Mobilisation lycéenne : "Des ados qui n'ont connu que la baisse des moyens depuis le collège" rappelle un prof de l'UPJV
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Questions et réponses
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Est-ce que cette mobilisation qu'on vit jusqu'ici, partout en France et en Picardie, est comparable à d'autres dans le passé ?
- 0:53OuverteRéponse directe
En quoi la mobilisation du moment se démarque par rapport à 91 ou 68 ? En quoi c'est singulier ?
- 2:12OuverteRéponse directe
Ce qui est revenu dans le discours médiatique et politique autour de ce mouvement, c'est l'accusation d'instrumentalisation avec des ados qui se feraient récupérer par des partis de gauche. Qu'est-ce que ça dit, en fait, ce mouvement de la politisation des jeunes qui n'ont pas encore le droit de vote ?
- 3:54OuverteRéponse directe
De quel œil vous voyez cette confrontation et cette réponse sécuritaire ?
- 4:46OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça dit aussi du rapport des élites politiques, peut-être avec les jeunes, en particulier les lycéens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37InvitéFait
« Le mouvement contre le CPE, par exemple. »
- 0:46InvitéFait
« Moi, j'ai 91 qui ressort un peu dans ma mémoire, le mouvement des lycéens du lycée professionnel, et puis évidemment 68. »
- 1:35InvitéFait
« C'est des gens qui sont nés en 2010. »
- 1:40InvitéFait
« ils vivent des classes surchargées, ils vivent des manques de moyens, puisque les moyens ne suivent pas depuis toutes ces années-là. »
- 2:29InvitéFait
« c'est qu'on a des générations qui votent par intermittence, mais qui, effectivement, ont une compétence politique qui est aussi forte, voire plus, d'ailleurs, que celle des générations précédentes. »
- 4:03InvitéFait
« c'est aussi sur cette question de la répression policière. »
- 5:25InvitéFait
« il y a eu aussi un changement de braquet des gouvernements successifs, pas que de celui-là, dans la manière dont on traite les manifestations de rue, qui auparavant sont une réponse en quelque sorte légitime, une participation légitime aux jeux démocratiques, et qui aujourd'hui ne le sont plus. »
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On
est
entré en cours tranquillement ce matin, comme leur demande le gouvernement. Les lycées rouvrent tous ce matin dans l'Académie d'Amiens, après cinq jours de colère intense autour des conditions d'enseignement. On prend un peu de recul, Céline Autain, ce matin avec votre invité. Il est enseignant en sciences de l'éducation à la fac d'Amiens, spécialiste des mouvements de jeunesse. Bonjour Nicolas Brésadéli. Bonjour. Est-ce que cette mobilisation qu'on vit jusqu'ici, partout en France et en Picardie, est comparable à d'autres dans le passé
?
Alors, les mouvements de jeunesse, c'est-à-dire où la jeunesse marche devant, en quelque sorte, c'est plus si souvent. Il faut remonter aux années 2000, en fait, pour trouver des équivalents.
Le mouvement contre le
CPE, par exemple
? Le mouvement
contre le CPE, par exemple. Et les années 2000, c'était les étudiants qui marchaient devant. Donc, pour trouver des mouvements où c
'est
les lycéens qui marchent devant, il faut retourner quand même assez loin en arrière. Moi, j'ai 91 qui ressort un peu dans ma mémoire, le mouvement des lycéens du lycée professionnel, et puis évidemment 68.
En
quoi la mobilisation du moment se démarque par rapport, effectivement, à ces deux temps, 91-68 ? En quoi c'est singulier
?
Alors, je ne
sais
pas si la comparaison avec 68 tiendrait. En tout cas, moi, par rapport au dernier mouvement de jeunesse, ce qui me frappe, c'est la rapidité, en fait, de la contagion entre lycées sur le territoire, puis maintenant aux universités.
C'est parti de région parisienne, effectivement, au début ?
C'est ça, c'est parti de Créteil. Alors, pour le comprendre, je pense qu'il faut comprendre pourquoi cette génération fait génération, particulièrement. D'abord, à mon avis, il faut regarder les griefs centraux de la mobilisation. C'est-à-dire, les griefs centraux, c'est les revendications, plus de profs, des bâtiments qui sont dignes, qui ont été entendus bien au-delà de Créteil. Pour le comprendre, il faut se rappeler que c'est une génération qui est nombreuse. C'est des gens qui sont nés en 2010. C'est, en quelque sorte, le sommet de la vague démographique du baby-boom de l'an 2000.
Et donc, dès le début de leur scolarité au collège, ils vivent des classes surchargées, ils vivent des manques de moyens, puisque les moyens ne suivent pas depuis toutes ces années-là.
La situation
généralisée, effectivement, qui ne revient pas qu'à Créteil, mais qu'on vit aussi en Picardie, à Amiens, on l'a raconté
aussi. C'est ça,
et qui sont d'abord entendus dans les lycées les plus populaires. Il ne
vous
aura pas échappé qu'à Amiens, c'est le lycée de la Haute-Oie, qui part d'abord, mais très vite, les lycéens sont entendus à Delambre, par exemple, ou à la cité scolaire, puisque à Delambre, déjà, il y avait une mobilisation sur les mêmes choses en 2017. Donc, c'est des revendications qui sont entendues.
Ce qui est revenu dans le discours médiatique et politique autour de ce mouvement, c'est l'accusation d'instrumentalisation avec des ados qui se feraient récupérer par des partis de gauche. Qu'est-ce que ça dit, en fait, ce mouvement de la politisation des jeunes qui n'ont pas encore le droit de vote
?
Alors, ce qu'on sait, et c'est les enquêtes du Cévi-Pof, qui le montrent bien depuis longtemps, c'est qu'on a des générations qui votent par intermittence, mais qui, effectivement, ont une compétence politique qui est aussi forte, voire plus, d'ailleurs, que celle des générations précédentes. D'où ça vient
?
D'où ça vient, c'est une bonne question. Les chercheurs planchent sur le sujet. Mais pour répondre à votre question sur l'instrumentalisation du mouvement, moi, ce qui me choque, en tout cas ici, c'est précisément plutôt l'inverse,
c
'est-à-dire l'absence d'encadrement du mouvement et notamment de la part des organisations lycéennes et étudiantes qui sont beaucoup affaiblies pour des raisons endogènes et exogènes depuis une décennie et qui, pourtant, jouent nos habitudes des rôles de médiateurs. C'est-à-dire qu'il y
a
des savoir-faire en termes de services d'ordre,
il y a des savoir
-faire pour produire une parole politique et pouvoir discuter, négocier, etc. Là, j'ai plutôt l'impression que c'est l'inverse. Puis l'instrumentalisation, je crois que du coup, elle va un peu dans les deux sens, c'est-à-dire que les lycéens sont aussi capables d'aller chercher les élus, sont aussi capables d'aller chercher les syndicats et d'ailleurs, ils l'ont fait à Amiens, c'est le cas par exemple.
Ici Picardie, 7h49, nous sommes avec Nicolas Brusadeli, enseignant à la fac d'Amiens. On prend un peu de recul, effectivement, sur cette colère lycéenne qui s'exprime depuis la semaine dernière. On parle aussi beaucoup de la réponse policière qui est apportée au mouvement. Pas de consigne de retenue, a dit le ministre de l'Intérieur. On a vu, effectivement, des jeunes blessés à vie ailleurs en France, mais aussi de la casse, des abrébus vandalisés, des poubelles brûlées à Amiens. On a entendu aussi l'exaspération d'une lycéenne amiennoise après des tirs de gaz lacrymogènes hier dans la capitale Picard. De quel œil vous voyez cette confrontation et cette réponse sécuritaire ?
Alors, ça rejoint ma réponse précédente. Moi, j
'ai
l'impression que ce n
'est
pas pour rien dans la contagion du mouvement et là où cette génération fait génération, c'est aussi sur cette question de la répression policière. Moi, ce qui m'a beaucoup frappé, c'est que certes, ça embraye du côté des lycées les plus populaires, mais en fait, ça répond du côté des lycées les plus privilégiés, y compris d'ailleurs dans le privé, avec des choses rarissimes. Il se passe des choses à Louis-le-Grand, dans tout un tas d'institutions privées prestigieuses du supérieur,
comme à Strasbourg. Parce qu'il y a une
réponse policière trop ferme
? Je pense
que c'est ça, en réalité, qui effectivement coagule ces différents segments de la jeunesse. Mais pour le comprendre, je pense qu'effectivement, il faut regarder les raisons, les ressorts de ce rapport dégradé à la police qui existe de part et d'autre, pour des raisons différentes, chez les lycéens d'origine les plus populaires et chez ceux d'origine plus bourgeoise, plus privilégiée.
Rapport dégradé à la police et peut-être aussi aux politiques. La France a élu son plus jeune président il y a dix ans avec Emmanuel Macron. Deux quinquennats plus tard, deux quinquennats qui s'achèvent sur une révolte des jeunes. Qu'est-ce que ça dit aussi du rapport des élites politiques, peut-être avec les jeunes, en particulier les lycéens
?
Alors, problème un peu vaste. Déjà, les lycéens, c'est des gens qui sont nés en 2010 à peu près, je le disais tout à l'heure, qui avaient, allez, autour de sept ans, du coup, quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, ils n'ont connu que ça. Je rappelle que 1968,
c
'est des gens qui n'avaient connu que le général de Gaulle depuis dix ans. Et d'autre part, il y
a
eu aussi un changement de braquet des gouvernements successifs, pas que de celui-là, dans la manière dont on traite les manifestations de rue, qui auparavant sont une réponse en quelque sorte légitime, une participation légitime aux jeux démocratiques, et qui aujourd'hui ne le sont plus. On le voit là, les manifestations, ce n
'est
pas quelque chose qui est toléré. Et par conséquent, ça amène, par exemple aussi, à vider de leur fonction les organisations de jeunesse qui font de la médiation. Je vois ce que je disais un peu juste avant.
Ce
rôle d'intermédiaire, effectivement, que vous jouez aussi ce matin avec nous, Nicolas Brusadelier. Je le rappelle, vous êtes enseignant en sens de l'éducation à l'UPJV. Merci d'avoir accepté de nous faire prendre un peu de recul ce matin et d'avoir répondu à nos questions. Bonne
journée.
Merci à vous.
Il est 7h50.