(Re)voir la conférence de presse à l’issue du Grand Débat national.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 68 %Attaque 8 %Défensif 24 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 25:00OuverteRéponse directe
Quelles sont les raisons profondes de ce rendez-vous aujourd'hui ? Quel est ce moment de votre mandat ?
- 26:00OuverteRéponse directe
Sur la réforme des retraites, comment comptez-vous répondre aux craintes des Français ?
- 27:00RelanceRéponse directe
La réforme de l'ISF est-elle un cadeau aux plus riches ?
- 28:00OuverteRéponse directe
Comment comptez-vous lutter contre les violences urbaines et le communautarisme ?
- 0:00OuverteRéponse directe
Quelles sont les raisons profondes de ce rendez-vous aujourd'hui à l'Elysée devant la presse et à travers elle, devant tous les Français ? Quel est ce moment de votre mandat, au regard de vos intentions premières ? Avez vous des regrets ?
- 3:00RelanceRéponse directe
Est-ce que ce que vous avez annoncé ce soir est compatible ? Est-ce qu'on peut baisser les impôts et baisser les dépenses publiques ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00E. MacronFait
« Je crois aux élus. Je crois aux élus de la République parce que l'élu a une légitimité, celle que lui procure l'élection. »
- 5:00E. MacronPromesse
« Nous pouvons le rendre plus représentatif avec une part significative de proportionnelle pour que toutes les familles politiques soient représentées. »
- 10:00E. MacronPromesse
« Je ne veux pas de hausse d'impôts et je veux des baisses pour ceux qui travaillent en réduisant significativement l'impôt sur le revenu. »
- 15:00E. MacronFait
« La réforme de l'impôt sur la fortune menée au début du quinquennat était perçue comme un cadeau fait aux plus fortunés. »
- 25:00E. MacronFait
« Je ne suis pas sûr de parler d'acte, parce que cette terminologie a déjà été prise récemment et renvoie à une autre gymnastique qui se passe plus spécifiquement le samedi. »
- 0:00E. MacronFait
« Je suis arrivé au pouvoir par effraction dans une France "qui était malheureuse et inquiète." »
- 3:00E. MacronFait
« On a fait beaucoup de choses qui ne se voient pas tout de suite, ce qui est assez ingrat, et on a fait parfois peut-être trop lentement certaines choses. »
- 6:00E. MacronFait
« J'ai eu des scènes durant tout ce débat où des gens se mettaient en colère contre moi à cause de la contravention qu'ils avaient prises là, à cause de la situation ubuesque, qui parfois ne relevait même pas de la politique du gouvernement. »
- 9:00E. MacronFait
« Je pense qu'on peut le faire, j'en suis même convaincu, et c'est ce qui est demandé : non seulement sans créer de nouveaux postes de fonctionnaires, mais en tenant aussi certaines exigences. »
- 12:00E. MacronChiffre
« C'est au gouvernement de définir le quantum. Il me semble que si on arrive à baisser, en plus de ce qui a déjà été fait et prévu, d'environ 5 milliards l'impôt sur le revenu, ce sera un geste significatif. »
- 15:00E. MacronFait
« La décision d'en appeler à un référendum, elle est en effet au type de notre Constitution et à la main du président de la République. »
- 21:00E. MacronChiffre
« Le chiffre du plein emploi, c'est les économistes qui le fixent, ça n'est pas un taux. Je pense que le chiffre de 7 %, il est tout à fait atteignable si on continue les réformes et notre stratégie au même rythme. »
- 24:00E. MacronFait
« Il faut supprimer, entre autres, l'ENA, mais pas pour se donner le plaisir de supprimer l'ENA, pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux. »
- 27:00E. MacronFait
« J'ai beaucoup de défauts et on peut toujours faire mieux, mais je ne crois pas avoir été sourd. »
- 0:15E. MacronFait
« Je ne crois pas avoir été sourd. »
- 1:00E. MacronChiffre
« Nous sommes le seul grand pays de l'Union européenne à ne pas avoir gagné la bataille contre le chômage de masse. »
- 13:00E. MacronFait
« J'ai toujours la même prudence quand on parle des Gilets jaunes. »
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
... -E.
Macron : Bonjour à vous. Bonjour. Je vous en prie.
Mesdames, messieurs les membres du gouvernement. Mesdames, messieurs. J'ai souhaité vous rencontrer devant les Français, qui nous écoutent et nous regardent, pour tirer les conclusions du Grand débat national et proposer au pays les orientations du nouvel acte qu'appelle l'attente de nos concitoyens, nouvel acte de notre République.
Que s'est-il passé, au fond, depuis le mois d'octobre dernier dans notre pays ? Une mouvement inédit : le mouvement des Gilets jaunes, qui a dit sa colère, son inquiétude, qui a dit aussi son impatience, que les choses changent plus vite, plus radicalement, et que le peuple français puisse avoir sa part de progrès, dans un monde incertain, et où, il faut bien le dire, il y a eu le sentiment, durant plusieurs années, de plutôt subir des reculs. Ce mouvement s'est ensuite progressivement transformé, tiraillé entre les injonctions contradictoires, la démocratie absolue et permanente d'un côté ou la fascination autoritaire de l'autre, le plus de services publiques tout à fait légitimes, et le moins d'impôts, tout aussi légitimes, mais difficilement compatibles.
Et ce mouvement a ensuite été récupéré, nous l'avons tous vu, par les violences de la société : l'antisémitisme, l'homophobie, les attaques contre les institutions, les journalistes, parfois, les forces de l'ordre. Aujourd'hui, l'ordre public doit revenir avant tout et avec lui, l'indispensable concorde. Mais je ne veux pas que les dérives de quelques-uns occultent les justes revendications portées à l'origine de ce mouvement et profondément soutenues.
C'est pour cela que j'ai apporté une première réponse dès le 10 décembre dernier, une réponse d'ampleur parce qu'elle me paraissait juste et qu'elle était cohérente avec les orientations que nous avions d'ailleurs retenues au début du quinquennat : donner plus de pouvoir d'achat mais plus vite aux classes moyennes et à celles et ceux qui travaillent. C'est aussi pour cela que j'ai voulu ce Grand débat national, exercice inédit dans les démocraties contemporaines, dans lequel je me suis personnellement engagé aux côtés des maires, et qui a permis à plusieurs millions de nos concitoyens de participer. Et je dois dire la grande fierté qui est la mienne d'avoir vu durant ces mois nos concitoyens prendre part à ces débats, dire leur part de vérité, proposer, réfléchir et j'ai moi-même beaucoup appris de notre pays, aux côtés des maires, sur la fonction qui est également la mienne durant ces mois.
J'ai beaucoup appris et cette fierté que j'évoquais m'a convaincu d'une chose : nous sommes avant toute chose les enfants des Lumières et c'est de ce débat, de ces délibérations, de cette capacité à dire et contredire mais dans le respect de l'autre que peuvent naître les bonnes solutions pour le pays et en aucun cas dans l'obscurantisme ou le complotisme. On ne bâtit pas sur la haine de soi, la jalousie de l'autre, mais bien plus dans la juste compréhension de ce que nous sommes et des défis qui sont devant nous. Alors qu'a dit ce mouvement et qu'est-ce que j'ai saisi de ce Grand débat ?
D'abord, on l'a tous entendu, un profond sentiment d'injustice : injustice fiscale, injustice territoriale, injustice sociale. Ce sentiment est là, il est installé, il faut lui apporter une réponse. Ensuite un sentiment de manque de considération : beaucoup de nos concitoyens qui ne se sentent pas respectés dans leur quotidien, dans ce qu'ils vivent par nos institutions, parfois notre organisation collective, nos manières de décider, de faire.
Un manque de confiance aussi dans les élites, toutes les élites, votre serviteur au premier chef, mais l'ensemble de ceux qui sont élus, exercent des responsabilités, représentent, parfois même, cherchent à décrypter l'actualité. Il est difficile de construire quelque chose lorsque la confiance n'est pas rétablie à l'égard de celles et ceux qui doivent être des tiers de confiance ou qui décident dans la société. Un sentiment d'abandon.
Sentiment d'abandon qui se nourrit du fait que de plus en plus de vies de nos concitoyens sont comme oubliées ou inadaptées à l'organisation du monde tel qu'il est, tel qu'il s'est fait. Nous vivons dans une société avec des politiques publiques qui ont largement été pensées au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. La famille a changé, la manière de travailler a changé, nos organisations ont changé, et nous ne l'avons pas totalement vu.
On a découvert, il faut bien le dire, avec beaucoup d'humilité durant ce mouvement, ce qu'on appelle aujourd'hui les familles monoparentales. La plupart du temps, ces femmes seules qui élèvent leurs enfants et travaillent. Très peu de choses sont faites dans la société pour elles, pour ne pas dire rien.
On a vu s'exprimer les enfants victimes de harcèlement à l'école, les personnes vivant en situation de handicap qui ont dit aussi tout ce que la société avait de béances, celles et ceux qui travaillent dans les grandes villes où on a créé l'essentiel des emplois ces 20 dernières années, mais n'ont pas les moyens d'y vivre et habitent parfois à 45 minutes ou une heure de route sans qu'il y ait de transport collectif. On n'avait pas non plus conçu de politique publique pour eux, et donc il y a comme des plis de la société qui se sont en quelque sorte révélés, des angles morts, ces vies un peu oubliées de nos politiques publiques, de beaucoup de nos discours qui ont dit : "Moi je participe, je travaille, je vis mal malgré ce travail, "et je veux non seulement qu'on me reconnaisse "mais qu'on apporte des solutions concrètes à ma vie." Et évidemment je n'oublie pas, parmi ces quelques portraits chinois que je viens de brosser, les retraités modestes, dont j'ai un moment cru moi-même que leurs protestations n'étaient pas totalement légitimes, "Vous me parlez de la CSG, "regardez c'est quelques euros par mois", mais qui vivent aujourd'hui avec l'angoisse de parfois devoir aider les générations suivantes qui ne s'en sortent pas totalement, de devoir subvenir aux besoins de leurs propres aînés qui vivent encore et sont en dépendance et qui voient devant eux ce que va coûter la maison de retraite, l'EHPAD, entre 1 800 et 2 000 E par mois, là où leur retraite est à 1 300 euros, et qu'ils ont travaillé toute leur vie.
Ces cas concrets se sont dits à nous, se sont exprimés, et ont nourri ce sentiment d'abandon. Enfin, c'est la peur des grands changements : le climat, avec son urgence, mais aussi son lot d'inquiétudes, parce qu'il faut changer des habitudes prises pour se déplacer, produire, l'immigration, le numérique, le déclassement social, le vieillissement, que je viens rapidement d'évoquer. Alors face à toutes ces inquiétudes qui se sont exprimées, ces sentiments que je voulais rassembler pour dire un peu ce que j'avais compris et entendu : est-ce qu'il faudrait tout arrêter de ce qui a été fait depuis 2 ans.
Je me suis posé la question : est-ce qu'on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire. je crois que les transformations en cours et les transformations indispensables à faire dans notre pays ne doivent pas être arrêtées parce qu'elles répondent profondément à l'aspiration de nos concitoyens.
Elles n'ont pas été suffisamment rapides à l'endroit de certains, pas suffisamment radicales, pas suffisamment humaines, je vais y revenir, mais je pense très profondément que les orientations prises durant ces deux premières années, à bien des égards, ont été justes. Mettre l'école, le mérite, le travail, au coeur de notre ambition était indispensable. Décider à investir, produire davantage, pour redevenir une nation forte en menant toutes les réformes nécessaires pour cela était indispensable aussi pour pouvoir financer la solidarité ensuite qu'on veut pouvoir se payer.
Moderniser notre économie, réduire nos déficits publics, réarticuler une vraie ambition européenne face à toutes ces menaces étaient, je le crois très profondément, de bonnes orientations. Je crois donc que ces fondamentaux des 2 premières années doivent non seulement être préservés, poursuivis et intensifiés. Et d'ailleurs les premiers résultats sont là, au moment même où nous vivons cette crise : nous recréons des emplois, plus de 500 000 durant ces 2 1res années, y compris dans le secteur industriel où, depuis plus de 10 ans, nous étions en train de détruire constamment des emplois en France.
Les investissements repartent et continuent de repartir et pour la 1re fois depuis bien longtemps, en ce moment même, notre croissance est supérieure à celle de bien de nos pays voisins. Donc les résultats commencent à être là. Alors la réponse n'est pas dans le reniement, mais je crois dans la définition plus profonde d'une nouvelle ambition, dans la réponse aux questions profondes que se pose notre pays et que se posent d'ailleurs nombre d'autres démocraties dans le monde, qui vivent partout des crises qui se traduisent de manière différente, qui sont des crises de l'efficacité, de la représentation.
D'abord face au sentiment d'injustice, nous devons apporter une réponse qui place l'homme au coeur de notre projet, bien davantage que nous ne l'avons fait. Notre projet national doit être plus juste, plus humain, afin de rassembler et de réunir. Et face aux grands changements il nous faut retrouver, par le projet national et européen, la maîtrise de notre destin et de nos vies.
Je crois que ce à quoi aspire très profondément le peuple français, c'est de comprendre pourquoi on décide les choses, qu'on puisse en tant que gouvernants dire à un moment, "Nous ne sommes pas d'accord", de ne pas tout subir ou d'avoir le sentiment qu'on s'adapte constamment au cours du monde. Alors ce nouveau temps, de cette mandature et de notre République, je veux lui assigner un objectif simple : redonner une espérance de progrès à chacun, en demandant à chacun le meilleur de lui-même. Et c'est ainsi que nous pourrons reconstruire ensemble très profondément ce que j'appellerais "l'art d'être Français", qui est une manière très particulière d'être ce que nous sommes.
L'art d'être Français, c'est à la fois être enraciné et universel, être attaché à notre histoire, nos racines, mais embrasser l'avenir. C'est cette capacité à débattre de tout en permanence et c'est, très profondément, décider de ne pas nous adapter au monde qui nous échappe, de ne pas céder à la loi du plus fort, mais bien de porter un projet de résistance, d'ambition, pour aujourd'hui et pour demain. Et pour ce faire, il y a 4 orientations que je voulais brosser ce soir devant vous avant de répondre à vos questions et qui sont, en quelque sorte, celles sur lesquelles je veux construire cette nouvelle étape.
La 1re orientation, c'est de changer, beaucoup plus en profondeur et rapidement, notre démocratie, notre organisation, notre administration. Au fond, le sentiment de beaucoup de nos concitoyens, c'est comme ça que je l'ai entendu, c'est de dire : "Vous nous avez demandé des changements à nous, "mais vous avez très peu changé. Vous vous êtes toujours "avec les mêmes, organisés de la même manière, "on n'a rien vu bouger." Ce n'est pas faux.
Alors, sur le plan démocratique, les citoyens veulent être mieux représentés, participer davantage, avoir, au fond, une organisation plus efficace. Là-dessus, on a vu fleurir beaucoup de débats. Et je veux dire, très franchement, après avoir beaucoup écouté et réfléchi, où je me situe.
Je crois aux élus. Je crois aux élus de la République parce que l'élu a une légitimité, celle que lui procure l'élection. Si on se met à dire, quand il s'agit des décisions de la cité, l'avis d'un citoyen est aussi importante que celle du maire, elle l'est en tant que citoyen mais le maire est allé à l'élection.
Il a obtenu une légitimité. Et donc je pense qu'il faut consolider cette place de nos élus dans la République sinon il n'y a plus de décision possible, plus d'arbitrage qui se forme. Et au 1er chef, les maires, qui sont le visage, le quotidien de la République à portée, parfois "d'engueulades", si vous m'autorisez cette expression, de remerciements et d'attachement aussi et qui sont essentiels.
Je veux conforter leur rôle par un statut digne de ce nom, simplifier les règles qu'ils ont parfois subies lorsque le pouvoir, les responsabilités se sont par trop éloignés sans qu'ils l'aient choisi. Mais la démocratie représentative est aussi essentielle et je ne veux pas que de cette crise, le rôle du Parlement ne soit, en aucun cas, fragilisé. Cependant, nous pouvons l'améliorer.
Nous pouvons le rendre plus représentatif avec une part significative de proportionnelle pour que toutes les familles politiques soient représentées, toutes les sensibilités, en limitant aussi le nombre de mandats dans le temps. Nous pouvons le rendre plus efficace, et je fais confiance aux assemblées pour renforcer leur contrôle indispensable, pour avoir aussi des procédures plus rapides, plus adaptées aux contraintes actuelles et aux attentes de nos concitoyens. L'efficacité, c'est aussi la réduction du nombre de parlementaires, comme je m'y étais engagé, et qui est beaucoup revenue dans le débat.
Mais nos citoyens veulent participer davantage, au-delà de ce que je viens de dire sur les élus et de notre démocratie représentative, et plusieurs questions ont émergé qu'il faut considérer. D'abord, la question du vote obligatoire, qui est souvent revenue. Je ne retiendrai pas cette option.
Je ne la retiendrai pas pour deux raisons. La 1re, c'est que je ne crois pas qu'on répond à la crise démocratique par la contrainte. Je ne crois pas que lorsqu'il y a de la désaffection pour une élection et du désintérêt, on y répond en rendant la chose obligatoire.
On y répond en redonnant du sel à la vie démocratique et à cet égard, la période que nous vivons, je le crois, est une partie de la solution. Ensuite, c'est qu'une fois qu'on a mis l'obligation quand je regarde nos voisins, il est très dur de la faire respecter. Généralement, elle n'est pas suivie.
Est-ce qu'on met des amendes ? C'est très dur. Alors, certains proposent de priver leurs droits civiques ceux qui ne vont pas voter.
C'est un peu étrange, en tout cas, ça éloigne encore davantage du civisme et de la vie politique, ceux qui ne se rendraient pas à cette obligation. Je n'y crois pas. Ensuite, il y a la question du vote blanc.
C'est une question qui, depuis longtemps, travaille notre démocratie. Elle n'est pas négligeable et à juste titre. Les gens qui votent blanc nous disent : "Je veux être entendu.
Je veux que ce soit pris en compte". Est-ce qu'il faut lui donner une reconnaissance particulière ? J'ai, à un moment, été tenté par cette option, j'y ai beaucoup réfléchi et je ne la retiendrai pas.
Je ne la retiendrai pas parce qu'au fond, la crise de notre démocratie est aussi une crise d'efficacité et de capacité à prendre les décisions. Alors, on peut avoir des projets dont aucun ne nous plaît totalement à une élection, mais on doit choisir parfois le moindre mal ou le mieux possible, et ce choix est important, parce que dans les moments difficiles de la démocratie, il faut prendre des options et il faut choisir et je sais une chose : quand on vit une période difficile, blanc ça ne décide pas. Blanc c'est l'agrégation des rejets, des refus.
C'est trop facile. Moi, je veux bien être le candidat du blanc. On a toutes les voix, dans la période que nous vivons, mais blanc ne résoudra aucun problème.
Monsieur X, Mme Y oui ! Qu'on soit d'accord ou pas. Enfin, il y a eu la question du référendum d'initiative citoyenne.
Tel qu'il est proposé, il me semble remettre en cause la démocratie représentative, mais je crois malgré tout que nous devons donner plus de place à la voie référendaire dans notre démocratie. Et ce que je souhaite, c'est que dans le cadre de notre réforme constitutionnelle, nous puissions aller plus loin sur le référendum d'initiative partagée, qui a été créé il y a maintenant 11 ans dans notre constitution, en en simplifiant les règles, en permettant que l'initiative puisse venir de citoyens, un million de citoyens qui signeraient une pétition et qu'elle puisse prospérer en projet de loi et si elle n'était pas examinée par les assemblées, aller au référendum. Je crois que c'est une bonne voie qui respecte la démocratie représentative, mais qui permet à un million de citoyens qui se rassemblent de pousser le parlement à discuter d'un texte ou bien d'aller au référendum.
Je souhaite ensuite, qu'au niveau local, on puisse renforcer le droit de pétition. Au niveau local en définissant une forme de droit d'interpellation des élus au-delà d'un certain seuil qui sera à définir, les citoyens doivent pouvoir obtenir d'inscrire un sujet à l'ordre du jour d'une assemblée locale. Là aussi je pense que c'est important et ça permet d'articuler la place légitime des élus.
Mais ce que les citoyens peuvent vouloir amener dans le débat public et voir pleinement reconnu. Enfin, je souhaite que cette place de nos concitoyens dans notre démocratie ainsi revitalisée, puisse aussi se faire par la réforme que nous devons conduire du Conseil économique social et environnemental. Ce Conseil existe depuis la Constitution de 1958.
Et c'est une présence qui a des antériorités pour représenter la société civile. Nous en réduirons le nombre, mais à côté des grandes forces vives, économiques, sociales, associatives, qui y sont présentes et qui portent les grands sujets, je souhaite que l'on puisse avoir des citoyens tirés au sort qui viennent compléter cette assemblée et qui permettra à celle-ci de représenter pleinement la société dans toute sa diversité et sa vitalité. Et je souhaite que ce conseil de la participation citoyenne ainsi refondé puisse reprendre l'ensemble des compétences de consultation qui sont émiettées entre plusieurs comités parfois devant lesquels nos lois doivent passer, qui sont souvent peu claires pour nos concitoyens qui créent beaucoup de complexité administrative.
Je propose que cette réforme constitutionnelle ainsi simplifiée, clarifiée, repensée, puisse être soumise par le gouvernement au Parlement à l'été. Je fais confiance à l'Assemblée nationale et au Sénat pour qu'elle puisse, dans les meilleurs délais, prospérer et être pleinement effective. Mais sans attendre, dès le mois de juin, nous tirerons au sort 150 citoyens pour constituer ce début de conseil de la participation citoyenne.
Ce sera organisé au CESE actuel avant sa réforme. Et nous commencerons à innover avec ce nouveau travail qui, je crois, répond aux aspirations profondes et permet de mobiliser l'intelligence collective de manière différente. Nous devons ensuite changer de méthodes d'organisation de notre République.
Ce qui s'est exprimé très profondément, c'est un besoin de proximité, d'enracinement de l'action que nous devons conduire dans beaucoup de domaines. Et j'ai pleinement conscience que la politique que nous avons parfois menée a été perçue comme lointaine, parfois trop froide, venant de Paris et donc technocratique. C'est parfois injuste, c'est parfois vrai.
En tout cas, il faut le regarder en face. Et donc je souhaite que nous puissions ouvrir un nouvel acte de décentralisation adapté à chaque territoire. Les Français ont confiance dans leurs élus locaux, et ce nouvel acte de décentralisation doit porter sur des politiques de la vie quotidienne : le logement, le transport, la transition écologique, pour garantir des décisions prises au plus près du terrain.
Ce nouvel acte de décentralisation devra s'appuyer sur quelques principes simples. D'abord : responsabilité, lisibilité et financement. Quand je regarde nos décentralisations passées, elles sont tout sauf claires et elles n'ont pas permis ni de faire de véritables économies ni d'avoir une culture de la responsabilité démocratique.
On a souvent transféré des bouts de compétences avec une partie des financements qui allaient avec. L'Etat a gardé une partie de ses compétences, ce qui crée un imbroglio absolument terrible, mais surtout on n'a jamais transféré la responsabilité démocratique qui va avec. Jamais.
Et donc on a parfois transféré des compétences, mais quand les ennuis sont là, c'est toujours l'Etat, ce qui est un peu simple. Et donc une vraie République décentralisée, c'est des compétences claires qu'on transfère totalement en supprimant les doublons. On transfère clairement les financements mais on transfère clairement la responsabilité démocratique, et la question que nous devons nous poser, c'est à quelle élection on vote pour quoi.
Moi je suis convaincu que sur les sujets que j'évoquais, le logement quotidien, le transport, beaucoup de sujets de la vie quotidienne, quand on vote pour le président de la République on ne vote pas pour cela. Quand on décide de la politique sociale de la nation, c'est pas au moment où on vote pour le conseil départemental. Or, aujourd'hui, ce sont des compétences des départements.
Vous voyez qu'il y a une perte de repères et de clarté démocratique dans le système tel qu'il fonctionne aujourd'hui. Donc, nous devons là-dessus profondément refonder notre modèle. Mais je souhaite qu'il puisse y avoir un geste de décentralisation extrêmement clair.
Et avec celui-ci, un principe de différentiation territoriale. Nous avons commencé à le pratiquer avec le gouvernement en signant des contrats ad hoc, collectivité par collectivité. Mais pour répondre aux défis de nos outremers, qui sont très spécifiques, pour répondre aux défis de l'insularité et la montagne que connaît la Corse mais que des régions comme la Normandie ou l'Occitanie vivent, qui peuvent être différentes, on doit différencier, adapter nos règles, notre organisation, trouver plus de liberté.
Nous avons commencé à le faire, nous devons aller plus loin, et c'est aussi un des éléments de l'indispensable réforme constitutionnelle qui est devant nous. Cette réforme, cet acte de décentralisation, devra aboutir pour le premier trimestre 2020. L'Etat lui-même, l'ensemble de ce qui est en quelque sorte la présence de la nation sur le terrain doit aussi savoir s'adapter dans ce contexte : recréer de la proximité, être accessible à tous dans tous les territoires, qu'il s'agisse des territoires ruraux ou des quartiers politiques de la ville comme des métropoles.
Sur le terrain, on a besoin de fonctionnaires, de médecins, d'instituteurs, de professeurs, d'artistes, de toutes celles et ceux qui font vivre la nation. J'aurai progressivement à redéfinir un nouveau pacte territorial, et nous avons commencé à l'esquisser : un agenda rural arrive qui permettra de l'ancrer dans notre ruralité. Mais nous devons, sur ce point, remettre de la présence de services publics, assurer l'accès aux services publics à moins de 30 minutes, avec un accompagnement personnalisé pour les démarches de la vie quotidienne, assurer l'accès aux soins pour tous en luttant contre les déserts médicaux, ce qui est au coeur du projet de santé qui est en cours de discussion au Parlement, et ne plus avoir d'ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures ni d'hôpitaux ni d'écoles sans l'accord du maire.
Ca ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de réorganisation. On le sait très bien. Elles sont parfois indispensables.
Ca veut dire qu'il n'y aura plus de disparitions, comme on l'a aussi trop vécu. Mais nous devons, dans le cadre de ce nouveau projet territorial, également développer les projets patrimoniaux, culturels qui, sur le terrain, font vivre. Nombre de ces territoires sont portés par nos artistes, nos associations et sont au coeur de la vitalité de ces derniers et ce que vivent nos concitoyens.
Nous allons aussi développer des campus connectés pour les études universitaires dans les villes moyennes, ce qui est au coeur de cette ambition territoriale. Et ce que je veux, à travers ce nouveau projet pacte territorial, c'est réconcilier la métropole, la ville moyenne et le rural, car ce sont des mêmes projets qu'il faut faire émerger dans ces espaces qu'on a trop longtemps divisés. Ce qui veut dire que l'Etat lui-même doit repenser son action sur le terrain.
Je le disais, en cessant la fermeture des services publics, mais en ayant une autre approche de sa présence au territoire. Nous avons trop de monde à Paris, et je l'ai souvent dit dans les débats, et on le perçoit, il y a trop de monde à Paris qui prend des décisions ou décide des règles sans jamais voir les problèmes ou les gens et il n'y a plus assez de monde sur le terrain à régler les problèmes concrets de nos concitoyens, de nos entreprises et de nos associations. Donc, je veux qu'on remette plus de fonctionnaires sur le terrain qui apportent des solutions, contrairement à la tendance, depuis plusieurs décennies, et qu'on supprime plus de postes en administration centrale.
Avec cela, le Premier ministre, dès le mois prochain, aura à présenter une profonde réorganisation de notre administration qui vise à donner plus de pouvoirs et de responsabilités au terrain, à ceux qui sont au contact de ces réalités. Et je veux que dans chaque département, on ait maintenant une grande clarté autour du préfet avec tous les services de l'Etat ainsi coordonnés, qui puissent répondre aux aspirations du territoire, des élus. Et je veux que dans chaque canton, d'ici à la fin du quinquennat, nous ayons, pour tous nos concitoyens, un endroit où on puisse trouver réponse aux difficultés qu'on rencontre.
On a commencé à développer ces maisons de services au public. Quand je regarde ce qui se fait ailleurs, les Canadiens sont toujours très inspirants. Je veux qu'on mette en place quelque chose qui ressemble un peu à ce qu'ils ont fait, cette maison qui s'appellerait "France Service", où dans chaque canton, en moyenne, on pourrait avoir un lieu où sont regroupés l'accueil pour le public de services de l'Etat, mais on propose aux collectivités locales d'y être aussi présentes et à tous les opérateurs, parce que pour nos concitoyens, c'est devenu illisible quand ils ont un problème, de savoir s'il faut aller à la CAF, à Pôle emploi ou si c'est la préfecture ou si c'est la mairie et la Mission locale.
La simplicité, c'est la vraie protection, c'est la vraie protection et c'est le vrai service au public. Enfin, cette transformation de ce que nous sommes, de notre organisation, suppose une réforme de notre haute fonction publique. J'ai vu que des rumeurs ces derniers temps avaient beaucoup animé les discussions sur ce sujet.
Il ne s'agit pas de supprimer telle ou telle chose pour en faire des symboles. Non. Le gouvernement s'est engagé dans une réforme profonde des règles de la fonction publique pour le bien des fonctionnaires, c'est une très bonne chose.
Mais notre haute fonction publique pourrait être tenue à l'écart d'une modernisation indispensable. Nous lui devons beaucoup. Elle a bâti ce que nous sommes, elle a pris beaucoup de responsabilités et je suis profondément attaché au modèle méritocratique, un élitisme républicain qui fait qu'on attire dans l'Etat les meilleurs pour pouvoir régler les problèmes les plus complexes.
Néanmoins, des changements sont à faire. En termes de recrutement, d'abord. Est-ce que notre haute fonction publique ressemble à la société que nous sommes ?
Non. Ce n'est pas vrai. Elle ne lui ressemble pas.
Et dans notre recrutement, notre formation, nous avons plutôt reculé, durant ces dernières décennies, par rapport à la situation du début de la Ve République. Ce ne sont plus des filières méritocratiques où quand on vient d'une famille d'ouvriers, de paysans, d'artisans on accède facilement à l'élite de la République. Ca n'est plus si vrai.
C'est vrai pour les grands-parents et arrière-grands-parents, plus si vrai pour les parents. Il faut s'interroger : le mode de recrutement crée un biais. Ensuite la formation qui y est dispensée.
J'ai été touché, ému, en tant qu'ancien haut fonctionnaire, du soutien massif que beaucoup ont apporté. Enfin néanmoins les mêmes qui apportent le soutien disent depuis des décennies : "C'est un mot, la pensée unique. "La haute fonction publique nous a parfois emmenés "dans l'ornière, c'est terrible." C'est pas totalement faux non plus.
Il se peut que j'aie cotisé moi-même. Si on veut que les hauts fonctionnaires soient formés différemment, il faut repenser la formation, qu'elle soit plus ouverte au monde académique, à la recherche, à l'international, qu'il y ait dans le parcours plus d'expériences de terrain, qu'elle soit sans doute plus ouverte aussi au monde universitaire et à ce qu'il apporte, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Et enfin, il y a la gestion des carrières de notre haute fonction publique.
Aujourd'hui, quand on a réussi les bons concours, on est garanti d'un succès ou d'une protection à vie. Est-ce que c'est totalement juste et est-ce que c'est totalement bénéfique ? Non.
Nous devons gérer très différemment les carrières de nos hauts fonctionnaires, avoir davantage de passerelles tout au long de la vie professionnelle pour permettre, avec des règles de déontologie extrêmement strictes, à des gens qui viennent du privé et du monde associatif, d'intégrer la haute fonction publique à différents moments. Mais on doit aussi mettre à l'épreuve les jeunes hauts fonctionnaires. Ils ne peuvent pas tout de suite accéder aux postes suprêmes et être garantis de ne jamais les quitter.
Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps. Je pense que nous avons besoin de services d'excellence, de filières d'excellence, nous n'avons plus besoin de protections à vie, et elles ne correspondent plus à notre capacité à attirer les talents ou même à les garder. Sur ce sujet, nous mandaterons dès demain monsieur Thiriez qui aura à proposer au gouvernement des réformes ambitieuses sur la base de ce que je viens de dire.
La 2e orientation que je souhaite poursuivre pour les prochaines années, c'est de remettre l'humain et la justice au coeur du projet national. Nous l'avons tous entendu, et je l'évoquais, il y a un sentiment d'injustice, et d'abord d'injustice fiscale, qui est là. Alors, il s'est exprimé face à l'évasion fiscale, qui est une réalité, ou l'optimisation fiscale excessive, et cette réalité d'évasion de l'impôt mine l'adhésion à l'impôt.
Alors, je crois très profondément que sur ce sujet, le gouvernement et le Parlement ont fait beaucoup de choses : des lois très importantes permettant de revenir sur ce qu'on appelle le verrou de Bercy, introduisant des règles de déchéance civique, dans certains cas, ont été prises, mais il faut lever toute forme de soupçons. Aussi vais-je confier à la Cour des comptes, la mission d'évaluer précisément les sommes qui échappent à l'impôt et de proposer des mesures précises pour qu'en France, chacun respecte les mêmes règles. Si nous pouvons aller plus loin, nous le ferons sur ce sujet.
J'ai aussi entendu combien la réforme de l'impôt sur la fortune menée au début du quinquennat était perçue comme un cadeau fait aux plus fortunés et comme une vraie injustice fiscale. C'est vrai. C'est exprimé partout et largement.
Je veux d'abord dire que cette réforme n'a pas été la suppression de l'impôt sur la fortune. Elle a conduit à créer un impôt sur le patrimoine immobilier qui continue, au même taux, à taxer les détentions immobilières de nos concitoyens, mais elle a supprimé la partie du patrimoine qui était investie dans l'économie. Pour faire quoi ?
Pour encourager l'investissement en direction de l'économie réelle, de la recherche, des usines, de la production, parce que s'il n'y a pas d'investissement national, il n'y a pas d'économie au alors il y a une économie qui se vend aux investisseurs étrangers, et notre pays y est ô combien sensible. Cette partie de la réforme, je juge de mon devoir de la défendre, et elle relève du simple pragmatisme. Mais comme une réforme pragmatique elle sera évaluée en 2020.
Nous regarderons son efficacité. Si elle n'est pas efficace, nous la corrigerons. Si elle est trop large, qu'elle a des effets pervers, ils seront corrigés.
Mais je le dis très clairement : c'est une réforme pour produire, pas un cadeau pour les plus fortunés. Et il me semble que la meilleure orientation pour répondre au besoin de justice fiscale n'est pas d'augmenter les impôts de tel ou tel, non, mais plutôt de baisser les impôts du maximum de nos concitoyens, en particulier, de toutes celles et ceux qui travaillent, au 1er chef, des classes moyennes. Celles et ceux qui travaillent, qui payent l'impôt sur le revenu, ont été largement mis à contribution durant les dernières décennies.
Je serai donc simple : je ne veux pas de hausse d'impôts et je veux des baisses pour ceux qui travaillent en réduisant significativement l'impôt sur le revenu. Enfin ces baisses, il faut expliquer comment on va les faire et comment on les finance. J'ai donc demandé au gouvernement de mettre en oeuvre cette baisse d'impôts en la finançant par la suppression de certaines niches fiscales pour les entreprises, la nécessité de travailler davantage et des réductions de notre dépense publique.
Nous pouvons faire aussi bien en dépensant moins et donc supprimer nombre d'organismes inutiles. Alors, nous pourrons rendre aux classes moyennes très légitimement ces parts de réforme. Mais les inégalités, quand je regarde la situation de notre pays, les vraies inégalités ne sont pas fiscales.
Nous avons un système fiscal qui corrige déjà énormément les inégalités, beaucoup plus que dans d'autres pays et que dans la plupart des autres pays. Nous avons un système fiscal qui met déjà largement à contribution les classes moyennes et les classes les plus aisées. Non.
Les vraies inégalités sont les inégalités d'origine, les inégalités de destin, les inégalités à la naissance. C'est ça, les vraies inégalités françaises, et qui ne se sont pas améliorées, quant à elles. Aussi pour traiter de ce sujet, il faut agir dès la petite enfance.
Le gouvernement a commencé à apporter des réponses à travers ce qu'on a appelé "le plan pauvreté". Je crois qu'il faut aller beaucoup plus loin. Certains états européens nous donnent l'exemple.
Je regarde la Finlande faire, elle investit massivement dans la petite enfance. Les 1000 premiers jours de vie d'un citoyen français sont décisifs, sur le plan affectif, sur le plan cognitif. C'est là qu'on construit parfois le pire et qu'on peut bâtir le meilleur.
Nous devons avoir, construire, imaginer, beaucoup plus loin que ce qu'on a fait que jusqu'alors. Ensuite, c'est l'éducation. Donner à chacun les mêmes chances pour réussir et donner les moyens de mieux enseigner.
Depuis 2 ans, c'est ce que nous avons largement commencé à faire. Là aussi, je souhaite que nous puissions aller plus loin. Et j'ai demandé au gouvernement d'y travailler, de pouvoir étendre le dédoublement des classes qui fonctionne et il y a déjà de très bons résultats dans les quartiers défavorisés, et de l'étendre à la grande section de maternelle, mais de pouvoir, dans toutes les écoles de la République, de la grande section de maternelle au CE1, avoir des classes à taille humaine, c'est-à-dire qui ne dépassent jamais 24 élèves.
C'est une vraie organisation, un vrai travail, une transformation en profondeur. Mais c'est le moment où on apprend à lire, à écrire, à compter, à bien se comporter, il est absolument essentiel, et c'est un investissement dans nos enfants dans lequel je crois profondément. Ensuite, par ce biais, nous devons rendre notre école plus accueillante, bienveillante, à l'égard de celles et ceux qui jusqu'alors, trop souvent, n'y avaient pas leur place.
Les décrocheurs scolaires, les enfants en situation de handicap. Là aussi, beaucoup de choses ont été faites. On doit aller beaucoup plus loin, c'est indispensable, à la fois pour ce que doit être notre République, mais pour la réussite de chacun.
Et puis enfin, cela suppose de mieux former les professeurs, de rendre leurs carrières plus attractives. Et donc, dès à présent, de progressivement rebâtir, revaloriser ce métier essentiel à la République et à la vie de la nation, qu'est l'enseignant, le professeur, le maître. La République s'est construite comme ça.
Et de toute façon, en vue de la réforme des retraites que nous aurons à conduire, il faudra revoir en profondeur et revaloriser cette profession. Il faut donc que nous enclenchions cette stratégie dès à présent. Ce même investissement, nous allons le poursuivre dans l'enseignement supérieur en développant massivement les formations professionnelles courtes, en donnant accès, partout sur le territoire, à une large offre de formation de premier cycle, et en construisant un système de formations supérieures tout au long de la vie et plus simplement, une formation initiale.
Par les réformes que nous avons portées, par les investissements que nous sommes en train de faire, souvent aux côtés des régions, des branches professionnelles. C'est un changement profond de la formation tout au long de la vie, qui est en train d'être faite sur notre territoire. Cet investissement dans l'école, dans l'université, dans le savoir, c'est la 1re politique de lutte contre les injustices dans notre pays.
La deuxième, c'est le travail. Le travail et le mérite. Là aussi, beaucoup de choses ont été faites, je n'y reviendrai pas.
Des réformes essentielles dès le début du quinquennat, un investissement massif à l'endroit des jeunes décrocheurs comme des demandeurs d'emploi peu qualifiés. 15 milliards d'euros, avec des 1ers résultats, comme je l'évoquais à l'instant, une politique résolue d'aide aux entreprises pour les pousser à investir et à embaucher, de simplification, avec encore une loi récente. Mais là aussi, nous devons aller plus loin et corriger les injustices qui existent encore, au moins à deux égards.
La 1re, et j'ai demandé au gouvernement de le porter dès cet été, par la réforme la plus ambitieuse possible de notre système d'assurance chômage. C'est un devoir, c'est une justice, c'est bâtir les droits et devoirs pour les entreprises et les demandeurs d'emploi. Et c'est un levier profond de retour à l'emploi et de lutte contre les injustices qui parfois existent dans notre pays.
Ensuite, c'est en luttant de manière beaucoup plus efficace contre les injustices qui parfois existent encore dans l'accession à l'emploi. Et ça rejoint ce que je vous disais tout à l'heure sur ces vies oubliées ou ces sentiments d'oubli que beaucoup de nos concitoyens ont exprimé. Quand on est jeune et qu'on vit dans une famille modeste et une petite ville de province, il est parfois très dur d'obtenir un contrat en apprentissage de son 1er emploi parce qu'il n'est bien souvent pas proposé dans la ville où on est.
Et nous n'avons pas pensé les politiques pour accompagner ce jeune soit pour se loger soit pour se déplacer là où il obtient un emploi. On doit le faire et le systématiser. Lorsqu'on est une mère seule qui élève ses enfants, que Pôle emploi vous trouve un travail, souvent, le frein, je dis "souvent", mais c'est parfaitement mesuré, c'est la garde des enfants.
Et là aussi, les réponses, elles sont incertaines, elles sont au gré de l'entreprise. Dans les grandes entreprises, souvent on propose des solutions. Dans beaucoup d'autres, ce n'est pas le cas.
On doit là aussi à Pôle emploi, comme dans les conventions que les partenaires sociaux ont à bâtir, trouver des solutions pour corriger cette injustice. Et enfin, il y a les déplacements : lorsqu'on travaille à 1 h de l'endroit où on habite, lorsqu'on propose un emploi à 1 h de l'endroit où on habite, bien souvent c'est un frein, et c'est un frein parce qu'on doit se déplacer à ses frais et parce que ni Pôle emploi ni l'employeur n'ont apporté des solutions concrètes pour vous accompagner au quotidien. Il faut que nous répondions à ces sujets très concrets.
Et pour ce faire, je souhaite que nous travaillions de manière large. Je souhaite que les partenaires sociaux, les associations, les élus, puissent travailler ensemble avec le gouvernement sous l'autorité du Premier ministre et puissent proposer, d'ici à septembre, des solutions concrètes. Le Premier ministre réunira dans les prochains jours l'ensemble de ces parties prenantes pour cette mobilisation générale pour le travail, l'emploi, et ses grandes transitions.
Et bien entendu, il faut aussi, si on veut corriger ces injustices que le travail paye. C'est ce qui est attendu. Et nous l'avons beaucoup entendu.
Là-dessus, nous avons aussi fait beaucoup : les baisses de cotisations, la défiscalisation des heures supplémentaires, la prime d'activité largement augmentée. Il nous faut aller plus loin, avec les baisses d'impôt sur le revenu que j'évoquais à l'instant, avec aussi une meilleure association des salariés aux résultats de l'entreprise, par la réforme de l'intéressement et de la participation qui vient d'être conduite, par la répétition, cette année, de la prime exceptionnelle, sans charges ni impôts, décidée l'année dernière dans le cadre de l'intéressement des entreprises, si elle décide d'apporter 1 000 euros de plus. C'est aussi par le revenu universel d'activité, que nous devons créer dans les prochains mois, pour tourner vraiment nos prestations sociales vers l'incitation à la reprise d'un emploi.
Puis dire que le travail paye, c'est aussi dire que le travail qui a été fait doit payer. Et là-dessus, je dois dire que les décisions que nous avons prises à l'automne non seulement ont été mal comprises, elles ont été bien comprises mais mal vécues. Elles ont été vues comme injustes et elles doivent donc être corrigées.
C'est pourquoi, au 1er janvier prochain, je souhaite que nous réindexions les retraites de moins de 2 000 euros, et qu'il n'y ait plus de sous-indexation de quelque retraite que ce soit, à partir de l'année 2021. Je pense qu'il faut rebâtir cette clarté, cette lisibilité, pour nos retraités. La 3e orientation que je souhaite donner, c'est face aux peurs que j'évoquais tout à l'heure, d'assumer la clarté, la force, d'un investissement dans les grandes transitions pour bâtir la confiance.
Nous sommes face à des défis, des grands changements, et ils suscitent de la crainte parce que nous sommes comme à mi-guet : on prend beaucoup de décisions, mais elles ne sont pas suffisamment lisibles. La 1re de ces transitions, la plus urgente, la plus impérieuse, c'est évidemment le climat. Le climat doit être au coeur du projet national et européen.
L'état d'urgence climatique, il est là, notre jeunesse nous le dit à chaque instant. Et nos concitoyens veulent agir. Ils agissent déjà au quotidien, ils veulent qu'on les aide à aller plus loin, qu'on les accompagne, qu'on les aide à trouver des solutions concrètes, mais il y a une conscience citoyenne sur ces sujets qui s'est profondément transformée ces dernières années, qui va beaucoup plus vite que nombre de politiques publiques.
Alors beaucoup a été fait ces 2 dernières années. Je pourrai y revenir en répondant à vos questions. Dès la semaine prochaine, nous irons plus loin en matière de politique énergétique.
Puis dans les semaines à venir, en matière d'économie circulaire pour lutter contre toutes les formes de gaspillage. Mais je veux qu'on puisse changer plus fortement de méthode pour répondre plus concrètement et de manière plus radicale aux attentes. Changer de méthode, c'est d'abord utiliser davantage l'intelligence collective sur ce sujet.
On a beaucoup de solutions, je l'ai souvent dit, mais elles sont souvent trop complexes pour nos concitoyens, pas utilisées, peu connues, peu adaptées, qu'il s'agisse des aides pour changer la chaudière, pour changer de véhicule...
C'est en train de s'améliorer, mais enfin, il y a beaucoup à faire. C'est pourquoi la convention citoyenne de 150 citoyens tirés au sort dès le mois de juin aura pour 1re mission de travailler sur ce sujet, de redessiner toutes les mesures concrètes d'aides aux citoyens sur la transition climatique, dans le domaine des transports, de la rénovation des logements, qu'il s'agisse de l'isolation ou du chauffage, pour les rendre plus efficace, de définir, si besoin était, d'autres mesures incitatives ou contraignantes et, si besoin était, de définir aussi des ressources supplémentaires et de proposer des financements pour ce faire. Ce qui sortira de cette convention, je m'y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du Parlement, soit à un référendum, soit à application réglementaire directe.
Et puis le 2e changement de méthode, c'est que je veux que nous mettions en place un Conseil de défense écologique qui réunira le Premier ministre, les principaux ministres chargés de cette transition, les grands opérateurs de l'Etat, que je présiderai de manière régulière, pour, à la fois, prendre les choix stratégiques et mettre au coeur de toutes nos politiques cette urgence climatique et m'assurer du suivi dans tous les changements ministériels lorsqu'une orientation est prise. Enfin, la réussite de cette transition, elle passe par notre ambition européenne, c'est-à-dire notre capacité à défendre au niveau européen, enfin, à obtenir un prix minimum du carbone, une taxe carbone aux frontières et une finance verte plus ambitieuse. Là aussi, je pourrai y revenir si vous avez des questions.
Mais au-delà du sujet climatique, sur toutes les grandes transformations que j'évoquais, au fond il nous faut bâtir, et c'est la tâche que j'assigne au gouvernement, un agenda 2025 pour donner de la visibilité à chacun. Depuis 2 ans, énormément de choses ont été faites : pour notre agriculture après des états généraux nourris, et pour avoir une stratégie alimentaire et agricole, pour définir notre ambition en matière numérique ou d'intelligence artificielle, pour réindustrialiser notre pays. Mais parfois ces stratégies, parce qu'elles se multiplient, sont devenues illisibles pour beaucoup de nos concitoyens.
Nos artisans, nos agriculteurs, nos industriels, nos entrepreneurs, ont besoin d'y voir clair. Et l'esprit français a besoin que tout ça soit ramassé dans une forme de stratégie collective de la nation. Et nous avons besoin, je crois, de bâtir une ambition où à 2025, on se donne des objectifs clairs et on mobilise en fonction de ces moyens.
Face au vieillissement, nous devons rebâtir un système de retraite juste par points. C'est l'engagement que j'ai pris durant la campagne présidentielle. C'est ce à quoi travaille, auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Jean-Paul Delevoye, depuis le début du quinquennat.
Cette refondation profonde, elle sera présentée à l'été, elle se fera sur plusieurs années, mais c'est une transformation radicale qui doit remettre de la confiance, de la justice, de l'efficacité dans notre système de retraite. Ensuite, face au grand âge, nous devons là aussi assumer, donner de la visibilité. Depuis des années, on fait comme semblant que ça n'existe pas totalement.
Il y a près d'un million et demi de nos concitoyens qui sont en situation de dépendance, ce qui est une charge énorme pour leur famille. C'est un système qui est peu structuré, où un a du mal à recruter, parce que les emplois y sont difficiles et mal payés. Aussi, finaliserons-nous pour cet automne une stratégie c'est-à-dire la définition des moyens publics qu'on met pour financer ce nouveau risque, de la réorganisation d'une filière qui va permettre de créer des emplois peu qualifiés et qualifiés, de toute une filière industrielle qui va avec, et de la réduction du reste à charge pour les familles, avec une ambition qu'on doit se donner et qui montera progressivement en charge pour qu'à horizon 2025, cette politique soit pleinement déployée.
Et face au numérique, au changement climatique, tout ce qu'on a commencé à faire, on a besoin de bâtir un pacte productif permettant de viser, en 2025, le plein emploi. C'est à notre portée, complètement. Et pour cela, il nous faut un plan clair : produire, se déplacer, se nourrir, se soigner, avec des objectifs en matière d'investissements dans notre recherche publique et privée, des priorités technologiques claires au niveau français comme au niveau européen.
Et donc à l'automne, nous devons finaliser ce nouveau pacte et bâtir cette nouvelle stratégie. Je crois que nos concitoyens, dans tous les secteurs, ont besoin de cet agenda des transitions qui donnera de la clarté avec des objectifs, des normes, des accompagnements financiers et une mobilisation des acteurs publics et privés qui va avec. Enfin, la 4e orientation que je souhaite donner aux année qui viennent, pour faire face à ce doute, cette colère que nous voyons dans notre société, et pour retrouver l'indispensable contrôle que j'évoquais tout à l'heure, c'est aussi en quelque sorte, de savoir défendre, réaffirmer, les permanences du projet français de ce qui est la trame de notre nation.
Il y a beaucoup de changements auxquels nos concitoyens sont confrontés, et il y a beaucoup de transformations que nous sommes en train de faire, parfois qu'on aurait dû faire depuis longtemps. Donc, il faut aussi savoir dire ce qu'on veut préserver, ce qu'on veut garder, ce qu'on veut consolider, dans une nation, sinon, et je l'ai bien senti, nos concitoyens ont l'impression que, en quelque sorte, tout est cul par-dessus tête et que plus rien ne tient. Cet art d'être français que j'évoquais, c'est un attachement particulier à notre langue, à notre culture et à quelques permanences : la famille d'abord.
Je veux que dans les prochains temps, nous puissions redéfinir une véritable ambition et la force d'une politique familiale pour accompagner nos familles qui se sont profondément transformées ces dernières années, qui n'ont pas le visage des familles françaises d'il y 20 ans, mais qu'on doit accompagner pour retrouver une dynamique de notre natalité qui commençait à baisser à baisser ces derniers temps. Et aussi pour accompagner bien mieux qu'on ne le fait des situations familiales particulières. Je veux juste en citer 2 : ces fameuses familles monoparentales, souvent ces mères vivant seules.
Je veux que nous mettions en place, de manière très rapide, un système où on donnera la prérogative de puissance publique à la Caisse d'allocation familiale pour qu'elle puisse aller prélever directement les pensions alimentaires dues quand elles ne sont pas versées. On ne peut pas faire reposer sur les mères seules qui élèvent leurs enfants, et ce faisant, qui construisent la République de demain, l'incivisme de leurs anciens conjoints. Or, aujourd'hui, c'est ce qui se passe.
Ensuite, je veux ici parler des aidants familiaux, parce qu'il y a des millions de nos concitoyens qui sont là aussi comme oubliés, ce sont celles et ceux, et là aussi, ce sont souvent les femmes, qui ont mis entre parenthèses ou sacrifié leur vie professionnelle pour s'occuper d'un enfant en situation de handicap, d'un proche, d'une personne de la famille devenue dépendante. Nous devons d'abord les reconnaître, les nommer, mais aussi, dans nos politiques publiques, leur bâtir une place. Dans notre réforme des retraites, leur construire des droits, c'est indispensable.
Ensuite, une des permanences à laquelle je crois profondément, et qu'il faut même raviver, c'est l'engagement. Nous ne sommes pas, nous, Français, une société d'individus, nous sommes une nation de citoyens. Ca veut dire des solidarités particulières, ça veut dire un engagement dans la société qui fait d'ailleurs que, parfois, quand tout a disparu, quelque chose est encore là qui tient.
Je crois dans notre tissu associatif qui joue un rôle formidable dans notre ruralité comme dans les quartiers les plus en difficulté. Je veux que le gouvernement bâtisse une politique beaucoup plus ambitieuse pour accompagner nos associations, en particulier les plus petites associations, dans le travail formidable qu'elles font. Et l'engagement, c'est le service national universel.
Je l'ai voulu, il est en train de commencer. C'est la matrice indispensable, au coeur de notre école, d'abord, mais qui va irriguer des vocations, l'engagement soit vers le service civique soit vers le bénévolat, vers ce qui fait très profondément cette nation de citoyens que j'évoquais. Et je souhaite qu'on accélère le déploiement de cette initiative, elle est indispensable, et notre nation en a besoin.
Ensuite, une de ces permanences, c'est la laïcité. J'avais posé la question aux Français, elle est revenue dans quelques débats. Moi, j'en ai entendu à plusieurs reprises parler.
La laïcité, c'est la possibilité de croire en Dieu ou de ne pas y croire, de pouvoir vivre ensemble dans la concorde et le respect et de respecter absolument les règles de la République. De n'être jamais ennuyé par ce que l'on croit, mais de ne jamais imposer à la société sa religion ou déroger aux règles de la République pour ce faire. A ce titre, la loi de 1905 est notre pilier.
Elle est pertinente, elle est le fruit de batailles, elle doit être réaffirmée et pleinement appliquée. Et je dis ici avec force. D'ailleurs, nous avons renforcée son application ces derniers temps.
Nous l'avons renforcée en fermant des écoles lorsqu'elles ne respectaient pas les lois de la République, en fermant davantage d'associations ou d'établissements culturels lorsqu'ils ne respectaient pas les règles de la République, au titre même de ce principe ou de l'ordre public ou de la lutte contre le terrorisme. Mais aujourd'hui, nous ne devons pas nous masquer. Quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité.
On parle du communautarisme qui s'est installé dans certains quartiers de la République. On parle d'une sécession qui s'est parfois sournoisement installée, parce que la République avait déserté ou n'avait pas tenu ses promesses. On parle de gens, qui au nom d'une religion, poursuivent un projet politique, celui d'un islam politique, qui veut faire sécession avec notre République.
Et là-dessus, j'ai demandé au gouvernement d'être intraitable. Nous avons commencé à le faire avec une politique ambitieuse de reconquête républicaine dans plusieurs quartiers. Je souhaite que nous allions plus loin en renforçant le contrôle sur les financements venant de l'étranger, en étant beaucoup plus durs à l'égard de toutes les formes de cet islamisme politique, de ce communautarisme, de cette sécession au sein de notre République, parce que c'est une menace sur la capacité à tenir la nation ensemble.
Enfin, une nation, elle se tient aussi par ses limites et ses frontières. Je crois très profondément dans un patriotisme ouvert, dans une France qui rayonne à l'international, qui est conquérante. Mais pour être ouverts, il faut avoir des limites.
Pour accueillir, il faut avoir une maison. Donc, il faut des frontières. Il faut qu'elles soient respectées, il faut des règles.
Et aujourd'hui, force est de constater que les choses ne tiennent pas comme elles devraient. D'abord au niveau européen, nous avons décidé d'avoir des frontières communes, c'est le fameux espace Schengen, avec les règles des accords de Dublin. Cela ne marche plus.
Et pour moi, c'est le 2e grand combat européen, avec le climat, c'est le combat en matière de migration. Nous devons profondément refonder notre politique de développement et notre politique migratoire. L'Europe à laquelle je crois, l'Europe souveraine, forte, c'est une Europe qui repense une ambition de coopération de développement à l'égard de l'Afrique et de toutes celles et ceux qui en ont besoin pour éviter l'émigration subie, mais c'est aussi une Europe qui tient ses frontières, qui les protège.
C'est une Europe qui a un droit d'asile refondé et commun et où la responsabilité va avec la solidarité. C'est sur ces bases qu'on doit refonder Schengen, quitte à ce que ce soit un Schengen avec moins d'Etats. Je ne veux plus avoir dans l'espace Schengen des Etats qui vous disent : "J'en suis quand c'est pour la liberté "de circulation, mais moi, je ne veux pas en être "quand il s'agit de répartir la charge. "Pas de solidarité chez moi." Qu'est-ce que c'est que cette affaire ?
Je ne veux plus non plus des gens qui ne veulent pas tenir la frontière commune et sont dans le laxisme. Cette refondation est indispensable. De même qu'au niveau national, nous avons commencé à mener beaucoup de réformes et le gouvernement a fait un très gros travail sur ce point, mais nous sommes aujourd'hui confrontés à des détournements très profonds, du regroupement familial comme des migrations liées à l'asile.
Je crois très profondément à l'asile. C'est un devoir, c'est dans notre Constitution. Mais pour bien accueillir ceux qui y ont droit, on doit lutter plus efficacement contre ceux qui en abusent, contre les filières de passeurs qui utilisent ce droit.
Et donc poursuivre le travail qui a été commencé en la matière, mais avoir aussi une politique d'accueil, d'intégration, de celles et ceux qui ont droit à l'asile ou qui veulent rejoindre la vie de la nation. Et c'est pour ça que ce contrôle, cette reprise en main, doit aussi passer par les nouveaux choix que j'ai demandés au gouvernement en la matière. Et je souhaite que nous puissions instaurer, chaque année, au Parlement, un débat sur la politique migratoire.
Je pense que c'est une bonne discipline et ce sera une bonne règle nouvelle. Voilà, au fond, ce qu'il nous faut faire, c'est rebâtir un patriotisme inclusif où chacun prend sa part, où l'intérêt général français et européen est, au fond, réaffirmé, mais n'est pas simplement l'addition des intérêts particuliers. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais ici d'abord vous dire.
Je crois que nous devons absolument continuer de transformer le pays car les résultats sont là. Mais la nouvelle étape, le nouvel acte, passe à mes yeux par les 4 orientations que je viens d'évoquer. Et c'est cela ce que je demande au gouvernement, aux assemblées, aux partenaires sociaux, aux élus : de replacer l'humain au centre, de rebâtir une nation de citoyens libres dans une Europe plus forte, parce que je crois que c'est ainsi que nous pourrons véritablement retrouver cet art si particulier d'être Français auquel nous sommes attachés.
Je vais maintenant répondre à toutes vos questions. -Bonsoir monsieur le président de la République. Elizabeth Pineau, journalistes à l'agence Reuters et présidente de l'association de la presse présidentielle.
Et c'est à ce titre que j'ai l'honneur de vous poser cette toute première question de cette toute première grande conférence de presse organisée à l'Elysée depuis votre arrivée au pouvoir il y a près de 2 ans. Monsieur le Président, le 13 février 2018, vous avez déclaré devant la presse présidentielle : "Je suis arrivé au pouvoir par effraction dans une France "qui était malheureuse et inquiète." Beaucoup d'encre a coulé depuis.
On a parlé de votre arrogance, de votre brillance, de votre force, de vos faiblesses, de votre distance autant que de votre proximité avec les Français, de votre solitude aussi en ces murs. Et voici ma question : quelles sont les raisons profondes de ce rendez-vous aujourd'hui à l'Elysée devant la presse et à travers elle, devant tous les Français ? Quel est ce moment de votre mandat, au regard de vos intentions premières ?
Avez vous des regrets ? Peut-on parler d'une rupture d'une transition, d'un acte, comme on dit au théâtre, d'un nouveau départ ? Je vous remercie. -E.
Macron : Merci beaucoup. La question est vaste. Je pense qu'on y reviendra.
Je ne suis pas sûr de parler d'acte, parce que cette terminologie a déjà été prise récemment et renvoie à une autre gymnastique qui se passe plus spécifiquement le samedi. Je ne sais pas s'il faut parler de nouveau départ, parce que c'est souvent ce qu'on dit dans une relation amoureuse, quand on a peu d'espoir que ça reparte vraiment. Non...
Je pense qu'on peut toujours mieux faire. Donc, je pense que je peux mieux faire aussi. Je crois que beaucoup de choses ont été faites durant ces 2 premières années.
Beaucoup de choses. Quand je regarde ce que le gouvernement, avec les assemblées, ont conduit, quand je regarde ce que ce gouvernement, depuis 2 ans, sous l'autorité d'Edouard Philippe, a fait, j'ai peu de comparaison. Des réformes qui avaient été écartées, évitées jusqu'alors, le gouvernement s'y est attelé avec beaucoup de courage.
Mais on a fait beaucoup de choses qui ne se voient pas tout de suite, ce qui est assez ingrat, et on a fait parfois peut-être trop lentement certaines choses, on ne les a pas suffisamment pensées pour qu'elles soient perceptibles pour nos concitoyens. Et puis, comme je le disais tout à l'heure, on n'a pas assez mis, je pense, l'humain au coeur du projet. L'humain, c'est-à-dire la capacité à mieux expliquer, associer dans les décisions.
Et moi aussi avec. Et j'étais un peu, c'est normal, j'ai sans doute imprimer cette marque, conscient qu'il fallait, et qu'il faut toujours oeuvrer à transformer en profondeur le pays pour répondre à ces défis, le rendre plus fort dans un monde bousculé. L'impatience, l'exigence que j'ai avec moi-même, que j'ai avec les membres du gouvernement, je l'ai un peu eue avec les Français.
Et donc, le sentiment que j'ai donné, c'était une forme d'injonction permanente, d'être dur, parfois injuste. Et ça, je le regrette, parce que, d'abord, c'est pas ce que je suis profondément et parce que je pense que ça n'a pas aidé à la cause. Donc, c'est pour ça que j'ai voulu ce grand débat, entre autres, c'est parce que je pense que le pays avait besoin de ce temps de discussion démocratique, et je pense qu'il fallait pouvoir réentendre des choses qu'on n'avait pas laissé s'épanouir.
Et moi, ce moment m'a transformé aussi. J'ai pas découvert notre pays lors de ce grand débat, mais je crois que j'ai touché beaucoup plus clairement l'épaisseur des vies, ce que beaucoup de nos concitoyens vivent : des douleurs, des incompréhensions. Et nous sommes un pays, et je l'avais moi-même dit avant l'élection, où on attend énormément du chef de l'Etat.
Parfois trop. Alors on peut penser que c'est injuste quand on est à ma place, mais c'est comme ça. Et parfois, je n'avais pas conscience de cette attente.
Et cette attente a justifié une certaine colère. J'ai eu des scènes durant tout ce débat où des gens se mettaient en colère contre moi à cause de la contravention qu'ils avaient prises là, à cause de la situation ubuesque, qui parfois ne relevait même pas de la politique du gouvernement, mais qu'importe. Vous êtes en quelque sorte le point de mire en même temps que la clé de voûte Ca n'est pas grave.
Et donc, ce que je veux profondément faire dans le moment qui est le nôtre, c'est aussi pouvoir faire entendre aux Français que j'ai entendu, plus que ça, compris, senti dans ma chair ce qu'ils vivent, que je veux qu'on y apporte une réponse. Alors, ce qui est très ingrat dans ce qu'on fait au quotidien, c'est qu'on peut le vivre, on est ému au moment où on le vit. Ces moments vous transforment.
Et puis après, ça devient une décision, elle passe par la distillerie de procédures, ça devient tout de suite abstrait. Et puis ça arrive dans le quotidien et c'est jamais aussi parfait qu'on le voudrait. Mais chaque centimètre qu'on aura reconquis, ce sera un centimètre de bonheur civique et républicain repris.
Et au fond, ce moment m'a convaincu d'une chose, c'est que je n'aurai pas de répit. Je ne pensais pas en avoir. Je n'en cherchais pas, mais il n'y a pas de répit, parce qu'il y a tant d'attentes.
Et donc, cette conférence de presse pour moi, elle est l'occasion d'abord, par votre truchement, de pouvoir le dire aux Français, l'expliquer, de répondre à toutes les interrogations légitimes. Non pas, comme je l'ai dit, de revenir en arrière, mais d'avoir un projet, plus humain, plus enraciné, et de pouvoir mieux associer l'ensemble de ceux et celles qui expliquent et qui font dans notre pays, parce que, parfois, en voulant aller trop vite, je les ai peut-être négligés ou j'ai conduit à ce qu'on les néglige trop. Et quand on n'explique pas suffisamment, quand on ne convainc pas suffisamment, quand on associe pas suffisamment les élus qui sont sur le terrain, les partenaires sociaux, on peut prendre les bonnes décisions, mais ils disent : "On me les a imposées." Et donc, vous n'y arrivez pas.
Et donc, pour moi ce nouvel acte, c'est d'abord un changement de méthode très profond que j'assume, mais ça n'est aucun recul en termes d'ambition et transformation de notre pays, mais c'est aussi une refondation de philosophie profonde à laquelle je crois : plus humaniste, plus humaine, et où je veux assumer aussi ces invariants du pays que j'évoquais à la fin mon propos. -Bonsoir, monsieur le Président. Jeff Wittenberg, pour la rédaction de France 2.
Vous avez annoncé ce soir, il y a quelques instants, un redéploiement ambitieux des services publics sur les territoires, la création notamment de maisons France Service dans chaque canton, la fin des fermetures d'écoles, la fin des fermetures d'hôpitaux, et dans le même temps, un petit peu plus tard, vous avez dit que l'un des moyens pour aboutir aux baisses significatives de l'impôt sur le revenu que vous annoncez, ce sera la baisse des dépenses publiques. Alors vous parliez tout à l'heure de demandes contradictoires des Gilet jaune. Est-ce que ce que vous avez annoncé ce soir est compatible ?
Est-ce qu'on peut baisser les impôts et baisser les dépenses publiques ? Et puis question corollaire, est-ce que l'objectif de réduire de 120 000 fonctionnaires, qui était l'objectif de la fin de votre quinquennat, est toujours d'actualité ? Merci, monsieur le président. -E.
Macron : Merci beaucoup. Vous avez parfaitement raison. Alors d'abord, sur le premier aspect, cette réorganisation de l'Etat, de la présence des services publics, je pense qu'on peut le faire, j'en suis même convaincu, et c'est ce qui est demandé : non seulement sans créer de nouveaux postes de fonctionnaires, mais en tenant aussi certaines exigences.
Pourquoi ? Parce que c'est aussi beaucoup plus d'efficacité. C'est simplement du bon sens et de la confiance faite au terrain.
Aujourd'hui on a tellement concentré dans certains sujets, par la gestion de nos décisions de la fonction publique les choses en haut, qu'on fait des doubles instructions, et tout remonte. Aujourd'hui, quand il faut gérer la vie quotidienne de nos services sur le terrain, passer dans une commission sur le plan de la gestion du personnel, ça remonte à Paris. C'est la réforme que porte d'ailleurs le gouvernement et qui a d'ores et déjà été soumise, mais sur beaucoup de décisions très concrètes qui sont sur le terrain, l'instruction se fait en lien avec les élus, les entreprises et citoyens, puis parce que nos règles sont trop verrouillées, le dossier remonte à Paris.
On perd du temps, c'est une perte économique. Mais qu'est-ce qu'ils font, les mêmes, quand ça leur arrive, dans les bureaux à Paris ? J'ai été ministre.
Les ministres qui sont là le savent tous. Ils rouvrent le dossier, ils reprennent tout à zéro, et généralement, ils appellent les gens qui les ont instruits sur le terrain. Ils le font avec beaucoup de conscience.
Nos fonctionnaires sont conscients, loyaux, de grande qualité. Je pense que c'est ce qu'on appelle la déconcentration, c'est-à-dire remettre de la responsabilité à l'échelon local, ça vous fait gagner beaucoup de temps, ça vous fait beaucoup d'économies. C'est aussi rebâtir une culture de la responsabilité.
Donc ça, je crois que c'est quelque chose qui se fait absolument sans recréer de l'emploi public, au contraire, par beaucoup de pragmatisme. Ensuite, c'est France Service dans chaque canton. Je crois que c'est faisable.
On a commencé à déployer les maisons de services au public. Si on en accélère justement, la force et l'ambition, si on les transforme comme je souhaite qu'on les transforme, on peut tout à fait obtenir, d'ici à la fin du quinquennat, ce chiffre d'environ 2 000. Il y a un peu plus 2 000 cantons dans notre pays.
Cette bonne articulation du territoire. Ensuite, il y a le sujet des finances publiques et comment on fait les économies pour financer les baisses d'impôts parce que je l'ai dit : ces baisses d'impôts, je veux pas que ce soit, comme diraient certains, de la poudre de perlimpinpin ou qu'elle soit financée par du déficit cumulé, c'est-à-dire que les baisses d'impôts d'aujourd'hui soient financées par de la dette supplémentaire, c'est-à-dire ce que paieront nos enfants. J'ai dit dans mon propos introductif qu'il y avait 3 axes.
D'abord, faire mieux. Au-delà de ce que je viens de dire, il y a beaucoup d'organismes que j'ai demandé au gouvernement de fermer. Le Premier ministre est en train de piloter ce travail.
On a énormément conservé d'organismes inutiles, de comités, de structures. Il faut qu'on réduise tout cela, massivement. Ensuite, j'ai parlé des niches fiscales pour les entreprises.
Comme nous baissons l'impôt sur les sociétés fortement, et que pour toutes les entreprises d'ici à la fin du quinquennat, il sera ramené à 25 %, il y a des niches fiscales qu'on peut supprimer pour les entreprises, pas pour les ménages. Pour les ménages, là je veux rassurer tout le monde. Je pense qu'il s'agisse des emplois familiaux, de ce qui existe pour l'outre-mer, on a pris des engagements.
Il faut être cohérent et donner de la visibilité. Et puis on doit travailler plus. Je l'ai dit, ces fameux débat qu'on voit naître depuis plusieurs semaines, et c'est un axe de travail, parce que quand je regarde la chose, la France travaille beaucoup moins que ses voisins.
On rentre en moyenne plus tard, on part plus tôt, et on travaille moins dans l'année. Donc, là-dessus, il faut qu'on ait un vrai débat et qu'on puisse construire de vraies options pour avancer. C'est indispensable, et c'est un axe d'économie.
Alors, dernier point. Pardon. Vous avez totalement raison.
Ecoutez, là-dessus, sur ce point, c'est moi qui ai pris l'engagement devant les Français, au vu de, justement, cette sortie du Grand débat, il faut qu'on soit réalistes. Et donc, je demanderai, d'ici à l'été, au gouvernement de me donner son analyse et de voir si c'est tenable. J'assume totalement, si c'est n'est pas tenable, d'abandonner cet objectif.
Je pense que le plus important, c'est de tenir et de baisser la dépense publique, comme je m'y suis engagé, c'est de pouvoir baisser les impôts, et nous avons commencé, contrairement à la décennie qui vient de s'écouler, d'ores et déjà, ces 2 1res années. On les a baissés de manière inédite. C'est d'aller encore plus loin, mais on peut pas poursuivre à la fois, surtout quand on doit réinvestir dans la sécurité, dans l'éducation, dans la justice.
Je vais pas donner là aussi des injonctions contradictoires au gouvernement. Et donc, je suis prêt, là-dessus, à lever cet objectif, mais pas à lever celui de tenue de la dépense publique, pour être très concret. -Monsieur le Président, David Revault d'Allonnes, "Journal du dimanche".
Une petite question sur votre rapport à l'opinion qui, depuis votre élection en ces lieux, s'est rapidement, brutalement, dégradée. On a pu le constater notamment au plus fort de la crise des Gilets jaunes, où vous avez été parfois personnellement et violemment mis en cause. Alors, tout simplement, comment vous expliquez ce fait ?
Est-ce que peut-être ça provient de comportements ou d'attitudes de votre part ? Comment l'avez vous vécu personnellement ? Parce que ça a été quand même assez dur.
Et puis comment entendez-vous remédier à cet état de faits pour la fin du quinquennat. Et une petite question connexe : vous disiez que ce Grand débat vous avait transformé. En quoi, précisément, aujourd'hui, avez-vous personnellement changé ?
Je vous remercie. -E. Macron : Ecoutez...
Je crois que quand on cherche le pouvoir, quand l'obtient par la confiance du peuple, on accepte d'avoir la part de colère qui va avec. Je pense que diriger, aujourd'hui, en démocratie, quel que soit le pays, c'est accepter de ne pas être populaire. Et je préfère être responsable, tenir mes engagements, prendre les décisions que je crois bonnes, avec le gouvernement pour notre pays et être impopulaire, plutôt que chercher à séduire de manière qui serait toujours éphémère.
Donc, j'assume. J'assume. Et je pense que l'état de notre démocratie implique cette part de colère.
Alors, est-ce que ce qu'on a vécu ces derniers mois, pour autant, se justifie ? Ca, je ne crois pas. Et indépendamment de ma personne, la haine qu'on a pu voir déferler à mon endroit, parfois à l'égard de ma famille, ça, ce qui est inacceptable, à l'égard des élus de la République, ce qui l'est tout autant, je crois que ça, c'est une dilution de la morale collective très profonde qu'il nous faut condamner avec beaucoup de vigueur.
La démocratie, c'est ce qui permet de tout dire librement, de le dire au moment du vote, de le dire tout au long de l'année, de le dire quand on est journaliste, quand on est citoyen, mais ce qui va avec, c'est l'interdiction de la haine dans le débat public, parce qu'on peut tout dire. Nous sommes ce pays formidable où on peut blasphémer, dire le pire du président de la République, des députés, des élus, mais la haine, c'est précisément ce qui n'est pas acceptable, parce que la liberté est là. Et la haine et l'irrespect, je crois que nous ne devons pas nous y habituer.
Donc, ça je ne m'y habitue pas, et je ne cherche pas à l'expliquer. Je pense simplement que c'est un recul de la morale civique et de l'éducation. Et donc, je me battrai de toutes mes forces contre.
Après, l'expliquer comment ? Je l'explique par parfois des colères justifiées que vivent certains de nos concitoyens. Tout ce que j'ai pu évoquer et tout ce qu'on attend, et ce qu'on met dans le président de la République.
Et ça, je le savais au moment où je me suis porté aux suffrages. Et je l'assume. Y remédier.
Assumer, être clair et porter ce nouvel acte, ce nouveau projet que je viens d'exposer. Et aussi assumer de passer plus de temps au pays et de montrer que par ce contact, cette présence, ces explications, il y a aussi une profonde considération, d'abord parce qu'elle est au coeur de mon engagement politique et de ce que je suis, parce que je pense que ça peut lever beaucoup de malentendus. Donc je pense que l'humain, remis au coeur du projet, la nouvelle méthode que je souhaite adopter, la nouvelle manière aussi que je vais avoir de bâtir les décisions, me déplacer, de faire, ce sont des choses qui peuvent répondre à la juste part d'énervement qui avait pu naître de malentendus, que j'avais sans doute contribué à nourrir.
Mais je ne deviendrai pas pour autant celui qui cherche à plaire, parce que je pense que ça ne rendrait pas service à notre pays et au projet que nous portons. Voilà. Pour le reste, j'ai dit qu'en effet, cette période m'avait changé, parce qu'elle a accru le sentiment d'immense responsabilité que j'ai aujourd'hui.
Et elle a accru, ce que je disais à l'instant, quand j'ai évoqué auprès de votre collègue, le fait que pour moi, j'ai la conviction que je n'aurai jamais de répit, mais la nécessité d'être tout à la fois profondément humain mais toujours à bonne hauteur de l'histoire. Le moment que nous vivons est historique, parce que c'est tout simplement la question de nos démocraties qui est en jeu, très profondément. Pardon, je suis trop long.
Je ressens de l'impatience. Alors je n'ai pas le pouvoir... -Monsieur le président, bonjour.
Jean-Jérôme Bertolus, France Info. Vous venez de l'esquisser un petit peu. Vous avez parlé effectivement de...
Vous avez cité de nombreuses actions, de nombreux projets de réforme. Vous venez d'esquisser un peu votre exercice du pouvoir, dans cet an 2 du quinquennat. Est-ce que vous pourriez aller un petit peu plus loin ?
Puisque vous avez dit que vous avez été un peu incompris des Français. Est-ce que ça veut dire que vous allez en fait refaire pratiquement, d'une manière permanente, cet exercice inédit sous la Ve, c'est-à-dire ces débats où on vous a vu effectivement échanger avec les Français, avec les élus ? Est-ce qu'on va rentrer, en quelque sorte, dans un an ou 2, de débat permanent et d'une démocratie directe entre vous et les Français ?
Est-ce qu'il faut que les Français vous connaissent mieux ? -E. Macron : Alors, la démocratie directe permanente, j'ai dit mes réserves.
Je crois dans la force de nos institutions et dans ce que les élus portent de responsabilités qui sont aussi à partager. Je crois aussi dans une république contractuelle où à la fois les élus, sur nos territoires, comme les partenaires sociaux, ont leur part de responsabilité à prendre. Je crois d'ailleurs que nous sommes en train de réinventer la part, le rôle, de ses partenaires sociaux dans l'entreprise et sans doute sur les territoires.
C'est le sens de la mobilisation générale que j'ai lancée. Par contre, je crois, oui, que nous sommes entrés dans une phase où il faut sans doute bien davantage avoir des temps de délibération. Je crois pas à la République du référendum permanent, parce que le référendum ne permet pas de prendre les décisions difficiles quand il faut les prendre, mais je pense qu'on a besoin de plus de délibérations, qui vont d'ailleurs avec la compréhension des problèmes et le partage des contraintes et la compréhension pour ceux qui président ou gouvernent du quotidien de la vie, des difficultés très concrètes.
Ca veut pas dire que je vais faire au même rythme, avec la même intensité, des débats comme je viens d'en faire durant ces derniers mois, mais je vais de manière régulière, oui, continuer à débattre à la fois avec nos élus et nos citoyens sur le terrain. Je pense que c'est indispensable. C'est indispensable pour lever des malentendus quand ils existent, mais aussi mesurer de manière très directe parfois ce que nos concitoyens attendent.
Parce que cette crise d'efficacité des démocraties que j'évoquais, qui est vraie pour toutes les démocraties, vous ne la percevez que dans ces moments-là, parce que quand vous êtes président de la République, on vous dit les moyens pris, mais vous ne voyez pas toujours de résultats tangibles. Vous direz, vous avez annoncé ça, mais on l'a fait et regardez, on a pris cette loi, ce décret. Tout va bien.
Mais si c'est pas une réalité pour vos concitoyens, ça, vous ne le savez qu'en vous rendant sur le terrain et qu'en débattant, qu'en discutant, qu'en regardant. Et je dois dire, moi, ce que j'ai aimé dans ce débat, c'est que ça n'est pas apprêté, Parce que la grande difficulté, la solitude, elle va avec la fonction. Au moment où vous décidez, vous êtes seul.
C'est comme ça. Mais l'enfermement, il peut aller aussi avec tout ce qu'on a collectivement construit, parce que quand vous êtes président de la République, que vous allez sur le territoire, dans le monde où nous vivons, il y a les deux extrêmes. C'est-à-dire que généralement, on vous présente et on vous fait une visite qui est le monde idéal.
Le président de la République, quand il va dans une entreprise, d'une administration, tout va bien. On lui montre tout ce qu'il a bien fait. C'est comme ça et c'est la fierté de chacun.
Et c'est comme ça que la République fonctionne. Du coup, vous, ça vous ennuie et vous suivez de moins en moins ces visites qui ont assez peu d'intérêt, et vous traquez les voix parfois isolées de ceux qui disent : "Ils ont tous mal fait, ceci ne va pas du tout." Et donc, on est dans cette espèce de schizophrénie permanente, que j'ai bien connue durant ces 2 années, où on a le Président qui fait un déplacement, on dit que c'est formidable, qui essaye de dire : "Regardez comme on a bien travaillé." On s'en fiche complètement, c'est le village Potemkine.
Et puis à côté, on sur-représente la voix de l'un qui va dire : "C'est une catastrophe. "Ils ont absolument pas fait ce qu'ils avaient dit. "Regardez ma situation." Pour sortir de ça, je crois qu'il faut avoir, accepter ces moments de délibération qui sont dans la vérité, et qu'ils n'y aient aucune de ces deux caricatures.
Et ça, je crois que ça veut dire une autre présence au terrain. et je crois qu'il faut l'accepter dans le moment où vivent nos démocraties. Pourquoi ?
Parce qu'elles ont profondément changé, ces dernières années. Parce qu'en quelques années, nous sommes rentrés dans la démocratie médiatique du temps de l'information et du commentaire permanent et des réseaux sociaux. C'est une transformation pour nous tous, pour ceux qui dirigent et prennent des décisions, comme pour ceux qui les commentent et cherchent à définir une vérité.
Et donc parfois vous dites les choses, vous les répétez, mais comme le commentaire est permanent, qu'à un moment, toutes les paroles se valent, il faut pouvoir remettre du sens de manière régulière, se confronter à toutes ces paroles, et essayer de rebâtir du collectif dans ces moments de délibération. On est en train d'inventer une nouvelle forme de démocratie. Comme vous l'avez compris, je crois qu'il faut préserver certains fondamentaux, mais ces délibérations, elles ont une place dans la démocratie telle qu'on doit la pratiquer aujourd'hui.
Et donc, je continuerai à en faire. Moi, je n'ai aucun pouvoir, parce que je n'ai pas les micros. -Bonsoir, monsieur le Président.
Amelia Kaur pour TF1 LCI. Je vais me permettre de revenir sur quelques précisions. Vous parlez d'une baisse significative de l'impôt sur le revenu.
Significative, c'est combien ? Cela veut dire quoi ? Vous avez parlé des niches fiscales.
Vous allez travailler dessus, y réfléchir. Mais ceci dit, vous avez certainement des pistes. Est-ce qu'on pourrait en savoir plus ?
Vous avez parlé également de travailler davantage. Là encore, concertation. Le gouvernement va certainement y travailler, mais vous avez peut-être des préférences : le jour férié, les 35 heures ?
Serait-il possible d'en savoir plus ? -E. Macron : Bien.
Vous avez raison, parce qu'il faut lever toutes les ambiguïtés qui peuvent exister sur ces sujets. D'abord, combien. C'est au gouvernement de définir le quantum.
Il me semble que si on arrive à baisser, en plus de ce qui a déjà été fait et prévu, d'environ 5 milliards l'impôt sur le revenu, ce sera un geste significatif pour l'ensemble de ceux qui contribuent, et qui viendra compléter les baisses d'impôts d'ores et déjà décidées, votées, actées ou mises en oeuvre et qui ne sont pas négligeables, et qui sont, elles, financées dans une trajectoire qui a été bien établie, votée et documentée. Et ça, je veux ici le redire et le faire valoir, parce que les chiffres sont là qui parlent. Quand je regarde la dernière décennie, il y a eu plus de 30 milliards de hausses de fiscalité, beaucoup sur les classes moyennes et les entreprises.
Quand je regarde ce qu'on a commencé à faire, an a, nous, baissé significativement les impôts. Enfin, le gouvernement, dans des proportions non négligeables durant ces 2 premières années et qui touchent absolument tous nos concitoyens et toutes nos entreprises. Et donc, ce travail, il faut pouvoir continuer à le faire et indépendamment de la baisse de l'impôt sur le revenu.
Autour de 5 milliards, je pense que ce serait une bonne chose, mais il s'agit de dire comment. Et donc, c'est au gouvernement de détailler ces chiffres. Les niches fiscales, je l'ai dit, je souhaite que ce soit les niches fiscales des entreprises qui soient visées, pas celles des ménages, donc des particuliers.
Je vais pas ici faire le travail que je demande. Il faudra faire des choix et faire des propositions, et c'est d'ailleurs en fonction de ces choix qu'on pourra définir le montant. Ensuite, j'ai dit en effet on doit travailler davantage.
Là-dessus, nous de vous regarder notre société. Je le disais tout à l'heure rapidement. Quand je nous regarde et je nous compare à nos voisins, aux autres pays de l'OCDE, on travaille moins par rapport à la vie tout entière et on travaille moins rapporté à l'année.
Et toutes les études économiques le montrent : le différentiel que nous avons de création de richesses, et donc de revenus pour nos concitoyens, il est lié à ce travail en moins. Si on se compare aux Allemands, sur les 15 dernières années, si on se compare aux Américains. Donc, bien souvent, on veut baisser nos impôts, mais pour travailler plus.
Alors après, comment le faire ? Est-ce qu'on doit travailler plus dans la semaine ? Là-dessus, nous avons apporté une réponse au début du quinquennat.
On a largement simplifié les choses, on a renvoyé ce débat à la négociation salariale au niveau de l'entreprise ou de la branche. On va a pas tout refaire là. Les 35 h sont une référence légale théorique aujourd'hui, et elles sont renvoyées au dialogue social.
Je crois à cette méthode. Je pense que c'est la bonne. Et ensuite, pour encourager d'ailleurs à travailler davantage, on a défiscalisé et désocialisé pour les travailleurs les heures supplémentaires.
Je vais pas vous dire d'un seul coup qu'aujourd'hui, on va changer l'heure légale. Ce serait une stratégie complète. Je crois au libre choix et je crois qu'on a profondément répondu à ce problème.
C'est en train de changer et c'est une bonne chose. Et ça, c'est un changement qui se traduit en davantage de travail et en davantage de revenus pour nos concitoyens et les travailleurs. Ensuite, est-ce qu'il faut revenir sur des jours fériés ?
Moi, je ne suis pas favorable à cette méthode. J'y suis pas favorable parce qu'on a déjà essayé, parce que ça n'a pas très bien marché, parce que c'est pas clair, parce que c'est une complexité absolument abyssale pour tout le monde et parce qu'à la fin, ça renvoie à des complexités. Les entreprises ne le font pas de la même manière, il faut que ce soit optionnel.
Nous adorons les débats, moi aussi, mais si on pouvait s'économiser en plus le débat de savoir quel jour férié on choisit, ce serait formidable. Je crois pas que ce soit le plus efficace. Il y a la question de : tu travailles tout au long de la vie.
C'est une question légitime sur laquelle il faut apporter des clarifications. On doit travailler plus longtemps, parce qu'on vit plus longtemps. C'est plutôt de bon sens.
Quand je regarde notre pays aujourd'hui, par rapport à il y a 40 ans, l'espérance de vie n'a cessé d'augmenter et l'âge d'entrée sur le marché du travail n'a cessé de reculer, parce qu'on fait plus d'études. Et donc, c'est sûr qu'on va avoir de plus en plus de mal à financer notre système si on travaille de moins en moins longtemps, mais qu'on vit de plus en plus longtemps hors du travail. Alors, il y a plusieurs façons de faire.
Il y a le fameux sujet de l'âge légal. Est-ce qu'il faut reculer l'âge légal qui est aujourd'hui à 62 ans ? Je ne crois pas.
Je ne crois pas pour 2 raisons. La première, elle est un peu directe. C'est que je me suis engagé à ne pas le faire.
Et c'est quand même mieux sur un sujet aussi important, de faire son ce qu'on a dit. Et pourquoi ? Parce qu'on a dit : "On laisse 62 ans comme âge légal, "parce qu'on fait une réforme beaucoup plus large, "beaucoup plus profonde, qui est de créer ce nouveau système "par points qui va remettre de la confiance, "qui va permettre de corriger les vraies injustices du système. "qui sont les régimes spéciaux, les avantages particuliers "de telle ou telle catégorie, qui sont parfois très couteuses, "et qui sont aujourd'hui des vraies inégalités "qu'on ne sait plus justifier." Ca, c'est beaucoup plus profond, plus ambitieux.
Il ne faut pas le compromettre en bougeant l'âge légal. Puis la deuxième raison, c'est que tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l'âge légal. Je veux dire, quand, aujourd'hui, on est peu qualifié, quand on vit dans une région en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté, qu'on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver à 62 ans.
C'est ça, la réalité de notre pays. Alors, on va dire non non, faut maintenant aller à 64 ans. Vous savez déjà plus comment faire après 55 ans.
Les gens vous disent que les emplois, c'est plus pour vous. C'est ça, la réalité. c'est le combat qu'on mène.
On doit d'abord gagner ce combat avant d'aller expliquer aux gens : "Mes bons amis, travaillez plus longtemps. "C'est le délai légal." Ce serait hypocrite.
Et j'invite les gens qui, de manière simpliste, quand j'entends certains qui ne l'ont pas fait aux Affaires dire, "C'est ça la solution", d'abord de regarder notre société. On doit gagner la bataille du plein emploi. Par contre, travailler plus, ça peut se faire d'une autre manière.
C'est d'allonger la durée de cotisation et de laisser le libre choix, ce qui est d'ailleurs au coeur du projet qui est porté par Jean-Paul Delevoye. Jean-Paul Delevoye le dit lui-même. Il dit : le point d'équilibre, notre régime de retraite, il est autour de 64 ans.
Et quand je regarde aujourd'hui ce que font nos concitoyens, ils partent pas tous à 62 ans, même de moins en moins. Ils vont plutôt vers 63, 64 ans, parce qu'ils ne veulent pas la décote qui va avec le système. Et donc, ce sur quoi peut travailler le gouvernement avec le Parlement, c'est de regarder si on peut allonger la période de référence sans bouger l'âge légal, pour avoir un système de décote qui incite à travailler davantage, mais sans forcer tout le monde.
Quand quelqu'un est dans une situation, avec un métier pénible, quand quelqu'un est dans une situation avec une carrière fracturée, ce n'est pas l'âge légal qu'il faut bouger. Il faut inciter les gens à travailler plus longtemps, mais dans une option de libre choix. Voilà une option qui permet de dégager des économies pour réinvestir dans des baisses d'impôts, mais si on va dans ce sens, moi je veux que le gouvernement porte autre chose pour nos retraités et qu'une partie de ce qu'on dégagera à travers une telle réforme, si elle devait être faite, soit réinvesti pour nos retraités à venir.
C'est celle des petites retraites de ceux qui ont travaillé tout le long de leur vie. Aujourd'hui, quand on parle des artisans, des commerçants, on a des situations inacceptables, parce qu'on a beaucoup de nos concitoyens qui n'ont pas cotisé comme il fallait, qui étaient dans des régimes qui étaient moins favorables que le régime général, et donc, on a des centaines de milliers de nos concitoyens qui vivent avec des retraites qui sont parfois sous le minimum vieillesse. Ce sont des situations terribles sur le plan personnel.
Moi, je souhaite qu'on y réponde en redéfinissant un seuil minimal pour tous ceux qui ont travaillé, et il doit être supérieur au minimum vieillesse plus significativement. A la fin de la réforme, il y aura 40 euros d'écart. C'est pas acceptable.
Et donc, je veux que ce qu'on appelle le minimum contributif, c'est-à-dire la retraite minimale qu'on touche quand on a travaillé durant sa vie, ce soit 1 000 euros. Donc, si on fait cette réforme, qui dégagera des économies, on doit pouvoir faire, pour toutes celles et ceux qui entrent à la retraite aussi la réforme qui fait qu'ils auront 1 000 euros quand ils ont contribué. Parce que que ça, c'est juste.
C'est aussi ces situations criantes que j'ai entendues sur le terrain. Malheureusement, on hérite d'un système, et je peux pas dire à tous ceux qui parfois n'ont pas cotisé, ou ont cotisé insuffisamment : "On va corriger "les situations passées." Ca, on ne sait pas le faire.
Et je ne veux pas les reproduire pour l'avenir. Voilà de manière très précise et détaillée les réponse à votre question. -Monsieur le président, bonsoir.
Stéphane Vernay, "Ouest France". Vous venez de dire un instant que vous ne croyez pas à la République du référendum permanent. Devons-nous comprendre que l'hypothèse qui a longtemps été émise consisterait à soumettre une ou plusieurs des mesures que vous nous présentez ce soir à un référendum est définitivement écartée ?
Et si vous n'avez pas écarté cette hypothèse, quels seraient les points que vous verriez soumis à un référendum ? -E. Macron : Ecoutez, la décision d'en appeler à un référendum, elle est en effet au type de notre Constitution et à la main du président de la République.
Aujourd'hui, je n'ai pas retenu cette option sur les décisions que j'ai présentées. Est-ce que je l'écarte jusqu'à la fin du quinquennat ? Non.
Est-ce que j'ai aujourd'hui une idée précise de telle ou telle décision qui serait soumise à un référendum ? Non. C'est une liberté que je conserve et qui, à certains moments, peut permettre de clarifier les choses, un débat.
C'est l'ordalie de la République, en quelque sorte. Et donc, c'est en tout cas un choix que je ne m'interdis pas, auquel j'ai réfléchi, que j'ai parfois pu envisager, mais qu'aujourd'hui je n'ai pas retenu, parce que la méthode que j'ai retenue, c'est davantage de demander au gouvernement, aux assemblées, aux élus de territoire, aux partenaires sociaux, et donc, d'avoir une méthode de concertation, de décision, qui est bâtie sur la démocratie représentative, tout en utilisant davantage l'intelligence collective par les conventions citoyennes, mais pas celle du référendum. Mais ça veut pas dire que c'est une page qui est fermée ou une décision qui ne sera jamais retenue. -Bonjour, monsieur le président.
Apolline De Malherbe, pour BFM TV et RMC. La semaine dernière, juste avant votre allocution, qui devait être la semaine dernière, vous avez dit aux Français : "Je vais vous répondre." Sauf le respect que je vous dois, je vois surtout des chantiers, mais pas véritablement de réponses précises.
J'aimerais qu'on y revienne. Il y a des projets. Il y a des projets de pactes, il y a des Conseils.
Vous aviez aussi promis une révolution aux Français, c'était le titre de votre livre. Et vous avez dit plus récemment : "Nous ne reprendrons plus "le cours normal de nos vies." Vous avez dit à l'instant : "Je n'aurai pas de répit." Les Français non plus n'ont pas de répit.
Ils vous écoutent ce soir. Pour beaucoup d'entre eux, ils vont se réveiller demain matin, ils vont préparer le petit déjeuner de leurs enfants, ils vont partir travailler...
Ils auront, pour beaucoup, une boule au ventre. Qu'est-ce que vous faites pour réduire ces angoisses ? Je voudrais quand même comprendre.
Vous dites qu'il y aura une baisse d'impôt, vous avez dit 5 milliards tout à l'heure, mais ça veut dire combien, concrètement, pour ceux qui vous écoutent dans leur foyer, dans leur maison ? Vous avez dit également qu'on allait travailler plus longtemps. Alors vous dites que vous ne bougerez pas l'âge légal, mais concrètement, si on doit cotiser davantage, si on doit cotiser plus longtemps, ça revient à la même chose.
Vous leur dites qu'il va falloir qu'ils travaillent plus. Et puis enfin, vous dites qu'au-delà de tout cela, il y aura quand même une augmentation de leurs revenus. J'aimerais savoir de combien.
J'aimerais savoir s'il va y avoir véritablement une hausse du pouvoir d'achat. Dire aux Français à quelle sauce ils vont être mangés. -E.
Macron : D'abord, vous avez raison, il faut toujours être concret et pragmatique. Vous seriez injuste de me dire que je ne l'ai pas été et que je ne l'ai pas été sur beaucoup de sujets précis. Et je l'ai été le 10 décembre, et je vais continuer de l'être.
Et le pouvoir d'achat, vous avez d'ailleurs largement commenté les chiffres officiels qui sont sortis, il raugmente dans des proportions qui n'avaient pas été connues depuis plus de 10 ans. Et c'est le fruit de quoi ? Des décisions qui avaient été prises par le gouvernement en application du programme que j'avais pris, des engagements que j'ai pris devant les Français et de l'accélération de celui-ci, suite aux annonces du 10 décembre.
Donc, de manière très concrète, nos concitoyens qui travaillent, ils savent les décisions qui ont été prises ,sur la baisse des cotisations, sur les heures supplémentaires, sur l'intéressement à la participation et la prime qu'ils ont pu toucher, sur la suppression progressive de leur taxe d'habitation, qui va encore se poursuivre cette année d'un 2e tiers, et sur l'engagement que je viens de prendre sur l'impôt sur le revenu. Mais je ne vais pas faire devant vous le travail du gouvernement pour vous dire de quel niveau, sur quelle tranche et avec quelles conditions, parce que...
Non, non. Je crois pas. Je crois que ça, c'est une erreur.
Je pense qu'ils veulent du concret. Je pense qu'on a donné du concret, à la fois le programme que j'ai porté, ce que j'ai dit tout à l'heure sur les classes, sur l'école, c'est du concret. Quand je dis aux Français : "D'ici la fin du quinquennat, il y aura 24 élèves par classe." Quand je dis qu'on va l'étendre...
Tout ça, c'est du concret. J'ai dit beaucoup de choses concrètes. Mais le président de la République, il n'est pas le guichet de toutes les revendications qui doit régler tous les cas particuliers pour autant.
Parce qu'un pays, ça n'est pas l'agrégation de toutes les situations individuelles. Et donc, moi, je donne un cap. Je suis déjà beaucoup allé dans le détail.
Remettons-nous à ce qu'était la fonction présidentielle il y a 30 ans. Jamais un président n'allait dans de tels détails. Mais c'est ce qui va avec le temps démocratique que nous vivons et la vie courante.
Bon. C'est ainsi. Ca ne me dérange pas, mais si je vous disais que je réglais tous les problèmes devant vous, je déchirerais en quelque sorte la méthode que je veux lancer et à laquelle je crois où chacun va un peu bâtir ses solutions concrètes.
Non, c'est une révolution profonde, ça. Profonde. Parce que ça veut dire donner un cap, tenir des délais et dire : "Si vous ne les tenez pas, "je reprendrai la main." J'aurai cette légitimité.
Mais j'ai donné des objectifs, j'ai essayé de déplier vos vies. J'ai dit les choses concrètes que vivent les Français en demandant à des élus locaux, à des partenaires sociaux, au gouvernement, d'y apporter des réponses responsables. J'y ai moi-même apporté d'autres réponses précises.
Mais ce que je veux dire par là, c'est que je ne mésestime pas, vous avez parfaitement raison de le rappeler, "la boule au ventre", comme vous avez dit, l'angoisse. Je pense que nous avons déjà apporté beaucoup de réponses. Et je le dis, sur le pouvoir d'achat, on a apporté beaucoup de réponses directes par les mesures qui ont été prises et parce qu'on a enrayé une décennie d'augmentation massive et sans précédente de la fiscalité.
Et on va le poursuivre. Et donc, ils vont le voir. Ils commencent d'ailleurs déjà à le voir.
Mais la meilleure réponse au pouvoir d'achat, c'est ce qu'on fait pour l'éducation, c'est ce qu'on fait pour le travail, c'est ce qu'on fait pour leur vie. Et ça aussi je dois l'expliquer. Je dois prendre des décisions, et ça n'est pas direct, mais c'est indispensable et c'est ce que le président doit acter.
Et puis enfin, et ça, j'y crois vraiment : cette boule au ventre, elle existe chaque matin, mais je pense qu'il y a une part de cette boule au ventre dont vous avez parlé qui n'est pas que le pouvoir d'achat, qui est cette angoisse profonde que j'évoquais. Et ça, c'est mon rôle premier. C'est ce que j'ai essayé de faire devant vous et c'est ce que je vais continuer à bâtir.
C'est-à-dire donner un cap, des ambitions, une clarté, sur la manière de lever les grandes peurs contemporaines. Et je crois qu'avec, en effet, les grands chantiers lancés, parfois les grandes décisions prises, certains sont pour juin, d'autres septembre. C'est pas remis aux calendes grecques, on apporte une part de réponse à ces peurs.
Mais je crois que chacune et chacun des Français qui a cette boule au ventre, il a une part aussi de la réponse. Et je crois très profondément qu'une part de la solution à la crise que nous vivons, c'est d'arrêter de croire que notre pays est une société d'individus en état de minorités permanente. C'est une société d'individus qui serait toujours à dire : "Le gouvernement a la solution, le président va dire "comment je vais mieux vivre, Il doit être là à me donner un cap "corriger les inégalités, "permettre d'être une nation plus forte." Mais chacun a une part de cette solution, parce que nous sommes une nation de citoyens.
Et donc, chacun est aussi un peu responsable. Et je pense que j'aurais fait mon travail, si, demain, au petit déjeuner dont vous parlez, chacun se dit : "Dans le projet qu'il a défini, "quelle part je peux prendre aussi ? "En élevant bien mes enfants, en leur inculquant les valeurs "de mérite, de travail, "en donnant ma part dans telle association de service public, "en allant dire ce qui ne va pas, dans les services publics, "et ce que je vis, en prenant ma part de droits "et accomplissant ma part de devoirs." Parce que ça donne du sens à la vie.
Je crois que la boule au ventre, dans beaucoup de cas, c'est vrai, elle vient du pouvoir d'achat, des situations immédiates auxquelles il faut qu'on réponde, mais elle vient de la perte de sens collectif. Et ça, il faut le retrouver. -Bonsoir.
Jean Maurivet, de l'AFP. Je voudrais des éclaircissements sur 3 petits points : 1, quelle est pour vous la bonne part de proportionnel ? 2, est-ce que vous êtes favorable toujours à une réduction de 30 % du nombre de parlementaires ?
Et 3e, vous l'avez qualifié de rumeur, mais êtes-vous vous favorable ou non à la suppression de l'ENA ? Et quelle est la mission de monsieur Thiriez ? -E.
Macron : Alors, sur la proportionnelle, Moi, je pense que, d'abord, il faut...
On a aujourd'hui 2 systèmes, il ne faut jamais l'oublier. Il y a l'Assemblée et le Sénat. Le Sénat a déjà une dose de proportionnelle.
Je pense qu'il faut, dans les deux assemblées, l'accroître, la créer pour l'Assemblée, l'accroître pour le Sénat. Moi, je suis favorable à ce que ce soit autour de 20 %. Je pense que c'est ce qui permet de représenter toutes les familles politiques sans créer des situations ingouvernables.
Ensuite, pour les parlementaires, l'engagement que j'ai pris, c'est en effet une baisse de 30 %. Je souhaite que la réforme constitutionnelle aboutisse. Et donc, j'ai été attentif aux arguments aussi qui ont été tout particulièrement soulignés par le président du sénat.
On a eu beaucoup d'échanges, et il a des arguments que j'entends : de ne pas avoir trop de départements qui n'auraient plus qu'un seul sénateur, de ne pas alimenter le sentiment qu'il puisse y avoir une distance avec le terrain. Si c'est pas exactement 30 %, et que c'est 25 %, sincèrement, j'en ferais pas un point de blocage. Je pense que pour faire la réforme que j'évoquais, il faut supprimer, entre autres, l'ENA, mais pas pour se donner le plaisir de supprimer l'ENA, pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux, tel que je l'ai dit.
Il faudra d'ailleurs sans doute garder les locaux, les agents qui y sont et qui sont d'excellente qualité et profondément engagés. Mais je ne crois pas, sur ce sujet, je ne crois pas du tout en quelque sorte, au rafistolage. A la réforme, un peu.
Ca a déjà été tenté par à peu près tous mes prédécesseurs. On va changer le classement de sortie...
Non. Si vous gardez les mêmes les mêmes structures, les habitudes sont trop fortes, les habitudes sont là. Et donc, la mission de M.
Thiriez, ce sera de soumettre au gouvernement des propositions très claires pour refonder le recrutement de nos fonctionnaires pour l'entrée en carrière comme tout au long de la vie, les modes de formation pour nos hauts fonctionnaires et la gestion des carrières. Et avec le Premier ministre et le gouvernement, on veut porter une réforme ambitieuse. Il s'agit pas du tout de stigmatiser l'ENA.
J'ai fait cette école, je lui dois beaucoup, et elle a un avantage, c'est qu'elle a quand même mis fin à ce qui précédait. C'était parfois les avantages, le copinage, le concours de bonnes manières ou des choses qui étaient beaucoup plus approximatives. Donc, il s'agit pas de dire que l'ENA est mauvaise en soi, au contraire.
Il s'agit de dire simplement : si on veut une réforme ambitieuse, voilà, il faut rebâtir en s'inspirant d'ailleurs beaucoup de la philosophie de 1958. J'ai beaucoup relu les textes qui avaient inspiré tout particulièrement Michel Debré au moment de ses travaux. Mais crois qu'on doit avoir un geste large.
Ce sera l'ambition de M. Thiriez. En tout cas sa mission. -Bonjour, monsieur le président.
E. Martichoux pour RTL. D'abord, vous avez évoqué, à plusieurs reprises, le plein emploi.
Vous avez donné un cap : 2025. Est-ce que ça veut dire que vous enjambez l'objectif initial ? Vous aviez dit 7 % en 2022.
Je crois qu'on juste en dessous de la barre des 9 %. Le taux de chômage n'a baissé que de 0,2. Est-ce que vous maintenez l'objectif de 7 % ?
Est-ce que ça veut dire que vous demandez 5 années supplémentaires, vous avez besoin de 5 ans de plus pour ce plein emploi ? Et puis je voudrais aussi revenir sur la vision...
Vous avez eu une expression tout à l'heure : "Chacun est un peu responsable." Vous aviez aussi parlé, rappelez-vous au début du quinquennat, des premiers de cordée. Et la crise a montré que les Français savaient qui était devant, que eux, étaient derrière, à la peine, mais que la cordée, la corde, eux, ils ne l'ont pas vue, la corde.
La solidarité, ce qui permet de faire peuple, ils ne le voient pas. Et non seulement ça, mais en plus, il est possible qu'ils vous accusent d'avoir accusé encore la fracture entre eux et ceux qui sont devant. Est-ce que c'était une vision que vous continuez de porter, vision de la société ?
Et est-ce que, d'ici à la fin de votre mandat, vous pensez pouvoir retisser la corde ? -E. Macron : Alors.
Je ne demande pas d'abord 5 années supplémentaires. Je dis il faut donner cette vision, cet agenda, sur beaucoup de sujets à 2025. 2025, je ne me permettrais pas d'enjamber tout un quinquennat.
C'est de dire qu'il n'y a pas un arrêt brutal en 2022. C'est 3 ans de décalage. Et ensuite, le chiffre du plein emploi, c'est les économistes qui le fixent, ça n'est pas un taux.
Je pense que le chiffre de 7 %, il est tout à fait atteignable si on continue les réformes et notre stratégie au même rythme. Donc, je ne remets pas du tout en cause cet objectif. La question du plein emploi, elle est même plus profonde, c'est de s'assurer qu'on améliore, je vais pas rentrer dans la technique, notre croissance potentielle, et donc qu'on arrive à baisser notre chômage structurel, parce qu'au fond, aujourd'hui, je pourrais vous dire qu'on est au plein emploi avec beaucoup de chômage, parce qu'on a un chômage structurel qui est très élevé.
Bon. Donc, voilà. Je pense que les engagements que j'ai pris restent tout à fait valables, mais je pense qu'on peut se donner cet objectif que je viens de fixer.
En faisant quoi ? En se donnant des stratégies, filière par filière, beaucoup plus claires, que ce qu'on a fait jusqu'alors. On a pris beaucoup d'initiatives.
Je le disais en matière agricole et alimentaire, avec des vrais défis de création d'emplois en la matière. Ca, on va continuer de les décliner. En matière industrielle, on commence à recréer de l'emploi.
On doit donner des objectifs à 2025, avec la mobilisation de financements publics privés pour y arriver. Et sur beaucoup d'autres secteurs, ce qui relève de l'intelligence artificielle, du numérique, de la dépendance qu'on a évoquée, va aussi créer des emplois. Et moi, je crois que dans notre pays, qui, pendant tant d'années, a eu des planches, on peut pas tout mettre en plan, ça ne correspond pas au mode d'organisation de l'économie contemporaine, mais je crois que c'est salutaire pour tout le monde d'essayer de se donner des caps, des mobilisations, comme on l'a un peu fait l'année dernière.
Quand il s'agit de rebâtir une cathédrale, on sait se donner des objectifs, avec une portée humaine qu'on crée, et on sait mobiliser, dire aux gens on va rebâtir. Mais pense qu'il faut le faire dans tous les secteurs d'activité. C'est ça, je le vois plus comme un élément de mobilisation de nos forces vives, de mobilisation de l'ensemble de nos concitoyens, pour que l'objectif soit tangible.
Moi, j'ai été frappé de voir que beaucoup des décisions qu'on prend, des politiques qu'on porte, elles sont trop abstraites. C'est pas assez concret pour les gens. Les gens, ils veulent savoir où on va, ils veulent voir des centres de formation qui s'ouvrent sur le terrain, ils veulent savoir dans quoi on va embaucher, pour faire quoi.
Il faut que ce soit perceptible. C'est ça que je veux dire, "à partir de 2025". Je ne remets pas du tout en cause, au contraire, l'objectif initial.
Cette formule de premiers de cordée, je suis obligé d'être lucide, de dire que je n'ai pas réussi à me faire comprendre. Je crois qu'elle était très appropriée, mais je n'ai pas réussi à me faire comprendre. En quelque sorte, les gens ont voulu dire dans "le premier de cordée, il n'y a plus de cordes".
Premier de cordée, c'est l'idée. Il y a des gens qui peuvent se trimballer sur la paroi tous seuls, qui vont monter très haut, c'est formidable, et ils vont aider les autres. C'est pas ça, une cordée !
Moi, je me souviens de mes lectures enfantines et de quelques pratiques pyrénéennes. Dans "Frison-Roche", quand on a une cordée, même quand le 1er dévisse, les autres peuvent tomber. C'est un peu ça, la crise des Gilets jaunes.
Quand il y a une cordée, on a une corde qui nous lie tous. C'est ça, la nation, la solidarité profonde de la nation. Je crois pas tout que la la corde soit défaite.
Je crois qu'on ne la dit pas suffisamment, et je crois qu'il y a eu des trahisons. Je vais y revenir. Mais je crois tout à fait que cette image de la cordée, elle a sa valeur parce que quand on monte à un monte, à un moment donné, la corde a sa limite, et donc, pour monter plus haut, on doit tirer les autres.
Ca veut dire que pour tenir une nation ou une société, si on veut monter plus haut, on peut pas creuser les injustices. Ca veut dire qu'il faut faire monter ceux qui sont à chaque niveau de la corde. C'est ça, l'association.
C'est ça, l'intéressement et la participation à laquelle on croit. C'est ça, remettre l'homme au coeur du projet, c'est que chacun prenne sa place dans la corde. Il y en a qui grimpent plus vite, qui trouvent des prises dans la paroi, qui y arrivent.
Je vais pas les interdire de le faire, mais ils ont une corde, ils ont été élevés quelque part, ils ont grandi quelque part, ils ont été éduqués quelque part. Et quand ils sont malades, ils reviennent dans les hôpitaux quelque part, et quand ils vieilliront, bien souvent, ils reviennent quelque part chez nous. Et donc, ce qui est vrai, ce qui a fragilisé cette image, c'est qu'un cynisme s'est installé une forme de trahison d'éclair.
Et beaucoup de décideurs du monde économique contemporain ont considéré que ce n'était pas du tout des premiers de cordée, mais qu'il n'y avait plus de corde. C'est pas vrai. Je vous dis, les grands décideurs économiques, investisseurs, depuis des années, on le voit.
Et donc, moi, je ne suis pas dans la sanction par l'impôt, dans la politique de jalousie ou la stigmatisation. Je suis dans la responsabilisation. Je leur ai dit vous êtes des premiers de cordée.
Votre corde, elle cassera, et vous vous retrouverez seul à un moment. Est-ce que c'est vrai de dire qu'il n'y a pas de cordes ? Non, ce serait faux de le dire.
Pardon. Quand je regarde notre système fiscal, notre système de solidarité, nous avons un système de solidarité en France. Enfin, il faut pas alimenter ce discours.
Nous avons même un des systèmes de financement, et c'est notre force. Et le réformer, le transformer, le moderniser, c'est de le rendre encore plus fort. Cet Etat providence du 21e siècle que j'ai plusieurs fois évoqué, mais c'est acté que nous sommes l'un des seuls pays au monde où on a une assurance maladie aussi généreuse, qu'on améliore encore.
On va réduire le reste à charge pour les lunettes, les dents, les prothèses d'audition. Mais il est déjà très généreux, et c'est une bonne chose. On a un système de retraite qui crée la solidarité entre les générations.
On a un système fiscal qui redistribue comme quasiment aucun autre. Donc, c'est pas vrai de dire qu'il y a pas de corde, mais c'est de dire que chacun, dans la corde, là aussi, doit prendre sa part. Et j'ai vu ces derniers temps aussi une forme de sécession par le bas, de dire : "Moi je ne veux plus de la corde, "débrouillez-vous." Et donc, quand il y a une sécession par le haut et une sécession par le bas, là, nous avons un problème.
Cette image, elle n'a pas été comprise. Elle était un peu saint-simonienne, dirais-je, mais je l'assume. Je crois qu'une société comme la nôtre, ce qu'est la République, la république sociale, solidaire, elle a des gens qui réussissent quand ils décident de travailler, quand ils ont du mérite, parfois quand ils ont de la chance.
Et il faut qu'ils puissent réussir dans la République. Et c'est notre fierté, c'est notre chance. parce que ça tire la nation plus loin, mais il faut que jamais ils n'oublient que c'est dans et par la République qu'ils réussissent.
Et que là où la République leur a permis d'arriver, ils ont une responsabilité particulière. C'est ça que j'ai voulu dire, tout le contraire de ce qui a été compris. Et donc, je crois très profondément que la politique que je veux mener, c'est ce que je disais, en remettant l'humain...
Chacun doit prendre sa part, mais ceux qui dirigent ont une part première. Et ils ne l'ont pas toujours remplie. Et je pense que mon rôle n'est pas simplement de leur faire jouer cette part par l'impôt ou la stigmatisation.
Parce que quel résultat ça a eu ? On l'a vu ces dernières décennies. Ils sont partis.
Et on alimente la jalousie qui est la mauvaise face, en quelque sorte, de la volonté et de la passion de l'égalité française. Donc voilà. Je veux remettre de la responsabilité dans notre système, mais redire à chacun : "Vous avez une responsabilité." Mais quand vous dirigez dans l'Etat, dans la vie économique, votre responsabilité est toute particulière, parce que vous devez faire réussir les autres avec vous.
Parce que si vous ne le faites pas, le pays se désagrège. Et je crois que dans le monde contemporain, ces dernières années, s'était installé l'idée qu'on pouvait être de parfaits nomades. C'est-à-dire qu'on pouvait vivre nulle part, parce qu'on gagnait partout.
C'est pas vrai. Et je crois que le Brexit, les élections américaines, la fracturation du monde, l'ont rappelé. Ce que vit notre société le rappelle aussi.
Voilà. Donc, je crois à cette République ambitieuse, solidaire. Elle à son fil, et il est fort, mais il faut recréer les solidarités profondes et la responsabilité, tout particulièrement des décideurs au sein de celle-ci. -Monsieur le Président, bonjour.
Marcelo Wesfreid, du "Figaro". Vous avez demandé tout à l'heure à votre Premier ministre de supprimer un certain nombre d'organismes inutiles, je vous cite, de façon même massive. Est-ce que vous pourriez préciser votre pensée et nous dire concrètement, puisque c'est le terme, quels sont les organismes que vous souhaiteriez voir supprimés ?
Merci. -E. Macron : Vraiment, vous ne voulez pas m'aider.
Vous voyez bien que vous m'avez, à de nombreuses reprises, et c'était pas faux, reprocher de décider de tout tout seul. Et là, je vous dis : "Non, le président de la République "ne peut pas faire tout, tout seul." Vous avez raison.
Je vous donne le point. Il doit donner un cap, prendre des orientations, assumer des choix difficiles, les clarifier, je l'ai fait sur les retraites, mais il doit permettre au gouvernement de prendre sa part au Parlement. Et là vous, vous voudriez, quelque part, que, ayant ouvert cela, demandant au gouvernement dans un délai réduit de le faire, je vienne me substituer à lui.
Ca, je l'ai dit. Et donc je vous confirme, conformément à la question de votre collègue, la 1re, que cette nouvelle phase qui inaugure une nouvelle méthode fait que je ne vais pas non plus me substituer au gouvernement et répondre à votre question. Et, rassurez-vous, il y en a.
Et le gouvernement les proposera. J'avais dit que nous arrêterions à 20 h, mais je m'étais engagé à parler une demi heure. Comme j'ai parlé 20 minutes de plus, j'accorde 20 minutes de plus.
Non. Non, mais parce que je veux être honnête avec vous. Sinon, je vois cette forêt... -Bonsoir, monsieur le président.
Laurence Ferrari, C News, pour le groupe Canal +. Lors de de votre élection en 2017, vous avez dit que vous aviez senti la colère des Français dans un pays qui n'était pas stabilisé. Est-ce que vous ne pensez pas que depuis 2 ans, vous avez été sourd et aveugle à cette colère ?
Et qu'aujourd'hui, encore une fois, le message que vous envoient les Français, les Gilets jaunes, il est dirigé contre vous, et pas seulement par la fonction que vous habitez. Est-ce que vous pensez avoir péché ? Et si oui, par naïveté, par arrogance ou par inexpérience ?
L'autre chose que vous avez dit, c'est que vous avez pu toucher lors de ce Grand débat l'épaisseur des vies des Français. Quel est le message que vous leur envoyez ce soir ? Vous leur dites, à ceux qui ont voté pour vous en 2017, parce que votre promesse était : "Vous travaillerez mieux et vous gagnerez mieux votre vie." Aujourd'hui, vous leur dites "Vous travaillerez plus, vous êtes des feignants. "Vous travaillez moins que vos voisins." C'est surprenant ce que les chiffres dont je dispose au stade 2018, en matière de temps de travail, la France est en 3e position, derrière la Grande-Bretagne et l'Espagne Est-ce que c'est ça le message que vous envoyez aux Français ?
Et puis concernant l'agenda 2025, il est évidemment bien au-delà de l'échéance 2022, soyons clairs. Est-ce que vous serez candidat en 2022, monsieur le président ? -E.
Macron : Alors. Sur le premier sujet...
J'ai beaucoup de défauts et on peut toujours faire mieux, mais je ne crois pas avoir été sourd. Par contre, nous sommes un pays où les désaccords s'expriment toujours avec force et les protestations sont toujours là, et où l'unanimité n'accompagne que rarement des transformations qui sont à faire. Et donc j'assume pleinement de ne pas avoir cédé durant les 2 premières années sur ce qui était et demeure le coeur du projet que nous portons et que je crois très profondément bon pour le pays.
Très profondément. Je crois que la colère qui s'est exprimée n'est d'ailleurs pas le fruit de ces réformes. Je l'ai dit et j'ai essayé de la qualifier tout à l'heure.
Je pense qu'elle est le fruit d'une méthode qui n'était pas la bonne, résolument, qu'elle était le fruit d'un manque d'humanité qui s'est exprimé. J'en prends ma part de responsabilité, mais qu'elle est le fruit aussi d'échecs enfouis depuis très longtemps, d'hypocrisie passée, et quelque sorte du fait qu'on a laissé notre pays depuis des décennies, il faut bien le dire, avec les structures, les habitudes, l'organisation qui avait été bâtie après la Deuxième Guerre mondiale, alors que le monde, lui, avait profondément changé, que la vie familiale était bousculée, que le monde du travail avait changé, en disant : on va s'ajuster et vous allez vous adapter. Donc je pense qu'on a levé une hypocrisie.
J'assume d'avoir levé une hypocrisie. Mais en levant cette hypocrisie, je n'ai pas apporté une réponse immédiate. Aussi parce qu'il est impossible d'apporter en totalité une réponse immédiate et que l'ampleur de la transformation que nous avons à faire, qui est au fond, de rebâtir un contrat avec la nation...
Nous avons commencé de manière inédite sur l'éducation, la santé, le travail, le mérite. Mais nous le faisons en temps de paix, et avec des intérêts acquis, en place, etc., ce qui n'a jamais été fait.
Dans nos démocraties, nous n'avons jamais fait ce genre de transformation. On l'a fait au sortir de guerre, de grandes épidémies de famine ou de crise profonde du système démocratique. C'est ça, ce que nous avons à faire aujourd'hui en France.
Il faut juste le percevoir. Donc, qu'il y ait une colère, à un moment, qui s'exprime, très sincèrement, je le comprends et j'en prends ma part. mais j'en prends ma part et pas plus.
Et je ne veux pas m'en remettre plus. Je pense que la réponse, comme je le disais, ne serait pas de revenir à l'hypocrisie et à dire : "Tout va bien, ça n'est qu'un problème "de pouvoir d'achat, on va vous donner l'argent "et vous allez rentrer chez vous." C'est faux.
Parce que notre peuple est un peuple profondément politique et historique. Il sent ce qui se passe et il veut des réponses profondes. Et il a une impatience à laquelle nous devons répondre, et à la hauteur de laquelle nous devons être.
Et ça, ce sera ma tâche. Et puis il y a cette considération pour chacun qu'il faut apporter. Et ça, je ne l'ai pas fait suffisamment.
Après, vous ne m'avez pas toujours aidé et ce que vous venez de dire, qui est une déformation à proprement parler du propos que j'ai tenu, ne m'aide pas. Quand vous dites, "Vous dites aux Français que sont des fainéants", s'ils retiennent ça ce soir, alors là ! C'est exactement le contraire de ce que j'ai dit, le contraire du message que j'ai envoyé, et c'est bien souvent aussi ce que j'ai vécu.
Quand j'ai parlé de fainéants, j'ai parlé des dirigeants, la seule fois où j'ai parlé de fainéants. Je faisais référence aux rois fainéants. Je n'ai jamais traité les Français de fainéants.
Je ne le crois pas. Je pense que les chiffres auxquels vous faites référence sont sans doute ceux de la productivité, qui est excellente en France. Nous sommes parmi les meilleurs au monde.
Mais celui temps de travail rapporté à la vie ou à l'année, sont sans appel. Mais je ne dis pas ça aux Français. Et je dis que la 1re chose qui fait qu'on travaillera plus, c'est de réussir la bataille contre le chômage, parce que si dans notre pays, on ne travaille pas suffisamment, c'est parce que nous sommes le seul grand pays de l'Union européenne à ne pas avoir gagné la bataille contre le chômage de masse.
Est-ce que c'est un reproche qu'il faut faire aux Français ? C'est un reproche qu'il faut faire aux dirigeants de toutes sortes. Et c'est cette fatalité à laquelle je ne veux pas me résoudre.
Représentez-vous notre pays. Nous avons aujourd'hui des jeunes qui arrivent sur le marché du travail et dont les parents n'ont jamais travaillé. Jamais.
Et vous n'avez pas aujourd'hui, en Europe d'autres pays qui sont dans cette situation. Et ça, c'est un drame. Ca corrompt le rapport au mérite, au travail, à la concorde civile, et donc on doit y répondre.
C'est ça, ce que je dis au peuple français, à nos concitoyens. Donc, voilà. Je veux pas qu'on cède à la caricature, et je considère que c'est à nous de porter ces réformes, mais je reste fidèle à l'engagement pris du travailler mieux, du choix fait, et ce que je vous ai dit sur les retraites, en répondant à la question tout à l'heure, c'est justement de refuser la réforme aveugle qui met tout le monde dans le même sac, et de redonner des choix à chacun, mais en étant et en partageant les contraintes qui sont les nôtres.
Et je crois que tout ce qui a été décidé depuis le début du quinquennat et accéléré au moment de cette crise, va dans le même sens. Travailler mieux, gagner mieux quand on travaille, et surtout quand on travaille davantage. Donc, je crois que c'est cohérent.
Je pense qu'il faut des points de fuite quand on préside, tout particulièrement. Et donc, j'assume d'avoir un agenda qui dépasse l'horizon de ce mandat. La question, elle est récurrente, elle est connue, elle est traditionnelle et parfaitement légitime, que vous me posez, de savoir si je serai candidat pour second mandat.
La réponse est généralement traditionnelle, convenue. (Rires) Eh bien je vais vous dire : si c'était mon obsession, je chercherais à faire ce que disait tout à l'heure, très justement, votre collègue, c'est-à-dire avoir une stratégie pour améliorer mon chiffre ou le retrouver, comme disait un de mes augustes prédécesseurs lointains, essayer d'y arriver. Au moment où je vous parle, je pense que ce serait le meilleur moyen d'échouer.
Mais je pense que ce serait indécent de parler de ça. La question, c'est de savoir comment on réussit aujourd'hui. Je me fiche de la prochaine élection.
Je veux réussir furieusement, passionnément ce mandat.. Je veux le réussir, et pour le réussir, je dois assumer sans doute de prendre d'autres décisions qui seront impopulaires ou difficiles.
Et je veux pouvoir l'assumer. Pour le réussir, je devrai prendre des risques, à coup sûr, et je veux pouvoir les prendre. Parce que je veux réussir ce mandat, parce que je veux que notre pays réussisse, parce qu'il le mérite, parce que je l'aime plus que tout.
Donc, parce que je veux prendre ces risques, parce que je veux prendre cette part de décision, ça n'est pas, aujourd'hui, du tout mon sujet. Maintenant, si je voulais parfaitement vous rassurer, je vous dirais qu'il y a 5 ans, c'était pas non plus du tout mon sujet. -Monsieur le Président, Michaela Wiegel, "Frankfurter Allgemeine Zeitung".
C'est l'heure de l'Europe. Vous avez réaffirmé vos ambitions européennes, notamment sur Schengen et la question de l'énergie. Est-ce que vous commencez aussi une deuxième phase dans votre stratégie européenne ?
On a vu que le couple franco-allemand n'a pas, jusqu'à maintenant, rempli tous les objectifs, tous les espoirs que vous avez misé en lui. Est-ce qu'il faut changer comme certains le suggèrent, ou est-ce que vous vous gardez l'espoir qu'ensemble, en franco-allemand, on arrivera à entraîner d'autres Européens et changer l'Europe ? Merci. -E.
Macron : Merci à vous. D'abord, moi j'assume de croire très profondément au couple franco-allemand, et je pense qu'on a fait beaucoup de choses dans les 2 années qui viennent de s'écouler. Sur l'Europe de la défense, sur l'Europe sociale, pour les travailleurs détachés, en matière d'approfondissement de la zone Euro, avec la décision historique d'avoir un budget, sur nombre de politiques communes : la défense de nos intérêts stratégiques commerciaux, sur la politique des droits d'auteur.
On a fait beaucoup de choses parce qu'à la fin, on a su trouver une convergence franco-allemande. Donc, ce couple, ce tandem, il existe, il est fort, et il a permis de faire des choses, y compris qui n'étaient pas évidentes, d'une part et d'autre. Ensuite, je pense que dans ce tandem, pour qu'il marche, il faut que la France propose.
Je l'ai fait dès le mois de septembre 2017. Alors, certains disent : "Vous avez beaucoup attendu", etc. Oui, mais il y avait des contraintes politiques allemandes.
Je les respecte. L'Allemagne a parfois aussi beaucoup attendu la France. Elle a proposé, et nous n'avons pas répondu.
Mais nous avons, en juin 2018, à Meseberg, je crois, pris un position commune extrêmement structurante et historique sur beaucoup de ces sujets. Je souhaite qu'on aille plus loin. C'est le coeur du projet Renaissance qui m'a conduit à m'adresser à l'ensemble des concitoyens européens, à porter une nouvelle ambition.
Et je souhaite au maximum qu'on puisse le faire en franco-allemands aussi et toujours, parce que je pense que c'est très important. Et je pense que cette culture du compromis, j'ai beaucoup appris sur ce point de la chancelière Merkel, est très importante. Mais après, elle ne doit pas empêcher l'affirmation d'une position française quand elle existe.
Et comme dans tout couple, dans tout projet, d'assumer d'avoir des désaccords. C'est vrai que sur le Brexit, nous n'avons pas aujourd'hui tout à fait la même ligne. A un moment, on devra la trouver.
Sur l'ambition climatique et énergétique, nous n'avons pas tout à fait la même ligne. Et j'assume de m'être opposé à un mandat de négociation donné à la commission pour baisser nos tarifs avec les Etats-Unis d'Amérique, parce que ça n'est pas cohérent avec notre ambition climatique, parce que on demande à nos agriculteurs, nos industriels, nos pêcheurs, de faire des efforts, et on dit qu'on va aller négocier et baisser les tarifs avec un pays qui dit aux siens de pas le faire. C'est pas cohérent.
Et donc, on s'est parfois habitués à dire ce couple, ça suppose d'être d'accord avec les Allemands. Non. Ce couple suppose de construire des solutions communes, mais aussi de savoir affirmer des positions françaises profondément européennes.
C'est cette méthode dans laquelle je crois, qui parfois assume des confrontations fécondes, mais avec toujours la volonté de bâtir à la fin un compromis. Et c'est normal, parce que nos sociétés ne sont pas les mêmes, nos systèmes politiques ne sont pas les mêmes, et sans doute, nos cycles politiques ne sont pas les mêmes. L'Allemagne est sans doute à la fin d'un modèle de croissance qui a beaucoup profité des déséquilibres de la zone Euro, parce que l'Allemagne a su faire au bon moment les réformes.
Je vais pas reprocher aux Allemands de l'avoir fait, mais les divergences au sein de la zone Euro se sont accrues durant cette période et ont beaucoup profité à l'Allemagne. C'est un fait. Et elle a un modèle productif qui a beaucoup reposé aussi sur certains déséquilibres, le fait qu'il y ait des pays à bas coûts, etc., et qui est le contraire du projet social que je porte au niveau de l'Europe.
Et l'Allemagne a depuis 13 ans, à sa tête, la chancelière Merkel, qui en est à son dernier mandat. Donc, c'est normal que les cycles politiques, économiques, étant différents, il y a des moments, qui soient pas des moments où on est parfaitement alignés. Il faut les assumer.
Et je crois que rôle de la France, c'est de proposer d'avoir une ambition européenne, d'oeuvrer, à chaque fois qu'elle le peut, aux compromis franco-allemands pour rassembler le maximum d'Européens, mais de ne jamais avoir peur d'affirmer sa voix, même quand elle est minoritaire. Jamais. Nous l'avons fait dans toutes nos grandes périodes, parce que parfois, il faut savoir le faire.
C'est le rôle de notre nation. -Corinne Lhaïk, L'Express. Bonjour, monsieur le président.
Vous avez parlé tout à l'heure des décideurs. On peut imaginer que les patrons font partie des décideurs. N'ont-ils aucune responsabilité en matière de pouvoir d'achat ?
Toutes les mesures que vous annoncez sont des mesures qui sont financées par l'Etat. D'ailleurs, question subsidiaire, combien coûte ce que vous avez annoncé aujourd'hui ? Est-ce que vous n'avez aucun message à faire passer aux patrons dans le domaine du pouvoir d'achat ?
Est-ce que c'est pas une question qui va être mise sur le tapis dans les prochaines semaines dans le cadre des négociations avec les partenaires sociaux ? Est-ce que vous estimez ce sujet souhaitable ou est-ce que vous considérez que, finalement, en France, aujourd'hui, on ne peut plus vivre dignement de son salaire ? -E.
Macron : Alors, le coeur de la politique à laquelle je crois, que nous menons, c'est précisément de vivre dignement de son travail. Est-ce que la réponse à cela, c'est d'augmenter les salaires ? Parce que c'est la première forme de réponse qu'on pourra apporter à ce que vous dites.
Augmenter les salaires tels qu'ils sont construits aujourd'hui, ça dépend de l'entreprise, du cycle productif. Ce n'est pas de manière générale, c'est pour ça que j'assume que nous n'ayons pas retenu l'option d'augmenter le salaire minimum. Pourquoi ?
Parce que que c'est complètement contraire à l'objectif de compétitivité. Quand je nous compare, et quand on regarde les 15 dernières années, l'évolution des salaires en France n'a pas été défavorable. Et c'est pour ça d'ailleurs que notre compétitivité dans certains secteurs s'en est trouvé atteinte.
Et donc, on doit absolument préserver notre compétitivité. Et donc, je ne peux pas pousser toutes les entreprises à augmenter de manière indifférenciée les salaires. Par contre, on peut y répondre de plusieurs manières.
D'abord sur les bas salaires, ceux qui sont autour du Smic ou à temps partiel. Dans tous les pays, on va progressivement, et on a commencé progressivement à créer ce qu'on a fait en France, qui est, au fond, un impôt négatif. C'est-à-dire on doit accompagner les salariés, parce qu'en effet, pour vivre dignement, le salaire minimum qui est compatible avec la compétitivité actuelle ne marche pas.
C'est la prime d'activité. C'est un impôt négatif, la prime d'activité. Et ça, il faut l'assumer, parce que c'est la seule chose qui est compatible avec notre compétitivité profonde.
Si les règles de la mondialisation changent, on peut progressivement changer de système, mais aujourd'hui, si je faisais ce choix, au fond, d'augmenter de manière réglementaire les salaires pour tout le monde, je détruirais de l'emploi. Et je détruirais essentiellement l'emploi des plus jeunes et des peu qualifiés. Par contre, les entreprises peuvent beaucoup mieux associer à la création de richesse des salariés.
Et ça, ça passe par le dialogue social. C'est au coeur de la réforme que nous avons portée au début du quinquennat : le dialogue social fort dans l'entreprise et la branche, c'est un meilleur partage des richesses. L'association accrue, ce que porte la loi Pacte, récemment votée, l'association accrue des salariés dans la gouvernance de l'entreprise, c'est la garantie de mieux participer aux décisions, mais aussi de mieux participer au partage des richesses.
Et c'est ça qu'on a insuffisamment fait en France. Et c'est plus intelligent, parce que ça veut dire qu'on partage les richesses quand on les crée, mais qu'on peut réduire ce partage quand les choses vont mal. Et donc, on s'adapte beaucoup plus au cycle économique.
Et donc, je crois à la politique d'intéressement et de participation. Cette politique de l'association dont parlait le général De Gaulle et qui une spécificité française qu'on a non seulement relancée, mais profondément simplifiée pour les petites et moyennes entreprises. Et à cet égard, la prime exceptionnelle de l'année dernière que j'ai confirmée pour cette année, va s'inscrire sur 1 000 euros supplémentaires d'intéressement, elle est dans cet esprit-là, profondément.
Et après, pour vivre mieux, là aussi, c'est tout le dialogue social sur le territoire, quand les partenaires sociaux arrivent à bâtir une prime mobilité pour aider les salariés qui vivent à 45 minutes ou 1 h de la grande ville où ils doivent travailler, c'est de la réponse de pouvoir d'achat, parce que le problème de pouvoir d'achat en France, il faut bien le regarder tel qu'il est. C'est pas un problème de niveau de salaire, c'est un problème d'augmentation des dépenses contraintes. C'est le coût du logement qui a augmenté, c'est le coût de toutes les dépenses contraintes des ménages, c'est ce qu'on fait en essayant de baisser le coût subi de la santé, c'est ce qu'on fait en mettant la pression sur les assureurs et les banquiers pour qu'ils baissent leurs frais, c'est ce qu'on fait en ayant une politique qui relance l'offre de logement pour en baisser les coûts, et c'est ce qu'on fait aussi, par le dialogue social avec les partenaires sociaux, les élus, pour trouver des solutions concrètes, pour accompagner dans leurs déplacements quotidiens les Français et leur pouvoir d'achat.
Puis enfin, c'est ce qu'on va faire avec notre politique énergétique, ce qui est là aussi bon pour la qualité. Donc voilà, il y a toute une frange mais c'est comme ça qu'on répond à la problématique du pouvoir d'achat. Et en effet, nos dirigeants d'entreprises ont un rôle essentiel à jouer qui est de mieux associer, de mieux faire participer.
Je vais vous dire une conviction qui est le fruit d'un constat : les entreprises où le dialogue social est bon, où la qualité de vie au travail est bonne, où l'association aux performances de l'entreprise, et donc le juste partage est bon, et où on regarde l'entreprise comme un collectif humain et pas simplement la propriété des actionnaires, eh bien, ce sont les entreprises où on innove le plus, où on crée le plus de valeur, et qui résistent le mieux aux cycles économiques difficiles. Ca devrait faire réfléchir. Mais le coût des mesures, je l'ai à donné à chaque fois.
Il y a celle du coût des mesures du mois de décembre. Et sur l'IR, je l'ai donné. Il n'y en a pas beaucoup d'autres.
La réindexation, elle sera gagée, comme je l'ai dit. La réindexation est jusqu'à 2 000 euros. Elle fait partie du paquet qui sera explicité par le gouvernement en juin. -François-Xavier Guillerm, France Antilles, le GIR et France Guyane.
On a peu parlé de l'outremer. Vous avez dit que vous maintiendrez les niches fiscales outremer. Est-ce qu'il vous est remonté du Grand débat national la nécessité impérieuse de fermer France O ?
Et vous avez parlé du droit à la différenciation, ça, ça intéresse beaucoup les Roms, notamment. Que pouvez-vous dire dessus ? Merci. -E.
Macron : Ni de confirmation impérieuse ni de protestation impérieuse. Sur ce sujet, je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises. Je suis attaché aux territoires d'outremer, je l'ai dit.
On a porté des Etats généraux inédits, ce livre bleu, avec des décisions claires, une déclinaison, et on a conclu ici même cette stratégie où j'ai parlé de "l'archipel France". Et j'assume une politique ambitieuse de nos outremers, qui doivent retrouver de la dynamique dans chaque région où elles sont inscrites. Mais je pense là aussi qu'il faut qu'on soit moins hypocrites.
Il y a des chaînes pour chaque territoire d'outremer. Elles seront maintenues et elles sont indispensables. Avoir en plus une chaîne nationale juste sur les outremers n'est pas indispensable, avec France O.
Et surtout, c'est justifié que nos outremers n'ont pas droit de cité au coeur de France Télévision. Là où je vous rejoins, c'est que je serai très vigilant, avec le Premier ministre et le ministre de la Culture, pour que les engagements pris de présence d'ultramarins à l'écran, de sujets ultramarins, des préoccupations, à l'écran des grandes chaînes de France Télévision soient là, mais pas que ce soit relégué dans un coin à part. Sur la différenciation, les territoires ultramarins l'ont déjà beaucoup expérimenté.
On va continuer de le faire, mais là-dessus, pour aller plus loin, il faut qu'on fasse réussir notre réforme constitutionnelle. Nous portons dans le cadre de celle-ci de nouvelles ambitions et surtout une simplification profonde qui est attendue de nos territoires ultramarins. Ils veulent pouvoir plus vite et beaucoup plus simplement prendre des compétences lorsqu'elles sont pertinentes et requises et pas passer par la procédure aujourd'hui très lourde qui est prévue et du coup, peu utilisée.
On a eu une discussion avec l'ensemble de ces territoires qui, d'ailleurs, de manière très pragmatique a conduit à ce qu'on identifie des compétences qui seraient mieux gérées si elles étaient reprises, sur certains sujets énergétiques, transport ou autres, et parfois à reprendre au niveau de l'Etat des compétences qui sont insoutenables dans ces collectivités. C'est ce qu'on a fait, par exemple, sur le RSA dans plusieurs territoires ultramarins. Donc je dirais que ces territoires seront à la pointe de la différenciation, c'est ce que nous commençons à faire dans le cadre constitutionnel actuel, mais pour le réussir, il importe que les assemblées nous aident à conduire au terme de son chemin cette réforme constitutionnelle. -Bonsoir, monsieur le Président.
Paul Larrouturou au "Quotidien". Vous esquissez ce soir une forme de mea culpa, mais pas vraiment. Vous parlez de caricatures, de malentendus, vous dites que vous n'êtes pas comme ça au fond.
Mais est-ce un malentendu, puisque depuis 5 mois, les Gilets jaunes vous reprochent votre comportement, qu'ils jugent arrogant. Beaucoup de vos phrases ont fini en pancartes : "Je traverse la rue, je vous trouve du travail." "Le pognon de dingue des minimas sociaux." "Les Gaulois réfractaires au changement." Je vais pas toutes les citer.
Vous répétez prendre votre part de responsabilité, mais quelle est selon vous exactement cette part ? Question quasi philosophique. Pouvez-vous changer et voulez-vous vraiment changer ?
Et puisque je vous interroge sur vos erreurs, regrettez-vous d'avoir recruté Alexandre Benalla dont le comportement entache votre quinquennat et scandalise beaucoup de Français ? Et considérez-vous, avec le recul et les révélations de la presse, qui cherche la vérité, avoir fait une erreur ? Merci. -E.
Macron : Alors sur le 1er point, il faut aussi que, collectivement, dans la vie d'une nation, on accepte de passer des étapes. Mais si on revient toujours aux mêmes choses, il y a peu de chance qu'on progresse. Moi, j'en ai parlé déjà 10 fois au-delà d'aujourd'hui.
Très sincèrement, je peux y revenir. J'y suis déjà revenu. Il y a des phrases que je regrette, il y a des phrases qui ont été sorties de leur contexte, C'est une réalité.
Elles se sont agrégées par le jeu des réseaux sociaux, les déformations des oppositions politiques, et c'est là, et ça n'est pas bon, et ça n'aide ni mon action ni celle du gouvernement. C'est pour ça que je les regrette. Maintenant, j'ai toujours la même prudence quand on parle des Gilets jaunes, celle que j'ai essayé d'avoir au début de mon propos.
Je reconnais, je respecte et je considère les Gilets jaunes qui sont sortis dans la rue au début de cette crise ou qui étaient en sympathie avec ceux qui étaient dans la rue, mais je ne cède rien à ceux qui détruisent les institutions, veulent le pire, au fond, veulent l'émeute et ne manifestent même plus. Ceux-là dont vous parlez qui ont ces pancartes, ils peuvent les avoir très longtemps. Ca ne m'émeut pas.
Ca ne m'émeut pas. Donc je pense qu'il faut avoir de la lucidité. Est-ce qu'on change jamais ?
L'avenir le dira. Chacun est, en quelque sorte...
Comme a dit Bernanos : "On a sa conscience pour soi." Mais je crois que j'ai compris beaucoup de choses de la vie du pays, de ce que des impatiences qu'on exprime avec sincérité, croit-on, peuvent être mal comprises. Même si on ressent que c'est une injustice, quand c'est mal compris et que ça blesse, c'est une erreur.
Je ne vais pas vous dire le contraire. A quelques mètres d'ici, ce jeune garçon qui était horticulteur et cherchait un emploi. J'ai passé un quart d'heure, l'un d'entre vous était avec moi.
Si j'étais méprisant, je ne lui aurais même pas parlé. Un vrai méprisant lui aurai dit bonjour et serait passé comme ça. Il a parlé de son problème, j'ai échangé avec lui.
Il m'a dit : "Je suis prêt "à prendre un emploi dans l'hôtellerie-restauration." Je lui ai dit : "De l'autre côté de la rue, ils en prennent." Très bien.
On y va. C'était pas un propos méprisant ou un propos qui valait pour toutes les rues de France. J'ai eu à m'en expliquer après dans beaucoup de déplacements.
Et voilà : le raccourci, la sortie du contexte, le monde où on vit. Donc je les regrette très profondément. Je pense que ça ne disait pas ce que je suis vraiment, l'attachement que j'ai aux Français et le coeur de la politique que je veux que nous menions.
Maintenant, il y a beaucoup de gens qui veulent en jouer, et dans les gens qui tiennent les pancartes que vous évoquez, il y a aussi maintenant dans les rues beaucoup de militants politiques, beaucoup, qui veulent juste autre chose. Ils iront aux élections pour proposer autre chose. Mais eux, je les respecte, je les considère, mais...
Voilà. Je pense qu'il faut que le pays avance et que c'est beaucoup plus important. Sur Alexandre Benalla...
C'est trop facile de regretter. Est-ce que je pense qu'au moment où j'ai été élu, connaissant ce jeune garçon qui avait vraiment du talent, qui s'était engagé dans ma campagne, qui avait son histoire, est-ce que je regrette de l'avoir embauché à l'Elysée ? Non.
Parce que je pense que c'était extrêmement cohérent avec les valeurs que je porte et avec ce que je veux que nous fassions. C'est sans doute pour ça que je lui en veux encore plus. Il a fait des fautes très graves.
Les sait-on toutes aujourd'hui ? Je ne sais pas. Il a droit à la présomption d'innocence aussi, comme tous citoyens dans la République.
Mais de ce fait, quoi que n'ayant jamais été protégé par l'Elysée, qui l'a sanctionné, qui l'a ensuite licencié, et qui n'a jamais cherché à le protéger à l'égard de quelque service administratif ou du grand public. Il n'a pas donné une bonne image. Il n'y a jamais eu de prébende pour Alexandre Benalla à l'Elysée.
Il n'a pas été protégé. Il n'a pas été protégé face à la justice ou aux médias. Donc je le regrette pour ça.
Mais je ne regrette pas les choix faits à d'autres moments, parce que je ne savais pas tout. Et quand vous décidez d'employer quelqu'un, il y a une part de risque, la responsabilité qui va avec. C'est ma part de responsabilité.
Voilà. Mais on en a sans doute beaucoup fait sur cette affaire. Beaucoup.
Peut-être trop. Voilà comment je vois les choses. Voilà, mesdames et messieurs, cette fois-ci, il est 20 h 26, et j'avais pris un engagement.
Et au-delà du temps dépassé, il a été, si je puis dire, rendu. Je voulais vous remercier pour cette conférence de presse et cet échange. Il y en aura d'autres et elles n'attendront pas 2 ans, madame la présidente, parce que c'est aussi conforme à cet aggiornamento que je souhaite.
Je crois très profondément que ce que nous sommes en train de faire et nous devons faire aujourd'hui, c'est d'ouvrir ce nouvel acte que j'évoquais, cette réhumanisation, ce ré-enracinement, d'un projet de transformation profond. C'est celui que je veux que nous réussissions maintenant, avec le gouvernement, les partenaires sociaux, l'ensemble des élus. J'y donnerai toute mon énergie, donc j'y reviendrai souvent avec vous.
Parce que je crois très profondément que ce que j'ai évoqué à plusieurs reprises, cet art un peu particulier d'être français, c'est ce dont notre pays a besoin et qui est une part de la réponse à la boule au ventre du matin. Je crois aux symboles et à l'esprit du temps, Ce qui s'est passé la semaine dernière, ce que notre pays a vécu, et ces pages se retournent toujours vite dans l'actualité qu'on traverse, a dit quelque chose de la très grande spiritualité et de l'esprit d'engagement de notre pays, de sa capacité à répondre, se mobiliser, espérer, et vouloir rebâtir. Et je crois que ce qui s'est vu s'est senti dans ce moment-là.
C'est la part de vérité de cet art d'être français. C'est la fin de l'esprit de division, c'est les discussions permanentes sur beaucoup de sujets légitimes, mais c'est la volonté de bâtir ensemble profondément, résolument, ce modèle humain et français. Je vous remercie beaucoup et à bientôt.
Merci à vous.