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interviewCNEWS (sur YouTube)· 28 mai 2026 20 min

La grande interview : Frédéric Péchenard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et notre invité ce matin dans la grande interview CNews et Europe 1, c'est Frédéric Péchenard. Bonjour à vous.

0:05
Frederic Pechenard

Bonjour.

0:05
Présentateur

Vice-président de la région Île-de-France et notamment ancien patron de la police nationale. On va parler des questions de sécurité. Samedi soir s'annonce une soirée compliquée pour les forces de l'ordre. La finale de la Ligue des champions, match très attendu entre PSG Arsenal à Budapest. Il y aura beaucoup de concerts aussi à Paris. Est-ce que le dispositif de sécurité qui est mis en place, qui est important, qui comporte des interdictions de manifester à certains endroits, est suffisant à vos yeux ? Est-ce qu'on pourra fêter, si on a la chance de voir la victoire du PSG, cette victoire dans le calme à Paris, Frédéric Péchenard ?

0:37
Frederic Pechenard

Alors malheureusement, probablement pas. Le dispositif est très conséquent. Vous avez 22 000 policiers sur l'ensemble de la France, dont 8 000 policiers à Paris. C'est donc quelque chose qui est très important. Le préfet de police a organisé les choses de telle manière qu'il y a des policiers à peu près partout. Et selon toute vraisemblance, on arrivera à parer aux choses les plus graves qui vont se passer. Mais malheureusement, on sait par les services de renseignement qu'on aura des gens qui viendront pour gâcher la fête.

1:03
Présentateur

Ils viendront d'où ? Est-ce que vous savez déjà d'où ils viennent ?

1:06
Frederic Pechenard

Alors, à Paris, ils viendront essentiellement de la région Île-de-France. Il y a des Parisiens pur jus et puis des gens qui viendront de la banlieue, qui se déplaceront en bande et qui viennent pour piller et puis aussi pour affronter les forces de l'ordre, pour semer le chaos, parce que c'est leur façon d'exprimer leurs ambitions et leur joie, j'imagine. Donc, il y a quelques centaines de personnes qui vont gâcher le plaisir de plusieurs milliers de Parisiens et de Français.

1:33
Présentateur

Mais est-ce qu'on ne connaît pas ces centaines de personnes ? Est-ce qu'il n'y a aucun moyen de prévenir ces troubles à l'ordre public ? Est-ce qu'il faut se résigner, en vérité, Frédéric Péchenard, et baisser les bras, en fait ?

1:42
Frederic Pechenard

Non, certainement pas. Il ne faut pas se résigner. Je pense que c'est quelque chose qui est très important. Il faut restaurer l'autorité de l'État. On a un préfet de police qui est un homme à poigne, qui ne se laissera pas faire. On a un dispositif qui est fort. On a des policiers qui sont prêts à intervenir et rapidement.

1:59
Présentateur

Un ministre de l'Intérieur aussi, qui est prêt à une réponse ferme ?

2:01
Frederic Pechenard

Et il faut les soutenir. Il faut soutenir les policiers.

2:04
Présentateur

Laurent Nunez, vous dites oui ? C'est un ministre à poigne ?

2:07
Frederic Pechenard

Eh bien, Laurent Nunez a été un... Je le connais bien et c'est un homme que j'apprécie. Ça a été un excellent préfet de police. Il a notamment toujours défendu les policiers. Je trouve que comme ministre de l'Intérieur, parfois, un certain nombre de ses positions peuvent me déconcerter. Mais il porte, par exemple, deux lois actuellement qui ont été votées par le Sénat, la loi Riposte et puis la loi sur la police municipale, qui vont vraiment dans le bon sens. Mais bien sûr, il faut lutter contre. Alors, on les connaît, on les suit. Probablement, il faut... Alors, il y a déjà des gens dans les services de renseignement qui s'en occupent.

Je pense que c'est bien d'avoir beaucoup de gens sur le terrain le soir pour intervenir. Mais il y a tout un travail de renseignement en amont. Alors, il est fait, mais probablement, il faut encore le renforcer pour pouvoir cibler les gens particulièrement à risque et cela leur interdire de venir.

2:54
Présentateur

Et ça, on ne peut pas le faire aujourd'hui ? La loi ne nous permet pas de ces interdictions préventives ?

2:59
Frederic Pechenard

Alors, si. Dans certains cas, on peut le faire. Il faut probablement renforcer la loi. Et puis, il faut renforcer un petit peu ce type de services de renseignement. On ne peut pas se résigner à ce que... Et puis, ce n'est pas seulement le football. On a eu des problèmes avec... C'est particulier au football, quand même. Oui. On a une longue tradition d'hooliganisme qui nous vient d'ailleurs d'Angleterre. Moi, j'ai travaillé sur ces sujets. J'ai été voir en Angleterre comment ils luttaient contre l'hooliganisme. On est arrivé à régler les problèmes de hooliganisme. Mais la difficulté maintenant, c'est que ces hooligans, eh bien, ils prennent n'importe quel prétexte.

Alors, c'est un match de football. C'est le 14 juillet. C'est le 31 décembre. C'est la fête de la musique. C'est n'importe quoi. À partir du moment où il y a du monde dans la rue pour venir se mêler et semer le chaos et la discorde, c'est des gens contre qui il faut avoir une réponse extrêmement ferme.

3:43
Présentateur

En parlant de la réponse, justement, les syndicats de police, Frédéric Péchenard, dénoncent le manque de fermeté judiciaire face à ces violences et face à ce qui touche les forces de l'ordre. 16 policiers blessés chaque jour dans notre pays refusent d'obtempérer toutes les 20 minutes. Est-ce que la réponse judiciaire est assez ferme ? Est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin pour protéger les policiers ?

4:02
Frederic Pechenard

Alors, la réponse judiciaire, elle est ferme. Elle est ferme dans la mesure où vous voyez qu'il y a plusieurs dizaines de milliers de peines de prison qui ne sont pas appliquées. Le problème en France, c'est pas... Moi, j'ai toujours entendu dire quand j'étais policier, « Ah, les policiers arrêtent, les magistrats relâchent ». C'est pas vrai. C'est pas vrai. Moi, j'ai passé 25 ans à la police judiciaire. Les policiers arrêtent, les magistrats condamnent. C'est après que ça ne va pas. C'est l'application de la peine qui ne va pas. C'est-à-dire que vous apercevez que la moitié des amendes qui sont données ne sont jamais recouvrées.

Vous apercevez que quand il y a des travailleurs d'intérêt général, il y a 20% des gens qui échappent à ces condamnations de travail d'intérêt général. Et pour la prison, c'est la même chose. Vous avez des condamnations de la prison ferme qui, en fait, ne sont pas exécutées ou sont exécutées avec un délai extrêmement long, deux ans, trois ans, ce qui perd son sens. Une sanction, elle doit être certaine, elle doit être immédiate. Elle doit être juste, bien sûr, proportionnée. Mais elle doit être immédiate. Voilà. Ça, c'est très important. Et on a perdu un petit peu ça. Donc le sujet, c'est l'application de la peine.

4:59
Présentateur

Très bien. On voit sur l'ensemble du territoire une espèce de montée inexorable de la violence. Sur beaucoup de registres, on va les évoquer. Est-ce que vous pensez, vous, Frédéric Pechnard, qui avait vraiment fait du terrain, qui connaissait la police nationale, qu'on va vers des affrontements graves ?

5:13
Frederic Pechenard

C'est le risque. Alors d'abord, ce qu'il faut d'abord, c'est faire un constat. Est-ce que c'est vrai qu'il y a plus de violence dans notre pays ? La réponse est oui. La réponse est oui. Il y a plusieurs choses qui nous le font penser. D'abord, ce qu'on voit tous les jours dans la rue, mais également l'augmentation du nombre d'homicides et de tentatives d'homicides. En France, entre 1990 et 2012, les homicides, le nombre des homicides avait diminué de moitié. Donc un pays où on tuait deux fois moins que 25 ans avant, ce n'était pas un pays qui était de plus en plus violent.

Depuis 10 ans, un peu plus même, depuis 2014, systématiquement, chaque année, ce qui, en termes de criminologie, a un sens, on a une augmentation des homicides et des tentatives d'homicides. Donc on voit bien qu'on est dans une phase, dans un pays, d'ailleurs, ça ne touche pas seulement la France, ça touche aussi d'autres pays européens, avec une augmentation de la violence. Ça, c'est un fait. C'est un fait. C'est un constat qui est chiffré et qui est fait. En gros, le ministère intérieur vous explique que les atteintes aux biens ont tendance à stagner ou à diminuer. Au contraire, les infractions de violence, qui sont évidemment les plus graves, ont tendance à monter. Voilà.

Ça, c'est le constat. Et ça, c'est un constat qui est grave.

6:14
Présentateur

Et est-ce que l'État prend les mesures nécessaires pour juguler cette montée de la violence ? Est-ce qu'il y a un signal d'autorité qui est envoyé du haut de l'État ou pas, selon vous, Frédéric Pachnard ?

6:23
Frederic Pechenard

Alors, selon moi, pas assez. Pas assez parce que je pense qu'un certain nombre de responsables politiques dans notre pays n'ont pas pris la mesure de ce qui se passe réellement dans la France profonde et qui, finalement, permet à toute forme de radicalité de monter. Et quand vous avez des radicalités politiques qui s'expriment, eh bien, elles entretiennent aussi, par leur discours, par la façon dont elles parlent, elles entretiennent aussi la violence.

6:50
Présentateur

Vous parlez de la France insoumise ?

6:52
Frederic Pechenard

Par exemple.

6:52
Présentateur

Des discours de la France insoumise ? Oui. Qui génèrent de la violence ?

6:55
Frederic Pechenard

Quand vous avez des gens qui appellent au soulèvement, qui appellent au non-respect de la démocratie, évidemment, la démocratie, c'est assez simple, c'est le vote. C'est-à-dire que vous allez voter, vous êtes un homme, une femme, un électeur, vous allez voter pour votre maire, pour votre député, pour le président de la République. Bien. Vous êtes content, vous n'êtes pas content, mais vous respectez ça. C'est ça, la démocratie. Et quand j'entends LFI qui dit, dans certains cas, nous ne respecterons pas la démocratie, qu'est-ce qu'il y a d'autre que la démocratie ? C'est la dictature. C'est la prise du pouvoir par la force, c'est la dictature.

Vous n'avez pas le choix, dictature ou démocratie. Donc le respect de la démocratie est quelque chose de fondamental, je n'entends pas ça chez LFI. Et puis, la façon, on le voit d'ailleurs à l'Assemblée nationale, moi je siège au Conseil de Paris, dans l'opposition. Eh bien, je suis stupéfait, cette année pour la première fois, vous avez des élus LFistes, qui s'attaquent à Emmanuel Grégoire d'ailleurs, ils ne nous mettent pas en cause, nous. Et je suis stupéfait de la façon dont ils parlent. Je ne parle pas du fond, sur le fond on a le droit de ne pas être d'accord avec Emmanuel Grégoire, moi-même je ne le suis pas souvent.

Mais la manière de s'exprimer est toujours une manière qui est extrêmement agressive. Et ils sont tous pareils, donc on voit bien que c'est une volonté. Et finalement, cette agressivité, eh bien, renvoie de l'agressivité. Et ça fait monter la tension, voilà. Et finalement, vous avez des gens qui, par leur discours politique, exacerbent ces violences.

8:08
Présentateur

Et qui aussi ont un discours ouvertement anti-police. On les a entendus à de nombreuses reprises. Ça aussi, ça peut générer de la violence envers les forces de l'ordre sur le terrain ?

8:17
Frederic Pechenard

Mais bien sûr. Bien sûr, quand vous avez des hommes politiques, des députés, des gens qui ont été élus, des gens qui sont censés être respectables, dont l'essentiel de la discussion sur la sécurité, c'est la police tue, c'est quelque chose qui, pour moi, est absolument insupportable. J'ai fait remarquer au dernier conseil régional, où une élue LFiste avait expliqué ça, alors que, vous pouvez voir, la police française, c'est une police qui est extrêmement respectueuse des droits, et qui emploie la force quand elle est légitime pour être employée. La police est là pour ça. La police est là pour rétablir l'ordre. Donc, c'est cette... La police tue, ou... C'est ravageur.

Un autre slogan qui était « Suicidez-vous », alors que dans la police, il y a beaucoup de suicides, c'est quelque chose qui est terrible.

Alors, au contraire, on a une police qui mérite d'être aimée, ce qui est le cas, vous apercevez qu'à chaque fois qu'il y a un sondage, vous avez entre 60 et 80% des gens, y compris des jeunes d'ailleurs, qui font confiance dans la police française, et c'est tant mieux, mais vous avez une petite minorité d'agitateurs qui disent des choses qui sont inacceptables, et finalement, qui fondent, qui sapent le fondement même de notre démocratie, c'est-à-dire que nous avons besoin d'une force, de l'ordre, pour faire respecter les droits des 99% de Français qui veulent vivre en paix.

9:31
Présentateur

– Frédéric Péchenard, vous êtes ancien directeur de la police nationale, parlons du haut du spectre, les règlements de comptes liés au narcotrafic, les villes de France sont endeuillées, Grenoble, on a beaucoup parlé de Grenoble, des fusils à Grenoble, mais c'est vrai à Nantes, c'est vrai un peu partout, encore une fois, 10 morts à Grenoble en 6 mois, des guerres de territoire qui sont maintenant actées par le procureur de Grenoble, la nouvelle pratique des auteurs d'homicide de se filmer et de mettre sur les réseaux sociaux, on est dans une bascule de la grande délinquance, est-ce que la bataille est perdue sur le narcotrafic ?

10:01
Frederic Pechenard

– Alors, elle est loin d'être perdue, nous ne sommes pas encore…

10:04
Présentateur

– Elle est loin d'être gagnée ?

10:05
Frederic Pechenard

– Oui, nous ne sommes pas encore dans une situation mafieuse qu'on a pu connaître aux États-Unis ou en Italie, mais on est en train de prendre le chemin. C'est-à-dire que, moi j'étais à la brigade des stupéfiants fort longtemps, et tout ce que je vois aujourd'hui, je vous le dis franchement, je l'ai connu. J'ai connu des cités difficiles, j'ai connu des règlements de comptes. La grande différence, c'est que ça a été multiplié par 50 ou par 100. Et ça génère des profits qui sont tellement importants que vous avez des patrons de branches de narcotrafic qui sont richissimes et donc extrêmement puissants. Et il y a le risque.

Le risque, il est au-delà de la délinquance, il est dans la déstabilisation de la République ou de la démocratie, avec des gens qui vont pouvoir, soit par la terreur, soit par l'argent, influer sur des politiques, des magistrats, des policiers, des gendarmes. D'ailleurs, il y a quelques années, le procureur de Marseille avait fait une conférence de presse très courageuse, semble-t-il, très choc, en expliquant qu'il était très inquiet de la corruption, y compris d'ailleurs dans ses propres rangs, la magistrature, la police, la gendarmerie, etc.

La pénitentiaire, on le voit, c'est quand même tout à fait anormal que des voyous qui sont censés être en prison et qui sont censés être à l'isolement puissent assez facilement téléphoner. On voit bien qu'il y a forcément des complicités internes ou autres. Donc ça, c'est quelque chose qui est extrêmement préoccupant parce que les mafias remettent en cause notre système démocratique.

11:33
Présentateur

Et entre dans le tissu économique aussi des entreprises. Vous soutenez Bruno Retailleau, il me semble. Il propose, parce qu'on veut des solutions, on vient de faire le constat, quelles sont les solutions ? Il veut être capable de contrôler 24 heures sur 24, les sorties et les entrées dans ses quartiers, perquisition administrative, saisir les avoirs des criminels, couper les réseaux électroniques. C'est ça la solution ?

11:54
Frederic Pechenard

Ça peut marquer ? Oui, la solution, c'est la guerre.

11:57
Présentateur

C'est la guerre ?

11:57
Frederic Pechenard

La guerre. La solution, c'est de faire la guerre aux narco-banditistes sur tous les fronts. C'est-à-dire qu'il faut attaquer le problème de la drogue sur tous les fronts. Il faut l'attaquer à partir, bien sûr, des usagers. S'il n'y a pas d'usagers, il n'y a pas de trafic. Donc il faut embêter les usagers. Il faut arrêter les dealers à les petites mains. Il faut se donner les moyens judiciaires et juridiques d'aller attaquer les gens les plus puissants. D'ailleurs, on a une réforme de la police nationale qui, pour moi, ne va pas dans le bon sens, puisqu'on a départementalisé la police, ce qui est une bonne idée pour la sécurité publique, pour le renseignement territorial, etc.

Mais on l'a fait aussi pour la police judiciaire. Or, le département ne me paraît pas être le bon niveau. Avant, il y avait des zones ou des régions. Vous voyez, vous êtes de la police judiciaire, vous travaillez sur Marseille, vous devez pouvoir aussi travailler sur Toulon, sur Avignon, sur Nîmes, parce qu'on voit bien que tout ça est interpénétré.

12:55
Présentateur

Frédéric Péchenard, on a parlé du haut du spectre, le narcotrafic et aussi le bas du spectre, les incivilités, ces scènes qu'on a vues à la Baule, une ville pourtant préservée de la délinquance jusqu'à présent, Deauville, pareil, les rhodiobins, le protoxyde d'azote. On a l'impression que désormais, les délinquants font la loi et le disent ouvertement, en mettant toutes ces images sur les réseaux sociaux, en disant « on est chez nous, on fait ce qu'on veut ». Comment on lutte contre ça ?

13:18
Frederic Pechenard

Alors, ils ne font pas la loi, ils profitent des trous dans la loi. Voilà, c'est vrai pour le protoxyde d'azote, c'est vrai pour les RF partis, c'est vrai pour tout un tas de choses. Donc là, le ministre de l'Intérieur porte une loi qui s'appelle la loi Riposte, qui a été votée par le Sénat, votée par la droite, le centre, les socialistes se sont abstenus, les communistes et les écosistes ont voté contre, qui est une loi un peu fourre-tout, si j'ose dire, avec une dizaine de faits, mais qui permettent de boucher un petit peu les trous de la loi sur le protoxyde d'azote, sur les squats, sur les RF partis, et qui donnent les moyens à la police d'intervenir. Parce que toute cette difficulté...

13:56
Présentateur

Ça suffira à endiguer ces jeunes qu'on voit absolument faire n'importe quoi, ouvrir des bouches d'incendie, voter sur des voitures.

14:02
Frederic Pechenard

Après, la vérité, c'est qu'il faut, quand vous voulez lutter contre un phénomène important, ou vous voulez faire quelque chose en France, il faut qu'il y ait une volonté politique extrêmement forte. Voilà.

14:12
Présentateur

Et là, c'est peut-être pas le cas.

14:13
Frederic Pechenard

Et si au sommet de l'État, vous n'avez pas une volonté politique extrêmement forte de lutter, derrière, il y a des gens qui bricolent, on se donne du mal, mais vous n'arriverez pas à éradiquer le... Vous savez, par exemple, quand j'étais directeur général de la police nationale, le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait une réunion avec M. Zapatero, qui était le premier ministre espagnol, et ils avaient décidé de lutter contre l'ETA. Donc, au plus haut niveau de l'État, on s'est mis en marche pour lutter contre l'ETA. Mais lutter sérieusement, parce qu'il y avait une volonté politique extrêmement forte. Et bien, je constate qu'en 2011, l'ETA a déposé les armes.

14:49
Présentateur

Sur l'immigration, Frédéric Péchnard, ce que les Français ne comprennent pas, c'est le problème des OQTF, que nous n'arrivons pas à renvoyer chez eux, que les maires doivent marier, quitte à être traduits eux-mêmes devant les tribunaux. Est-ce qu'il y a une solution ? On entend beaucoup de candidats à la présidentielle, ils sont nombreux, qui ont proposé sa mesure la plus forte possible. Pour l'instant, rien n'a fonctionné. Comment on pourrait arriver à renvoyer des gens qui n'ont rien à faire sur le territoire français ?

15:15
Frederic Pechenard

C'est un sujet qui est majeur. C'est un sujet qui est majeur parce qu'il montre aux Français l'impuissance de l'État. Et ça, je trouve que c'est terrible. Il faut qu'on restaure l'autorité de l'État, et l'impuissance de l'État est terrible. Comment vous voulez faire comprendre à quelqu'un, à un Français, qu'un étranger qui fait l'objet d'une OQTF, c'est-à-dire quelqu'un qui est en situation irrégulière, ne mélangeons pas tout, ou qui est en prison, on a 25% d'étrangers en prison, ce sont des gens qui, a priori, quand ils vont sortir, on ne souhaite pas garder sur le territoire national, on a plutôt envie qu'ils rentrent dans leur pays d'origine.

Comment voulez-vous expliquer qu'ils font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par le ministre de l'Intérieur, par une autorité administrative, et que finalement, il ne se passe rien ou pas grand-chose ? Dernier rapport du Sénat, qui disait que c'était quand même un peu mieux qu'avant, que j'ai lu, on est à 10%. Ce qui fait que 90% des OQTF, il y en a 130 000, 140 000 par an, ne sont pas exécutés.

Et quand en plus, ces gens qui font l'objet d'une OQTF sont arrêtés à nouveau, parce que finalement, on s'aperçoit que la police est quand même assez bien faite, sont arrêtés à nouveau, comment vous expliquer à quelqu'un qui a été cambriolé, violé, frappé, qu'il est par un individu, que l'État a identifié comme devant repartir chez lui ? C'est insupportable, et c'est très inquiétant, parce que c'est ça qui fait monter la radicalité d'une façon ou d'une autre. Donc c'est un sujet qui est majeur, et comme tous les sujets majeurs, c'est un sujet qui est complexe, parce qu'il y a une dimension diplomatique qui est importante. Alors est-ce qu'il faut choisir la manière forte ?

Est-ce qu'il faut choisir la diplomatie ? Je ne sais pas. Il faut choisir quelque chose qui fonctionne. Visiblement, aujourd'hui, ça ne fonctionne pas.

16:52
Présentateur

J'aimerais terminer par la protection de l'enfance. Il y a eu un conseil des ministres hier, avec un texte qui prévoit la mise en place de beaucoup de choses pour tenter de protéger nos enfants lorsqu'ils sont face à des prédateurs. Vous siégez au Conseil de Paris, il y a le scandale du périscolaire qui est abominable, avec des dizaines de jeunes victimes. Un premier procès qui a eu lieu cette semaine, des peines requises qui ne sont pas aux yeux des familles des victimes et des avocats à la hauteur. Est-ce qu'il y a eu des dysfonctionnements ? Et à quel niveau ? Dans la protection des enfants, je parle de la région parisienne, mais ça vaut sur l'ensemble du territoire. Frédéric Pechner.

17:25
Frederic Pechenard

Je vais vous parler de Paris, parce que c'est là où je siège. Mon groupe politique avait alerté la mairie de Paris depuis déjà plusieurs années sur quelque chose qui nous paraît complètement insensé, c'est le recrutement des animateurs en périscolaire. On a aujourd'hui, j'en parlais avec des officiers de la brigade de protection des mineurs, sur Paris, plus de 100 enquêtes sur des animateurs du périscolaire, sur des actes de pédophilie.

17:50
Présentateur

Donc c'est un réseau, on parle d'un réseau à 100 personnes.

17:53
Frederic Pechenard

Oui, bien sûr, on parle de... Et il y a eu une espèce de merta à la mairie de Paris, on n'a pas voulu voir, on n'a pas voulu savoir, on a eu des plaintes...

18:00
Présentateur

Vous parlez d'Anne Hidalgo ?

18:01
Frederic Pechenard

Bien sûr, je parle d'Anne Hidalgo, je parle de son premier adjoint au maire de l'époque, qui est le maire actuel, je parle de tout un tas de systèmes, alors je ne mets pas en cause particulièrement telle ou telle personne, parce que je n'en sais rien, mais ce qui est clair, c'est qu'il va falloir, et la seule bonne nouvelle dans ces atrocités, c'est que la justice est saisie, qu'on va avoir des procès et qu'on va y voir un petit peu plus clair des responsabilités de tout le monde, des uns et des autres.

Il y a une sénatrice LR de Paris, Agnès Évrenne, qui a demandé hier une commission d'enquête, je pense que ça mérite une commission d'enquête, pour qu'on fasse justement la lumière sur les dysfonctionnements ou sur les complicités. Concrètement, tout le monde sait qu'un certain nombre de personnes pédophiles sont attirées par les métiers où on est en contact avec les enfants, ça paraît d'ailleurs assez logique. Et donc on a fait leur rentrer le loup dans la bergerie, et on a mis des pédophiles, des gens qui étaient connus, des gens qui avaient eu au moins parfois des propos déplacés, et qu'est-ce qui se passe ?

On s'est aperçu que quand un éliminateur périscolaire était montré du doigt, il était déplacé d'école, ce qui est scandaleux. Donc il faut évidemment d'abord faire la lumière sur tout ça. Je crois qu'on est loin de savoir tout ce qui s'est passé, c'est atroce. C'est-à-dire que vous confiez vos enfants à l'école, c'est pour les éduquer, c'est pour les protéger, ils sont en dehors du cercle familial, il faut que les parents aient confiance dans l'école, et objectivement aujourd'hui à Paris, on voit bien que la confiance s'est étualée. Donc ça c'est très important, il faut qu'on fasse le constat, il faut que la justice fasse son travail.

19:33
Présentateur

Lancer des enquêtes peut-être contre les élus de l'époque ? Des enquêtes et des procès ?

19:37
Frederic Pechenard

Il ne faut pas lancer des enquêtes contre une personne, il faut faire une enquête, et voir où cette enquête vous mène, de la même façon je pense qu'il est intéressant.

19:43
Présentateur

Et engager la responsabilité de ceux qui étaient aux manettes.

19:45
Frederic Pechenard

Bien sûr, si vous avez volontairement fermé les yeux, si vous avez négligé de faire un certain nombre de choses, si vous avez favorisé en recrutant des gens sans vérifier leur palmarès, et bien oui, vous êtes responsable, et la justice dira si vous êtes également coupable. Mais il paraît évident aujourd'hui que quand vous engagez des animateurs, il faut les faire passer par un certain nombre de filtres, voir s'ils sont connus du service de police, voir s'ils sont au figé le fichier des prédateurs sexuels. Si vous êtes inscrit sur ce fichier, normalement vous ne pouvez pas avoir accès à ce type de travaux.

20:17
Présentateur

Merci, merci beaucoup Frédéric Péchenard qui était notre invité ce matin sur CNews et sur Europe 1. Bonne journée à vous.