Retrouvez l’interview d’Édouard Philippe, invité de la matinale de RTL
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L'heure de l'invité d'RTL Matin et Thomas, vous recevez aujourd'hui un ancien Premier ministre, maire du Havre, candidat à l'élection présidentielle, Edouard Philippe. Bonjour et bienvenue sur RTL, Edouard Philippe. Bonjour. Est-ce que vous avez un GPS ? Dans ma voiture ? Dans la vie politique en général. Ah pardon.
Disons que j'ai fait mon service militaire dans l'artillerie et que les artilleurs vont être assez précis sur l'endroit où ils sont vus.
Parce que là on est un peu paumé sur l'endroit où on est, on a l'impression que le gouvernement de Michel Barnier, gouvernement que vous soutenez, on est d'accord ? Oui. Vous le soutenez ? J'ai un petit oui.
Oui, non, je soutiens le gouvernement, je préfère que le gouvernement de Michel Barnier que pas de gouvernement, ça je vous le confirme.
En tout cas il cherche un peu sa route, ce gouvernement il avance, il hésite, il recule, il change d'avis. Est-ce qu'il y a un cap aujourd'hui ?
C'est pas à moi de le donner.
Vous êtes dans la majorité.
Il ne vous a pas échappé qu'il n'y a pas de majorité.
Dans le socle commun.
Non, je soutiens Michel Barnier. Et je vais vous dire, je crois que Michel Barnier il fait ce qu'il peut dans une situation politique qui est redoutablement délicate puisqu'il n'y a pas de majorité, et qu'il n'y a même pas en vérité d'appétence à construire une coalition. Il n'y a même pas de contrat de coalition. Donc je crois que Michel Barnier fait ce qu'il peut et qu'il faut le soutenir parce qu'il a une tâche redoutablement difficile et je n'ai pas changé d'avis depuis le moment de sa nomination et j'étais même assez favorable à sa nomination. Est-ce qu'il y a un cap ? Je crois que Michel Barnier a d'abord une étape à franchir, c'est celle du budget.
Il a été nommé au début du mois de septembre, il a nommé son gouvernement, le président de la République a nommé son gouvernement au milieu du mois de septembre et il a dû présenter à la fin du mois de septembre un budget. C'est des conditions qui sont impossibles. La vérité, si on se pose et qu'on regarde ça avec un peu d'objectivité, c'est que ce sont des conditions impossibles pour faire un budget intelligent, bien pensé.
Attendez, je vous écoute, je me dis, ça ne peut pas tenir ? On va dans le mur ?
Attendez, je suis en train de développer ce que je disais Thomas Soto. C'est des conditions d'arrivée qui sont extrêmement délicates et assez redoutables. Donc il fait du mieux qu'il peut, si j'ose dire, sur le budget. Est-ce que ça veut dire que tout est bon dans ce budget ? Non, il y a des choses qui sont assez contestables. Il y a pas mal de hausses d'impôts qui sont prévues. Absolument, mais je comprends qu'il fait ce qu'il peut pour le budget. Et puis ensuite, après le budget, il va devoir indiquer un cap. Alors il a essayé de le faire au moment de sa déclaration de politique générale.
Il va essayer de devoir mettre dans l'atmosphère un certain nombre de mesures qui font cohérence, qui permettent d'avancer dans une direction. Et c'est là qu'on va voir s'il arrive, compte tenu d'une situation extrêmement délicate, à avancer avec constance et cohérence. Mais encore une fois, à sa tâche, et c'est toujours difficile d'être Premier ministre, dans les circonstances actuelles, c'est-à-dire sans véritable socle politique sur lequel on peut baser majoritairement son action, c'est absolument délicat.
Et je dois dire qu'il affronte cette difficulté avec le caractère qu'on lui connaît, c'est-à-dire une forme de tempérance et de calme, qui sont, à mon avis, extrêmement heureux et qu'il faut souligner.
Vous avez été le Premier ministre des années dans lesquelles il n'était pas question d'augmenter les impôts. Là, ça change. Oui, plus exactement, on les baissait. On parle de 5 milliards d'efforts demandés aux collectivités territoriales. Ce sera peut-être 2 ou 3, finalement, a dit Gérard Larcher. Des impôts, on a l'impression qu'ils poussent de partout. Est-ce que c'est un problème, aujourd'hui, Edouard Philippe ?
Oui, c'est un problème. Et c'est un problème lié au fait, justement, qu'on essaie de trouver des solutions dans le budget à court terme sans se poser des questions qui, à mon avis, sont les questions importantes à long terme. Et donc, on bouge dans tous les sens, on évoque des impôts. Et vous savez, en France, quand vous évoquez la possibilité d'augmenter les impôts, vous ouvrez une boîte de Pandore et il y a du monde dans la boîte, je peux vous dire. Parce que tout le monde a une idée.
Tout le monde a une idée pour augmenter une taxe, pour créer une taxe, pour modifier une taxe, pour créer une exception à la taxe qui permettrait d'augmenter à la fois la taxe générale, mais de limiter son impact. Et c'est parti. Et c'est parti comme en 40, si vous me passez l'expression.
C'est une erreur politique, ça ? C'est un mauvais cap, pour le coup ?
Je pense que c'est une réponse inadéquate et conjoncturelle, et qu'il faudrait la regarder, enfin bon, bien sûr que c'est une mauvaise idée. Mais c'est acceptable ou pas ? Vous dites inadéquate ? La vérité, c'est que, vu l'importance du déficit, je comprends que le gouvernement soit tenu de ramener le déficit dans des proportions qui sont raisonnables. Et passer de 6 à 5, ça reste, arriver à 5, et 5, c'est déjà un déficit très élevé. Donc le seuil est à 3. Donc on peut comprendre que le gouvernement soit obligé de passer par des mesures de cette nature.
Mais, je veux le dire, je pense qu'elles sont mauvaises, et surtout, je pense que si on ne se pose pas la question, et ça prend du temps et c'est difficile, et ça ne sera pas tranché dans ce budget, et je pense que ça ne sera pas tranché non plus d'ailleurs, au cours de l'année qui vient, je pense qu'il n'y a qu'une élection présidentielle qui permet de trancher ça. Si on ne se pose pas des questions sérieuses sur comment est-ce qu'on finance notre modèle social, auquel on est attaché, qu'on doit moderniser, comment est-ce qu'on le finance ? Comment est-ce qu'on pense l'action de l'État ? Et qu'est-ce qu'on transforme ? Qu'est-ce qu'on abandonne ? S'il faut abandonner des choses.
Tant qu'on ne se pose pas ces questions-là, et qu'on prend le temps de les trancher, avec un débat clair, on sera dans des expédiants. Parfois, ce sera une baisse de dépenses, parfois, ce sera une augmentation d'impôts, et ce ne sera, de mon point de vue,
jamais complètement satisfaisant. Dans ce contexte-là que vous décrivez, qui est compliqué, est-ce que la présidentielle peut attendre 2027, selon vous ?
La présidentielle, elle aura lieu en 2027. Voilà, donc on a quelques années avant 2027. Ce sont des années perdues ? Mais il ne faut pas qu'elles soient perdues pour la France. Et c'est pour ça qu'il faut soutenir le gouvernement, pour qu'il prenne les meilleures décisions possibles, pour qu'il transforme ce qu'il peut transformer. Encore une fois, ce n'est pas tout ou rien. Je pense que le gouvernement peut faire un certain nombre de choses qui pourront être utiles pour le pays. Eh bien, il faut le soutenir.
Mais est-ce qu'avec cette base politique, avec cette, d'une certaine façon, cette absence de mandat, le gouvernement peut véritablement fixer un cap très clair et un cap de transformation ? Je ne crois pas. Je pense qu'on aura besoin d'un débat public qui aura lieu au moment de l'élection présidentielle et qui permettra de remettre les choses d'aplomb. Et qui permettra aux Françaises et aux Français de trancher, parce que c'est la démocratie. Ils diront, voilà, vers où on veut aller. Très bien.
Ce qui est sûr, c'est que vous, si je comprends ce que vous dites, vos députés Horizon ne voteront pas l'ascensure, ne voteront jamais l'ascensure de Michel Barnier, parce que ça serait le chaos,
un petit peu de cohérence quand même. On a été, avant l'élection législative, les seuls, pas parmi les, les seuls à dire que, pour stabiliser la situation politique, il faudrait créer une coalition. Une coalition qui irait de la droite conservatrice, avec LR, jusqu'à, le cas échéant, la gauche sociale-démocrate, si elle arrivait à se détacher de l'empire mélanchoniste. Bon, on n'a pas changé d'avis. Il faudrait cette coalition. Et ce que je regrette, d'une certaine façon, c'est qu'on tourne autour du pot, en parlant de socle commun, qu'on n'ait pas réussi à construire un contrat de coalition qui dirait, ben voilà, les dix priorités, voilà ce sur quoi on est d'accord, et on va le faire.
Et voilà ce sur quoi on n'est pas d'accord, ben voilà, on n'y touchera pas, parce qu'on n'est pas d'accord, et ce sera tranché lors de la prochaine élection. Il n'y a pas de contrat de coalition. Il faut bien comprendre qu'on a un socle, un constat, il y a des parlementaires qui travaillent ensemble, mais il n'y a pas de ciment dans cet ensemble. Et à mon avis, c'est un des éléments de sa fragilité. Il est minoritaire, et il n'y a pas de contrat de coalition.
Quand je vous écoute, j'ai l'impression d'entendre un président de club de foot qui dit à son entraîneur, t'as fait du bon boulot, t'as fait tout ce que t'as pu, mais ça ne marche pas.
D'abord, c'est un peu tôt dans la saison, M. Soto, vous voyez, pour dire ça. Donc c'est un peu tôt dans la saison, mais moi je ne suis pas là pour... C'est trop facile de bâcher tout le monde. Je considère qu'encore une fois, Barnier est dans une situation qui est délicate, et qu'il faut l'aider. Pas simplement parce que j'aime bien Michel Barnier, mais parce que si on ne stabilise pas la situation politique, on aura une crise, une crise grave, qui sera une crise politique, mais qui ne sera pas seulement une crise politique. Vu l'état de nos finances, je vous garantis qu'une crise politique déclenche une crise financière. Et je n'en veux pas.
Ce qui est sûr, c'est que le climat social non plus n'est pas apaisé. Les maires sont en colère, les agents de la fonction publique, les cheminots, les agriculteurs. Vous qui avez vu surgir les gilets jaunes quand vous étiez à Matignon, est-ce que vous voyez des points communs entre ce qui s'est passé à l'époque et le climat actuel ? Est-ce que ça, ça vous inquiète ?
Qu'il y ait une tension et à bien des égards une colère dans le pays, c'est évident. Après, je ne suis pas sûr que les choses se reproduisent et qu'il faille les comparer en permanence. Moi, hier soir, j'ai passé une heure avec des agriculteurs en sortant du Havre, après mon conseil municipal. Et alors, curieusement, c'était sous une pluie battante. C'est curieux, parce que souvent, il ne pleut pas. Enfin, là, il pleuvait. C'est votre côté, François Hollande. Oui, c'est sans doute le sol du reste. Mais là, il... Enfin, j'espère. Et là, il pleuvait, ça c'est sûr.
Et j'ai vu des gens qui étaient d'abord extrêmement sérieux, intéressants, sympathiques, je dois dire, inquiets, dans des situations d'ailleurs différentes. Il y avait des tout jeunes exploitants agricoles qui venaient de s'installer. Il y en avait qui étaient là depuis toujours, si j'ose dire. Bon, et qui ont expliqué leur angoisse. Ils ont expliqué leur angoisse sur le Mercosur. Et leur angoisse sur le Mercosur, elle est parfaitement fondée.
Justement, sur le Mercosur, ce matin, Maud Bréjean, porte-parole du gouvernement, dit qu'on continuera à tenir le bras de fer et les favorables à un débat parlementaire. C'est une bonne idée, ça ?
Oui, mais je vais vous dire... Ça vous fait sourire ? Parce que... Non, ça ne me fait pas sourire. Je trouve ça très bien. Le vrai sujet du Mercosur n'est plus français. C'est-à-dire que, grosso modo, j'ai bien compris que... Et ça me paraît parfaitement légitime. Le Mercosur, ça a commencé à discuter en 1999. Sur la base d'un mandat qu'on a donné en 1999. Dans un monde qui n'est plus le monde d'aujourd'hui. A l'époque, il y avait une OMC qui fonctionnait. A l'époque, il y avait une agriculture française qui était en pleine forme. En tout cas, en meilleure forme. Bon. 20 ans après, 25 ans après, le monde a changé.
Et l'accord tel qu'il est sorti, dont je ne dis pas qu'il est, sur tous les points, un mauvais accord, mais l'accord tel qu'il est sorti n'est pas applicable pour l'agriculture française. Très bien. Les Français en sont conscients. Très bien. La question, ce n'est pas tellement est-ce que les Français sont pour ou contre. La question, c'est est-ce que la France est capable de construire une coalition d'États européens pour bloquer cette affaire ? Et ce n'est pas évident. Peut-être l'État va venir avec nous. Peut-être l'Allemagne va venir avec nous. Je n'aurais pas dit ça il y a trois semaines.
Mais la différence entre il y a trois semaines et aujourd'hui, c'est que l'Allemagne est en campagne électorale. Et dans une campagne électorale délicate. Donc il y a peut-être une chance d'essayer de convaincre des partenaires importants de se rallier à notre position. Si on arrive à faire ça, c'est très bien. Si on n'arrive pas à faire ça, on peut faire tous les discours qu'on veut. C'est un accord européen. Compétence exclusive de la Commission s'agissant d'un accord commercial. Et donc le sujet n'est plus strictement français.
Il faut bien le comprendre pour bien agir. De l'importance de la coalition, encore une fois. J'ai une dernière question. Edouard-Philippe Marine Le Pen qui sera assise à votre place demain matin. Redoute d'être condamné à une peine d'inéligibilité qui pourrait l'empêcher de se présenter à la présidentielle dans trois ans. Est-ce que ça poserait, selon vous, et comme l'a dit par exemple Gérald Darmanin, un problème démocratique ? Elle parle d'une exécution politique.
Je pense que... Je pense que... Je comprends qu'elle soit inquiète d'une condamnation à l'inéligibilité puisque, par définition, elle ne pourrait pas se présenter à l'élection présidentielle. J'ai vu ce que ça produisait une condamnation à une peine d'inéligibilité. Je l'ai vue en 2004. A l'époque, je travaillais avec Alain Juppé et je l'ai vue frapper. Alors même que le tribunal avait dit qu'il n'y avait pas d'enrichissement personnel, il avait confirmé qu'il n'y avait eu aucun enrichissement personnel, je l'ai vue frapper par une peine d'inéligibilité. A l'époque, d'ailleurs, Mme Le Pen considérait qu'il était urgent qu'il soit condamné à une peine d'inéligibilité et que c'était très sain.
Bon. Après tout, elle a le droit d'avoir changé d'avis. Je pense que ce ne serait pas une bonne nouvelle dans l'absolu. Parce que je fais partie de ceux qui considèrent que le combat politique, il se tranche dans les urnes. Et c'est intéressant qu'il soit tranché dans les urnes parce que ça donne une légitimité à celui qui gagne dans les urnes. Mais en revanche, je ne vois pas pourquoi je commenterais une décision de justice qui n'est pas encore rendue et un réquisitoire qui, je le rappelle à cette caractéristique qui me paraît réconfortante pour un réquisitoire, de rappeler la loi.
La loi, elle a été votée et elle s'applique à tout le monde, même à ceux qui disposent de beaucoup de points dans les sondages.
Merci beaucoup Edouard Philippe d'être venu ce matin.
Édouard Philippe