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interviewLe Média — Podcasts· 8 novembre 2024 22 min

Va-t-il nous faire regretter Darmanin ? Retailleau raconte encore n’importe quoi !

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir Bénédicte.

0:01
Invité

Bonsoir, merci pour votre invitation.

0:04
Présentateur

Alors avant de vous écouter sur cette question de la manipulation médiatique et politique autour du trafic de drogue, je vous propose d'écouter comment Bruno Rotaillot, ministre de l'Intérieur, résume la situation à Poitiers.

0:16
Bruno Retailleau

Bien sûr, cet événement a commencé à 22h45 hier soir, j'en ai été informé cette nuit. Il y a pour le moment cinq blessés, dont plusieurs blessés sont des blessés graves, et même très graves. Ça a commencé par une fusillade sur un restaurant, et ça s'est achevé par une risque entre bandes rivales qui a engagé plusieurs centaines de personnes. On me parle, le préfet fait un compte-rendu, et en citant entre 400 et 600 personnes. On est arrivé...

0:45
Auditeur

400 et 600 personnes impliquées dans une risque ?

0:48
Bruno Retailleau

Voilà, dans une risque.

0:50
Auditeur

Avec des armes ?

0:52
Bruno Retailleau

Avec toutes sortes d'armes, bien sûr. Il ne faut pas découvrir le problème. On ne le découvre pas. Moi, je pense qu'on est à un point de bascule. Je me souviens, moi, il y a près de deux ans, lorsque j'étais au Sénat, j'avais utilisé mon droit de tirage sur une commission d'enquête.

1:04
Auditeur

Mais pardon, est-ce qu'on sait précisément si c'est lié, là aussi, au trafic de drogue ?

1:08
Bruno Retailleau

C'est lié, je le dis, je vous le dis ce matin. Je vous le confirme. Bien sûr, c'est lié au trafic de drogue.

1:13
Présentateur

Alors, Bénédicte, quelle est votre réaction après cette manipulation des chiffres autour de la RICS à Poitiers ? On a envie de penser qu'il y a eu quelque chose de grave. Pourquoi aller aussi loin, finalement, dans l'exagération ?

1:30
Invité

Bon, déjà, ça fait partie de l'éternelle propagande quand on parle de guerre à la drogue. Bon, c'est typiquement un mensonge parce qu'il dit qu'il a été informé. Il n'a pas été informé par des bruits qui courent. Il a été informé par un service de presse, par le parquet, par le procureur. Et comme vous le disiez, il est très clair, le procureur. En fait, il y a eu... Après le flingage, il y a eu un attroupement d'une soixantaine de personnes. C'était assez agité parce qu'il pensait avoir reconnu le tireur dans la foule. Mais il n'y a pas eu de risque. Il n'y a pas eu de dégâts. Mais il joue sur quelque chose.

Vous qui passez votre temps, en fait, à essayer de rectifier le tir sur l'info que vous commentez, il joue sur quelque chose qui est élémentaire. Il y a une information qui est fausse. Après, il y a des démentis. Mais les démentis ont toujours plus de mal à s'imprimer que l'information initiale. Donc il restera toujours dans l'opinion ou en surimpression ce truc d'une rixe avec des centaines de personnes.

2:42
Présentateur

Donc quelque part, il profitera tout de même de cette fake news.

2:49
Invité

Ça, voilà. Mais c'est la base des campagnes qu'on appelle, entre guillemets, guerre à la drogue. C'est basé sur beaucoup de choses mensongères, que ce soit des catastrophes sanitaires qui n'existent pas, que ce soit des implications qui n'existent pas. Et en fait, on piétine parce que ce n'est pas en racontant n'importe quoi et en mobilisant l'opinion sur n'importe quoi qu'on arrivera à avancer et qu'on arrivera à faire en sorte que les gens aient un avis. Pas forcément le même avis que nous, on peut avoir, mais un avis au moins raisonnable, réfléchi sur les choses.

3:31
Présentateur

Alors là, il a grossi les chiffres sur cette affaire en particulier. Est-ce que le ministre de l'Intérieur ou ses prédécesseurs ont l'habitude de grossir les chiffres de la délinquance en général ?

3:44
Invité

Ils ne peuvent pas les grossir, les chiffres, parce qu'ils sont accessibles, d'une façon ou d'une autre. Il y a un service du ministère de l'Intérieur, les chiffres sont publics, mais soit quand les chiffres de soleurs ne sont pas favorables, ils n'en parlent pas, ou il y a une pirouette de langagière, une pirouette intellectuelle pour les présenter d'une façon favorable à leur message, comme par exemple le nombre d'interpellations qu'il peut y avoir pour la consommation de drogue ou pour les trafics.

Alors la dernière fois, on parlait des chiffres de la délinquance 2023, mais entre-temps, il y a d'autres chiffres qui sont tombés du ministère de l'Intérieur, les chiffres à mi-année, c'est-à-dire de juillet 2023 à juillet 2024, quelque chose comme ça, mi-année. Et ce qui est intéressant, c'est que cette période, elle englobe toutes les opérations Placnet XXL qu'il y a eu. Ces chiffres enregistrent, ces chiffres montrent encore une baisse des interpellations pour trafic. La démonstration de l'inutilité de ces opérations, elle est lumineuse.

Les opérations, elles servent, par définition, elles servent à l'instant T où elles se produisent, parce que quand il y a des effectifs de police, quelque part, évidemment qu'il ne va rien se passer. Mais voilà, ce ne sont pas les témoignages qui ont manqué, comme quoi aussitôt parti, le trafic reprenait. Et s'il ne reprend pas un endroit, il reprend 20 mètres plus loin.

5:21
Présentateur

On baisse des interpellations pour trafic, mais si je me souviens bien, hausse des interpellations pour consommation.

5:27
Invité

– Alors là, sur la délinquance 2023, il y avait une hausse des interpellations pour la consommation de drogue. Et sur les chiffres à mi-année, il y a une petite baisse de 1%. – Après la hausse.

5:43
Présentateur

– Et il y a une baisse plus importante pour le trafic. – En gros, la politique du chiffre, elle ne marche pas tant que cela. Alors, invité ce matin sur France Bleu, Léonore Monconduit, la maire de Poichet, a demandé à Bruno Retailleau de rétablir la vérité.

6:00
Invité

– À mon sens, le ministre a commis une faute. Et lorsqu'on porte la parole publique et a fortiori la parole d'un gouvernement, on doit être extrêmement prudent quant aux informations sur lesquelles on s'appuie. – D'autant plus qu'encore une fois, l'événement était suffisamment tragique en soi. Une fusillade avec la mort, enfin, un essai grave, et puis ensuite la mort d'un jeune était suffisante. Il n'y avait pas besoin d'en rajouter avec des rixes, des bandes, etc. Et ça ne correspondait en rien à la réalité du quartier, à la réalité de notre ville. Et donc, voilà, oui, j'aimerais. Je souhaite que le ministre infirme, enfin, rectifie les propos qu'il a tenus au matin de la fusillade.

S'excuser, ce n'est pas forcément le bon terme, mais qui rétablisse la vérité. Qui rétablisse la vérité, et nous le devons notamment à la famille des jeunes, à propos duquel les amalgames inacceptables ont été faits, et qui contribuent, de fait, à nourrir les amalgames entre la jeunesse des quartiers dans leur ensemble et les trafiquants dans leur ensemble. C'est inacceptable.

6:49
Présentateur

– Une réaction, Bénédicte, à ces propos de la mère de Poitiers ?

6:52
Invité

– En fait, oui, elle dit ce qu'on… Elle aimerait bien aussi qu'on rectifie, que le ministère de l'Intérieur rectifie le tir, mais il ne le fera pas. C'est évident qu'il ne le fera pas. Mais en même temps qu'elle parlait, je me disais, dans tous les mots et les chiffres que le ministère de l'Intérieur enfle, je ne sais pas si vous aviez l'intention d'en parler, mais on parle de mexicanisation.

7:17
Présentateur

– Oui, on va en parler. – D'accord. Alors je vous laisse commencer. – Mais disons qu'en fait, là, on voit une mère qui finalement subit un préjudice suite à ses déclarations. Un mère qui aggrave les problèmes d'insécurité qui existent dans sa ville. elle ne les nie pas. Mais en les aggravant, il met la mairie, l'image de la ville, en fait, il la met à mal. Et ça, c'est souvent que les ministres d'Intérieur, les grands policiers et même des politiques détruisent la réputation de certaines villes par désir de faire des défaits.

7:49
Invité

– Ils s'en fichent. Ils s'en fichent parce qu'eux, ils sont dans une stratégie politique. Elle, elle est dans une autre stratégie qui est de tenir sa ville. Je ne sais pas comment ça se passe. Ils doivent avoir... Ils ont peut-être des opérations particulières. Ils ont peut-être une police municipale qui fait un certain travail. C'est justement tout ce dont elle ne pourra pas parler parce qu'elle est plus occupée à essayer de rétablir ce qui s'est réellement passé. Mais ce n'est pas la première fois, et Darmanin le faisait aussi, d'avoir des déclarations très assertives, très péremptoires sur des choses où aucun communiqué du parquet est encore sorti, où l'enquête n'a pas démarré.

Mais ils ont déjà des conclusions décidées d'avance parce que ça nourrit leur stratégie politique.

8:34
Présentateur

– Et justement, est-ce que cette fake news de Bruno Retailleau est de nature à renforcer la fracture entre la population et la police ? Parce que là, en fait, la fake news, elle est manifeste. Déjà que sans fake news, il y a des difficultés sur le terrain.

8:49
Invité

– Vous savez, je crois que les policiers sur place, ça doit être les premiers à avoir assez de coller au plafond en se disant qu'est-ce que c'est que ces histoires, quoi. Donc ça ne va pas changer ni en bien ni en mal, mais ça met surtout l'accent sur la stratégie du ministère de l'Intérieur. Qu'est-ce qu'il cherche pour aller jusqu'à ce genre de mensonge ? C'est un mensonge.

9:16
Présentateur

– Alors justement, en parlant de ce qu'il cherche, comment est-ce que vous jugez son action à ce niveau depuis qu'il a été nommé à Beauvau ? Et surtout, quelles sont les différences avec son prédécesseur ? On en parlera dans le plateau politique d'après. Mais vous, en tant que professionnel, on aimerait avoir le regard que vous portez, le regard critique que vous portez sur l'action de Bruno Retailleau, en tout cas au-delà de l'action, sur la manière de communiquer de Bruno Retailleau.

9:41
Invité

– Voilà, la manière de communiquer, parce que pour le moment, ils communiquent beaucoup, mais l'action, il n'est pas encore passé à l'action. Je dirais que ça ressemble, pour le moment, on est tous un peu en attente. Ça ressemble à du Darmanin XXL, parce qu'il prend les mêmes cibles, attaquer le trafic, essayer de réduire le trafic en s'attaquant aux consommateurs, ce qui n'a absolument marché nulle part et jamais. Et moi, je suis un petit peu inquiète, si vous voulez, parce qu'en 2023, il y a beaucoup de parlementaires républicains qui ont fait des propositions de loi. L'amende forfaitaire applicable à partir de 16 ans, parce que là, c'est pour les majeurs.

L'amende forfaitaire qui ne serait plus applicable en récidive, alors que là, c'est le cas. Et surtout, l'amende forfaitaire dont le montant augmenterait. Et moi, je pense qu'il va se servir dans des propositions qui ont déjà été faites par son camp pour renforcer la répression des consommateurs. Ce qui va lui servir, à lui, comme ça a servi à Darmanin, ça, ça produit toujours du chiffre. Le nombre d'amendes, c'est du chiffre. On l'a vu tout le temps de Darmanin.

10:59
Présentateur

Et des possibilités de faire de l'affichage.

11:00
Invité

Pardon ?

11:01
Présentateur

Et des possibilités de faire de l'affichage politique.

11:03
Invité

Voilà. Ça permet de présenter des bilans. Voilà. Hausse de 50% des amendes forfaitaires à Marseille, là ou là, au niveau national. Mais ça n'a jamais eu d'effet ni sur les taux de consommation, ni sur le trafic. Donc on peut toujours mettre ces chiffres en avant. Non. Ça ne traduit que l'activité policière sur ce qu'on leur demande de faire. Et ça, on leur demande d'en faire. Des amendes forfaitaires délictuelles. Mais ça ne traduit rien d'autre que l'intensité de l'activité policière.

11:38
Présentateur

Alors Bruno Retailleau est allé jusqu'à parler de mexicanisation du pays en raison du trafic de drogue et de l'émergence des bandes. On l'écoute. Aujourd'hui, les narco-racailles n'ont plus de limites.

11:50
Auditeur

Ça veut dire quoi, narco-racailles ? C'est un terme que vous avez utilisé samedi dernier ?

11:54
Bruno Retailleau

Je peux vous dire que les Français me comprennent. Moi, je parle directement aux Français. Les narco-racailles, ce sont des individus, des trafiquants qui utilisent les moyens les plus féroces, les plus violents pour régler des comptes, pour satisfaire leur envie, leur appât du gain. Simplement, ce que je veux dire, c'est que ça ne se passe pas. Cet enfant, ses risques hier soir, ses cinq blessés, ses fusillades, ça ne se passe pas en Amérique du Sud. Ça se passe à Rennes. Ça se passe à Poitiers. Dans cette France de l'Ouest que je connais bien parce que j'en viens, qui était réputée jadis pour sa tranquillité. On est, oui, à un point de bascule.

Et je pense que le choix que nous avons aujourd'hui, c'est un choix entre une mobilisation générale ou alors la mexicanisation du pays.

12:39
Présentateur

Narco-racailles, mexicanisation du pays. Le sénateur L.R. Etienne Blanc parle quant à lui de narco-État. Est-ce que ces termes vous semblent représentatifs de la réalité en France ? Est-ce qu'on est en train de basculer ?

12:52
Invité

C'est les mots avant, jusqu'à pas longtemps même. On ne parlait pas de narcotrafic, de trafic de drogue. On ne parlait pas de narcomicide. C'est tout un petit lexique qui est inventé pour bien situer ce qu'on va appeler la problématique de la sécurité. Mais ça s'arrête là, quoi. C'est que des mots. C'est que des mots. Et la mexicanisation, là aussi, il faut quand même garder une certaine mesure parce que le Mexique, depuis le début de sa guerre à la drogue, c'est 450 000 assassinats, 110 000 disparitions. Dans les assassinats, il y a aussi des journalistes et des policiers. L'année dernière, sur six mois, ils avaient plusieurs élections dans le pays.

Il y a eu 37 candidats aux élections assassinées.

13:48
Présentateur

Des élections diverses.

13:49
Invité

Élections diverses. Voilà. Donc c'est sûr que ce à quoi on assiste en France, ce n'est pas du tout plaisant. Et c'est sûr que ça évolue dans le mauvais sens sur le trafic. Mais voilà, on ne va pas tout de suite faire une comparaison avec le Mexique non plus. Et là, je voudrais bien ajouter une petite chose dont on ne parle pas souvent. C'est la dépénalisation qu'on donne souvent comme exemple le Portugal où il y a des très bons résultats. Moi, je voudrais donner comme exemple le Mexique, le Pérou, la Colombie qui ont tous les trois dépénalisé l'usage de drogue. Alors toujours avec une alternative sanitaire, parce que ça fait évidemment partie des objectifs de la dépénalisation.

Mais surtout, partant du principe que la répression des consommateurs de drogue n'a aucun effet ni sur le trafic, ni sur la consommation. Mais par contre, il y a besoin d'effectifs de police pour s'occuper du trafic. Et là, on ne peut pas dire qu'au Mexique, au Pérou, au Colombie, il n'y ait pas un problème de trafic. La Colombie et le Pérou sont le premier et deuxième producteur de cocaïne du monde. Mais eux, ça fait longtemps qu'ils ont dépénalisé. La solution, elle passe par là. Je veux dire, on ne va pas... Bon, déjà, on est déjà embêté avec la réforme de la police judiciaire qui n'arrange pas du tout tous les processus d'enquête, de transmission et tout.

Mais moi, si je me contente de voir sur le terrain qu'est-ce qu'on peut faire, eh bien c'est de remettre la police et la gendarmerie dans leur cœur de métier, qui est de lutter contre la criminalité. Et là, ce discours perpétuel qu'il a repris de Darmanin en disant on va décourager la consommation, mais même au point de vue chiffre, ça ne marche pas. Il y a 5 millions de consommateurs. Combien de ces 5 millions de consommateurs de cannabis, sans parler des autres drogues, n'auront jamais d'amende de leur vie ? Vous voyez, il n'y a rien qui tient la route, en fait.

15:53
Présentateur

Justement, est-ce que cette sémantique empruntée à l'extrême droite, en réalité, n'est pas une façon de détourner les regards des vrais problèmes, notamment le manque de moyens concernant les forces de l'ordre ? On a parlé de la réforme de la police judiciaire qui est entrée en vigueur le 1er janvier dernier et qui a entraîné une réduction du nombre d'enquêteurs de la sécurité publique des policiers dans la Marne ou dans les Ardennes, parle d'un manque d'enquêteurs. Ludovic Chapoutier, secrétaire départemental du syndicat Unité dans les Ardennes, dit que le département souffre d'un manque de policiers pour agir efficacement. Que pensez-vous de cette situation ?

Est-ce que Michel Barnier et Bruno Retailleau ne surfent pas sur ces actualités pour ne pas agir et résoudre les problèmes ?

16:34
Invité

Bien sûr que oui. Il faut bien qu'ils trouvent le moyen de mettre la lumière sur quelque chose sur laquelle ils se disent capables d'agir. Et c'est très facile de dire qu'on va s'attaquer aux consommateurs de drogue. Ils ne s'attaquent même pas à la consommation de drogue parce qu'il n'y a aucune campagne de prévention digne de ce nom, de réduction des risques, de quelque chose d'un peu dépassionné, un peu froid, où on n'agisse pas ni la peur du gendarme, ni la peur de l'overdose, mais quelque chose de raisonnable, accessible au public, accessible aux jeunes, aux ados, aux jeunes adultes. Donc ce n'est même pas la consommation de drogue qu'ils veulent réduire.

Ils veulent s'attaquer aux consommateurs de drogue. Mais on a bien vu de toute façon que les consommateurs s'adaptent au trafic et vice-versa, que s'il s'avère qu'ils décident de mobiliser 100% de la police pour attraper tous les consommateurs de drogue, les consommateurs de drogue iront plus se faire livrer, iront plus sur le darknet, et on n'aura toujours pas résolu le problème de la consommation de drogue. Si tant est qu'il faut la résoudre dans ces termes, à mon avis, il faut plutôt parler de réduire les risques de santé quand ils existent.

17:50
Présentateur

Alors, en fait, en plus, on a un ministre, en gros, un ministre de l'Intérieur, qui dit que la France, c'est le Mexique, en tout cas, peut-être pas aujourd'hui, mais demain ou après-demain, mais qui détruit des postes dans la police. Alors, il est difficile de saisir la logique du ministre Retailleau. Même si on admet ces présupposés, en fait, en les confrontant à son action, il y a un problème. – Qui détruisent quoi dans la police, vous disiez ? – Des emplois, en fait. C'est-à-dire, il dit la France et le Mexique, urgence absolue, mais en réalité, il y a moins de postes dans la police judiciaire, par exemple.

18:23
Invité

– Oui, non, mais personne ne peut le suivre. Il dit n'importe quoi. Je ne sais même pas comment commenter ça. Alors, de toute façon, c'est toujours pareil. Quand il y a un problème dans une ville ou qu'il y a un problème défectif de police, – Ah, du renfort, du renfort. – Bon. – Là aussi, il faut un peu décrypter. Le renfort, il ne s'invente pas comme ça. C'est des gens qui sortent d'école. Ou alors, c'est des gens qu'on déplace, qu'on prend dans un service pour les mettre dans l'autre. Dans la police, on dit ça, déshabiller Paul pour habiller Jacques. Mais on ne règle toujours pas le problème. Là, je ne sais plus de quelle ville il parlait.

Il y aurait un renfort défectif avec une sortie d'école. Vous vous rendez compte ? Des gardiens de la paix stagiaires, ce n'est pas du boulot non plus. Je veux dire, des stagiaires, il faut les mélanger avec des gens titulaires, des gens qui ont plus d'ancienneté. C'est aussi comme ça qu'on apprend le boulot. On ne peut pas dire « Ah, on va faire un renfort avec une sortie d'école ».

19:21
Présentateur

– Alors, les chiffres d'interpellations liées à la drogue en 2023, 44 000 personnes ont été interpellées pour trafic, 179 000 pour consommation, 2 000 pour d'autres infractions. On parle de 2023, pas des chiffres à mi-année. Est-ce que, selon vous, on a plus la volonté, en tout cas le gouvernement, donc Darmanin puis Rotaillot, a plus la volonté de sanctionner les petits dealers et les consommateurs plutôt que de démanteler les gros réseaux d'approvisionnement, donc de monter dans la chaîne de valeur plutôt que de taper en bas ?

19:52
Invité

– Oui, d'abord, les gros réseaux, il y a toujours des services qui s'occupent d'eux. Eux, ils n'attendent pas la communication d'un ministre de l'Intérieur pour faire leur travail. En permanence, il y a des gens qui travaillent sur les têtes de réseau. C'est des enquêtes qui sont longues dans le temps. On ne peut pas servir des beaux résultats comme ça, tous les deux mois avec des infographies sur Twitter. Le ministre de l'Intérieur ne peut pas faire ça. Donc effectivement, il va cibler la petite délinquance, la consommation et l'usage-revente, qui est l'infraction intermédiaire. Et d'ailleurs, au Pérou, il trie les infractions comme ça, par quantité, une petite quantité.

Alors bon, à chaque fois, c'est une tranche différente selon le produit. Ça va être détention pour usage personnel. Ce n'est pas répréhensible. Ensuite, il y a ce qu'ils appellent le micro-commerce. Je ne sais plus comment ils le disent en espagnol. Et ensuite, le trafic aggravé. C'est toujours par quantité. Darmanin, lui... Darmanin, pardon, l'absus. Retailleux s'occupe de, essentiellement, les consommateurs et tout ce qu'on peut attraper, en fait, dans l'espace public. Et l'espace public, c'est les petits dealers qui sont... Mais ils sont complètement remplaçables. On peut attraper un petit dealer. Il n'est même pas encore arrivé en garde à vue. Il est déjà remplacé. C'est des gens...

Ils n'ont pas de nom. Je veux dire, les gens qui les commandent, ils s'en foutent complètement. Ils les remplacent par un autre. Et ça, c'est des résultats qu'ils pourraient exploiter. Mais si on réfléchit un petit peu, ce n'est pas ce que la sécurité publique attend. Donc si déjà, ce serait... Ça ne va pas tout résoudre, évidemment. Mais si déjà, la police ne pouvait plus s'occuper de la consommation et s'occuper du trafic, que ce soit gros trafic ou micro trafic, ce serait déjà bien. Et si, en deuxième instance, on va dire, il pourrait légaliser le cannabis. Selon lui, le petit joint récréatif a le goût du sang et des larmes. Nous, on lui propose qu'il donne le goût de la TVA au cannabis.

Il le légalise.

22:12
Présentateur

Merci beaucoup, Bénédicte Desforges, porte-parole du collectif Police contre la Prohibition. Sous-titrage Société Radio-Canada