François Bayrou : des premiers pas compliqués à Matignon | Parlement Hebdo
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 35 %Attaque 45 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 81 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
Quelles sont les priorités de François Bayrou comme Premier ministre ?
- 2:00OuverteRéponse partielle
François Bayrou a dit qu'il n'utiliserait pas le 49.3 sauf en cas de blocage absolu sur le budget. C'est une concession suffisante ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Cette réforme des retraites a été défendue par le camp macroniste. Vous craignez qu'elle soit détricotée ?
- 6:00OuverteRéponse directe
François Bayrou invite tous les partis politiques à venir dans son gouvernement. Pourquoi les communistes ne saisissent pas la main tendue ?
- 8:00OuverteRéponse partielle
François Bayrou s'est rendu à Pau alors qu'on l'attendait à Mayotte. Vous a-t-il déçue ?
- 10:00OuverteRéponse directe
Le Parlement doit-il siéger pendant les fêtes pour étudier la loi spéciale Mayotte ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Ian BrossatFait
« Aux dernières élections législatives, les Français ont massivement voté pour des partis qui s'engageaient contre la réforme des retraites. »
- 6:00Ian BrossatFait
« Personne ne peut imaginer que nous participerons à un gouvernement qui poursuivra les mêmes politiques que l'on a connues depuis 7 ans. »
- 8:00Eleonore CaroitFait
« On a eu une tragédie sur le territoire français. Dans les prochaines heures et les prochains jours, on va découvrir véritablement le bilan humain et matériel à Mayotte. »
- 10:00Ian BrossatFait
« Ce qui est sûr, c'est qu'il faut un maximum de personnes secourues. Poser la question de la reconstruction de Mayotte et d'une aide dans la durée pour Mayotte pour que la situation puisse être améliorée, bien sûr. »
- 12:00Ian BrossatFait
« Heureusement que nous avons voté la censure. La loi spéciale a été votée à l'unanimité. »
- 14:00Ian BrossatChiffre
« Il y avait 4000 suppressions d'emplois dans le cadre de ce budget ! »
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Générique ... - Alexandre Poussart: Bonjour à tous.
Très heureux de vous retrouver pour ce dernier numéro de "Parlement hebdo" de l'année 2024. - Kathia Gilder: Nos deux invités sont sur le plateau pour débattre. Eléonore Caroit, bonjour.
Vous êtes députée apparentée Ensemble pour la République. Ian Brossat, vous êtes sénateur communiste. - Alexandre Poussart: Nous reviendrons sur les premiers pas de François Bayrou, à son poste de Premier ministre, qui annonce les discussions sur la réforme des retraites.
A cause de la motion de censure, la France n'aura pas vraiment de budget pour commencer 2025. Le Parlement a voté une loi spéciale pour continuer à lever l'impôt. Un texte d'urgence en attendant le nouveau débat budgétaire qui s'annonce compliqué. - Kathia Gilder: Les premiers pas compliqués de François Bayrou à l'Assemblée nationale.
Compte rendu de séance. - Monsieur le Premier ministre. - Sous des applaudissements timides, François Bayrou répond à ses premières questions comme Premier ministre et il prend son temps. - D'abord un mot pour vous dire l'émotion qui est la mienne.
Il y a longtemps que je n'ai pas pris la parole dans cette assemblée. - Il est seul face aux députés. Le reste du gouvernement n'est pas encore nommé.
Depuis quelques jours, François Bayrou tente de bâtir un socle solide au Parlement et il cherche à rassurer. - Face à ces défis, pouvez-vous décliner les priorités qui seront les vôtres? - Je ne dissimulerai rien.
Je ne laisserai rien sans traitement ni réponse. J'essayerai de le faire en tenant compte de chacun des groupes qui siègent sur ces bancs. Je ne fais pas de différence entre les députés. - Moins de quatre jours après sa nomination, François Bayrou doit répondre aux reproches sur son choix d'aller à Pau pour siéger au conseil municipal alors qu'une réunion de crise sur Mayotte avait lieu à l'Elysée. - Votre place n'était pas à Pau. - Vous auriez dû vous rendre à la réunion de crise de l'Elysée. - J'ai participé à cette réunion de la première à la dernière minute, en visio.
Je pense que l'on n'a pas le droit de séparer la province et le cercle des pouvoirs à Paris. Vous pouvez vous égosiller, à Mayotte, il y avait le ministre de l'Intérieur. C'était le président de la République qui dirigeait la réunion de crise et j'y ai participé. - François Bayrou sera de retour à l'Assemblée nationale pour sa déclaration de politique générale le 14 janvier. - Kathia Gilder: Ian Brossat, une question d'actualité.
François Bayrou a dit qu'il n'utiliserait pas le 49.3 sauf en cas de blocage absolu sur le budget. C'est une concession suffisante aux oppositions? - Ian Brossat: C'est une plaisanterie.
J'ai regardé François Bayrou sur France 2. Il a dit qu'il n'utiliserait pas le 49.3 sauf s'il y a blocage sur le budget ou un autre sujet.
Le 49.3, on l'utilise quand il y a un blocage. François Bayrou fait semblant de prendre un engagement alors qu'il n'a fait que rappeler à quoi sert le 49.3.
Pour l'instant, il n'y a rien qui garantisse à François Bayrou d'échapper à une motion de censure. Tout ce qu'il dit va dans le sens d'une perpétuation des politiques macronistes menées depuis 7 ans. Les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
Il va falloir plus que ce faux engagement. - Alexandre Poussart: Eléonore Caroit, c'est un faux engagement de François Bayrou? François Bayrou n'a pas de majorité. - Eleonore Caroit: Je ne sais pas pourquoi monsieur le sénateur considère que c'est un faux engagement.
Il s'est engagé à ne pas employer le 49.3 au-delà d'une situation de blocage sur le budget. C'est très fort.
Il nous faut un budget. On ne peut pas rester avec une loi spéciale. Sur le budget, il ne pouvait pas s'engager.
Mais quand il a dit qu'il souhaitait arriver à des accords et lorsqu'il a mis autour de la table tous les représentants de partis et de groupes, il a envoyé un signal d'ouverture qui va le légitimer. Il est conscient de la situation inédite dans laquelle il est. - Kathia Gilder: François Bayrou est revenu sur un autre sujet central, la réforme des retraites.
On peut trouver une organisation différente, mais il faudra trouver des financements. Il propose de reprendre la réforme des retraites après 9 mois de dialogue entre les partenaires sociaux. - Ian Brossat: Je constate que tout le monde voit bien que cette réforme des retraites est en réalité totalement inadaptée.
Des centaines de milliers de personnes ont rejeté cette réforme en manifestant. Elle a été imposée par 49.3 par le gouvernement de madame Borne.
Aux dernières élections législatives, les Français ont massivement voté pour des partis qui s'engageaient contre la réforme des retraites. Lorsque l'abrogation a été discutée, les députés macronistes ont joué l'obstruction. Si la voix des Français était respectée, cette réforme aurait déjà été abrogée.
C'est parce que le pouvoir veut imposer cette réforme qu'elle continue à être appliquée. Le Premier ministre nous dit qu'on va rediscuter de cette réforme, des modalités dans laquelle elle s'applique. Si cette réforme doit être reprise, la première des choses, c'est d'en suspendre l'application.
Il faut permettre aux 50.000 salariés qui devaient partir en retraite et qui ont été empêchés cette année du fait de l'application de cette loi, de leur permettre de partir en retraite. En tout cas, là aussi, le Premier ministre souffle le chaud et le froid.
Martine Aubry disait "Quand c'est pas clair, c'est qu'il y a un loup". Avec François Bayrou, c'est une meute de loups. - Alexandre Poussart: Cette réforme a été défendue bec et ongles par le camp macroniste.
Vous craignez qu'elle soit détricotée, Eléonore Caroit? - Eleonore Caroit: Il n'y a pas de dogmatisme de notre part sur la question du départ à la retraite à 64 ans. Ce n'est pas quelque chose qui nous fait particulièrement plaisir.
On regarde tous les pays de l'Union Européenne qui ont une démographie comparable à la nôtre. En Espagne, c'est 65 ou 66. Dans les Pays-Bas, c'est 67.
Cette réforme, c'est devenu une forme de totem pour certains partis politiques qui en ont fait une sorte d'étendard. Lorsqu'elle a été discutée, il y avait eu ce 49.3.
C'est pour cela que l'engagement de François Bayrou sur le 49.3 est important. Si des choses doivent être améliorées, je suis prête à en discuter.
Mais il faut se rappeler de quoi on parle et que l'on arrête de polariser le débat et que l'on accepte les mains tendues. On va revoir un certain nombre de sujets qui ont pu ne pas être compris ou acceptés. Au lieu d'avoir cette posture et cette attitude de renfermement, de contestation permanente, il faut au contraire travailler ensemble. - Kathia Gilder: Ian Brossat? - Ian Brossat: On dit beaucoup qu'il s'agirait d'un totem ou d'un symbole.
C'est la vie de travailleurs. On parle de gens qui pour la plupart sont cassés par le travail, qui s'étaient projetés sur la retraite à 62 ans et on leur explique qu'ils devront travailler davantage sans que leur retraite augmente. C'est une question de justice sociale.
Si on une réforme rejetée par une écrasante majorité du monde du travail, des manifestations monstre pour montrer que l'on n'en veut pas, des partis pour lesquels on vote qui s'engagent à abroger cette réforme et qu'à la fin, on a toujours cette réforme, c'est un déni de démocratie. - Eleonore Caroit: Je ne peux pas vous laisser dire n'importe quoi. Lorsque la proposition de loi pour réformer les retraites a été présentée, elle a été discutée.
De l'obstruction parlementaire, on en a vu sur les bancs de la gauche. - Ian Brossat: Ne faites pas semblant. Pourquoi on n'a pas pu passer au vote?
Parce que vous avez fait de l'obstruction. - Eleonore Caroit: C'est une réforme qui a pris 3 semaines à son examen. Vous pensez qu'elle aurait pu être abrogée pendant une niche parlementaire?
Il n'y a pas de déni de démocratie dans ce pays. Nous essayons de trouver un programme et un projet. Si vous restez dans des postures, on va difficilement avancer. - Ian Brossat: Permettez que l'Assemblée nationale se prononce sur la réforme des retraites et vous verrez quelle est la position majoritaire en son sein. - Alexandre Poussart: François Bayrou invite tous les partis politiques, hors Rassemblement National et La France Insoumise, à venir dans son gouvernement, une sorte de gouvernement d'union nationale.
Pourquoi les communistes ne saisissent pas la main tendue par François Bayrou? - Ian Brossat: Personne ne peut imaginer que nous participerons à un gouvernement qui poursuivra les mêmes politiques que l'on a connues depuis 7 ans. Il faut accepter qu'il puisse y avoir des opinions politiques différentes qui s'expriment.
Le bloc arrivé en tête aux élections législatives, c'est le Nouveau Front populaire. La logique démocratique aurait voulu que ce soit l'un des nôtres qui soit appelé à Matignon. Nous avons été privés de la possibilité de gouverner.
On a là-dessus un Premier ministre issu du camp macroniste, battu aux élections européennes et législatives, qui nous dit de venir dans son gouvernement. Si c'est pour appliquer la même politique, certainement pas. En 1945, les communistes ont mis en place la Sécurité sociale.
En 1980, la retraite à 60 ans. En 1997, les 35 heures. Nous n'allons pas participer à un gouvernement qui va continuer à mener une politique d'injustice sociale. - Kathia Gilder: Vous croyez qu'il y ait possibilité d'avoir un gouvernement d'union nationale pour ce début d'année lorsqu'on voit que chacun campe sur ses positions? - Eleonore Caroit: Il faut être deux pour danser le tango.
Si les différents partis politiques n'ont pas envie de faire une coalition comme on peut le voir dans plusieurs pays européens, ça va être difficile de les intégrer dans le gouvernement. Ils ne pourront pas dire en revanche dans quelques mois qu'on ne les a pas invités. Je me souviens de ce qui s'était passé au mois de septembre.
J'ai entendu les différents partis politiques dire qu'on ne les avait pas laissés participer et que donc ils avaient censuré. Là, on a proposé. Ce n'est pas parce que le Premier ministre n'est pas issu de votre famille politique que vous êtes là pour appliquer un programme qui ne correspond pas à ce que vous pensez.
Maintenant, il faut apaiser notre pays. Il faut choisir des projets prioritaires sur lesquels on peut être d'accord. La transition écologique, les agriculteurs...
Des sujets qui peuvent nous rassembler. Mais il faut avancer. - Ian Brossat: Je pense que la question fondamentale, c'est celle du cap politique de ce gouvernement.
On a 200 milliards d'aides publiques aux entreprises, y compris des entreprises qui font parfois des bénéfices records, qui licencient et versent des dividendes à leurs actionnaires. Rien ne témoigne que le Premier ministre soit prêt à bouger sur cela. - Eleonore Caroit: Il faut que vous fassiez des propositions!
Nous ne voulons pas augmenter le coût du travail. Nous sommes déjà le pays dans lequel on paye le plus de taxes et d'impôts. - Ian Brossat: Vous voulez augmenter les taxes sur les ménages. - Eleonore Caroit: Dans ce budget que vous avez censuré, il y avait des contributions exceptionnelles de la part des entreprises. - Ian Brossat: Il y avait aussi une augmentation des taxes sur l'énergie. - Eleonore Caroit: Vous êtes dans des postures.
C'est dommage. - Ian Brossat: Vous devriez écouter ce que disent les Français. - Kathia Gilder: Un petit mot sur les premiers pas de François Bayrou, marqués par une série de couacs.
Il s'est rendu à la mairie de Pau alors qu'on l'attendait à Mayotte. Vous a-t-il déçue? - Eleonore Caroit: Ca a été une semaine très difficile.
On a eu une tragédie sur le territoire français. Dans les prochaines heures et les prochains jours, on va découvrir véritablement le bilan humain et matériel à Mayotte. - Kathia Gilder: Donc tout passe en second plan? - Eleonore Caroit: Ce n'est pas le sujet.
On est en politique. On a un Premier ministre qui n'a pas encore eu le temps de former son gouvernement. Courageusement, il est venu devant l'Assemblée nationale répondre à des questions.
Tous les députés de tous les groupes ont posé la même question, celle de savoir pourquoi il était à Pau. C'est de la polémique permanente! Je ne trouve pas ça intéressant et on devrait se concentrer sur le fond, sur la composition de ce gouvernement qui n'a pas encore été nommé et sur lequel on peut, nous, parlementaires, avoir notre mot à dire.
Si l'on reste au niveau de la polémique, on ne va pas avancer. - Alexandre Poussart: Une question de fond sur le drame de Mayotte. Après le passage du cyclone Chido, Emmanuel Macron a annoncé une loi spéciale pour reconstruire plus vite l'archipel.
Le Parlement doit-il siéger pendant les fêtes pour étudier cette loi spéciale? En termes de moyens budgétaires, faut-il aller vers une forme de quoi qu'il en coûte pour reconstruire Mayotte? - Ian Brossat: Ce qui est sûr, c'est qu'il faut un maximum de personnes secourues.
Poser la question de la reconstruction de Mayotte et d'une aide dans la durée pour Mayotte pour que la situation puisse être améliorée, bien sûr. Nous soutiendrons toute loi qui permettra d'avancer en ce sens. C'est l'intérêt général.
C'est l'intérêt de la population de Mayotte. Il faut que l'on avance. C'est une situation que l'on ne découvre pas aujourd'hui. - Kathia Gilder: Comment fait-on pour aider Mayotte à se reconstruire? - Eleonore Caroit: Il y a beaucoup de questions dans votre question.
Il y a déjà l'urgence à traiter. Il y a des dizaines de milliers de personnes dont l'habitat a été détruit et qu'il faut reloger. Il y a la question des morts.
Il y a l'eau qui manque. Il faut réfléchir à long terme sur un grand plan. On a l'impression que tout oppose les politiques aujourd'hui. - Kathia Gilder: Quoiqu'il en coûte? - Eleonore Caroit: Je ne sais pas.
La question, c'est d'apporter des réponses pérennes. - Alexandre Poussart: On va parler des questions budgétaires. L'adoption d'un budget, ce sera la principale mission de François Bayrou dans le premier trimestre 2025.
Le débat a été interrompu par le vote de la motion de censure. Pour assurer la continuité de la vie de la nation, le Parlement a adopté cette semaine une loi spéciale. - Le Sénat a adopté et le texte est définitivement adopté. - A 345 voix pour et aucune voix contre, le Sénat vient d'adopter la loi spéciale dans les mêmes termes que l'Assemblée nationale.
Composé de 4 articles, ce texte est un projet de loi atypique qui autorise l'exécutif à prélever l'impôt et emprunter pour financer l'Etat et la Sécurité sociale. - Rien n'est réglé concernant les comptes publics et la nécessité de leur redressement. Il faudra un budget pour l'Etat.
Il faudra un budget pour la Sécurité sociale. Je souhaite que ce budget soit adopté rapidement. - Ce dispositif d'urgence a été soumis à la suite de la censure du gouvernement Barnier qui a suspendu l'examen du projet de loi de finances 2025.
La majorité sénatoriale a appelé à ce que les débats budgétaires reprennent là où ils s'étaient arrêtés le jour de la censure. - Si l'on repart sur un délai normal, c'est 70 jours. C'est énorme.
Ca veut dire que l'on ne vote pas de budget avant fin mars. Si on reprend à partir du texte du Sénat, la France peut avoir un budget début février. - Certains à gauche réclament le dépôt d'un nouveau projet de loi de finances. - Il faut construire une loi qui ne pourra en aucun cas être un copier-coller de celui présenté par Michel Barnier. - Se pose maintenant la question du budget pour 2025.
Les forces politiques sont désormais suspendues à la formation du nouveau gouvernement de François Bayrou pour se projeter sur le futur calendrier. - Alexandre Poussart: Il y a cette loi spéciale qui a été votée, mais avec l'absence de budget et la motion de censure, cela va pénaliser de nombreux Français qui voient leur impôt sur le revenu augmenter automatiquement. Cela pénalise les agriculteurs qui attendent les aides, mais aussi des couples qui auraient bénéficié du prêt à taux zéro pour acheter un logement.
Vous regrettez? - Ian Brossat: Vous plaisantez? Heureusement que nous avons voté la censure.
La loi spéciale a été votée à l'unanimité. Cela prouve qu'il y a du côté de l'opposition un sens des responsabilités sans espèce d'ambiguïté. Simplement, quand j'entends dire que l'on va retravailler le budget 2025 sur la base du budget Barnier, je me dis que ces gens sont irresponsables.
C'est le budget Barnier qui a fait la censure. Si on reprend la copie précédente, on s'expose aux mêmes risques. Je voudrais m'adresser solennellement au gouvernement pour lui dire qu'il ferait bien d'y réfléchir à deux fois.
Ce qui a produit la censure sur la base du budget Barnier produira la censure demain. - Alexandre Poussart: Si on reprend le budget de zéro, on va exploser le délai. - Ian Brossat: Cela supposerait que l'on intègre les exigences qui sont celles des Français aujourd'hui.
Des exigences de justice sociale, des exigences en matière de pouvoir d'achat. On a des tas de gens qui travaillent dans la fonction publique et qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois alors qu'ils rendent des services indispensables à la nation. Il y a besoin de signaux clairs sur la rémunération du travail, sur le soutien aux services publics.
Il y avait 4000 suppressions d'emplois dans le cadre de ce budget! - Eleonore Caroit: Je voudrais rendre hommage aux fonctionnaires, aux administrateurs, à toutes les personnes qui servent notre Etat et qui permettent dans cette situation d'instabilité de faire en sorte que notre pays marche. Nous avons cette loi spéciale qui nous permet d'avoir le minimum.
Notre Etat peut financer et prélever l'impôt. Tout ce qui est nécessaire pour la vie des Français, ce sont des attentes réelles. Si l'on repart de zéro...
Encore une fois, je n'ai pas de dogme. Je pars avec un esprit ouvert, de dialogue et de compromis. Mais si l'on doit reconstruire un budget de zéro et que cela nous amène à fin mars ou début avril, on va avoir un problème de calendrier pour ces fonctionnaires, ces administrateurs, pour les finances publiques. - Kathia Gilder: On sent que cela va être très compliqué.
Ian Brossat disait que les mêmes causes vont produire les mêmes effets. - Eleonore Caroit: Lorsqu'on regarde les causes de cette censure, elles sont différentes. Il y a des causes très politiciennes, notamment pour le Rassemblement National ou LFI.
Les causes réelles et légitimes de la censure, j'ai du mal à les voir. Il y avait pas mal de points sur ce budget avec lesquels j'étais en désaccord et pourtant j'ai voté en responsabilité pour. Je ne pense pas que ce budget a été censuré pour des mesures.
Il y avait un message politique à envoyer. J'espère que les députés et les sénateurs vont travailler en responsabilité avec le nouveau gouvernement pour que l'on puisse avoir un budget. - Alexandre Poussart: La gauche avait réussi à voter 35 milliards de hausses d'impôts supplémentaires sur les plus aisés.
Cela a été rejeté au final par le bloc central. Pouvez-vous faire un compromis avec le bloc central sur ces mesures fiscales? - Ian Brossat: Je parlais de sens des responsabilités.
Un gouvernement responsable est un gouvernement qui reprendrait par exemple à son compte un certain nombre d'amendements que nous avions fait adopter et qui permettaient précisément d'aller chercher l'argent où il est, c'est-à-dire du côté de ceux qui ont beaucoup, pour financer le service public. Il faut éviter une dégradation du service public comme il y a depuis des années. Il y avait aussi dans votre budget... - Eleonore Caroit: Ce n'était pas notre budget. - Ian Brossat: Dans le budget que vous souteniez et que vous avez adopté.
Il y avait en tout cas des mesures qui dégradaient le pouvoir d'achat des ménages. Nous ne voterons pas n'importe quel budget. Vous nous dites qu'il faut voter n'importe quel budget à n'importe quelle condition. - Eleonore Caroit: J'espère que vous serez un jour constructif. - Alexandre Poussart: Merci d'avoir participé à cette dernière émission. - Kathia Gilder: Bonnes fêtes à tous.
Éléonore Caroit