"Ce budget montre une chose : le Rassemblement National n'est pas de droite" (Amélie de Montchalin)
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8h13, la grande interview CNews Europe 1 avec Amélie de Montchalin. Bonjour Madame la Ministre. Bonjour.
Ministre de l'Action et des Comptes Publics, ministre du Budget. On va parler beaucoup de budget. Pas que, mais beaucoup de gros sous et des comptes publics, des comptes de la France.
Après des mois de tractations infructueuses, la France est sur le point de décrocher un budget. Après l'adoption par 49.3 de la partie recette, c'est désormais celle des dépenses qui est examinée.
Cet après-midi, l'Assemblée nationale doit se prononcer sur les motions de censure déposées par LFI et le RN. Même si celles-ci ont peu de chances d'aboutir, faute de soutien du PS et des LR. Vous diriez que vous êtes fiers de ce budget, même si c'est un budget socialiste ?
Alors, ce que je peux vous dire, c'est que vous savez, je suis toujours très attachée à la précision, à la clarté. Parfois on dit même que je suis cash. Et je dois vous dire qu'aujourd'hui, nous avons un débat public qui relaie plein de critiques, mais sur un budget qui n'est pas notre budget.
Plein de critiques parce qu'il y a beaucoup de fake news, il y a beaucoup de fausses informations. Je vais vous donner quelques-unes, je lis partout dans la presse encore ce week-end, que ce budget augmenterait les impôts, que ce budget effraie la poche des entreprises, que ce budget serait très démangeable pour l'économie. Alors, il y a sûrement des gens qui veulent faire dire des choses au débat, et je vais y revenir.
Mais dans ce budget, qu'est-ce qu'il y a ? Il y a des économies. On divise par trois la croissance de la dépense publique.
On va être à un moment où notre déficit...
Donc il y a encore une croissance, mais elle est moindre. La plus faible observée depuis au moins cinq ans, voire dix ans. Ça va être l'année, comme en 2025, où l'État fait le plus grand effort de réduction de son fonctionnement depuis 25 ans.
Je le redis, et je le dis vraiment avec force, et je le répéterai aussi longtemps qu'il faut. Il n'y a aucune hausse d'impôts pour les ménages, il n'y a aucune hausse d'impôts pour les PME de notre pays. Il y a même une baisse d'impôts pour les entreprises de taille intermédiaire industrielle.
Et donc c'est ça la vérité de ce budget. Après, pourquoi on a un débat qui nous dit parfois des choses qui sont des mensonges ? Parce que ce que j'observe, c'est que nous avons eu le RN avec la France insoumise, qui ont en fait voté des choses très dommageables au pays.
Je rappelle que le Rassemblement National, contrairement à ce que Jordan Bardella dit sur les plateaux de télé, a voté main dans la main avec les insoumises 34 milliards de hausse d'impôts pour les entreprises. Ces 34 milliards d'euros-là, manifestement, aujourd'hui, c'est un problème pour le RN de les assumer. Je le comprends d'ailleurs parce que ça aurait été un problème pour la France de les voir se mettre en œuvre.
Et donc, il y a une espèce d'écran de fumée. Et plutôt que de laisser un débat se faire sur la vérité du budget, nous avons maintenant un débat qui s'organise parce que je pense qu'au fond, c'est une forme de chantage assez pathétique que fait le RN. Moi, je vois les députés du Rassemblement National faire une pression sur le terrain aux députés de la droite républicaine qui s'apprêtent à considérer que ce budget de compromis, il apporte de la stabilité, il apporte de la visibilité au pays, qu'évidemment, c'est le budget qui n'est pas celui que la droite républicaine aurait voulu, mais la droite républicaine, elle avait une boussole.
Elle ne voulait pas de hausse d'impôts, il n'y a pas de hausse d'impôts. Elle voulait des économies, il y a des économies. Donc, vous voyez, l'union des droites, dont on entend beaucoup parler, je pense que ce budget révèle une chose, c'est que le RN n'est pas de droite.
Mais cet accord de non-censure des socialistes, il vous a bien coûté 3 milliards d'euros supplémentaires ? Alors, vous savez, on peut faire tous les comptes qu'on veut. Moi, je peux vous donner un exemple.
Les Républicains nous ont demandé de diviser par près de deux l'effort que nous demandions aux collectivités territoriales. Ça représente à peu près 3 milliards d'euros. De dépenses supplémentaires ?
De non-économies pour l'État, et donc effectivement de dépenses en plus. Je vais vous donner un autre exemple. Quand nous décidons collectivement d'abandonner toute idée de gel du barème de l'impôt sur le revenu pour qu'il n'y ait aucun ménage qui voit son impôt augmenter.
Ça représente 2 milliards d'euros. Donc, on peut faire des comptes d'apothicaires, ou on peut regarder ce qu'a été la vérité. La vérité, c'est que vous avez des partis de droite républicaine, de gauche républicaine, de partis socialistes, qui ont décidé de ne pas se mettre dans la main des extrêmes.
Des extrêmes qui sont dangereux pour notre pays, des extrêmes qui mentent. Vraiment, j'utilise ce mot, et vous savez, j'ai toujours essayé d'être précise avec mes mots. Je parle mensonge parce qu'entre ce que Jordan Bardella dit au patron à Roland-Garros, dit sur les chaînes de télévision, et ce que les députés du Rassemblement national, il y a un gouffre.
Et ce gouffre, ça s'appelle l'incompétence. Et c'est là-dessus, je pense qu'il faut aujourd'hui faire balai-masque, plutôt que d'inventer des mensonges sur notre budget, qui est un budget de stabilité et de compromis, qui a demandé des concessions, des concessions difficiles, mais qui a à mon avis trois bonnes raisons d'être aujourd'hui validées. Il réduit le déficit.
Il le fait moitié par la fiscalité, moitié par des vraies économies. – C'est encore extrêmement important le déficit. – Il est à 5%, bien sûr. – Ce qui est énorme. – Je vous rappelle qu'en 2024, on était à 5,8%.
Donc, vous voyez, mon rôle, ça a été quoi en 2025 ? On avait dit 5,4, on a fait 5,4. Là, on dit 5, on va faire 5, pas par magie, par méthode, par transparence, on va associer les parlementaires, on va le faire avec ce qu'on appelle le « quoi qu'il arrive ».
S'il y a des événements extérieurs, on s'adapte. Bref, on est sérieux. Et je pense que notre débat aujourd'hui public, il est abîmé par les fake news et par une forme de désinvolture de beaucoup d'acteurs politiques qui considèrent qu'on peut raconter n'importe quoi et faire oublier qui on est.
Le Rassemblement National ne peut pas faire oublier qu'il a voté 34 milliards de hausse d'impôts avec la France insoumise. – On a entendu le message que vous vouliez faire passer ce matin. Parmi les dépenses supplémentaires, il y a l'augmentation de la prime d'activité.
Une prime pour les gens qui travaillent. Donc c'est comme du salaire versé par l'État. Est-ce que ce n'est pas la quintessence de ce qu'il ne faut plus faire ?
Pourquoi est-ce qu'on n'augmente pas les salaires ? – Alors, deux choses. D'abord, la prime d'activité, elle a été pensée par des hommes et des femmes très engagés pour que justement, il y ait toujours un gain au travail.
C'était une belle réforme, je pense. – Mais pour qu'il y ait un gain au travail, je suis désolé de vous couper, mais pourquoi on n'augmente pas les salaires ? – Entre le RSA et le moment où on a deux SMIC de salaire, s'assurer qu'à tout moment, on gagne plus qu'on travaille plus. – Mais ça, tout le monde est d'accord ? – La réforme qu'on propose, c'est qu'aujourd'hui, je vais vous donner un cas très précis.
Vous êtes au SMIC, vous travaillez dans une supérette, vous avez un regain d'activité, votre patron vous demande de travailler trois heures de plus supplémentaires. Pour ce patron, ça fait sur votre feuille de paie 45 euros de plus. Aujourd'hui, la prime d'activité, quand vous travaillez trois heures supplémentaires de plus quand vous êtes au SMIC, vous perdez 30 euros.
De prime d'activité. Ça veut dire que quand vous travaillez 45 euros de plus pour votre patron, à la fin, vous n'avez que 15 euros de plus par mois. Et donc, les gens, naturellement, n'ont pas envie de travailler plus. – Mais ça, Madame la Ministre, c'est parce qu'on a inventé une usine à gaz.
Si on avait un système où on vivait de son travail, avec un salaire qui augmente quand on travaille plus, je suis désolé, mais il n'y aurait plus ces systèmes alambiqués. – Un, évidemment qu'il faut qu'on soutienne le travail des actifs. Deux, dans l'année où nous sommes, 2026, on avait le choix.
Soit on faisait une très grande réforme, celle que vous proposez, moi je la souhaite. – Je la souhaite, je dis toujours, et je le dis avec beaucoup de force, si les actifs de ce pays, si les gens qui voyaient entre 25 et 55 ans ne s'y retrouvent pas par le travail, nous n'arriverons pas à ce que notre pays aille bien demain. Donc soit on faisait une très grande réforme, que je souhaite, celle que vous dites, on baisse les charges, on redonne la capacité d'augmentation des salaires aux entreprises. – Donc moins de social, on baisse les charges, donc moins de social pour les Français ? – En tout cas, on les finance autrement.
Il n'est pas normal qu'aujourd'hui, ce soit le seul travail qui finance la protection sociale de 70 millions de Français. Il y a 30 millions d'actifs, 70 millions de Français. Moi, je pense que toutes les richesses doivent être mises à contribution. – Donc il y a 30 millions d'actifs qui font vivre 40 millions de personnes. – Qui payent leurs dépenses de santé, mais qui payent aussi les retraites, qui payent aussi les dépenses de santé des plus âgés, les dépenses de santé des enfants.
Et donc qu'on répartisse mieux le financement, ça c'est essentiel. Mais voyez, en 2026, c'était quoi le choix avec le Premier ministre ? Soit on fait croire qu'on va faire une très grande réforme massive qui demande une légitimité politique, qui à mon avis peut découler d'une présidentielle.
Soit on se dit qu'on a les moyens qu'on a, et on corrige dès maintenant des éléments qui font qu'aujourd'hui, le gain au travail n'est pas toujours garanti. Et voyez, moi, mes valeurs, c'est que quand on travaille plus, on doit à la fin du mois voir la différence, et c'est ce que permet cette réforme. – Des promesses n'ont pas été tenues, notamment vis-à-vis des grandes entreprises.
Est-ce que vous assumez de les avoir sacrifiées pour vous maintenir au pouvoir ? Est-ce que vous assumez de faire porter le coup de la pension ? – Oui, j'ai dit… – Avec le maintien de la surprime, de la surtaxe. – La surtaxe du Barnier, c'est une surtaxe qui a été inventée par le gouvernement de Michel Barnier qui avait été donc votée pour 2025.
J'ai dit, moi, toute l'année 2025, que je souhaitais qu'elle soit cessée et que nous ne la reconduisions pas. – Elle est maintenue. – Aujourd'hui, dans le cadre du compromis, c'était un des éléments qui permettaient le compromis.
Vous savez, j'ai appelé tous les patrons que je connaisse, des patrons de petites entreprises, de grandes entreprises, et je leur dis, voilà, on est en train de faire quelque chose qui n'était pas notre engagement, qui n'était pas notre souhait, c'est une concession, mais ça permet le compromis, ça permet aussi de financer les dépenses de la défense, parce que je vous rappelle qu'on met plus de 7 milliards d'euros dans la défense en 2026. La surtaxe Barnier, elle rapporte à peu près 7 milliards d'euros en 2026, et je leur ai dit, voilà, c'est le prix du compromis, ce qui permet de la stabilité, ce qui permet aux pays d'avancer, vu le monde qui est autour de nous. Je vous appelle, je vous le dis avec honnêteté, c'est évidemment une concession difficile, y compris pour ma famille politique, y compris pour moi-même, mais ça me paraît être un des éléments du compromis.
Les patrons que j'ai eus en ligne, ils ne m'ont pas dit bravo, ils m'ont dit, on comprend, et il est utile pour le pays qu'on puisse aussi préparer une année où nous ne sommes pas la risée du monde. Entre le Groenland, les éléments de souveraineté européenne, l'Ukraine, la France doit avoir un budget. Et l'élément de patriotisme, et je veux le dire aussi ici, que ces entreprises nous permettent d'avoir en finançant notre défense, c'est un élément aussi pour lequel on doit aussi les remercier pour l'effort que ça contribue, l'effort qu'elles font, et ce que ça permet pour notre pays.
Il y a la baisse de la CVAE qui a aussi été abandonnée. Il y a eu un choix, parce qu'il y avait soit une petite augmentation des charges de travail, et une baisse de CVAE, soit l'un ni l'autre. Le choix là aussi, ça a été la stabilité, c'est-à-dire qu'on ne va pas augmenter les charges de travail, mais c'est vrai qu'on ne pourra pas baisser les impôts.
Moi j'ai préféré, vous voyez, qu'on ait de la stabilité, qu'aucune entreprise en 2026 ne paye ni sur les charges de travail, ni sur la fiscalité, plus d'impôts, plus de charges. C'est vrai qu'on aimerait faire des réformes, et je vous le dis, moi je m'engagerais évidemment, dès que je pourrais, pour que ces impôts de production, notamment cette taxe qu'on appelle la CVAE, puissent baisser. Mais à un moment donné, entre tout bloquer, ne pas avoir de budget, ou alors nous lancer, comme le Rassemblement National nous l'a montré, dans des grandes aventures, avec des choses qui ne fonctionnent pas, ces fameux 34 milliards de hausses d'impôts, ou alors dire, bon, au fond, ce qu'il faut peut-être mieux, c'est assurer la stabilité, garder ce qu'on a, se dire qu'il y aura des grands débats politiques en 2027, que je veux, moi, qu'ils se tiennent dans une forme de clarté, parce que si on dit n'importe quoi, on fera croire n'importe quoi, et bizarrement après, il ne se passera rien du tout.
Et donc, le choix qu'on a fait, à nouveau, je le dis, c'est la stabilité. Le monde autour de nous est très instable. Nous avons une immense responsabilité, nous, Français, dans l'ordre géopolitique.
Le président de la République, on le voit, se bat pour notre souveraineté. Il fallait un budget à notre pays, c'est donc un budget de stabilité, et je le dis, on a préféré la stabilité à l'aventure, et je pense que les Français peuvent le comprendre, c'est dans leur intérêt, qu'ils soient un ménage, un chef d'entreprise, petite ou moyenne, je pense qu'on fait mieux comme ça. Amélie de Monchalin, ministre de l'Action et des Comptes Publics, invitée de la grande interview CNews Europe 1.
Vous avez certainement lu l'interview dans le JDD dimanche dernier du président de la CPME, Amir Reza Tofighi, qui a déclaré, nous sommes en train de léguer à nos enfants et nos petits-enfants une dette qu'ils devront rembourser, non pas pour des investissements faits pour eux, mais pour financer notre mode de vie actuelle, faute d'avoir pris des décisions courageuses. Qu'est-ce que vous lui dites ce matin ? Amir Reza Tofighi, c'est l'un des patrons, vous voyez que j'ai eu au téléphone il y a quelques temps, pour lui dire, voilà les choix qu'on fait pour les TPE-PME, zéro changement, stabilité, oui, effectivement, le déficit est trop grand.
La discussion qu'on a avec Amir Reza Tofighi, qui à mon avis est essentielle, c'est ce que je dis sur les actifs. Comment dans les prochains mois, nous assumons avec courage, non pas de lancer une guerre des générations, mais de faire en sorte que notre modèle social, notre modèle fiscal, que les actifs s'y retrouvent. Les actifs, c'est qui ?
C'est les gens qui ont entre 25 et 55 ans, qui ont à la fois des enfants qui doivent lancer dans la vie, des parents qui parfois arrivent à l'âge de la dépendance et ont des soucis de santé, ont des coûts, des charges. C'est la génération qui paye le plus d'impôts. Comment on refait au fond Nation, quel que soit son niveau de revenu, mais qu'on redonne confiance dans notre capacité d'avancer et surtout de donner du travail qui paye, un avenir à cette génération ?
Amir Zatofighi, il est très, très motivé par cette question parce que c'est aussi la question des chefs d'entreprise. Pourquoi on crée une TPE ? Pourquoi on crée une PME ?
Si vous n'avez pas d'avenir, si vous sentez que le pays périclite, vous ne vous lancez pas. Donc ces débats-là sont essentiels. Et il dit une deuxième chose, il faut que nous baissions le déficit.
Pas parce qu'on est des comptables, mais parce que c'est la clé de la souveraineté, c'est la clé de la puissance. Plus on dépendra de notre dette, plus on dépendra de nos financeurs, et plus on dépendra de nos financeurs, plus on s'affaiblira. C'est ça le combat que je crois beaucoup d'entre nous avons.
Et je pense que c'est un sujet qui restera majeur. On a déjà fait un grand pas, baissé de 5,8 à 5,4, à 5 %, et on va continuer. Et c'est effectivement un sujet qui doit nous réunir et pas en faire un sujet de polémique collective.
Ça passera par quoi cette remontada de la France avec vous et puis ensuite en 2027 avec un autre président de la République ? Ça passera par des Français qui travaillent plus ? Est-ce qu'on travaille assez en France ?
Je parle sur un an, sur une carrière ? Déjà, il faut que le travail paye plus. Je pense qu'on a un sujet de financement du modèle social.
Il n'y a pas un seul invité de la grande interview. C'est nous qui ne dit pas ça. Mais ce qu'il faut, c'est que...
Si on veut baisser les charges de notre travail, il faut qu'on répartisse autrement notre modèle de financement social. Et ça, c'est une très grande réforme. Ça veut dire qu'il y a peut-être des éléments ou des générations qui contribueront un peu plus demain qu'aujourd'hui.
La deuxième chose, d'abord, le mandat du président de la République n'est pas terminé. On a encore 18 mois devant nous. Et vous voyez, par ce budget 2026, on fait des choses utiles.
La correction de la prime d'activité, je le redis, elle va redonner très concrètement à partir de ce printemps du gain au travail à des Français aujourd'hui que ça démoralise. Et je comprends que ça les démoralise. Et puis enfin, je pense que pour 2027, la clé, c'est le rassemblement.
Si chacun, vous voyez, part avec sa petite idée, toute bonne peut-être individuellement, mais que chacun se bat dans ce que j'appelle l'arc républicain pour trouver des solutions, pour moi, la clé, c'est le rassemblement. C'est aussi comment on va faire. Il va de où à où tient l'arc républicain avec vous ?
À mon avis, vous voyez ce qu'on a essayé de faire aussi avec le compromis sur le budget, qu'on soit aujourd'hui de la gauche républicaine, très clair avec nos valeurs, jusque aux républicains, très clair aussi avec nos valeurs, si on n'est pas capable, comme le dit Gérald Darmanin, vous voyez, ce week-end, si on n'est pas capable de faire rassemblement...
Donc, le rassemblement national n'est pas dans l'arc républicain pour vous ? Ce que j'appelle l'arc républicain, c'est ceux qui, on le voit dans ce budget, ont cherché à trouver des solutions plutôt qu'à chercher des élections. Le rassemblement national n'a eu qu'un seul objectif pendant tout le débat budgétaire, Et pas vous ?
Une dissolution. Mais moi, je pense que là, la vie qui est la nôtre, l'élection qui arrive...
Le RN fait de la politique, vous aussi ? Oui, mais moi, je fais de la politique aujourd'hui, et c'est l'engagement du Premier ministre, vous voyez, depuis quelques mois, c'est que nous nous détachions des échéances électorales, que nous travaillons pour les Français en 2026, que nous laissions ce débat tout à fait légitime de présidentielle se faire, mais pas au prix d'un blocage du pays. Et donc, pour moi, la clé 2027, c'est aussi comment on trouve des majorités, comment on se met d'accord.
Vous savez, le président de la République, il a été élu et réélu par une idée de dépassement, qu'on n'avait pas raison tout seul, et que, justement, élargir la manière de gouverner, c'est pour ça, d'ailleurs, que j'appelle à une primaire ouverte, parce que si on a 10 candidats qui disent des choses, au fond, assez similaires, mais qui se battent entre eux, à la fin, on fera gagner les extrêmes, et ceux qui m'aiment dans la main, je le redis, ont voté 34 milliards de hausses d'impôts sur les entreprises. Ce n'est pas bon pour le pays, et ce n'est pas ce que je souhaite. Alors, justement, à propos de 2027, Amélie de Monchelle, ministre de l'Action et des Comptes Publics, ministre du Budget, ce soir se tiendra le grand meeting de Gabriel Attal, qui souhaite rebaptiser le parti Renaissance après les municipales, et l'appeler Nouvelle République.
D'ailleurs, la Nouvelle République, le journal ronchonne, parce qu'il dit la Nouvelle République, c'est nous, ils disent qu'ils n'ont pas été consultés. Bon, ça vous fait sourire ? Non, mais ce qui me fait sourire, c'est qu'on est un débat sur le nom.
C'est quoi notre sujet pour préparer 2027 ? C'est un débat sur le nom. Ce n'est pas de savoir quel est le nom du parti.
Le débat, c'est le monde a changé. Il a changé beaucoup entre 2017, entre 2022. Il y a des nouveaux défis.
On le voit d'ailleurs. Le monde géopolitique n'a plus rien à voir. Et que donc, on est un parti politique qui pose des questions, qui associe plus largement que les sachants politiques et que le microcosme politique, ça me semble être une très bonne idée, une très bonne nouvelle.
Vous appelez à une primaire du centre et de la droite. Moi, je dis qu'il faut une primaire ouverte. Vous y participeriez ?
Je l'ai dit, si je suis dans ce gouvernement avec Sébastien Lecornu, c'est parce que je ne suis candidate à rien d'autre que d'agir pour 2026. Donc, vous ne vous présenterez pas à la primaire ? En revanche, ce qui est pour moi très important...
Vous ne vous présenterez pas à la primaire ? Non, je ne me présenterai pas à la primaire. Mais ce qui est très important, c'est qu'on ait une manière aussi d'arriver unie et qui incarne ce rassemblement.
Le poison, vous savez, en politique, c'est la division. Parce que quand on est divisé, d'abord, plus personne ne comprend ce qu'on dit. Et deuxièmement, à la fin, il n'y a pas de projet qui puisse être mis en oeuvre.
Avoir raison tout seul. Et ce budget l'a montré. Tous ceux qui ont voulu avoir raison tout seul n'ont pas ensuite pu peser, n'ont pas pu mettre au fond leurs idées dans le débat.
Ce qu'on doit pour 2027, c'est d'avoir une primaire la plus large possible, qu'on choisisse un mode de départage, qu'on s'unisse et qu'on présente aux Français un projet qui soit à la fois clair, mais un projet de rassemblement, de dépassement. Parce qu'à nouveau, si on pense qu'il y a d'un côté chaque petite faction de droite, de gauche, et c'est que ça, la bataille...
Vous y continuez dans le en même temps ? Non. Comme ce budget-là, où vous avez cédé un peu au PS, un peu au LR ?
Je pense que le en même temps a été très caricaturé. Gérald Darmanin, on ne peut pas se dire qu'il ne soit pas clair dans son expression. Mais on est un certain nombre de notre famille politique, de cette génération que le président de la République a pu faire émerger, à considérer que 2027, ça ne se gagnera pas sur juste un projet, ça se gagnera sur un projet et une méthode de gouvernement, une méthode d'élargissement, une méthode de rassemblement.
Parce que les Français, ils attendent ça aussi de nous. Je pense qu'ils ont marre, vous voyez, de voir qu'on prend des mois et des mois à faire un budget, et ils ont marre de voir des guerres picro-collines, alors que ce qu'ils veulent, eux, c'est un cap pour le pays, et on veut, à mon avis, aussi tous que les actifs, la génération qui aujourd'hui porte le pays, s'y retrouve, éteindre l'avenir et des perspectives. Amélie de Montchalin, selon l'INSEE, j'ai lu ça ce matin dans les échos, les Français sont désormais moins riches que la moyenne européenne.
J'imagine que vous avez lu ça. Je trouve que c'est très triste. Comment vous l'expliquez ?
Est-ce que ça vous est triste que les Français s'appauvrissent ? Ce qui est sûr, c'est que notre appauvrissement, c'est aussi parfois le renoncement à faire des réformes utiles. C'est le PIB par habitant.
Le PIB par habitant, ça nous dit quoi ? Ça veut dire qu'il faut qu'on réinvestisse dans notre industrie, parce que ce qui crée du PIB, c'est l'industrie. Ça veut dire qu'on doit continuer à investir pour notre innovation, notre recherche, pour continuer à avoir un PIB qui soit celui d'un PIB à la pointe des technologies.
Vous savez aussi, peut-être que vous avez vu dans les échos, je crois que c'était hier, on est le premier pays au monde actuellement en termes d'investissement dans les data centers. Pourquoi ? Parce qu'on a de l'énergie, pas trop chère, continue, ça s'appelle le nucléaire.
Grâce au nucléaire. Et donc ça, c'est une très bonne nouvelle, parce que ça veut dire aussi que la France n'a pas perdu d'avant ses batailles. Nous sommes le premier pays en pointe sur l'industrie du quantique.
Vous voyez, moi, ce n'est pas juste des professeurs tournesols. C'est aussi comment cette industrie, cette innovation, cette recherche, cette énergie, pas chère au fond, ce choix stratégique de nos anciens, nous permet aujourd'hui aussi de peser et donc d'enrichir et notre pays et les Français. Mais pour l'instant, la tendance est à la baisse.
Les Français s'appauvrissent par rapport à leurs voisins européens. C'est pour ça que ce que je vous dis, à mon avis, doit pouvoir nous réunir. Et vous voyez, à mon avis, ça nous rassemble au-delà des petites chapelles.
Et ça doit, à mon avis, être le cœur du projet 2027. Amélie de Monchalin, vous parliez tout à l'heure de Gérald Darmanin, votre collègue de la justice. Il veut suspendre l'immigration pour deux ou trois ans.
Vous trouvez que c'est une bonne idée ? Il faut aussi toujours qu'on regarde ce que ça veut dire. Mais vous ne dites pas non ?
Mais l'immigration de travail, évidemment, on en a besoin. L'immigration...
Alors lui dit qu'on n'en a pas besoin puisqu'il y a déjà 500 000 étrangers au chômage en France. On sait aujourd'hui qu'on a besoin d'avoir une masse de production. On a besoin d'avoir des hommes et des femmes prêts à travailler.
Mais pourquoi il ne peut pas mettre au travail des personnes qui sont déjà sur le territoire ? Ensuite, il y a les enjeux de rapprochement familial. Ensuite, il y a des...
Mais ensuite, qu'on puisse mieux réguler. des règles connues, qu'on puisse décider collectivement et faire de ce sujet moins un sujet de polémique, mais un sujet de politique publique assumée, je pense que c'était une bonne idée effectivement d'y travailler. Amine Monchalin, ce sera ma dernière question.
La proposition de loi sur la fin de vie va retourner à l'Assemblée dans 15 jours. Est-ce que vous êtes favorable au fait que l'on autorise en France l'euthanasie et le suicide assisté ? Puisque c'est de cela qu'il est question.
Moi, je suis d'abord favorable à ce qu'on ait dans les soins palliatifs, un accompagnement et que nul dans notre pays ne souffre dans un moment aussi crucial de sa vie. Moi, je souhaite qu'on ait la garantie...
Mais est-ce que vous êtes pour le fait de donner aux médecins le droit de donner la mort ? Alors, ce n'est pas écrit comme ça, heureusement. Et moi, je souhaite que ce débat...
Mais dans les faits, ce sera ça. Je souhaite que ce débat ait lieu de manière la plus apaisée possible. Vous savez que sur ce sujet, chacun a sa liberté de vote.
Et moi, il me semble que l'urgence, c'est qu'il n'y ait aucun département en France, qu'il n'y ait aucun hôpital en France, qu'il n'y ait aucune structure de soins qui n'aient pas les moyens en termes de soins palliatifs, de ressources humaines, de savoir-faire pour que nul dans notre pays n'ait à souffrir dans la fin de sa vie. C'est pour moi ça la priorité. C'est pour ça d'ailleurs que vous avez vu qu'on a un débat qui a deux textes.
Et ces deux textes doivent être débattus en tant que tels. La priorité pour moi, c'est que l'État, les soignants, l'hôpital donnent la garantie qu'il sera accompagné, qu'il ne sera pas seul et qu'il ne souffrira pas. Il y a donc une urgence à développer les soins palliatifs et que tout le monde ait accès aux soins palliatifs et qu'il n'y a pas d'urgence à autoriser l'euthanasie de suicide en France.
Vous voyez, dans le débat public, quand il y a des choses qui font consensus, il faut qu'on puisse avancer vite. Quand il y a des choses qui font débat, il faut que ces débats puissent avoir lieu de manière apaisée, de manière la plus transparente possible. Et je pense que voilà ce que j'avais à vous dire ce matin.
Allons vite sur les soins palliatifs et poursuivons le débat. Prenons le temps d'avoir un débat qui permette de faire émerger aussi de la concorde sur un sujet qui doit, à mon avis, ne pas nous diviser et qui ne doit pas aussi mettre les médecins en difficulté. C'est un sujet d'abord qui les concerne au premier chef et donc je crois que c'est vraiment comme ça qu'il faut qu'on puisse avancer.
Amélie de Montchalin, ministre du Budget, a été l'invité de la grande interview C News Europe 1. Merci Madame la ministre.
Amélie de Montchalin