Édouard Geffray : comment l'École entend renforcer ses mesures contre les violences sexuelles
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Questions et réponses
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- 0:58RelanceÉludée
Ce n'est pas une responsabilité systémique, Edouard Geffray. Vous excluez toute défaillance au niveau de l'éducation nationale ?
- 1:39OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'il devrait y avoir une communication systématique entre la justice et les services de l'école dans des cas comme cela ?
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Quelle est cette précaution maximale que vous annoncez pour l'école et plus largement pour tout ce qui dépend de l'éducation nationale ?
- 3:19RelanceRéponse directe
Comment est-ce que ça va fonctionner, cette liste noire ?
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Est-ce que, dans la mesure où ces personnes ne sont pas condamnées pénalement, on ne porte pas atteinte avec ce genre de liste à la présomption d'innocence ?
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Donc, plus de possibilité de réemploi au sein de l'école quand bien même cette personne n'aurait pas été condamnée.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:11InvitéFait
« on n'a pas repéré de défaillance »
- 2:43InvitéPromesse
« faire ce que j'appelle un fichier d'interdit d'école »
- 2:55InvitéFait
« pour empêcher quelqu'un d'entrer dans le système scolaire ou en périscolaire ou en sport, il faut qu'il ait été condamné ou mis en cause pénalement »
- 3:52InvitéPromesse
« vous ne remettez pas les pieds, ni par concours, ni comme intervenant, ni comme bénévole d'une association, dans les murs de l'école »
- 5:18InvitéPromesse
« l'objectif, c'est qu'on ait régulièrement des contrôles »
- 6:30InvitéChiffre
« On émet 80 000 informations préoccupantes ou signalement à la justice par an »
- 8:53InvitéFait
« Quand vous entrez dans une salle de classe, il y a entre un et deux enfants en moyenne qui ont été victimes de violences sexuelles »
- 9:01InvitéChiffre
« 80% dans le cercle familial »
- 10:35InvitéFait
« on a un programme obligatoire d'Evars et d'Evars depuis la rentrée de septembre »
- 11:02InvitéChiffre
« 66% des écoles qui avaient déjà organisé au moins une séance d'Evars au 31 décembre »
- 12:49InvitéFait
« j'ai travaillé sous cinq ministres différents pour l'Éducation nationale »
- 13:27InvitéFait
« il n'y avait effectivement que le choix entre la spécialité ou l'enseignement scientifique qui ne comportait pas de mathématiques au sens propre »
- 13:44InvitéFait
« Tous les élèves de France font désormais des mathématiques jusqu'à la fin de la première »
- 20:42InvitéFait
« on a acheté des détecteurs, on a acquis des détecteurs d'outils numériques actifs »
- 21:00InvitéChiffre
« dans 90% des cas, il est fait avec l'IA »
- 22:03InvitéPromesse
« je ne souhaite plus qu'aucun examen se déroule les après-midi »
- 22:37InvitéChiffre
« 2 250 euros net à 45 ans et bac plus 5 »
- 23:12InvitéPromesse
« nous aurons besoin d'une revalorisation »
Temps de parole
- Invité58 %
- Présentateur28 %
- Édouard Geffray12 %
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France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9 Et dans le grand entretien ce matin, nous recevons le ministre de l'éducation nationale. De nombreux sujets à aborder avec lui sur la protection de l'enfance avec une loi qu'il porte. Le bac dont la première épreuve de maths est tenue vendredi est plus généralement un état des lieux de l'éducation nécessaire de l'éducation nationale. Bonjour Edouard Geffray. Bonjour. Bonjour. Nos auditeurs pourront vous interroger, réagir au 0145 24 7000 et sur l'application Radio France. Mais commençons, monsieur le ministre, par ce drame qui a ému la France. Il s'agit évidemment de l'affaire Liana.
Il a été beaucoup question cette semaine des éventuels dysfonctionnements de la justice. Une faute des services de la justice pour reprendre les mots de Sébastien Lecornu. Ce n'est pas une responsabilité systémique, Edouard Geffray. Vous excluez toute défaillance au niveau de l'éducation nationale ?
Alors moi, par définition, je n'exclus rien du tout. Et d'ailleurs, c'est pour ça que l'éducation nationale, enfin l'inspection éducation nationale, est associée à l'enquête sur ce drame. Mais à ce stade des premiers éléments qu'on a, effectivement, on n'a pas repéré de défaillance.
Je vous pose la question parce qu'en 2021, il y a eu une première alerte administrative concernant les agissements de Jérôme Barrella, l'auteur présumé, alors qu'il exerçait comme agent d'entretien au lycée de Lecoutre dans le Gers. Il a fait l'objet d'une procédure disciplinaire pour comportement inapproprié. L'établissement le licencie, ne signale pas au parquet Doche ce licenciement. Et plus généralement, est-ce qu'il devrait y avoir une communication systématique entre la justice et les services de l'école dans des cas comme cela ?
Alors, une fois encore, je suis très prudent sur l'enchaînement des faits de l'époque. C'est pour ça qu'il y a cette enquête. Parce qu'on a d'abord un devoir d'objectivité vis-à-vis de la famille de l'IANA, vis-à-vis des Français d'ailleurs, et ensuite un devoir d'action. Pour ce qui est d'objectiviser les faits, ce n'est pas l'établissement qui est licencié parce qu'il n'était pas personnel de l'éducation nationale. C'est un personnel de la région qui a justement été signalé immédiatement par l'approviseur dès qu'elle a appris qu'il avait une relation par messagerie avec une élève.
Manifestement, à l'époque, compte tenu de l'objet même de ces discussions, ça n'a pas été considéré comme pénalement répréhensible. Mais en revanche, elle l'a signé précisément pour qu'il soit écarté.
Mais alors, quelle est cette précaution maximale que vous annoncez pour l'école et plus largement pour tout ce qui dépend de l'éducation nationale ?
Alors justement, il y a un enjeu, si vous voulez, pour moi, que je porte depuis plusieurs mois, qui n'est pas lié au drame qui nous réunit, qui est de faire ce que j'appelle un fichier d'interdit d'école. Une liste noire des interdits d'école et pas que d'école. Je vous prends un exemple. Aujourd'hui, pour empêcher quelqu'un d'entrer dans le système scolaire ou en périscolaire ou en sport, il faut qu'il ait été condamné ou mis en cause pénalement.
Moi, ce que je souhaite, c'est qu'à partir du moment où l'administration d'éducation nationale ou un centre périscolaire, etc., ou une commune, écarte un agent, donc c'est une procédure disciplinaire, elle licencie un agent en raison de son comportement avec les mineurs, il ne peut pas remettre les pieds dans les murs de l'école, dans les murs du périscolaire, à quelque titre que ce soit.
Mais comment est-ce que ça va fonctionner, cette liste noire ? Parce que la mesure, elle répond au scandale du périscolaire, on va y revenir, mais ça ne dépend pas de vous directement. Et où commencera le comportement inapproprié ?
Alors, l'idée d'abord, c'est que c'est bien un fichier interconnecté entre les trois univers. Autrement dit, quand je vous chasse par la porte, vous ne pouvez pas re-rentrer par la fenêtre. Ça, c'est le principe de base. Donc, c'est un fichier, très courtement, c'est une liste, que tous les employeurs du périscolaire, du scolaire, etc., pourront consulter chaque fois qu'ils emploieront quelqu'un. Voilà. Ça, c'est la première chose. Et puis ensuite, l'idée, c'est que, enfin, ce n'est pas l'idée, c'est l'objectif, c'est que c'est bien des personnes qui ont été licenciées, donc à l'issue d'une procédure disciplinaire. Ce n'est pas sans garantie.
Mais par contre, quand on constate qu'il y a un problème et qu'on vous licencie, en raison de votre comportement avec les mineurs, vous ne remettez pas les pieds, ni par concours, ni comme intervenant, ni comme bénévole d'une association, dans les murs de l'école.
Mais alors, ça, ça fait partie d'une loi qui doit être discutée à partir du 15 juillet prochain, cette loi pour la protection de l'enfance. Est-ce que, dans la mesure où ces personnes ne sont pas, telles que vous l'imaginez, condamnées pénalement, mises en cause pénalement, on ne porte pas atteinte avec ce genre de liste à la présomption d'innocence ?
Non, parce qu'on est exactement dans l'hypothèse, justement, de la révocation administrative classique d'un agent qui peut avoir un comportement dont on considère qu'il n'est pas conforme à ce qu'on attend de lui vis-à-vis des mineurs, sans forcément que ce soit pénal. Mais moi, si vous voulez, tout parent qui dépose son enfant à la porte de l'école a normalement ce petit réflexe de soulagement quand il passe la grille de se dire « c'est bon, il est en sécurité ». Ben oui. Et la protection doit être absolue. On ne peut pas se permettre que quelqu'un re-rentre de quelque manière que ce soit, à partir du moment où on l'a écarté.
Aujourd'hui, ça reste malheureusement possible entre les trois univers que je mentionnais. Demain, ce ne le sera plus.
Donc, plus de possibilité de réemploi au sein de l'école quand bien même cette personne n'aurait pas été condamnée. Le projet de loi prévoit également de renforcer le contrôle dit « d'honorabilité des personnels ». Aujourd'hui, il est réalisé uniquement au moment du recrutement, via la consultation du casier judiciaire de ceux qui se destinent au musée de l'enseignement, notamment des fichiers qui recensent les auteurs d'infractions sexuelles ou terroristes. Il va devenir continu, continu, ça veut dire quoi ? Hebdomadaire, mensuel ?
Alors, aujourd'hui, d'abord, ce qu'il faut savoir, c'est qu'effectivement, à l'entrée, il y a une barrière absolue à l'entrée éducation nationale, à quelque titre que ce soit. Bon. Ensuite, il y a une relation, il y a des correspondants éducation auprès des procureurs et justice, auprès des recteurs, qui fait que quand une personne est mise en cause au niveau pénal, en principe, on a immédiatement l'information. Je dis en principe parce que c'est une information qui circule entre deux administrations. Et donc, pour être sûr de ne pas laisser le moindre individu passer à travers les mailles du filet, effectivement, l'objectif, c'est qu'on ait régulièrement des contrôles.
Donc, régulièrement, ça sera... Alors, on fera... De toute façon, tout le monde passera au fichier. Alors, peut-être que ça prendra un an, deux ans, trois ans, je ne sais pas encore. On est en train de définir techniquement les choses. Mais c'est l'idée qu'en fait, en flux continu, on regarde si des agents n'ont pas été sanctionnés. Mais, pardonnez-moi, je me permets quand même un point. C'est que ça marche dans les deux sens. C'est-à-dire que l'école, c'est aujourd'hui le premier lieu de confiance. Et donc, moi, je fais en sorte que plus personne ne puisse y entrer à quelque chose que ce soit, y compris d'ailleurs les intervenants associatifs, etc., etc., quand ils ont une condamnation.
Je rappelle quand même, et il faut quand même bien l'avoir à l'esprit, que l'école est le premier signaleur de France.
80 000 par an ?
On émet 80 000 informations préoccupantes ou signalement à la justice par an. Pour vous donner une idée, c'était 50 000 il y a moins de 5 ans.
Donc ça, ça concerne tous les sujets, pas seulement les violences sexistes et sexuelles ?
Non, mais ça veut dire aussi que l'école est un lieu de détection où les enfants parlent de ce qui se passe notamment à la maison et où ils peuvent dénoncer des faits qui leur sont arrivés dans un cadre personnel pour que derrière on puisse agir. Donc c'est aussi ça la confiance qu'il faut savoir restaurer.
Mais Edouard Geffrey, ce sujet de l'affaire Liana, c'est devenu, on l'a vu, un sujet politique qui a donné lieu à un certain nombre de propositions. Il y a notamment cette idée de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles qui est portée par des associations, qui est portée par une partie de la gauche et aussi par la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivé. Ce matin, le Premier ministre s'exprime dans Le Parisien, il estime que la réponse doit être intégrale effectivement, mais que ça dépasse le cadre d'une loi unique. Vous, vous êtes opposé ou favorable à une loi unique, une loi intégrale ?
Je crois que ce que dit le Premier ministre, et je suis entièrement d'accord, c'est que la réponse n'est pas que législative. Il y a une loi effectivement intégrale, le Conseil a été saisi, elle va être examinée.
Et vous, vous y êtes favorable ou pas ?
Oui, je crois qu'on est tous d'accord pour dire que globalement, l'idée d'une loi qui couvre l'ensemble du spectre est plutôt une idée intéressante. Mais simplement, il faut avoir à l'esprit que la réponse, elle va quand même très au-delà du législatif. Pardon, juste un chiffre.
Non, parce que Yaël Braun-Pivé sera l'invité tout à l'heure de questions politiques sur France Inter, ça veut dire que le gouvernement ne soutiendra pas nécessairement cette proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles. Oui, parce qu'on est à l'Etat.
Si, si, non mais ça, après ça, il y aura une discussion article par article, etc. Mais ça, sur le principe, évidemment qu'on est tous d'accord. Mais pardon, ce que nous disons, enfin ce que je crois en tout cas à titre personnel... Non, mais ce que vous dites, c'est que la loi suffit, mais qu'elle ne suffit pas... C'est que, non, non, justement, c'est que c'est pas qu'une question de loi. C'est évidemment une question de loi, c'est favorable à titre personnel complètement.
Notamment parce qu'il y a une mesure qui vous concerne, par exemple l'instauration d'un entretien annuel à l'école pour déceler les situations de violence.
Ça, typiquement, c'est des choses qu'il faut qu'on regarde, parce que 12 millions d'entretiens annuels d'une demi-heure ou d'une heure... Oui, et puis il faut réussir à les faire, en fait, avec un enfant. C'est pas forcément évident d'aborder les choses sous cet angle. Mais, pardon de retenir là-dessus, moi je ne conteste en aucun cas l'idée d'une loi intégrale. Mais je crois, et je crois que c'est ce que le Premier ministre a dit, qu'il faut une réponse intégrale, c'est-à-dire qu'il y a des enjeux qui vont au-delà du seul législatif. Aujourd'hui, quand vous entrez dans une salle de classe, il y a entre un et deux enfants en moyenne qui ont été victimes de violences sexuelles.
80% dans le cercle familial.
Oui, on sait que c'est 160 000 parents...
Quand même, quoi. Vous rentrez dans une classe, vous vous dites, il y a un ou deux enfants dans ma classe qui ont déjà été agressés ou violés, parce que... et à 80% dans le cercle familial. Donc, les lois, oui, j'allais dire avec ordre et méthode, parce qu'il faut apporter des réponses, et des réponses à la hauteur, à la fois en termes de vitesse et en termes de sévérité, c'est très clair. Mais je crois quand même, et moi, en tout cas, je suis bien placé pour le service en termes de sécurité nationale, qu'il y a un enjeu derrière, qu'il y a un enjeu culturel. Moi, je ne comprends pas comment on arrive à une situation.
Enfin, si, je le comprends, mais quand même, c'est une vraie question collective.
Pas seulement culturelle, parce qu'il faut, par exemple, souvent plusieurs signalements concernant un élève pour qu'un procureur puisse se saisir du dossier, idem pour les commissariats. En attendant, l'élève, il reste dans son milieu, il continue de vivre dans un environnement violent, à savoir sa famille. Il y a plusieurs cas qu'on a pu voir ces derniers temps. trois signalements qui ont été faits et des parents qui sont reçus au commissariat pour violences intrafamiliales. L'enquête sociale démarre fin mai. Les parents sont toujours avec leurs enfants. C'est normal ?
Réponse non, mais c'est pour ça précisément qu'il y a un double enjeu. A la fois de réactivité de cadre juridique, ça c'est le sens de la loi, qui va être travaillé. Et puis, une fois encore, pardon, il y a un enjeu culturel à travailler sur le fait qu'il y a des tabous. La violence sexuelle sur enfants, je suis désolé, c'est un tabou.
Justement, il y a des propositions aussi comme celle de Marine Tondelier, la patronne du parti écologiste, qui propose des cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dès la maternelle.
C'est le cas actuellement d'ailleurs avec le programme Evar Evars, où on commence effectivement très tôt.
Sauf que Santé publique France a alerté sur le fait que ces cours, ils étaient très concentrés au collège, qu'il y en avait relativement peu aux primaires et quasiment pas avant.
Alors ça, ça date un tout petit peu, parce que depuis cette année, on a un programme obligatoire d'Evars et d'Evars depuis la rentrée de septembre.
L'alerte de Santé publique France date d'il y a deux semaines.
Non, mais je me permets simplement de signaler qu'on a juste un programme qui est désormais obligatoire. Alors, vous dire que c'est parfait, parce que c'est la première année, donc c'est en train de se mettre en place.
Voilà, ce qui est bien mis en œuvre, c'est ça la question.
C'est en train de se mettre en place. Quand on a regardé au 31 décembre, la dernière enquête, c'était au 31 décembre, on avait 66% des écoles qui avaient déjà organisé au moins une séance d'Evars au 31 décembre. Et sachant que ça a commencé en septembre. Donc, c'est en train de se mettre en place, trois séances par an. Il faut probablement travailler encore plus finement le contenu, parce que notamment chez les petits, c'est un enjeu en termes de respect du corps. Ce qu'on leur apprend justement, c'est le respect du corps. Savoir réagir justement à des agressions, pour qu'ils comprennent que c'est une agression, que c'est quelque chose d'anormal, parce qu'un petit, en fait, il ne sait pas.
Il est innocent. Et donc, voilà. Donc, tout ce travail-là est en cours.
Non, mais l'éducation nationale est le premier signaleur de France. Ce sont vos mots cette semaine, monsieur le ministre. Vous donniez ce chiffre sidérant. Elle signale 80 000 informations préoccupantes par an. Ça veut dire qu'elle est en état, l'institution, de constater les violences, mais pas de les empêcher.
Son rôle, c'est de les empêcher à l'intérieur de l'école. Ça, c'est certain. Après, elle est effectivement bien placée, parce qu'un enfant se confie à des adultes, à l'infirmière, à son professeur, etc., pour effectivement détecter des choses qui se passent en dehors. Et effectivement, il ne faut pas l'oublier, parce que c'est aujourd'hui le premier signaleur de France.
Alors, il y a, monsieur le ministre, pour la première fois vendredi, donc avant-hier, près de 530 000 élèves de première qui ont passé une épreuve anticipée de maths. Le contenu différait selon la spécialité choisie. Un examen de deux heures, deux parties, sans calculatrice. Là aussi, c'était inédit dans une épreuve de bac de maths. Les syndicats ont dénoncé, je cite, un rafistolage, alors que les mathématiques avaient été sorties du tronc commun par quelqu'un que vous connaissez très bien, puisque vous avez travaillé avec lui, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Les maths étaient en option, c'est du rafistolage. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Non, écoutez, d'abord...
Il y a beaucoup de questions d'auditeurs sur ce sujet, d'ailleurs.
D'abord, j'ai travaillé sous cinq ministres différents pour l'Éducation nationale.
Il faut dire qu'il y a une rotation accélérée dans les postes ministériels comme le vôtre. N'est-ce pas ? Mais vous étiez, malgré tout, directeur de l'enseignement scolaire, c'est-à-dire l'homme tout-puissant sur les contenus pédagogiques en français.
En tout cas, ça rend très simple. Donc, sur les maths, c'est quand même la première fois qu'on a au baccalauréat une épreuve anticipée de mathématiques commune à tous les lycéens généraux et de la voie technologique. Donc, c'est quand même plutôt une bonne nouvelle.
Oui, enfin, avec cette formule, un tiers des élèves abandonnaient complètement les maths à la fin de la seconde et plus encore après la première. Cette réforme, c'était une erreur ?
Au départ, en 2019, il n'y avait effectivement que le choix entre la spécialité ou l'enseignement scientifique qui ne comportait pas de mathématiques au sens propre. Depuis, on a effectivement rectifié le tiers sur cette partie-là et désormais, tous les élèves de France font des mathématiques jusqu'à la fin de la classe de première. Ce qui, sous l'air d'en passant, n'était pas le cas avant 2019, au passage. Je rappelle quand même qu'il y avait des élèves qui, en elles, ne faisaient plus de mathématiques. Donc, ce n'était pas une erreur. Tous les élèves, c'est corrigé. Tous les élèves de France, désormais, font des mathématiques.
Ce qui s'est corrigé, c'est que c'était une erreur, donc ?
En tout cas, moi, je pense que ce n'était effectivement pas une bonne chose. Mais ça a été corrigé. Donc, tous les élèves de France font désormais des mathématiques jusqu'à la fin de la première. Et désormais, ils ont tous une épreuve en type de mathématiques comme ils en ont eu dans le français. C'est assez nouveau. C'est même, c'est la première fois que ça s'est passé il y a deux jours. Et c'est quand même plutôt une bonne chose.
Alors, on voulait vous parler, après les maths, du français et de l'orthographe qui a été un sujet qui a beaucoup traumatisé les élèves qui se présentaient au bac cette année. Puisque juste quelques jours avant le bac, vous avez dit qu'un niveau suffisant en orthographe, syntaxe et grammaire serait indispensable pour obtenir la moyenne au bac. Ce qui a évidemment effrayé les élèves qui ont été prévenus. Il faut le reconnaître un peu en dernière minute. Qu'est-ce que vous appelez un niveau suffisant en orthographe ? Est-ce que vous avez conscience que vous avez traumatisé pas mal d'élèves ?
Alors, d'abord, je l'ai dit dès mon arrivée.
Vous l'avez répété très récemment.
Je n'ai cessé de le répéter pendant six mois. Mais je suis content que, grâce notamment au relais médiatique, tout le monde s'y soit intéressé à un mois de bac. Mais je n'ai cessé de le dire, première chose. Et deuxième chose, je n'ai pas réinventé la roue. J'ai juste dit que quand on passe le baccalauréat qui est le premier diplôme de l'enseignement supérieur et qui ouvre les portes de l'enseignement supérieur, il faut avoir un niveau d'expression correct.
Oui, mais de là à enlever des points. On a une question de Sandrine, par exemple, dans nos auditeurs, qui dit par rapport à l'orthographe pour le bac, quel est l'intérêt de dire 15 jours avant au bachelier que les fautes vont compter, ce qui va augmenter leur stress au lieu de s'attaquer au vrai problème qui est l'apprentissage de l'écriture ?
Alors, d'abord, il faut remettre les choses en perspective. Un, depuis que je suis arrivé, et je suis assez constant, j'ai fait en sorte de placer la maîtrise du langage au cœur de la politique pédagogique. Parce qu'il y a un enjeu majeur chez la maîtrise du langage. Et par ailleurs, on pourrait tout aussi bien se réunir dans une heure ou dans deux heures, autour de la dernière étude ou des derniers universitaires qui s'inquiètent du niveau affolant de l'orthographe et d'expression de leurs étudiants. Donc, ils prouvent qu'on a quand même un sujet collectif. Et effectivement, ça commence dès l'entrée maternelle jusqu'au baccalauréat. Deux, je crois quand même qu'il faut...
On ne peut pas se permettre d'envoyer le signal à nos élèves, à nos bacheliers, que dans le fond, la maîtrise de la langue, c'est pas très grave.
Mais l'orthographe, c'est quand même très largement le cas. Plus on avance, et pour les épreuves importantes comme celle du BTS, par exemple, on n'évalue plus l'orthographe.
Alors, pardon, j'ai toujours dit orthographe, grammaire et syntaxe. Je n'ai pas dit que c'était des champions de la dictée. Ce n'est pas une dictée. Je parle de la qualité de l'expression globale. C'est une question de respect pour son travail, c'est une question de respect pour le correcteur. Dans la vie, on se relie. C'est pas... Vous vous relisez, j'imagine, quand vous faites un papier pour quelqu'un.
On essaye.
Et bien voilà. Et bien donc, c'est pareil pour tout le monde.
Mais donc, est-ce que ça veut dire qu'on va passer d'un taux de réussite du bac en filière générale, 96,4% l'an dernier, 83% côté professionnel ? Est-ce qu'on va voir ces taux baisser ? Ce qui serait quasiment inédit.
Ça va peut-être baisser un peu. Ce sera, à mon avis, c'est pas ça qui va faire chuter le taux de réussite du bac.
C'est-à-dire que certains élèves n'auraient pas le bac à cause de l'orthographe ?
Surtout, alors c'est pas tant à cause de l'orthographe. Par ailleurs, moi, j'ai fait en sorte qu'on n'ait plus ce qu'on appelle des coups de pouce successifs. C'est-à-dire qu'avant, il y avait ça de point jury qui fait que quand vous aviez 7,5% à la fin du contrôle continu de vos premières épreuves, on vous remontait à 8%. Qu'ensuite, vous alliez aux autres attrapages et que là, vous aviez 9% et que là, on passait de 9% à 10%. Moins d'un coup, on avait des gamins qui avaient le bac avec 10% alors qu'ils avaient 7,5% de moyenne à la fin.
Donc le bac ne valait rien ? Enfin, pas grand-chose.
En tout cas, on leur montait sur leur niveau réel. Et ça, on n'a pas le droit de faire ça. Parce que derrière, quand vous avez des jeunes qui se trouvent dans le sup, ils se trouvent en très grande difficulté et ils ne comprennent pas pourquoi. Et donc du coup, la seule chose, si vous voulez, que je veux, depuis le début, c'est juste la vérité des prix. Ce n'est pas hyper compliqué. C'est, tu as un bac, il vaut quelque chose. Tu vas à un examen, tu te relis.
Voilà.
Alors, il y a beaucoup de questions sur l'orthographe. Il y a aussi des questions sur le système éducatif. La difficulté avancée par beaucoup d'enseignants d'évaluer un travail fait à la maison avec l'explosion de l'intelligence artificielle, l'explosion également du recours aux profs particuliers. Ça aussi, c'est une défaite du système éducatif national ?
Écoutez, moi, j'en ai un peu assez qu'on regarde toujours l'école sous l'angle de ses soi-disant défaites et jamais sous l'angle de ses succès. Vous voyez, on va prendre un exemple. Demain, je suis prêt à parier 50 euros avec vous que tous les JT vont ouvrir ou mentionner en deuxième, en troisième information, le sujet du bac de philo. Est-ce que vous connaissez un seul pays aussi extraordinairement cultivé et préoccupé du sort de ses enfants que le sujet du bac de philo fait l'entrée, si je puis dire, des JT ? Donc, on réussit à emmener une génération entière à un niveau qui est quand même un niveau correct. Ensuite, il y a des gens qui prennent des cours particuliers.
Pardon, ça s'est toujours fait. Moi, à mon époque, j'avais des camarades de classe qui en prenaient. C'est quand même un système
d'inégalité absolue. Et c'est vrai que le recours à des profs particuliers a explosé. Mais il y a une question... Ce n'est pas ceux qui réussissaient plus. Une question, malgré tout, M. le ministre, qui est importante et elle concerne la vie scolaire, pour le coup, à propos du film L'abandon qui concerne l'assassinat par un terroriste islamiste de Samuel Paty. Est-ce que vous allez proposer la tutelle de votre ministère, comme la réclament de nombreux enseignants, pour qu'ils se sentent soutenus dans leur démarche d'emmener leurs élèves voir le film ?
Ce ne serait pas forcément une obligation de voir le film, mais une manière de montrer aux enseignants qu'ils n'ont pas à avoir peur ni à se justifier auprès des parents.
D'abord, très clairement, aucun enseignant n'a à se justifier auprès des parents d'emmener ses élèves voir l'abandon. Ça, c'est très clair.
Beaucoup se sentent obligés de le faire ou ne vont pas emmener leurs élèves parce qu'ils ont peur.
Moi, ce que je ne souhaite pas, c'est qu'il y ait d'obligation. Je dis le départ parce qu'il y a un truc qui s'appelle la liberté pédagogique qui est un principe fondamental de l'école et qu'on ne peut pas l'appliquer à géométrie variable. En revanche, on a travaillé un dossier pédagogique.
Il ne s'agit pas d'obliger les gens
à aller voir le film. J'y arrive. En revanche, on a travaillé sur un dossier pédagogique avec les équipes du film pour que précisément les enseignants puissent aller le voir, soient outillés aussi pour aborder le sujet avec leurs élèves parce qu'ils peuvent avoir cette appréhension de savoir comment je vais prendre le sujet, etc. On leur a donné toutes les clés pour pouvoir l'aborder avec leurs élèves et pour pouvoir y aller.
Donc, pour poser la tutelle de votre ministère.
Ce n'est pas une question de tutelle. C'est une question d'accompagner les enseignants qui le souhaitent et faire en sorte qu'aucun d'entre eux ne soit mal à l'aise s'ils souhaitent y emmener ses élèves.
Il y a un sujet qui prend de l'importance qui en prend beaucoup et notamment avec le bac dont on parlait tout à l'heure, c'est celui de l'intelligence artificielle de plus en plus utilisée par les élèves parfois pour tricher. Alors, vous avez mis en place un cadre, présomption d'innocence évidemment en la matière, mais vous avez mis en place un cadre sur l'IA en éducation, un document de 22 pages qui définit les potentialités et les risques. Mais comment est-ce qu'on lutte très concrètement la triche à l'intelligence artificielle ?
Alors, ça dépend. Aux examens, la triche est interdite, la triche, elle y a aussi.
Mais elle est possible.
Et donc, on a acheté des détecteurs, on a acquis des détecteurs d'outils numériques actifs, si je puis dire, qui permettent de savoir s'il y a des téléphones ou des mondes connectés actifs dans les salles d'examen. Ils sont répartis de manière aléatoire et on passe un petit peu partout avec ça. Au-delà de ça, on a un travail assez important à faire, c'est qu'aujourd'hui, en gros, quand vous donnez un travail à la maison au collège ou au lycée, dans 90% des cas, il est fait avec l'IA. Et là, pour le coup, on a un problème. Ça suppose de repenser, en fait, globalement, un peu tout notre système d'évaluation.
Aujourd'hui, on est percuté par l'évaluation, mais en réalité, ça pose la question de qu'est-ce qu'on apprend, de comment on apprend. Et donc, on a mis en place un peu un processus de travail. Un peu, on continue aussi, parce que si Chagipiti était un enfant, il serait en maternelle, je rappelle. Donc, on manque un peu de recul. Mais précisément, pour construire un cadre évolutif en fonction de ce qu'on va avoir.
C'est une question de ça, puisque les dernières versions, à mon avis, seraient plutôt à Polytechnique. Mais nous sommes en ligne avec Christelle, qui est au standard. Bonjour Christelle. Oui, bonjour, bonjour à tous. Voilà, j'avais la question suivante. Vu l'accélération du dérèglement climatique, les examens risquent de se passer dans des conditions de plus en plus difficiles les années à venir. Donc, j'aimerais savoir que compte faire le ministre à part proposer de boire de l'eau. Merci. Bonne question, Christelle. C'est vrai qu'il fait chaud, parfois très chaud, trop chaud dans les salles d'examen. Comment lutter contre ce phénomène-là
qui paraît s'imposer ? Il y a une première chose assez simple, c'est que moi, je ne souhaite plus qu'aucun examen se déroule les après-midi. Parce que malgré tout, globalement, entre 8h et midi, si vous avez aéré le matin avant d'arriver, ça reste à peu près frais. On ne peut plus se permettre d'avoir des épreuves aujourd'hui, en mai ou en juin, on voit bien, qui font 14h-18h. Ce n'est pas possible. Donc, c'est rustique.
Vous allez dépasser le bac en novembre et dans la matinée ?
Matinée suffira et par contre pas en novembre.
Bon, alors, il y a Marie qui est enseignante et il y a beaucoup de questions d'enseignants. Bien sûr. Elle vous dit la chose suivante. Je m'apprends à démissionner de l'éducation nationale pour reprendre mon ancien métier pour des raisons financières. 2 250 euros net à 45 ans et bac plus 5. Ça ne permet pas de partir en vacances ni d'avoir une voiture. J'ai perdu 50% de mon salaire. Je n'y arrive pas. J'aime mon métier, mais il ne me permet pas de vivre correctement. Je laisse tomber. C'est terrible comme sentence.
Oui, c'est terrible. Enfin, oui, oui, bien sûr. Et ça pose quand même une question qui, à mon avis, a vocation à être très structurante pour la présidentielle et les années suivantes, en réalité, sur la structure de la rémunération des enseignants qui progresse très peu pendant les 20 premières années de carrière et qui progresse seulement à partir des 20 premières années mais pour le coup, après ça, c'est assez sensible. Donc, très clairement, nous aurons besoin d'une revalorisation.
Nous aurons besoin d'une revalorisation.
Bien sûr, à terme, enfin, dans les prochaines années. Dans le prochain quinquennat. Et concentré sur la première moitié de carrière qui est objectivement la plus difficile.
Dernière question. Pourquoi est-ce que l'éducation nationale est si peu présente dans le débat public et notamment dans cette campagne présidentielle qui a déjà commencé alors qu'elle devrait être au premier plan ? C'est sidérant et c'est systématiquement le cas.
C'est sidérant, c'est systématiquement le cas. J'ai quand même l'impression que ça émerge et par ailleurs... Ça émerge. Pour moi, si vous voulez, enfin, en tout cas, tout le monde prétend parler. On verra bien après ça qui le fait. Tout le monde prétend que c'est important et j'espère que c'est vrai. Mais je suis d'accord avec vous, c'est l'avenir en réalité. Et vous savez, une société... Enfin, ça pose une vraie question de fond. C'est de savoir si notre société on choisit de la construire sur sa jeunesse ou sur les autres. Moi, c'est très simple, c'est tout pour la jeunesse. Je suis venu pour ça, je sais l'éducation nationale pour ça, c'est tout pour la jeunesse, tout pour nos gamins.
C'est très clair. Merci Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale, d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. Bonne journée et bientôt les vacances pour vous d'ailleurs aussi comme les petits apprenants. Les apprenants vont partir avant moi, je pense. Et ils vont venir après, j'espère.
Édouard Geffray