Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
speechyoutube.com 6 min

Discours de Marion Maréchal à l’hommage rendu pour Jean-Marie Le Pen à Notre-Dame du Val-de-Grâce

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Marion Maréchal

Cher Dadi, cher Jean-Marie, tu es mort un 7 janvier. Tu es mort comme tu as vécu, sans plainte, sans lamentation, fière, digne, drapée dans nos couleurs nationales que tu chérisses et tant, entre ton t-shirt bleu, ton drap blanc et ta couverture rouge, comme un clin d'œil de la Providence. Je ne te l'apprends pas, le 7 janvier est le jour de Noël, dans l'église orthodoxe. Et si l'église romaine n'a pas perpétué cette tradition, permets-moi quand même d'y voir le signe d'une vie qui s'achève dans ce qui l'amue, l'espérance. Non, définitivement, tu ne laissais aucune place au désespoir, ce poids mort de l'histoire, aucun répit au fatalisme, aucune trêve au renoncement.

Dans cette vie qui s'écoule comme le sable entre les doigts des enfants, tu ne trouvais de sens et de valeur qu'en une seule chose, le combat. Tu ne respectais l'adversaire que s'il était un battant. Et tu t'inclinais bien davantage devant le plus petit des soldats que devant le plus puissant des planqués. Une vie sans combat était pour toi une vie de mort vivant, de tiède, d'indifférent. Et tu haïssais les indifférents. Se battre. Se battre, chacun, chaque jour et malgré tout. Se battre pour ce qu'on aime, pour ce qui nous est cher, pour sa patrie, pour ce qui restera. Pour l'esprit, plus encore que pour la matière. Pour l'honneur, plus que pour la gloire.

Pour la mémoire, plus que pour le confort. Voilà ce en quoi tu croyais. Voilà ce en quoi tu as enjoint les Français durant soixante longues années. Écoutez le souffle encore vivant de Jeanne d'Arc, nous disais-tu. Bataillez. Et Dieu vous donnera la victoire. Dieu ne t'a pas donné la victoire. Mais il t'a offert autre chose. Il t'a offert une destinée. Une destinée à partir de rien. Depuis ton humble naissance bretonne et paysanne. Il t'a donné les tripes. Il t'a donné l'intelligence et le cœur pour faire naître dans ton sillage des millions d'hommes debout, prêts à enrayer le déclin du courage. Et Dadi, regarde, tu as réussi.

Ton armée des sans voix et des sans grades s'est levée sur ton mot d'ordre. Soyez fiers d'être Français. De discours en discours, de plateau en plateau, ils ont fini par se souvenir qu'ils avaient quelque chose en eux et chez eux, à aimer et à défendre. On n'arrête pas un peuple en marche. On n'arrête pas une idée vraie. On n'arrête pas un exemple juste. Cet exemple, il n'a eu de cesse d'inspirer tout au long de ma vie et même encore aujourd'hui après ta mort, une foule immense de jeunes Français. Ils sont nombreux aujourd'hui, serrés dans cette église, forcément trop petite pour l'homme que tu étais.

Tu as toujours apprécié la compagnie de la jeunesse et tu lui as toujours laissé une place de choix dans ton mouvement. C'était là l'expression de ta générosité. Tu n'avais pas le savoir ou l'expérience égoïste. Tu étais trop conscient de la finitude de tout homme, tout comme de l'éternité de la lutte, pour ne pas avoir le souci de nourrir la flamme et de passer le flambeau dans l'obscurité. Comme un dernier enseignement, tes mots simples à une journaliste te demandant, il y a quelques années, de dresser le bilan de ton action. Tu as dit « j'ai fait ce que j'ai pu ».

Quand viendra le crépuscule, puissions-nous, nous aussi, nous prévaloir de la conscience tranquille et ne pas rester muet devant la question fatidique de la parabole évangélique. Qu'as-tu fait de ton talent ? Alors bien sûr, tu n'étais pas parfait, tu n'étais pas un saint, mais qui, ici, dehors ou parmi les résistants de Salon, pourrait te jeter la première pierre ? Ton esprit libre, ta mémoire phénoménale et ta tête dure de breton ne souffraient pas la moindre injonction ou intimidation. C'était ta force et c'était aussi ta faiblesse. Tu disposais en revanche d'une vertu admirable et peu commune, le pardon. Oui, tu savais pardonner.

Tu aimais trop la vie, respirer son parfum, goûter ses fruits pour risquer de la gâter par l'aigreur de la rancune. Tu connaissais trop le cœur des hommes pour t'en laisser compter. Là où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie, soufflais-tu désabusé devant les déceptions, les trahisons, les lâchetés et les abandons. Mais surtout, en pleine conscience de la situation, tu aspirais trop au rassemblement pour entretenir les vaines amertumes. « Paie mes brebis, paie mes agneaux » était l'une de ces phrases que tu dégainais comme une caresse devant les disputes et devant les conflits. « Pardonnez et vous serez pardonnés » rapporte Saint-Marc dans les Évangiles.

Nul doute que le magnanime que tu étais ait pu, à son tour, gagner son pardon. « À choisir, je le sais, tu aurais préféré t'éteindre à 30 ans, l'âge pour mourir en héros » aimais-tu répéter, ou bien te répasser sur scène comme Molière. Finalement, tu succomberas en vénérable patriarche. Acta est fabula. Mais la pièce n'est pas encore tout à fait jouée. Tu vois tous ces médiocres et ces infâmes danser sur ta tombe et tu t'en amuses, c'est certain. Je sais que de là où tu leur réponds tel Cyrano de Bergerac, dans une ultime bravade. « Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose, arrachez, il y a malgré vous quelque chose que j'emporte.

Et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu, mon salut balera largement le seuil bleu. Quelque chose que sans un pli, sans une tâche, j'emporte malgré vous, et c'est mon panache. » Cher Jean-Marie, pour ton dernier voyage, bon vent et bonne mer.