L'invité Politique du jeudi 10 avril 2025 : Sébastien Chenu
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Voyons comment notre invité a compris cette déclaration du ministre de l'économie. Notre invité qui aujourd'hui est député du Nord et vice-président du Rassemblement National, Sébastien Chenu. Bonjour M. le député. Bonjour. Bienvenue sur LCI. Le ministre de l'économie sur cette antenne dit donc hier, nous allons accompagner les entreprises, et en même temps, on ne sait pas du quoi qu'il en coûte. Comment vous comprenez ça ?
Oui, c'est ce qu'ils appellent une riposte graduée. Moi, ça m'inquiète toujours beaucoup avec ce gouvernement, parce que la riposte graduée, on l'a vu avec l'Algérie, elle n'a pas donné de résultat. La riposte graduée vis-à-vis des Etats-Unis me semble bien faible. Alors, je pense qu'il y a quatre leviers sur lesquels le gouvernement devrait agir. Évidemment, la réponse tarifaire liée à l'Union Européenne, mais avec des tarifs ciblés. C'est-à-dire que lorsque l'Union Européenne avait ciblé le Bourbon, c'était grotesque. Ils ont fait marche arrière parce qu'en fait, en retour, les Etats-Unis ciblaient notre vin et nos alcools. Oui, mais ce qu'on voit bien...
Pardon, vous interrompte M. Chenu, mais quand vous regardez ce que dit Donald Trump hier, il dit, finalement, les pays qui négocient et qui n'ont pas une mesure de rétorsion, on va les exenter. La Chine, on augmente encore les droits de douane. Est-ce que vraiment la tactique européenne n'est pas la bonne ?
Mais c'est pour ça que je vous dis qu'il y a quatre leviers et qu'en fait, les Européens ont mal calibré leur réponse douanière, en tous les cas, au bénéfice de la France. On a délégué. Alors, Mme von der Leyen, elle, quand elle a une réponse tarifaire, elle est souvent au bénéfice, voire toujours au bénéfice de l'Allemagne. Donc, un, une réponse tarifaire sur laquelle on doit faire pression au niveau de l'Union européenne, qui doit nous accompagner et nous protéger. La deuxième chose, c'est accompagner les filières. Vous avez vu que l'Espagne a mis en place un plan d'accompagnement de plusieurs milliards sur des filières cibles. C'est ce que nous demandons depuis longtemps.
C'est ce que nous demandons depuis longtemps. Oui, mais on a l'impression qu'ils le découvrent. Ils tombent de leur siège, donc c'est très peu anticipé. La deuxième chose, permettre à notre pays de se réindustrialiser. Là, on n'y est pas du tout. Avec le plan pluriannuel de l'énergie, puisqu'on sait que pour se réindustrialiser, il faut une énergie pas chère. Le plan pluriannuel de l'énergie, plusieurs centaines de milliards de l'énergie intermittente, ne va pas permettre à notre pays de se réindustrialiser. Ça, ce sont les leviers sur lesquels il faut échapper.
Quatrième levier, développer aussi une économie, des échanges avec, par exemple, l'Inde, un pays continent avec lequel on entretient d'excellentes relations. C'est-à-dire diversifier également nos partenaires.
Donc, si je vous entends sur votre premier point, votre premier levier, nous aurions dû, en tant qu'Européens, taper plus fort sur les produits américains.
En fait, on aurait dû cibler. On aurait dû taper, par exemple, sur la tech. On aurait dû taper sur les GAFA. Ça, c'était beaucoup plus intelligent que taper sur le bourbon, qu'on consomme assez peu en France, mais qui a eu, évidemment, immédiatement, comme réponse américaine, de taper sur nos vins. Vous voyez que les marchés repartent, aujourd'hui, là où ils sont français, au moment où chacun est entre les muscles. Aujourd'hui, évidemment, Donald Trump adapte. Il a compris qu'il y avait une hausse de taux d'intérêt liée à sa dette. Et donc, par conséquent, il a aussi des enjeux politiques. Les midtermes arrivent très vite. Il a des enjeux politiques. Et donc, il s'adapte.
Mais nous, on devrait avoir, effectivement, une réponse qui soit un peu affûtée, qui soit un petit peu... qui ne soit pas naïve, en réalité.
M. Chenu, Emmanuel Macron a annoncé hier qu'il souhaite, d'ici juin, sans doute en juin, à l'occasion d'un sommet en Arabie Saoudite, reconnaître l'État palestinien. Comment est-ce que vous réagissez ?
Je crois que c'est prématuré. Je crois qu'encore une fois, Emmanuel Macron manque de hauteur de vue. Nous, on est favorable à deux États, au Rassemblement National. C'est-à-dire que l'État palestinien, un jour, existe. Je n'y vois pas d'inconvénients. Mais aujourd'hui, l'État palestinien, il est adossé au Hamas. Enfin, l'État palestinien. Aujourd'hui, l'autorité palestinienne, elle est adossée au Hamas. Et on ne peut pas imaginer un État qui serait adossé au Hamas. C'est envoyer un signal qui est, finalement, fait du terrorisme. Et on reconnaîtra, on vous reconnaîtra des droits. Donc, non seulement c'est prématuré...
Vous faites allusion uniquement à Gaza ou vous parlez également de la Cisjordanie ? Bien entendu. Non, mais la Cisjordanie vient après, évidemment. Mais c'est aujourd'hui Gaza, le point de crispation. C'est là où, effectivement, le Hamas, j'allais dire, soutient, finalement, l'autorité. Mais un État palestinien, ce n'est pas un État gazawie, c'est un État palestinien. Absolument, absolument. C'est pour ça que je vous dis, c'est un but à atteindre. Évidemment, ça reste une logique vers laquelle il faut aller. C'est très prématuré. Et je pense qu'Emmanuel Macron, comme bien souvent, met un peu la charrue avant les bœufs.
Probablement pour des raisons, d'ailleurs, domestiques, des raisons intérieures. Pour envoyer des signaux, il me semble, évidemment, être très loin de la réalité.
Je signe et je persiste les mots dans cet ordre-là. C'est Laurent Wauquiez qui le dit après sa proposition d'envoyer les personnes sous OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français qui se situe en Amérique du Nord. Est-ce que c'est une bonne idée ?
C'est grotesque. Mais Laurent Wauquiez nous a déjà habitués à ce genre de sorties. D'abord, personne n'est dupe, c'est lié aux élections internes des Républicains. C'est pour essayer de faire la course à l'échalote avec Bruno Retailleau. C'est toujours les messieurs plus, les Républicains. Plus, plus, plus, toujours plus. Une fois qu'ils sont au gouvernement, c'est toujours moins. En réalité, ils n'appliquent rien et ils sont dans des politiques d'extrême faiblesse. Mais Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est la France. Vous l'avez rappelé, c'est un département français, ce n'est pas une poubelle.
Les OQTF, ils ont vocation à repartir chez eux et non pas à être accueillis dans un département français qui mérite d'être considéré. Moi, j'ai de l'affection pour Saint-Pierre-et-Miquelon. J'y suis allé avec Marine Le Pen. On connaît bien, évidemment, ce département. Et je ne vois pas pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon serait condamné à accueillir des OQTF qui ont vocation, encore une fois, je vous le dis, à repartir.
Monsieur le député, le Parlement européen dit à Jordan Bardella « Monsieur, vous ne pouvez pas faire rémunérer votre directeur de cabinet ORN par le Parlement européen au motif qu'il contribue à votre travail parlementaire. » C'est une lettre qui a été adressée à M. Bardella, qui a été dévoilée par le Canard Enchaîné et confirmée par France Inter. Est-ce que le Rassemblement national continue de défier une décision de justice pour laquelle il a été condamné ?
Non, mais c'est la liberté parlementaire. Un directeur de cabinet, ça accompagne un élu, un homme politique, sur l'ensemble de son spectre, sur l'ensemble de son travail. Évidemment, celui du Parlement européen, évidemment, l'expression publique de Jordan Bardella. Un directeur de cabinet, c'est un chef d'orchestre. Alors, si vous ne pouvez pas l'avoir à côté de vous au Parlement européen, je vous rappelle que Jordan Bardella, son mandat, c'est celui de député européen, vous le privez, finalement, d'une capacité.
Mais pourquoi le faire rémunérer par le Parlement européen ? Ne peut-il pas faire les mêmes choses en étant pour parti, comme il travaille pour l'ORN, rémunéré par l'ORN ?
Mais parce qu'il est député européen et que c'est son principal collaborateur. Un directeur de cabinet, c'est votre principal collaborateur, lié à votre mandat.
Mais ce que dit le Parlement européen, M. Chenu, c'est compte tenu de l'importance du rôle de Jordan Bardella au ERN, son directeur de cabinet n'a pas le temps. Ce que dit le Parlement européen ?
Non, mais ça, c'est le Parlement européen qui, encore une fois, s'immisce dans la vie des hommes et des femmes politiques, qui jugent, qui a le temps. Et puis, alors, demain, ce sera, finalement, il faudrait que ce soit un collaborateur...
Ça ne fait pas désordre d'avoir été condamné en première instance pour les mêmes faits ?
Ça veut dire que le Parlement européen a pour vocation, visiblement, d'empêcher, d'atteindre la liberté parlementaire. Et si on accepte ça, demain, on admettra, on acceptera que le Parlement européen vienne vous dicter qui vous devez recruter, à quel moment vous devez le recruter, vous n'aurez plus le choix et pour quel travail, etc. C'est une atteinte à la liberté parlementaire. Mais ces atteintes à la liberté parlementaire, on les voit même ici, hier à l'Assemblée nationale, la gauche, socialiste, extrême-gauche, LFI, ont empêché l'un de vos confrères, un média, de pouvoir s'exprimer. C'est des atteintes aux libertés. La gauche est quand même spécialiste d'atteinte aux libertés.
La gauche n'aimant à avoir empêché et elle décrit un climat de tension et de menace de la part des journalistes en question.
Non mais vous savez, moi je suis pour la liberté de la presse. Moi qui ai Libération et l'Humanité, ça ne me gêne pas. Qui ai toute la presse, c'est nécessaire. Merci M. Cheniseur, vous êtes avec nous ce matin.