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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 4 octobre 2026 48 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & international

BARDELLA, RN : CE QUE LA DÉDIABOLISATION CHERCHE À CACHER

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Chapitres

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    « Le Front National est créé en 1972 par des gens qui ont collaboré, par des anciens de l'Algérie française. »

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Locuteur

L'histoire du Front National avant celle du Rassemblement national, c'est une stratégie permanente de dédiabolisation. Mais pour se dédiaboliser, c'est bien qu'il y a un diable à cacher. Le premier article qui part du Front [musique] National, c'est un article du monde qui raconte l'événement de création du parti. Et le journaliste qui couvre cet événement, il dit tiens, pour une fois, ils avaient pas leur casque et leur manche de pioche. La théorie du grand remplacement, l'ensauvagement, la submersion migratoire, ces mots, ces concepts qu'on retrouve partout dans les médias et dans la bouche des politiques ne viennent pas de nulle part.

Ils ont été pensés et théorisés il y a plusieurs années déjà par les identitaires. Au début, il n'était qu'une poignée d'intellectuels parmi lesquels des nostalgiques de l'Algérie française et des néofascistes. Leur manière de procéder est simple. Pour s'imposer politiquement, il faut gagner la guerre des idées. Et en 2026, ils peuvent compter sur un homme pour lier leurs idéologies. Jordan Bardella qui vient d'être épinglé après la révélation de propos antisémite. Alors, qui sont les identitaires ? Comment mèneent-ils la bataille culturelle en France ? Et qui sont leurs relais ?

Ce sont les questions que s'est posé Mathieu Molard, rédacteur en chef de street press dans son dernier livre Au nom des blancs, une histoire des identitaires aux éditions de Divergence. On s'autorise à penser, c'est tout de suite. Mais on s'autorise à penser dans les milieux autorisés. Alors ça c'est encore un autre truc. Les milieux autorisés, vous y êtes pas vous. Mathieu Molard, merci d'être sur ce plateau. Merci pour l'invitation. L'actualité, je le disais en introduction, ce sont ces propos antisémites attribués à Jordan Bardella et révélé par Mediapart en début de semaine dans des conversations privées datant de 2013 à 2015.

Alors que le RN mène depuis des années une stratégie de dédiabolisation, ces révélations ont suscité beaucoup de réactions, notamment au sein du parti. Qu'est-ce que ce choc, il dit selon vous de la réussite de la stratégie de dédiabolisation ? D'abord, l'histoire du Front National avant celle du Rassemblement national, c'est une stratégie permanente de dédiabolisation, mais pour se dédiaboliser, c'est bien qu'il y a un diable à cacher.

Le Front National est créé en 1972 par des gens qui ont collaboré, par des anciens de l'Algérie française, enfin tout un tas de militants extrêmement radicaux qui se disent que il faut qu'il crée un parti et que ce parti se présente aux élections, ça pourra leur donner une image un peu meilleure que celle de de Colabo ce qu'ils étaient. Euh et ils sont tellement entachés par ce stigmat là qu'ils vont chercher un président en dehors de leur propre militant. Jean-Marie Le Pen, il est le fruit en quelque sorte d'un casting quand il prend la tête du Front National. Ils sont ils ont proposé à plusieurs personnes, ils ont proposé à Le Pen parce que à l'époque il passe pour modérer à côté d'eux.

Le Pen, il a déjà été député, le plus jeune député de France à son époque. Il fait il a fait partie des comités Tixi Vignant de cours. C'est un peu le erxioti de l'époque. Il est à la frontière entre la droite et l'extrême droite. Et c'est pour ça qu'ils vont le chercher. Et dès le départ, ils veulent euphémiser leur radicalité. Euh le premier article qui parle du Front National, c'est un article du monde qui raconte l'événement de création du parti. Et le journaliste qui couvre cet événement, il dit tiens pour une fois ils avaient pas leur casque et leur manche de pioche. C'est bien que il y a un changement une bascule.

Donc quand on nous dit Marine Le Pen a inventé la dédiabolisation, non, le parti met en place une stratégie continue de dédiabolisation et en même temps reste la maison commune de toutes les extrêmes droites et de tous les courants. Et bah ces extrêmes droites là, il y a des courants antisémites virulents et Jordan Bardella à un moment a été proche d'un de ces courants là. C'est aussi simple que ça. Il a été notamment proche de d'Alain Soral dont dont il parle dans ces cas. Il a été visiblement influencé par un Soral puisqu il en fait les loges en tout cas dans dans les captures dans les captures d'écran publié par Mediaapart.

Euh Alain Sorel qui est une figure de l'extrême droite bien connue hein, il a été condamné à de nombreuses reprises notamment euh pour des propos antisémites, négationniste. Euh j'en passe des vertés et des pamurs. Quel est le lien euh idéologique entre Alain Soral et le RN ? En fait Alain Soral, il a à un moment incarné un courant au sein du Front National. Euh quand il arrive au Front National Alin Soral, parce qu'il a été militant, il a eu sa carte et on l'oublie souvent. On l'oublie souvent, il a coécrit des discours de Jean-Marie Le Pen et il a quitté ce parti parce que on lui a refusé la tête de liste aux élections européennes. Mais de de quelle année ?

Euh là, tu me poses une code, je sais plus quelle année c'est. C'est début des années 2000, quoi. C'est dans le courant des années 2000. C'est c'est en il est au Front National en 2006 par là-bas. Bah sur cette période-là euh et les européennes, ça doit être 2007 ou 2000, faudrait vérifier, pardon, j'ai pas la date en tête. Euh quand il arrive au Front National, il est mise en avant comme une prise de guerre. Le Front National à cette époque-là n'a pas beaucoup de figures médiatiques. Alain Soral est à l'époque une figure médiatique, mais une figure médiatique qui a déjà été condamnée pour des propos antisémites.

Et pourtant, quand il arrive, il y a une vidéo que on avait révélé avec mon collègue Robin Dangelo il y a bientôt 10 ans où on voyait Alain Soral et Marine Le Pen chanter un carré. Et Marine Le Pen quand elle introduit au militants du Front National présent Alain Soral, elle dit l'immense écrivain Alain Soral qui fait qui nous fait l'honneur d'être là. Donc elle sait très bien, c'est elle qui le qui le fait entrer au Front National. D'ailleurs, il a participé à certaines de ses campagnes. Il y a des photos de Marine Le Pen et Alain Soral qui font campagne à Nin Baumont ensemble euh pour le Front National pour Marine Le Pen.

Et au sein du Front National, on va trouver quelqu'un comme David Rashlin qui est actuellement maire de Fréjus, qui a été sénateur, qui a été directeur de campagne pour une présidentielle de Marine Le Pen. David Rashlin, il a été militant au sein d'égalité et réconciliation, le mouvement politique d'Alain Soral. Donc en fait, il y a toute une partie du Front National qui se reconnaissait dans Alain Soral. C'était un courant du Front National et il a quitté ce courant non pas parce que ses positions antisémites posaient problème au parti.

Sorage à cette époque-là avait déjà tenu des propos antisémites, mais parce que pour des questions de d'ego et de place euh au sein du mouvement puisqu'on lui a refusé une investiture. Et qu'est-ce qu'on peut dire de l'influence d'A d'Alain Soral sur la génération de militants d'extrême droite dont fait partie Jordan Bardella ? En fait, Alain Soral, il a été le personnage politique le plus visible sur internet pendant presque 10 ans. Euh autour de 2015, Soral est partout. Il fait des vidéos qui font des centaines de milliers de vues sur YouTube à une époque où les audiences YouTube sont souvent inférieures à ce que sont les audiences YouTube aujourd'hui.

Il a une organisation qui fonctionne, qui a des sections dans presque toutes les régions de France qui organisent des événements, qui réunissent des centaines voir des milliers de personnes. C'est vraiment une personnalité médiatique et surtout une personnalité d'internet. Euh et Bardella, il baigne là-dedans. Bardella, rappelons-nous, ça a été raconté dans un complément d'enquête et dans plusieurs articles. Bardela, c'est un un fan de jeux vidéo qui va s'extrême droitiser notamment sur internet. Euh et Complément d'enquête avait révélé qu'il avait à l'époque un compte Twitter où il parlait à la fois de jeux vidéo et à la fois tenait des propos racistes, polémiques et cetera.

Et d'ailleurs, il avait annoncé à cette époque qu'il porterait plainte contre complément d'enquête et je crois qu'il n'a jamais porté plainte contre complément d'enquête suite à ses révélation. Avant qu'on qu'on rentre et qu'on aille plus loin dans cet entretien, tu définis les identitaires dans dans ton livre, tu racontes leur histoire. Est-ce que tu peux m'expliquer ce que c'est un identitaire ? Quels sont leurs objectifs, leurs grandes obsessions ? Et qu'est-ce que qu'est-ce qui les distingue de des autres courants de l'extrême droite ? extrême droite en France, elle se structure dans l'après-guerre sur deux combats mais qui sont deux défaites.

D'abord, c'est une extrême droite qui est héritière de la collaboration euh et donc elle a mauvaise presse quand même après guerre mondiale. Ils sont dans le camp des perdants, ils ont collaboré. Et le deuxième grand combat, c'est la guerre d'Algérie. En France, on l'oublie trop souvent, il y a eu l'OAS qui est une organisation terroriste d'extrême droite qui a fait plusieurs milliers de morts sur le territoire national et mais ce qui ne leur a pas permis de leur point de vue de conserver l'Algérie française. Donc c'est aussi une défaite à la fin de après la guerre d'Algérie, il y a un certain nombre d'intellectuels d'extrême droite qui vont tirer des leçons de ces défaites.

Ils vont pas rencer à leur à leur valeur et à leur combat idéologique, mais ils vont changer de stratégie. Ils vont se dire d'abord que la prise de pouvoir par le terrorisme comme ça a été le projet de l'AS, ça ne marche pas. Ils sont pas assez nombreux. L'État est bien structuré en France. La deuxième chose, c'est que l'antisémitisme qui est structurel à l'extrême droite, c'est un stigmat dont il faut se défaire qui les empêche de gagner dans l'opinion publique une popularité plus large. [grognement] Et la troisième chose qui vont piquer à gauche, c'est c'est des choses de l'ordre de la stratégie. Ils vont mettre en place une stratégie pour gagner la bataille culturelle.

Cette idée de bataille culturelle, c'est un communiste italien dont on parle souvent qui s'appelle Antonio Gramchi. Gramchi, c'était un communiste italien antifasciste au sens premier d'antifasciste, c'est-à-dire il combattait le fascisme de Mussolini sous Mussolini. D'ailleurs, il va finir en prison et il va mourir en prison. En prison, il écrit il écrit des cahiers de prison. Et dans ces cahiers de prison, il théorise qu'on appellera la bataille culturelle. C'est le fait, ça paraître presque évident aujourd'hui tellement ces idées ont été influentes, que pour gagner une élection, faut d'abord que les valeurs qu'on porte soient majoritaires dans la société.

Et pour ça et ben il faut rentrer dans les programmes scolaires, il faut construire des médias, il faut être présent dans la culture, globalement imposer ses valeurs dans la société. Et les identitaires, ils vont trouver cette idée géniale et donc ils vont se lancer dans cette bataille culturelle pour imposer leurs idées. Et la dernière chose qui est structurant pour les identitaires, pour passer de cet antisémitisme qui est stigmatisant vers une nouvelle forme d'extrême droite, ils vont désigner un nouveau bouqu émissaire. Ce nouveau bouléaire, c'est le musulman ou au sens volontairement flou l'individu araboom mususulman, c'est c'est le racisme, l'islamophobie.

C'est eux qui vont en France largement contribuer à structurer politiquement une islamophobie qui par ailleurs existait déjà dans la société. Tu tu l'as dit, ils ont des méthodes qu'ils ont piqué à gauche. Tu parles dans ton livre d'action très visuelle et de d'opération coup de point qu'il que Génération identitaire a par exemple pris à Greenpeace. C'est un comble. Comment est-ce que ces identitaires là, ils ont réinvesti ces méthodes justement pour mener leur propre bataille culturelle ? En fait, il y a des militants qui vont lire les théoriciens dont on a parlé. Je peux donner des noms Dominique Vénè.

Alain de Benoît, Guillaume Faille pour ceux qui veulent aller plus loin qui sont des théoriciens d'extrême droite. Puis il y a des militants qui vont les lire, qui vont se dire ces théories là faut qu'on les mette en action et ça va donner les identitaires, le bloc identitaire, génération identitaire. Et ces militants qui sont obsédés par l'idée qu'il faut investir le champ des médias, ils ont du mal à accéder aux médias. Ils ont peu de relais à l'intérieur. Les médias d'extrême droite à l'époque sont et c'est dommage que ce soit moins le cas aujourd'hui, pas très influent. Ils vont voir un jour à la télé Greenpeace.

Greenpeace, c'est une ONG écolo qui prend 15 20 militants qui va grimper sur une centrale nucléaire ou escalader un un porte-avion un porte-avion, un gros bateau qui transporte du pétrole. Et ces actions-là menées avec une quinzaine de militants, elles vont faire les 20h. Ils se disent si eux à 15 ou 20 ils arrivent à faire les 20h de la télé, nous aussi on peut le faire. Et donc ils vont faire le même type d'action. Donc ils vont par exemple aller sur une mosquée à Poitier, ville choisie symboliquement parce que il convoque l'histoire de Charles Martel qui aurait repoussé les Arabes hors de France à Poitier. C'est une revisite de l'histoire. C'est pas ça la vraie histoire.

Mais qu'importe, ils vont l'utiliser et il déploient une banderole sur une mosquée. En réalité sur un chantier de mosquée parce que la mosquée, elle est même pas finie. Donc ils se pointent à 6h du mat, il y a personne. Ils rentrent dans un chantier, ils déroulent leur mosquée et ils ont eux-mêmes invité la presse qui couvre l'événement et ça fait les 20h. Et cette méthode, ils vont l'appliquer à plusieurs reprises et ça va leur donner une existence médiatique en étant finalement au début assez peu nombreux. On va remonter euh un petit peu dans l'histoire. Tu as cité Dominique Venè qui est un une figure importante pour comprendre la matrice idéologique des identitaires.

Pourquoi d'ailleurs, tu ouvres ton livre par son suicide. Son suicide, c'est une histoire de fou au sens premier du terme. Euh on est juste après la manif pour tous, ce qui pour l'extrême droite est à un grand moment. Je mets bien évidemment des distances ou des guillemets à cette expression. Le peuple réactionnaire a défilé. Presque 1 million de personnes ont défilé contre le droit pour les personnes de même sexe de se marier. Et donc l'extrême droite se sent très puissante.

Et Vénère qui est un intellectuel d'extrême droite d'un certain âge qui a milité lui-même au sein de l'AS, qui allit en prison pour des actions terroristes, donc qui a eu une jeunesse extrêmement radicale, il décide de il espère devenir le martyre de ce peuple-là. Et pour ça, un jour, il réunit une bande de potes dans un restaurant. Il est dans un fantasme complètement mystique. Il leur distribue des lettres, c'est son testament, des lettres à adresser un certain nombre de personnalités. Il les mandate pour créer un institut en sa mémoire. Enfin, c'est assez fou. Puis il va à Notre Dame de Paris, il double tout la queue des touristes qui veulent qui s'apprêtent à rentrer.

Passe devant tout le monde, il rentre, il va vers devant le le maître hôtel. C'est l'hôtel principal dans les églises. Il pose un texte sur le l'hôtel, il regarde, il laisse passer un touriste pour qu'il y ait personne vraiment près de lui. Il se met un flingue dans la bouche, il se tire une balle, il se suicide. Et sur le texte qu'il a laissé sur le maître hôtel de Notred mais aussi qu'il a donné à ses copains avant pour qu'il soit lieu lu sur Radio Courtoisie qui une radio d'extrême droite, il dit en substance, je résume, c'était bien de se lever pour se battre contre le droit des homosexuels, mais vous trompez pas, le vrai combat c'est la bataille contre les Arabes.

Et il le dit à mot choisi mais pas tant hein, franchement ce texte vous pourrez le retrouver en ligne, c'est assez dingue. et il espère être le martyre que que ce peuple réactionnaire se dise il a sacrifié sa vie pour réveiller nos esprits et qu'il se soulève en son nom. Sauf que ça va foirer. Ça va foirer d'abord parce que il s'est suicidé dans Notre Dame et que le suicide dans le catholicisme c'est un c'est un péché. En plus dans une église à Notre Dame, ils vont moyen apprécier le concept. Donc en fait ça va être au départ assez marginal.

il y aura pas l'effet escompté à tel point qu'il va avoir énormément de mal même à trouver ils vont avoir du mal à trouver une salle pour faire l'hommage funéraire à Doming Funire il va finir à l'aquaboulevard de du de de la porte d'Orlé enfin du 15e arrondissement dans une salle un peu merdique louée comme ça mais quand même quand il se suicide et Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen vont lui rendre hommage et Marine Le Pen va faire un tweet signé MLP. Quand elle signe MLP, ça veut dire qu'elle revendique avoir écrit elle-même ce tweet et non pas ses attachés de presse.

Et elle rend hommage à un ancien terroriste qui allait en prison pour terrorisme, qui était membre d'un mouvement qui a tué des milliers de personnes. Elle rend hommage à quelqu'un qui vient de se tirer une balle dans Notredame. Enfin, c'est quand même quelque chose d'une extrême radicalité. Et finalement, son suicide, tu penses qu'elle l'aurait fait en 2026, c'est dommage. Pens, je pense pas. Mais ce suicide, je trouve tire le trait, le fil conducteur entre les racines radicales du Rassemblement national et Marine Le Pen qui est la candidate à l'élection présidentielle. Le fil, il est là, il est résumé dans ce tweet et dans ce suicide.

Alors, on vient de parler de la figure de Dominique Véner qui est une figure importante chez les identitaires. On a aussi un autre personnage central qui est Renault Camu, notamment un écrivain notamment connu pour avoir théorisé le grand emplacement. Une expression qui, on le sait, a dépassé largement les frontières de la France et s'exporte désormais aux États-Unis. Quel rôle Renault Camu il joue dans l'histoire des identitaires et et comment sa théorie elle impacte ces sphère là ? Renault Camu, c'est un personnage assez étonnant parce que il a été militant au Parti socialiste.

Euh, il a soutenu François Mitteran, il a aussi fréquenté un certain tout Paris mondin et il s'est d'abord fait connaître comme un défenseur des droits des personnes homosexuelles. Euh, étiqueté plutôt à gauche au départ. Donc c'était quelqu'un connu dans le petit milieu de ce qu'on appelle Saint-Germain de le petit milieu de ce qu'on appelle Saint-Germain des près, c'est-à-dire des intellos mondin qui se connaissent entre eux, qui des fois ponctuellement passent dans les médias mais qui sont pas vraiment connus en France. Renault Canu n'était pas connu du grand public. Son premier livre à un succès d'estime, il va vendre, je crois 20000 exemplaires.

C'est c'est pas mal mais c'est pas un bestellaire. Et ensuite, les livres d'après ne se vendront pas du tout. C'est il est en train de retomber dans l'anonymat. Il écrit des livres qui se vendent quelques centaines d'exemplaires, un millier pour ceux qui se vendent le plus. Et puis petit à petit, il va y avoir un glissement progressif chez lui et ou en tout cas, il va peut-être assumer plus un certain nombre d'idées réactionnaire. Il va se retrouver pris dans des polémiques.

D'abord une polémique où il va être accusé d'antisémitisme pour des propos antisémites qu'il a tenu sur France Culture ou à propos de France Culture pardon où il dit qu'en gros comment des juifs peuvent analyser ce qu'est la France. Sous-entendu un juif ne serait pas vraiment français. Oui. Et que sur le plateau, il avait plusieurs personnalités juives et donc il se C'est ça. C'est bien ça. Voilà. C'est ça. Il en gros il s'indigne de voir un débat sur la France où entre des personnalités juives ou prétendement juives, je suis pas aller vérifier qui qu'il était là-dedans. Ça me semble être un débat stérile.

Ce qui est un propos antisémite pour lequel il va se faire épingler et finalement qui va le remédiatiser. Et puis à ce moment-là, on va se rendre compte que dans ces livres que personne ne lit, il y a aussi tout un tas de propos islamophobes mais personne n'y prête grande attention. Et [grognement] puis petit à petit, il va s'enfoncer là-dedans et jusqu'à imaginer, mettre un mot sur un conte qui existait déjà à l'extrême droite qui est cette théorie fumeuse du grand remplacement.

C'est l'idée que les élites, c'est toujours quelque chose de flou, les élites euh organiseraient de manière volontaire la submersion et la substitution d'un peuple français dit de souche, donc son grand remplacement par une immigration extraeuropéenne majoritairement et magrabine et sub-saharienne. Et ce concept là en fait, il va plaire aux identitaires. C'est un concept parce que le mot est puissant. En fait, c'est des idées qui existent déjà quand il y a des historiens qu' on bossé sur ce concept là. Ils disent Renault Camu, il l'a pas inventé l'idée.

Il a voilà, il a trouvé l'expression qui en fait un slogan et ce slogan, il est plus puissant et les identitaires, ils vont le mettre en scène. Il ils vont ils ont trouvé leur acteur et ils vont le mettre en scène. Donc, ils vont l'inviter à des événements. Puis Renault Camu, il a un langage très châtié. Il a une façon de s'exprimer très vieille France qui qui plaît beaucoup à une certaine bourgeoisie. Il a aussi c'est ce vieux passé d'écrivain un peu mondin qui lui donne une crédibilité et les identitaires, ils vont s'en servir, le mettre en scène, le mettre en avant, l'inviter à leur colloque et cetera. Et c'est là où Renault Camu va vraiment exploser.

Finalement, Renault Camu, c'est un presque anonyme qui va devenir célèbre le jour où il assume son racisme publiquement. et son concept qui est simple, qui est que tout le monde comprend en deux mots ou en trois mots, le grand remplacement, il va être revendiqué d'abord par les identitaires. Puis un peu partout en France, beaucoup de Français quand on va sur à des meetings du Rassemblement national ou qu'on va discuter avec des éur du Rassemblement national, ce qui m'arrive régulièrement par mon travail à street press, il les gens sont persuadés de cette théorie là.

il la revendique tous assez largement et presque à tous les niveaux du parti jusque et encore plus tout en bas chez les simples électeurs. Mais c'est aussi à l'étranger, il va s'exporter. Donald Trump en personne signe un texte dans lequel il parle du grand remplacement de l'Europe et on va le retrouver en Tunisie dans la bouche du du président tunisien. on va le retrouver en Asie dans des fig dans la bouche de personnalité de ministres ou de d'hommes politiques d'extrême droite. Donc c'est vraiment un concept qui a une influence à l'échelle planétaire.

J'ai même C'est peut-être l'intellectuel français, ça me fait de la peine de le dire, vivant le plus le plus influent au monde et il est d'extrême droite. C'est terrible ce slogan de ce concept de grand remplacement, il est aussi utilisé maintenant dans beaucoup de médias. Toi, tu consacres tout un passage au un petit passage au rôle des médias et tu parles notamment de cet événement en 2010. tu es euh jeune journaliste à l'humanité et tu couvres l'apéro saucisson pinard de la goutte d'or. Euh et tu raconte que de nombreux journalistes font le déplacement pour couvrir euh pour couvrir ce rassemblement d'extrême droite qui prône voilà les valeurs et la bonne gastronomie française.

Est-ce que les médias ont ont parfois contribué à offrir une une espèce de caisse de résonance aux identitaires et et à leur thème. Est-ce que on peut dire qu'il y a une responsabilité médiatique là-dedans ? Oui et puis je me mets dedans dans cette histoire parce que à cette époque- làà je fais partie des journalistes qui couvrent alors je suis encore stagiaire quand je je le couvre à l'UA mais qu'importe justement cette séquence elle me permet à mon sens de raconter comment les médias ont eu une part de responsabilité là-dedans et que moi-même j'ai pu modestement à mon échelle parfois peut-être faire cette erreur là. L'apéro saucit son pinard à la goutte d'or.

L'histoire c'est une histoire d'abord d'une manipulation médiatique par l'extrême droite. C'est on nous dit une habitante de la Gutte d'Or, ce quartier populaire de Paris qui s'indigne et qui dit "On ne peut plus manger de saucinon et de pinard dans dans notre quartier parce que il y a des musulmans qui occupent l'espace public partout et qui imposeraient la charia. Donc la loi islamique qui interdit qu'on mange de du porc, que on boive de l'alcool.

Sauf qu'en fait assez vite le monde nous apprend que en fait elle habite pas la Gutte d'Or, c'est une alsacienne et que elle est surtout militante identitaire d'un grouuscule identitaire à l'époque que c'est une opération médiatique, c'est un coup de buzz et on le sait très vite. Et pourtant, on va couvrir ce buzz médiatique, nous journalistes, et leur donner une visibilité.

Quand bien même on dit mais c'est scandaleux ce qu'elle raconte, on lui offre une visibilité, un espace médiatique et le problème va être encore plus grave dans un certain nombre de médias nationaux, que ce soi des télévisions ou des radios, qui vont consacrer des débats à savoir si il existerait réellement des quartiers dans lesquels on ne peut plus consommer d'alcool, manger de porc et où il y aurait la charia qui serait serait imposé de fait. Il y a un édito par exemple de Yardar dans le Figaro qui est lunaire dans lequel il dit oui peut-être que cette personne n'habite pas la goutte d'or, peut-être que c'est un coup monté mais qu'importe le m le problème mérite d'être débattu.

Et de quoi on parle ? Un problème totalement inventé, on va se mettre à solutionner des problèmes qui n'existent pas puisqu'ils l'ont inventé. Donc en fait, c'est un coup de médiatique qui marche et quelques mois après, au sein de leur camp d'été du bloc identitaire, donc cet ce groupuscul identitaire, ils vont débriefer cette action. Quelqu'un qui a participé à ce camp raconte en fait c'est c'est comme une agence de com, ils vont compter le nombre de présences médiatiques et qu'importe si la présence est critique, c'est quand même de la visibilité. Alors ça veut pas dire qu'il faut pas parler de l'extrême rot, c'est à mon métier, je serai mal passé pour le dire.

Mais dans un certain nombre de cas, il faut choisir de ne pas traiter un certain nombre de microévénements parce que c'est leur apporter une visibilité qui ne mérite pas et qu'il n'aurait pas eu si on ne le traitait pas nous-même. On parle depuis tout à l'heure de la bataille culturelle menée par les identitaires et il y a un levier qu'ils ont activé, c'est le fémon nationalisme. Tu en parles, tu as tout un chapitre consacré là-dessus dans ton livre. Euh le fémonationalisme, c'est l'utilisation de la défense des droits des femmes pour justifier notamment des discours hostiles à l'immigration ou à l'islam.

Comment cette stratégie elle permet aux identitaires de renouvel et leurs figures aussi ? Il y a un groupuscule qui s'est fait une place dans l'espace public depuis quelques années qui s'appelle Nemmésis qui est dirigée par Alice Cordier qui est une militante euh euh qu'on voit à la fois la tête d'action sur le terrain et à la fois sur des plateaux télé et notamment dans l'extrême droite médiatique. Elle est invitée régulièrement sur C News sur Europe 1, sur les plateaux de Cyril Nona. Et en gros, elle reprend sur les stratégies d'action les stratégies des identitaires, ce dont on a parlé, créer une action coup de point dont le seul but c'est de créer un moment médiatique.

C'est pas tant pour les gens qui sont présents. Elle veut pas convaincre les gens qui sont autour d'elle au moment de son action, mais elle veut créer un instant qui va être capturé d'abord par ses propres militantes et posté sur ses propres réseaux sociaux où elle est suivie par des centaines de milliers de personnes et ensuite par des médias bienveillants, amis qui vont la suivre et qui vont suivre cette action et qui vont ensuite la la diffuser sur ces news, dans le Figaro, dans valeurs actuelles et cetera. Ça c'est pour la stratégie. Ça c'est la stratégie des identitaires et elle s'est emparée de cette stratégie qui avait déjà fait ses preuves avant.

sur la la ligne politique, c'est quelque chose d'intéressant parce que l'extrême droite a toujours eu du mal avec les questions féministes parce que elle est historiquement et structurellement antiféministe. Euh l'extrême droite, elle a toujours été dans le camp de ceux qui combattaient le droit à l'avortement, pas dans le camp de ceux qui le défendaient. Euh elle a été dans le camp de ceux qui euh euh combattaient le l'égalité femme homme au travail, pas dans ce qu'il défendait. Elle tente d'évoluer ou en tout cas de se refaire une image là-dessus. D'abord par la figure de Marine Le Pen qui est une femme et ça joue, ça joue en sa faveur.

Et la deuxième chose, c'est la stratégie mise en place par Nemmésis. Nemésis, ce n'est pas un groupe antiféministe au sens où ce n'est pas une organisation qui essaie de faire reculer le féminisme. Némésis ne se bat pas contre les droits à l'avortement par exemple. C'est d'autres courants de l'extrême droite qui le font. Et c'est pas non plus un groupe féministe, c'est pas du féminisme d'extrême droite.

C'est un groupe qui j'ai pu pour ce livre interroger à l'isordier euh qui va à la fois revendiquer un certain nombre de valeurs du féminisme ou s'approprier un certain nombre de ces valeurs, ça va être de dire oui, il y a une inégalité structurelle dans les entreprises entre les femmes et les hommes. Oui, les femmes sont plus souvent victimes de violence sexiste et sexuelles que les hommes. Mais elle va rajouter à cette liste un autre item, c'est celui de dire la le premier problème des femmes, c'est les agressions dont elles seraient victimes dans la rue de la part de personnes issues de l'immigration.

Et euh ça marche, ça marche parce que ça touche un peuple ou une un groupe de personnes qui sont à la fois d'extrême droite, à la fois qui votent Marine Le Pen ou qui vote Bardella ou qui vote Conquête, mais qui pour certains revendiquent une forme de modernité. Il y a des femmes qui votent Bardella ou Marine Le Pen et qui par ailleurs veulent avoir être libre dans leur mœur, dans leur quotidien, ne veulent pas se faire imposer par des hommes. Leur façon de vivre, leurs règles sont pas forcément pour un retour au à la maison de la femme. C'est pas taïdes ce qu'uff, c'est c'est autre chose. Et ça marche là-dessus.

Et en même temps, Et en même temps, elle essaie de maintenir un équilibre avec un autre courant qui lui est plus réactionnaire, qui lui est contre l'avortement. D'ailleurs, dans toutes les questions que je lui pose au moment de cet entretien, la seule à laquelle elle refuse de répondre, c'est "Est-ce que tu es pour ou contre le droit à l'avortement ?" Là-dessus, elle répond pas. Joker, toutes les autres questions, elle répond alors on est convaincu, on n'est pas convaincu, elle ment, elle dit la vérité, c'est un autre débat mais elle fait elle accepte de répondre à toutes mes questions et en plus elle accepte que ce soit cité.

Enfin, c'est en on mais par contre sur ce sujet-là, elle est emmerdée parce que elle sait que dans ses propres militantes, il y en a qui sont pour et d'autres qui sont contre et elle veut pas arbitrer le le fémon nationalisme, on l'a dit, ça fait partie de de ces stratégies mis en place dans la bataille des idées. Voilà, on a beaucoup parlé de cette guerre culturelle là, mais il y a un aspect qui est celui de la violence. Quelle place la violence occupe-t-elle dans l'histoire des identitaires ? Comment s'articule le travail des intellectuels, l'activisme de rue et les passages à l'acte raciste ? Alors, l'extrême droite identitaire est une extrême droite raciste.

C'est c'est enfin c'est peut-être une évidence, une banalité, mais ça fait du bien de le rappeler. Leur leur discours, leur idéologie, c'est une idéologie raciste. Alors, ils l'ont euphémisé. C'est-à-dire que euh jusque dans les années 60, l'extrême droite revendiquait la hiérarchie des races, c'est-à-dire qu'il y avait des races supérieur et des races inférieures. Eux, ils ont légèrement modifié le discours. Au lieu de dire qu'il y a des races supérieures et des races inférieures, ils vont dire il y a des cultures. Qu'est-ce que c'est une identité culturelle ? Quand on leur demande, ils mettent la génétique dedans. Donc c'est une culture qui inclut la couleur de peau quand même.

Et il y a une culture, il y a différentes cultures et ils vont pas dire ces cultures sont supérieures ou inférieures. Ils vont dire qu'elles sont différentes et qu'il faut pas qu'elles se mélange. C'est ce que les scientifiques appellent la mixophobie. Il faut pas que les bassins culturels se mélangent les uns avec les autres. C'est-à-dire que il disent oui oui l'Afrique noire par exemple a une culture qui est tout à fait respectable surtout si elle reste chez elle et qui elle se mélange pas avec nous. Donc ils vont être contre le métissage et donc et aussi contre l'immigration.

Et ils vont défendre une culture qui serait une culture figé euh d'ailleurs fantasmée parce qu'on sait pas à quelle époque quelle est la meilleure époque. C'est à quel moment qu'on s'arrête. C'est c'est c'était quoi ? C'était les années 60, c'est les années 30 c'est bon. Et mais c'est structurellement raciste. Voilà. Après, dans leur stratégie politique, celle qu'ils revendiquent, c'est une stratégie d'abord culturelle de bataille des idées. Ils veulent pas faire un coup d'état. Il n'empêche que c'est des militants racistes et que il y a des débordements violents, récurrents, nombreux. L'extrême droite identitaire est violente. Elle commet des agressions.

Elle commet des agressions à Lille, les identitaires linois. Elle connaît des agressions à Lyon, y compris des coups de couteau. Euh, elle enfin partout sur le territoire, l'extrême droite identitaire, quand bien même elle revendique des actions pacifiques, dans les faits, elle mène des actions violentes. J'aimerais qu'on parle maintenant de l'aspect un peu plus politique institutionnel de de ces identitaires. Toi, tu as appelé ton livre Une histoire des identitaires de Dominique Vénè à Jordan Bardellain. Pourquoi est-ce que Bardella s'impose comme une figure plus apte à reprendre ces discours là que Marine Le Pen ? En fait, Bardella, il est le symbole d'une génération.

Bardella, c'est pas tant quelle est la ligne de Jordan Bardella. Personne ne comprend la ligne de Jordan Bardella. D'ailleurs, c'est un point commun entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est que c'est des politiques qui ont pas de ligne extrêmement claires. Un des interlocuteurs d'extrême droite he que que j'ai interviewé, il me dit Bardella, il est tellement lisse que quand on le regarde, on s'y voit dedans. C'est une façon de dire que Bardell, il a toujours on a toujours l'impression qu'il est d'accord avec soi quand on discute avec lui. Oui, il est connu pour sa souplesse aussi dans le dans le milieu. Exactement. il est souple, il renvoie ce qu'on attend de lui.

Alors quand il va être face à des identitaires, ils vont repartir en disant il est des nôtres et en même temps quand il va être face à des euh je sais pas des plus souverainistes, ils vont se dire Bella finalement il est quand même assez d'accord avec nous parce que il a pas une idéologie revendiquée propre qui est forte et il est très plastique et c'est un excellent communiquant. Mais c'est aussi le symbole d'une génération. C'est une génération qui a entre 20 et 40 ans pour faire large euh qui a grandi non plus dans les marges.

L'extrême droite pendant des décennies a été un courant relativement marginal où on se cachait pour être d'extrême droite, on on le criait pas haut et fort dans la rue n'importe où. C'était cette génération là, elle a grandi dans un espace où dans un pays où le Rassemblement national fait peu au prou un/ers des voix à chaque élection. Euh moi j'ai je j'ai une interview qui m'a c'est un détail hein mais qui m'a assez étonné. Euh je je discute avec Stanissa Rigoto. Stanissa Rigot c'est le jeune porte pas la rolle d'Éric Zemour pendant la dernière présidentielle. On est dans un café parisien. Tu connais les cafés parisien ? Les tables, elles elles sont à touche touche.

On est deux en train de discuter et il y a des gens à 30 cm d'un côté, 30 cm de l'autre et il parle de grands remplacements, de remigration en plein centre de Paris. C'est une ligne politique qu'il assume, il ne se cache absolument pas. Et c'est ça la génération de Bardella. Alors Stanisas Rego, il est à reconquête chez Zemmour mais il entretient, il échange avec Jordan Bardella. Il a des amis très proches qui font partie de l'équipe de campagne de Jordan Bardella. Et dans l'entre de enfin juste avant les législatives d'ailleurs Bardella a essayé de le dépaucher en lui proposant une un poste au une circonscription législative pour qu'il soit député rassemblement national.

Mais c'est cette Bardella c'est cette génération et cette génération elle est très identitaire parce que les identitaires ont gagné au moins à l'extrême droite et malheureusement en partie dans la société sur certains combats. Euh quand Bardella dit l'identité culturelle européenne est menacée B d'abord c'est un discours purement identitaire. Ensuite, on comprend très bien ce que ça veut dire. N'importe qui comprend, il veut dire je pense qu'il faut utiliser les mots parce que l'extrême droite, elleise mais elle change pas ses idée. Donc cassons cette euphémisation. Il veut dire qu'il y a trop de noir et d'arabe en France. C'est ça que là veut dire.

Et sauf que grâce aux stratégies identitaires, il peut le dire aux venteurs de TF1 sans être repris, sans que ça indigne les gens. Et cette génération, elle est persuadée de ça. Elle est persuadée du que le grand remplacement existe. Elle est persuadée que d'une certaine manière, il faut mettre en place une politique de remigration, c'est-à-dire une déportation massive des personnes immigrées ou issues de l'immigration ou racisé. C'est très flou. On sait pas à quel niveau il s'arrête. Et cette génération, elle est aussi persuadée qu'un jour elle gouvernera.

Alors, soit en 2027, peut-être avec Bardella si les premiers ministres soit en 2032, mais ils sont persuadés qu'un jour ils iront au pouvoir et qu'ils seront majoritaires. Ça c'est quelque chose qu'on qui est commun à plein d'entretiens. On a parlé d'Alice Cordier, j'ai rencontré dans ses anciens cadres de génération identitaire, Stanis Las Rrigo, j'ai rencontré des gens du Rassemblement national. Tous partagent cette idée que ils représentent une majorité des Français et qu'un jour ils seront au pouvoir. D'autant plus qu'ils ont déjà commencé à infiltrer les institutions, ces identitaires là.

tu euh tu tu cites une source anonyme et euh tu dis que plus d'un/ 120 collaborateurs du RN au Parlement européen sont passés par le milieu militant identitaire, notamment le syndicat de la cocarde étudiante. Ça ça dit quelque chose de Ouais. de la réussite de cette stratégie. Oui, parce que c'est des gens qui sont des excellents communiquants, qui sont des militants formés et on les retrouve alors je cite l'exemple du Parlement européen qui est un exemple parlant parce qu'en fait c'est là où Bardella a structuré ses équipes parce que il est le président du groupe parlementaire au Parlement européen et il a de l'argent grâce au Parlement européen pour embaucher des gens.

Donc il fait venir ses hommes clés, son entourage, il les salarie là-bas ou il les fait élire. Euh mais euh on les retrouve aussi euh à une époque il y a eu plus de 50 euh attachés de presse du RN. Alors c'était soit du parti, soit de mairie RN, soit de groupe RN dans des régions, enfin qui travaillaient pour des structures rassemblement national qui étaient des anciens du bloc identitaire ou de génération identitaire. On a des députés qui sont passés par ce par ces groupuscules. On a enfin à toutes les à tous les niveaux au sein de ce parti, on trouve des identitaires. Et même ceux qui ne sont pas passés par des structures militantes comme ça, en fait, ils emportent les idées.

Ils ont gagné au moins au sein de l'extrême droite cette bataille culturelle. Ils sont devenus le courant de pensée majoritaire au sein de l'extrême droite. Alors qu'il y en avait d'autres. Il y a les catholiques intégristes, il y a les monarchistes, il y a ce qu'on appelle les nationalistes révolutionnaires, il y a les les souverainistes qui étit la ligne incarnée par Florient Philippo qui a été le numéro 2 du parti. Il y a eu d'autres lignes aujourd'hui. C'est la ligne identitaire qui est majoritaire au sein du Rassemblement national et même autour de Marine Le Pen.

Bardella est leur symbole mais le beau-frère de de de Marine Le Pen, Philippe Olivier qui est sans doute pour l'instant le principal conseiller de Marine Le Pen dans cette nouvelle campagne présidentielle. Euh et ben c'est un identitaire purju. Il a salarié Damien Rieux de l'ancien porte-parole de génération identitaire. C'est lui qui l'a embauché comme collaborateur et cetera et c'est lui qui a fait rentrer Philippe Vardon qui était un des condateurs du bloc identitaire et cetera. Euh Philippe Olivier, il murmure à l'oreille de Marine Le Pen tous les jours. C'est lui qui décide de sa stratégie de campagne.

Et d'ailleurs au lendemain de son annonce de candidature, il y a la décision de justice qui dit que euh bah elle va pas aller en prison, que peut-être elle aura un bracelet électronique mais que dans 6 mois. Euh rien n'est joué là-dessus. et elle dit "Je serai candidate." Le lendemain, elle fait un premier déplacement de campagne. Elle va à la flèche. La flèche, c'est le fief de Philippe Olivier et de sa sœur, la sœur de Marine Le Pen, la femme de Philippe Olivier, Marie-Caroline Le Pen.

Voilà, les identiteurs, ils sont présents à la fois autour de Bardella et à la fois autour de Marine Le Pen et aussi autour d'Éric Zemour dont on n pas parlé jusqu'à présent mais qui c'est important de souligner le fait que Reconquête s'approprie les thèses identitaires au même titre que le Rassemblement national. Et j'ai une question, est-ce que se l'approprie de la même manière ou est-ce que il y a des différences avec l'appropriation qui est faite au sein du Rassemblement national ? En fait, reconquête a une stratégie de parti minoritaire. Reconquête, c'est que à court terme, Éric Zemour sait très bien qu'il sera pas président de la République en 2027.

Donc, ils font une stratégie de de de premier tour qui est de radicaliser au maximum leur ligne pour créer, constituer autour d'eux un bloc radical et un socle électoral, faire bouger la fenêtre d'Overton au passage et au passage déplacer la fenêtre d'Overton. Et c'est quelque chose qu'il revendique euh alors pas forcément Zemo, mais d'autres militants d'extrême droite. Je pense à Jean-Ive Legal. Le Galou, c'est un militant identitaire historique.

celui qui a inventé le théorisé le concept de préférence nationale qui est encore dans le programme du Rassemblement national aujourd'hui qui a été directeur du groupe parlementaire Front National Sous Miteran à l'Assemblée nationale sous Miteran quand il y a eu un groupe parlementaire à cette époque-là et qui ensuite est allé est un des conseillers ou en tout cas qui travaille avec Éric Zemour qui a travaillé dans la dernière campagne et le Galou il le dit moi je l'ai rencontré et le galou il dit oui oui on veut ouvrir la fenêtre d'Orverton au maximum. Et grâce à ça, Marine Le Pen, elle passe pour modérer.

Finalement, on déplace tellement le curseur que des propos qui les mêmes il y a 10 15 ou 20 ans étaient des propos radicaux, la préférence nationale, aujourd'hui ça passe par pour modérer par rapport à Éric Zemour qui revendique le fait de créer un ministère de la remigration. Voilà, c'est c'est aussi une stratégie et évidemment qu'à Reconquête, il y a des identitaires. Et puis il y a une dernière figure, c'est celle de Marion Maréchal. Euh Marion Maréchal qui a un parti qui s'appelle identité, démocratie et liberté.

Donc l'identité est dans le nom de son parti, qui a comme principal conseiller Philippe Vardon qui est un des cfondateurs du bloc identitaire et de génération identitaire qui qui l'identitaire, le maître étalon de l'identitaire, c'est lui en France. Euh et qui voilà, c'est la ligne de Marin Marchal et on nous annonce quand même que elle va occuper un rôle important dans la future campagne présidentielle de Marine Le Pen. J'ai une dernière [grognement] euh j'ai une dernière question. Euh comment est-ce que on reprend euh l'initiative face aux identitaires dans la bataille culturelle ? Quand je dis on c'est la gauche et les mouvements antiracistes.

Est-ce queils se retrouvent eux aussi pas un peu piégés comme quand ils passent leur temps à répondre au thème imposé par l'extrême droite ? Comment est-ce qu'on sort de ce cadre ? Bah déjà, on mène la bataille culturelle. Euh c'est ce qu'on fait à Street Press. C'est ce que vous faites, je crois sur le média. C'est ce que font un certain nombre de de militants qui euh créent leur propre espace de médiatisation sur lesquels ils peuvent imposer leur propre thème. Qui vont pas seulement être invités en réaction à parler en réaction une actualité. Euh aujourd'hui, on a les l'actualité autour de Jordan Bardella.

Effectivement, j'ai des médias qui m'appellent en me disant "Est-ce que tu voudrais pas venir commenter cette actualité ?" Mais là, je suis en réaction. Alors, c'est une actualité qui a été mis sur le sur la table par Mediapart qui me semble être quelque chose d'important et donc je vais jouer le jeu mais c'est pas forcément des espaces où je peux dire tiens mardi j'aimerais bien euh parler de ça parce que c'est un sujet qui est important. Donc il faut qu'on crée nos propres espaces et c'est l'intérêt d'avoir des médias comme le média, comme Street Press et comme d'autres. Et puis c'est c'est c'est créer des espaces culturels au sens large du terme qui sont politiques mais pas que politique.

J'ai rien inventé hein. C'est ce que faisaient les communistes pendant des décennies. Il y avait des clubs de foot communistes, il y avait des barpes communistes, il y avait des concerts communistes, il y avait voilà, c'était être communiste, c'était quelque chose de culturel au sens large. On appartenait à une classe et on avait sa carte au Parti communiste et à la CGT. Euh les catholiques ont fait la même chose. Il y avait tout un tas de réseaux culturels catholiques au-delà du fait d'aller à la messe.

Et je pense que l'un des enjeux dans cette bataille culturelle, c'est créer des espaces qui dans lesquels on revendique et on défend nos valeurs euh mais qui soit qui soit politique mais qui ne soit pas que politique. Merci Mathieu Molard pour ta présence sur ce plateau. On le rappelle, tu es l'auteur du livre Au nom des blancs publié aux éditions Divergence. Et merci à vous d'avoir suivi cet épisode de On s'autorise à penser. Cette émission et toutes les autres sont à retrouver sur la chaîne YouTube du média ou sur votre télé. Bonne journée sur le média et je vous laisse avec la suite de nos programmes. Ah.

47:27
Non speech

[musique]