Non-censure : le gouvernement moins fragile ? Yaël Braun-Pivet répond - C à Vous
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Ce show, il vous inspire quoi, Yael Grone-Pivet ? Quels adjectifs pour le définir ?
Déjà, ce que je trouve très inquiétant et très triste, c'est ces espèces de coups de balancier. Tout ce qu'a fait le prédécesseur doit être annihilé, gommé. Ça, c'est de la revanche, quoi. On sent effectivement un esprit de revanche. On voit bien les termes qu'il utilise sur l'élection de Biden, comme quoi elle était illégitime, truquée, etc. Donc, il y a une outrance dans le vocabulaire aussi, qui est extrêmement frappante, parce que lorsqu'on exerce des responsabilités de ce niveau, pour moi, on doit avoir un vocabulaire plus mesuré, avoir essayé de... Mais c'est tout sauf un homme apaisé. C'est tout sauf un homme apaisé. Ce qu'il vient de faire est tout sauf apaisé.
Vous avez parlé de l'accord de Paris. C'est aussi la sortie de l'OMS qui a été actée par Trump dans ce même mouvement. Donc, c'est inquiétant, parce qu'il remet en cause tout ce qui fait l'ordre mondial tel que nous essayons de le construire patiemment, difficilement. Et c'est ça aussi qui est très grave. On a besoin des États-Unis comme partenaires. On a besoin des États-Unis sur la scène internationale, mais qui pensent le monde. Et là, on a des États-Unis qui se replient sur leur seul intérêt propre, tel qu'en plus, ils l'imaginent, qui n'est pas forcément l'intérêt des Américains.
C'est les intérêts d'une partie des Américains, avec la vision d'un monde de Trump qui n'est absolument pas la nôtre, et qui fait fi, je trouve, de la responsabilité qu'ont les États-Unis dans la marche du monde aujourd'hui. Et nous avons, et on le sait, des enjeux qui nous dépassent. Quand on parle de la santé, la lutte contre le Covid, on a besoin que tout le monde aille dans la même direction. La lutte pour le climat, pour le dérèglement climatique. Et moi, je l'entendais aussi parler de reprendre des forages en Alaska. Il y a aussi ces volontés hégémoniques sur le Canada, sur le Groenland, sur le canal de Panama.
Enfin, c'est vraiment extrêmement préoccupant, donc il va falloir être très vigilants.
Si nous ne faisons rien, nous allons être dominés, écrasés, marginalisés. C'est François Bayrou qui lançait cette alerte en dramatisant l'enjeu, le moment. On réagit comment ?
Moi, je crois que face à ces menaces, déjà, il faut réagir en européen. Il ne faut pas oublier que, si l'on regarde l'Europe, c'est un marché intérieur qui est plus important que le marché américain. C'est des richesses, c'est une histoire, c'est une construction qui peut nous permettre de faire face.
Avec des dirigeants européens, dont certains, Georgia Meloni, étaient présentes à l'investiture de Donald Trump.
Alors là, on a aussi une espèce d'international de l'extrême droite qui se met en place et qui doit aussi, évidemment, nous préoccuper sur le plan des droits et libertés fondamentaux et sur le plan de la démocratie et des principes démocratiques. Mais je pense quand même qu'il faut que nous répondions en européen sans aucune naïveté mais en étant extrêmement vigilants, fermes sur les principes et puis sur les actes. Il ne faut pas se laisser enfumer et il ne faut pas se laisser impressionner.
Sauf qu'au côté de Donald Trump, il y a l'un des hommes les plus puissants et les plus riches du monde, c'est Elon Musk, qui, hier soir, quelques heures après l'intervention de l'investiture du président, il a dû aussi participer à un meeting où étaient rassemblés des milliers de ses partisans. Et pendant son discours, il y a eu un geste, un geste qui a pu choquer le monde entier et qui est commenté aujourd'hui, geste répété deux fois. C'est un geste qui a été analysé par des experts pour dire que c'était un geste nazi, mais lui répond que ceux qui y voient dans ce geste salut nazi devraient trouver de meilleurs coups tordus. Mais c'est sans aucune ambiguïté, non?
Alors, je ne sais pas ce qu'il a voulu faire. Moi, j'ai été frappée, j'ai regardé l'extrait, j'ai été frappée par son agitation, déjà. Je trouve qu'il est très volubile dans ses gestes, dans ses propos, et cela m'a un peu inquiétée. Au-delà de ce geste dont j'ai entendu les différentes interprétations, moi, je m'attache surtout aux faits et à ce qu'il dit. Mais vous ne voyez pas en salut nazi ? Non, mais en ce moment, il soutient l'AFD. Et l'AFD, pour le coup, est un parti résolument nazi qui, en ce moment, en Allemagne, reprend du poil de la bête, comme on pourrait dire. Donc, on a clairement une dérive d'Elon Musk et de Trump et de son entourage qui doit nous préoccuper.
Et l'intervention d'Elon Musk dans le débat public et les propos qu'il tient aux États-Unis, ce qu'il souhaite faire et la façon dont il s'invite dans les débats européens, dans nos démocraties, dans les processus de vote, quand on voit tous nos processus électoraux qui sont soumis aussi à des pressions extérieures, à des ingérences. On voit ce qui s'est passé en Géorgie, en Moldavie, en Roumanie et tout ça. Je pense que le fait qu'un tel individu possède un tel réseau social est extrêmement préoccupant.
On peut ajouter qu'on parlait, il y a un instant, des graciers du 6 janvier. Parmi les 1500 condamnés du Capitole, certains arboraient des croix gammées lors de l'insurrection au Capitole. Après le monde d'hier, c'est au tour du quotidien Libération d'annoncer aujourd'hui qu'il quitte X, le réseau d'Elon Musk. L'Ebay y comptait 3,5 millions d'abonnés. Il rejoint plusieurs autres médias. Dernier en date annoncé il y a quelques minutes l'hebdomadaire Challenge. Médias français comme étrangers qui ont déjà dit au revoir à X, tout comme certains politiques et institutions. Yaël Braun-Pivet, vous y êtes encore et vous avez l'intention d'y rester ou vous posez des questions ?
Alors je me pose évidemment des questions. Je suis une femme politique. Je sais à quel point nos paroles comptent et à quel point nous avons aussi besoin des réseaux sociaux. Donc je me pose des questions. J'ai décidé aujourd'hui de ne pas quitter X. Je pense qu'il ne faut pas abandonner le terrain. Je considère qu'il faut au contraire lutter partout, pied à pied et qu'il ne faut pas nécessairement aller sur des réseaux où on est entre nous. Au contraire, il faut mener le combat, il faut mener la bataille des idées partout et donc moi je continuerai à le faire. Mais évidemment que ça interroge et je comprends que certains y font d'autres choix.
Mais en tout cas ce n'est pas le mien aujourd'hui.
Vous le comprenez ce choix mais vous le déplorez. Quand des grands médias d'information qui sont des médias de référence quittent un peu le terrain, ça c'est inquiétant.
Mais c'est dommage parce qu'en fait on le sait tous sur les réseaux sociaux. On s'enferme dans des bulles algorithmiques et on est abreuvé par des informations qui correspondent à ce que l'on pense peu ou prou et qui se réduisent petit à petit. Et si effectivement sur les réseaux sociaux, les émetteurs d'informations vérifiés, fiables, les désertes, on va renforcer ce phénomène de bulles algorithmiques et d'enfermement. Je pense que ce n'est pas une bonne réponse. Donc on a une vraie problématique. Et je pense que là il y a une question aussi de souveraineté européenne.
Nous devons impérativement développer des réseaux sociaux qui soient nativement européens sur lesquels nous pourrons avoir de la modération telle que nous la souhaitons. Nous pourrons lutter contre les discours de haine qui se propagent sur ces réseaux. Et nous pourrons lutter aussi contre le fait que les algorithmes ne soient pas transparents pour justement permettre qu'il y ait en fait des règles du jeu connues de tous et qu'ils soient de bonnes règles du jeu. C'est ce combat-là qu'il faut mener. Je ne crois pas qu'il faille aujourd'hui en tout cas déserter ce terrain-là.
On s'inquiète de la situation politique américaine et du retour de Trump à la Maison-Blanche. Et en France, est-ce qu'on peut se rassurer de voir que la motion de censure contre François Bayrou a été rejetée notamment parce que le Parti Socialiste ne s'y est pas associé ? Est-ce que ça veut dire que ce gouvernement peut espérer un peu de stabilité ? Ou est-ce qu'il est encore très fragile ?
Alors c'est nécessairement très fragile parce qu'il faut être lucide. Nous sommes dans une assemblée nationale qui ne dispose pas du tout de majorité. Donc il faut à chaque instant, à chaque minute, rechercher des majorités. Donc rechercher des compromis, dialoguer. Et donc j'ai envie de vous dire, ce sera fragile jusqu'en 2027 tant qu'il n'y a pas de majorité absolue. Moi je pense que c'est une chance historique que nous avons la capacité de changer de mode de fonctionnement, de bâtir des coalitions, de bâtir des compromis, de davantage dialoguer. C'est ce que fait le Premier ministre, c'est ce que fait le gouvernement.
Moi je suis plutôt très satisfaite de voir qu'une majorité des parlementaires dans l'hémicycle est rentrée dans cette démarche de dialogue et de construction. C'est ce qu'a fait notamment le Parti Socialiste. Mais pas seulement. Les écologistes, les communistes se sont rendus aux discussions menées par le pôle de Bercy pour construire un nouveau budget. Donc ils agissent tous en responsabilité. Moi je suis confiante, je suis optimiste. Je pense qu'il y a un chemin dans cette Assemblée que je préside. Il y a un chemin possible dans l'intérêt des Français. Et puis vous savez, on est au mois de janvier. C'est une lapalissade, on n'est plus en décembre. Le gouvernement Barnier est tombé.
Il y a eu, nous avons abordé cette année 2025 sans budget. Et moi je suis convaincue qu'une majorité à l'Assemblée nationale est responsable et sait que nous ne pouvons pas priver les Français durablement d'un budget.
D'ailleurs les propositions pour faire des économies et trouver de l'argent se multiplient. La ministre du Travail propose de taxer les retraités au-dessus de 2000-2500 euros de pension. Sa ministre de tutelle, Catherine Vautrin, relance le débat des 7 heures de travail supplémentaires dans l'année non rémunérée. Est-ce que toutes ces idées doivent être débattues ? Est-ce qu'il ne faut avoir aucun tabou ?
Je pense qu'effectivement il ne faut pas avoir de tabou. Après il faut avoir des convictions, suivre une ligne qui soit assez claire pour qu'elle puisse être compréhensible et pour qu'on puisse la tenir aussi. Et c'est ça faire de la politique. Donc il faut rechercher des économies, évidemment. Donc moi je pense que pour ces économies, pour cette recherche, il ne faut pas avoir de tabou. On voit bien que sur la taxation des retraités par exemple, il y avait d'autres propositions aussi qui étaient sur la table, notamment celle de supprimer l'abattement de 10% pour frais professionnels dont bénéficient les retraités. Ça m'apparaît être aussi une piste intéressante à suivre.
Mais en tout cas discutons-en, débattons-en et regardons ce qui est le plus adéquat, sachant qu'il faut faire très attention au pouvoir d'achat de nos plus modestes retraités. Et donc c'est pour ça que moi je serais plutôt favorable à la suppression des 10% qui permettent d'être très respectueux et d'équilibrer l'effort entre les uns et les autres.
On connaît votre engagement en faveur d'une législation sur la fin de vie et pour une aide active à mourir, ce qui avait été retenu par la Convention citoyenne sur le sujet. On se souvient que la discussion de la loi avait été interrompue une semaine avant terme par la dissolution. On a appris aujourd'hui que François Bayrou souhaite scinder le projet de loi ou la proposition de loi qui reprendrait les débats du printemps dernier en deux textes, l'un portant sur les soins palliatifs, l'autre sur l'aide à mourir. Est-ce que ce n'est pas une façon de porter un coup de grâce à un texte auquel le Premier ministre n'est pas favorable ?
Je le crains. Je le crains. Moi je suis opposée à cette scission. Ce d'autant plus qu'il y a beaucoup de choses sur les soins palliatifs qui ne nécessitent pas de passer par une loi. On peut faire beaucoup par décret. Il s'agit d'un engagement de l'État en augmentant les moyens pour former les soins palliatifs, pour pourvoir l'ensemble des départements en soins palliatifs, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Nous n'avons pas besoin de loi pour avoir des soins palliatifs dans tous les départements de France par exemple. Donc moi je crois que pour développer les soins palliatifs, nous n'avons pas besoin d'attendre de légiférer en la matière. Il faut nous y attaquer dès aujourd'hui.
Et c'est ce qu'avaient fait les précédents gouvernements. S'agissant de l'aide active à mourir, moi je considère qu'il faut absolument légiférer, quitte à ce que le Parlement rejette l'idée de cette création d'une aide active à mourir. Les 577 parlementaires seront évidemment libres de leur vote. Moi je suis convaincue... Mais vous connaissez l'Assemblée, vous pensez qu'il y a une majorité aujourd'hui ? Moi je pense qu'il y a une majorité pour. Mais c'est une conviction personnelle.
Je rappelle qu'il y a 235 députés qui ont signé la proposition Falorni.
Exactement.
Ce qui n'est pas loin de la majorité absolue.
C'est presque une majorité absolue. Moi je suis convaincue qu'il y a un chemin. Moi je sais, quand on regarde les différentes études d'opinion, que les Français sont très largement favorables. Lorsqu'on regarde les travaux de la Convention citoyenne qui a travaillé pendant des mois sur ce sujet, elle a conclu au fait qu'il fallait ouvrir une aide active à mourir. Moi je suis convaincue qu'il faut avancer dans cette direction et qu'il faut laisser le Parlement délibérer. Donc moi je pense qu'il est temps que nous en saisissions. Vous l'avez rappelé, nous aurions dû voter ce texte le 18 juin 2024. Nous sommes en janvier 2025. Nous n'avons toujours pas repris les débats sur ce sujet.
Et ce sont des débats qu'il faut mener tranquillement, sereinement. Et donc si nous voulons terminer l'examen de ce texte avant la fin du quinquennat, c'est aujourd'hui qu'il faut commencer. Et donc moi je crois et j'attends que le gouvernement et que le Premier ministre réinscrivent ce texte dans son ensemble à l'Assemblée nationale.
Il y a quelques jours, vous avez révélé avoir été diagnostiquée d'un cancer du sein il y a trois ans à l'occasion d'un examen de routine auquel les femmes se soumettent régulièrement quand elles sont alertées sur cette question. Aujourd'hui vous êtes guérie, mais pourquoi avoir choisi de le dire maintenant ?
J'ai mis longtemps à me décider, j'ai hésité à le révéler. C'est vrai que pendant la phase directe de lutte contre la maladie, c'est quelque chose que vous préférez garder pour vous et puis que vous menez votre combat en premier. Et vous êtes concentrée dessus. Après, pour tout vous dire, il y a des moments où en tant que femme politique je me sentais fausse parce que j'allais visiter tel hôpital qui soignait les femmes qui étaient victimes de cancer. J'allais rencontrer des associations, des associations soit qui aidaient les femmes, soit qui s'occupaient de sports santé, etc. et j'avais l'impression qu'il y avait, vous voyez, deux femmes.
Il y avait moi qui avais été victime de ce cancer, mais ça n'était pas public et la femme politique qui était, vous voyez, qui rencontrait ces femmes. Et ça me gênait parce que moi je suis quelqu'un de très sincère, j'ai besoin d'être très vraie et donc je me suis dit qu'il était temps de reconnecter ces deux femmes, la femme politique et la femme, voilà. D'autant que la femme politique n'a jamais cessé ses fonctions alors qu'elle luttait contre le cancer ? Exactement, j'ai continué, j'ai mené la bataille du perchoir en étant atteinte de ce cancer. Et puis après, je me suis dit, et vous l'avez rappelé, que j'avais un message à porter.
Vous savez, quand il vous arrive des choses dures, douloureuses, en tout cas c'est comme ça que moi je réagis, j'ai toujours besoin d'en faire quelque chose de positif, de me dire mais en fait à quoi ça sert ? Et je me suis dit que comme j'avais une voix de femme politique, ça pouvait servir à quelque chose, servir à alerter sur la prévention. Et il y a des campagnes nationales de dépistage, mais seules moins de 50% des femmes utilisent et en bénéficient. Donc on a encore beaucoup de travail, beaucoup de chemin à faire pour dire aux femmes, allez faire votre dépistage, ça ne fait pas mal, ça n'est pas invasif, ça n'est pas...
Voilà, il suffit de prendre un rendez-vous, ça dure quelques minutes et vous pouvez sauver votre vie parce qu'un cancer du sein pris tôt, c'est 90% de chances de guérison. Un cancer du sein pris tard, c'est 25% de chances de guérison. Vous voyez l'écart, il est massif. Et donc c'est vraiment des vies qu'on peut sauver si on va se faire diagnostiquer tôt. J'entends que certains disent, ah mais on a des problèmes d'accès aux soins. Oui, il y a des déserts médicaux. On sait qu'il y a des déserts médicaux. Mais ce sont des examens que vous pouvez programmer longtemps à l'avance, 3 mois, 4 mois, 6 mois à l'avance. Et donc vraiment, je dis aux femmes, prenez rendez-vous, allez vous faire dépister.
C'est vraiment une question vitale. Et donc si la révélation de mon cancer peut avoir servi à sauver quelques femmes et à les emmener sur le chemin du dépistage, on serait très heureuse.
Yaël Braun-Pivet