importante et donc ce sera un marqueur des temps qui viennent. Les drones seront là. de la Russie euh a les moyens probablement la volonté de au moins nous tester, au moins d'essayer de de créer des biais entre les nations européennes.

Mais face à cette menace, nous avons euh des atouts. Nous avons des atouts parce que euh il y a en Europe des ressources absolument majeures capables de mettre en place des moyens de réponse. Nous sommes une coalition et il y a nous avons tous ce qu'il faut pour répondre.

Vous savez la la réponse qui a été donnée, c'est de proposer un mur de drone. Est-ce que pour vous c'est la bonne réponse ? Alors, ce qui est bien dans cette proposition de mur de drone, c'est qu'il y a une réponse.

Il y a une volonté de se défendre. Cette derrière cette cette volonté de défendre, il y a des questions des modalités. Quelle modalité pour la défense ?

Et là, je pense que c'est ce qui est à discuter dans les temps qui viennent. On sait que dans la défense, en gros, il y a trois façons de se défendre. Il y a dissuader, c'estàdire être suffisamment fort pour que l'adversaire n'ose pas vous attaquer.

Ensuite, il y a la défense à proprement parler. Dans cette défense, ça peut être une défense périmétrique, une défense dans la profondeur, une défense de points cruciaux. Et puis il y a il y a l'attaque qui souvent enfin, il est bien connu que la la l'attaque peut être la meilleure des défenses dans le sens où l'assaillant a toujours l'initiative sur le défenseur.

Maintenant, si j'en reviens à la défense, ce mur de drone, il faudra en attendre les modalités, y compris d'ailleurs dans la direction, c'est plutôt la Commission européenne qui a proposé. Alors que en principe les questions de défense et de sécurité sont plutôt une question des États. Il y a une question entre l'Union européenne et l'OTAN.

Mais euh ce qui est sûr, c'est que c'est un bon signal que aujourd'hui nous disions, nous avons à nous défendre, nous voulons nous défendre. Certains disent que ça crée euh ça pourrait créer comme une sorte de ligne magino et que ce n'est pas la bonne réflexion dans cette modernisation de nos armées à l'heure actuelle. Vous en pensez quoi ?

Oui, c'est pour ça que je vous dis que à mon avis, tout sera dans l'exécution, c'est-à-dire euh euh mur de drone. Évidemment, l'expression fait penser à la ligne magino. Maintenant, euh il est clair et dans les premiers retours que c'est pas clairement un drone qui est envisagé, mais plutôt euh au moins savoir ce qui se passe et c'est-à-dire avoir des moyens de détection pour euh savoir et puis des moyens d'action plutôt échelonnés dans la profondeur.

Ce seront les modalités qui jugeront de la de la pertinence. Est-ce que vous trouvez que nous sommes assez dissuasifs ? Vous l'avez dit, nous ne sommes pas en guerre.

Mais quand on a une puissance qui menace, qui est telle en économie de guerre, est-ce que nous arrivons même en étant doté à faire le poids ? Est-ce que ça suffit d'être doté ? Non, c'est clair que ça ne suffit pas, mais cette dissuasion dotée, c'est-à-dire d'avoir l'arme nucléaire, donc la France est un est un état doté et et la dissuasion protège nos intérêts vitaux.

L'OTAN est une alliance nucléaire. Euh maintenant, l'OTAN euh est testé au moins et notamment euh l'enjeu est de couvrir des zones qui seraient pas forcément de celle de des intérêts vitaux par lesquelles nos adversaires et la Russie en l'occurrence essayent de nous tester plutôt l'espace de la cohésion, comment les les États européens finalement se mettent d'accord sur sur la réponse estiment que tel ou tel test ou telle ou telle situation est suffisante pour passer à une démonstration de force plus importante. C'est probablement là que nous risquons d'être testés par le par la Russie.

Vous parlez de l'OTAN, est-ce qu'il faut plaider pour une autonomie stratégique européenne ? Quand on voit les États-Unis qui essaient plus ou moins de nous rendre dépendant parfois sur certains armements, est-ce qu'il ne faut pas aller vers plus de cohésion au niveau européen ? Je je mettrai pas sur le même plan la notion de de souveraineté au sens de l'indépendance par rapport aux États-Unis et et la notion de cohésion.

Ce qui est sûr, ce qui est sûr et c'est la politique de notre pays, c'est de contribuer d'être d'être moteur dans la constitution, la consolidation d'un pilier européen de l'Alliance atlantique. Notre analyse et l'analyse française aujourd'hui est que cette dimension est absolument primordiale mais qu'elle n'est pas antinomique d'une d'un lien et d'une d'une alliance avec les États-Unis. L'idéal est un pilier européen fort, c'est-à-dire des États européens forts et qui et qui qui consacrent des ressources effective à leur défense et une alliance effective avec les États-Unis.

Maintenant, les États-Unis nous disent "Je ne veux pas être obligé de vous défendre." Et donc l'axe qui consiste à renforcer la défense des pays des États européens et donc du pilier européen de l'alliance est prioritaire. Vous dites qu'à l'avenir, le champ de bataille sera beaucoup plus automatisé et donc au plus bas écheton, il faut que les soldats soient confiants et soient capable d'agir.

Vous parlez d'un commandement par l'intention dans votre ouvrage, le sens du commandement aux éditions du CER. Ça veut dire quoi le commandement par l'intention ? Commandement par intention, ça veut dire mettre au premier plan les finalités, le but, le sens et laisser l'initiative des modalités au subordonné mais dans une obligation de de résultat.

Pourquoi aujourd'hui euh réfléchir à ce sujet, c'est vous vous l'avez mentionné, les conflits àir ou envisageables seront mettant en œuvre des masses beaucoup plus importantes de force et donc la la subsidiarité dans le commandement sera indispensable. La complexité du champ de bataille fait que l'intelligence à tous les niveaux pour trouver les meilleures voies et moyens sera primordial. Et puis la jeunesse aujourd'hui, on le sait et c'est bien normal et et en quête de sens.

Et donc donner du sens, donner de l'initiative, donner de la subliminéarité, c'est adapté aux temps qui viennent. Quand on a été habitué dans l'armée aux ordres sans pouvoir notamment dire à à son chef et bien je ne suis pas d'accord, est-ce que vous arrivez à débloquer ça chez les plus jeunes ? Mais c'est pas du tout ce qui se passe dans l'armée de terre française que vous me décrivez. l'armète.

Souvent, c'est c'est vrai que quand on a on a réfléchi, j'ai réfléchi à à écrire ce livre plus exactement au début, mon but était d'envoyer un message aux soldats de l'armée terre pour leur dire comment dans le dans le temps moderne, il convient de commander euh lorsque nous avons rencontré des acteurs extérieurs, ils ont été très intéressés et j'ai eu souvent cette question. En fait, l'idée de l'initiative, c'est une idée très ancienne. C'est très lié à l'esprit français, de la synthèse et d'une forme de liberté.

Nous sommes connus parmi nos les nations alliées comme étant une des nations qui a un commandement militaire qui privilégie l'initiative. Mais alors pourquoi aujourd'hui revenir sur ce sujet ? Mais parce qu'en fait cette initiative elle a été un peu malmenée par un certain nombre de réalités modernes qui sont la version au risque qui sont des systèmes de commandement beaucoup plus élaborés qui laissent penser que un jour un jour le chef saura et pourra donner des ordres suffisamment précis à tout le monde. centralisation et puis la dimension internationale qui fait que c'est plus facile d'avoir des checklists, des modalités très définies quand on est en donc cet esprit français d'initiative qui a été abîmée demandait un retour à la simplification et qu'on revivifie cette notion de intention donner du sens donner de l'initiative.

Vous n'excluez pas un jour le retour au service militaires. Alors, j'ai l'impression que c'est un peu antinomique avec ce que j'entends dans les milieux militaires. Beaucoup disent "On a pas l'argent, ça peut pas se faire des de cette manière-là.

Un retour, ce serait un peu hubuesque vu la situation actuelle." Mais vous, vous ne l'excluez pas ? Non, moi je ne l'exclus pas.

Je pense que euh je vous disais, nous sommes un moment de bascule absolument majeur et que donc un certain nombre d'éléments qui avait été constitutifs des de l'organisation de nos armées au cours des dernières années sont à revoir. 1997, suspension du Service national, euh on avait une armée professionnelle. Voilà, il y a un moment qui est au moins aussi important que la chute du mur de Berlin et et l'écroulement du pacte de Varsoville.

La question se pose, elle se pose et d'ailleurs on a déjà répondu réserviste. On va doubler le nombre de réservistes. L'armée terre qui était ou l'armée française l'armée terre qui était majoritairement professionnelle va devenir une armée qui aura un/ers de réservistes dans ses rangs.

C'est déjà plus l'armée professionnelle, c'est déjà une armée mixte ou hybride. Est-ce que une partie de ces réservistes serait sur les rangs tous les jours en tant que conscrit ? Je pense que c'est une solution qui est à envisager et c'est probablement une réponse à à nos besoins de recrutement.

Vous savez que nous recrutons énormément 15000 jeunes par plus que nos alliés d'ailleurs plus que nos alliés et mieux que nos alliés. Mais nous recrutons aujourd'hui dans une classe d'âge à 20 ans qui est à peu près de 850000 jeunes hommes et femmes en France. Cette classe d'âge va s'écrouler dans dans 5 ans.

Il y aura 100000 jeunes de moins. Et donc avoir des réservistes et ou des conscrits, c'est peut-être une solution. euh pour euh par rapport à ce cette question de la démographie, c'est une solution pour euh ne pas avoir dans nos rangs la masse qui sera nécessaire euh qui sera nécessaire de mobiliser le jour d'un événement majeur.

Et donc ses réservistes, c'est possible. Et puis je pense que ça répond aussi à une volonté et un besoin. Je je disais tout à l'heure combien le fait du lien entre la nation et son armée était un des éléments constitutif des guerres modernes.

Donner la possibilité à des jeunes hommes et des jeunes femmes françaises de servir dans l'armée mais seulement pour quelques jours, quelques mois et pas forcément quelques années comme les professionnels. Général Chill, faire nation en cas de guerre, c'est extrêmement important. Vous l'avez vous en avez parlé au sujet de l'Ukraine.

Selon un sondage publié cette semaine, près de 80 % des Français considèrent la Russie comme une menace pour la souveraineté des pays de l'Union européenne. Je vais pas passer par quatre chemins. Est-ce que si vous pensez demain qu'un de nos voisins pays de l'OTAN, peut-être à la frontière ou autre est attaqué, est-ce que les Français seraient prêts à se mobiliser pour ce pays-là ?

Oui, je le crois. Je le crois profondément. Mais euh en fait le la mobilisation de ces jeunes Français, elle est surtout euh même préalable.

C'est l'enjeu. L'avenir n'est pas écrit, il est à écrire. Euh moi, je suis profondément réaliste et je pense que ma mission euh à la tête de l'armée de terre, c'est de faire en sorte que nous puissions peser sur notre destin.

Il s'agit pas de préparer la guerre au sens elle serait inéluctable et on va à la guerre. Il s'agit d'être suffisamment fort pour empêcher que le pire survienne. Alors ça c'est des questions d'envoyer des signaux.

Si on va au-delà d'envoyer des signaux parce qu'il y a des tests, c'est question d'être au rendez-vous sur les tests. C'est ça qui est nécessaire. Et moi, je suis sûr que les jeunes français sont prêts à faire ça, c'est-à-dire à peser sur leur destin.

La preuve, c'est que 15000 jeunes français nous rejoignent chaque année. Nous sommes une armée jeune. La moyenne d'âge dans l'armée terre, c'est 30 ans. 15000 jeunes nous rejoignent chaque année.

Nous sommes une armée en flux et ces jeunes passent en moyenne 7 ans chez nous. Tout ce que je vois c'est c'est combien ils ont envie de de bâtir leur destin. Et moi, j'ai tout à fait confiance que ce que je vois de mieux dans les jeunes qui nous rejoignent, c'est vrai plus globalement dans la jeunesse française.

Merci général Chil. J'étais ravi que vous acceptiez notre invitation ce soir.