Nicolas Forissier : « Cette crise agricole peut mettre en cause l’ensemble du cheptel français »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Nicolas Faurissier, merci beaucoup d'être notre invité. Vous êtes ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Fabrice Vesserudon du groupe Ebra, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice. Bonjour Ariane. Bonjour Nicolas Faurissier. Bonjour. On va commencer par la crise agricole. Nicolas Faurissier face à la dermatose au gouvernement qui a donc annoncé hier plusieurs mesures d'entre une accélération de la vaccination dans le sud-ouest.
Et malgré cela, vous l'avez vu, la colère ne retombe pas, les agriculteurs ne lèvent pas les barrages. Est-ce que le gouvernement est face à une situation qui devient politiquement hors de contrôle ?
Non, je pense que la situation est celle d'une grande émotion dans le monde agricole et dans le monde des éleveurs du sud-ouest en particulier, mais c'est vrai aussi de l'ensemble des éleveurs. Et je le dis en connaissance de cause, moi je suis l'élu depuis plus de 30 ans d'une région où on a beaucoup d'élevage à l'étang, charolaises et limousines. Je sais ce que c'est pour un éleveur d'avoir soigné son troupeau de génération en génération avec un énorme travail génétique, avec une passion. Je crois qu'il faut bien comprendre ça. Et donc forcément, il y a beaucoup d'émotions.
Forcément, cette crise qui est très violente, qui est dangereuse, qui peut mettre en cause l'ensemble du septel français si on ne fait rien, si on est catastrophiste. Tout ça crée beaucoup d'émotions, beaucoup de tensions. Il est normal que les choses prennent du temps pour revenir dans l'ordre parce que ça suppose qu'on ait été capable de juguler cette crise et d'éradiquer, comme ça a été le cas en Savoie et en Haute-Savoie, la dermatose et sa propagation.
Mais sauf que là, le gouvernement annonce les mesures. C'est-à-dire que les agriculteurs sont toujours autant en colère. C'est normal, c'est ce que je suis en train de vous dire.
Vous avez une grande émotion. Ce qui est important de comprendre, c'est que le gouvernement fait face. Et je le dis avec, comment dire, beaucoup de gravité parce que la crise est grave. Le gouvernement fait face. Le Premier ministre Sébastien Lecornu nous a réunis à deux reprises. Moi, je faisais partie de cette petite task force ministérielle pour vraiment regarder tous les éléments qui sont possibles, pour mettre en œuvre vraiment le maximum de moyens afin d'une part d'éradiquer cette propagation de la dermatose qui est vraiment, encore une fois, un vrai risque pour nos éleveurs.
Et deuxièmement, d'accompagner et d'aider les éleveurs, notamment ceux qui ont été touchés, à pouvoir reconstituer leur cheptel, à repartir de l'avant avec confiance. Alors ça va prendre du temps, c'est normal. Il faut que les mesures puissent venir sur le terrain. Ça passe d'abord par la vaccination de 750 000 bovins dans toutes les zones du sud-ouest, de façon à créer une sorte de corridor. de corridor en plus, bien sûr, de façon à créer une sorte de corridor qui évite la propagation dans le reste du pays parce qu'il y a une grande inquiétude aussi dans les autres régions. Tout le monde est concerné. Donc il faut qu'on mette ça en œuvre.
Le Premier ministre l'a rappelé hier, mais on a des objectifs très rapides. On mobilise y compris des forces de l'armée française pour pouvoir transporter, aller chercher des doses supplémentaires. On va avoir 900 000 doses de vaccination, c'est-à-dire au-delà de ce qui est prévu pour l'instant, de façon à avoir une marge de manœuvre. On fait en sorte de mobiliser un maximum de vétérinaires parce qu'on a besoin de bras pour vacciner tous les animaux. Un par un, il y a un problème de contention, c'est-à-dire qu'il faut que les animaux puissent être entre guillemets maîtrisés ou tenus pendant la piqûre. C'est comme un humain. Il faut qu'on soit là, en situation.
Et donc ça demande beaucoup de moyens, de bras. Notamment, on va avoir les vétérinaires de l'armée française, des vétérinaires volontaires, des étudiants volontaires pour revenir renforcer cette opération coup de poing de façon à… Et puis derrière, vous avez beaucoup de mesures qui sont évidemment mises en œuvre pour accompagner et financièrement et de façon très concrète nos éleveurs et notamment les plus fragiles d'entre eux pour aider à reconstituer les troupeaux très rapidement parce que c'est leur métier, c'est leur vie, il faut les aider. Et c'est un traumatisme.
Et donc moi, je lis encore une fois en connaissance de cause, mais je crois qu'il y a une énorme implication de l'ensemble des ministres, y compris à mon niveau puisque, je termine là-dessus, mais on a aussi un problème d'export.
– Non, mais on va en parler, mais juste, vous l'avez dit, vous étiez en réunion hier avec Sébastien Lecornu, hier matin, hier soir. Est-ce que le Premier ministre est inquiet de ce que pourrait devenir cette colère agricole dans les prochains jours ?
– Le Premier ministre, il est lucide et il agit en conséquence. Je pense qu'il a une extrême connaissance et une extrême compréhension de la situation sur le terrain. La crise agricole, elle existe déjà de façon latente depuis longtemps. Moi, j'étais…
– Il y a 20 ans, vous étiez en charge de l'agriculture
dans le gouvernement Raffarin. – Absolument. – Vous dites que cette crise est latente, elle est là. Des choses ont changé ? – Je pense qu'on n'est plus dans la même époque qu'à l'époque de Jacques Chirac ou de Jean-Pierre Raffarin. Les conditions de concurrence en particulier ne sont pas les mêmes. On a quand même une explosion des épizéotis ces dernières années. On le voit un peu à tous les niveaux, dans les différents élevages, en particulier l'élevage bovin en ce moment. Mais ça a été le cas et ça reste un danger possible en matière de grippe aviaire ou d'épizéotis dans les élevages, comment dire, de tous ordres d'ailleurs. Donc je pense que les conditions sont différentes.
la pression de la société, pardon, sur le monde agricole est légitime, mais en termes sanitaires, en termes de bien-être animal, en termes d'évolution des pratiques, en termes d'aspiration écologique est plus prégnante. Et le monde agricole a un peu le sentiment, même si parfois c'est à tort, parce que je pense qu'il y a beaucoup de raisons de leur faire confiance et de dire qu'au contraire, ils ont beaucoup évolué les agriculteurs, mais ils ont le sentiment d'être isolés. Donc peut-être que c'est plus fort aujourd'hui qu'il y a 20 ans, ça c'est vrai. Je rajoute qu'il y a une incertitude générale sur l'évolution du monde, la concurrence internationale.
C'est ce qui explique, par exemple, à mon sens, le rejet massif de l'accord Mercosur, même si…
– Juste un mot, est-ce que Sébastien Lecornu a prévu de se rendre auprès des agriculteurs, de se rendre sur les barrages, d'aller dialoguer avec eux, comme l'avait fait Gabriel Attal ?
– Je n'ai pas à moi de vous répondre là-dessus, la seule chose que je peux vous dire, c'est que la préoccupation du Premier ministre et du gouvernement à ses côtés, c'est d'abord de trouver rapidement des solutions à cette crise qui nous est imposée à nous tous, aux éleveurs comme au gouvernement, on veut agir avant d'aller sur le terrain. Il ne s'agit pas simplement d'aller sur le terrain pour dire, on vous a entendu, ce que fait…
– Et pour aller sur le terrain, pour expliquer les mesures… – Et pour aller sur le terrain, pour expliquer les mesures…
– Très très bien, mais il faut d'abord qu'on ait des solutions concrètes, et ça a été l'objet de ces dernières réunions, de ces derniers jours pour mobiliser toutes les forces possibles…
– Est-ce qu'il y a d'autres réunions prévues ? Est-ce qu'il y a d'autres mesures envisagées ?
– On a des réunions de consultation, je le sais, notamment avec les…
– Les syndicats agricoles ?
– Les syndicats agricoles et professionnels, il y a évidemment tous les jours un suivi, on a un préfet qui a été nommé spécifiquement pour justement suivre la mise en œuvre très concrètement, heure par heure, des mesures de vaccination, des mesures de logistique qui vont de pair, et évidemment de tout ce qui concerne l'accompagnement derrière…
– Et pas d'autres réunions avec le Premier ministre prévues pour le moment ?
– Il y en aura autant que de besoins. Sébastien Lecornu est quelqu'un d'extrêmement pragmatique, qui sent bien et entend bien ce qui se passe dans le pays, et qui veut simplement qu'on apporte collectivement des réponses avec beaucoup de rapidité.
– Et on le rappelle, vous êtes chargé du commerce extérieur, 750 000 bovins de plus vaccinés, c'est l'annonce hier, quel impact sur les exportations ?
– Quand ils sont vaccinés, normalement, ils ne peuvent plus, pendant un certain nombre de jours, avec des délais qui peuvent varier, être déplacés et être exportés. Donc la question, c'est comment on fait pour réduire au maximum, dans la discussion avec nos partenaires, les délais pendant lesquels ils ne sont pas exportables, le temps que la vaccination fasse son effet. C'est ce qu'on a obtenu en discutant avec nos amis italiens pour les troupeaux, y compris qui avaient été touchés en Savoie et en Haute-Savoie. Donc on peut trouver des solutions, ça passe aussi par…
– Et ça marche avec l'Italie ?
– Pour les conséquences, c'est ce que Annie Gennevar, en l'occurrence, a pu négocier dans la foulée des mesures qui ont été mises en œuvre en Savoie et en Haute-Savoie. Vous savez que la propagation de la dermatose est totalement éradiquée et arrêtée. Parce qu'en ce moment, on est dans une période en plus où on exporte beaucoup, notamment les jeunes bovins mâles pour aller être engraissés en Italie.
– Mais c'est pour ça, du coup, est-ce que c'est un coup dur pour les exportations de multiplier la vaccination ?
– Donc ça, ça a été mis en œuvre pour les Italiens et l'objectif, c'est effectivement de discuter avec nos partenaires, notamment l'Italie et l'Espagne, où vont 90% de nos exportations bovines en Europe, et pouvoir les rassurer sur les protocoles qui sont mis en œuvre en France, sur le fait qu'on maîtrise la situation, qu'aujourd'hui, on a une situation qui est totalement stabilisée, il faut qu'on termine le boulot, si je puis dire, avec notamment cette vaccination.
– Est-ce que les bovins vaccinés vont pouvoir être exportés ?
– Ils vont pouvoir l'être, mais avec des délais qui sont encore à négocier dans certaines situations.
– C'est-à-dire ? Là, le délai, il est de combien aujourd'hui ?
– Vous avez un délai qui peut être variable, mais qui fait que vous ne pouvez pas exporter vos bovins quand ils viennent d'être vaccinés.
– Donc vous travaillez pour réduire ce délai ?
– On travaille pour réduire ce délai, parce qu'en réalité, il n'y a pas de raison que ça pose un problème.
– Autre sujet, c'est le Mercosur. – Oui, absolument, le Parlement européen a adopté hier des mesures de sauvegarde pour limiter l'impact de l'accord commercial avec le Mercosur. Donc on rappelle, c'est cet accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays d'Amérique du Sud. Est-ce que d'abord, ça rend cet accord plus acceptable ? Et je vais un petit peu plus loin, Paris a demandé carrément le report de l'application de cet accord. Qu'est-ce qu'il faut en attendre ?
– La position de la France, elle est extrêmement claire. En l'état, l'accord tel qu'il a été arrêté, en fait, après un certain nombre d'étapes que je ne vais pas repasser en revue, mais en décembre dernier, en 2024, à Montevideo, il n'est en l'état pas acceptable pour la France parce qu'un certain nombre de conditions ne sont pas remplies, des conditions que nous avons posées. La première des conditions, c'était cette clause de sauvegarde. Il y avait une deuxième condition qui était les mesures miroir plus globales, qui ne concernent pas que le Mercosur, sur le fait, en gros, que quand on impose des normes à nos producteurs, il faut que les produits importés aient subi les mêmes normes.
On ne peut pas avoir des produits importés qui n'aient pas les mêmes contraintes que les nôtres. C'est un principe que la France défend depuis des années et sur lequel, peu à peu, on avance, mais ça fait partie des conditions, en particulier, pour pouvoir accepter, de notre part, par l'accord Mercosur.
Et puis, troisièmement, on l'a toujours dit, et moi, je pense que c'est extrêmement important à titre personnel, pour des raisons, y compris très pragmatiques de connaissance du terrain, il faut que des contrôles soient vraiment mis en place avec une vraie force, des vrais moyens pour vérifier qu'on ne nous raconte pas d'histoire, y compris dans un élevage d'un pays par ailleurs ami, mais il peut se passer beaucoup de choses. – C'est possible, c'est faisable, ça ? – Oui, c'est faisable. On le fait bien dans nos exploitations.
On le fait bien dans nos exploitations, nos éleveurs, dont on parlait tout à l'heure, ils sont très régulièrement contrôlés, donc il n'y a aucune raison, si on signe un accord, qu'il n'y ait pas des vérifications sur le bon respect des clauses de cet accord. Donc, c'est les trois grandes conditions françaises, d'accord ?
– Mais est-ce que là, le vote au Parlement d'hier, ça rend l'accord plus acceptable ou pas ?
– Je vais lire tout de suite. Clause de sauvegarde, mesure miroir plus globale, et contrôle vraiment renforcé. La clause de sauvegarde, telle qu'elle a été adoptée hier, elle répond pour partie à la demande française, et c'est déjà une avancée. La seule chose, c'est que nous, nous voulons qu'elle soit totalement opérationnelle, qu'elle soit réellement efficace. Donc, on a mis, alors on va rentrer dans la technique, mais on a mis un certain nombre de conditions à tout ça. Par exemple, le fait qu'il y ait la possibilité de changer les codes douaniers pour contrôler l'évolution des importations du Mercosur ou l'évolution des prix de ces importations.
par exemple, sur la loyau, les pièces nobles du bœuf, et pas simplement sur la carcasse globale. Donc, ce genre de choses-là…
– Mais ça fait effectivement partie des conditions de la France. Est-ce que ce matin, vous dites, l'accord Mercosur est du coup plus acceptable qu'il ne l'était, ou il reste toujours inacceptable ?
– Non, les choses ont progressé, mais nous sommes encore dans l'attente de réponses précises.
– Donc, vous le qualifiez toujours d'inacceptable.
– En l'État, l'accord n'est pas pour nous acceptable. Je l'ai redit hier dans l'hémicycle du Sénat, très clairement, la position de la France est très claire. Le président de la République se bat, je tiens à le dire, pour justement que nous soyons pris en compte et que notamment, on se donne le temps d'avoir les réponses. C'est la position de la France aussi. Et quand Sébastien Lecornu demande dimanche dernier d'avoir un report d'un certain nombre de semaines, peut-être d'un mois, deux mois, ce n'est pas pour embêter nos amis de l'Union européenne, c'est parce qu'on a besoin d'avoir des réponses précises.
– Pardon, mais le temps tourne, c'est demain. Qu'est-ce qu'il a eu comme réponse sur le report du vote ?
– Ça, je ne peux pas vous dire à ce moment-là, à ce moment précis, mais la France met la pression, si je puis dire, pour avoir des réponses précises, et ça demande un peu de temps. – Mais il n'y a toujours aucune réponse sur le report du vote. – Et nous avons un certain nombre de partenaires, d'ailleurs, qui sont sensibles à ces arguments. Je pense notamment à nos amis italiens qui ont les mêmes problèmes que nous, au regard de cet accord. Il ne s'agit pas de bloquer…
– Pardon, M. le ministre, ils sont sensibles, mais ils penchent de quel côté de la balance, les Italiens ? Est-ce qu'ils vont constituer une minorité de blocage avec vous ?
– La discussion européenne, elle n'est pas simple. Chaque pays a ses intérêts, sa propre analyse. Nous, nous faisons valoir la nôtre. Nous sommes extrêmement fermes. Nous avons déjà fait bouger les choses, et je tiens à le dire, parce que j'entends parfois que la France est isolée, etc. Enfin, si la clause de sauvegarde, si elle commence à être de plus en plus précise, si la Commission, la semaine dernière, nous a donné un certain nombre de premières réponses, par exemple sur les moyens de contrôle, etc., c'est aussi parce que la France s'est mobilisée.
Et on va continuer à le faire, parce que c'est l'intérêt de nos filières, et parce que c'est l'intérêt, moi je le dis comme ministre du Commerce extérieur, d'avoir un accord qui soit finalement acceptable par tous, un bon compromis, comme on le fait à l'Assemblée, ou entre l'Assemblée et le Sénat, au niveau national.
– Et juste, est-ce que vous pensez encore être en capacité de réunir cette minorité de blocage ? – Est-ce que la France peut encore empêcher l'accord du Mercosur ?
– En l'état actuel, nous n'avons pas de minorité clairement définie, je le dis, c'est clair, mais en même temps, nous sommes dans une démarche qui est une démarche très constructive, qui vise au fond à se donner le temps, un peu plus de temps, pour obtenir toutes les garanties nécessaires qui permettront de vraiment rassurer, pas simplement en parole, mais en moyens, en actes, en procédures très concrètes, très opérationnelles, nos amis des filières agricoles qui peuvent être, comment dire, très inquiètes d'éventuelles dérives qui viendraient les déstabiliser.
Et je le dis tout de suite, parce que c'est important de le rappeler, qu'il faut aussi être positif, moi j'essaie d'être positif, il y a des risques sur la viande bovine, sur le sucre, sur la volaille, sur l'éthanol, ça on le sait, et donc on met tout en œuvre, et c'est ce qui bloque pour l'instant la situation, pour que ces filières puissent avoir des garanties très opérationnelles pour être protégées si jamais il y a trop d'exports, où c'est les prix Bastro, mais je rappelle quand même que le lait et le fromage, les vins et spiritueux, l'industrie en général, les services, l'accès au marché public, la protection de nos...
– Mais est-ce que vous n'êtes pas un peu tiraillé en tant que ministre du Commerce extérieur ? – Il y a d'un côté les agriculteurs qui n'en veuillent pas, mais d'un autre, est-ce que vous ne dites pas que le Mercosur ce n'est quand même pas une mauvaise nouvelle pour notre balance commerciale ?
– Mais moi je pense que c'est une bonne nouvelle, tout accord de libre-échange, tout accord commercial signé entre l'Union Européenne et donc la France, et un autre grand pays, une autre grande zone, c'est toujours une bonne nouvelle, sous réserve qu'il soit équilibré, sous réserve qu'il soit fair, comme on dit en anglais, juste, sincère, qu'il n'y ait pas des loups, qu'il soit dangereux pour certaines filières, c'est-à-dire que sous réserve, et c'est le cas du Mercosur, qu'on ne sacrifie pas une ou deux filières au profit des autres.
Et c'est d'ailleurs ce que l'ensemble de la communauté économique, patronat industriel, grand syndicat, agroalimentaire, etc., pense, et il y a de ce point de vue une certaine cohésion française. Simplement il faut que nous on avance, et mon boulot c'est de dire que, un, nous sommes fermes, que nous ne sommes pas naïfs, parce que je pense que le commerce international, on ne doit plus être naïf, comme on l'a trop été pendant des années, mais en même temps, il faut aussi être capable, honnêtement, de reconnaître que c'est important.
Et moi, les producteurs de vins spirituels, ils n'attendent qu'une chose, c'est que le Mercosur puisse être là pour diversifier leurs débouchés, parce qu'ils ont plus de difficultés en Chine ou aux Etats-Unis, par exemple.
– Nous sommes en pleine crise agricole, vous l'avez dit, sociale aussi, pas que sur le plan de la santé. Si le report de la France, si ce qui est demandé par la France, n'aboutit pas, qu'est-ce qu'on fait ? avec ces paysans ? Qu'est-ce que vous répondez à ces paysans ?
– Je vais vous dire très concrètement, si ça n'aboutit pas au niveau où nous le demandons, je veux quand même dire que nous aurons déjà obtenu beaucoup de garanties, y compris avec la première version de la clause de sauvegarde, y compris celle qui a été révisée et augmentée, rendue plus concrète, ces derniers jours. Donc on a déjà un acquis de protection.
Nous, on veut, c'est la position de la France, c'est d'aller le plus loin possible et ce n'est pas simplement la clause de sauvegarde, je le rappelle, mais ce sont des engagements précis sur les mesures miroirs, c'est-à-dire en gros, les normes phytosanitaires, sanitaires, par exemple, qu'on impose aux éleveurs ou aux producteurs de céréales d'autres pays, elles doivent s'appliquer à ces pays, s'ils veulent rentrer chez nous, parce que chez nous, c'est comme ça.
– Mais quel recours, si vous n'arrivez pas à obtenir la minorité de blocage, est-ce que, par exemple, vous allez saisir la Cour de justice de l'Union européenne pour faire barrage au Mercosur, comme vous l'a demandé le Sénat hier, il a voté à la quasi-unanimité ?
– En l'état actuel, c'est ce que j'ai dit au sénateur hier, le fait de saisir la Cour de justice européenne sur ce texte n'aurait aucun effet, en réalité, ne changerait rien au processus de majorité qualifiée ou non au sein du Conseil européen. Donc, moi, je pense que, plutôt que de saisir la Cour de justice, qui pourrait avoir des conséquences, y compris sur la position de la France et la façon dont la France est considérée, y compris dans de futures négociations sur d'autres pays, nous préférons, et c'est ce que j'ai rappelé, nous battre pour avoir toutes les garanties nécessaires en matière de mesures miroirs, de contrôle, évidemment, pour améliorer la clause de sauvegarde.
– Nicolas Faussi, on va parler des voitures électriques – Côte annoncière de l'Union européenne. – Oui, absolument. Au niveau européen, la Commission européenne a décidé hier de revenir sur l'interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique ou hybride à partir de 2035. Est-ce que cette décision, vous la voyez, vous, comme une victoire pour notre industrie automobile ou comme un échec de notre transition énergétique ?
– Non, je pense qu'il y a une évolution qu'il faut saluer parce qu'il y a plus de souplesse, on a plus de temps. ça correspond à des inquiétudes profondes de l'industrie automobile en général, pas simplement allemande, mais aussi française.
Donc la position de la France qui demande depuis le début sans se dédire sur l'objectif de transition, je le précise, sans renoncer à l'objectif des véhicules électriques, mais qui demande d'être pragmatique et de se donner le temps pour permettre notamment aux industriels de faire eux-mêmes leur propre transition industrielle, leur évolution, sans être, comment dire, submergés par la concurrence notamment chinoise, parce que c'est ça le sujet, cette demande de souplesse, de délai, de pragmatisme, elle a été entendue et donc la France s'en félicite.
Mais on ne renonce pas pour autant à ce qui constitue quand même au fond une obligation qui a été communément admise par tous à la transition énergétique à terme.
– Mais quelles conséquences de cette décision pour notre industrie, pour notre industrie automobile ?
– Écoutez, moi je veux d'abord voir le texte très précisément pour pouvoir en parler parce qu'on a eu ça hier soir, très très tard, mais simplement, ce qui est clair, c'est que tout ce qui est souplesse, tout ce qui est pris en compte des nécessités, des contraintes de la transition de nos industriels, tout ça va dans le bon sens et c'est, je crois, ce qu'on peut dire tout de suite. Après, la question, c'est aussi, quelles sont les conditions du commerce entre notamment la Chine et les constructeurs européens ou américains d'ailleurs.
C'est pour cette raison, et la France avait joué un rôle très important là aussi pour l'obtenir, que nous avions réétabli il y a deux ans des droits compensatoires qui rééquilibraient par rapport au prix de vente des véhicules chinois. Ça a eu des conséquences sur d'autres filières, c'est un peu la guerre, on a bien compris, mais il était essentiel que les véhicules chinois qui sont largement subventionnés en réalité par l'argent public soient vendus à un prix avec ces droits supplémentaires qui soient à peu près concurrentiels avec le coût de revient et le prix de vente français. Et on met les moyens sous le temps
pour lutter contre cette concurrence chinoise ?
On fait tout ce qu'on peut pour être dans le débat, ce n'est pas facile. Vous avez des sujets très précis qui ne sont pour l'instant pas résolus. Je pense notamment au fait que les Chinois produisent et raffinent pratiquement 90% des terres rares d'un certain nombre de métaux critiques. Donc ils nous tiennent, si je puis dire.
D'où la nécessité... Comment on peut sécuriser ces filières ?
J'étais pas plus taire qu'hier avec mon collègue Sébastien Martin, ministre de l'Industrie, dans une réunion avec les filières industrielles précisément pour mobiliser tout le monde, pour trouver les voies et moyens qui nous permettent de développer nos propres filières.
Elles ont les solutions ? Elles ont les solutions.
On a des solutions si on s'en donne les moyens et s'il y a une volonté. Ça passe notamment par le fait que les entreprises européennes achètent les terres rares qui sont produites ou raffinées par nos groupes. Mais on a aussi des solutions industrielles à mettre en place en face avec l'accompagnement de l'État des projets qui nous permettront d'être beaucoup plus autonomes. Il faut à la fois savoir extraire et raffiner ce que nous avons dans nos propres sols, savoir recycler parce que ça c'est très important. Donc il faut éviter que des métaux issus de terres rares qui ont déjà été utilisés repartent à l'étranger. Il faut les garder et les recycler chez nous.
Et enfin, troisièmement, et ça c'est ce qui est fait depuis un certain nombre d'années, mais on accélère vraiment. Il faut qu'on diversifie nos partenariats avec un certain nombre de pays. Actuellement, on a signé près d'une trentaine d'accords de partenariats dans le monde sur justement des sujets d'extraction minière ou de terres rares.
Dernière question un peu plus politique en ces temps budgétaires. Nicolas Faurissier, vous qui venez des Républicains, est-ce que vous appelez les parlementaires républicains à voter le budget ? Est-ce que vous comprenez la position du président de votre parti, Bruno Retailleau, qui les appelle à ne pas le faire ?
Ce sont les députés qui votent à l'Assemblée et je pense qu'ils ont été très clairs et compris au moment du PLFSS sur la nécessité de stabiliser la situation. Nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée, mais pourtant, c'est à l'Assemblée que la décision finale se fait. Donc, il faut savoir à un moment, en temps des Français, vous avez 80% de l'électorat de la droite, 80% de l'électorat de la droite, toutes les études le disent, qui est favorable à ce qu'on stabilise la situation, y compris s'il y a des compromis, avec notamment le Parti Socialiste ou les Verts. Vous avez 62% ou 63%, ça dépend des sondages, des Français qui demandent la même chose.
Donc, il y a un moment, il faut bien entendre que les Français et les entrepreneurs en particulier, je suis bien placé pour en parler en tant que ministre du commerce extérieur de demande, ils veulent de la stabilité, de la visibilité. Et moi, je pense que voter ce budget, voter ce budget, c'est stabiliser la situation, c'est permettre à nos entreprises de repartir, c'est permettre aux pays de fonctionner, parce que si on a une loi spéciale demain ou après-demain, je vais vous dire qu'on va encore perdre trois mois et ça va nous coûter une fortune.
Et deuxièmement, et c'est très important pour moi, mais je ne l'entends pas trop finalement, je pense qu'il faut qu'on stabilise la situation pour avoir un débat précisément sur les sujets que Bruno Retailleau évoque et d'autres. Il faut que 2026 soit le moment du débat public où on clarifie, où on dit les vérités, où on dit les choses, où on fait de la comparaison internationale pour préparer 2027 et les Français trancheront.
Mais si on ne se pose pas, on ne peut pas avoir ce débat, on va continuer à être dans les postures, dans les concurrences et dans l'incertitude totale, ce qui fait que, très concrètement, dans ma ville de la Châtre, moi, les commerçants, dans le Berry, ils me disent on ne vaut rien parce que pourquoi ? Les consommateurs, ils sont inquiets, ils épargnent comme jamais. Donc il faut sortir de cette spirale et c'est là que je ne suis pas totalement en accord avec Bruno, mais il a d'autres perspectives. On ne peut pas dire
en désaccord complet.
Il a d'autres perspectives,
pas les miennes. Il fait de la politique.
Non, il a une vision qui est différente, un agenda qui est différent, mais je pense que, dans le moment, et c'est pour ça que moi je suis rentré au gouvernement, il faut qu'on se concentre sur l'intérêt général du pays à court terme, à moyen terme et qu'on permette d'avoir ce débat et les Français trancheront en 2027.
Merci beaucoup Nicolas Faurissier, merci d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Nicolas Forissier