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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 26 octobre 2020 25 min

Jean-Luc Mélenchon : "le ministre de l’Éducation nationale est un ennemi de l’éducation nationale publique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Le grand entretien de ce lundi 26 octobre avec Karine Becker, notre invitée, et le président du groupe France Insoumise à l'Assemblée Nationale, députée des Bouches-du-Rhône. Vos questions, chers auditeurs, dans quelques minutes au 01 45 24 7000 ou sur l'application mobile France Inter. Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Merci d'être à notre micro ce matin. Beaucoup de questions à vous poser, beaucoup de sujets à aborder, de grands enjeux, des enjeux graves, notamment sur ce que vous avez qualifié de « semaine noire » sur votre blog, et on va en parler.

Mais avant d'y venir, ce samedi, l'Assemblée Nationale a voté la prorogation de l'état d'urgence sanitaire pour plusieurs mois, un régime d'exception pour faire face à une période qui sera longue et difficile, disait le ministre de la Santé. Vous avez voté contre. Pourquoi ?

0:51
Jean-Luc Mélenchon

Parce que la multiplication de ces états d'urgence sont attentatoires progressivement à nos libertés. Nous ne cessons de voter au Parlement des lois qui réduisent les libertés individuelles et collectives. Les Français n'ont pas besoin de ces mesures exceptionnelles, qui prévoient à chaque fois des punitions exceptionnelles, pour entendre un argument...

1:11
Présentateur

Des punitions ou des mesures de précaution, si l'on pense par exemple au couvre-feu, à l'hypothèse d'un reconfinement ?

1:17
Jean-Luc Mélenchon

C'est-à-dire qu'on ne peut rien discuter de tout ça, vous savez bien que c'est décidé totalement en dehors de nous. On donne donc des pouvoirs considérables à un gouvernement, qui ensuite utilise la loi, comme c'est normal, pour n'en faire qu'à sa tête et selon sa vision des choses, sans qu'on puisse jamais rien discuter. Et si on se mêle de le discuter, on est aussitôt accablé d'injures de toutes sortes, si bien qu'on a l'impression que la raison et le débat argumenté a quitté la possibilité d'exister sur la scène des institutions du pays. Et ça, puisqu'on aime beaucoup les grands mots en ce moment, ben c'est pas vraiment la République.

Il faut vraiment admettre, il faut que les macronistes comprennent qu'une démocratie, c'est une majorité, est des oppositions. Et que c'est l'échange, le dialogue, la confrontation, parfois sévère, qui rend la bonne décision possible. Eux, ils considèrent que toute objection est un complot contre eux. Alors évidemment, les choses ne cessent de monter et ils n'en finissent plus d'un surenchère verbale inacceptable. Alors vous me parlez du couvre-feu, je vous réponds qu'il ne me convainc pas. Alors, j'ai envie d'ajouter quelque chose pour ceux qui m'écoutent, puisque l'occasion m'en est donnée.

Voyez-vous, chaque fois que nous autres Insoumis, nous avons joué la carte de la discipline sanitaire, de l'unité nationale, face au danger du terrorisme. Eh bien, à chaque fois, c'est utilisé par le pouvoir comme un argument pour nous faire taire. Ça dira, ben puisque... Comment ça ? Eh bien, ils en profitent, si vous voulez, pour en demander encore plus, accabler, faire des sarcasmes. Et c'est tout à fait insupportable. Pour ceux qui suivent les travaux de l'Assemblée nationale, vous pouvez vous en rendre compte en écoutant. Donc, il y a quelque chose de nouveau dans le pouvoir que nous avons au pouvoir, c'est qu'il fait peur.

3:01
Auditeur

Mais soyez juste plus clair, le couvre-feu ne vous satisfait pas. Quelles seraient les bonnes mesures à prendre pour qu'elles soient suffisantes et affronter cette seconde vague de coronavirus ?

3:11
Jean-Luc Mélenchon

Alors, déjà, on pourrait commencer par discuter l'imprévoyance absolue de ceux qui n'ont tenu aucun compte de la possibilité d'une deuxième vague.

3:19
Auditeur

Mais ça, ça ne résout pas les problèmes des Français, là, en ce moment ?

3:21
Jean-Luc Mélenchon

Oui, j'ai compris, madame, parfaitement votre question. Mais l'absolution permanente pour le passé, ça commence à bien faire. Parce que ces gens n'ont jamais rien planifié ni organisé. On leur disait, il y a la possibilité d'une deuxième vague. Qu'ont-ils fait pour s'y préparer ? Rien, absolument rien.

3:36
Présentateur

Mais la deuxième vague submerge toute l'Europe, Jean-Luc Mélenchon ?

3:39
Jean-Luc Mélenchon

Mais justement, puisqu'elle submerge toute l'Europe, alors nous ferons deux constats. Qu'ont-ils fait en Europe pour prévoir la deuxième vague ? Rien. Et deuxièmement, qu'ont-ils prévu à la tête de notre gouvernement ? Rien. De nouveau, nous allons avoir pénurie de masques dans les hôpitaux, de nouveau pénurie de gants, de nouveau pénurie de blouses, de nouveau pénurie de médicaments.

3:59
Auditeur

Et donc, quelles sont vos propositions ?

4:01
Jean-Luc Mélenchon

Pardon, mais je veux qu'on entende bien ce qui est en train de se passer. Non, non, non. Ceux qui ont une responsabilité doivent l'assumer maintenant. Pourquoi n'ont-ils rien organisé ? Pourquoi n'a-t-on toujours pas nationaliser Luxfer qui fabrique des bouteilles d'oxygène ? Pourquoi n'a-t-on toujours rien mis en place pour fabriquer des médicaments ? Alors, quelles sont les bonnes mesures à prendre ? Augmenter le nombre de lits d'hôpitaux, car tout ceci n'est fait qu'en raison du fait que nous ne sommes pas capables d'accueillir un nombre grand, important, de gens qui seraient en détresse respiratoire dans les centres de réanimation.

4:32
Auditeur

Mais si on pouvait en avoir plus, on les aurait, je pense, Célido Tito. Donc comment vous allez faire pour en avoir là, rapidement, très rapidement, puisque la crise est là ?

4:38
Jean-Luc Mélenchon

Ah voilà, c'est ça. Et là, c'est à moi qu'on pose la question, n'est-ce pas ? Ah ben non, vous êtes invité ce matin. Non, mais, madame, je suis obligé de vous dire que commençons à chaque fois par nous demander pourquoi on en est là. Monsieur Juvin, alors, je sais qu'on est en détresse. Évidemment, quand on est en détresse, il faut prendre des mesures. Et les médecins élus les Républicains ? Alors, la situation de détresse appelle des mesures.

Un des professeurs, le professeur Juvin, a suggéré que, en quelque sorte, on découpe le travail qu'il y a à faire pour la réanimation, et que certains postes pour lesquels une qualification minimum, car il s'agit bien d'une qualification minimum, pourrait être donnée, qui ne serait pas directement intervenant dans la réanimation, on pourrait former des gens très rapidement. Dans la réanimation, ce n'est pas possible. Par conséquent, ce qu'il faut, c'est soulager tous ceux qui ont des tâches de réanimation, en faisant prendre en charge toutes les autres tâches qu'ils accomplissent, par d'autres gens. Voilà comment, mais c'est une des réponses, mais que les choses soient claires,

5:30
Présentateur

à partir du moment où rien n'a été prévu, nous allons en payer le prix. Une question encore sur la crise sanitaire, que vous inspire l'hypothèse d'un reconfinement ?

5:40
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, comme tout le monde, je n'en serai pas content, parce que la première fois, on s'est dit, ben, parfois, personne ne pouvait le savoir. Mais vous l'accepterez ? Pardon ? Vous l'accepterez ? Ben, je respecterai la discipline. Comme là, je mets un masque, je respecte la discipline, à 21h, je suis chez moi, je respecte la discipline. Mais respecter la discipline ne veut pas dire que je suis enthousiaste, et que je consens à cette manière d'organiser la vie dans le pays.

Mais monsieur Ali Badou, madame, est-ce que vous réalisez que maintenant, non seulement, c'est le pouvoir qui décide comment nos filles doivent s'habiller, c'est lui qui décide à quelle heure nous devons rentrer à la maison, que nous devons aller nous empiler dans les transports en commun, qu'il décide de tout dans nos libertés individuelles, elles sont réduites au minimum, on n'a même pas le droit de faire la fête.

6:27
Auditeur

Vous dites que le pouvoir est trop autoritaire ? Est autoritaire ?

6:29
Jean-Luc Mélenchon

Je pense qu'il y a, ça c'est pas d'aujourd'hui, il y a une dérive autoritaire, il y a quelque chose dans l'esprit, qu'on se comprenne bien, dans l'esprit du président qui fait peur. Il pense que le pays est une start-up nation, c'est-à-dire qu'il pense que c'est comme une entreprise, quelqu'un donne les ordres, et puis les autres, ils ont un contrat de travail, ils sont obligés d'obéir. Et il pense que le pays tout entier se mène comme ça à la baguette. Gouverner, c'est un art de provoquer, organiser le consentement à l'autorité. Les Français sont un peuple éduqué, d'assez haut niveau, et on ne peut que le convaincre. Chaque fois qu'on essaye de le contraindre, ça tourne mal.

Et vous verrez que cette fois-ci encore, vous allez avoir des effets de rébellion, qu'on n'avait jamais vus, et qui paraîtront à certains moments insupportables, mais qui seront le résultat de cette mauvaise manière de mener les affaires.

7:15
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, votre dernier post de blog a pour titre la semaine noire. On peut se demander si c'est une semaine noire pour vous, ou une semaine noire pour le débat public. Vous aviez déclaré sur LCI qu'il y avait un problème avec la communauté tchétchène en France suite à l'attentat de Conflans-Saint-Honorin. Vous avez regretté avoir employé cette expression sur votre blog. Et je vous cite, « L'humanisme en politique existe, je l'assume jusqu'au point de savoir quand la vigilance sur mes mots n'a pas été suffisante. Je prie donc les tchétchènes d'accepter de m'en excuser.

» Qu'est-ce qui s'est passé, Jean-Luc Mélenchon, pour que vous vous empruniez à l'ensemble d'une communauté, que vous fassiez des généralisations ?

7:54
Jean-Luc Mélenchon

Non, je n'en suis pas. Mon intention n'était pas de m'en prendre à une communauté. Et si vous voulez bien, on dira que, je sais bien que chaque semaine, on m'accroche sur un mot. Je pense qu'après cette émission, quelqu'un trouvera un mot. Et pendant 3-4 jours, tous les membres du gouvernement, qui ont reçu l'ordre de M. Macron, taperont, taperont, comme ils viennent de le faire, sur l'islamisme de gauche, cette invention absolument ridicule. Vous êtes aussi impliqués, d'ailleurs, puisqu'ils s'en prennent à tout le monde. Les professeurs d'unis. Bon, c'est absolument invraisemblable. Donc, en ce qui concerne les tchétchènes, réglons d'un mot.

Une heure d'émission, je pense qu'elle était de bonne qualité. J'ai eu un mot de trop. J'ai voulu m'en excuser. Je mets au défi le Premier ministre, qui est le chef du gouvernement, alors que tous ses membres s'en sont pris à nous, d'une manière honteuse, qui est revenu en gros à nous accrocher une cible dans le dos. Nous, c'est nous, les insoumis. Je parle des insoumis. Eh bien, je lui demande lui aussi de faire retirer ça. Ce sont des milliers, ce sont des centaines d'entre nous qui dorénavant... Une cible dans le dos.

8:47
Présentateur

Il vous a accroché une cible dans le dos. Les mots ont un sens, Jean-Luc Mélenchon. Qu'est-ce que ça veut dire ?

8:52
Jean-Luc Mélenchon

Voilà, vous avez le mot pour la semaine. Qu'est-ce que vous en pensez, mesdames, messieurs, les commentateurs ? Une cible dans le dos, ça revient à dire que la semaine noire, celle de l'assassinat de Samuel Paty, semaine dans laquelle nous nous pratiquons l'unité nationale, c'est-à-dire on dit les terroristes, leur but c'est de nous diviser et surtout de couper la communauté ou on va dire, pas le mot communauté, on va dire les musulmans de France, du reste de la population, soit le reste de la population soit en couple les musulmans du reste de la population et c'est la tentative qui est faite au niveau mondial, on vient de le voir par M.

Erdogan qui va essayer de profiter de ce qui s'est passé en France pour établir son leadership. Eh bien, cette semaine noire pour la patrie, elle s'est transformée en un invraisemblable tempête irrationnelle pendant laquelle, sur tous les plateaux, tous les ministres et des alliés subsidiaires se sont répandues en injures contre tout le monde en nous attribuant le statut de complice des terroristes. C'est quand même inouï, c'est la première fois qu'on voit un truc pareil.

9:53
Auditeur

Alors en fait, ce qui vous a été beaucoup reproché cette semaine, pour qu'on soit très clair pour ceux qui nous écoutent,

9:56
Jean-Luc Mélenchon

Oui, j'aimerais bien moi aussi comprendre ce qu'on me reproche.

9:59
Auditeur

C'est d'avoir participé notamment l'an dernier, en novembre 2019, à cette manifestation contre l'islamophobie organisée notamment par le CCIF. Est-ce qu'on peut être républicain, Jean-Luc Mélenchon, et avoir participé à cette manifestation puisque finalement, c'est ça la question qui vous est posée ?

10:12
Jean-Luc Mélenchon

Alors, si c'est ça la question qui m'est posée, et je pense que c'est la seule, car je mets au défi qui que ce soit de trouver sur 50 ans de ma vie politique une seule ligne qui puisse être considérée comme non laïque, non républicaine. Une ligne, un bout de discours, personne ne peut le faire. Il reste donc cette manif du 10 novembre.

10:33
Auditeur

Alors expliquons-nous.

10:34
Jean-Luc Mélenchon

La manif du 10 novembre a été appelée parce qu'il y avait eu un attentat à la porte d'une mosquée et qu'aucune réaction officielle n'apparaissait. D'aucune sorte. Deux pauvres croyants s'étaient pris en coup de fusil par un autre membre du Rassemblement National qui avait été candidat du Rassemblement National et une manif est organisée. Vous dites, notamment par des islamistes. Mais permettez-moi de dire que pour ma part, cette manifestation, elle était notamment organisée par la CGT, par la FSU, par Attaque, par les Insoumises, c'est-à-dire par toutes sortes d'organisations.

Et je suis fier d'y avoir participé car ce jour-là, on a crié partout la laïcité nous rassemble et à la fin, on a chanté la Marseillaise.

11:14
Auditeur

Il s'est passé des choses dans cette manifestation. Notamment, il y a eu des gens, des participants qui ont comparé la condition d'un musulman en France à celle d'un juif sous l'occupation. Est-ce qu'on était encore là dans la France républicaine ?

11:26
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, c'est stupide car naturellement les deux événements ne peuvent pas être mis à pied d'égalité.

11:31
Auditeur

Est-ce qu'il ne fallait pas quitter la manifestation à ce moment-là ? Sortir de cette manifestation au moment où il a commencé à se passer ça ?

11:38
Jean-Luc Mélenchon

Non, parce que je n'ai jamais confondu la cause d'une manifestation avec les gens qui y participent. Je vais vous donner un exemple. Quand Mme Mireille Knoll a été assassinée, on a dit que c'était un attentat de l'islamisme terroriste et il y a eu une marche d'organiser. Nous étions signataires de l'appel à la marche et avec l'ensemble des groupes de l'Assemblée nationale. Nous sommes allés à la manifestation et nous avons été aussitôt assaillis par la Ligue de Défants Juifs qui nous a accablés d'injures, menacés, insultés les femmes qui participaient à notre délégation, c'est-à-dire des députés.

Nous étions 11 députés en écharpe et la police nous a fait évacuer à nous la marche pas à la Ligue de Défants Juifs. Par conséquent, j'ai eu aussitôt les paroles qu'il fallait. J'ai dit je ne confondrai jamais la lutte contre l'antisémitisme avec cette poignée d'énergumène. Et je veux dire à chaque Juif de France qu'il doit savoir qu'il trouvera en Insoumis un protecteur. Et je veux dire la même chose ce matin. Les musulmans de France ne méritent pas d'être traités comme ils le sont depuis une semaine, c'est-à-dire montrer comme des suspects le pouvoir à abuser de toutes les manières possibles de ceux qui créent un amalgame.

Les musulmans de France enseignent à leurs enfants, j'en suis certain, la discipline, le respect de la loi, l'amour des professeurs. Ils souffrent deux fois plus que les autres parce que c'est dans leur rang qu'on a trouvé un assassin qui salit leur propre religion. A aucun moment je n'ai comparé l'assassin de la Norvège qui a tué 90 jeunes au nom du suprémacisme blanc et du catholicisme avec la religion catholique qui n'a rien à voir avec ce genre de massacre.

13:10
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon est un jour républicain et le lendemain islamo-gauchiste. C'est ce que déclarait le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer dans le JDD hier. Quelle est votre relation à Charlie Hebdo aujourd'hui ?

13:22
Jean-Luc Mélenchon

Non, attendez, on va commencer par répondre à Blanquer si vous voulez bien. Vous ne pouvez pas lire les insultes de monsieur Blanquer et que je ne puisse y répondre.

13:29
Présentateur

Répondez au ministre de l'éducation nationale.

13:31
Jean-Luc Mélenchon

Le ministre de l'éducation nationale est un ennemi de l'éducation nationale publique. Il a lui-même supprimé 50 000 postes quand il était au pouvoir dans ce secteur. Ensuite, il a favorisé des organisations d'écoles confessionnelles et il a nommé comme directeur de cabinet un homme qui a écrit des livres contre l'école publique et pour l'enseignement privé. Voilà le personnage. Et il vient de dire je suis tantôt républicain, tantôt islamiste de gauche. Parfait, il le dit. Islamo-gauchiste. Qu'il le prouve. Qu'il dise, qu'il cite une phrase, un comportement de ma part, un appel de ma part.

Monsieur Blanquer était soigneusement caché au chaud pendant qu'on a assassiné mes camarades du Front Populaire en Tunisie, Choukri Belhaïd, Mohamed Brami, d'accord ? Qui ont été victimes des assassins islamistes. Moi, j'étais sur place pour soutenir les Tunisiens dans leur lutte pour la liberté. Lui était caché. Ces gens-là ne sont jamais sortis de leur boîte que pour nuire. Et il continue. Et maintenant,

14:27
Auditeur

pour Charlie Hebdo, vous êtes encore Charlie ou pas aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon ?

14:30
Jean-Luc Mélenchon

Mais je suis toujours partisan de la liberté de crayonner, de caricaturer, de tout ce qui va dans le cadre de la loi sur la liberté. Mais après, ne me demandez pas, ne me demandez pas d'assumer tout ce qu'ils font, tout leur choix. Il n'y a pas en plus une obligation d'être d'accord avec ce qui est fait. Il y a l'obligation de défendre le droit qu'ils le fassent. C'est la fameuse phrase que vous connaissez. Je me battrai jusqu'au bout pour, même si je ne suis pas d'accord, pour votre liberté d'expression. La phrase de Voltaire. Pardon ? La phrase de Voltaire,

15:01
Présentateur

c'est votre ligne et en l'occurrence,

15:02
Jean-Luc Mélenchon

vous ne m'en direz pas plus. Je serai fâché depuis avec eux et je le suis depuis bien longtemps. Quand j'ai dit que c'était la rue qui nous avait débarrassés des nazis, ils ont fait une caricature de moi en pleine page. Avez-vous entendu dire que je me sois plein ? Ou on me voit en train de tondre une femme. Vous m'imaginez ? En train de tondre une femme ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Mais bon, voilà, c'est l'exagération. Et c'est une caricature, c'est le principe. Mais il faut défendre la liberté d'expression, mais ça ne veut pas dire qu'on est pour ce qui est écrit.

Par exemple, je défendrai, quoi qu'il arrive, la liberté d'expression du Figaro, mais je ne suis pas d'accord avec ce qu'il y a dans le Figaro. Et qu'on ne me demande pas en plus d'être d'accord. Donc vous défendrez

15:40
Auditeur

les caricatures de Mahomet comme support pédagogique dans l'éducation nationale.

15:45
Jean-Luc Mélenchon

Alors, écoutez, moi, j'ai été prof pendant deux ans et ministre de ce secteur, un des secteurs de l'éducation nationale. Donc je sais déjà une première chose. Enseignant est un métier. Madame, monsieur, c'est un métier. On n'en doute pas. Ben, je sais bien que vous n'en doutez pas. Je ne voulais pas vous admonester. Je voulais le rappeler à ceux qui nous écoutent. C'est un métier. Ça s'apprend. Il y a des formes pour apprendre. Dans les moments difficiles, l'administration de l'éducation nationale doit aider les professeurs à bien traiter une difficulté. Je ne sais pas comment c'est fait aujourd'hui. Je sais une chose.

Lorsque Samuel Paty a été mis en danger, son administration n'a rien fait. Elle est donc coupable. J'y vois un signe que la rectrice de l'Académie de Versailles est une personne qui a été nommée en dehors des circuits de l'éducation nationale pour faire plaisir à monsieur le président de la République. Samuel Paty était menacé et son assassin était connu des services de la police. Personne n'a rien fait.

16:43
Présentateur

Que l'institution soit coupable, les mots ont un sens, c'est très lourd comme accusation.

16:48
Jean-Luc Mélenchon

Alors attendez, je vais la retirer pour ne pas passer ma semaine à me justifier sur tous les tons du mot. Je veux vous... Monsieur Ali Badou, est-ce que vous entendez... Je vous entends parfaitement bien. Est-ce que vous me comprenez ? Je dis que cet homme était menacé, que l'approviseur du collège a accepté de discuter avec un parent d'élève dont l'enfant n'était pas présent le jour du cours, accompagné d'un élément qui est aujourd'hui en garde à vue, qui est une personne qui n'avait rien à voir avec le coin, qui n'habite pas là-bas, qui n'est pas parent d'élève. Tous ces gens-là savaient qu'on était dans une escalade et ils n'ont rien fait. De même que la police qui se connaissait...

17:24
Présentateur

Pardon ? Laissons les enquêteurs enquêter avant d'en tirer des conclusions. Vous avez raison. Alors vous, faites-en de même. Ils vivent au standard.

17:31
Jean-Luc Mélenchon

Faites-en de même, s'il vous plaît, Ali Badou, parce que moi, je suis en train de dire ce qui est en fait. Je ne suis pas en train de spéculer. Oui ou non, M. Badou, l'administration de l'éducation nationale dans le rectorat de Versailles est-ce qu'il fait quelque chose ? Nous vous posons des questions, pas l'inverse. Ah bon, pardon, c'est un commissariat ? C'est ça le principe ? Mais non, pas du tout. C'est comme au standard, ça s'appelle un dialogue. Oui, oui, oui, mais attendez M. Badou, je ne laisse rien passer. Je sais ce que ça me coûte après. Vous ne voulez pas entendre nos auditeurs ? Vous voulez à tout prix que j'ai accusé l'éducation nationale. Je ne l'ai pas fait. Pas du tout.

Je fais un constat. J'accuse le ministre de l'éducation nationale de ne rien faire et en nous insultant de faire une espèce de diversion pour qu'on ne parle pas de son bilan.

18:07
Auditeur

Je crois qu'on a bien compris. L'administration

18:09
Jean-Luc Mélenchon

de l'éducation nationale doit soutenir les profs au lieu de les tenir en laisse et de vouloir les suspecter tout le temps de ne pas faire leur boulot. Vous croyez que j'ai oublié la campagne sur les profs décrocheurs pendant toute la période du Covid ? Toutes ces insultes sur les enseignants sans que le ministre ne trouve un mot à dire pour défendre tous ces braves gens ? Non, non, non, je n'oublie pas. Bonjour Mathieu

18:29
Présentateur

et bienvenue sur France Inter. Oui, bonjour France Inter, bonjour M. Mélenchon. Bonjour M.

18:34
Auditeur

Voilà, moi j'ai une question concernant la prochaine présidentielle. Je pense qu'il serait temps d'arrêter les querelles d'égo et que nous, les électeurs de gauche, on a envie d'avoir quelqu'un de gauche. J'aurais presque envie de dire peu importe qui parce que pour vous, ça ne change pas grand-chose de rater l'élection. C'est-à-dire que vous restez ministre, enfin vous restez député, sénateur, etc. Mais pour nous, ça change beaucoup. Si on a M. Macron, Mme Le Pen, c'est quand même une grande différence.

18:59
Présentateur

Merci pour votre question Mathieu. Votre réponse Jean-Luc Mélenchon ?

19:02
Jean-Luc Mélenchon

Oui, alors ce qui a au moins une certitude, c'est que moi, ce n'est pas une affaire d'égo dans la présidentielle.

19:08
Présentateur

Il a voté pour vous en 2017 Mathieu, il le dit, donc je ne traite pas.

19:10
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, je le remercie parce qu'on a fait une belle équipe et on a fait un beau score. Donc moi, ce n'est pas un problème d'égo. Je vais avoir 70 ans l'été prochain, ma carrière n'est plus en préoccupation. De même, ma gloire, si vous le permettez, elle est assurée par mes actes. Donc ce que je peux faire, c'est me rendre utile. Alors, se rendre utile, en quoi ça consiste ? C'est à ça que je vous invite, Mathieu, à réfléchir. Si nous recommençons à penser qu'il suffit de se mettre d'accord sur des sigles, et puis après, on fait un texte pour que tout le monde soit d'accord, on ramait, où il n'y a pratiquement rien dedans, comme ça, tout le monde est d'accord.

Et d'ailleurs, on l'oublie si toute l'élection finit. Eh bien, on ne convaincra personne. Il s'agit maintenant de créer une majorité. d'ailleurs, pour que vous en soyez bien convaincu, Mathieu, je vous invite à faire le total de ce qui est annoncé dans les sondages. Si on mettait tout le monde, ça fait 25%, donc ça ne fait pas de quoi y arriver. Donc comment va-t-on s'y prendre ? Il faut créer une majorité d'adhésion sur des idées qui rassemblent et qu'ensuite, on applique la VIème République, la planification écologique, le partage des richesses. Il faut qu'on convainque que c'est ça le chemin.

Et à ce moment-là, on entraînera des millions de gens qui aujourd'hui ont l'intention de ne pas aller voter ou de tout envoyer balader.

20:20
Présentateur

Vous savez quand vous vous déclarerez ? Pardon ? Vous savez, vous avez décidé du jour où vous vous déclarerez ?

20:26
Auditeur

Ça devait être fin octobre ou début novembre ? Oui, oui,

20:28
Jean-Luc Mélenchon

parce que je dois terminer de consulter beaucoup de gens qui m'importent et qui m'intéressent sur ce que je dois faire. Car voyez-vous, évidemment, je sais qu'aussitôt, bon, c'est normal, c'est la démocratie, ce sera le tir à vue. Donc, j'ai besoin de consulter beaucoup. Et puis, moi-même, j'ai beaucoup hésité et j'hésite encore.

20:48
Auditeur

Est-ce que la semaine noire que vous venez de vivre fait qu'effectivement, ça bouscule un petit peu votre calendrier ?

20:53
Jean-Luc Mélenchon

Alors, ce qui peut bousculer mon calendrier, ce serait une catastrophe nationale, je ne sais pas laquelle, mais le président est tellement fébrile qu'il fait peur. Nous sommes, pour prendre l'exemple qui a été évoqué tout à l'heure, nous sommes en conflit ouvert avec la Turquie depuis des mois. Bon, les gens qui s'intéressent à la géopolitique le savent. Les Turcs ont bombardé notre position en Syrie et nous ont ensuite agressé en Libye. Nous sommes en opposition avec eux dans l'affaire du Haut-Karabakh. Enfin bref, un peu partout, bon,

21:24
Présentateur

il n'a aucune stratégie. aux côtés d'Emmanuel Macron lorsque le président turc doute de sa santé mentale. Pardon ? Est-ce que vous soutenez le président de la République, Emmanuel Macron, lorsque vous le voyez attaqué par le président turc ? Moi,

21:36
Jean-Luc Mélenchon

je l'ai fait à plusieurs reprises de le soutenir, je ne le ferai plus. Parce que, le mieux que je puisse faire, c'est de me taire. Quand je l'ai vu arriver au Liban et se comporter comme s'il était le président du Liban, j'ai pensé qu'il y avait quelque chose qui tournait plus rond. Le soir, il s'est corrigé en disant c'est un État souverain, etc. Quand nous avons été bombardés en Syrie, quand nous avons été menacés en Libye, on lui a dit sur tous les tons qu'il était temps de poser le problème de savoir pourquoi nous sommes alliés dans l'OTAN avec quelqu'un qui nous bombarde ou qui nous menace.

Il n'a rien fait et il n'a rien prévu et hier soir, vous avez vu comme moi parce que je ne voudrais pas qu'on passe là-dessus trop vite, le président, pour des raisons qu'aucun d'entre nous n'arrive à comprendre, s'est répandu en une série de tweets soit disant dont un en anglais oui, Arouane, nous sommes unis, tweet du président de la République.

22:24
Présentateur

Il a totalement perdu

22:26
Jean-Luc Mélenchon

le contrôle de la situation et je suppose qu'il ne veut pas de bon appui puisqu'il a donné l'ordre que l'on nous charge comme islamistes de gauche ou je ne sais pas quoi, islamo-gauchistes, ce truc. Donc, le président de la République, au lieu de venir maintenant mendier des soutiens, ferait bien de réfléchir à quelle va être sa stratégie. La France est abaissée, humiliée et ridiculisée. Qu'est-ce qu'il compte faire à part des tweets ? Quelle est sa stratégie internationale ? C'est ça qu'on voudrait savoir.

22:53
Présentateur

Quand vous dites que vous avez une cible dans le dos, quand vous a placé une cible dans le dos, question, est-ce que vous avez peur ?

23:01
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, comme je suis un... Vous savez, ceux qui n'ont pas peur, c'est les inconscients. ceux qui sont conscients, ils ont peur.

23:08
Auditeur

Donc vous avez très très peur ?

23:09
Jean-Luc Mélenchon

S'ils dominent leur peur, ils sont courageux. Je voudrais vous rappeler... Mais vous avez peur de la violence physique ? Écoutez, il y a déjà dix personnes qui ont essayé de me tuer. Je le rappelle comme ça parce que ça ne... Ceux qui aujourd'hui me traitent d'islamo-gauchistes ont l'air d'oublier que dix personnes d'extrême droite avaient décidé de me tuer ainsi que monsieur Castaner. Par conséquent, j'ai quelques raisons... Mais oui, monsieur Castaner et moi, tous les deux, nous étions... Vous le voyez, vous l'avez oublié ? Et c'est sur votre antenne, comme personne ne m'avait prévenu de rien, que monsieur Collomb est venu dire « Oui, mais il a été surveillé par le renseignement intérieur.

» C'est pas moi qu'il fallait surveiller, c'est mes assassins. Enfin bref, c'est pour dire qu'il existe une menace et aujourd'hui, monsieur Badou, si vous ne le savez pas, le plus grand nombre des attentats qui sont commis en Europe ne sont pas des attentats islamistes, mais des attentats d'extrême droite. Par conséquent, j'ai quelques raisons, compte tenu des menaces que je reçois, de penser qu'il y a des gens qui m'en veulent et qui ont perdu la raison. Et vous demandez

24:03
Présentateur

une protection policière ?

24:05
Jean-Luc Mélenchon

Une protection policière ? Vous plaisantez ? Je vous pose la question. Protégé par qui ? Non, non, non. Je vais me débrouiller tout seul et pour le reste, comme on dit dans mon pays natal, Mektoub. Mektoub, c'est écrit.

24:15
Présentateur

Merci Jean-Luc Mélenchon. Mais la vérité, c'est que c'est à écrire. L'histoire n'est pas encore écrite. Évidemment. Et alors, disons-le, c'est ça,

24:22
Jean-Luc Mélenchon

c'est la leçon de l'humanisme. Les êtres humains sont auteurs de leur histoire. Et hélas, rien ne nous émancipera de cette responsabilité.

24:28
Présentateur

Merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin, Jean-Luc Mélenchon. Bonne journée.

Jean-Luc Mélenchon : "le ministre de l’Éducation nationale est un ennemi de l’éducation nationale publique" — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote