Gertrude Bell, la femme qui a façonné le Moyen-Orient
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« Elle a eu la première mention très bien en histoire moderne à Oxford, tous étudiants confondus, filles et garçons. »
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« La création de l'Irak n'avait aucun sens. Construction tout à fait artificielle, ad hoc. »
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Exploratrice, archéologue, espionne, diplomate, connaissez-vous cette femme qui a contribué à dessiner les frontières de l'Irak moderne ? Son nom ? Gertrude Bell.
Pourtant, contrairement à son amie Laurence d'Arabie, elle est presque tombée dans l'oubli. Gertrude Bell naît en 1868 dans une riche famille anglaise, à une époque où les femmes sont avant tout destinées au mariage. Et cette jeune fille, brillante et rebelle, choisit un tout autre chemin.
Disons que c'était quand même une surdouée. Et de fait, grâce à son père, elle a pu entrer à Oxford, elle a eu son diplôme avec un an d'avance. Elle a eu la première mention très bien en histoire moderne à Oxford, tous étudiants confondus, filles et garçons.
Passionnée d'histoire et de politique, attirée par l'aventure et l'exploration, elle part pour le Moyen-Orient. Pendant près de 20 ans, elle traverse les déserts, rencontre les chefs de tribus, apprend le persan, puis l'arabe, et participe à des fouilles archéologiques. Elle voyage de tribu en tribu.
Quand elle arrive, sa stratégie, c'est de, elle campe, à côté d'un campement bédouin dirigé par un chèque. Elle l'invite éventuellement à prendre le thé et elle parle poésie. Dans certains cas, elle chasse.
Et c'est ainsi qu'elle noue des relations d'égal à égal. Elle dit qu'elle a un pistolet dans sa malle, mais elle précise qu'elle est enroulée dans son jupon en dentelle. Et les tribus arabes la voient comme telle.
Lady, elle devient la dame, la Khatoune. Début 20e, la région appartient à un empire ottoman en plein déclin. Les grandes puissances européennes convoitent ce territoire, à la fois pour sa position géographique et ses ressources pétrolières.
Puis la première guerre mondiale éclate et tout s'accélère. Le Moyen-Orient devient un véritable champ de bataille. Et c'est là que les connaissances très fines de la région de Gertrude Bell deviennent stratégiques pour la Grande-Bretagne.
Elle rejoint l'administration, d'abord au Caire, puis à Bagdad, où elle fournit des renseignements, conseille Londres, travaille avec Laurence Darabie, avec qui elle deviendra amie, et participe à la création de l'Irak sous mandat britannique. Elle est chef des renseignements. Les Britanniques prennent Bagdad en mars 1917, se met en place une administration civile, dans l'idée de la rattacher à l'Empire des Indes.
Et puis Gertrude Bell comprend que l'Empire n'a plus les moyens de ce genre de schéma. Elle va décider de mettre en place ce qu'on appelle un schéma à la nigérienne, c'est-à-dire que vous installez sur le trône un potentat local, et derrière, en coulisses, vous tirez les ficelles, vous contrôlez la diplomatie, les finances, la guerre, les outils de domination. Lors de la conférence du Caire en 1921, elle contribue au choix de Faisal comme roi d'Irak.
On la surnomme alors la Feseuse de roi. Mais Gertrude Bell reste une figure paradoxale. Fascinée par le monde arabe, ses cultures et son histoire, elle se met pourtant au service des objectifs impérialistes de la Grande-Bretagne.
La création de l'Irak n'avait aucun sens. Construction tout à fait artificielle, ad hoc. Par contre, c'est elle qui met en place ce musée, et qui va devenir peut-être le plus grand musée d'art pré-islamique au Moyen-Orient par la suite.
Et si elle est une femme libre, audacieuse et influente dans un univers presque exclusivement masculin, elle s'oppose également au mouvement des suffragettes et au droit de vote des femmes. Mais peu à peu, son influence décline. Le roi Faisal éloigne cette conseillère imposée par les Britanniques, et Gertrude Bell comprend que ce rôle politique touche à sa fin.
En 1926, à seulement 57 ans, elle meurt, possiblement par suicide, après une overdose de somnifères. En 2015, le réalisateur Werner Herzog lui consacre un film, qui passe presque inaperçu. Un destin à l'image de Gertrude Bell elle-même.
Une femme qui a contribué à façonner le Moyen-Orient moderne, mais dont l'histoire est restée dans l'ombre de Laurence d'Arabie, immortalisée par un film devenu un classique du cinéma et récompensé par cet Oscar. Gertrude Bell est l'aînée de Laurence d'Arabie. Elle lui a appris beaucoup de choses.
L'aventure vécue par Laurence d'Arabie n'aurait pas été possible si Gertrude n'avait pas expliqué les tribus arabes qu'allait rencontrer Laurence en traversant la mer Rouge. Sous-titrage Société Radio-Canada