Discours de Jean-Luc Mélenchon à la Convention pour les élections municipales 2026
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci, merci. Ah non, ah non, c'était pas, c'était pas notre accord. Ça fait dix ans qu'on dit qu'on ne crie pas mon nom, on crie résistance, unité populaire. Merci, je vous en prie. Si nous sommes, comme vous pouvez le voir à cet instant et comme vous allez le voir pendant les semaines et les mois qui vont venir, déployer comme nous le sommes, c'est parce que nous nous sommes préparés de longues mains. Notre préparation a commencé comme c'est notre manière de faire, comme c'est notre habitude, par une réflexion théorique en profondeur organisée par l'Institut La Boétie.
Puis ce fut un travail d'écriture et non des moindres pour produire les éléments qui vous permettent ensuite sur le terrain de mener des campagnes auxquelles vous n'êtes pas forcément préparés par votre expérience ou votre vie. Tellement ample, tellement large ces campagnes. Ce quitte argumentaire pour les municipales. Cette boîte à outils pour les programmes des municipales. Ce répertoire des radicalités concrètes. Et enfin, un livre collectif. Et puis, bien sûr, il y a eu l'inventaire des moyens à déployer, les têtes de liste à fixer et la préparation de cette rencontre solennelle qui donne notre coup d'envoi.
Pour tout ce travail accompli avec patience et discipline pendant des mois et des mois, que chacun soit ici remercié. Car nous ne serons jamais ceux qui viennent dans une élection seulement avec pour programme la peur des autres. Ni non plus ceux qui perdent de vue un seul instant le devoir d'empêcher le pays de rouler à l'abîme où il va du fait de ceux qui les dirigent. Mais pour agir à bon escient, pour bien comprendre ce que nous sommes en train de faire, il faut analyser la réalité du pays dans la profondeur de son nouvel État. J'en dirais ceci. La France vit désormais tout entière dans une même civilisation urbaine.
C'est elle qu'il s'agit de transformer, de démocratiser, de démarchandiser au niveau local. Civilisation urbaine, le terme ne désigne pas seulement les gens qui vivent dans ce qu'il est convenu d'appeler la ville, la ville sans fin. Il nomme aussi ceux qui vivent dans ce qu'il est convenu d'appeler les zones rurales. Une nouvelle France, en réalité, s'est constituée, avec le remplacement des générations depuis 1958, date de naissance de la Vème République. Une profonde mutation dans la façon de vivre la plus intime a eu lieu. Elle appelle à son tour d'autres pratiques politiques. Une autre République, la sixième, que nous préparons aussi dans cette élection municipale.
La mutation, amis et camarades, ne tient pas aux lieux. Les lieux sont les mêmes, parfois, depuis si longtemps. La mutation vient de la nouvelle condition humaine des populations, en ville et en zone rurale. Retenons déjà ceci pour toute la durée de la campagne. Nous ne sommes pas élus pour des territoires. Notre première question sera toujours « Qui est là ? » Nous serons avant tout les élus des populations dans leur diversité. Nous le savons, à l'heure actuelle, en ville et en ruralité, les uns et les autres vivent les mêmes aspirations au bonheur et les mêmes réalités qui les contrarient.
Alors, il est temps d'écarter les schémas caricaturaux et souvent méprisants pour comprendre la réalité qu'il nous faut aborder. Non, les citadins actuels, ultra-majoritairement, ne sont pas des bobos qui font la fête et plantent du cannabis sur leur balcon. Les quartiers populaires, abandonnés de longues mains par l'État, ne sont pas des jungles peuplées de barbares. Ils vivent tout autrement une vie qu'ils tâchent de rendre plus humaines. Non, les ruraux de notre temps, ultra-majoritairement, ne sont ni agriculteurs ni chasseurs. Ce sont d'ailleurs désormais souvent aussi des exilés des villes.
Leur rêve n'est pas de conduire au diesel en fumant des citadins de maïs, comme s'était moqué un député macroniste. Ils vivent eux aussi tout autrement une vie qu'ils tâchent de rendre plus humaines, tout simplement. Les uns et les autres dépendent pour vivre tous des coûteux réseaux de téléphonie, d'eau, d'électricité, de wifi, d'alimentation, pour ne parler que du plus élémentaire sans lequel on ne peut vivre de nos jours. En zone rurale comme en zone hautement urbanisée, on subit les mêmes déserts médicaux. C'est le cas pour 30% de notre pays et c'est 60% pour la région de l'île de France.
Partout, les mêmes déserts alimentaires, les mêmes déserts éducatifs, les mêmes solitudes, les mêmes pauvretés croissantes, les mêmes déplacements incessants, les mêmes pollutions aux pesticides, les mêmes eaux usées, polluées. 85% des communes n'ont pas de crèche, 65% des communes n'ont aucun commerce, 57% des communes n'ont désormais aucun point de retrait bancaire, 55% d'entre elles n'ont pas de bibliothèque, un quart n'a pas d'équipement collectif. Alors la différence des situations entre les zones hautement urbanisées et la ruralité urbanisée est ailleurs.
Cette différence, c'est surtout et avant tout celle des distances et des moyens de transport pour rencontrer les autres et accéder aux essentiels de la vie quotidienne. Car oui, depuis deux ou trois siècles, en France, on ne fait toujours pas plus de 3 à 4 déplacements par jour. Mais si, en 1800, on ne parcourait pas plus de 4 à 5 kilomètres dans une journée, la Nouvelle-France parcourt quotidiennement 45 kilomètres, c'est-à-dire 10 fois plus qu'en 1958. 1958, nous y revoici. C'était le début de la Ve République. Son monde touche à sa fin. La France de la Ve République, c'est celle née dans la violence de la décolonisation et l'exode rural.
C'est celle d'une seule chaîne de télé commençant ses programmes à 18 heures. Celle des 10% de bacheliers. C'est celle des usines et du capitalisme national sans téléphone partout. C'est celle des femmes sans droit à la contraception ni à l'avortement. Sans droit au travail ni au compte chèque bancaire, à moins d'une autorisation du mari. Quel bouleversement depuis ! C'est devenu la France des réseaux et des services, des usines disparues, du capitalisme financier transnational, des connexions individuelles intenses, des 400 chaînes de télé, des 80% d'une classe d'âge bachelière.
Et d'un féminisme de conquête inscrite dans la loi et même dans la Constitution depuis peu, grâce à la loi panneau des insoumis sur le droit à l'IVG. Ce nouvel âge de la France a connu aussi une profonde réorganisation administrative et politique de son espace. La France des communes d'il y a peu naguère fixant et percevant directement ses impôts, puis se groupant librement, si elle voulait, en syndicats intercommunaux, est devenue la France des métropoles et des fusions imposées, celle où la gestion managériale des territoires confiscatoires et opaques remplacent le souci de la vie quotidienne des gens.
Pour finir, l'économie de marché a engendré une société de marché où toute la vie quotidienne est soumise à la marchandisation des besoins humains. Et le bilan est là. C'est le bilan de cette civilisation dans laquelle nous vivons. Le néolibéralisme triomphant n'a tenu aucune des promesses d'épanouissement qu'il avait faites aux populations qui l'ont cru. Au contraire, il a fracturé toutes les sociétés, détruit les cohésions sociales et familiales, abîmé le droit au silence et à la nuit, empoisonné l'air et l'eau et engendré combien d'autres métamorphoses insupportables. Mais notre nouvelle France est là.
Nouvelle comme sa population, ses façons de vivre, sa vie, sa créolisation et par-dessus tout, son appétit du futur. Cette nouvelle France, combien ne la voient pas, combien ne veulent pas la voir, combien ne veulent surtout pas la voir. La nouvelle France, c'est d'abord un peuple de migration intérieure, où une personne sur deux n'habite pas dans le département où elle est née et où un bachelier sur trois ne retourne jamais dans le département où il a grandi. C'est la France aussi où un sur trois d'entre nous compte un grand-parent étranger quand c'était un sur dix en 1958, un grand-parent dont nous gardons intacte la mémoire et la reconnaissance pour ce qu'ils ont fait pour nous.
Eh bien oui, c'est une autre France qui bouscule les routines et ce que l'on avait autrefois toujours connu. Une autre France intime où désormais un mariage sur deux divorces et où un enfant mineur sur trois a un parent séparé. Ou une famille sur quatre et monoparentale quand c'était une sur dix en 1970. Et voici les trois millions de nos enfants qu'elle compte. Ce sont nos familles, de vraies familles qui n'ont pas besoin d'adjectifs quand on les désigne soi-même. Cette nouvelle France est bigarrée. C'est celle des familles recomposées vivant en surpeuplement intermittent. Ici, le combat contre le logement indigne et contre la pénurie de logements stables et à bon marché vital.
Et partout, ce sont des gens dont tous les temps de vie sont dominés par ce déshoraire, des activités sous contrainte. Alors oui, à l'heure de l'élection municipale, comment ce nouvel état de nos vies est-il pris en compte au niveau communal ? C'est le sujet de nos programmes. Car quelle est la vie des familles après 40 ans de néolibéralisme halluciné et 8 ans de macronisme ou paradisiaque pour une petite proportion de très riches mais catastrophique pour tous les autres ? Je ne signalerai que le plus douloureux du résultat est le plus honteux pour ses auteurs.
8 millions de pauvres à l'aide alimentaire, 3 000 personnes à la rue, 11 millions de pauvres que comptent les statistiques officielles, telle est la France dorénavant. Dans les villes de toute taille, une gare sur deux a fermé, un tiers des bureaux de poste a été supprimé, une école par jour a été fermée, un tiers des maternelles a été fermé. mais qu'on ne s'y trompe pas, puissant de la terre. La résignation n'a toujours pas domestiqué notre peuple. Le goût du futur reste dans nos familles et anime nos combats comme en témoigne cette salle parmi nos enfants. Oui, nos enfants et si souvent, grâce à eux.
Car la nouvelle génération, c'est cette jeune génération plus déduquée et plus diplômée qu'aucune autre avant elle dans notre histoire. Une génération qui étudie et dont 50% doit travailler en même temps et qui souvent, pour notre honte, a faim. Une génération autonome et indépendante d'esprit, mais dont 75% des 18 à 24 ans doivent habiter sans autre choix chez leurs parents. Et surtout, et surtout, et surtout, une génération plus conscientisée qu'aucune autre avant elle, où 69% de ceux qui ont entre 18 et 30 ans se disent prêts à changer d'emploi pour un autre travail s'il est écologiquement utile.
Où 60% invoquent comme un motif de démission de leur emploi le manque d'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Oui, nous le savons. Chaque génération est un peuple nouveau. Le grand remplacement est un fait de nature contre lequel, fort heureusement, personne ne peut rien. Et il est bien vain de vouloir autre chose. Nous ne regarderons donc jamais notre époque. Avec le regret, ou pire, la nostalgie, du Minitel, du téléphone filaire ou du Formica. Nous le savons. La nouvelle France de notre temps, instruite et mélangée, ne demande à personne le droit d'exister.
Elle ne s'excuse pas d'être là, ni de vivre, ni d'aimer, ni de former de nouvelles familles, ni d'avoir des projets professionnels non conventionnels. Les élections municipales vont appeler aux urnes cette nouvelle France, telle que je viens de la décrire, pour parler de la vie quotidienne, telle qu'il s'agit de la transformer et de la démarchandiser. Alors, ce seront des élections politiques, du fait du contexte actuel d'effondrement du pouvoir politique et parce que nous serons à un an de l'élection présidentielle dont ceci pourrait bien être un galop d'essai. Cette élection peut donc préfigurer le monde que nous voulons commencer, celui de l'avenir en commun.
Par l'unité populaire sur les revendications du peuple, par la politique qui rassemble ce peuple contre l'oligarchie pour qui la ville n'est rien d'autre qu'un projet de machine à cash, nous voulons, nous, construire un peuple indivisible dans une nation vraiment laïque, c'est-à-dire débarrassée de l'islamophobie, du racisme, du sexisme et de toutes les discriminations où la personne humaine est assignée à une identité restreinte, à des préjugés de bistrot, comme c'est normal. notre projet communal est donc pensé et articulé en phase avec chacun des points de notre projet l'avenir en commun.
Notre projet communal est la reconstruction d'un pays aujourd'hui délabré, car, mon disait, un modèle politique, économique et humain destructeur existe. Nous y opposons le nôtre. Un contre-modèle politique, oui, puisque nous voulons passer à la sixième république, alors, nous la préparerons à échelle locale. Nous le faisons avec l'instauration du référendum communal d'initiative citoyenne. Démocratie directe pour les insoumis. Nous le faisons avec la création des nouveaux comités de quartier, ces assemblées citoyennes de base.
Tenez-y et faites-le, car elles seront demain aussi appelées à s'exprimer sur les grandes questions nationales si nous gagnons en 2027, car les assemblées citoyennes des comités de quartier sont les missions de base, les sections de base, les comités de base de la révolution citoyenne et du peuple intervenant continuellement sur ces affaires. Pour nous, la révolution citoyenne est un processus démocratique qui doit s'ancrer en profondeur dans la culture ordinaire de notre peuple. Ce processus doit permettre de reprendre le contrôle des situations de tension, de toutes les situations de tension.
Par exemple, dans le domaine de la sûreté, de la tranquillité publique, que d'autres appellent la sécurité, nous constituerons partout des conseils locaux de la tranquillité publique, destinés à orienter le travail de police et à formuler des avis et des prescriptions sur son déroulement, notamment là où existent des polices municipales. Ce sera une aide à la base, une aide irremplaçable à la réforme générale de la cave au grenier que nous ferons le moment venu de la police dans son ensemble.
Un contre-modèle économique, oui, oui, notre projet est de créer partout des zones zéro chômeur et nous engagerons partout une planification des investissements municipaux pour donner de la visibilité aux entreprises locales dans l'intention de les privilégier ensuite pour qu'elles réalisent le moment venu les projets qui auront été annoncés. Nous ouvrirons partout des bureaux de développement de l'emploi local et de contact avec les entreprises de proximité car nous visons nous autres insoumis qui savons à quelle tâche de réorganisation économique de notre pays nous sommes appelés avec la planification écologique si nous l'emportons en 2027.
Nous sommes demandeurs d'un pacte avec la petite et moyenne entreprise car elle ne peut pas délocaliser car elle comme nous est ici chez elle dans sa patrie et ne l'amène pas à la pointe de ses chaussures et de son portefeuille mais par-dessus tout nous voulons être un contre-modèle humain oui amis camarades futurs élus qui êtes dans cette salle votre première tâche sera de vous doter des moyens communaux de ne plus laisser une seule personne pauvre dans la commune enfermée dans sa pauvreté sa solitude son silence gêné plus une personne qui vive dans la faim la peur le froid est laissée à l'abandon c'est cela le sens profond de la cantine gratuite pour nos enfants qui est une nécessité et des premiers mètres cubes d'eau municipales gratuits qui sont la condition de la dignité humaine personnelle amis et futurs camarades élus votre devoir en toutes circonstances est d'être d'abord frères et sœurs en humanité avec tous vos concitoyens à fond et jusqu'au bout modèle humain oui encore ce seront nos improbables bureaux du temps ils organiseront des bourses d'échange des postes de travail identiques entre zones d'emploi pour tâcher de diminuer chaque fois que possible le temps de transport des salariés en les rapprochant de leur lieu de travail modèle humain notre objectif de développement humain lui-même à nos enfants par la pratique artistique et culturelle notamment musicale et à partir de l'intervention à cette fin dans les écoles et avec la mise de tarifs au quotient familial au total l'idée est de ne laisser personne seule sans aide pour affronter les exigences de la relation aux administrations surtout celles qui se sont dématérialisées écrivains écrivains publics rencontrent d'entraide l'idée de rétablir de la réponse par le collectif partout où l'individu n'est plus traité comme une personne humaine dans ce contexte le rétablissement ou la création de points de planning familial est une priorité de même que d'une façon générale des points d'écoute psychologique en direction des jeunes camarades et amis parmi vous siège en nombre des femmes et des hommes qui seront dans quelques mois des élus locaux et pour un certain nombre d'entre vous vous serez les dirigeants de votre commune c'est un rude service républicain qui vous attend et jamais votre vigilance ni votre exigence à l'égard de vous même quant à l'engagement qu'il faut fournir ne devra se relâcher votre devoir premier partout et tout le temps ce sera la valorisation de la dignité de chaque personne votre première tâche ce sera de régénérer la démocratie locale pour rendre à la population un moyen d'action politique locale permanent il s'agit d'accroître la conscience civique de la population et de sa jeunesse non de l'effrayer par des perspectives de guerre ou je ne sais quelle hallucination d'enrichissement personnel permanent il s'agit d'élever le niveau de conscience et de faire de cette élection un temps fort d'éducation politique populaire de masse car nous en aurons besoin en 2027 si la France nous choisit pour gouverner le pays car nous y sommes préparés aussi amis camarades la longue marche des insoumis va franchir une étape décisive alors chacun à son poste de combat vive la nouvelle France vive la république vive la commune
Jean-Luc Mélenchon