Sandrine Rousseau : "Je veux faire un effet "wake up""
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
avance là au tweet que vous avez posté ce week-end, qui a mis le feu au poudre. Il fait 60 degrés en Espagne, 60 degrés, je cite ce que vous avez écrit, très commenté comme message, notamment par la communauté scientifique qui estime que votre tweet est faux, qui n'a pas fait 60 degrés en Espagne. Je vous propose d'écouter notamment l'agronome et docteur en agroclimatologie, Serge Zaka, qui était sur BFM TV hier.
Il faut faire attention à ces discours qui sont un petit peu catastrophiques, hors tiré du contexte et puis sans source surtout, puisqu'ils peuvent alimenter certaines thèses sur les écologistes qui exagèrent sur l'impact du changement climatique. Et donc ça peut avoir des conséquences négatives sur les scientifiques qui travaillent effectivement dans ce domaine.
Des conséquences négatives, c'est-à-dire, on pourrait avoir des personnes qui viennent nous voir sur les réseaux sociaux, on se fait insulter une centaine de fois par jour, il faut savoir sur les réseaux sociaux, mais encore plus d'insultes nous disant que nous exagérons et ça peut avoir un discours sur l'inaction, une conséquence sur l'inaction climatique en disant que les écolos exagèrent, il n'y a pas de changement climatique.
Sandrine Rousseau, vous alimentez le scepticisme à l'égard des scientifiques, si je comprends Serge Zaka. Pourquoi vous avez fait ce tweet ?
Alors déjà, j'en avais fait un autre avec la carte qui mentionnait que c'était au sol et j'ai fait exprès de le supprimer pour faire celui-ci, pour alerter sur la situation. Oui, parce que c'est 60 degrés au sol, c'est pas 60 degrés au sol, on ressentit pour les personnes qui sont en surface. C'est 60 degrés pour les plantes, pour la faune, pour les animaux, pour les enfants qui sont au ras du sol, c'est 60 degrés sur les deux tiers de l'Espagne, c'est une température qui menace la biodiversité, l'agriculture qui dans les villes crée des îlots de chaleur quand il y a des plaques bétonnées, quand il y a des surfaces bétonnées importantes.
En fait, 60 degrés, c'est une température très importante pour aussi travailler sur le ressenti et les effets du réchauffement climatique.
Mais les scientifiques vous disent, c'est pas l'indicateur le plus important. Ils vous disent, ça a déjà existé, 60 degrés. Non, mais ils vous disent, ça a déjà existé. Ce qui est nouveau, c'est les températures en surface, c'est les 2,6% de degrés supplémentaires par rapport aux années précédentes. C'est ça, ils disent les 60 degrés au sol. Au final, c'est important, mais c'est pas nouveau.
C'est quand même un record sur l'ampleur que ça prend, la durée et la superficie que ça représente. Et par ailleurs, j'ai discuté avec des scientifiques ce week-end qui me disent que c'est une température qui est extrêmement importante. Et moi qui ai travaillé par exemple sur les fissures des maisons, 60 degrés, c'est ce qui se passe dans les fondations des maisons et qui fait que les maisons craquent. Mais là où il pose une question intéressante, c'est comment fait-on pour alerter et créer de l'action autour du climat puisque là nous sommes comme pétrifiés face à cet enjeu qui est un enjeu majeur. Et en effet, c'est la question.
Et là-dessus, nous ne partageons pas forcément la même analyse qui est que moi je veux faire un effet wake-up, c'est-à-dire je veux que les gens se réveillent sur la gravité et l'ampleur qu'a ce réchauffement climatique. Quitte à ce que dit Serge Jacca prendre quelques libertés scientifiques. Ce n'est pas des libertés scientifiques, il a fait 60 degrés au sol. Il a fait 60 degrés au sol. Donc voilà. Et que finalement, on en est parlé tout le week-end, est aussi une manière d'alerter sur ce qui se passe actuellement en Espagne, mais ce qui se passe en Chine, ce qui se passe en Californie, ce qui se passe dans tout le sud de l'Europe. On a atteint 54 degrés en Californie.
À quel moment réveillon ? Dans l'air, pas au sol. Et dans ces cas-là, il y a des mesures à prendre. Et il faut maintenant ouvrir le débat sur quelles mesures on prend. Comment on isole les logements ? C'est 54 degrés, je reprécise. C'est dans l'air, pas au sol pour ceux qui nous écoutent et qui nous regardent. Comment fait-on pour rénover et isoler thermiquement, que ce soit pour la chaleur ou pour le froid, les logements des habitats sociaux ? Comment fait-on pour ceux qui habitent en plein cœur de ville, le long des routes ?
Comment on fait ? On débloque de l'argent. Parce que vous évoquez l'urgence, rénover des bâtiments, ça met du temps. Ça ne se fait pas en un été.
Déjà, ça mettrait quelques mois et ça fait des années qu'on en parle. Alors quand est-ce qu'on commence ? On avait voté en 2023 dans le PLF, le projet de loi de finances, 9 milliards d'euros sur la rénovation. Ça a été repoussé par le gouvernement. Donc maintenant, on rénove massivement. Maintenant, tout euro qui est dépensé doit être regardé à l'aune de ses effets sur le climat et de la justice sociale. Parce qu'il n'est pas possible que d'un côté, on ait des yachts, des hélicoptères et des jets, et que de l'autre côté, on ait des gens qui crèvent dans des barres HLM de chaleur. Ça n'est pas possible. Et vraiment, là, il y a un enjeu de justice sociale.
Il n'y aura pas de mesure pour le climat qui ait de l'impact s'il n'y a pas avec des mesures de justice sociale à la hauteur des enjeux de la crise sociale. Aujourd'hui, il y a une partie de la population qui s'émancipe du bien commun, qui émet du carbone dans des quantités astronomiques, alors que d'autres meurent de cette chaleur.
J'en reste sur les mesures d'urgence. Votre groupe a proposé toute une série de mesures parmi lesquelles un droit de retrait pour les salariés, un droit de retrait qui serait inscrit dans le droit du travail dès qu'il fait plus de 33 degrés. Plus de 33 degrés pour un certain nombre de salariés, je pense à ceux de la côte, du sud, qui travaillent dans le tourisme. Ça veut dire une saison morte, en fait. Non, ça ne veut pas dire une saison morte.
Ça veut dire qu'il faut regarder les conditions de travail.
Il fait très vite plus de 33 degrés dans le sud.
Il y a eu des malaises.
C'est-à-dire que dans l'hôtel et restauration, au-delà de 33 degrés, les salariés peuvent exercer un droit de retrait.
Il y a eu des malaises dans le bâtiment et les travaux publics, dans les personnes qui travaillent à l'extérieur. Aujourd'hui, on doit reconnaître que la chaleur et que les temps de chaleur extrême ne peuvent pas être des temps normaux et que les personnes doivent se protéger de ces chaleurs, exactement comme on se protège d'autres conditions de pénibilité du travail. Et que travailler sur du bitume, alors qu'il fait 60 degrés au sol précisément, ça n'est pas possible. C'est ça que vous évoquez le bâtiment. Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'autorité.
Je pense à ceux qui nous écoutent en ce moment, par exemple dans le Var, dans le Vaucluse, qui nous écoutent dans les Bouches-du-Rhône, qui ont des petits restaurants, qui ont des petits hôtels. Vous l'indiquez à 33 degrés, vos salariés exercent un droit de retrait. Ça veut dire pas d'activité l'été.
Mais à l'intérieur des hôtels, il fait rarement plus de 33 degrés. Et par ailleurs, dans l'hôtellerie-restauration, il y a aussi quelque chose autour de la pénibilité. Et à regarder sur les terrasses, si vous êtes sur des terrasses ensoleillées, les personnes ne peuvent pas servir pendant 5-6 heures d'affilée en plein cagnard. Ça n'est pas possible, en fait. Ce sont des mesures de prévention et de protection de la santé, des travailleurs, des salariés. On parle des vacances.
C'est d'ailleurs le moment des départs en vacances. J'avais une question. Est-ce que vous, vous ne prenez jamais l'avion, Sandrine Rousseau, par exemple, pour partir en vacances ?
Moi, ça fait 10 ans que je ne l'ai pas pris. Oui, ça fait 10 ans que je ne l'ai pas pris. Mais je rappelle que, par exemple, on parle de crise climatique énorme. Et dans le même temps, on est l'année où il y a eu le plus de vols commerciaux. C'est scandaleux. C'est scandaleux. C'est pour ça qu'il y a des économistes qui viennent de travailler sur une taxe exceptionnelle sur les biens de luxe, notamment les vols commerciaux. Il faudrait mettre en place une taxe exceptionnelle sur tout ce qui est Porsche, yacht, jet, vols commerciaux. Il faudrait qu'il y ait une taxe exceptionnelle sur le patrimoine financier.
Entre ceux qui vivent bien et ceux qui vivent dans des HLM, vous remettez une taxe. Ça veut dire que seuls ceux qui peuvent se le permettre prendront l'avion, prendront la voiture.
Non, ça veut dire qu'à un moment donné, tout ce qui crée le réchauffement climatique doit être taxé. Il faut arrêter maintenant. On ne peut plus continuer. On le voit bien. On ne peut plus continuer. Il faut des signaux pris sur ce qui nous met en danger. Et tout ce qui nous met en danger doit coûter très, très cher. Évidemment, maintenant, il faut arrêter avec l'idée qu'on va continuer comme avant. On ne continuera pas comme avant. La vie que l'on a connue ne sera pas la vie de demain. Donc maintenant, quand est-ce qu'on réagit pour essayer de préserver un avenir à nos enfants ? C'est ça la question. Et même un avenir pour nous-mêmes.
Aujourd'hui, les personnes qui sont sur Terre ne sont pas garanties d'avoir un avenir serein, vivable dans bien des parties d'Europe et dans le sud de la France comme dans le sud de l'Europe. Quand est-ce qu'on réagit, en fait ? On regarde les températures, on s'émeut d'un tweet, et puis on ne réagit pas. Ce n'est pas possible de rester comme ça. Vous, au pouvoir, demain, vous retirez la Légion d'honneur, par exemple, à Patrick Pouyanné, le patron de Total Energy. Pouyanné est un coupable d'écocide. Cet homme est responsable d'écocide dans le monde. Il fait des oléoducs chauffés qui traversent l'Ouganda et la Tanzanie.
Il fait 400 puits de pétrole dont un tiers sont dans des réserves naturelles. C'est 100 000 emplois dans le monde, un tiers en France. Cet homme est dangereux. Vous lui retirez la Légion d'honneur ? Non seulement je lui retire la Légion d'honneur, mais en plus, je regarde comment l'inculper pour écocide. Vous l'inculpez pour écocide ? Oui, tout à fait. Vous traduisez en justice le patron de Total Energy ? Si je suis présidente de la République, je n'aurais pas la possibilité de le mettre devant la justice, mais je ferais tout pour qu'il rende compte de sa responsabilité devant des tribuneux. Oui, parce que cet homme est dangereux.
Sandrine Rousseau