« Avec Sébastien Lecornu, il y a une réduction de l’hostilité au gouvernement, qui était la marque d’Emmanuel Macron » analyse Jérôme Jaffré
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Je voulais vous faire réagir sur l'anniversaire à Matignon de Sébastien Lecornu.
- 1:53OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut comparer ce qui se joue en Allemagne politiquement avec ce qui ne se joue pas encore en France politiquement ?
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Est-ce que la campagne a réellement commencé ?
- 6:34OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous l'organisation impressionnante de la France Insoumise ?
- 9:11OuverteRéponse directe
Qu'en est-il du scénario évoqué dans les Échos d'une dissolution pour casser la dynamique populiste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12InvitéFait
« une réduction de la polarisation, une réduction de l'hostilité au gouvernement et au pouvoir, qui était la marque, il faut bien le dire, d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements dans la période précédente. »
- 2:45InvitéFait
« ça, c'est un changement politique pour l'Europe qui serait extraordinairement important et éventuellement grave pour tous ceux qui sont attachés à la construction européenne telle qu'elle existe depuis 75 ans. »
- 3:37InvitéFait
« En France, si vous gagnez la présidentielle, vous gagnez pratiquement tout dès lors que vous pouvez espérer avoir une majorité derrière. »
- 6:10InvitéChiffre
« Dans les intentions de vote, actuellement, il est autour de 15%. À la même époque, avant la présidentielle de 2022, il n'était qu'à 8,5%. »
- 7:10InvitéChiffre
« Pour les intentions de vote Marine Le Pen, on n'est pas loin des 35%. Elle a fait 23% au premier tour de 2022. »
- 7:21InvitéChiffre
« aux législatives de 2024, le RN avec les ciottistes, 34%. »
- 10:26InvitéFait
« La percée du Rassemblement national et de ses alliés comme en 2024. »
- 10:35InvitéFait
« la probabilité d'une victoire du Rassemblement national à deux ou trois mois de la présidentielle serait la conséquence de cette dissolution. »
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La
matinale de Radio Classique avec David Abiquaire.
Et Jérôme Jaffray, notre invité de 8h15 aujourd'hui. Enfin, il est 8h17. Bonjour Jérôme Jaffray, politologue, un de nos meilleurs. Je voulais vous faire réagir sur l'anniversaire à Matignon de Sébastien Lecornu. Est-ce que le grand mérite de ce Premier ministre, c'est finalement d'avoir peu parlé
?
Et vous me proposez de le faire,
si
je comprends bien. Vous n'êtes
pas Premier ministre, vous avez le droit.
Non, alors bien, l'habileté de Sébastien Lecornu, politique, elle est réelle. Guillaume Tabard vient de le souligner. Présenté comme un gouvernement de mission, alors qu'on va en parler, chacun ne se préoccupe que de campagne, pré-campagne, battre la campagne, etc. C'est évidemment quelque chose qui le met en valeur. Et puis, la réussite sur le plan politique, je ne parle pas là du bilan, « La France va-t-elle mieux ? » Guillaume Tabard a dit ce qu'il fallait en penser. C'est plutôt d'avoir réduit le degré de polarisation politique, alors que notre pays baigne dans une polarisation maximum.
Nous sommes, avec Sébastien Lecornu, une réduction de la polarisation, une réduction de l'hostilité au gouvernement et au pouvoir, qui était la marque, il faut bien le dire, d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements dans la période précédente. Là, on a une dépolarisation et peut-être une installation d'un personnage, Sébastien Lecornu, non pas pour cette présidentielle-là, mais pour les années à venir, surtout si par hypothèse, il y avait une alternance complète, par exemple vers Marine Le Pen ou vers Jean-Luc Mélenchon.
Alors,
Jérôme Jaffray, vous évoquez la polarisation. On va continuer d'en parler avec ce qui s'est passé en Allemagne, le résultat de l'AFD en Allemagne de l'Est. En 48 heures, on a entendu beaucoup de choses sur ce résultat. Les pro-nazis au pouvoir, la CDU dans l'impasse, Friedrich Merz sur la sellette, et bien sûr des comparaisons avec la dynamique du Rassemblement National en France. Alors, est-ce qu'il faut comparer ce qui se joue en Allemagne politiquement avec ce qui ne se joue pas encore en France politiquement
? Ah,
la comparaison est évidemment tentante, parce qu'imaginez que et la France et l'Allemagne aient en même temps le parti d'extrême droite, même si ça n'est pas la même extrême droite, qui est en tête. C'est le cas du Rassemblement National depuis les législatives de 2024
et
dans les intentions de vote.
Et
maintenant, l'AFD, non seulement elle a triomphé en Sachs-Analt, mais surtout elle est maintenant en tête dans les intentions de vote au plan national.
Alors
ça, c'est un changement politique pour l'Europe qui serait extraordinairement important et éventuellement grave pour tous ceux qui sont attachés à la construction européenne telle qu'elle existe depuis 75 ans. Ça dit quand même autre chose. Ça dit à la fois l'insatisfaction profonde
des
électorats et des Français et des Allemands, la crainte d'un effondrement du modèle social, du système économique et même de la mise en cause, si vous voulez, des partis traditionnels. Il y a un épuisement des partis traditionnels qu'on constate en France et en Allemagne. Alors maintenant, limitons, c'est pas le même système politique. En France, si vous gagnez la présidentielle, vous gagnez pratiquement tout dès lors que vous pouvez espérer avoir une majorité derrière. C'est donc presque sur un coup de dés qu'en France, ça peut se faire. En Allemagne, vous avez un système parlementaire.
Même si vous avez 30% des voix aux élections législatives, comme l'AFD l'espère aujourd'hui, c'est pas vous qui faites le gouvernement si les partis se coalisent pour vous en empêcher.
Et
c'est pas les mêmes idées non plus. Entre l'AFD et le Rassemblement National. Et du coup, je dirais presque que le Rassemblement National pourrait presque jouer le parti recentré, le parti presque modéré par rapport à ce qu'on peut lire du programme que l'AFD, par exemple. On voit que dans les excès d'ailleurs de la décentralisation, quand on voit par exemple qu'en Saxe-Analt, si l'AFD arrive à diriger le land, les programmes scolaires peuvent se trouver bouleversés, les élèves peuvent se trouver séparés dans les écoles, les élèves handicapés, les élèves d'origine étrangère, placés à part, inimaginables dans notre pays, bien sûr.
Jérôme Jaffray, l'invité de la matinale de Radio Classique. J'en viens à la campagne française. Est-ce qu'elle a réellement commencé ? Vous qui en avez scruté, allez, je dirais un certain nombre, avec tout le respect que je vous dois et que je dois à votre expérience.
Vous êtes gentil et sachez que la curiosité est toujours intacte, en tout cas. Est-ce que la campagne a démarré ? Alors, nous avons plusieurs campagnes, en vérité. Nous avons ce que j'appellerais la campagne tour de piste, de ceux qui se faufilent pour profiter un peu de la lumière, essayer de s'installer. Et là, évidemment, il
y
a un jeu médiatique extraordinaire maintenant, le jeu des chaînes d'info, qui passent leur vie à inviter un tel et un tel. Et la bête se nourrit en permanence et favorise donc ce tour de piste. Il y a la campagne de départage. C'est une autre campagne, là. Il s'agit de savoir, d'ici fin décembre, je dirais, c'est vers le 15-20 décembre que la pré-campagne s'achève et début janvier, on rentre dans la véritable campagne. Campagne de départage, évidemment, par exemple, entre Philippe et Attal, les jeux au sein du Parti Socialiste. Ce n'est pas un hasard si François Hollande dit c'est en décembre que je verrai ce qu'il en est. Donc, on a ça.
Et puis, il y a une troisième campagne, c'est la véritable campagne. Là, par exemple, le seul qui l'est vraiment engagé, c'est Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise, avec une puissance militante, une puissance numérique impressionnante à la vérité et un travail de fond qui existe. Donc, nous avons plusieurs campagnes différentes et du coup, un démarrage de Jean-Luc Mélenchon impressionnant. Dans les intentions de vote, actuellement, il est autour de 15%. À la même époque, avant la présidentielle de 2022, il n'était qu'à 8,5%. On voit la différence. Mais il n
'y
a pas de loi qui fait que vous passez forcément de 8,5% à 22%, ce qu'il a fait au premier tour de 2022, et que vous passeriez de 15% à 30% par la même magie.
Justement, vous dites que la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon sont impressionnants d'organisations, de structurations. Comment l'expliquez-vous ? Parce que la France Insoumise, ce n
'est
pas un parti qui existe depuis 1917. Alors,
il y a quand même un héritage, bien sûr. Il faut bien comprendre que la structuration des opinions publiques, aujourd'hui, se passe en trois dimensions.
Vous
avez la dimension de la sanction. C'est ce qui porte le Rassemblement national. C'est ce qui installe si haut Marine Le Pen dans notre paysage politique. Pour les intentions de vote Marine Le Pen, on n'est pas loin des 35%.
Elle
a fait 23% au premier tour de 2022. Zemmour faisait 7% à côté. Mais il faut bien comprendre que, déjà, aux législatives de 2024, le RN avec les ciottistes, 34%. Donc, ce n
'est
pas aberrant comme score. Ce qui porte Le Pen, c'est la sanction. Sanctionner une classe politique qui a échoué. C'est ce que pensent énormément de Français, il faut bien le dire. Vous avez une demande de radicalité. C'est ce qui porte la France Insoumise, et en particulier dans la jeunesse. Et là, par exemple, le thème du changement climatique, l'adaptation au changement climatique, Mélenchon, il a su mettre ça en dimension et en explication dès la rentrée. Et alors qu'il me semble que les autres candidats sont là dans le silence. Et puis, l'autre dimension, c'est un peu le risque pour les autres. C'est la continuation. Alors que, précisément, les Français ont un sentiment d'échec.
Parler de la dette, par exemple, pour les candidats, au fond, les Français le traduisent, mais c'est la mauvaise gestion des 30 dernières années, de ceux qui, des républicains ou socialistes, en passant par les macronistes, ont dirigé le pays. Alors, vous nous parlez du problème de la dette, donc vous nous parlez, en fait, de votre mauvaise gestion. On voit l'extraordinaire difficulté. Sortir de l'idée de continuation.
Et
puis, il y a une
stratégie d'évitement des Français. À aucun moment, ils se disent, la dette est creusée par un État-providence qui nous profite,
y
compris à nos retraités.
Non, bien sûr. Et c'est la mauvaise gestion de l'État qui est mise en avant. C'est parce que l'État ne s'est pas géré. C'est parce que l'État dépense trop. Il suffit de baisser les dépenses de l'État par magie pour régler le problème. Mais d'un autre côté, il faut bien le dire que les politiques de ces 30 dernières années, 40 même, remontons à François Mitterrand et à son élection de 1981, ont installé un système qui, d'année en année, creusait précisément ces déficits et cette dette.
Jérôme Jaffray, l'heure tourne. Il y
a
un scénario qui a été rédigé, en tout cas évoqué hier dans les Échos, sous la plume de Jean-Marie Vittori, si j'ai bonne mémoire, qui est celui d'une dissolution qui permettrait de casser la dynamique populiste et qui serait une espèce de formule comme ça, concoctée par le pouvoir. Ou en tout cas, beaucoup de gens y réfléchissent. Qu'en est-il ? Est-ce que vous avez de meilleures informations ?
Alors, en termes d'informations, zéro. Moi, je suis dans l'analyse, modestement. Et donc, je suis de ceux qui pensent qu'une bonne analyse est parfois plus utile qu'une mauvaise information. Et dans le cas précis, il me semble que ça relève de la mauvaise information. Alors, je vois bien le jeu politique. Agiter l'idée de dissolution en cas, par exemple, de censure sur le budget par les oppositions liguées. Parce que le problème de l'adoption du budget à quelques mois de la présidentielle, c'est très difficile quand vous n'avez aucune majorité de trouver des soutiens extérieurs. C'est le moment ou jamais de dire mais le pouvoir, c'est n'importe quoi, fait n'importe quoi.
On ne peut pas l'accepter. Ça, donc, c'est une menace. Et dire on peut éventuellement aller à la dissolution fait peur. Et non. Mais d'un autre côté, réfléchissons. Qu'est-ce que serait une dissolution avant la présidentielle
? Ce
serait d'abord la percée du Rassemblement national et de ses alliés comme en 2024. Il n'y aurait pas de front républicain à quelques mois de la présidentielle impossible d'organiser un front républicain. La conclusion, c'est que la probabilité d'une victoire du Rassemblement national à deux ou trois mois de la présidentielle serait la conséquence de cette dissolution. Elle faciliterait dans la foulée l'élection de Marine Le Pen à la présidentielle.
Eh bien, si Emmanuel Macron, après la dissolution de 2024 qui est encore présente dans toutes les mémoires, ajoutait une deuxième dissolution puisque c'est le président de la République, Article 12 de la Constitution qui seul peut prononcer la dissolution, si Emmanuel Macron recourait à cette stratégie, eh bien, je ne donne pas cher à ce moment-là du jugement que l'histoire porterait sur lui.
C
'est un excellent mot de conclusion. Jérôme Jaffray au micro de Radio Classique, merci d'être venu faire le point sur cette campagne, tour à tour pré-campagne, tour à tour campagne de sélection darwinienne. On en reparlera avec vous si vous le voulez bien dans quelques semaines et on va surtout en parler avec nos esprits libres dans un instant, routez le crié fait Nicolas Béthou, mais avant cela, le rappel des titres et la revue de presse d'Hervé Gatégno. A bientôt Jérôme Jaffray.
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