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interviewRMC· 5 octobre 2022 4 min

Zohra Bitan : "Elle ne s'adresse à auun moment à ma féminité et mon féminisme !

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Sandrine Rousseau

— Zora. — Voilà. La question, c'est Sandrine Rousseau, est-elle un atout pour les femmes ? Moi, je suis une femme, jusqu'à nouvel ordre. Sandrine Rousseau, d'abord, bon, Olivier vient de nous expliquer qu'elle a un grand talent de communicante et qu'elle a un grand talent pour servir sur l'espace médiatique des thèses et des théories, certaines fumeuses, et qui conduisent les uns et les autres à faire le débat. Jusque-là, ça ne sert pas ni ma cause de femme et ça ne sert pas la cause de femme, mais ça sert un espace politico-médiatique qui, lui, se délecte et se régale et qui, du coup, est intéressée.

En tant que femme, pour moi, la vision de Sandrine Rousseau, pour moi, c'est une féministe bourgeoise blanche qui s'adresse à ces gens-là. Elle ne s'adresse à aucun moment à ma féminité à moi ni à mon féminisme à moi. Moi, je suis exclue du féminisme de Sandrine Rousseau. Pourquoi ? Parce que Sandrine Rousseau, dans son féminisme, elle s'intéresse à des choses qui ne remettent pas en cause le patriarcat qui toucherait certaines populations. Nous sommes pour elle, entre guillemets, les femmes issues de cultures musulmanes et maghrébines, assignées à notre identité.

Parce que nous parler de féminité à nous, c'est remettre en cause une culture à laquelle elle doit vouer un certain respect et une certaine distance parce que c'est votre culture. Donc, pour moi, Sandrine Rousseau passe son temps à insulter mon droit à la féminité au même titre qu'une femme blanche et bourgeoise et au même titre que n'importe quelle femme. Donc, à ce niveau-là, elle peut séduire. Pourquoi ? Pourquoi elle séduit une jeune génération ?

Parce que la jeune génération qui est séduite par ce féminisme, non, cette génération qui est séduite par ce féminisme, c'est la génération des bourgeois, des descendants de petits bourgeois des années 70, des enfants et des petits-enfants, pour qui cette cause est une cause, j'allais dire, sympa, qui va du climat jusqu'au barbecue, en passant par les poils, en passant par la vaisselle et en passant jusqu'à la caméra dans le lit. Mais ça, c'est pas le féminisme de combat, c'est pas le féminisme qui émancipe, c'est pas le féminisme qui donne des droits.

Non, mais ce que je veux dire, c'est qu'à quel moment elle est un atout, à quel moment elle est un atout de féminisme au-dessus du panier, sans trier les femmes, sans trier les femmes. J'allais dire, la première chose indispensable dans le féminisme, c'est l'émancipation de la femme. C'est l'utilisation de sa liberté sans que personne n'entrave cette liberté. Or, pour Sandrine Rousseau, certaines ont le droit à cette liberté et à cette émancipation, et pas d'autres. Elle l'a montré quand elle a dit que le voile était un embellissement. Or, elle prend une minorité pour qui le voile est un embellissement, et elle occulte la majorité.

Voilà pourquoi elle est un atout pour des femmes, elle est un atout pour certaines femmes, mais elle n'est pas un atout pour la cause des femmes, qui inclurait la totalité des femmes, et en particulier celles qui sont le plus éloignées de par leur culture, de par leur milieu, de par leur religion, de la liberté. C'est elles qui en ont besoin d'urgence, et elles, elles ne pourront pas rattraper le wagon du poil que tu ne te rasses pas, ou de la vaisselle que tu ne fais pas. Elles, elles sont beaucoup loin, et c'est beaucoup plus grave. De toute façon, quand tu défends une cause, à partir du moment où tu es excessif, et c'est son cas, elle est constamment excessif. Radicale plutôt.

Elle a une grosse radicalité. Radicale.