La chronique de Corinne Lepage du 29/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
À l'actualité en France, nous avons vécu ces derniers jours des épisodes de canicules très violents et ce n'est pas terminé. Même si on bénéficie de nuits plus fraises, vous l'avez constaté cette nuit, eh bien, il continue de faire quand même très chaud. C'est l'un des impacts les plus emblématiques du changement climatique, la France, qui fait face à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses. Alors, est-ce que des solutions existent ? Eh bien, pour en parler, Corinne Lepage nous a rejoint en studio. Bonjour, Corinne. Bonjour, Ylana. Bonjour à toutes et à tous. Végétaliser, isoler les bâtiments, prévenir.
Il y a un mot qui est ressorti dans l'actualité ces derniers jours, Corinne, c'est adaptation. C'est un gros mot, adaptation.
On peut se le demander parce qu'on met sous adaptation des choses qui n'en sont en réalité pas du tout. On va reparler de la climatisation. Par exemple, la climatisation, elle est indispensable. On pleure mille morts supplémentaires du fait de la canicule et probablement, ce n'est pas terminé. Ça a notamment touché beaucoup de personnes âgées isolées. S'ils avaient eu une pièce climatisée chez elles, ça ne se serait pas passé. Mais ce n'est pas à ce qu'on va climatiser qu'on va s'adapter. On va simplement parer l'urgence. C'est indispensable, mais ce n'est évidemment pas du tout suffisant.
Alors, le président de la République a déclaré qu'il n'y avait aucun défaut d'adaptation et que personne n'aurait pu prévoir un tel pic de chaleur. Est-ce qu'il a raison ?
Deux fois tort. Deux fois tort. D'abord, on a eu déjà des pics de chaleur importants pour les plus vieux. Ils se souviennent de 1976. Moi, je l'ai vécu. Il y a eu surtout 2003. 2003 a été très peu perçu comme étant un effet du dérèglement climatique. Ça a été perçu beaucoup plus comme une crise sanitaire que c'était, évidemment. Mais la crise sanitaire n'était que l'effet. La cause, c'était le dérèglement. Et par conséquent, on sait très bien qu'on va être exposés de plus en plus à des pics de chaleur comme celui qu'on a vécu et qu'on peut revivre d'ici la fin de l'été.
Les journées les plus chaudes jamais enregistrées en France.
Oui, mais chaque année, on dit que c'est l'année la plus chaude ou c'est la deuxième année la plus chaude que l'on ait vécu. Donc, de dire que c'était inenvisageable, c'est totalement faux. Deuxièmement, est-ce qu'on n'a aucun défaut d'adaptation ? Évidemment, ce n'est pas vrai. Oui, il y a des choses qui ont été faites. Heureusement, il y a eu des salles climatisées prévues dans les EHPAD, des améliorations dans les hôpitaux. Pas tous. Une clim par école à Paris. Oui, c'est nul. Les écoles, c'est catastrophique. Et puis, on n'a pas du tout poussé les gens à s'adapter par cette urgence-là. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c'est qu'il y a une prise de conscience.
On a un plan national d'adaptation au changement climatique qui prévoit quand même 4 degrés d'augmentation de la température. Là, on dit qu'on est en France à 2,3, ce qui est déjà colossal. On voit ce que ça fait. Sachant cela, ayant fait ce plan, il n'y a pas derrière des mesures qui ont été mises en œuvre. Vous allez me dire, ça coûte. Oui, c'est vrai, ça a un coût, c'est la vérité. Mais d'abord, on peut le lisser dans le temps. Et puis, il y a des mesures qui ne coûtent pas si cher que ça. La végétalisation, par exemple, ne coûte pas une fortune. Et puis, il faut mélanger les investissements publics et les investissements privés.
Les fléchers, on a aidé les gens, par exemple, on les aide à faire de l'électrification avec le recours à des pompes à chaleur, des choses comme ça. On n'a pas du tout poussé sur tout ce qui était l'adaptation, à proprement parler, au dérèglement climatique.
Alors, pour conclure, Corinne, est-ce que la climatisation, c'est une adaptation ? Qu'est-ce que l'adaptation, finalement ?
L'adaptation, ça va bien au-delà. C'est en fait une transformation complète de nos milieux de vie. Quand je dis nos milieux de vie, c'est nos villes, mais pas seulement. Pensons aussi à nos campagnes. Il y a eu des dégâts épouvantables dans les poulaillers industriels, par exemple. Il faut qu'on repense notre agriculture, la monoculture, par exemple. L'usure des sols, le fait que nos sols ne soient plus capables de capter convenablement l'eau, d'être riches en nutriments. Tout ça contribue à augmenter les effets du dérèglement climatique. Donc, plus que jamais, il faut mettre le paquet sur l'atténuation, évidemment, parce que plus on atténuera, mieux on se portera.
Mais aussi, repenser complètement tous nos modes de vie et ne pas penser, parce que la canicule va s'arrêter heureusement aujourd'hui, que c'est derrière nous et qu'on passe à autre chose. Non, on ne peut pas passer à autre chose.
Eh bien, un message au gouvernement français. On espère qu'il sera entendu. Corinne, merci beaucoup. Merci, Lana. Je vous dis à la semaine prochaine. À la semaine prochaine.
Corinne Lepage