Une "marche sur l’Elysée" : "Il y a un rapport de force direct à instaurer avec le président"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Sandrine Rousseau, est-ce que cette rencontre prévue à Matignon peut selon vous débloquer la situation ? Vous dites « enfin » ou « trop tard » ?
– J'ai dit « bien trop tard » mais « enfin ». Bien trop tard, on a eu quand même des semaines et des semaines de manifestation et il n'y a pas eu la moindre invitation à se rendre à Matignon. Quelle est cette première ministre ? Quelle est cette première ministre qui ne reconnaît pas les syndicats alors que les syndicats, je le rappelle, pour être représentatifs, sont élus. Donc ils ont une légitimité à porter la contestation sociale et à représenter les salariés ? – À les recevoir. – Eh bien c'est la question.
Et c'est pour ça que moi je pense que nous les groupes politiques n'allons pas y aller parce que nous laissons les syndicats y aller en premier et que je pense que c'est respectueux du combat incroyable qu'ont mené les syndicats ces dernières semaines. Mais moi j'aurais vraiment aimé qu'on le… – Donc vous ne serez pas ? – Non, nous n'y serons pas. Nous n'y serons pas. Parce que c'est aux syndicats d'être entendus en premier parce que c'est leur mouvement et que ça se respecte et que nous, nous sommes en arrière-plan de ce mouvement. Nous relayons ce mouvement mais nous n'en sommes pas au premier. Mais moi j'aurais aimé vraiment rentrer dans Matignon et lui demander de démissionner.
J'aurais aimé le faire avec son gouvernement. Je l'ai dit pour Gérald Darmanin parce que toute la séquence est désastreuse pour eux. Et en l'occurrence avoir un conflit social de cette ampleur-là, historique, de plusieurs semaines et ne pas tendre la main une seule fois, une seule fois au syndicat, ça n'est pas raisonnable. Ça n'est pas raisonnable. Et ça met la France à feu et à sang. Tout ça pour 10 milliards d'euros d'économie, tout ça pour un modèle productiviste, tout ça pour quelque chose qui finalement ne fait qu'aggraver les problèmes dans lesquels nous sommes, qui sont le réchauffement climatique et la crise sociale. Où sommes-nous ?
Quand est-ce qu'on prend en compte le bien commun ? Au nom de quoi fait-on les politiques publiques ?
– Alors vous le disiez, les parlementaires de gauche refusent cet entretien avec la première ministre à Matignon. et ils appellent plutôt à marcher jusqu'à l'Élysée. Mardi, quel est le but de cette marche vers l'Élysée ? C'est de mettre encore plus la pression sur le président de la République ?
– C'est de dire qu'Emmanuel Macron est le grand ordinateur de cette séquence et qu'il ne va pas se défausser de ses responsabilités. Parce qu'on voit, et ça c'est aussi un des traits sans doute de caractère d'Emmanuel Macron, c'est que dès que la situation devient un peu compliquée, eh bien il accuse sa première ministre. Et il a même, je crois, utilisé ce mot de stupide qui me semble quand même devoir être interrogé en démocratie quand un président de la République traite ainsi sa première ministre. Mais c'est lui qui est responsable de cette séquence. Il en a fait vraiment une affaire presque personnelle, identitaire en tous les cas de son mandat, de faire cette réforme des retraites.
Il a même dit que son second mandat ne débuterait qu'à partir du moment où cette réforme des retraites aurait été faite. Et donc c'est lui le responsable de cette séquence. Et c'est pour ça que je pense qu'il est important aussi de se positionner vis-à-vis d'Emmanuel Macron en lui disant « nous ne sommes pas dupes ». Et nous serons là. Et nous savons que c'est vous qui soufflez sur les braises d'une France qui va mal.
– Et vous allez tous marcher vers l'Elysée, y compris avec les Français. – Vous apprenez les Français. Ils devraient être dans la rue. Vous les appelez à ce jour-là.
– Alors ça, je n'ai pas encore discuté avec les autres groupes politiques, mais peut-être, pourquoi pas.
– Ce serait bien que les Français manifestent devant l'Elysée, selon vous ?
– Je pense qu'il y a un rapport de force directe à instaurer avec le président de la République, oui. Petite... – Sous-titrage Société Radio-Canada
Sandrine Rousseau