LE SUCCÈS DE ZEMMOUR ET MACRON, C'EST L'ÉCHEC DU JOURNALISME
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 80 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Plus de 10% de cartes de presse en moins en dix ans. »
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« Le journalisme, pour beaucoup, ne peut plus changer le monde, mais doit servir des intérêts qui nous dépassent. »
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« Le patrimoine net du futur président était en dessous de 200 000 euros. »
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« Il aurait pu investir dans l’immobilier ou s’acheter des belles montres comme tous ses copains banquiers. »
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« Pourquoi quitter un poste de banquier-associé chez Rothschild pour gagner quinze ou vingt fois moins au service de l’État ? »
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Ah Lucien de Rubempré ! Ah Balzac et ces illusions auprès desquelles les journalistes courent et chassent ! Ces illusions sont nos fantômes.
Elles peuvent nous réveiller la nuit et devenir nos pires cauchemars. Mais si on les perd, on est foutu. Et autant changer de métier.
La profession n’a jamais perdu autant d’effectifs. Plus de 10% de cartes de presse en moins en dix ans. Et le phénomène va en s’accélérant.
Les raisons ? Beaucoup de précarité et du dégoût. Des salaires ou des piges de traîne-misère et la perte de nos illusions.
Jean-Marie Charron l’explique et le montre dans son livre. Le journalisme, pour beaucoup, ne peut plus changer le monde, mais doit servir des intérêts qui nous dépassent. J’ai besoin de travailler monsieur.
Je respecte énormément le métier de journaliste. Et tu crois que c’est quoi mon métier ? Vous éclairez les gens sur l’art, le monde.
Mon métier, c’est d’enrichir les actionnaires du journal. Le journaliste est devenu un travailleur presque comme tous les autres. Et il déprime.
Il officie pour des groupes, des capitaines d’industrie, des prêteurs sur gages, des sponsors d’hommes politiques et même des banquiers. J’ai tellement de copains qui ont décroché ou qui partent à la retraite avant l’heure. J’en ai presque autant qui font des yeux ronds comme des billes en me voyant sortir le glaive de l’indépendance et de la révolte à Blast chaque semaine, alors que je pourrais sucrer les fraises et jouer à la pétanque.
Comme eux. Allez. Essayer de faire la reprise… Légèrement court.
Soutenez Blast les amis, on vaut le coup. Je suis un travailleur médiatique. C’est une fonction, un état.
Dans ces instants où je sais que je ne peux plus reculer et que je dois dire devant une caméra ce que j’ai sur le cœur et dans la tête, je me demande moi aussi ce que je deviens. Notre ligne éditoriale sera simple : le journal tiendra pour vrai tout ce qui est probable ! L’expression “media worker” est née aux USA quand les journalistes perdaient de leur superbe et quand les éditeurs de presse ont fini par admettre que le papier avait perdu la partie.
Beaucoup sont alors devenus des pisse-copies numériques. Des remplisseurs de vide. L’expression a traversé l’Atlantique.
C’est un peu comme avec Hollywood et le cinéma, où les journalistes ont souvent eu la part belle. Je me souviens de Kirk Douglas débarquant dans ce petit journal “Le soleil d’Albuquerque”. Le gouffre aux chimères, Billy Wilder.
Et cette scène hilarante au tout début où il s’agit de dire la vérité. Ah ! Ça c'est une belle devise !
Dire la vérité. C’est la devise de Monsieur. C’est moi qui l’ai brodée.
Entrez. S’il m’arrivait un jour de dire la vérité, vous broderiez un truc comme ça pour moi ? Les Américains ont exporté ici le terme de “medias workers”.
L’expression dit notre effacement et les malheurs d’une profession en perte de repères, de liberté et de racines. Cette bagarre sur les mots a une grande importance. Rappelez-vous les années 80.
On parlait de licenciements. Suppression d’autorisation administrative pour les licenciements économiques, le projet de loi du gouvernement adopté en conseil des ministres, François Mitterrand exprime ses fortes réserves et sa désapprobation. Ça foutait les jetons.
Aujourd’hui, on dit “restructuration”, le résultat est le même, mais on a moins peur quand ça arrive. General Electric Hydro entame une procédure de plan social. 345 emplois du site de Grenoble sont menacés.
Dans les médias, les plans sociaux et les grèves sont relégués très très très loin. J’ai peur que les journalistes se fassent peu à peu remplacer par les travailleurs médiatiques. Vous vous souvenez des cardigans, ces gros gilets de laine tricotés ?
Qui dit encore : “Hé Manu, pense à mettre ton cardigan, il fait froid dehors”. Non, on dit : “mets ton pull”. Hé Manu, où sont passés les journalistes ?
Ils ont disparu ? Ben ouais, leur effacement est dans l’air du temps. Il y en a de moins en moins.
Il y a des commentateurs, des éditorialistes, certes. Des travailleurs médiatiques en nombre. Mais des journalistes ?
Où et comment font-ils les preuves de leur existence ? Si j’étais journaliste aujourd’hui, j’écrirais sur quoi ? Sur qui ?
Laissez-moi le temps de la réflexion. Pendant ce temps à Vera Cruz… Le nucléaire. L’armement.
Bruxelles et les lobbies. Les dépenses cachées de l’Élysée. Les faux sondages.
L’avènement des prédateurs financiers au cœur de la Macronie. Les dérives de l’agence France-Presse qui devient une agence partisane et faisant la promotion d’Emmanuel Macron. Vous ne me croyez pas ?
Avez-vous vu et lu ce tweet très singulier ? Macron antiraciste grâce à Joséphine Baker… Et l’extrême-gauche aussi raciste que l’extrême-droite. On croit rêver.
J’écrirais et j’enquêterais sur Xavier Niel. François Pinault. Francis Bouygues.
Patrick Drahi. Vincent Bolloré. Bernard Arnault.
Ceux-la même qui commandent des sondages où leur protégé, le jeune Emmanuel Macron, est toujours en tête. Enfin, pas Bolloré. Lui il commande des sondages où Zemmour grimpe.
D’où vient leur fortune ? Pourquoi ont-ils tant de facilités de crédit ? Et d’argent public qui tombe dans leur escarcelle ?
Pourquoi achètent-ils tous ces médias et ces “medias workers” ? Pourquoi sommes-nous devenus cette armée de “crache-papier” auto disciplinée se copiant les uns les autres ? Ces flagorneries permanentes pour plaire aux puissants… Narbé ?
Vous savez ce que ça veut dire Narbé ? Oui, c’est Bernard dans l’autre sens. Il vous a dit : “Narbé ti amo.” "Je t’aime parce que tu es riche".
Qu’est-ce qui a vrillé et quand ? Qu’est-ce qui a déconné pour que notre démocratie fabrique ce consentement autour de Zemmour, Le Pen et Macron et oublie l’essentiel… perdre à ce point son humanité ? Zemmour a appelé sa maison d’édition Rubempré.
Ah, si Balzac pouvait l’attaquer en justice pour usurpation d’identité. Tromperie sur la qualité de la camelote. Il veut passer pour un candidat anti-système alors qu’il est soutenu par les cercles parisiens de droite, une bonne partie de la bourgeoisie catholique et qu’il est sponsorisé par un des plus gros tycoons français.
Zemmour, Lucien au petit pied, raciste. Zemmour qui n’a même pas de Rubempré ce recul sur lui-même tant il est mangé par cette folie présidentielle. Ce qui ressemblait à une blague devient, depuis sa vidéo où il se prend sérieusement pour le grand Charles, Je vous ai compris ! une sinistre réalité.
Si ce n’est pas un délire collectif là ? Où sommes-nous ? Où sommes-nous quand on laisse dire aux barons de LR que notre civilisation est supérieure ?
Je crois aussi que nous devons avoir conscience que la civilisation européenne a inventé des valeurs et que ces valeurs sont des valeurs que je crois être supérieures. Par exemple la démocratie libérale. Supérieures ?
Vous me l’avez dit lors du débat, Philippe Juvin. J’avais été interpellée, je vous repose la question. Je vous répète.
Il ne s’agit pas d’un jugement moral mais je vous dis que nous avons inventé, nous les Européens, la liberté. Ou que le Figaro titre sur l’école de la République qui endoctrine nos enfants à l’antiracisme ? Ou pire, quand Julien Odoul, le petit bras de l’extrême-droite lâche qu’il faut laisser les migrants crever de froid à la frontière polonaise plutôt que les accueillir en Europe ?
Il ne faut certainement pas ouvrir cette frontière. Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants, dont beaucoup sont potentiellement dangereux. Donc, on les laisse mourir de froid ?
On les laisse mourir de froid derrière les barbelés ? Bien sûr que oui. Bien sûr que oui.
Il y a cette citation de James Baldwin que j’aime bien et qui décrit la mécanique intime de ce candidat et de ses suiveurs qui veulent une France blanche et le retour de l’accordéon : Je connais Zemmour depuis trente ans. Il était au Figaro et j’étais à Libération. Il était dans un journal de droite, j’officiais dans son concurrent de gauche.
On a le même âge, même si je fais beaucoup plus jeune que lui. On vient du même milieu social, mais je n’ai jamais eu cette ambition-là, ni ce sourire carnassier à rayer les planchers. Mon rêve ultime n’a jamais été de dîner chez Bolloré.
Au minimum, vomir chez Bolloré, je veux bien. Je sais ce n’est pas très chrétien. Et c’est gratuit.
En même temps, je fais ce que je veux. Je n’ai jamais été épaté par Charles Maurras et les dorures. Et j’ai toujours été journaliste.
C’est une énorme différence entre nous. Je n’ai jamais embrassé une fille de force non plus. Je représente tout ce qu’il déteste.
L’aisance, la classe… Non je déconne. Enfin non, en même temps, je déconne pas. On ne fait pas le même métier, c’est tout.
Zemmour est à l’image de la nausée qu’inspire cette profession. Il est le signe tangible de ses glissements. Son principal souci a toujours été de se faire bien voir des gens de pouvoir et d’encaisser la monnaie en frais d’édition et de représentation.
Son métier n’avait rien à voir avec le mien. On s’est croisés pour la première et dernière fois en 1996, peu de temps après la sortie de mon livre “La Justice ou le Chaos” où les juges lançaient leur appel anti-corruption. L’appel de Genève.
C’était un débat sur les ondes d’une radio. J’étais en duplex. Ça a tourné très court.
Il était agressif, me traitant de suppôt des juges rouges, de promoteur d’une république de magistrats, d’ennemi de la démocratie. La corruption ne le gênait pas. C’était l’huile de la machine.
Il était en plein dedans. J’avais perdu mes nerfs ce jour-là. Je me souviens de ce que je lui avais dit : “Je t’emmerde, gros connard”.
Et lui s’était aussitôt mis au diapason : “Moi aussi je t’emmerde, gros connard”. Ça s’était arrêté là. J’avais enfreint le b.a.-ba dans ce genre de situation.
Ne jamais s’énerver. Après coup, j’ai regretté. Mais bon, je le pensais tellement fort.
L’avenir et sa récente altercation avec Gilles Bouleau m’ont donné raison. Écoutez, je vais vous dire les choses quasiment comme je les pense. D’ailleurs, on est là pour ça.
On fait un métier de gros connard. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jean Pierre Mocky. C’est ce journalisme-là qui me plaît.
Tu veux vraiment jouer les redresseurs de torts ? Bravo ! Mais alors tu seras seul contre tous.
Donc, si je devais enquêter aujourd’hui, je crois que je reviendrais surtout sur la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron et son rapport un peu particulier à l’argent. Ne nous leurrons pas. C’est lui le gros favori de la prochaine élection présidentielle.
Là, il s’y croit vraiment… Lors de la précédente élection, il était un outsider. Et heureusement que Philippe Poutou était là, Philippe Poutou dans le game. Philippe Poutou dans le bendo. sinon il fermait la marche en matière de patrimoine.
Macron, le pauvre petit banquier tombé en politique. J’ai toujours été intrigué par le chiffre annoncé par le candidat Macron à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Le document est consultable sur Internet et montre que le patrimoine net du futur président était en dessous de 200 000 euros.
C’est vraiment très peu pour un jeune homme ayant été inspecteur des finances, secrétaire général adjoint à l’Élysée, ministre, élevé dans une bonne famille bourgeoise, ayant épousé une dame plutôt fortunée, et surtout ayant été banquier-associé chez Rothschild pendant près de trois ans. Années pendant lesquelles, entre 2011 et 2013, il a gagné trois millions d’euros. Certes, il a payé des impôts mais quand même.
Où est passé le flouze ? Et là, ça devient très nébuleux. Emmanuel Macron a toujours été louvoyant sur ces questions.
Comment a-t-il fait pour dépenser autant de fric en si peu de temps ? L’équivalent d’un SMIC claqué par jour pendant trois ans. C’est ce qu’ont calculé certains fiscalistes.
Il aurait pu investir dans l’immobilier ou s’acheter des belles montres comme tous ses copains banquiers. Bonjour monsieur. Est-ce que vous auriez des montres très chères s’il vous plaît ?
Oui bien sûr. Parce que j’ai envie d’être heureux. Non, lui il a liquéfié 1,4 millions d’euros en trois fois 365 jours, soit 1095 jours.
Pas forcément besoin d’être fort en maths pour arriver au chiffre fatidique : 1278 euros dilapidés par jour. Même si je vais au Ritz tous les jours, que je loue une Rolls et que je me paye McFly et Carlito dans ma suite pour des concerts privés, je n’y arrive pas. En plus McFly et Carlito tous les jours, je me flingue.
Comment Emmanuel Macron a-t-il pu ne faire aucune plus-value lors de la revente de son appartement parisien alors que les prix dans son quartier avaient augmenté de 30% ? Et tant que j’y suis : pourquoi quitter un poste de banquier-associé chez Rothschild pour gagner quinze ou vingt fois moins au service de l’État ? Par sens du devoir et du service public ?
Vu la politique menée depuis 2017, j’ai du mal à y croire. Pour faire plaisir à ses copains milliardaires ? Ah c’est peut-être le début d’une piste… Plusieurs journalistes ont, de temps en temps, titillé le président et son entourage sur ces questions.
Le Canard enchaîné a ouvert la brèche. Ensuite Olivier Berruyer pour le site “Les Crises” s’y est engouffré. Et chaque fois, la réponse a été qu’il n’avait enfreint aucune règle, ni maquillé aucun compte.
Olivier, je vais t’inviter bientôt pour en parler sur Blast. Donc oui, pourquoi pas ? Mais rien n’est normal, ni clair, dans cette déclaration de patrimoine.
Comme, par exemple, cette voiture de luxe achetée dans sa jeunesse et ne correspondant pas du tout à ses revenus de l’époque ou cet appartement des beaux quartiers parisiens acheté en-dessous de son prix. Je ne connais aucun être sensé qui ferait ça. Et ce gars-là, c’est notre président.
J’en profite un peu opportunément pour vous faire ici une promesse solennelle : si vous vous abonnez à Blast ou si vous nous faites des dons, tous défiscalisés à hauteur de 66%, et si je ne meurs pas du Covid anglais avant, oui car ce sont les Anglais qui l’auraient exporté en Afrique du Sud et pas l’inverse. Donc si vous soutenez Blast, on lancera une vidéo sur le patrimoine de notre bien-aimé président en début d’année prochaine. Le temps d’enquêter… Et on enchaînera sur une enquête sur les finances de BFM et de Drahi… Puis on s’attaquera à Bolloré.
On n’a rien à perdre, un linceul n’a pas de poche… Et où je le mettrais le fric ? Un linceul n’a pas de poche. Travailleur médiatique.
J’aime bien, au fond, la juxtaposition de ces deux mots. Ils disent un paradoxe et l’asservissement dont nous sommes l’objet. Ils disent notre appartenance à une classe sociale où figurent des dominants et des dominés.
Prolétaires médiatiques de tous les pays, et, en particulier de celui-ci, la France, unissez-vous. Relevez la tête. Arrêtez de remplir du vide.
Renoncez à écrire ce qu’attend votre chef. N’écrivez pas ce que les gens veulent croire ou attendent de vous. Résistez au consentement.
Ne le faites pas brutalement, frontalement. Soyez rusés, zélés. Vous voyez ce que je veux dire.
Résistez à cette ambiance pourrie. Ne posez pas vos caméras au sol, dites que la carte graphique déconne. Normal, elle vient de Chine.
Laissez aux autres le sale boulot de fabriquer cet ordre établi. Vous ne fabriquez pas de bagnoles à la chaîne ou des pizzas industrielles ! Vous nous mettez dans la tête chaque jour des symboles, des codes, des valeurs, une domination.
Travailleurs médiatiques, je vous en prie. Résistez à l’effet de meute, pensez librement, écrivez ce qui vous vient à l’esprit. Dites-leur merde.
Mais faites-le poliment. Allez salut.