Accord de libre échange avec le Mercosur, colère des agriculteurs, frappes en Russie... Marion Maréchal est l'invitée du 18 novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et bonjour Marion Maréchal. Vous écoutiez la chronique d'Axel de Tarlet. On va y revenir évidemment sur le Mercosur et sur le mouvement des agriculteurs. On va commencer par ça parce que c'est un mouvement sur lequel vous montrez particulièrement impliqué. Vous avez publié des vidéos. Vous irez peut-être d'ailleurs sur un rassemblement aujourd'hui même. Pour l'instant, on a l'impression que les perturbations sont limitées. Est-ce que vous pensez que le mouvement va se durcir ? Est-ce que vous le souhaitez d'ailleurs peut-être ?
Alors oui, je le pense et oui, je le souhaite puisque malheureusement, c'est la seule façon pour nos agriculteurs de se faire entendre. On l'a bien vu, une population qui est en extrême détresse économique. Je rappelle que ces pays du Mercosur sont la zone la plus compétitive du monde sur des produits agricoles qui sont particulièrement sensibles en Europe, notamment le bœuf, la volaille et le sucre.
Et que ceci vient en cumul d'autres difficultés, d'une concurrence qui est déjà très largement déloyale par ailleurs avec d'autres pays, une surréglementation, une surtransposition européenne, des coûts de production élevés, des normes environnementales de plus en plus dures qui menacent également notre compétitivité. Donc c'est vrai qu'il en va tout simplement d'une question de survie et d'où la nécessité, une fois de plus, de se pencher et de mettre en place un état d'urgence agricole qui n'est pas advenu jusqu'ici.
Mais il y a aussi des gagnants, on vient de l'entendre avec, encore une fois, la chronique d'Axel. Il y a de nombreux secteurs qui souhaitent que cet accord soit signé, y compris d'ailleurs au sein des agriculteurs. Tous les agriculteurs ne souhaitent pas faire obstacle à ce Mercosur. Comment on fait ? Il y a des équilibrages ?
Ces agriculteurs-là, je ne les ai pas rencontrés. Parce que quand on explique aux agriculteurs qui vont être mis en concurrence avec un pays, par exemple le Brésil, qui utilise 52 pesticides interdits en Europe, avec un pays comme l'Argentine, dont un tiers des pesticides utilisés sont aujourd'hui interdits en Europe, alors même qu'eux sont confrontés à des normes européennes de plus en plus exigeantes, croyez-moi qu'ils ne le prennent pas bien. D'autant plus que je rappelle que le déficit agricole de la France est de près de 8 milliards d'euros hors vins et spiritueux, et de près de 100 milliards sur l'ensemble de l'économie.
Donc on voit bien qu'aujourd'hui, cette concurrence ne se fait pas au bénéfice de la France parce que nous sommes aussi dans une situation économique où nous avons des charges à la fois environnementales et fiscales extrêmement lourdes qui font que, de manière générale, nous sommes perdants de ce genre de choses. Maintenant, ce de quoi je m'étonne, c'est qu'on a un président de la République qui n'a de cesse de dire depuis 2019 qu'il s'oppose à ce traité, après d'ailleurs y avoir été favorable.
Il l'a redit hier soir.
— Alors très bien. Mais alors que fait-il pour obtenir des résultats au-delà des paroles ? On sait aujourd'hui, par exemple, qu'il y a la Pologne, les Pays-Bas et l'Autriche qui ne sont pas particulièrement enthousiastes à l'idée de ce traité. Que ne va-t-il à la rencontre de ces gouvernements pour tenter d'organiser cette fameuse minorité de blocage qui permettrait de rendre actif le veto de la France ? — C'est parce que la France ne pèse plus, tout simplement ? La voix de la France n'est plus entendue ?
— Parce que je pense, une fois de plus, que d'ailleurs Emmanuel Macron est dans une forme de duplicité, que par ailleurs, c'est vrai, aujourd'hui, l'influence de la France, de son fait d'ailleurs, est très affaiblie, que la récente nomination de Stéphane Séjourné comme commissaire français ne va pas contribuer à renforcer la voix de la France, puisqu'il s'agit là du dernier caprice, en réalité, du président de la République avec un homme qui n'a aucune compétence pour porter le portefeuille industriel, et que la situation de la France est économiquement dramatique. Et donc nous, la voix de la France est très peu crédible au niveau européen, mais ça ne veut pas dire qu'il faut abandonner.
Et une fois de plus, là, il y aurait moyen de constituer une minorité de blocage si nous en avions la volonté.
— Sur les actions et le niveau de blocage, le ministre de l'Intérieur s'est exprimé hier, Bruno Rotaillot, il a dit qu'il enverrait la force publique en cas de blocage durable. Est-ce que vous le comprenez ? Est-ce que vous dites, effectivement, qu'il faut rester mesuré dans les actions ?
— Écoutez, moi, j'aimerais qu'il commence par s'intéresser au blocage des dealers, aujourd'hui, dans nos banlieues. Parce que ça, vous voyez, c'est le plus urgent. Oui, enfin, jusqu'ici, malheureusement, ces blocages n'ont pas été mis à mal. Donc moi, il faut comprendre que ces agriculteurs, ils ne font pas ça par plaisir. Ils font ça pour des raisons de survie, une fois de plus. Et que malheureusement...
— Personne ne vous dit ça, bien sûr. Mais il y a une mesure dans les actions. Voilà, c'est ça qu'il dit le ministre.
— À un moment donné, oui. Enfin, vous savez que les agriculteurs sont des gens qui se lèvent tôt le matin, qui payent leurs impôts, qui travaillent et qui respectent la loi en général. On n'est pas face à des gens qui sont dans un jusqueboutisme. Ils demandent juste à être entendus. Vous savez, l'année dernière, il y a eu l'une des plus grandes crises de mobilisation agricole de notre histoire. On a annoncé beaucoup de mesures. Et aujourd'hui, nos agriculteurs disent que le compte n'y est pas, qu'à peine un tiers des mesures qui ont été annoncées ont été mises en place. On a quelques réponses ponctuelles, un seul contrôle par an. Enfin, très bien.
Mais sur les questions structurelles, ça veut dire la surtransposition du droit européen, l'excès de normes, la fiscalité, la fiscalité sur la transmission, sur tous ces sujets, il n'y a eu aucune réponse politique majeure qui a été apportée.
— Alors il y a une autre actualité importante ce matin qui vient des États-Unis et qui concerne l'Ukraine. Les Américains autorisent les Ukrainiens à frapper en Russie dans la profondeur avec les missiles que les Américains leur livrent, notamment les Atacoms. Est-ce qu'il fallait le faire ? Est-ce que vous dites que c'est une bonne décision américaine ? Est-ce que ça vous inquiète ?
— Non. En ce qui concerne moi la France, nous sommes toujours opposés à ce qu'il puisse y avoir des frappes sur le sol russe, tout simplement parce que c'est un risque d'escalade majeur vers la Troisième Guerre mondiale. Et qu'on s'étonne d'une décision aussi grave prise par l'administration Biden, en pleine transition d'ailleurs politique, vers l'administration Trump. Une sorte de fuite en avant au moment même d'ailleurs où Zelensky lui-même explique qu'il ouvre la voie à des négociations et à une sortie diplomatique dès 2025.
— Oui, mais on ne peut négocier qu'en position de force. C'est ça aussi que dit Zelensky. Il faut regagner du terrain pour pouvoir négocier.
— La grande difficulté au niveau européen, et que nous, nous avons toujours tenté d'ailleurs de maintenir sur la ligne que nous avons défendue, c'était de dire comment nous pouvons aider au maximum l'Ukraine, ce que l'Europe a quand même très largement fait, sans basculer finalement dans une cobéligérance qui pourrait mondialiser le conflit. Le problème, c'est que nous sommes sur le fil. Il faut bien voir aujourd'hui qu'il y a l'arrivée de soldats nord-coréens. Je ne vous l'apprends pas. Donc cette mondialisation, elle est en train d'advenir. Nous ne pouvons pas aller tellement au-delà...
— Justement, est-ce qu'il ne faut pas franchir un palier supérieur ? Vu que Vladimir Poutine, lui, les franchit, c'est palier.
— Écoutez, le problème, c'est que franchir un palier supérieur avec aujourd'hui une puissance nucléaire, elle-même alliée à d'autres puissances nucléaires, c'est jouer un jeu extrêmement dans notre... Je crois qu'aujourd'hui, il est temps en effet d'accompagner cette volonté ukrainienne d'une sortie de crise. Si Zelensky, après avoir porté avec courage d'ailleurs cette résistance admirable des Ukrainiens, eh bien c'est que le pays est à bout de souffle. Voilà.
Et donc il faut malheureusement aujourd'hui envisager en effet une négociation dans les meilleures conditions possibles, et nous le souhaitons, et j'espère que la France sera au rendez-vous pour accompagner cela, mais nous ne pouvons pas à un moment donné courir vers cette fuite en avant qui aboutit à des morts et à des drames comme nous voyons depuis trois ans.
— Est-ce que vous irez écouter Volodymyr Zelensky demain au Parlement européen ? Est-ce que vous l'applaudirez ?
— Oui, j'y serai évidemment tout à fait. J'écouterai ce qu'il a à dire. Et une fois de plus, je souhaite que les Européens puissent être à ses côtés pour pouvoir négocier dans les meilleures conditions, notamment les négociations territoriales. Mais à un moment donné, si vous voulez, il faut bien tirer acte de ce qui se passe depuis maintenant de nombreux mois. Nous voyons bien que les forces ukrainiennes s'épuisent, et que nous ne pouvons pas non plus pour autant faire la guerre à sa place et risquer une troisième guerre mondiale. Et donc il faut trouver une sortie de crise diplomatique. — Les mille jours de la guerre,
ce sera demain. Demain, ce sera aussi l'anniversaire triste de la mort de Thomas à Crépol. Personne n'a oublié évidemment ce drame, sur lequel vous étiez beaucoup exprimé à l'époque. Il y a un autre jeune rugbyman du même club, d'ailleurs, il y a deux semaines, qui est mort dans d'autres circonstances. Il a écopé d'une balle à la sortie d'une boîte de nuit. Il était au mauvais endroit, au mauvais moment, semble-t-il. Est-ce que vous avez l'impression que les choses depuis un an ont changé, dans un sens
ou dans un autre ? — Ce que je constate, c'est surtout qu'il y a un dramatique phénomène, c'est-à-dire multiplication, banalisation, invisibilisation. C'est-à-dire qu'il faut imaginer quand même que ce sont deux jeunes du même club, un club, même groupe d'amis. J'ai rencontré d'ailleurs la famille de Nicolas, qui est d'une dignité extraordinaire, des parents qui sont dans une situation économique assez fragile, qui expliquent avoir toujours travaillé, élevé leurs enfants dans de bonnes conditions, avec le respect, évidemment, de la loi et des
autres. — Nicolas, c'est l'autre jeune rugbyman qui est mort.
— Exactement. Et qui se retrouve avec ce gamin qui meurt à la sortie d'une boîte de nuit. Mais ça n'est pas simplement un fait divers. C'est devenu un fait de société. La réalité, c'est que ce genre de phénomène se multiplie. On a aujourd'hui des fils de France qui meurent de balles, de coups de couteau, de gratuitement, avec une jeunesse française qui est prise en étau entre deux phénomènes. Et Thomas et Nicolas en sont, malheureusement, les archétypes. D'une part, un racisme anti-blanc décomplexé d'une partie, d'une jeunesse racaille, bien souvent d'origine immigrée, et qui s'en prend violemment et gratuitement à cette jeunesse de France.
Et de l'autre, en effet, le trafic de drogue, dont est victime indirectement Nicolas, et qui gangrène de manière massive
le territoire français. — Et est-ce que vous faites confiance à Bruno Retailleau, dont on imagine que vous êtes relativement proche sur le plan des idées pour régler le problème ou pas ? — Le problème,
c'est que c'est une question de confiance globale au gouvernement. Au-delà de Bruno Retailleau, il s'agit de savoir s'il a les moyens d'agir. Or, en ce qui concerne ces deux sujets, elle touche non seulement à la question de la politique migratoire, et elle touche aussi à la question de la politique pénale et de la justice.
— Il y a une loi immigration prévue en début d'année prochaine.
— Et donc est-ce que je fais confiance, notamment, à M. Migaud, ministre de la Justice, qui vient du Parti socialiste, pour répondre à cela, alors que lui-même s'était opposé au plein plancher et avait fait l'apologie du bilan de Christiane Taubira ? Je n'en suis pas certaine. Voilà. Et sur la question de l'immigration, on aimerait avoir des réponses structurelles et non pas une fois plus ponctuelles. Est-ce que le gouvernement envisage de remettre par exemple en cause l'accord avec l'Algérie ? Je ne le crois pas
et c'est regrettable. — Alors un mot sur un éventuel empêchement de Marine Le Pen. Il y a eu les réquisitions la semaine dernière. Au cas où elle était empêchée, est-ce que pour vous, Jordan Bardella serait le candidat naturel ? Est-ce que vous le soutiendriez ? Ou peut-être, le cas échéant, vous pourriez y aller vous-même ?
— Non mais écoutez, pour l'instant, la question ne se pose pas en ces termes. Et je souhaite qu'elle ne se pose pas en ces termes. Parce qu'il y a un double scandale dans cette affaire. Déjà un scandale juridique, parce qu'on a là une justice qui explique aux élus la manière dont ils doivent utiliser leurs collaborateurs parlementaires, ce qui me semble déjà extrêmement dangereux. Et il y a un scandale démocratique. Ça n'est pas au juge de décider de la fiche présidentielle comme ils l'ont fait la fois dernière avec François Fillon. Et donc il faut absolument que ces réquisitions du procureur ne soient pas suivies et qu'il n'y ait pas d'inigibilité prononcée à l'égard de Marine Le Pen.
— Et le jugement, ce sera en début d'année prochaine. Merci beaucoup, Marie-Marie. — Merci à vous.
Merci à vous.
Marion Maréchal