Steevy Gustave, député "Écologiste et Social" de l'Essonne | La politique et moi
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:14OuverteRéponse directe
Bonjour Stevie Gustave.
- 0:28OuverteRéponse directe
Je vous avoue que je ne m'attendais pas à recevoir un jour dans la politique et moi un ancien champion de hip-hop.
- 0:34OuverteRéponse directe
Et pourtant c'est bien le hip-hop qui a déclenché votre premier engagement.
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C'est-à-dire que vous aviez déjà une conscience politique à l'époque ?
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Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
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Et alors la politique, elle est venue vous percuter quelques années plus tard, sans que vous n'ayez rien demandé.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:50Invité politiqueFait
« Il était dans l'armée française. »
- 4:55Invité politiqueFait
« Son père est mort loin sous une frontière africaine, mon père est mort à Djibouti. »
- 5:04Invité politiqueFait
« Une balle a percé son nez épaté, mon père était noir, mort en service commandé. »
- 7:27Invité politiqueFait
« J'étais chargé de mission auprès de la ministre, il y a mon fils, ma belle-fille, chargé de mission auprès de la ministre sur les personnes placées sous main de justice. »
- 11:33Invité politiqueFait
« Je suis métisse. »
- 12:03Invité politiqueFait
« Je fais partie des députés les plus présents à l'Assemblée. »
Temps de parole
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- Invité 23 %
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Il a été champion de hip-hop, producteur de concerts géants et chorégraphe de France-Galle. Mais la politique a toujours été présente dans sa vie, d'une manière ou d'une autre. Mon invité siège aujourd'hui au sein du groupe écologiste à l'Assemblée. Bonjour Stevie Gustave. Bonjour. Je vous avoue que je ne m'attendais pas à recevoir un jour dans la politique et moi un ancien champion de hip-hop. Et pourtant c'est bien le hip-hop qui a déclenché votre premier engagement. Alors c'était un engagement associatif à l'époque auprès de jeunes de votre ville à Bretigny-sur-Orge au début des années 90.
C'est Stevie, un grand Bretigny qui les entraîne. Chaque jeune a une énergie en soi. Et c'est maintenant qu'il faut la canaliser cette énergie. Et leur transformer en énergie positive. Pour qu'ils grandissent dans quelque chose de sain. Et qu'ils voient autre chose que le béton, les cités, les problèmes des parents, les problèmes à l'école. Nous faisons partie de la nouvelle association qui a pour but et qui a pour seul ambition de vous montrer le bon côté de notre mouvement en vous prouvant qu'on n'est pas une bande de délacons.
Quand on entend l'ancien prof de hip-hop, on a l'impression que déjà à l'époque vous faisiez de la politique d'une certaine façon. Oui, je pense que... Vous chantiez, vous dansiez et vous faisiez de la politique. Oui. Là on vous voit dans vos œuvres.
C'est marrant de voir, j'avais les cheveux courts. Oui, je pense que la politique a toujours été en moi, au sens noble du terme, au cœur de la cité. J'avais cette association qui était danse contre délinquance, où j'entraînais les gamins à danser plutôt qu'ils aillent faire des bêtises. Il y avait du soutien scolaire. Et c'était devenu à Bretigny une très très grosse association.
Votre discours, il était très structuré. C'est-à-dire que vous aviez déjà une conscience politique à l'époque ?
Mon but était de montrer, par le biais de la danse, le chant, l'art, qu'on était capable de faire autre chose. Et à cette époque, c'était voir en vlin, c'était les cités qui brûlaient. Et moi je voulais montrer, j'ai fait plein d'émissions de télé à l'époque, le côté positif de ces quartiers.
Alors cette passion pour le hip-hop, elle est née chez vous quand vous étiez ado, en regardant une émission, une émission qui est un peu rentrée dans l'histoire, sur TF1. Ça s'appelait HIP, HOP, incarné par Sydney. Alors vous dites, cette émission m'a sauvé la vie. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
En fait, dans les années 80, le hip-hop débarque en France avec Sydney. Et moi je viens d'être apatrié de Djibouti. Mon père est décédé en service commandé. Il était dans l'armée française. Dans l'armée française. Donc ma mère était veuve à 36 ans, on est cinq frères et sœurs. Je me suis pris de passion pour cette danse et je pense que ça a sauvé ma vie. J'avais une nouvelle famille, j'avais quelque chose qui me tenait. J'aurais pu...
Mal tourné peut-être, c'est ce que vous pensiez. Je pense, oui. Et alors la politique, elle est venue vous percuter quelques années plus tard, sans que vous n'ayez rien demandé. C'était en 1995. À l'époque, vous avez déposé plainte contre le maire de votre ville, Jean de Bois-Hu. Une plainte contre le livre qu'il venait de publier, alors qu'il venait d'être nommé secrétaire d'État dans le gouvernement d'Alain Juppé. On va revoir un extrait du JT de TF1.
Jean de Bois-Hu, également secrétaire d'État à l'enseignement supérieur, s'est lancé dans l'écriture et certaines de ses formules sont considérées par ces jeunes comme des injures raciales. Stevie Gustave a reconnu l'histoire de son père dans ce roman. Dans le chapitre « Le F3 » de l'oncle Tom, il a porté plainte. Le bandiosaure avec sa casquette de travers, avec son jean large, il emmène un ministre, un notable, comme il le dit dans son bouquin, devant les tribunaux, il va me rendre justice, il va rendre justice à ma famille, il va rendre justice, comme je vous dis, aux Noirs, aux Arabes, aux Juifs, qui sont cités dans son livre-là. Il faut qu'il rende des comptes à toute cette communauté.
Alors un jeune de banlieue qui fait un procès à un secrétaire d'État, un procès pour injure raciale, on en a beaucoup parlé dans les médias à l'époque. Qu'est-ce que vous reprochiez exactement à Jean de Bois-Hu ?
C'était vraiment le pot de terre contre le pot de fer. En 89, quand on fait le championnat d'Europe, de hip-hop, j'avais besoin d'une salle plus grande. Donc j'envoie un courrier au maire en lui demandant une salle, il ne me répond pas. Et donc je trouve une émission, l'émission « C'est pas juste ». Et je dénonce le fait que le maire ne veut pas me donner de trucs, alors qu'il y a plein de jeunes qui se droguent, qui font plein de bêtises. Moi j'avais un côté très positif. Et donc il vient avec moi dans l'émission « C'est pas juste ». Et j'ai ma salle de danse. Et en 95, Jean de Bois-Hu est nommé secrétaire d'État d'enseignement supérieur.
Et c'est toujours bien quand on est sous-ministre d'écrire un bouquin sur la banlieue. Et donc ce livre « Banlieue mon amour » est sorti. Puis j'ai une voisine qui l'avait racheté et qui me dit « Écoute, il y a quand même des coïncidences avec ta vie et celle de Tom, puisqu'il m'appelle Tom ». Je lui dis « Écoute, montre-moi le livre, je lis ».
Et c'était votre histoire, celle de votre famille ?
Son père est mort loin sous une frontière africaine, mon père est mort à Djibouti. Sa mère n'aurait rien à redire trop prise, qu'elle était avec une longue lignée, on est cinq enfants. Une balle a percé son nez épaté, mon père était noir, mort en service commandé. S'il n'avait pas eu l'idée de mettre une paire de chaussures, je crois que c'est ça, il ne serait jamais devenu soldat. Donc il y a 31 coïncidences à peu près entre celle de Tom et moi-même. Et à la fin, il dit « Tom a cafeté, le maire n'aime pas la danse, il trouvera un tribunal d'enfants, l'émission c'est pas juste ».
Et donc là, vous lui intentez un procès, vous gagnez en première instance, vous perdez en appel. Ça a été un moment important pour vous malgré tout ?
On parlait de la mémoire de mon père, donc j'avais 25 ans, on ne touche pas au père.
C'est votre passion pour le hip-hop qui vous a fait rencontrer France Gall, cette chanteuse française. On s'éloigne un peu de la politique là, mais quel a été votre rôle à ses côtés ?
Au départ, je suis embarqué, elle était marraine d'une association qui s'appelait Droite Cité, et on était une cinquantaine. Nous, on était déjà intermittents du spectacle, elle nous appelait les gosses beaux, les beaux gosses, on mettait des heures à se préparer. Et on a embarqué avec elle sur Bercy, c'est après l'essai de Michel Berger, et même si ce n'était pas mon univers France Gall musical, les mélodies de Michel Berger sont magnifiques, on peut les réadapter. Et donc on était… Vous dansiez pour elle sur scène, c'est ça ? J'étais sur scène avec elle, et après je suis devenu son chorégraphe. Son chorégraphe ?
Oui, et après on est passé de 50 à 4, et on l'a accompagné sur beaucoup de spectacles, et puis on a eu de la chance de travailler avec les musiciens Prince de Stevie Wonder pour le petit gars de banlieue que j'étais, c'était magnifique. Et puis il y avait quand même ce côté politique, puisque France Gall fait partie de cette team, si je peux me permettre, avec Michel Berger, avec Daniel Balavoine, ou Coluche, c'était des gens qui m'inspiraient politiquement et qui faisaient des choses humanitairement.
Et alors votre carrière de danseur s'est arrêtée, je crois, après une blessure du genou. Là, vous êtes devenu producteur de spectacles et de concerts, mais alors des concerts engagés, c'était des concerts contre le racisme, contre l'homophobie, des concerts de soutien aux migrants. C'est-à-dire que là encore, la musique était une façon pour vous de faire de la politique ?
Pour moi, dans tout mon parcours, l'art, c'est de la politique. C'est le seul moyen où on peut réunir plein de gens et les faire vibrer tous ensemble.
Vous avez été donc adjoint au maire de Bretigny en 2008, vous êtes présenté aux législatives en 2012, et alors j'ai découvert qu'en 2015, vous avez fait partie du cabinet de Christiane Taubira quand elle était garde des Sceaux. C'était quoi votre rôle exactement ?
En fait, j'étais chargé de mission auprès de la ministre, il y a mon fils, ma belle-fille, chargé de mission auprès de la ministre sur les personnes placées sous main de justice. En fait, je développais la culture en détention, et j'ai accepté cette mission en janvier 2015, puisqu'il y a eu Charlie Hebdo, et moi j'étais ami avec Charbet Cabu, et la légende du colibri. J'avais envie de faire ma part dans cette mission, j'ai connu après les attentats du Bataclan, les mêmes salles où je faisais mes concerts, et voilà.
Le fil rouge de votre parcours, à la fois artistique et politique, vous l'avez dit, c'est la lutte contre le racisme, mais alors la lutte en mode SOS racisme, on en parlait, vous avez fait des concerts de soutien à SOS racisme, 13 années 80, j'ai envie de dire. Est-ce que cette forme de lutte contre le racisme, elle n'est pas un peu dépassée aujourd'hui ? Est-ce qu'elle est encore adaptée à ce qu'est devenue la société française ?
Non, je pense qu'aujourd'hui, chacun lutte à l'aune de sa communauté. Les musulmans vont parler d'islamophobie, les noirs de négrophobie, les juifs de lutte contre l'antisémitisme, moi je suis tout ça. Je revendique le lien avec SOS racisme, et c'est ce vivre ensemble qui m'intéresse.
C'est au nom de votre combat contre le racisme que vous êtes présenté aux législatives en 2024 et que vous avez été élu, mais alors votre victoire, elle a été ternie par une remarque raciste, le premier jour, votre premier jour à l'Assemblée. Remarque prononcée par un député. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? C'est un député qui vous...
C'était les cinq premières minutes, vraiment. C'était mon bisutage. J'étais en train de discuter avec des députés corses, et on parlait de nos îles respectives, Martinique, Cap-Vert. Et il y a un député qui arrive et qui me dit « T'es député, toi ? » Et donc je lui raconte ma vie, je suis un grand bavard. Et il me dit « T'es député ? » Et donc là, on sent le malaise avec mes collègues corses, et il me dit « Coupe-toi les cheveux. »
Vous n'avez jamais voulu donner le nom de ce député ?
Non, non, parce que je me suis expliqué avec lui, et je ne voulais pas que ça fasse... Mes amis corses se sont occupés de lui. Et non, je n'avais pas envie que ce soit le début de mon mandat.
Votre coupe de cheveux, elle dit aussi à ceux qui ne se sentent pas forcément représentés à l'Assemblée « Regardez, je suis comme vous, et je suis député. » C'est ce que vous appelez l'effet miroir, qui a joué dans votre vie aussi avec l'émission HIP, HOP. Est-ce que ce n'est pas difficile aussi à assumer ? Parce que ça ne vous met pas une pression particulière ?
Vous avez vu la tête que j'avais avec les cheveux courts, toutes les coupes que j'ai eues. En fait, en 1999, quand j'arrête la danse à cause de mon genou, je suis à Château-Vallon, je fais un salto, et je ne tombe pas, mais je sens une douleur. Et il y a le décès de la fille de France quelques temps avant, et en fait, je décide d'arrêter la danse. Je suis encore jeune, j'ai 29 ans. Et donc, je suis au Sénégal avec elle, sur la photo où j'ai l'afro. Et je suis pendant une semaine là-bas, et les rastas africains, les by-files, me mettent plein de produits. Je dis, allez, je vais jouer mon Robinson Crusoe, enfin, plutôt vendredi que Robinson.
Et donc, mes cheveux s'emmêlent, et mes locks signifient la fin de ma carrière de danseur. Donc, je ne l'ai jamais vu comme un truc que je devais mettre en avant. Ça fait partie de ma personnalité. Aujourd'hui, c'est presque un totem, parce que les gens me reconnaissent. Encore tout à l'heure, quand j'ai pris le RER, les gens me reconnaissent avec ce look. Et oui, c'est cet effet miroir où je ressemble à tout le monde. Et d'ailleurs, je suis monsieur tout le monde.
Mais est-ce que ça vous met une pression particulière par rapport à tous ceux qui ne se sentaient pas représentés jusqu'à présent à l'Assemblée, et qui vous voient, vous, dans votre mandat de député ?
Comment vous vivez ça ? C'est très bien que vous posez cette question. Je le prends... Vous savez, c'est triste. Moi, je suis métisse. Je ne choisirai pas entre mon père et ma mère. Je suis métisse de métisse au carteron. J'ai vraiment plein d'origines différentes. Je suis vraiment quelqu'un qui va se battre contre toutes les formes de racisme et autres. Mais quand je vois... Avant, quand je voyais quelqu'un issu de la diversité à la télé, je regardais avec passion et en même temps, presque en lui disant, « S'il te plaît, sois bon. » Parce que si tu es mauvais, tu fermes la porte pour quelques années encore. Donc, j'essaye... D'être bon en tant que député.
En toute modestie, je fais partie des députés les plus présents à l'Assemblée. J'essaye de faire mon travail et d'essayer de faire bien.
On va conclure l'émission avec notre petit quiz habituel. Vous allez donc devoir compléter les phrases que je vais vous proposer. Si j'étais devenu ninja, c'était votre rêve, je crois ?
On faisait très fort. Oui, avant de faire de la dent, mon grand frère faisait du karaté. Et je faisais du karaté. J'étais fou de nunchaku et fou de brustie. Donc, c'est pour ça que j'ai fait beaucoup, beaucoup d'acrobatie. Le plus grand fan de hip-hop à l'Assemblée, en dehors de vous ? Parmi les députés ? Karl Olive.
Karl Olive, ah oui, je ne savais pas.
Karl Olive, parce qu'il faisait partie... Il le cache bien, mais il faisait partie des groupes dans le 78. Voilà, je t'ai balancé, Karl.
Enfin, si je suis élu maire de Bretigny un jour, ça reste votre rêve ou pas ?
Oui, pendant très longtemps, c'était presque une mission. Quand j'étais petit, les gens m'appelaient monsieur le maire. Je suis devenu député, je suis très fier. Mes petites filles diront, mon grand-père était député. Peut-être que ça peut s'arrêter là et je reprendrai la production.
Merci beaucoup, Stevie Gustave, d'être venu dans La Politique et moi. Le ninja, vous êtes très fort.
Steevy Gustave