Marc Ferracci, ministre de l'Industrie et de l'Énergie – 07/07
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
BFM Business présente, la grande interview, Edwige Chevrillon.
Bonsoir à tous, bienvenue dans cette grande interview enregistrée dans les meilleures conditions, chaudement enregistrée ici à Aix-en-Provence dans le cadre des rencontres. Notre invité, puisque j'ai le plaisir d'accueillir mon confrère Philippe Mabuy de La Tribune, qui est avec nous. Bonjour, bonsoir Philippe.
Absolument. C'est un plaisir d'être avec vous.
Et notre invité, c'est le ministre de l'Industrie et de l'énergie, c'est important. Marc Ferracci, bonsoir ou bonjour.
Bonsoir.
Merci d'être là. Il y a quand même beaucoup de questions à vous poser. Il y a l'énergie, bien sûr, la question des énergies renouvelables, est-ce qu'il faut ou pas les arrêter ? La question du nucléaire, la question de l'industrie, la souveraineté, la réindustrialisation. Et puis, il y a quand même cette question, Philippe, du budget, puisque par éthique, le 15 juillet, on saura tout sur le budget. 2026, en tous les cas, c'est ce qu'a dit sur BFM TV le Premier ministre François Béroux. Il y a une chose qui me frappe ici. C'est un sentiment un peu de lassitude des chefs d'entreprise. Il y en a plein. Vous en avez rencontré beaucoup.
Voir des économistes en se disant, de toute manière, en France, là, c'est plus possible. Il y a un divorce entre les politiques et le monde de l'économie, le monde de l'entreprise. Vous le ressentez aussi ?
En tout cas, je peux comprendre la lassitude, parce que depuis des mois maintenant, on est dans une situation d'incertitude politique, d'instabilité politique. On n'a pas eu de budget pendant des semaines et des semaines. Et on sait que les entreprises, pour investir, pour se projeter, pour embaucher, elles ont besoin de savoir quel est le cadre fiscal, quel est le cadre de l'accompagnement, des aides. Et tout ça, évidemment, peut engendrer du découragement, de la démobilisation. Moi, je sais, parce que ça me remonte du terrain, qu'il y a beaucoup de projets d'investissement qui sont suspendus. Et nous travaillons pour que ces projets suspendus ne deviennent pas des projets abandonnés.
Nous travaillons à continuer à donner un cap. Le cap, il va passer par le budget, vous l'avez dit. Il y aura des annonces qui seront faites. Mais ce n'est pas la seule chose, le budget, sur laquelle on peut agir. On peut simplifier et nous sommes en train de finaliser le projet de simplification de la vie économique. On peut agir au niveau européen parce qu'il y a beaucoup de sujets. Je pense qu'on va s'en parler sur l'énergie, sur l'industrie qui se joue au niveau européen. Et là aussi, il y a des avancées, même si maintenant, il faut les concrétiser. L'Europe n'est pas toujours l'endroit qui avance le plus vite, surtout quand on travaille à 27.
Donc voilà, moi, je comprends la préoccupation des milieux économiques, des milieux industriels.
C'est presque une lassitude, c'est presque plus qu'une préoccupation. Vous voyez, c'est un découragement.
Je pense qu'il faut aussi voir le verre à moitié plein. Il y a des entreprises qui sont en difficulté. Il y a des entreprises et des filières qui sont confrontées à de très lourdes difficultés, à une concurrence qui est souvent déloyale, à des problèmes de compétitivité. Puis il y a aussi des entreprises, des filières industrielles qui sont leaders. On a l'aéronautique, on a la cosmétique, on a l'agroalimentaire. Mais très sincèrement, moi, je vais sur le terrain plusieurs fois par semaine et je visite aussi des entreprises industrielles qui ouvrent des sites, qui embauchent.
Et il ne faut pas perdre de vue quand même qu'en 2024, on a continué à créer de l'emploi industriel en termes nets, plus 10 000 emplois. Et ça, c'est aussi la conséquence de ce qu'on a fait ces dernières années. Il faut s'appuyer là-dessus, même si les temps, effectivement, sont compliqués.
Mais Marc Ferrati, il y a un environnement international qui est très incertain, on va en parler. Et il y a un environnement national, vous l'avez dit, avec une instabilité politique. On ne sait même pas s'il va y avoir un budget. Et en même temps, ce budget, la Cour des comptes l'a dit, c'est peut-être celui où il va falloir faire la marche la plus critique depuis des années. Parce qu'avec la hausse des dépenses militaires et la nécessité de faire 40 milliards d'économies, en réalité, c'est une baisse des dépenses en volume qu'il va falloir réussir à faire. Est-ce que vous pensez que c'est tenable ? Est-ce que c'est faisable sans hausse d'impôts ?
Moi, je le pense. Je le pense parce que depuis des années, j'ai milité et j'ai fait des propositions pour réguler la dépense publique de manière plus efficace, pour évaluer les dépenses publiques suivant leur impact. Est-ce que ça crée des emplois ? Est-ce que ça permet aux gens d'accueillir un logement ?
Il y a eu encore 40 milliards d'augmentation des dépenses publiques, là.
Oui, mais ce que je veux dire, c'est qu'au moment où il faut faire des efforts et des économies, il y a des méthodes qui nous permettent de faire des choses radicales. Elles sont fondées sur la science, elles sont fondées sur les évaluations, elles sont fondées sur une question assez simple. Donc, est-ce que cette dépense change vraiment le comportement des entreprises ? Change vraiment le comportement des citoyens ? Et j'insiste vraiment pour répondre à votre question, je pense que c'est possible.
Je pense que c'est possible sans augmenter les impôts. Est-ce que la méthode de faire une analyse de toutes les dépenses est un peu comme l'a fait le Doge aux Etats-Unis, de faire carrément un peu de tronçonneuse, si je puis dire ? Est-ce que c'est ça ou comment est-ce qu'on réussit à ce moment-là à faire cette baisse ? Absolument pas.
Alors, ça n'est absolument pas la méthode à adopter.
Alors, un exemple, illustrez vos propos.
Je vous donne un exemple parmi d'autres. Il y a quelques années, on a mis en place un dispositif qui s'appelle CICE. 25 milliards d'euros pour baisser les coûts des entreprises. On a fait une évaluation qui a été menée par France Stratégie, à laquelle j'ai participé à l'époque où j'étais encore universitaire et chercheur, qui a montré que ça avait créé assez peu d'emplois. On a transformé les 25 milliards du CICE en allégement de charges pérennes qui ont créé des centaines de milliers d'emplois.
Ça veut dire concrètement qu'une évaluation peut amener à des décisions radicales qui portent sur des dizaines de milliards d'euros, lorsqu'elle est bien menée, lorsqu'elle est menée de manière rigoureuse et indépendante. C'est ça, moi, que je veux dire. On sait, aujourd'hui, identifier les niches fiscales qui ne sont pas efficaces, les choses qui n'apportent rien. Par exemple ? Il faut les évaluer et décider en fonction des résultats des évaluations. Mais j'insiste vraiment, on a, aujourd'hui, beaucoup de dépenses d'intervention économique et sociale. Des dépenses qui veulent changer les comportements des entreprises, qui veulent changer les comportements des individus.
Vous avez des dépenses de prestations sociales. Moi, je milite pour une nouvelle réforme de l'assurance chômage. J'en ai piloté trois en tant que conseiller et en tant que parlementaire. Je pense que, là aussi, il y a des marges de manœuvre.
Il faut appliquer celle de Gabriel Attal.
En tout cas, c'est une bonne base de réflexion et de discussion. C'est une réforme, juste pour dire à ceux qui nous écoutent, aujourd'hui, pour s'ouvrir un droit à l'assurance chômage, en France, on a besoin de travailler six mois dans les 24 derniers mois. Dans la plupart des autres pays, on a besoin de travailler un mois sur deux. Alors que là, c'est un mois sur quatre. Ça, c'est un axe sur lequel nous pouvons nous mettre à niveau par rapport à d'autres pays et créer des incitations au retour à l'emploi tout en faisant des économies.
C'est clair, mais notamment quand vous regardez dans les pays nordiques, vous retrouvez aussi un job beaucoup plus facilement qu'en France. Donc ça, c'est un point quand même dont il faut tenir compte. Oui, mais on retrouve des jobs aussi parce qu'on cherche plus intensément. Pouvez-vous nous assurer qu'il n'y aura pas de dose d'impôt pour les entreprises dans le prochain budget ?
Ce à quoi nous nous sommes engagés avec Éric Lombard, c'est à supprimer la surtaxe d'IS qui a suscité chez les entreprises évidemment des réactions, de l'émotion, de la colère peut-être, et à maintenir un niveau d'allègement de charges sociales qui soit similaire à celui qu'il était dans les années précédentes. C'est très important parce qu'il y a eu des débats, vous le savez, sur cette surtaxe d'IS et sur la réduction des exonérations de charges sociales qui ont beaucoup marqué, y compris la sphère politique, puisqu'il y a eu des débats au sein du bloc central. Moi, ce que je dis, c'est que nous faisons tout pour qu'on fournisse aux entreprises de la stabilité sur les règles.
Et si on peut faire mieux, et si on peut, par exemple, je mets ça dans l'atmosphère et dans le débat, basculer une partie du financement de la protection sociale qui aujourd'hui pèse énormément sur le travail avec des cotisations sociales sur d'autres assiettes, certains économistes parlent de taxer le foncier, d'autres parlent de la CSG, le MEDEF parle de TVA social. Moi, je n'ai pas d'option privilégiée. Mais aujourd'hui, ce qui est certain, c'est que quand on compare la France aux autres pays, le coût du travail est plus élevé.
Il y a une décision là-dedans.
Quelle que soit l'option sur cette réforme, vous pensez qu'il faut la faire ? C'est le moment de la faire ?
En tout cas, ce que je sais, parce que moi, je suis sur le terrain et je discute avec toutes les filières industrielles, c'est que l'industrie, à cause des droits de douane, à cause de problèmes de concurrence déloyale qui ne datent pas d'hier avec la Chine, à cause de problèmes de compétitivité qui n'ont pas été réglés ces dernières années, que le rapport Draghi a bien mis en évidence, l'industrie, aujourd'hui, est à la croisée des chemins. Nous avons fait des choses, nous avons recréé de l'emploi industriel, mais si on ne fait rien, si on ne continue pas à réformer, il y aura des difficultés majeures.
Je pense qu'il y a un sentiment d'urgence qui doit nous transverser et pour répondre quand même sur ces sujets de financement, je pense qu'on doit faire des choses dès l'année prochaine et qu'on ne doit pas remettre à 2027 ces chantiers-là.
Oui, je pense que vous avez raison parce que je pense que notre industrie, elle est vraiment en danger. On va en parler juste, c'est encore une question d'actualité qui fera le lien, Philippe, sur la question des droits de douane. On est à J-5, est-ce que cette date du 9 juillet, elle est fatidique ou le coup près va tomber ou alors en fait c'est un peu décalé ?
Non, je pense qu'il n'y a jamais rien de définitif. On est dans des négociations. Les négociations vont donner lieu à des annonces le 9 juillet mais elles peuvent reprendre par la suite.
Donc il y aura des annonces le 9 juillet ?
Écoutez, en tout cas, il y aura du côté européen des prises de position. On a fixé un cadre qui est d'abord de se comporter en européen parce que j'insiste, l'unité européenne, c'est notre meilleur atout. On a 450 millions de consommateurs et on doit s'en servir comme d'un levier de négociation vis-à-vis des Américains. Ça, c'est le premier point. Si on commence à faire prévaloir les intérêts nationaux et à ne pas raisonner et agir surtout en européen, eh bien à la fin, on aura probablement un atterrissage qui se traduira par une asymétrie, c'est-à-dire plus de taxation côté américain que côté européen.
Et moi, j'insiste, les 10% de droits de douane dont aujourd'hui beaucoup pensent que c'est un élément qui pourrait constituer l'atterrissage, je pense que ça n'est pas un bon accord pour l'Europe. Donc, il faut dire non.
Est-ce qu'il ne vaut mieux pas un report plutôt que d'entrer dans une forme de nouvelle guerre commerciale ? Parce que s'il y a riposte européenne, on sait qu'on a vu le comportement de Trump, il ira encore plus loin, il a déjà montré sa capacité à prendre des décisions un peu folles. Donc, est-ce qu'il ne faut pas reporter cette date du 9 juillet à septembre-octobre ?
Ce qu'il faut bien voir, c'est que pendant qu'on reporte, on continue d'être taxé puisque les tarifs, et en particulier sur certaines industries, ont été annoncés qu'ils s'appliquent aujourd'hui. Donc, c'est quand même des dommages collatéraux qui sont infligés à nos industries. Et donc, moi, je ne suis pas forcément pour prendre des mois et des mois. Peut-être que reporter un petit peu, si on voit une voie de passage, ça peut avoir du sens. Mais encore une fois, il faut se donner la perspective d'atterrir et l'objectif, véritablement, en européen, de revenir à la situation avec santé. Je vous donne juste un exemple très concret.
L'aéronautique, c'est une industrie qui est complètement intégrée entre les Etats-Unis et l'Europe, avec des chaînes de valeur qui sont complètement intégrées, des composants qui franchissent plusieurs fois, voire plusieurs dizaines de fois l'Atlantique. Si vous imposez 10% de droits de douane, ce n'est pas 10% une fois, c'est 10% qui vont être imposés à l'intégralité de la chaîne de valeur. Comment est-ce qu'on fait pour tenir un modèle économique avec ça ? Il faut faire très attention à ça.
Oui, mais pour l'instant, on ne voit pas tellement qu'elle est la riposte de l'Europe. Comment faire pour que Donald Trump enlève ces 10% ? Il faut,
à un moment ou à un autre, comme dans toute négociation, poser un rapport de force, montrer ce que sont les réponses et mettre sur la table des réponses qui soient quantifiées et qui impactent l'économie américaine et l'industrie américaine. C'est comme ça qu'on fait une négociation. Et pardonnez-moi, les gens qui veulent prendre un accord asymétrique en disant, allez, pour solde de tout compte, ensuite, on passe à autre chose. Pense-t-on véritablement que l'administration américaine et le président américain va s'arrêter là ?
Oui, mais vous en avez comme Bernard Arnault, le président de l'VMH, qui dit, écoutez, le rapport de force, il n'existe pas, Donald Trump, il faut négocier avec lui, il faut essayer de concilier avec lui.
Vous dites non ? Concilier, négocier, je ne vais pas faire de la sémantique. Il faut trouver un point d'équilibre qui soit satisfaisant pour les Européens et j'insiste, un accord asymétrique ne peut pas être un point d'équilibre satisfaisant. Sinon, si on trouve un accord similaire à celui qui a été trouvé par les Britanniques, qui est profondément asymétrique, il y a des gens qui vont se poser une question qui est de savoir quel est l'intérêt de rester dans l'Europe ? Quel est l'intérêt de ne pas bénéficier
de ce grand marché unique ? Un des éléments de la riposte, c'était d'envisager de taxer les services, les GAFA, et en riposte à la riposte européenne, le budget, le big beautiful bill de M. Trump, prévoyait de taxer les multinationales, notamment. Il semblerait qu'il pourrait y avoir un accord, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de riposte européenne sur la taxation sur du numérique, il retirerait cette fameuse taxation des multinationales. Est-ce que vous pensez que ça prouve qu'on arrive à un point d'équilibre ?
Je ne vais pas me prononcer sur des négociations qui sont en cours, auxquelles je ne suis pas directement partie prenante puisque c'est mon collègue Laurent Saint-Martin, mon collègue Éric Lombard qui participe aux négociations et évidemment le commissaire européen Maros Sefcovic. Ce que je dis, c'est qu'on doit envisager toutes les options en termes de riposte qui nous permettent de revenir à quelque chose d'équilibré et de satisfaisant qui ne déstabilisent pas nos industries et nos chaînes de valeur.
Marc Ferrati, vous avez publié justement à l'occasion de ces rencontres économiques d'Aix-en-Provence « Produire ou périr ? » La préférence européenne, c'est un choix qu'il faut affirmer. Produire ou périr, je suis d'accord, mais en même temps vous regardez ce qui se passe sur l'industrie automobile européenne. L'Europe, quelque part, l'a tué. La Commission européenne, les décisions au sein de l'Union européenne ont tué cette industrie européenne qui était un peu notre fer de lance.
Mais je ne suis pas d'accord avec votre diagnostic. Il est partagé. Il y a d'abord un problème de concurrence qui est massif et d'une concurrence dont les enquêtes ont montré qu'elle était massivement subventionnée. Je pense en particulier aux véhicules électriques chinois. Quand vous constatez que l'ensemble de la chaîne de valeur du véhicule électrique, de l'extraction de lithium pour les batteries jusqu'aux frais de maritime est subventionnée, vous avez un problème qui ne ressort pas des règles européennes. Après, il y a des enjeux de simplification au niveau européen.
Mais il y a un cap pour l'industrie automobile qui a été fixé, qui est le passage aux véhicules électriques en 2035 avec l'idée de ne vendre de véhicules neufs que d'électriques en 2035. Ce cap, je veux le dire, quand on va sur le terrain, les industriels ne nous demandent pas de le remettre en question. Ce qu'ils demandent, c'est des souplesses. Et c'est exactement ce que nous avons obtenu de la Commission européenne quand s'est posé la question des amendes que doivent payer les constructeurs européens. Ces amendes, au titre de l'année 2025, si elles avaient été dues par les constructeurs européens, elles auraient amené à des milliards d'euros et probablement à des destructions d'emplois.
Nous avons choisi, nous avons demandé et obtenu de la Commission qu'on lisse ces amendes. La stratégie vis-à-vis de l'Europe, ce n'est pas forcément de changer de cap parce que je pense que le cap de la décarbonation et de l'électrification... C'est quand même un recul. Ok, mais regardez
les résultats de Renault, les résultats de Stellantis, les résultats de BMW, les résultats...
C'est quand même un recul. Est-ce que la date de 2035 est encore réaliste ? Si on se passe son temps à reporter les amendes et en disant on va vous donner quelques souplesses, l'industrie sera-t-elle en mesure en 2035, l'industrie automobile, sera-t-elle selon vous en mesure en 2035 de cesser complètement de vendre des véhicules thermiques ?
Figurez-vous que le règlement qui fixe toutes ces règles, les amendes, les quotas d'émissions, c'est un règlement qui fait l'objet d'une clause de revoyure en 2026. Donc tous ces débats-là, nous allons les avoir au niveau européen. Est-ce que... Un report est possible. Un report de 2035 est possible. Tout est possible. Ce que je dis simplement aujourd'hui, c'est que la date de 2035, elle a mis en mouvement toute la filière automobile. Et en France, des exemples concrets. Aujourd'hui, quand vous allez à Sochaux dans l'usine de Stellantis et j'y suis allé, vous produisez des I3008 et des I5008 dont tous les composants électriques, le moteur, la batterie sont produits en France.
Quand vous allez à Douai, la R5 électrique, elle a ses batteries qui sont produites de l'autre côté de la rue chez AESC Envision. Ça n'était pas le cas il y a 4 ans, 5 ans. En l'espace de 4 ans, 5 ans, nous avons créé une filière électrique en France. Et les prix des modèles... Mais à quel prix ?
À quel prix ? Lorsque vous voyez l'état de Stellantis, lorsque vous voyez l'état de Renault, vous voyez des constructeurs européens et l'état de la filière automobile, des sous-traitants automobiles.
C'est bien pour ça... Vous avez raison de parler des sous-traitants. C'est bien pour ça que vous avez fait référence à cette tribune. On a besoin de préférences européennes. Ça veut dire quoi la préférence européenne ? Parce que c'est un grand principe. Mais moi, j'y mets des choses très précises. Ça veut dire imposer du contenu local dans les productions européennes au moment de décider de la commande publique, au moment de décider des aides publiques. Il faut un pourcentage de la valeur ajoutée du produit qui soit fabriqué en Europe. Exactement. Et là-dessus, l'Europe doit bouger et elle doit aussi sortir d'une forme de naïveté, notamment par rapport aux règles du commerce international.
Ce sont des pratiques dont on sait qu'elles ne sont pas complètement conformes. En tout cas, qu'elles peuvent être en divergence avec les règles de l'OMC. Moi, ce que je propose et ce que nous proposons au niveau européen, c'est de sécuriser ce type de clause de contenu local pour faire en sorte qu'on soit toujours conforme à l'OMC parce qu'on croit dans le multilatéralisme. Mais derrière, il faut quand même que nos industriels puissent lutter à armes égales et se voir appliquer des règles similaires à celles des Chinois et des Américains.
L'Europe a commencé à bouger sur l'acier ? Pas suffisamment, probablement. Est-ce qu'il faut aller beaucoup plus loin ? Il va y avoir ce débat sur l'acier, également sur la chimie où on n'en a pas parlé mais qui est également en danger en Europe. Est-ce qu'il faut revoir la taxe carbone aux frontières ? Est-ce qu'il faut réformer ce qu'on appelle techniquement le fameux MACSF ? C'est-à-dire cette règle qui consiste à essayer de lutter contre ces importations de produits chinois qui sont produits avec des subventions ?
Tout à fait. D'abord, il faut aller plus loin sur l'acier. Les annonces ont été faites qui sont la traduction de la pression qu'a mise la France. J'ai moi-même créé une alliance de l'industrie lourde avec les pays qui ont des intérêts dans l'acier et dans la chimie qui a fait des propositions qui ont abouti à des annonces de la Commission européenne sur des clauses de sauvegarde c'est-à-dire des quotas d'importation sur l'acier chinois qui soient plus importants. Elles sont déjà en place depuis le 1er avril mais elles ne sont pas suffisantes pour que des entreprises comme Arcelor puissent investir. Il faudrait combien ?
Dans les prochaines semaines, nous souhaitons que les quotas d'importation se limitent à 15% du marché européen. Voilà ce que nous demandons. Nous attendons de la Commission européenne qu'elle fasse droit à ses demandes. Donc effectivement, il faut aller plus loin et sur la taxation carbone aux frontières c'est un élément très important. On impose des contraintes à nos industriels avec les règles européennes et je reviens à ce que vous disiez tout à l'heure. C'est vrai qu'on impose des contraintes pour atteindre des ambitions climatiques. On impose le fait d'émettre peu à peu moins de CO2.
Il faut qu'en miroir, on impose les mêmes contraintes à ceux qui exportent en Europe et ça c'est le rôle de la taxation carbone aux frontières. La taxation carbone aux frontières elle est aujourd'hui insuffisante dans notre analyse parce qu'elle permet du contournement. Nous avons fait des propositions qui vont permettre de durcir le mécanisme et nous espérons que la commission va s'en saisir. Les annonces qui ont été faites ces derniers jours vont plutôt dans le bon sens.
Marc Ferrati, il faut qu'on parle aussi d'énergie parce que mardi est discuté au Sénat ce fameux projet de loi sur l'énergie. On a vu que c'était très compliqué. L'Assemblée nationale il y a eu un barouf en tous les cas pour dire que sur la question des énergies renouvelables relayé par la tribune d'un de vos collègues du gouvernement par la tribune de Bruno Retailleau est-ce que vous avez été surpris est-ce que vous êtes en désaccord total avec les propos de Bruno Retailleau sur les énergies renouvelables en disant on a le nucléaire pas besoin de mettre autant d'argent dans les énergies renouvelables ?
D'abord qu'est-ce qui s'est passé à l'Assemblée il y a quelques jours et qu'est-ce qui est en train de se passer au Sénat ?
On a eu dans le cadre de l'examen de cette proposition de loi c'est pas un projet de loi du gouvernement c'est une proposition de loi d'un sénateur mais en tout cas le gouvernement soutenait le principe on a eu des amendements notamment du Rassemblement National et de la droite républicaine donc des LR qui ont introduit un moratoire sur les énergies renouvelables ce moratoire ça signifie arrêter des dizaines des centaines de projets d'investissement créateurs d'emploi dans tous les territoires c'était inacceptable et c'était surtout contraindre à la stratégie énergétique que nous nous sommes fixés ensuite effectivement parce que cette proposition a été rejetée à cause de ce moratoire et je m'en félicite j'ai demandé à ce qu'elle soit rejetée elle est revenue au Sénat maintenant le texte chemine au Sénat il a été adopté en commission de manière assez équilibrée équilibrée ça veut dire qu'on laisse la place au nucléaire et aux énergies renouvelables et effectivement cette tribune de Bruno Rotaillot elle m'a surpris je dois le dire elle m'a surpris parce que le contenu ne me semble absolument pas en phase avec ce que nous savons de notre système énergétique ce que nous savons de notre système énergétique c'est que on a de l'univers pour assurer pour assurer la sécurité d'approvisionnement électrique nous allons devoir renouveler notre parc nucléaire sauf que ça va prendre du temps les premiers réacteurs dont j'ai moi-même participé à l'élaboration de leur schéma de financement seront en place en 2038 dans l'intervalle nous avons besoin des renouvelables sinon qu'est-ce qui se passe ?
on est dépendant des énergies fossiles qui nous coûtent 70 milliards d'euros par an sur notre balance commerciale on est dépendant du gaz on est dépendant du pétrole de pays qui ne sont aujourd'hui pas des pays complètement amis ça c'est insupportable pour des raisons de souveraineté donc je n'ai pas compris cette tribune il nous reste quelques minutes
juste très rapidement sur le plan politique Agnès Pannier-Runacher a dit qu'il y avait une prise d'otage de l'écologie par l'extrême droite voire même la droite aujourd'hui au détriment finalement de l'intérêt industriel de ces filières qui sont très importantes pour les territoires vous dites quoi vous aux gens qui travaillent dans les énergies renouvelables et qui veulent développer des projets ?
et bien je leur dis que nous sommes en soutien juste après le rejet de la PPL à l'Assemblée j'étais sur un parc éolien en Vendée c'est un territoire qui est cher au ministre de l'Intérieur et qui est mon collègue Bruno Retailleau dans lequel il y a des emplois industriels grâce à l'éolien en mer toutes ces filières industrielles elles sont aujourd'hui le relais de notre croissance et de notre création d'emploi donc je dis très clairement à ces filières que nous souhaitons publier la programmation pluriannuelle de l'énergie par décret dès que les débats au parlement auront eu lieu pour donner de la visibilité parce que les investisseurs en ont besoin
ok donc ça sera par décret
mais ce sera par décret parce que au risque de provoquer la loi prévoit déjà un décret nous allons aller au bout des débats parlementaires et comme la loi le prévoit une fois que la loi aura été adoptée au risque de provoquer
la colère du RN simplement parce que le RN s'y oppose complètement à ce projet de PPL
écoutez le RN a une approche complètement hémiplégique ils sont dans une sorte de croisade
ça coûte très très cher
ils disent beaucoup de bêtises quand le RN dit qu'avec leur stratégie basée sur l'énergie nucléaire ils vont pouvoir diviser par deux la facture électrique des français ils se moquent du monde la facture électrique des français c'est 200 milliards d'euros si on retire 100 milliards sur la facture qui paye ? moi j'ai simplement une question à poser au RN qui paye ? et bien il n'y a aucune réponse à cette question
quand est-ce que vous allez prendre la décision finale sur la construction des EPR ? on les attend ?
bah la décision le principe de la décision il a été acté politiquement par le conseil de politique nucléaire du président nous avons aujourd'hui un schéma de financement qui est prêt qui va être notifié à la commission européenne et ce qu'on appelle la décision finale d'investissement elle sera prise courant 2026 mais il faut bien avoir en tête que ça a déjà commencé la construction des EPR moi j'étais au Creusot dans l'usine Framatome on construit déjà les cuves des futurs EPR donc la filière n'a pas attendu cet acte administratif de la décision d'investissement pour commencer à fabriquer
est-ce que le nouveau président d'EDF a été plus efficace sur la négociation avec les électrointensifs les industriels qui consomment beaucoup de l'énergie est-ce qu'il y a des contrats qui ont été signés ?
oui on en a annoncé un avec Aluminium Dunkerque sur des volumes d'électricité extrêmement importants le sidérurgiste Marché Gallia qui est à Fosse en particulier a également j'étais présent annoncé la signature d'un contrat très prochainement sur des volumes aussi très importants et de manière générale les négociations sont en train de se dérouler de manière positive j'espère que dans les prochaines semaines on aura des volumes significatifs de contrats signés par nos électrointensifs qui sont soumis à une concurrence très dure à la fois sur le plan des subventions mais aussi parce qu'en Chine ou dans d'autres pays il y a de la production d'électricité à bon prix donc ça ça fait partie de nos atouts de notre fierté française et moi mon boulot de ministre de l'industrie et de l'énergie c'est bien de fournir à nos industriels de l'électricité à des prix compétitifs et de manière abondante
alors si on parle des télécoms SFR le démantèlement des SFR est sur la table on voit bien que ça peut conduire à la consolidation enfin du secteur des télécoms est-ce que l'état est le premier actionnaire d'Orange est-ce que vous êtes vous en tant que ministre d'industrie vous êtes favorable et dans quelles conditions
il y a de multiples options qui sont liées aux évolutions capitalistiques du SFR et l'état ici les regarde avec le souci un de protéger le consommateur il faut toujours être conscient de ça et le souci de trouver un équilibre entre la protection du consommateur et les capacités d'investissement des opérateurs une fois qu'on a dit ça toutes les options de rapprochement ou d'intervention d'acteurs extérieurs d'ailleurs
est-ce qu'à la fin de cette histoire il va pas y avoir fatalement une hausse des prix des forfaits mobiles c'est quand même la crainte des consommateurs parce qu'on est dans un marché à 4 qui va se consolider à 3 en tout cas dans une formule qui est très différente de celle qu'on a connue depuis la création de Free est-ce qu'on va avoir le même degré de concurrence est-ce qu'on va pas avoir une hausse des prix dans les télécoms
moi je ne préjuge pas de ce que sera l'issue de cette opération capitalistique vous parlez de rapprochement il y a d'autres options que le rapprochement s'intéressait à ces actifs il pourrait y avoir des étrangers qui pourraient rentrer et donc j'insiste protéger le consommateur permettre aux opérateurs d'investir et protéger je réponds par avance à votre question protéger les infrastructures qui sont absolument en pratique
pour notre souveraineté est-ce qu'un étranger est-ce qu'un européen pourrait racheter plutôt que les opérateurs français les actifs de SFR est-ce que c'est pas l'occasion pour faire la consolidation mais avec des européens ça n'est pas à moi de encore une fois est-ce que vous y seriez favorable
nous évaluerons toutes les offres qui seront faites
est-ce que c'est une opportunité à ne pas manquer nous évaluerons
toutes les offres qui seront faites y compris s'il est nécessaire au titre de la procédure du contrôle des investissements étrangers en France comme nous le faisons à chaque fois que ce type d'opération se fait pour regarder s'il y a des problèmes de souveraineté qui se posent et pour l'instant nous n'en sommes pas là nous attendons qu'il y ait des offres sur la table
oui juste un point est-ce que c'est pas quand même une fenêtre qui s'est ouverte et qu'il faut saisir de passer de 4 à 3 opérateurs en France comme c'est le cas dans un endroit ailleurs
mais encore une fois vous me posez la même question je vais vous faire la même réponse je vous ai donné les critères de ce que sera l'appréciation du gouvernement parmi ces critères il y a être capable d'investir et certains opérateurs nous disent que c'est plus facile d'investir quand on est moins nombreux mais la réalité c'est qu'on doit trouver cet équilibre entre les prix la capacité d'investissement et les enjeux de souveraineté
est-ce que juste ça s'est calmé les relations entre la France et l'Italie sur le dossier et c'était Micro Electronics on savait que ça a été chaud compliqué ça y est c'est arrangé
nous travaillons de manière très coopérative avec nos amis italiens ça veut dire vous continuez à travailler et sur tous les dossiers et sur tous les dossiers et de manière plus générale d'ailleurs sur la politique européenne nous avons beaucoup de motifs d'alignement sur l'industrie lourde par exemple nous sommes très alignés avec les Italiens
merci beaucoup merci Max Ferrati d'avoir été avec nous d'avoir répondu à nos questions avec Philippe Mabille le ministre de l'industrie et de l'énergie était notre invité
la grande interview sur BFM Business
Marc Ferracci