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interviewRMC· 3 mai 2024 20 min

🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview d'Aurore Bergé sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

avec vous ce matin. Je précise d'ailleurs qu'un certain nombre de facultés sont toujours bloquées au moment où l'on se parle, notamment Sciences Po Paris. On est en direct là-bas, elle est occupée à nouveau, l'école, depuis cette nuit. La police se positionne sur place et on y reviendra évidemment avec votre réaction notamment. Mais je voudrais d'abord revenir sur ce plan que vous avez dévoilé, un plan de lutte contre la prostitution, avec un volet en particulier sur la prostitution des mineurs. Et je voudrais vous interroger sur un cas. Aujourd'hui, à 13h30, à Valenciennes, on attend le verdict du procès de 11 hommes. Ils sont jugés depuis une semaine, ils sont dans le box des accusés.

Il y a des hommes de profil très différents. Il y a un boulanger de 27 ans qui reconnaît avoir non seulement été client mais aussi proxénète. Il y a un banquier, un agriculteur, un ouvrier chez Renault, un autre chez Stellantis, un apprenti sommelier. Et ils ont tous en commun d'avoir eu des relations sexuelles avec Louise. Louise qui avait à l'époque 14 ans. Pour certains, ils ont payé et ils sont poursuivis pour recours à la prostitution d'un mineur. Ils en courent jusqu'à 18 mois de prison. Ça, c'est ce qui se passe à Valenciennes. Mais pendant ce temps-là, il y a le site Coco sur lequel ils ont été mis en relation avec la jeune Louise.

Ce site Coco qui est aussi lié à la mort de Philippe qui a été lynché à mort à Grande-Synthe il y a 10 jours. Et ce site Coco, je l'ai encore vérifié à l'instant, juste avant de rentrer dans ce studio, il est parfaitement ouvert, on peut y aller et on peut y trouver toutes sortes d'horreurs.

1:28
Aurore Bergé

Oui, vous avez raison de le dire. Déjà, dans ce que vous avez dit au tout début, il n'y a pas de profil type. Malheureusement, j'allais dire, ce serait trop simple de considérer qu'il y a un profil type de l'agresseur. Parce qu'on parle bien d'hommes qui ont abusé, qui ont abusé d'une enfant. C'est de l'exploitation sexuelle, c'est de la traite des êtres humains. Et c'est ça aussi les mots qu'il faut poser. Quand on parle de prostitution, on parle de violence, on parle d'abus. Et il y a évidemment encore moins d'ambiguïté, si tant est qu'il doit y en avoir, quand on parle d'enfants. C'est le premier point. Deuxième point, c'est que malheureusement, c'est trop simple aujourd'hui.

C'est trop simple de devenir proxénète. C'est trop simple d'avoir recours à la prostitution. Parce que justement, on a ces sites qui prolifèrent, qui sont à la fois des sites, mais aussi des messageries privées. Et qui est toute l'ambiguïté justement du site dont vous avez parlé, Coco, parce que la messagerie privée, évidemment, c'est différent et plus difficile aussi à pouvoir réguler et réglementer.

2:20
Présentateur

Si je précise les choses d'ailleurs, Coco, ça c'était Coco.fr, c'est-à-dire qu'il était hébergé sur un site français. Il est aujourd'hui devenu Coco.gg, c'est-à-dire qu'il est hébergé sur l'île de Guernesay, qui est ce statut un peu complexe, mais qui est relié à la Grande-Bretagne. Et sur ce site internet, on y voit des relations sexuelles entre majeurs et mineurs. C'est d'ailleurs ce que précise la procureure de ce procès qui a lieu en ce moment. Il suffit de donner son genre, son âge, son code postal et son pseudo. Il n'y a aucun contrôle. En fait, il n'y a aucune vérification d'identité. On ne vous demande même pas quel âge vous avez. Il n'y a aucune vérification d'identité.

2:55
Aurore Bergé

Donc moi, je le dis à nouveau en termes de prévention, notamment à des jeunes qui pourraient aller sur ce site. Ce sont des sites qui sont dangereux. Vous l'avez dit, il y a des guet-apens qui ont été tendus du fait de ce site à des hommes en raison de leur homosexualité. Ce sont des guet-apens. Ils ont été attendus. Ils ont été lynchés. Ils ont parfois été lynchés à mort du fait de leur orientation sexuelle parce qu'ils ont été identifiés grâce à ce site. Donc qu'est-ce qu'on fait ? Il y a de manière générale ce qui se passe sur les réseaux sociaux, ce qui se passe sur les plateformes.

Ce que vous dites serait par exemple totalement valable sur ce qui se passe sur la question de la pornographie. Quand on parle de la pornographie, je vais le dire comme ça, mais dans nos générations, en pornographie, on n'y avait pas accès comme ça en libre service. Ça n'existait pas et ce n'était pas non plus les mêmes contenus. Aujourd'hui, les contenus qu'on trouve en quelques clics, par recherche de mots-clés, ce sont des actes de torture, ce sont des actes de barbarie. Ce sont des femmes qui parfois se font séquestrer pendant des jours dans des appartements, qu'on oblige à avoir des relations sexuelles, qui sont donc violées. Qu'est-ce qu'on fait ?

On a changé la loi, on attend la décision du Conseil constitutionnel là-dessus, de manière à permettre que Faro, ce qui est notre plateforme qui permet le retrait de contenus, puisse retirer justement ces contenus qui ne sont pas de la représentation, on ne parle pas de films, d'audiovisuels ou de cinéma, on parle d'actes réels où de vraies femmes subissent de vrais viols. Et donc on veut pouvoir retirer ces contenus de torture et de barbarie. Vous pourrez le faire en temps réel, vous pourrez le faire rapidement ? Alors on attend la décision du Conseil constitutionnel pour espérer que la loi soit définitivement validée, sinon on remettra le travail sur l'ouvrage.

4:21
Présentateur

Vous avez un doute ? J'ai l'impression que vous avez un doute.

4:22
Aurore Bergé

Parce qu'on voit bien les tentatives des uns et des autres pour justifier ici de la représentation qui serait réalisée comme si c'était un acte audiovisuel. Vous pensez que le Conseil constitutionnel pourrait jouer ce jeu ? Je ne peux pas présupposer une décision du Conseil constitutionnel. Ce que je sais, c'est qu'on doit protéger qui ? On doit protéger d'abord nos enfants, on doit protéger les mineurs, parce que plus on les expose tôt à ces images-là, plus évidemment on va dérégler ensuite les rapports qu'il pourrait avoir entre jeunes hommes, jeunes femmes, et à terme, les rapports sexuels aussi, et notre vie sexuelle.

Donc ce n'est pas un sujet de morale, c'est un sujet de protection, de santé publique et de sécurité.

4:55
Présentateur

Vous me parlez de la question des armes que vous avez contre ces représentations de pédo-criminalité, et les armes que vous aurez, vous l'espérez, mais je vous posais quand même la question sur Coco, et je vous la pose très concrètement. On voit bien qu'on a des sujets d'hébergement de sites à l'étranger.

5:09
Aurore Bergé

Est-ce que vous avez les moyens de faire fermer par exemple ce site ? Ce qu'on doit faire, c'est qu'en fait il y a deux choses différentes, quand ce sont des sites internet, quand ce sont des messageries privées, et en plus quand parfois il y a le sujet de l'hébergement à l'étranger. Ce qu'on peut faire c'est quoi ? C'est faire en sorte que des URL soient tout simplement supprimées. C'est faire en sorte aussi... L'URL c'est l'adresse. L'adresse qui est renseignée puisse être supprimée quand des contenus justifient d'être supprimés. Mais c'est le travail qui est engagé avec Marina Ferré, qui est la ministre en charge du numérique justement, pour garantir ça.

C'est faire le fait de changer la loi, comme je vous l'ai dit. C'est d'alerter, d'avertir aussi, pour faire en sorte que le moins de personnes possibles se retrouvent sur ces sites, au risque encore une fois de l'exploitation ou de guet-apens qui ont pu être tendus en l'espèce à des hommes, en raison notamment de leur homosexualité. Et évidemment, c'est une mobilisation constante de nos services. Typiquement, ce qu'on a fait sur la stratégie de prostitution, c'est qu'on a renforcé une cellule dédiée de cyber-enquêteurs. Parce que tout simplement, la précédente loi, en 2016, on n'avait pas ces mêmes besoins évidemment sur le numérique. Donc c'est des cyber-enquêteurs. Ils font quoi ?

Eh bien toute la journée, ils regardent malheureusement ces images-là pour voir ce qu'on peut supprimer, pour détecter des comptes, pour détecter s'il y a du proxénétisme, pour ensuite judiciariser. Qu'est-ce qu'on fait aussi ? On renforce les moyens dédiés à des associations pour faire quoi ? Des maraudes numériques. Parce que les maraudes, au départ, on dirait... Ce que vous appelez les maraudes numériques, c'est justement cette veille sur Internet. C'est cette veille constante qu'on doit pouvoir faire, parfois très glauque, désolé de le dire comme ça, mais pour vérifier ce qui est dit, pour vérifier les atteintes qui pourraient être faites à des mineurs, l'exploitation.

Et puis voyez bien comment ça peut dériver.

6:42
Présentateur

On parle de 7 000 à 10 000 mineurs qui seraient aujourd'hui dans des situations de prostitution. C'est effectivement l'estimation des associations. Et en majorité, ce sont des jeunes filles de 13 à 16 ans. Est-ce que vous prévoyez également une augmentation du fonds pour sortir de la prostitution ? On sait, et on a entendu d'ailleurs des témoignages sur RMC dès hier, au moment où vous présentiez votre loi, de prostituées qui cherchent à sortir de cette situation de prostitution. Il y a un fonds, environ 300 euros par mois, qui leur sont donnés si elles arrivent pour les accompagner dans cette sortie. Elles disent que ce n'est pas suffisant. Est-ce que vous seriez prêtes à mettre plus ?

7:20
Aurore Bergé

Déjà, on est le seul pays au monde à le faire. La France est le seul pays au monde à accompagner des femmes et parfois des hommes qui sont en situation de prostitution pour leur permettre de sortir de ce qui est un système, encore une fois, de violence et d'exploitation qu'on leur impose. Et que des clients leur imposent, que des proxénètes leur imposent. Est-ce qu'il faut à terme revoir l'allocation ? C'est un débat qu'on peut avoir.

7:40
Présentateur

Quand vous dites la distinction entre clients et proxénètes, c'est aussi pour préciser que certaines qui ont parfois le sentiment, au moins au début, et c'était d'ailleurs l'objet d'un des témoignages très forts qu'on avait hier sur RMC, qui au départ disent « je l'ai fait de moi-même », je pensais… Et puis en fait, elles sont une dérive de très grande souffrance.

7:55
Aurore Bergé

Quand on dit « je l'ai fait de moi-même », en vérité, c'est jamais si simple. Moi, j'ai fait témoigner volontairement des femmes qui se disent « survivantes » de ce système de prostitution hier. Et oui, il n'y a pas un profil type. Par contre, ce qui revient à chaque fois, c'est la vulnérabilité. C'est la vulnérabilité de femmes qui parfois ont été abusées dans leur enfance, qui ont subi de l'inceste. C'est la vulnérabilité de celles qui ont subi des violences dans leur couple. C'est la vulnérabilité parce qu'il y a une précarité financière. Il y a toujours ce dénominateur commun de la vulnérabilité.

Sauf que, vous l'avez dit, aujourd'hui, c'est plus simple pour les proxénètes et pour les clients de repérer cette vulnérabilité et de l'exploiter du fait notamment du numérique.

8:30
Présentateur

Les Jeux olympiques, cet été, vous vous dites que c'est peut-être un moment où il faut sensibiliser davantage le grand public. On a souvenir que dans certains grands rassemblements sportifs, la question de la prostitution est là. Est-ce que vous allez vous donner des moyens pour lutter contre la prostitution ?

8:47
Aurore Bergé

Oui, il y aura une grande campagne de communication à l'approche des JO et pendant les JO. Pour deux choses, espérer convaincre sur les valeurs que nous portons. La France porte des valeurs sur l'abolition de la prostitution, considérant que non. La fameuse phrase de tout temps, la prostitution existait, comme si c'était inéluctable, comme si cette exploitation des femmes et du corps des femmes devait continuer. Eh bien non, en vérité, on ne souhaite pas que cette exploitation puisse continuer.

à défaut de convaincre sur les valeurs, convaincre sur les risques, celles et ceux qui viendront en France pour les Jeux, de dire encore une fois ce qu'ils encourt, si jamais ils ont recours à la prostitution. Et vous pouvez repréciser d'ailleurs effectivement les amendes qu'encourent les clients qui auraient recours à la prostitution. Bien sûr, qu'on a aggravées et qui sont d'autant plus aggravées, évidemment, si jamais ce sont des mineurs, parce qu'on présuppose systématiquement pour les mineurs, il n'y a pas de consentement qui soit possible et que donc c'était évidemment une exploitation.

On a changé le cadre de la loi en 2016, c'était une loi courageuse et importante qui avait été portée par Laurence Rossignol, et je le dis ici parce qu'on est passé d'un moment où on criminalisait les femmes et les hommes, les femmes et les hommes qui étaient dans le système prostitutionnel. Non, en fait, la culpabilité, la responsabilité, elle doit porter sur ceux qui en abusent et les exploitent, des clients et des proxénètes. Et il faut aussi que la société considère ce qui se passe et considère que ça les regarde, que ça ne nous regarde pas uniquement quand c'est embête chez nous et que ça nous embête. À un moment, on parle encore une fois de violence.

10:04
Présentateur

Aurore Merger, les étudiants pro-palestiniens qui continuent à bloquer un certain nombre d'écoles et d'universités. Ça se passe notamment à Sciences Po Paris qui est à nouveau occupée depuis cette nuit. Tous les cours et les examens sont annulés. C'est aussi le cas à l'ESJ de Lille, l'École supérieure de journalisme de Lille. C'est le cas aussi à Saint-Etienne, au Havre, à Lyon, à Poitiers. Pour ce qui est de l'école Sciences Po Paris, vous voyez ces images. Effectivement, Sciences Po Paris, où le dialogue avait été plutôt choisi par la direction, qui avait d'ailleurs rassemblé professeurs, étudiants et direction hier.

Visiblement, ça n'a pas convaincu ces étudiants pro-palestiniens, qui ont choisi d'occuper à nouveau les locaux et donc d'empêcher la tenue des cours aujourd'hui. Est-ce que vous vous dites que la direction doit intervenir ? Est-ce qu'il faut lever, y compris par la force, ces blocages ?

10:54
Aurore Bergé

Alors, vous savez que la levée des blocages, c'est toujours à la demande de la direction du président de l'université quand c'est une fac. Donc ça, c'est sa responsabilité. Et l'État a toujours dit, et la ministre a toujours dit, qu'on serait aux côtés de toutes les demandes qui seraient faites par les présidents de l'université et les directeurs des écoles concernées. Moi, je suis surtout très triste de la situation à Sciences Po. Moi, j'ai été tellement fière d'en être l'élève. Vous êtes une ancienne élève de Sciences Po. Quand je vois ce qui s'y passe, ça n'est pas l'école que j'ai connue. C'était une école où il y avait du débat, parfois très frontal.

Il y avait du combat politique, du combat syndicalisme étudiant. Il n'y avait pas de haine, il n'y avait pas d'antisémitisme à Sciences Po. Je suis désolée, mais quand je vois des étudiants tendre des mains rouges qui rappellent des images où des Israéliens ont été décapités, il y a deux solutions. Soit ils sont incultes, soit ils sont antisémites. Dans les deux cas, c'est un problème puisqu'ils sont à Sciences Po. Et quand j'entends des étudiants dire, écoutez, moi, je n'étais pas née en 2004, c'est quand même ahurissant d'entendre ces phrases-là. C'est-à-dire, parce qu'on est nés en 2004, ça veut dire qu'on n'a plus aucune culture historique et politique de ce qui nous a précédés.

11:51
Présentateur

Vous précisez effectivement que ces images où on a vu, notamment vendredi dernier, des étudiants qui occupaient Sciences Po, levaient les mains en l'air avec de la peinture rouge sur les mains, ça faisait référence à une photo très célèbre d'un événement tragique, en effet, à Ramallah, à Ramallah en 2004, où deux Israéliens qui avaient été pris par la police et qui étaient dans le commissariat de Ramallah, avaient donc été lynchés à main nue, éviscérés, démembrés à main nue. Et c'est le sang de ces deux hommes qui étaient sur les mains de cet homme qui s'était présenté à la fenêtre de Ramallah.

Quand vous dites ça aujourd'hui, Aurore Berger, est-ce que vous vous adressez aussi aux députés de la France Insoumise qui se sont précipités, à la fois à Sciences Po, mais dans les autres facs, pour apporter leur soutien à ces élèves ?

12:39
Aurore Bergé

On est en train, en vérité, de tout mélanger. On peut évidemment être en soutien des Palestiniens. On peut évidemment trouver insupportables les images de ce qui se passe à Gaza, de ces femmes, de ces enfants, de ces hommes, qui évidemment, aujourd'hui, courent des risques, qui meurent, qui sont dans les hôpitaux, qui sont dans des situations humanitaires extrêmement difficiles. Et la France, elle est pleinement mobilisée, vous le savez bien, à la fois pour garantir un cessez-le-feu et la libération des otages, puisqu'il y a encore des otages français, accessoirement, qui sont dans les geôles du Hamas aujourd'hui. Mais on ne doit pas essentialiser des Français qui seraient juifs.

On ne peut pas, aujourd'hui, dire que parce que vous êtes juif ou parce que vous avez un nom de famille qui laisserait penser que vous êtes juif, vous êtes donc co-responsable de la situation à Gaza. On ne peut pas cibler des étudiants juifs. Des députés ont rencontré les étudiants juifs à Sciences Po. Ils sont sortis de cette rencontre traumatisés de ce qu'ils ont entendu, d'étudiants qui n'osent plus venir en cours, d'étudiants qui ont peur. Moi, j'entends les familles qui me disent que leurs enfants, parfois à l'université, dans des écoles, dans des prépas, ont peur, envisagent de ne même pas passer les examens. Donc on ne peut pas accepter d'essentialiser les gens.

On n'est pas, parce qu'on est juif, responsable de la situation à Gaza. On n'est pas, parce qu'on est juif, un soutien de Benjamin Netanyahou. Par contre, appeler à la destruction de l'État d'Israël, qui n'est pas du tout la même chose que refuser de soutenir la politique de Benjamin Netanyahou. Ça, ça s'appelle de l'antisionisme. Et on sait très bien que c'est une nouvelle forme de l'antisémitisme.

14:09
Présentateur

Aurore Berger, vous allez d'ailleurs présider, à partir de lundi, les assises contre l'antisémitisme. Est-ce que les chiffres, c'est-à-dire au-delà des témoignages que vous apportez d'étudiants qui se sentent intimidés, empêchés d'entrer dans les facs, est-ce que vous avez des chiffres là-dessus ? Est-ce que les chiffres de l'antisémitisme que vous allez combattre lundi continuent à évoluer ?

14:32
Aurore Bergé

Malheureusement, on a une recrudescence terrifiante de l'antisémitisme, et partout. C'est-à-dire, c'est dans tous les pans de la société, que ce soit évidemment, et malheureusement, sur les réseaux sociaux, que ce soit dans nos universités, que ce soit dans la rue, dans un certain nombre de manifestations, qui heureusement d'ailleurs, parfois, ont été interdites, justement, pour éviter cela. Ce n'est pas la même chose, encore une fois, de soutenir la cause palestinienne, de demander une solution à deux États, de garantir qu'un jour, évidemment, il y ait un État palestinien, et de l'autre côté, de tomber dans l'antisémitisme. Et il faut arriver quand même à faire cette différence.

15:05
Présentateur

Qu'allez-vous annoncer pendant ces assises ? Est-ce que c'est juste pour faire un état des lieux, ou est-ce qu'il y a des mesures pour les annoncer ?

15:09
Aurore Bergé

Déjà, c'est engager la société, parce qu'il faudrait qu'on se sente tous concernés. Tous concernés. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas soi-même juif, qu'on n'est pas concernés par un certain nombre de nos concitoyens, qui vivent aujourd'hui des intimidations, des humiliations, des violences, parfois, ou qui ont peur d'être dans notre pays, parce qu'ils sont juifs, ou parce qu'on suppose, encore une fois, qu'ils le sont, et qu'ils seraient donc les suppôts d'Israël. C'est ça qui est en train de se passer. Donc, je réunis l'ensemble des cultes, parce que je crois que c'est important aussi que ce message puisse être envoyé. Et tous les cultes ont répondu présents.

Sans aucune difficulté, et je tiens à les en remercier, l'ensemble des associations aussi de lutte contre la haine, et pas uniquement l'antisémitisme, des associations comme la LICRA, comme SOS Raciste, comme le MRAP, qui sont engagées sur toutes les formes de haine et de discrimination, y compris liées à l'origine, parce que c'est toute la société qui doit, à un moment, se réveiller, quand on voit, encore une fois, le volume, malheureusement,

15:58
Présentateur

des actes antisémites depuis le 7 octobre. Et je reprécise, effectivement, Aurore Berger, que vous êtes non seulement ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, contre les discriminations. Je voudrais qu'on parle aussi de la GPA, la gestation pour autrui. L'une de vos collègues, la ministre en charge des Familles, demande à ce qu'il y ait un courage de rouvrir ce débat. Est-ce que vous estimez qu'aujourd'hui, il faut poser la question de l'autorisation ou non de la JIPR ?

16:21
Aurore Bergé

Déjà, il y a une position qui est très claire, celle du président de la République. Le président de la République a dit très clairement que ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain, lui, président de la République, nous, dans ce gouvernement, et avec cette majorité, cette question ne serait ouverte. Et je crois que là-dessus aussi, on confond les choses. La question n'est pas est-ce que la GPA devrait être ouverte ici pour les couples hétérosexuels ou homosexuels ? Les couples hétérosexuels et homosexuels peuvent être de formidables parents. La question n'est pas de juger la parentalité en fonction de l'orientation sexuelle. Ça, c'est homophobe et c'est insupportable.

Le sujet, c'est la GPA. J'ai été enceinte. La GPA, à la fin, c'est un contrat. Qu'il soit rémunéré ou non, c'est un contrat. Qu'il y ait une femme qui va porter un enfant pour autrui à un couple, qu'il soit hétéro, homo, à une personne seule. Et tout ne se règle pas par contrat. Une grossesse ne s'anticipe pas par contrat. Je pense que toutes les femmes qui nous entendent ont toutes vécu des grossesses différentes. Parfois difficiles, parfois alitées, parfois merveilleusement faciles, parfois un postpartum, six mois, un an, deux ans après. Comment vous réglez ces cas-là ? Comment vous anticipez ces cas-là ? Comment vous mettez ça dans un contrat ?

Et à la fin, vous recréez une pression qui est une pression sur les femmes et les femmes, uniquement les femmes, dans le cadre de la GPA, puisque évidemment, c'est elles qui, à la fin, portent l'enfant et le mettent au monde. Donc moi, je suis farouchement opposée à la GPA, pas pour un enjeu d'orientation sexuelle, évidemment, mais parce que je veux protéger les femmes et que je veux les protéger d'une nouvelle pression que la société pourrait faire peser sur elles. Vous en avez parlé avec vos collègues ?

17:49
Présentateur

Je veux dire, vous en débattez. On entend Clément Beaune, qui était votre collègue encore récemment, qui, lui, est très largement favorable. Est-ce que vous en parlez avec eux ? Est-ce que vous en débattez ?

17:58
Aurore Bergé

Est-ce qu'on a des débats, comme je pense qu'ils existent dans toutes les familles politiques, j'allais même dire dans toutes les familles ? Et là-dessus, ce sont des sujets très parfois intimes et personnels. Mais au-delà du caractère personnel des positions, il y a une position claire qui est celle du président de la République et qui l'a réaffirmée très clairement dans le cadre de la dernière campagne présidentielle. La GPA ne sera pas ouverte par lui, président de la République, ni par ce gouvernement, ni par cette majorité.

18:22
Présentateur

Aurore Berger, je voudrais vous raconter l'histoire de Lily. Lily, elle avait 10 ans il y a 2 ans quand elle a alerté, élève en CM2. Elle avait glissé un mot dans la boîte aux lettres qui était déposée dans son école par une association qui s'appelle Les Papillons, qui est une association de lutte contre la maltraitance des enfants. Dans cette petite lettre qu'elle a glissée dans la boîte aux lettres, elle a raconté ce que lui faisait son grand-père, son grand-père qui sera jugé en septembre pour inceste. La maman de Lily lance un appel aujourd'hui.

Toutes les écoles, tous les lieux de sport devraient être équipés de ces boîtes aux lettres qui permettent aux enfants directement eux-mêmes d'alerter. Ça a sauvé ma fille, il ne faut pas l'oublier et s'il n'y avait pas eu cette boîte aux lettres, je ne sais pas où on en serait. Est-ce que vous demandez à généraliser ces boîtes aux lettres pour les enfants ?

19:04
Aurore Bergé

C'est une association qui est formidable parce qu'en fait c'est beaucoup plus simple pour un enfant de faire un dessin, d'écrire un petit mot anonyme qu'évidemment de pouvoir passer un coup de fil quand on a 8 ans, 10 ans, on ne sait pas forcément quel numéro appeler, si on va être entendu, si on n'a pas peur aussi d'appeler alors que déposer encore une fois un courrier, une lettre, un dessin aussi d'enfant, ça permet de dire des choses. Donc c'est une association formidable.

Je sais qu'ils sont en lien avec le ministère de l'Éducation nationale pour voir comment ça pourrait être fait parce qu'il faut garantir ensuite qui lit les lettres, évidemment, comment ensuite on peut judiciariser pour le garantir mais c'est une association formidable.

19:41
Présentateur

Merci Aurore Berger d'avoir répondu à mes questions ce matin. Je rappelle que vous êtes la ministre déléguée auprès du Premier ministre en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. 8h52.