Guillaume Kasbarian - L'interview politique du 16/03/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Guillaume Gasbarian, vous êtes député Renaissance de Réloir, ex-ministre du logement puis de la fonction publique. Alors on va bien sûr consacrer cette interview en intégralité au premier tour des municipales qui avait lieu hier. On va rentrer dans le dur, dans le détail des affrontements ville par ville, mais d'abord un mot sur la forte abstention entre 56 et 58% selon les instituts. Cette participation est décevante, on sait que les municipales attirent traditionnellement beaucoup d'électeurs, mais là on est dix points en dessous des municipales de 2008 qui étaient déjà un record d'abstention. Qu'est-ce que ça dit de l'état de notre démocratie ?
Je vous rejoins, je pense qu'il y a un désintérêt de certains de nos concitoyens pour les élections en général. Et les élections municipales, alors qu'on pouvait penser qu'elles allaient intéresser largement, ne font pas exception. Moi j'étais encore ce matin dans le train pour venir à Paris et j'ai entendu des personnes qui disaient « Mais moi je n'ai pas voté hier, je m'en contrefiche ». Pourquoi d'après vous ? Et moi je pense qu'il faut que chacun prenne ses responsabilités, fasse son autocritique. Je pense que les premiers responsables, bien sûr, sont les responsables politiques.
Quand on n'arrive pas à intéresser les gens à une élection, quand on n'arrive pas à les embarquer dans une histoire collective positive, eh bien c'est avant toute chose, non pas la faute des abstentionnistes et des Français, mais la responsabilité des responsables politiques qui doivent tout faire pour engager le débat, proposer une idéologie claire, avoir une personnalité marquante qui fait déplacer les foules, et c'est un challenge de tous les jours, ce n'est pas du tout simple.
Moi je ne jette pas la pierre à quiconque personnellement, je dis juste que ce n'est pas simple, mais qu'on n'a malheureusement pas trouvé la martingale pour intéresser largement et faire en sorte qu'on ait un boost de participation partout en France, dans toutes les communes.
Alors, on va commencer par les résultats à Paris qui sont étonnants. Emmanuel Grégoire, le socialiste, est crédité de presque 38% des voix, il devance nettement Rachida Dati, candidat à LRM Odem, donné à 25-46%. Derrière, on a Sofia Chikirou, troisième, suivie de Pierre-Yves Bournazel, et Sarah Knafo, qui se qualifie juste, juste, qui franchit la barre des 10%, ça veut dire une quinque angulaire, et une situation compliquée pour Rachida Dati, qui a proposé une fusion au candidat Renaissance, votre parti, Pierre-Yves Bournazel, mais celui-ci, il avait toujours refusé, jusqu'ici, il va finir par accepter le candidat Renaissance.
Juste avant de vous répondre sur Paris, je vais le faire. Moi, je vote dans un petit village rural de Réloir, de 1500 habitants, Saint-Martin-Nigel, et hier, il n'y avait qu'une seule liste qui était présente, elle a donc gagné. Mais je veux juste préciser que les municipales, c'est avant tout une élection locale, communale, dans laquelle, et c'est le cas dans ma circonscription, les deux tiers des communes en Réloir, dans ma circonscription, n'avaient qu'un seul candidat, et c'est le cas dans énormément de territoires ruraux.
Donc, juste, avant de commenter les grandes villes, je tenais à saluer déjà l'élection de tous ces conseillers municipaux dans les petites communes, où parfois, ils étaient seuls, où il n'y avait que deux candidats, des élections qui sont largement dépolitisées ou apolitiques, et qui réalisent très largement.
C'est vrai que je crois que dans 90% des communes, les maires élus sont sans étiquette.
Moi, je ne veux pas qu'on invisibilise la ruralité. Les élections municipales, c'est un moment de débat local, communal, et il y a énormément de communes rurales dans lesquelles ce débat a eu lieu, sur lesquelles, parfois, il y a eu un large rassemblement au sein d'une seule liste, et on a réussi à avoir un conseil municipal formé. Donc, à la fois, je les remercie, je les salue, mais je ne voudrais pas qu'on tire des enseignements nationaux à tout bout de champ sur des municipales, et il faut bien rappeler que ce sont des élections locales.
Sur Paris, puisque vous m'interrogez, même si je ne suis pas électeur de Paris, moi, je souhaite l'alternance vis-à-vis de l'équipe sortante d'Anne Hidalgo. Et je pense qu'autant au premier tour, on choisit par conviction, c'est un vote de cœur, au deuxième tour, on évite et on éjecte ce que l'on ne veut absolument pas pour la ville.
Moi, je porte une idéologie et une idée libérale, je suis pour la liberté, je ne me résous pas à ce que Paris, la capitale de notre pays, soit à nouveau dirigée par une idéologie socialo-communiste, avec des gens comme Yann Brossat, comme Daniel Simonnet, qui vont mener, que ce soit sur le logement, que ce soit sur la circulation, que ce soit sur la propreté, une politique qui ne me correspond pas, qui n'est pas l'idéal que je me fais de Paris et de cette belle capitale.
Et donc, j'espère que les uns et les autres arriveront à discuter, à échanger, à s'entendre, mais j'espère surtout que les Parisiens feront le bon choix dans une semaine et voteront le bulletin qui, à mon sens, est le seul, aujourd'hui, à mesure d'éviter la reconduction de l'équipe sortante socialo-communiste, à savoir le bulletin de Rachida Dati.
Donc vous appelez votre candidat, le candidat Renaissance Pierre-Yves Bournazel, à rejoindre Rachida Dati, évidemment.
Je vais t'en prendre à ses responsabilités, il y a des discussions qui sont en cours, je ne me mêle pas des discussions parisiennes, encore une fois, je ne suis pas électeur à Paris, je vous dis que si je l'étais, et je serais rationnel, et je me dirais qu'elle est le bulletin, et le seul bulletin, qui me permet d'avoir une vraie alternance à Paris, et je sais lequel c'est, c'est celui de Rachida Dati. Après, j'espère qu'il y aura des discussions, des accords, que tout le monde se fait d'arras, que les égaux des uns et des autres seraient mis de côté, et que les uns et les autres reviendront à l'essentiel.
Est-ce qu'on veut continuer encore pendant sept ans, avec une équipe socialo-communiste, qui n'est absolument pas, en tout cas, moi, ce que je porte, et ce que je souhaite pour la capitale de mon beau pays ?
Alors, en parlant de socialo-communiste, il y a une des surprises de ce scrutin, ce sont aussi les scores de la gauche mélenchoniste. Dans plusieurs grandes villes, comme à Roubaix, à Limoges, à Toulouse, à Lille, à Saint-Denis, LFI gagne, ou se vise en tête, ou encore en position de conditionner la victoire de la gauche dimanche prochain. Jean-Luc Mélenchon s'est félicité, et je cite, d'une magnifique percée. Qu'est-ce que vous inspirent ces résultats, alors que LFI s'est illustré, notamment ces dernières semaines, par son soutien à la jeune garde, le mouvement impliqué dans la mort de Quentin de Renc à Lyon, ou par des propos antisémites de Jean-Luc Mélenchon ?
Bien sûr, moi j'espère que ces listes de la race seront battues, et je pense que la question, vous devriez la poser en réalité au Parti Socialiste et à la gauche modérée. Va-t-elle, pour gagner des sièges et gagner des mairies, faire alliance, ou laisser faire des alliances entre la gauche et LFI ? Ce n'est pas à moi de répondre, c'est à eux de répondre.
Alors, justement, il a déjà répondu, Olivier Faure, ou du moins, il a fait semblant de répondre, il a dit qu'il n'y aurait pas d'accord national.
C'est facile de dire, voilà, il n'y a pas d'accord national, et puis faites ce que vous voulez au niveau local, on cautionnera, et puis, voilà, débrouillez-vous. Non, à un moment, voilà, on regardera commune par commune, mais si vous constatez que la gauche républicaine s'allie avec LFI, et que tout ce petit monde s'accorde pour essayer de garder son siège, c'est que manifestement, la consigne nationale n'est pas respectée, et que localement, on tolère qu'il y ait des alliances avec la France insoumise, qui est un mouvement, bien sûr, très problématique, d'extrême-gauche, reconnu comme tel, qu'il faut absolument battre dans les urnes.
Donc, voilà, on va regarder cette semaine ce qui se passe, ça sera très intéressant de le regarder, et de regarder les alliances contre nature qui peuvent parfois se former, malgré tout ce qu'on peut entendre au niveau national de certaines figures qui nous jurent la main sur le cœur que jamais, au grand jamais, ils ne s'allieront avec la France insoumise. Bah, écoutez, on va voir ça.
Alors, à gauche toujours, six ans après la vague verte, il y a un reflux des maires écologistes sortants qui avaient gagné sept métropoles, je le rappelle, en 2020, qui sont, pour beaucoup, en difficulté, à Besançon, Strasbourg, Poitiers, Bordeaux, Annecy, seule exception, c'est Lyon.
Oui, d'ailleurs, Bordeaux-Annecy, très beau score, d'une part, de Thomas Cazenave, à Bordeaux, qui a de vraies chances de l'emporter. J'espère que, là aussi, il y aura un vote utile des électeurs bordelais pour éviter la reconduction de M. Urmic, et donc faire en sorte qu'il y ait un vrai changement, une vraie alternance à Bordeaux.
Et puis, Annecy, avec Antoine Armand, formidable candidat qui est arrivé en tête largement à Annecy, et j'espère que le deuxième tour confirmera sa victoire pour, là aussi, qu'il y ait une alternance vis-à-vis de mairies écologistes de gauche radicale qui n'ont pas performé pendant ce mandat-là et qui sont sanctionnés déjà lors de ce premier tour, et je l'espère qu'ils seront au deuxième tour. Donc, il y a des signaux, quand même, encourageants, je pense qu'il faut noter. Nantes est un bel exemple aussi. D'ailleurs, vous avez une possibilité d'alternance avec un candidat qui réunit la droite et le centre et qui peut potentiellement renverser la table.
Donc, il y a quand même des motifs de réjouissance, d'espoir dans un certain nombre de communes importantes, qui sont même des métropoles, et sur lesquelles il y a un espoir d'avoir une politique très différente dans les sept ans qui viennent au niveau communal et intercommunal.
Puisque vous citez quelques candidats Renaissance, notamment à Bordeaux-Annecy, on peut dire quand même que le parti est un des grands absents, si ce n'est le grand absent de ce scrutin. C'est vrai qu'on devrait compter une centaine de communes Renaissance, mais la Renaissance a plutôt joué la stratégie du coucou, c'est-à-dire le choix de figurer sur des listes plutôt que de les construire. On peut dire que l'implantation locale de votre parti n'est pas franchement une réussite.
Parce que ce n'est pas simple une implantation locale, parce que vous avez énormément d'endroits où les personnalités comptent, où l'histoire compte, où vous avez des candidats qui ont des forces particulières. Donc parfois, plutôt que d'y aller et de planter son drapeau en disant « je vais faire une liste mono-étiquette avec mes couleurs », les stratégies de regroupement, d'alliances derrière une personnalité peuvent faire sens. Après, ça dépend des cas. Vous avez dit Bordeaux, on a notre candidat, Thomas Cazenave, Annecy, on a notre candidat, Antoine Armand.
Il y a des endroits où on a nos candidats et sur lesquels on est fiers de porter nos couleurs et on a un vrai projet qui a des chances de réussir. Et il y a d'autres endroits où on a fait le choix d'une alliance pour éviter le pire et pour regrouper largement autour de personnalités qui peuvent potentiellement l'emporter. Mais encore une fois, une élection municipale, c'est avant tout la rencontre entre une équipe municipale et les citoyens d'une commune. Et ça joue beaucoup sur la personnalité locale des personnes. Je pense qu'il ne faut pas oublier que les électeurs ne se trompent pas d'élection. Ils ne se trompent jamais d'élection.
Ils ne font pas la confusion entre élection locale et élection nationale. Et quand ils votent municipales, ils votent pour une politique municipale, une équipe municipale et une personnalité qui a vocation à représenter la commune et gérer le quotidien des habitants de la commune. C'est ça, la vraie réflexion des électeurs. Et n'essayons pas de leur faire dire autre chose que ce qu'ils essayent de faire quand ils s'expriment dans les urnes.
C'est précisément ce qu'a fait Jordan Bardella. Hier, le président du RN a dit, je le cite, le changement n'attend pas 2027, il commence dès dimanche prochain. Il a mis les deux échéances municipales et présidentielles dans le même panier. C'est une erreur.
Je pense que c'est une erreur de lier les deux élections et de penser qu'on va tirer des enseignements nationaux d'une élection municipale. Je vous le disais encore une fois, dans l'écrasante majorité des communes, il n'y avait qu'un seul candidat. Dans beaucoup d'entre elles, il n'y en avait que deux, avec des candidats qui parfois ont refusé toute étiquette partisane en disant je suis sans étiquette. Donc tirer des conclusions nationales d'une élection purement locale, je trouve que c'est très largement abusif dans un sens ou dans l'autre d'ailleurs. Voilà, je pense qu'encore une fois, les Français ne se plantent pas d'élection.
Ce sont des électeurs intelligents qui font des choix et ils répondent à la question qu'il leur est posée. Et là, en l'occurrence, ils auraient posé une question locale sans se préoccuper de la réponse à 2027. 2027 arrivera en temps et en heure et ils feront un choix en 2027 qui sera probablement très différent du choix qu'ils auront fait au municipal.
Alors, il y a un parti dont on n'a pas parlé, c'est le RN, réélection au premier tour de Louis Alliot à Perpignan, de David Racheline, à Fréjus, de Steve Brioua, près de 78% à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais. Assez bon résultat à Nice où Éric Ciotti, 43% à une large avance de 13 points sur le maire sortant Christian Estrosi à Marseille avec Franck Alizio à Toulon où Laure Lavalette enregistre 42%. Ça vous inquiète, cette poussée du RN ?
Bien sûr, on ne s'en réjouit pas. Enfin, je veux dire, on ne peut pas se réjouir à avoir des communes dirigées par des candidats radicaux, extrémistes, quels qu'ils soient. Moi, en tout cas, ce n'est pas la philosophie dans laquelle je suis. En revanche, je reconnais bien volontiers qu'il y a probablement des effets là aussi personnels qui jouent. C'est-à-dire que vous avez des candidatures dans ces villes-là, quel que soit le parti, où l'impact personnel du candidat et de son équipe et de sa constitution de liste dépasse et transcende la question des étiquettes. Et c'est vrai pour tous les partis politiques, pour toutes les étiquettes.
Parfois, certains scores assez étonnants ne s'expliquent pas par la couleur de l'étiquette, mais s'expliquent par un ancrage, une personnalité, une idéologie claire. Voilà, et ça doit probablement nous interroger là pour le coup pour 2027, de se dire si on veut en 2027 intéresser les Français aux élections, les faire participer à la vie démocratique et les faire choisir, il faut qu'il y ait des idéologies très claires, des personnalités très claires et très fortes. Et c'est uniquement à ces conditions-là que vous arrivez à embarquer les foules comme ça s'est passé dans certaines communes.
Alors justement, une personnalité en vue qui était très scrutée, c'est Édouard Philippe, le responsable du parti Horizon et ex-premier ministre qui semble en posture favorable au Havre dans sa ville. On spéculait sur des difficultés d'après des sondages face au communiste Jean-Paul Lecoq, mais visiblement, il est en assez bonne posture. Ça veut dire que pour la présidentielle de 2027, ça reste quand même un candidat et il s'impose comme un des meilleurs candidats pour le Bloc central ? Ça veut déjà dire qu'il faut se réjouir
du fait qu'Édouard Philippe soit en tête au Havre et puisse battre une politique communiste. Je le redis, je suis un libéral convaincu, je défends la liberté et je me réjouis que le Havre ne mette pas en tête une candidature communiste qui est à l'opposé de mes valeurs et de l'idéologie que je porte et donc je me réjouis et je félicite Édouard Philippe pour ce beau premier tour. J'espère qu'il transformera l'essai pour ce deuxième tour et que le Havre restera bien dirigé par Édouard Philippe et encore une fois, après, en vue de 2027, ça sera un autre débat et on en parlera le temps voulu.
Merci beaucoup Guillaume Gasparian, je rappelle, député Renaissance d'Or et Loire et merci d'avoir répondu aux questions de Radio-G. Merci à vous.
Guillaume Kasbarian