L’urbanisation augmente les dégâts des catastrophes naturelles - Sandrine Rousseau est l’invitée des 4 vérités du 1er novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Place à la politique, maintenant c'est l'heure des 4 vérités. Guillaume Daré, vous recevez ce matin Sandrine Rousseau, députée Les écologistes NFP de Paris. Bonjour à tous les deux. Bienvenue dans les 4 V, Sandrine Rousseau. Le bilan des inondations en Espagne ne cesse d'augmenter. On parle ce matin de 158 morts et encore des dizaines de personnes qui sont portées disparues. Vous avez expliqué que pour vous, nous ne sommes pas mieux préparés en France. Sur quoi est-ce que vous vous appuyez pour dire cela ?
Parce que ces inondations n'ont rien d'une catastrophe naturelle. Alors évidemment, il y a eu un événement climatique extrême. Mais déjà, nous ne prenons absolument pas le tournant du réchauffement climatique et des efforts que nous devrions faire. Et puis, en fait, ces inondations ont été accrues, augmentées, exagérées par l'urbanisation, par l'artificialisation des sols, par le fait qu'on a préféré transformer des zones, des surfaces qui auraient pu absorber l'eau en parking, par exemple. Et en fait, tout cela, on le fait nous aussi. Dans le sud de la France, vous regardez, c'est ultra urbanisé.
Donc en fait, là, si nous ne voulons pas changer notre mode de développement, nous nous confrontons à ça et avec tous les risques que ça génère. Et quand j'entends Michel Barnier dire que sa priorité, c'est de supprimer le zéro artificialisation nette, le zéro artificialisation nette, ça veut dire qu'on arrête de bétonner, il dit qu'on arrête cette mesure. On prépare les morts de demain. Aujourd'hui, en France, on prépare les morts de demain. Enfin, clairement, en matière d'inondation, il faut être très conscient de la gravité de ce qui est en train de se passer.
Là, aujourd'hui, notre absence de prise de conscience du réchauffement climatique, notre absence de volonté de faire des efforts et de se priver de quelques biens de consommation ou de quelques éléments de confort fait qu'à la fin, on se prépare à ça. Mais bon, ce n'est pas faute de l'avoir dit.
Il y a de plus en plus d'inondations, de catastrophes et pourtant de plus en plus de climato-sceptiques en France. Je ne sais pas si vous avez vu cette étude d'une ONG qui a été publiée par nos confrères du Monde hier. Entre 33 et 45% des sondés, effectivement, doutent de ce réchauffement ou de l'impact de l'homme sur ce réchauffement climatique. C'est 15 points de plus qu'en 2020. Et ils perçoivent, disent-ils, l'écologie politique, je cite, comme punitive et radicale. Qu'est-ce que vous devez changer dans votre discours et peut-être dans vos propositions pour convaincre ces Français-là ?
Je ne pense pas que ce soit à nous de changer. On a tendance à accuser le messager plutôt que le message. Mais en fait, ce n'est pas nous qui sommes responsables du réchauffement climatique. Et en l'occurrence, je pense que dans la montée du climato-scepticisme... Et votre objectif, c'est quand même de les faire changer d'avis ? Absolument. Il y a cette idée qu'en fait, comme ils ne peuvent rien faire, mieux vaut ne pas y croire. C'est presque un ressort psychologique. Là, moi, je dis, maintenant, on doit prendre des mesures, des mesures fortes, des mesures courageuses.
Il y a deux jours, à l'Assemblée nationale, s'est présenté un amendement pour mettre un malus sur les véhicules les plus polluants. Ce n'était quand même pas une révolution. Et en plus, c'était sur l'achat de nouveaux véhicules. Ce n'est pas une révolution. Eh bien, on n'a même pas été capable d'avoir une majorité dans l'Assemblée pour le voter. Et en fait, à un moment donné, il va falloir du courage. Où sont les politiques courageuses ?
Par exemple, une zone de trafic limitée dans Paris dès lundi prochain. C'est une bonne mesure ?
Oui, c'est une bonne mesure. Ça fait partie des bonnes mesures. Et je pense qu'il faut maintenant aider les personnes qui ne vivent pas à Paris à avoir un accès aux transports en commun, à ne pas dépendre de la voiture. On est toujours, toujours dans la dépendance à la voiture. On se base sur une autoroute pour avoir l'A69 dans le sud de la France. Ça n'a aucun sens aujourd'hui de faire des autoroutes. Aucun. Aucun. Donc voilà, on ne veut pas entendre, on ne veut pas voir la difficulté face à laquelle nous sommes. Nous ne voulons pas nous affronter à la difficulté. Donc ce n'est pas les écologistes le sujet.
Le sujet, c'est notre incapacité à penser que notre système économique est la source de notre problème.
Vous évoquiez l'Assemblée nationale. Hier, le Rassemblement national a échoué à faire adopter ces propositions. Il souhaitait notamment abroger la réforme des retraites. Est-ce que vous comprenez que ça puisse paraître difficilement compréhensible aux yeux de Français que vous apposiez à gauche à l'abrogation de la réforme des retraites uniquement parce que cette proposition a été portée par le Rassemblement national, alors que sur le fond, vous êtes pour l'abrogation de la réforme des retraites ?
Non, mais le Rassemblement national n'a aucune espèce de volonté d'abroger les retraites. Le Rassemblement national avait une volonté, c'était de piéger l'Assemblée nationale. Très bien, moi, je ne participe pas à ce genre de jeu. En fait, c'est soit on a une conviction, on la tient, on a une ligne politique, on l'affirme et on la tient jusqu'au bout. Et c'est ce que nous faisons sur les retraites et nous voterons un texte qui sera issu... Eux disent qu'ils voteront votre proposition. Eh bien, très bien, moi, je ne demande pas leur vote. Je ne demande pas leur vote. Donc, ils font absolument ce qu'ils veulent dans l'Assemblée. Je ne réclame pas leur vote.
Par contre, à un moment, j'aimerais quand même qu'il y ait des convictions qui ne soient pas juste opportunistes sur telle ou telle chose et que la seule volonté ne soit pas de piéger, mais de tenir une ligne politique. La nôtre, elle est claire. Nous voulons et l'égalité sociale et la radicalité écologique. Nous voulons préserver la santé et l'avenir des personnes. Et pour cela, nous avons besoin de mesures fortes, de mesures courageuses, de mesures qui, oui, par certains aspects, seront impopulaires, mais qui transformeront véritablement la vie des gens.
Et ça, j'attends toujours le Rassemblement national là-dessus, qui ne trouve qu'un seul exutoire à ses passions, c'est l'immigré de manière permanente quand même à la fin.
– Votre collègue de la France Insoumise, Louis Boyard, appelle au boycott du match France-Israël, qui se joue la semaine prochaine à Paris, dans le cadre d'une compétition qui est la Ligue des Nations, et dit qu'il faut annuler ce match-là. Est-ce que c'est une conviction, un avis que vous partagez ?
– Vraiment, je pense que ça ne joue pas sur un match de foot. Moi, je ne rentre pas là-dedans. Je dis juste que là, on a un problème véritable, qui est que la situation au Proche-Orient, l'action d'Israël ne respecte pas le droit international, qu'ils en sont à virer l'ONU de leur propre pays. Enfin, je veux dire, on a un problème. Et je pense que nous ne prenons pas le problème au bon niveau. C'est-à-dire que là, on ne peut pas s'émanciper des droits humains, des droits fondamentaux. On ne peut pas s'émanciper du droit international. Sinon, c'est tout l'Occident qui chute derrière ça.
Donc, en fait, à un moment, si on veut véritablement défendre nos valeurs, nos valeurs, ce sont le respect des droits humains et des populations civiles. Là, il n'y en a aucun de respect des populations civiles. Donc, j'appelle vraiment un sursaut sur la position et sur le fait qu'il faille dire très fermement à Israël d'arrêter ce qu'ils sont en train de faire. Je crois qu'on est en grand danger, en réalité.
– La réouverture de Notre-Dame aura lieu le 7 décembre prochain. Le président de la République, Emmanuel Macron, prononcera un discours dans la cathédrale. C'est ce qu'a confirmé hier l'archevêque de Paris. Est-ce que vous considérez qu'il est dans son rôle ?
– Emmanuel Macron a plusieurs fois brouillé les pistes là-dessus. Là, c'est un monument historique qui a quand même ému, quand il est parti en feu, ému le monde entier. Je pense qu'il y a un moment où il faut un discours très fort. Après, est-ce qu'il faut le faire à l'intérieur de la cathédrale ? Je pense qu'aujourd'hui, on a besoin de retrouver des lignes, des lignes forces et on ne peut pas crier laïcité quand il s'agit de la religion musulmane et s'émanciper de la laïcité quand il s'agit des autres religions.
– On voit que cette lutte entre Kamal Harris et Donald Trump touche à sa fin. L'élection aura lieu dans tout juste quelques jours. Donald Trump a dit il y a quelques heures que les femmes le veuillent ou non, je le cite, « je vais les protéger », c'est ce qu'il a déclaré lors d'un meeting dans le Wisconsin. Comment vous avez perçu ces paroles-là ?
– Je pense que la candidature de Trump doit être interprétée aussi comme une radicalisation du patriarcat véritablement. Il va chercher tous les masculinistes, il va chercher tous les influenceurs les plus masculinistes, ceux qui ont les propos les plus virulents contre les femmes. Et en fait, là, on est dans un moment absolument crucial aux États-Unis, raison pour laquelle je suis avec extrêmement d'attention ce qui est en train de se passer, entre un patriarcat radicalisé incarné par Trump et de l'autre côté, une femme racisée qui défend les valeurs des femmes.
Et en fait, quelque chose va se passer, quel que soit le résultat de cette élection, quelque chose va se passer, j'espère que ce sera du côté des femmes.
– Merci beaucoup, Sandrine Osso.
– Merci beaucoup à tous les deux et merci à Victoria Patrico pour la langue des signes. – Merci à tous les deux
Sandrine Rousseau