2022 : LES VERTS SE VOIENT DÉJÀ À L'ÉLYSÉE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le rôle du chef, c’est de cheffer. Je ne crois pas aux hommes et aux femmes providentiels. Le portrait-robot de la personne qui gagne, on le connaît en fait.
Oui je m’engage à faire ce que j’ai fait sur les violences sexuelles. Et la porte de l’issue de secours s’appelle le fait de franchir le Rubicon de la décroissance. Mais malheureusement ce qui nous manque c’est l’énergie de l’amour.
Éviter les petites phrases assassines. C’est la consigne tacite que les candidats à la primaire écologiste semblaient s’être donnée pour ces retrouvailles à Poitiers. Sur le programme, pas de divergences affichées.
À en croire les différentes écuries, le débat central de ces trois journées d’été d’Europe Écologie-Les Verts ne portait que sur une question de style, de personnalité. Des 5 prétendants à la magistrature suprême, quel est celui ou celle qui incarnera le mieux la revendication écologiste. À ce petit jeu, Yannick Jadot est sans doute le plus à l’aise.
Moi je fais un tiers, deux tiers. Voyez qu’il y a des vrais débats entre les écologistes. Il y a des vrais débats de fond.
La synthèse, c’est le chef cheffe. Il faut qu’un chef cheffe. Le rôle du chef, c’est de cheffer.
Allez-y, approchez-vous, servez-vous ! Et le chef, bien sûr, c’est lui. Chef des écolos et chef de la gauche.
Je pense que le rassemblement des forces progressistes et humanistes doit se faire autour de l’écologie, je n’ai pas d'ambiguïté là-dessus. Je pense pouvoir être effectivement la personne qui peut convaincre, qui a démontré que je pouvais parler à tout le monde, mais ça doit se faire autour de l’écologie, de cette écologie sociale, républicaine, que je porte. Et ça doit se faire aussi parce que la politique, c’est aussi des rapports de force.
Donc j’assume ces rapports de force, il faut en tenir compte dans cette primaire aussi. Yannick Jadot peut déjà se targuer du soutien de 330 élus écologistes, dont 6 sénateurs et un tiers des eurodéputés Europe-Écologie-Les Verts . Mais sur sa route, il y a un rival, Éric Piolle, le maire de Grenoble.
Moins démonstratif, mais tout aussi politique. Moi, mon travail de leader politique, je considère que c’est de définir un chemin de progrès : progrès social, progrès climatique, et que mon but, c’est que les gens, ils savent pourquoi ils se lèvent le matin, et que la société française ait un cap commun qui permette à chacun d’agir au quotidien en cohérence avec ce cap. La méthode est collective, depuis toujours, je travaille collectivement et je ne crois pas aux hommes et aux femmes providentiels.
Sur ses capacités à rassembler la gauche, le maire de Grenoble n’a aucun doute. Ce que j’ai montré dans mon engagement politique, d’abord, c’est que je porte cette idée de l’arc humaniste, que je cherche à fédérer, et que j’ai fédéré en 2014 et en 2020 à Grenoble. Tout cela, tout cet arc s’est réuni autour de l’écologie politique.
Comment choisir ? Julien Bayou, le secrétaire national, a sa petite idée. Le portrait-robot de la personne qui gagne, on le connaît, en fait.
Écologiste, elle veut créer des millions d’emplois via la transition écologique, c’est le “Green new deal”, elle veut remettre les multinationales à leur place, c’est la lutte contre l’évasion fiscale, c’est l’arrêt des traités commerciaux. Elle veut donc privilégier les petites entreprises, la relocalisation. Cette personne elle est féministe, évidemment, elle est humaniste, elle est pour l’accueil des réfugiés sans barguigner.
Eric Piolle il est maire d’une ville de plus de 100 000 habitants. Donc c’est du très concret par rapport à un Jupiter qui décide de tout, tout seul, vous avez un maire qui est un peu lesté par le quotidien de ses habitants et de ses habitantes. Et Yannick Jadot est député européen depuis plus de 10 ans, et donc il a participé à des batailles contre les grands traités commerciaux, il a participé à la fondation d’Europe-Écologie.
Vous voyez, vous avez des profils différents mais s’ils devaient voter des projets ensemble, ils voteraient de la même manière. Les militants sont partagés. Ils devront pourtant se prononcer entre le 12 et le 28 septembre.
Non, j’ai encore besoin de réflexion, j’ai encore quelques semaines pour me décider, prendre des informations. Là, on peut les rencontrer. Pour moi, Piolle arrive à remplir davantage l’aspect niveau programmatique, même si je pense que Jadot aussi, de par son expérience, est capable de le faire.
Mais d’un autre côté, Jadot a quand même plus l’expérience politique, médiatique etc, qui est capable d’incarner quelque chose, il incarne quelque chose. Donc c’est assez compliqué, je ne suis pas encore tout à fait décidé, à la limite le mieux ça serait qu’il y ait une fusion des deux candidats pour avoir une seule personnalité, ça serait l’idéal. D’autres se sont déjà fait une religion.
Ce militant votera pour Yannick Jadot. Je ne suis pas un idolâtre de Yannick Jadot, c’est un peu par réalisme et de se dire : “C’est jouable.” C’est celui qui peut, peut-être, qui peut être aussi le plus acceptable pour les autres composantes de gauche.
Mais Éric Piolle ne manque pas de soutiens. Et voilà, je fais partie de ceux qui pensent qu’Éric est le mieux placé. La notoriété, c’est un plus, mais ça ne fait pas toute l’élection et ce n’est pas forcément un plus gagnable, gagnant.
Sauf erreur de ma part, Macron n’avait pas une notoriété énorme quand il a été élu en 2017. Une troisième candidate espère bien perturber ce duel. Sandrine Rousseau, économiste, affiche une radicalité qui séduit.
J’aurai la volonté politique de déverrouiller des systèmes d’oppression, des systèmes de domination et des systèmes qui nous mettent en danger pour l’avenir, qui nous permettent de continuer dans la trajectoire improbable du dérèglement climatique. Oui, nous devons changer, oui, je m’engage à faire ce que j’ai fait sur les violences sexuelles, à mener les combats, à ne jamais faiblir, et à y aller jusqu’au bout, quoi que ça coûte et quelles qu’en soient les conséquences. Oui, nous devons changer de système, et pour cela il va nous falloir du courage.
Je vous propose que nous en ayons tous et toutes ensemble. Beaucoup de femmes se retrouvent dans cette candidature qui entend secouer un univers politique par trop masculin. Je ne voulais pas faire campagne, j’avais un peu du mal à me dire que j’allais faire encore campagne pour des hommes politiques, vieux, qui ont déjà fait plein de mandats, ça m’angoissait un peu.
Dès que j’ai appris que Sandrine se présentait, j’ai sauté sur l’occasion en me disant : “C’est la candidature qu’il nous faut, la candidate qu’il nous faut, pour tout ce qu’elle représente, pour tout son parcours, pour toute sa force et sa résilience”. Elle a évidemment un vrai fond sur l’écoféminisme. Franchement je la sens plus radicale que ces… je suis Europe Écologie-Les Verts donc je connais mieux les deux hommes, Éric Piolle et Yannick Jadot, je la sens plus radicale quelquefois sur ces questions.
Deux autres candidats briguent également les suffrages des adhérents et des sympathisants écologistes. D’abord l’ancienne ministre de l’écologie, Delphine Batho, qui prône aujourd’hui la décroissance. Cette solution, c’est d’ouvrir, dans ce grand panorama que vient de faire Cédric, d’ouvrir la porte de l’issue de secours, et la porte de l’issue de secours s’appelle le fait de franchir le Rubicon de la décroissance.
Plus en décalage encore, il y a Jean-Marc Governatori qui n’a pu se porter candidat qu’après un recours devant la justice. Lui se veut le candidat de l’amour. Le fait est que l’humanité a su trouver l’énergie du feu, l’humanité a su trouver l’énergie de la vapeur d’eau, l’énergie de l’atome, mais malheureusement ce qui nous manque, c’est l’énergie de l’amour.
Dans tous les projets de société, l’amour est absent, et c’est ça le problème. Les écologistes savent combien, par le passé, l’affichage de leurs divisions leur a nui. Mais ces échanges à fleurets mouchetés dans les allées du parc de Blossac à Poitiers ne sont que des préliminaires.
Deux débats télévisés, courant septembre, devraient permettre d’y voir plus clair, même si l’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment.
Sandrine Rousseau