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Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 7 juin 2021 20 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

Jean-Luc Mélenchon flirte avec la ligne rouge complotiste - C à Vous - 07/06/2021

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:27OuverteÉludée

    Un président a qualifié Pétain de grand stratège et Maurras d'intellectuel. Comment réagissez-vous ?

  • 0:47RelanceÉludée

    Vous tapez sur les socialistes, est-ce votre première cible ?

  • 1:14OuverteRéponse directe

    Quelle a été votre réaction face aux propos de Mélenchon sur un grave incident en fin d'émission ?

  • 3:09OuverteRéponse directe

    Il ne répondait pas à une question précise ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Ces propos ont-ils provoqué des réactions des familles de victimes ?

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Jean-Luc Mélenchon s'est éloigné de la ligne républicaine depuis un bon moment. Qu'en pensez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:27InvitéFait
    « Un président de la République française a osé dire que Philippe Pétain était un grand stratège et Maurras, un grand intellectuel. »
  • 0:32InvitéFait
    « Ce sont deux traîtres à la patrie, et oui, mais c'est le président de la République qui l'a fait. »
  • 0:45InvitéFait
    « Le vrai problème, c'est la sécurité. »
  • 2:00InvitéFait
    « Dalédier avait été fusillé en tant que collabo alors qu'il est mort en 1970. »
  • 3:57PrésentateurFait
    « Il a été condamné pour des violences sur des policiers. »
  • 4:18Invité politiqueFait
    « Jean-Luc Mélenchon, il est dans une stratégie à travers nous les médias, qui est une stratégie de la conflictualité. »
  • 4:51Invité politiqueFait
    « Quitte à tenir à flirter comme ça, avec le complotisme. »
  • 5:33Invité politiqueFait
    « Il provoque une polémique pour mieux se poser en victime. »
  • 5:45Invité politiqueFait
    « En 2012, ça a été souvent sur les journalistes, les attaques. »
  • 6:59InvitéFait
    « Il qualifie les actes dont il parle de faits divers ou de meurtres. »

Temps de parole

  • Invité29 %
  • Jean-Luc Mélenchon26 %
  • Invité 219 %
  • Présentateur10 %
  • Invité 37 %
  • Invité 43 %

2,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Alors, bonsoir Lilian Alemania, chef du service politique de Libération, co-auteur avec Stéphane Alliès de deux livres sur Jean-Luc Mélenchon, Mélenchon à la conquête du peuple et Mélenchon le plébéien, paru respectivement en 2018 et 2012, chez Robert Laffont, à vos côtés Nathalie Sincric, éditorialiste à France Télévisions. Vous étiez donc hier face à Jean-Luc Mélenchon, invité de questions politiques diffusées tous les dimanches à midi sur France Inter et France Info Télé. Une interview rugueuse, comme souvent, avec le leader de la France Insoumise.

0:27
Invité

– Un président de la République française a osé dire que Philippe Pétain était un grand stratège et Maurras, un grand intellectuel. Ce sont deux traîtres à la patrie, et oui, mais c'est le président de la République qui l'a fait. Vous avez des médias qui vous disent « Ah, le grand problème aujourd'hui, comme vous l'avez dit tout à l'heure, sauf si vous êtes dans le déni, le vrai problème, c'est la sécurité. » – Mais je n'ai jamais dit ça.

– Vous tapez également sur les socialistes, on a l'impression quand même que c'est votre première cible, et ça peut sembler étonnant si vous considérez qu'il faut se rassembler au deuxième tour – Non, attendez, déjà celle-là est un tissu de mensonge, donc vous pouvez quand même commencer par dire des choses. Pardon, Mme Saint-Cricq, mais vous n'êtes pas sérieux, vous n'êtes pas sérieux. – Pourquoi c'est un tissu de mensonge ? – Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident, ou un meurtre.

1:14
Présentateur

– Quelle a été votre première réaction quand vous avez entendu, en fin d'émission, je crois que c'était quelques minutes avant le générique de fin, les propos de Jean-Luc Mélenchon qui imaginent un grave incident dans la dernière semaine de la présidentielle ?

1:25
Invité

– Alors, pour être honnête, je ne les ai pas décryptées comme une théorie du complot. J'ai dû grogner, alors j'aurais peut-être mieux fait de faire autre chose que de grogner en disant « Mais c'est quoi encore ça ? » J'ai plus considéré que c'était une série d'inepties que quelque chose qui est relevé de la théorie du complot. C'est là probablement que j'ai fait une erreur. Parce que si vous voulez, Mohamed Merah, c'est un mois et demi avant l'élection de qui de François Hollande ? Pas de Marine Le Pen. Et cette espèce de série où on met papy-voise Mohamed Merah, j'ai trouvé que c'était complètement incongru. J'ajoute à ça, donc d'où le saut côté « Mais qu'est-ce que c'est encore ça ?

» J'ajoute qu'on avait déjà eu avant, on ne l'a pas vu ça, que Dalédier avait été fusillé en tant que collabo alors qu'il est mort en 1970. Et qu'il y avait un certain nombre de choses qui me semblaient totalement délirantes. Et puis face à ce délire, je me suis dit « Oh là là ! » Et comme j'étais obsédée par l'idée de ma question sur le front républicain, j'ai pas relevé. Mais je pense qu'on aurait dû relever un peu plus. En soulignant l'aspect concisif de ce propos ? Honnêtement, quand on fait une émission avec Jean-Luc Mélenchon, on est à la fois sur ses gardes pour ne pas paraître extrêmement agressif.

Parce qu'en plus, Patrick et moi-même avons eu un certain nombre de passés et de passifs avec lui. Donc on essaie de se tenir bien pour avoir un espèce de tombeau. Et de temps en temps, moi je ne veux pas faire de débat avec lui. Je suis là pour poser des questions et il est là pour répondre. Donc quelquefois, ça donne une certaine forme, non pas de mollesse, mais peut-être qu'on est un peu en deçà. Et à d'autres moments, quand il me dit que je mens et que je lui cite l'interview du Monde, qui est quelques jours après, j'ai essayé d'y aller un peu plus.

Mais effectivement, ça nous a probablement un peu échappé sur ce qui a été analysé après, la violence faite à Latifa et Benziaten, la violence faite aux musulmans, et puis simplement le non-sens absolu de cette espèce de catalogue qui est une forme de syllogisme qui n'a aucun sens et aucun fondement. – Il ne répondait pas à une question précise ? – Non, non, il est parti comme ça. Enfin, il est parti comme ça. Souvent, il part comme ça. C'est-à-dire qu'on n'a pas besoin… Souvent, on n'a pas des réponses aux questions qu'on pose, et en revanche, on a des réponses aux questions qu'on ne pose pas, voire des tirades.

3:21
Présentateur

Mais vous avez raison, ces propos ont désir provoquer des réactions des familles, des victimes des attentats.

3:27
Invité

– Je tiens à ces propos. C'est pas une brève de comptoir, c'est pas quelqu'un qui a un coup de trop. C'est Jean-Luc Mélenchon. Il est parlementaire, il est chef de parti, il est candidat à l'élection présidentielle. C'est absolument inadmissible. Et Samuel Sandler a pris ces propos comme un crin-chat sur la tombe de sa famille et sur son propre visage. Et je le comprends.

3:50
Présentateur

– Jean-Luc Mélenchon s'est éloigné de la ligne républicaine depuis un bon moment. Il a notamment traité les policiers de barbares il y a quelques mois. Il y a un peu plus longtemps, il a été condamné pour des violences sur des policiers. Donc les tristes propos de cette… J'ai envie maintenant de l'appeler de cet individu, n'engagent que lui. – À part la France insoumise, la condamnation des propos de Jean-Luc Mélenchon est quasi unanime. Vous dites, vous, que c'était un dérapage très contrôlé. Expliquez-nous, Lilian Alemania.

4:18
Jean-Luc Mélenchon

– Il faut comprendre que Jean-Luc Mélenchon, il est dans une stratégie, à travers nous les médias, qui est une stratégie de la conflictualité. Donc il doit créer du conflit pour que les gens qui le regardent, qui ne votent pas forcément pour lui, qui l'écoutent. D'ailleurs, il a une phrase qui, pas dans l'extrait, mais qui est… En ce moment, plein de gens se disent « Mélenchon, il parle comme moi ». Donc il se dit au café, plein de gens disent « Oui, ce fond de l'air complotiste qui peut y avoir dans certaines catégories de la population », il essaie de se faire entendre de ces gens-là pour élargir.

4:50
Présentateur

– Quitte à tenir des propos complotistes.

4:51
Jean-Luc Mélenchon

– Quitte à tenir à flirter comme ça, avec le complotisme. Et derrière, il a déjà eu sur d'autres thèmes, que ce soit sur l'Allemagne, où du coup on l'a traité de germanophobe, et il dit « Non, moi je ne suis pas germanophobe, je dis des choses sur le modèle allemand, on a le droit de critiquer le modèle allemand ». Et à la fin, il va essayer de prouver que le système médiatique qu'il critique, et qui derrière va se retourner contre lui, peut être un argument envers une partie de l'électorat, en disant « Je suis contre le système, regardez le système m'attaque, donc c'est moi le candidat anti-système ». Et au même moment…

5:30
Présentateur

– Donc il provoque une polémique pour mieux se poser en victime.

5:33
Jean-Luc Mélenchon

– Exactement, il l'a fait depuis 2011, ça avait été sur la question d'un supposé antisémitisme, sur des propos contre Pierre Moscovici, en 2012 ça a été souvent sur les journalistes, les attaques, ou voir des critiques contre Marine Le Pen, la semi-démente, ou François Hollande, capitaine de Pédalo. Régulièrement, on a comme ça des dérapages, des clashes, qui lui permettent derrière d'essayer d'aller au-delà de son électorat traditionnel.

6:03
Présentateur

– C'est ce qu'il vous appelait la technique de la prise de judo, on crée une polémique et on s'en sert.

6:07
Jean-Luc Mélenchon

– Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est les réactions des victimes. Et là, on n'est pas dans le système contre lui, c'est… – C'est des Français ? – Voilà, c'est des Français, c'est des gens qui ont vécu des drames, et ça, c'est pas contrôlé.

6:21
Invité

– Mais vous avez cité les principaux marqueurs, effectivement, Moscovici 2011, qui ne parle pas le français, mais la langue de la finance internationale, « La République, c'est moi », d'autres, ça ne lui a jamais profité ? Enfin, je crois qu'on pourrait regarder les différentes vagues de sondages qui ont suivi ces épisodes, je ne crois pas que ça lui ait profité.

6:44
Jean-Luc Mélenchon

– Ça ne lui profite pas, mais il fait 11% en 2012, et en 2017, il fait 19%. Donc, ça ne lui profite pas, mais ça ne l'empêche pas non plus…

6:54
Présentateur

– Il élargit une base électorale anti-système qu'il essaie d'attraper, quoi.

6:57
Invité

– Il y a deux choses qui me semblent aussi graves, c'est-à-dire qu'il qualifie les actes dont il parle de faits divers ou de meurtres. Il ne va pas jusqu'à dire ce que ce sont, c'est-à-dire un certain nombre d'attentats islamistes, parce qu'il faut dire que c'est ça, je ne parle pas de Papy Boise, évidemment, je parle de Mohamed Merah, de l'école Azaratora, donc il banalise les choses, et c'est en ce sens que je trouve que sa posture est extrêmement grave pour quelqu'un qui envisage d'être chef de l'État, chef des armées, je vous passe toute la définition de ce qu'on fait quand on est président de la République.

Donc, moi, je ne suis pas persuadée que ce ne soit pas une espèce de délire momentané, mais je ne sais pas. Il y en a eu d'autres, il y a eu des contre-sens historiques quand il dit que c'est la rue qui a libéré la France des nazis, enfin, il y a un certain nombre de choses de temps en temps qui n'ont pas grand sens, toujours pour justifier son action, c'est-à-dire quand il appelle à une déferlante dans la rue, il faut qu'il le justifie en général, avec des parallèles historiques qui sont fondés une fois sur cent, mais je trouve que la banalisation de ce genre, il y a des meurtres, des trucs comme ça, c'est quelque chose de très malsain.

Tel que vous connaissez son fonctionnement depuis le temps, vous pensez qu'il en tire au fond de lui une conclusion positive ? Je pense qu'il ne l'a pas vu venir hier, parce qu'on a discuté très peu de temps après, de même que nous, on ne l'a pas vu venir entièrement, si on veut être entièrement honnête. J'ai été étonnée aujourd'hui que dans sa conférence de presse sur YouTube, il ne rappelle que sa compassion vis-à-vis des familles, en pouvant dire, je n'ai pas été compris, ce que je voulais dire c'était ça.

Il aurait dû, je pense, il aurait pu le faire, mais je pense qu'il a un tel orgueil qu'en général, il ne revient que rarement sur les choses qu'il peut dire, et encore moins quand il a tout le monde contre lui. En revanche, sa stratégie de contre-attaque avec sa conférence aujourd'hui est effectivement quelque chose de très organisé, c'est-à-dire la meilleure défense et l'attaque, je ne vais pas vous refaire le clause vis du pauvre.

Oui, parce que deuxième contre-attaque cet après-midi, Jean-Luc Mélenchon a publiquement dénoncé la publication par un YouTuber, un papacito connu pour ses idées d'extrême droite, d'une vidéo mettant en scène une attaque armée fictive contre un électeur de la France insoumise. J'ai choisi ce moyen de m'adresser à vous parce que je n'en ai aucun autre. Après qu'un appel au meurtre ait été diffusé sur YouTube contre les électeurs insoumis, il s'agit d'un site influent d'extrême droite qui a été recommandé comme étant celui d'un ami par le journaliste Éric Zemmour. Cette vidéo est parue en fin de journée dimanche.

Alors même que commençait à s'orchestrer une odieuse manipulation de mes propos, j'ai déjà fait l'objet d'innombrables menaces de mort, mais surtout d'une préparation d'un attentat. Voilà une vidéo vue plus de 100 000 fois aujourd'hui à midi qui a été retirée du YouTube depuis. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs annoncé vouloir porter plainte. Les propos d'hier, cette vidéo aujourd'hui, le tout en 24 heures, la campagne s'annonce rude. Alors un, on va dire tout de suite que la vidéo est absolument ignoble, la montable. Absolument, c'est pour ça qu'on n'a pas tenu à la montée. Vous avez très bien fait.

Deux, je remarque quand même qu'il l'a diffusée tout en regrettant qu'elle ait été déjà vue beaucoup sur YouTube, c'est-à-dire dans son point de presse. Il la montre intégralement. Elle est là sur la droite. Je ne souhaite pas moi répéter le nom de l'auteur de cette vidéo pour ne pas lui faire de publicité. De toute façon, vous l'avez dit Marion, elle a été retirée. Après, il fait de la politique. Il laisse entendre qu'il y a un lien entre la publication de la vidéo et ce qu'il a fait en disant une fois de plus qu'il y a une manipulation orchestrée. Donc c'est effectivement de nouveau une théorie du complot. C'est-à-dire qu'on a orchestré quelque chose et il se pose en victime.

Il a raison de se poser en victime par rapport à cette vidéo qui est immonde. On l'a tous dit, on le pense tous. C'est absolument lamentable. Il n'y a pas de qualificatif. Mais c'est une façon aussi de faire diversion. C'est un politique, c'est une stratégie de contre-attaque. Comme ça, on en arrive au finish, à parler presque plus de cette vidéo que ce qu'il y a eu hier.

10:55
Jean-Luc Mélenchon

Il contre-attaque. Cette conférence de presse n'était pas prévue aujourd'hui. Il l'a organisée un peu au dernier moment. On est bien placé à Libération pour le savoir parce qu'on en a reçu une demi-heure avant en disant dans une demi-heure, branchez-vous sur YouTube et il y aura une déclaration de Jean-Luc Mélenchon. On ne pensait pas que c'était sur Papacito. On pensait qu'il allait revenir justement sur ses propos. Alors, pas être dans l'excuse ou la contrition, ce n'est pas du tout son genre. Et encore plus quand il est attaqué par le système médiatique, comme il le dit. Il a un mot très court pour les victimes qui est juste la compassion.

Il rappelle sa compassion pour les victimes et les familles des victimes. Donc oui, on crée une polémique, pour reprendre le théorème de Pasqua, on crée une polémique dans la polémique et dans une autre polémique pour plus qu'on comprenne d'où on part. Donc, il connaît ses classiques, Jean-Luc Mélenchon.

11:45
Invité

Mais dans ses classiques, à votre avis, vous qui avez étudié un peu son électorat, même s'il est passé de 11 à 19 en une présidentielle, là, il va toucher qui ?

11:55
Jean-Luc Mélenchon

Il ne va même pas toucher les complotistes ? Non, il cherche à se faire entendre de gens qui ne sont pas dans les partis, qui n'ont pas de vote précis à la prochaine présidentielle, qui ne votent plus, qui sont dégoûtés par la politique et qu'ils se disent, « Ah ben, lui, il parle comme moi. » Lui, il n'a pas tout à fait tort, quand même, Jean-Luc Mélenchon, quand je l'entends au Café du Coin ou le matin dans ma radio. C'est ce qui a fait sa force déjà dès 2011-2012. S'il perce et qu'il arrive au score qu'il fait à 11 %, je rappelle qu'à l'époque, personne ne le voyait à 11 % à ce niveau-là dans cette présidentielle et encore moins à 19 % dans la dernière présidentielle.

Donc, il cherche, et c'était un peu sa stratégie, mais qu'il rate de cette semaine, qui était de lancer un appel à l'union populaire contre l'union de la gauche, qui essaye de s'organiser sans lui et qui n'y arrive pas, et comme ça, de siphonner cet électorat en partie de gauche, mais ce qu'il a oublié, ce qu'il a raté déjà en 2017, c'est de récupérer une partie des anciens électeurs de gauche ou de LV. Benoît Hamon, s'il fait 6 %, normalement, il doit finir à 3 ou 4 à cette époque-là. Et les pourcentages de ces points-là auraient dû aller à Jean-Luc Mélenchon. Il pense être au second tour, mais il est toujours sur cette théorie de fédérer le peuple.

13:24
Présentateur

Il ne s'est pas excusé, il n'est pas revenu sur ses propos. Pourquoi ? Parce qu'il a été mal compris, en tout cas, c'est ce qu'il essaye de nous faire comprendre. Il voulait dire que les assassins attendent les moments à enjeu pour passer à l'acte et que le système récupère ses crimes pour manipuler les foules. Patrick, est-ce que des drames, de tels drames, ont eu un impact sur les élections ?

13:46
Invité

Présidentielles ? Alors, des drames et des récupérations, oui, il y en a eu. L'impact sur le vote, c'est autre chose. Mars 2012, après les tueries de Montauban et Toulouse, tous les candidats suspendent leur campagne. Marine Le Pen décide même d'annuler une émission dont elle était l'invité vedette le soir même sur France 2. Mais trois jours plus tard, après la mort de Mérat, la présidente du FN lance, lors d'un meeting à Nantes, combien de Mohamed Mérat dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d'immigrés. Fin de citation, alors que Mérat, je le rappelle, est née et agrandie à Toulouse.

14:19
Présentateur

Quel impact sur le scrutin ?

14:20
Invité

Rien de visible. Marine Le Pen, en janvier-février, avant les attentats, a été donné dans les sondages entre 17 et 20% d'attention de vote. Le 22 avril 2012, elle a fini à 17.

14:29
Présentateur

En 2002, en revanche, l'affaire Papivoise est réputée avoir pesé sur l'élimination de Nel Jospin au profit de Jean-Marie Le Pen.

14:36
Invité

Oui, alors ça tient un peu de la légende. Tout le monde parle de Papivoise et personne ne se souvient de la tuerie de Nanterre trois semaines plus tôt quand un certain Richard Durne était allé mitrailler un conseil municipal. Huit morts, 19 blessés. C'était un événement autrement considérable. Mais c'est Papivoise qui est resté dans les mémoires des dirigeants socialistes qui auraient coûté à Lionel Jospin tout ou partie des 600 000 voix qui lui ont manqué pour accéder au second tour.

De qui parle-t-on d'un modeste retraité d'Orléans, Paul Voise, qui accuse deux jeunes blancs d'avoir voulu le raqueter avant de mettre feu à sa maisonnette, visage tuméfié et sanglot en cascade qui débarque dans les foyers français pile au moment où les candidats disparaissent, c'est-à-dire à la fin de la campagne du premier tour, le vendredi 19 avril. C'était machin. C'est pas grand. J'étais chez moi. Ça vous fait mal ?

15:26
Locuteur

Oui.

15:26
Invité

Est-ce qu'il est vrai ? Je vois, vous papone, il vous dit de tout cœur et de tout son amour. Merci. C'était haute d'avril 81, juste avant le premier tour et non pas de septembre. Affaire dont on n'a pas eu le dernier mot. Les journalistes locaux n'ont jamais cru à une tentative de raquette. Cette petite maison qui tenait plus du squat que du pavillon était sans doute le dernier endroit du quartier où des voyous pouvaient espérer trouver quelque chose à voler, m'avait dit un journaliste local à l'époque. Mais la télévision aime les histoires simples et les émotions brutes.

16:09
Présentateur

A-t-elle eu un impact sur le scrutin ?

16:10
Invité

Je l'ai cru à l'époque, je l'ai même écrit parce que Jacques Chirac avait fait toute sa campagne sur le thème de l'insécurité parce que c'est la mairie RPR d'Orléans qui avait appelé l'AFP et accueilli les télévisions parce que l'affaire avait paru surmédiatisée mais avec le recul et le système médiatique d'aujourd'hui, cela semble un peu dérisoire. Rendez-vous compte, l'agression de Paul Voise n'a fait la une d'aucun JT. Elle a occupé en tout et pour tout 4 minutes d'antenne sur TF1 dans 3 journaux différents et un petit peu moins sur France 2. Elle n'a fait l'objet d'aucun commentaire ou réaction.

Jacques Chirac a bien rédigé un communiqué pour condamner, je cite, cette agression odieuse mais à quelques heures du premier tour, il n'a été publié nulle part. Le samedi, LCI diffuse les images. Ces images qu'on vient de voir en gros 19 fois dans la journée mais la chaîne du groupe TF1 n'est encore diffusée que sur le câble et le satellite. Donc rien à voir avec aujourd'hui. Un papy voise de 2021 ou 2022 aurait à coup sûr des heures et des heures et des jours d'antennes et de débats. Et toutes les télés ou disons quelques télés se l'arracheraient pour la voir en plateau.

17:13
Présentateur

Autrement dit, ça pourrait avoir un impact aujourd'hui.

17:15
Invité

Ah oui, c'est sûr. Si un papy voise est arrivé aujourd'hui et à quelques semaines ou quelques jours d'un premier tour de présidentielle, je vous laisse imaginer l'effet produit. Oui, mais le raisonnement c'est de laisser entendre qu'il y a une main invisible ou un organisateur de l'ombre qui sait tout ça voire qui les organise. C'est là que le raisonnement est totalement spécieux et que moi j'ai considéré que c'était assez délirant. C'est l'idée qu'on fait, on organise des faits divers ou on organise des mœurs ou des attentats. On aurait pu lui répondre. Non, non, j'étais parti sur son affirmation de défense, c'est-à-dire l'idée que les drames sont exploités et ont un impact sur le scrutin.

Je suis totalement d'accord sur tout ce que tu as dit. Voise, on peut toujours s'interroger et surtout aujourd'hui, mais en aucun cas ce qu'il laisse entendre Jean-Luc Mélenchon dans l'invue, c'est qu'il y a une espèce d'obscur manipulateur qui est là et dans l'ombre. Qui prévoit ça, qui prévoit l'impact qu'on peut avoir sur une campagne. Et qui épule l'opinion. Ce genre d'événement.

18:14
Jean-Luc Mélenchon

Il faut aussi se rappeler que Mélenchon, 2002, on en discutait tout à l'heure en plateau, 2002, c'est quelque chose d'important pour lui. Il n'a pas vu venir le 21 avril. Il était au PS. Il a fait une dépression. Exactement, il fait une dépression derrière et les défaites électorales sont dures. 2012, il se voit au second tour et il pense que Mera et l'affaire Mera fait que ça le fait chuter dans la dernière ligne droite alors que c'est le vote utile à plein qui joue sur François Hollande parce que les gens de gauche se disent c'est fini, on va se débarrasser de Sarkozy. Et 2017, il n'a toujours pas digéré les 600 000 voix qui lui manquent.

Mais je ne pense qu'en interne et lui-même, ils n'ont pas tiré les leçons de pourquoi ils n'ont pas réussi à avoir une partie de l'électorat classique de gauche qui est arrivée et qui a voté pour lui.

18:59
Présentateur

En gros, c'est la difficulté de Jean-Luc Mélenchon à accepter une défaite et les raisons objectives d'une défaite.

19:05
Invité

Comme il a une fixation sur la présidentielle, c'est un énorme enjeu qui ne revient pas très régulièrement sur lequel il fonde tout et il a probablement besoin d'essayer de rationaliser plutôt que d'analyser. C'est-à-dire, comment plus les troupes qu'il a derrière lui ne sont pas forcément là aussi pour demander un devoir d'inventaire et que ce n'est pas un parti qui fonctionne où on a le droit de critiquer le vieux comme on dit ou le patron selon la façon dont on l'appréhende, ça rend effectivement un examen de conscience un peu délicat, voire rare,

19:35
Présentateur

voire inexistant. Mélenchon à la conquête du peuple, c'est votre ouvrage avec Stéphane Alliès qui est disponible depuis 2018 sur Robert Laffont et dont vous en avez vu une illustration hier sur France Inter. Merci beaucoup à tous les deux. Vous restez avec nous pour continuer à évoquer le reste de l'actualité. Merci.