Aller au contenu
Tous les transcripts
ChroniqueSébastien Gobert· 19 mai 2025 6 minActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalImmigration & asile

Quels enseignements de la saga électorale en Roumanie?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00Sébastien GobertChiffre
    « Dann Kouchor donc le maire de Bucarest centriste, a reçu 53,6 % des voix alors que George Siméon, candidat ultraationaliste et ouvertement trumpiste, a lui reçu 46,4 % des voix. »
  • 1:35Sébastien GobertChiffre
    « Une hausse remarquable de la participation de 53 % au premier tour à 65 % au second tour. »
  • 1:50Sébastien GobertChiffre
    « 9 millions et demi de personnes se sont déplacées aux urnes au premier tour et 11 millions et demi au second tour. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

En Roumanie, George Simeon a reconnu sa défaite et il a annulé une manifestation de ses partisans. Il n'y aura donc pas de contestation des résultats du second tour des présidentiels et c'est Dan Nicochour, le maire de Bucarest, un centriste, qui est élu président. Voilà qui met fin à la saga électorale roumaine qui avait commencé avec la présidentielle annulée de l'automne dernier.

En tout cas, ça met fin à un épisode de cette saga et on verra si les dirigeants savent tirer les leçons. Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette toute petite vidéo parce que vous avez sans doute dû entendre et lire beaucoup d'analyses sur l'élection présidentielle roumaine d'hier dimanche 18 mai. Hier, c'était une journée chargée.

Il y avait aussi une présidentielle en Pologne. On aura l'occasion d'y revenir pour le second tour. Il y avait aussi Volodimir Zelenski qui a rencontré le pape lors de son inauguration à Rome.

Mais je veux marquer le coup de cette élection en Roumanie parce qu'elle était vraiment hors norme. Et hier, on a assisté à un retournement de situation complètement inattendue. Dann Kouchor donc le maire de Bucarest centriste, a reçu 53,6 % des voix alors que George Siméon, candidat ultraationaliste et ouvertement trumpiste, a lui reçu 46,4 % des voix.

Et ça alors que au premier tour il y a de semaines, Danny Couchor avait reçu 21 % des voix et George Simeon avait lui obtenu 41 % des voix. C'est-à-dire qu'il était vraiment très près d'être élu dès le premier tour. Alors qu'est-ce qui s'est passé entre les deux tours ?

D'abord, une hausse remarquable de la participation de 53 % au premier tour à 65 % au second tour, ce qui est le plus haut niveau de participation depuis l'an 2000. Environ 9 millions et demi de personnes se sont déplacées aux urnes au premier tour et 11 millions et demi au second tour, ce qui a largement bénéficié à d' Nickchour qui a aussi profité de report des voix d'autres candidats. Au premier tour, il n'avait remporté qu'environ 2 millions de voix et là plus de 6 millions de voix.

Alors que George Simeon qui avait remporté presque 4 millions de voix au premier tour, il n'en a obtenu que 5400000 au second tour. Danny Cochour qui je le dis au passage est un diplômé de la Sorbonne à Paris a été élu président mais cette élection visait d'abord et avant tout à désavouer George Simeon. C'était clairement un vote barrage, une sorte de front républicain dans un énorme plébiscite qui a été articulé selon une logique binaire.

Soit on est pour l'Europe, soit on est pour un repli nationaliste très trumpiste. Et ça dans l'entre de tour, ça a mobilisé les urbains, ça a mobilisé l'intelligentia, ça a mobilisé les classes moyennes, ça a mobilisé beaucoup des abstentionnistes et ça a produit le résultat que l'on constate aujourd'hui. On peut aussi citer le segment des Hongrois de Roumanie qui ont largement soutenu Dan Nicochour et là encore une fois, c'était pour empêcher George Simeon d'accéder à la présidence.

George Siméon qui a commencé sa carrière comme houligan de football et ouvertement farouchement anti-hongrois avec cette subtilité dans cette élection que Victor Orban à Budapest avait soutenu ouvertement George Simeon au nom donc de cette alliance maga mega Meg Europe great again. Mais les Hongrois de Roumanie n'ont pas suivi la recommandation du premier ministre hongrois et donc Victor Orban vient peut-être de perdre une réserve de voie en amont des élections législatives de 2026. C'est aussi une des dimensions de cette élection.

On peut s'intéresser aussi au diaspora puisque la participation était en hausse et là c'est George Simeon qui a remporté le plus de soutien. Vous le voyez sur cette carte, c'est en jaune. Ce sont les pays d'Europe occidentale où il y a le plus de Roumains à l'étranger.

Et ça c'est très intéressant puisque sociologiquement parlant, ça nous en dit beaucoup sur une émigration de Roumains vers l'étranger qui n'a pas été réussie ou qui est née de situations très précaires en Roumanie, qui avait poussé des centaines de milliers de personnes au départ et qui a nourri un ressentiment très profond envers les élites au pouvoir. Et donc le vote pour l'extrême droite nationaliste en Roumanie comme ailleurs, ce n'est pas forcément par volonté raciste, par volonté xénophobe, par volonté d'agression envers ses voisins, mais c'est pour beaucoup un vote contre la politique néolibérale qui a été appliquée donc là en l'occurrence dans l'Europe post-communiste et qui favorise le capital au détriment de la protection sociale ou d'une redistribution plus ou moins équilibrée des ressources. Et ça en Roumanie, ça parle beaucoup du discrédit des partis de gouvernement qui en gros dominent la vie publique depuis l'exécution du couple Chaoesku en 1989.

C'est une des dimensions cruciales de ce scrutin. C'était une élection antisystème et d'ailleurs Dan Nicochour lui-même, il a beau être maire de Bucarest depuis 2020, c'est un outsider. Il n'est rattaché ni aux libéraux ni aux socio-démocrates qui se partagent le pouvoir depuis des décennies.

Et ce discrédit, il est tel que la Roumanie n'a plus de gouvernement puisque il y a de semaines, le premier ministre social-démocrate a démissionné en constatant les résultats catastrophique de la présidentielle et donc maintenant il revient au nouveau président de nommer un nouveau candidat premier ministre pour qu'il puisse former un nouveau gouvernement mais surtout qu'il mette en place des réformes économiques, sociales et anticorruption. Et je pense que c'est vraiment ça la leçon de cette saga puisque évidemment on peut voir cette élection à travers un prisme géopolitique. Évidemment dans le contexte de l'invasion généralisée de l'Ukraine voisine par la Russie, la géopolitique est très importante.

On peut voir l'élection d'hier comme une défaite pour la Russie. On peut même la voir comme un revers pour la Chine puisque l'essentiel des manipulations préélectorales de l'automne dernier, c'était sur la plateforme TikTok, donc une plateforme chinoise. On peut aussi voir ça comme un cran d'arrêt de la vague MAGA.

Et c'est vrai que après les élections au Canada et en Allemagne, on voit que l'effet d'entraînement n'est pas aussi massif que ce qu'on aurait pu penser. C'est aussi évidemment une victoire pour l'OTAN qui préserve son dispositif de défense du flanc est. En Roumanie, il y a actuellement des troupes belges luxembourgeoises, polonaises qui sont déployées dans un format coordonné par la France.

Mais cette dimension géopolitique n'explique pas tout et il ne suffit pas de se dire pro-européen et anti-putine pour que le projet que l'on porte soit valide, constructif, équilibré et social. Et puis on le voit dans d'autres élections, cette carte de voter pour moi parce que je suis moins mauvais que les autres, ça ne peut marcher que quelque fois. Déjà après l'élection d'hier, on voit que les manœuvres de désinformation en ligne reprennent de plus belle.

Par exemple, pour accuser les soldats français déployés en Roumanie d'avoir participé à des fraudes électorales, c'est ridicule évidemment, mais le terreau de la misère sociale, du déclassement des inégalités et du discrédit des élites, il est fertile et ça doit nous interroger. Et je pense que c'est ça la vraie dimension géopolitique, la vraie dimension européenne de ce scrutin, c'est surtout les leçons que ceux qui se disent démocrates, libéraux et proeuropéens doivent en tirer pour adresser à la fois la détresse mais surtout les attentes des électeurs. Voilà, je m'arrête ici.

Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. le file et je vous retrouve très vite.