Laure Darcos : « La suspension de la réforme des retraites me paraît totalement surréaliste »
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Bonjour Lord Arcos, merci beaucoup d'être avec nous, sénatrice et indépendant de l'Essonne. Vous êtes membre d'Horizon, le parti d'Edouard Philippe. On va évidemment revenir sur la crise politique et les déclarations de votre président. Crise politique qui fait toujours la une de nos journaux régionaux. Ce matin, on va regarder trois unes de presse régionale. D'abord celle de Presse Océan, mission impossible pour le cornu. C'est à la une du journal alors que le Premier ministre démissionnaire a jusqu'à ce soir pour d'ultimes négociations. La une du courrier Picard, c'est une autre question. Macron démission. Gabriel Attal qui a déploré l'acharnement d'Emmanuel Macron a gardé la main.
Edouard Philippe qui appelle à son tour à la démission du président. Une idée qui apparaissait absurde mais qui tend à devenir une option. Et puis la dernière une, c'est celle des dernières nouvelles d'Alsace. Et c'est une autre question. Quelle solution pour éviter la dissolution ? A quelles questions avez-vous d'abord envie de répondre lors d'arches parmi les trois unes ?
Les trois sont importantes mais quelles solutions pour éviter la dissolution ? Il y en a ? Il y en a encore ? Écoutez, j'espère qu'ici ce soir, pourquoi pas ? Ça rejoint la première une sur mission impossible pour Sébastien Lecornu. Donc je voudrais vraiment saluer l'amnégation parce que je pense que depuis un mois, il vit sûrement des jours et des nuits absolument terribles. et qu'il était de bonne foi dans les premières semaines pour essayer de trouver cette coalition, en tout cas des uns et des autres.
Puis après, il y a eu l'emballement des derniers jours qui est, je pense, vraiment dû au fait que Macron a voulu reprendre la main sur le gouvernement et que voilà, tout ça pour ça, de reprendre les mêmes, plutôt des gens proches de Renaissance.
– Et vous ne convenez pas non plus à Horizons, ce gouvernement ?
– Non, non, non, non, enfin je veux dire, reprendre Bruno Le Maire, j'ai été la première surprise, même si j'ai entendu ses propos sur le fait que c'était important de revenir juste pour essayer de sauver d'une certaine manière ce gouvernement. La dissolution, pour nous, nous paraît dramatique et d'ailleurs vous n'entendez ni le Parti Socialiste ni aucun membre du Bloc central l'a demandé parce qu'on voit bien en fait, avec ce ras-le-bol général de cette crise qui dure depuis maintenant plusieurs mois, voire depuis 2024, ça serait peut-être faire le lit du RN et des extrêmes. Et donc en effet, on aimerait pouvoir tout faire pour l'éviter.
– Un Premier ministre de gauche, c'est une solution ?
– Oui, mais alors à ce moment-là, ce que j'ai entendu depuis hier soir sur la suspension des retraites, ça me paraît totalement surréaliste. Le Cornu a travaillé sur la pénibilité, sur les retraites des femmes, des sujets sur lesquels on a beaucoup travaillé au Sénat, oui. Mais la suspension, on est déjà très très en retard par rapport aux autres pays européens, mais ça serait dramatique.
– Mais justement, elle revient dans le débat, on va écouter Raphaël Luxman, style, c'était hier à sa sortie de Matignon.
– Oui, à sa sortie de Matignon, Raphaël Luxman, député européen place publique, qui s'est félicité de ce qu'il considère comme une avancée, écoutez-le.
– En tout cas, notre demande qui était la suspension de la réforme des retraites n'est pas inatteignable. Donc, ça demande à être précisé. Il est pour moi très tard, je vais vous dire la vérité. Et je ne sais pas si ce qu'on nous a proposé dans ce bureau est de nature à éviter une dissolution, une crise, la poursuite d'une crise qui a été ouverte par la décision complètement insensée du président de la République de dissoudre le 9 juin 2024. – À sa sortie de Matignon, après avoir échangé avec Sébastien Lecornu, il dit que ce n'est pas inatteignable. Est-ce que vous pensez que le Premier ministre des missionnaires et une partie du Bloc central se dirigent vers cette solution ?
– Alors, je l'ai entendue déjà depuis, en effet, quelques jours, quelques semaines.
– Et quand vous lisez ce matin Elisabeth Borne, c'est sa réforme. – C'est sa réforme. – Il dit ce matin, il faut savoir discuter, il faut savoir bouger, il faut ouvrir cette discussion sur la suspension. Qu'est-ce que vous en avez pensé en lisant cette interview ?
– Écoutez, je pense qu'en effet, je vous dis, tout le monde essaie d'éviter une décision de ce soir, du président de la République d'annoncer qu'il y a une deuxième dissolution. Mais je vous assure, enfin, je veux dire, suspendre l'âge… On était en plus tous pour dire que absolument mettre en étendard un âge, c'était compliqué, mais on le faisait au regard des autres pays européens. Je vous assure que c'est un suicide de notre pays par rapport aux autres pays européens, qui sont tous entre 65 et 67 ans.
– Est-ce que c'est une ligne rouge ? Est-ce que Horizon censura un gouvernement qui suspend la réforme des retraits ?
– Écoutez, oui, enfin, en tout cas, au bureau politique hier, c'était vraiment un sujet. Je vous dis travailler sur la pénibilité, sur le travail des femmes, pouvoir remettre en avant peut-être la retraite par capitalisation. Tous ces sujets, bien évidemment, on est prêt à les regarder. La suspendre, tout simplement, de manière définitive… – Pour vous, c'est ligne rouge ? – Ah ben oui, pour nous.
– Et c'est ce qu'a dit hier soirée d'Ordre Philippe ?
– Ah mais c'est… oui, oui, puis… – Donc c'est censure ? – Alors…
– Donc c'est une solution éventuelle aussi ? – De quoi ?
– Si censure, si pas de gouvernement, vous prenez le risque de la dissolution ? – Mais je pense qu'on ne sera pas les seuls, enfin, je veux dire, comme ça vient d'arriver, mais bien évidemment, je pense que les autres du Bloc central le diront aussi, enfin, je pense que c'est… Mais je vous dis, ce n'est même pas par rapport à nous, par rapport à la retraite qu'on a pu faire, mais regardez-nous, enfin, je veux dire, on est en train de dévisser en termes d'emprunt, de notes économiques, enfin, je veux dire, ça serait absolument dramatique.
Donc c'est moins par égo d'avoir voté cette réforme que d'essayer, de manière quand même rationnelle, et je crois quand même que le Parti Socialiste, ou en tout cas certains d'entre eux sont rationnels, d'essayer avec nous de trouver un autre moyen que de simplement le suspendre symboliquement.
– Édouard Philippe qui a lâché hier ce qu'on peut appeler une bombe politique, en demandant une présidentielle anticipée après le budget, et donc le départ d'Emmanuel Macron, est-ce que ce n'est pas rajouter de la crise à la crise ?
– Non, parce que je pense que c'est la droite ligne de ce qu'il essaye de dire et d'alerter l'opinion depuis plusieurs années, enfin, je veux dire, c'est le premier, après les législatives de 2022, à avoir dit il faut tendre la main au LR et qu'on fasse un vrai gouvernement de l'ensemble du Bloc central et de la droite. En 2024, après la dissolution qu'il a fortement critiquée… – Et même, il fait une partie de la gauche, il dit. – Exact, mais alors, à partir de 2024, après la dissolution qu'il a fortement critiquée, il ne s'en cachait pas, il a dit il faudra travailler avec les sociodémocrates.
On est dans une crise institutionnelle majeure, on n'est pas pour une sixième république, on pense que la cinquième sous l'aspiration du général de Gaulle est la bonne, mais tenir un an et demi comme ça, ça n'est pas possible. Donc on n'est pas du tout dans la destitution comme le demandaient les filles, ça va vous paraître, ça va faire sourire beaucoup de monde, parce que quand on dit qu'on demande au président démissionné, mais c'est de lui laisser le choix de peut-être laisser dans l'histoire un acte à la générale de Gaulle et de dire, oui, je ne suis plus en capacité aujourd'hui de mener des réformes.
– Et on n'est pas du tout dans une stratégie personnelle d'Edouard Philippe qui voit, sondage après sondage, l'écart se creuser entre lui et le RN et qui se dit que c'est peut-être bien que la présidentielle soit un peu avancée ?
– Non, parce que si vous voulez, je pense que par rapport à certains candidats potentiels des autres partis, on parlait de Gabriel Attal tout à l'heure, ou même Bruno Retailleau, lui il est seul dans sa ligne chez nous, où il n'y a pas à débat, il s'y prépare. – Mais il est prêt ? – Il est prêt, mais ce n'est pas pour ça qu'il a dit ce qu'il a dit hier, mais c'est vrai que si ça devait avoir lieu, je pense qu'il est celui qui est le plus préparé.
Moi je suis là, je ne suis éché au horizon que depuis un an, j'ai été absolument époustouflée par les gens qui travaillent à un programme, nous-mêmes, moi je m'occupe, je suis en charge de la culture, on nous a demandé de rendre chacun une note sur chacun de nos domaines, et donc le projet est en train d'être travaillé, et je pense que par rapport à d'autres, en effet on n'est plus préparé.
Mais ce n'est pas pour ça qu'il le dit. – Donc il s'imposerait naturellement comme candidat du box central ?
– Je pense qu'en tout cas il aurait de bonnes chances en tout cas de l'être, mais ce n'est pas pour ça qu'il le dit, vraiment, je vous assure, c'est qu'aujourd'hui, et regardez 70% des Français demandent une démission du président de la République plutôt qu'une dissolution à moins de 60%. Honnêtement, on se pose tous la question de se dire comment on va pouvoir tenir un an et demi comme ça.
– Alors on va voir ce que pensent les élus locaux de cette situation politique. Bonjour Éric Rezel, merci beaucoup d'être avec nous, maire de Séfon, vous êtes le vice-président de l'Association des maires ruraux de France. Comment cette crise est perçue par l'élu local que vous êtes ?
– Pour nous, c'est très compliqué, on sent une vraie distance entre ce qui se passe au niveau national et pour nous. C'est vrai qu'on a des questions de proximité et qu'on voudrait pouvoir maintenir. Et donc, par exemple, mon quotidien, c'est le périscolaire, comment régler cette question d'encadrement des 20 enfants qui mangent sur les 50 de l'école. Voilà, des choses très ordinaires. Donc nous, on est obligés d'être de façon très très concrète. Le problème, c'est qu'on sent un agacement de la population et une forme de nervosité un peu générale. Et donc ça, c'est un petit peu problématique pour nous quand même, alors qu'on a un quotidien à assurer.
Et voilà, ça, c'est quand même assez gênant pour nous.
– J'ai honte en entendant ce monsieur dire tout ça, parce que bien évidemment, moi, je suis très présente sur mon département et c'est la préoccupation, en effet, comme vous le dites, monsieur, de tous les élus que je rencontre.
Et depuis ce week-end et ce nouveau chaos, entre guillemets, politique, j'ai des candidats ou des maires sortants qui m'appellent en disant pourvu que nos municipales ne soient pas polluées par des élections anticipées, qu'elles soient, en effet, alors soit présidentielles, mais je pense que de toute façon, ça prendrait plus de temps, mais même législatives anticipées, parce qu'en effet, il y a déjà une crise d'évocation et c'est bien pour ça que dans les priorités, et nous aussi, on ronge notre frein, monsieur, parce qu'au Sénat, on aurait aimé pouvoir rediscuter le statut de l'élu local, qui est une proposition de loi qui est majeure pour nous et pour vous.
Il y a une crise d'évocation, on a des communes où on ne trouve pas de candidats et on a envie de pouvoir vous assurer la possibilité d'avoir un nouveau mandat, sûrement plus serein que le précédent, qui a commencé, rappelez-vous, par le Covid. Et vous avez eu toutes les crises derrière, vous avez eu un mandat terrible, et en effet, pour des sujets au quotidien, qui fait que vous êtes en première ligne des concitoyens qui sont de plus en plus énervés.
Et justement, monsieur le maire, sur le statut de l'élu, parce qu'hier, Matignon a fixé deux priorités dans ses ultimes négociations. Il y a la question du budget, des budgets, évidemment, et il y a la question de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Est-ce que vous avez peur que le statut de l'élu, ça passe à la trappe ?
Oui, tout à fait, on est très attentifs par rapport à ça. Mais comme vient de rappeler Madame la sénatrice, je pense que la plupart des élus, quel que soit leur niveau, ont bien conscience qu'il faut un statut de l'élu qui soit adopté avant la fin de l'année et pour que le prochain mandat, il y ait suffisamment de candidats et qu'on donne la possibilité au moins aux petits élus locaux de pouvoir fonctionner au quotidien, de pouvoir aller en réunion, prendre des responsabilités. Et donc, ça, c'est vraiment très, très important. Je pense que c'est majeur pour la nation.
Il risque de passer à la trappe, ce texte ? Parce qu'il est reporté, reporté, reporté.
J'espère que non. Et très honnêtement, quand j'ai vu qu'il y avait une sorte de deal pour qu'on puisse discuter du projet de loi sur la fin, les propositions de loi sur les soins palliatifs et la fin de vie, c'est un sujet majeur, mais pardonnez-moi, mais en tant que sénatrice, et j'ai fait ma campagne en 2023 sur ce sujet du statut de l'élu, j'estime que celui-là est prioritaire pour nous.
Et qu'il doit être examiné avant l'État sur la fin de vie ?
Franchement, pour nous, Chambre des territoires, c'est une priorité des priorités. Et donc, j'espère que le président Larcher et tous les présidents de groupe défendront cette idée que si on reprend enfin nos travaux et on ronge notre frein, je peux vous assurer, monsieur, que c'est terrible pour nous parce qu'on travaille par ailleurs dans des commissions, etc. Mais on aimerait revenir dans l'hémicycle pour pouvoir voter des lois parce qu'on a été élus pour ça et que ce texte-là soit prioritaire.
Merci, monsieur le maire. Merci d'avoir été avec nous, Éric Rezel, maire de Céfon, vice-président de l'Association des maires ruraux de France. On va voir l'actualité dans votre département de l'Essonne. Maintenant, lors d'Arcos, on va retrouver Teddy Vaurie. Bonjour, Teddy. Merci d'être là, rédacteur en chef du Républicain de l'Essonne. Teddy, autre sujet que vous vouliez aborder, vous, c'est la question de la gestion des micro-crèches.
Bonjour, Auriane. Bonjour, Laure d'Arcos. En effet, en Essonne, comme partout en France, depuis quelques semaines, les gestionnaires des micro-crèches sont assez inquiets. Il y a un décret du 8 septembre qui est sorti, qui impose aux établissements qui sont, je précise, en prestation d'accueil du jeune enfant, de transmettre obligatoirement à la CAF tous les éléments de leur exercice comptable. Alors, c'est des établissements qui sont déjà extrêmement contrôlés, qui sont des maillons indispensables de la petite enfance sur les territoires.
Et les gestionnaires, les chefs d'entreprise, qui sont en général des professionnels de ce domaine, qui ont fait le choix de se lancer dans l'entrepreneuriat, ont la sensation qu'on leur met un boulet au pied supplémentaire. Est-ce qu'on n'en fait pas un peu trop dans le contrôle aujourd'hui, alors que c'est des établissements qui fonctionnent bien et qui sont connus, qui ont une vraie relation humaine avec les territoires ?
– Bonjour Teddy, écoutez, c'est un sujet sur lequel je me suis beaucoup penchée, j'ai fait beaucoup de questions sur ce sujet. Et il se trouve que je suis allée voir Sarah Elahiri, qui depuis qu'elle est sortie du gouvernement est devenue au commissaire à l'enfance.
Et elle est très consciente, elle a aussi, à cause de ce chaos politique actuel, rien n'est audible, mais pour le projet de loi de financement de la sécurité sociale, nous avons l'intention de concert, d'essayer de travailler sur cette question, parce qu'en effet, Teddy, vous l'avez dit, en Essonne, mais partout ailleurs, on a été alerté par le tribunal de commerce avec, en effet, des liquidations de certaines crèches, mais c'est le cas aussi pour des crèches privées.
En fait, tout le problème est qu'on a tellement voulu baisser le tarif journalier pour plus d'économies, pour la CAF, etc., qu'aujourd'hui, on a bâclé et la formation de toutes ces personnes, de ces encadrements, en fait, de crèches, et qu'on en a fait une sorte d'usine à lit, puisqu'on appelle ça comme ça, et on a pu prioriser et la qualité des crèches privées ou des crèches familiales ou même de la PMI en général.
Et donc, on a envie de tout remettre à plat pour peut-être augmenter un tout petit peu le tarif journalier, mais quand vous dites à des parents, on augmente de 2 euros, mais vos enfants auront un taux d'encadrement plus intéressant pour votre enfant, je pense qu'ils sont capables de l'entendre. Donc, il y a tout à remettre à plat sur ce sujet, et surtout, que ça ne retombe pas une fois de plus sur les mairies, sur les communes, de devoir gérer, parce que du coup, les habitants ne connaissant pas comment ça fonctionne, retombent sur nos élus pour dire, vous avez l'obligation de trouver des moyens de garde pour nos enfants en attendant qu'ils puissent rentrer en maternelle.
Donc, c'est un sujet majeur sur lequel je ne lâcherai pas, et je dois reparler à Sarah Elahiri, pas plus tard que la semaine prochaine.
Merci Teddy Vaurie, merci d'avoir été avec nous, la une du Républicain de l'Essan, les déchets dans le gaz. C'est à la une de votre journal. Allez, on termine par l'actualité du Sénat, Lord Arcos. Et l'actualité du Sénat, ce sont les auditions des dirigeantes de l'audiovisuel public. Sibyl Vahy, la patronne de Radio France, qui s'y est auditionnée aujourd'hui hier, c'était Delphine Ernotte qui était devant les sénateurs. C'est votre éclairage, Steve. Steve, la présidente de France Télé, qui était donc auditionnée hier, à l'heure du jour, notamment un rapport de la Cour des comptes.
Rapport qui a beaucoup, beaucoup fait parler, Laurie Anne. Il a été publié fin septembre et porte sur la plus grosse entreprise de l'audiovisuel public, France Télé, dont le capital est détenu à 100% par l'État. Les sages ont analysé l'évolution du groupe depuis 2017. Résultat, la Cour a pointé du doigt une situation financière dite critique, avec un déficit net de 40 millions d'euros sur l'année 2025, en cause notamment des charges d'exploitation trop élevées et des rigidités en matière de gestion des ressources humaines. Réponse de Delphine Ernotte hier, qui partage le constat des sages et qui explique ce déficit. Écoutez-la.
Il s'explique par un écart majeur entre la prévision budgétaire telle que prévue en 2024, par notre projet de contrat d'objectif et de moyens, et le niveau de la dotation publique adoptée dans la loi de finances en janvier 2025. – Delphine Ernotte qui dit travailler sur des réformes de structure pour redresser la situation financière, dans son visage notamment les accords collectifs.
– En question également l'impartialité de l'audiovisuel public.
– Oui, il a été question de l'affaire Thomas Legrand, Patrick Cohen. Si le premier a été suspendu d'antenne sur France Inter, les sénateurs ont regretté qu'il n'en ait pas été de même. Pour le second, écoutez. – Nous avons chaque soir sur France 5 sans n'avoir jamais présenté aucune excuse si ce n'est une courte explication orchestrée sur l'émission où il est chroniqueur et devant ses collègues complaisants. Ne pensez-vous pas, madame la présidente, que cela a une faute éthique ? Posez-vous les bonnes questions si les gens regardent d'autres télévisions. C'est peut-être aussi parce que le service public ne répond plus aux attentes des Français.
– Alors en matière d'impartialité, les sénateurs de droite ont souhaité savoir si Delphine Ernot maintenait les propos qu'elle a prononcés dans un entretien accordé au Monde mi-septembre. On va voir ses propos. Il faut admettre que CNews est un média d'opinion qu'ils assument être une chaîne d'extrême droite. Point d'exclamation. Devant les sénateurs hier, Delphine Ernot persiste et signe. Écoutez-la. – Je considère que CNews est une chaîne d'opinion et nous ne faisons pas le même travail.
Notre rôle à nous, c'est d'accueillir en effet la multiplicité des opinions, la multiplicité des points de vue et de considérer que le téléspectateur, avec cette multiplicité d'opinions et de points de vue, se fera sa propre idée avec son écrit.
– Madame la sénatrice, CNews, c'est une chaîne d'extrême droite ? – La différence, c'est que c'est une chaîne privée. Donc elle prend ses… – Vous ne répondez pas à ma question. – Non, mais je dois dire que je ne l'écoute pas parce que je trouve qu'en effet, elle va souvent un peu trop loin dans ses propos. Et ce n'est pas pour défendre Delphine Ernotte, mais quand elle a dit ça, c'est que le traitement de la fameuse affaire Legrand-Cohen, j'ai vu un sondage comme quoi elle avait été traitée à plus de 75% sur la chaîne CNews, alors que les autres médias l'ont traitée au moment de la crise, mais après, ça allait mieux. Après, ils en ont fait toute une affaire.
Moi, en plus, j'étais très choquée par l'origine d'une conversation privée qui a été montée en épingle. Bien évidemment que l'audiovisuel public doit rester pluraliste et impartial.
– Mais est-ce que c'est le cas aujourd'hui ? C'est ça aussi la question qui se pose.
– Alors, je vais vous raconter une anecdote. Depuis 30 ans que je fais de la vie politique, que je suis dans la vie politique, la fin des réunions publiques se termine toujours par une question d'un militant qui vous dit, alors je vais vous faire avec l'accent périgourdin puisque j'étais là-bas, et quand est-ce que vous nous changez les présentateurs de télé qui sont tous de gauche ? Bon, eh bien, c'est vrai que le problème, on a plutôt cette impression-là sur l'audiovisuel, mais en fait, c'est l'arbre qui cache la forêt parce qu'un Cohen ou un Legrand, on connaît, on sait qu'ils sont éditorialistes de gauche et engagés, mais vous allez en avoir d'autres.
L'important, c'est que quand il y a une émission politique, moi, j'aime beaucoup regarder « c'est dans l'air » ou « c'est le soir », il y a une vraie impartialité, voilà, et une vraie impartialité, un vrai pluralisme des opinions, et du coup, on assure ce genre de choses. La différence peut-être entre CNews et l'audiovisuel public, et qui est pour moi absolument essentielle, c'est qu'heureusement, on a l'audiovisuel public pour faire des émissions de culture, de patrimoine, qu'on ne trop trouve pas, malheureusement, chez Hanouna, quand on avait C8, ou dans d'autres chaînes privées. Donc, je pense qu'il est indispensable de le garder, et que la difficulté, c'est les finances actuellement.
Les finances, on en parlait tout à l'heure avec ce rapport de la Cour des comptes, 40 millions de déficits sur 2025. La faute à qui ?
Je veux dire, la faute originelle, c'est que moi, j'ai toujours été contre la fin de la redevance audiovisuelle. Elle était indolore pour les Français, et on aurait dû continuer avec cette redevance audiovisuelle. Et je l'avais dit, d'ailleurs, à l'époque, en 2022, à Valérie Pécresse, et j'avais été très attristée qu'elle ne reprenne pas cette idée et défendre les acteurs culturels. Maintenant, on est en effet dans ce corner à chaque fois de voir le voter au projet de loi de finances.
Et comme, en effet, on ne donne pas, on a plus ces fameuses comms qui permettaient de fixer le contrat d'objectif et de moyens des structures de l'audiovisuel public, en fait, c'est très compliqué d'être dans cette projection. Donc, je les crois vraiment de toute bonne foi d'essayer de... – Donc, pas de responsabilité de Delphine Arnaud dans ce déficit, dans cette situation financière. – Je ne pense pas. Et que, par contre, ça va être très critique.
Et que, du coup, cette réforme de l'audiovisuel public, il ne faudrait pas qu'on puisse penser qu'en réunissant, en fusionnant, parce que c'est une fusion qui ne dit pas son nom, toutes ces structures d'audiovisuel public, qu'on va faire des économies. On ne fera pas des économies. Enfin, je veux dire, alimer les grilles de salaire et les statuts des journalistes des uns et des autres, on va forcément s'aligner sur les plus gros et donc, on ne fera pas d'économies. – Donc, il faut abandonner cette réforme de l'audiovisuel public ?
– Non, je ne dis pas abandonner, parce qu'elle vient du président Laurent Laffont et je soutiens mon président de la commission, mais plutôt sur la première lecture, qui était un peu différente, et pas aussi, comment dire, donner tous les pouvoirs à une seule personne qui serait président de France Média et également président exécutif de l'ensemble des structures. Je pense que ça n'est pas très sain que c'était mieux dans le système de la holding comme c'était prévu avant.
– Privatisation, il était question aussi de la privatisation de l'audiovisuel public lors de l'audition. Pour vous, c'est non ?
– C'est totalement exclu. On a besoin de cette audiovisuel public qui est, en mon avis, un des ADN de notre pays et pour la diversité culturelle notamment.
– C'est du coup le Rassemblement National notamment. – Mais je sais bien. – Et sur cette ligne, pourquoi, selon vous, qu'est-ce que vous en pensez ?
– Parce qu'ils pourront en faire ce qu'ils veulent ensuite, pour en faire un CNewsbis. Moi, je veux dire, les gens qui regardent CNews, j'ai ma mère qui en est des spectatrices habituelles, mais très bien, enfin, grand bien à leur face. Et c'est vrai que c'est une chaîne privée, c'est un groupe privé, et donc ils assument leurs opinions et c'est totalement liberté. Heureusement, dans notre pays, encore des libertés d'expression.
Mais heureusement qu'on a un audiovisuel public qui devrait en effet peut-être un peu plus montrer qui ne sont pas, entre guillemets, qu'avec des journalistes de gauche, mais qui, du coup, montrent qu'on puisse se faire une opinion partagée, objective, et qu'on puisse être dans cet équilibre et pas non plus simplement être dans des chaînes privées, comme on voit dans d'autres pays, qui malheureusement sont ensuite, ont dévié vers des démocratures.
Merci Lord Arcos. Merci à vous. Et bonne journée qui va être riche en rebondissements. Exactement, on suivra tout ça. Merci d'avoir été notre invitée.
Laure Darcos