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interviewBFMTV — BFM Politique· 13 décembre 2020 41 min

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe "La France insoumise" à l'Assemblée nationale - 13/12

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Vous regardez BFM Politique comme chaque dimanche avec Edwige Chevrillon, David Doucan et notre invité député des Bouches-du-Rhône, président du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Jean-Luc Mélenchon est avec nous ce midi. Jean-Luc Mélenchon, Philippe Godin vient terminer son journal avec les images de la manifestation qui a eu lieu hier à Paris. Alors il y a eu des cortèges un peu partout en France. Cette fois, c'était à l'appel du nouveau parti anticapitaliste. 142 interpellations à Paris, 164 sur l'ensemble du territoire et surtout un déploiement de forces de l'ordre très impressionnant. A l'arrivée, pas de dégâts, quasiment pas. Quel regard vous portez sur cette journée ?

0:38
Jean-Luc Mélenchon

Vous venez de donner des chiffres qui montrent comment se fait-il qu'il y ait tant de monde à en Bastille et à Paris et si peu dans le reste de la France. Non, il y a vraiment une signature préfet l'allemand qui est une volonté. Il l'a dit une fois, il l'a résumé. On n'est pas dans le même camp. Il vit la population comme une sorte de classe dangereuse et tout ça est totalement excessif. Le NPA avait fait ce qu'il fallait pour que les choses se passent bien. Le collectif Stop à la loi sécurité globale avait renoncé à appeler à la manif compte tenu de la violence qui s'était déchaînée la fois d'avant. Moi, j'ai soutenu leur position. Je l'ai trouvé raisonnable.

Il faut dire que le NPA a fait les choses correctement. Mais bon, voilà, vous avez vu des images. Pour les gens qui regardent, qui n'ont pas le coup d'œil technique, bon, on voit des policiers, on voit des gens masqués, bon, tout ça est très confus. Mais pour qui regarde avec un œil un peu technique, cette nouvelle manière de couper en deux une manif en chargeant, cette manière de nasser, tout ça provoque des incidents à rallonge. Oui, mais ça, c'est très dommage. C'est une vision de l'utilisation des forces de l'ordre qui conduit à des désastres.

1:43
Intervenant

Mais Jean-Luc Mélenchon, ces black blocs qui viennent empêcher finalement les citoyens français de manifester, ce qui est leur droit fondamental, là, les forces de l'ordre étaient en nombre, pas de dégâts, le black bloc n'a pas pu se former. Je vous pose la question. Que proposez-vous ? Que proposez-vous pour que nous ne soyons plus embêtés par ces black blocs et que nous puissions à nouveau manifester librement ?

2:08
Jean-Luc Mélenchon

Je sais faire la part des choses. Les black blocs, j'ai toujours dit ce que j'en pensais et j'ai toujours dit que je considérais que les violences dans les manifestations ne tournaient qu'à notre désavantage, tout le temps, systématiquement. Pour moi, la bonne manif, c'est celle où on peut aller avec le landau. Parce que c'est la manif familiale, c'est la manif populaire qui permet la force. Le vrai problème, c'est la façon avec laquelle on utilise les forces de l'ordre, dites de l'ordre, que moi, je considère qui sont des facteurs de désordre.

Les black blocs, leur comportement, pardon, mais je commencerai à en parler avec vous sérieusement, quand quelqu'un nous fournira une étude sérieuse et une explication sur les raisons pour lesquelles jamais aucun d'entre eux n'est interpellé. Et il n'y a jamais aucune possibilité, alors que ça dure depuis plus de 15 ans, d'interrompre ce phénomène. Moi, je ne suis pas policier, je ne sais pas comment on fait. Je sais comment il ne faut pas faire, parce que je vois que ça ne marche pas.

3:02
Intervenant

Mais vous êtes législateur. Le garde des Sceaux a dit qu'il travaillait à un texte anti-black bloc. Vous avez peut-être des propositions.

3:09
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, tout ça est risible. Où y a-t-il dans la loi l'autorisation de casser des vitrines ? Où ? Où c'est écrit ? Où il y aurait un manque ? Où, dans la loi, est-il écrit, il est interdit de frapper qu'une barre de fer quelqu'un ? Tout ça existe dans la loi. Pourquoi la loi n'est pas appliquée ? C'est ça le vrai sujet. Et comme ça crée un événement, alors on dit, on va faire une loi, et puis on va faire encore du scrogneu-gneu. C'est comme la soi-disante loi prétendument laïque sur le séparatisme. C'est-à-dire que ce sont des lois qui ont pour effet principal de créer le phénomène qu'elles combattent. Voilà.

Donc, non, le vrai problème aujourd'hui, et je vous prie de ne pas contourner cette difficulté, monsieur Ducan, parce que nous avons un problème, Ducan. Nous avons un problème... Ah ! Monsieur Ducan, vous allez y arriver. Excusez-moi. Désolé. Ça fait des années. Non, mais je suis désolé, je ne sais pas ce que je voulais faire. Nous avons un problème. L'idée d'avoir une police républicaine qui soit une police de gardien de la paix, ça nous concerne tous. Une société dans laquelle la population déteste sa police, la police se méfie de la population, il faut arrêter ça. Il faut entrer dans une logique de désescalade. Et l'un des éléments, c'est changer de technique.

Regardez le bilan gilet jaune. 2200 gilets jaunes blessés, 1800 policiers. Enfin, il y a quelque chose qui tourne pas rond dans cette affaire. Ceux dont c'est le métier, c'est-à-dire garantir la sécurité, doivent maintenant se mettre au travail pour trouver d'autres manières de faire.

4:27
Invité

Mais en mettant Jean-Luc Mélenchon, vous parlez de désescalade. Il y a des fatigués, épuisés, en colère. Il y a des policiers qui ont manifesté, notamment au Trocadéro. Et vous, vous avez tweeté, et maintenant, après Nantes et Caen, les policiers factieux, au Trocadéro, le pouvoir ne domine plus la police. Voilà le bilan castaner d'Armana. J'ai envie de dire, est-ce que vous ne trompez pas de cible, quand même ?

4:48
Jean-Luc Mélenchon

– Ben, je crois que vous ne... Peut-être que vous ne... Pardon de vous le dire, vous ne vous rendez pas compte de ce que ça signifie. Imaginez-vous que des militaires, en armes et avec leurs équipements, aillent sur les Champs-Elysées. Vous direz, oh là là, oh, il faut faire autrement, mais pas comme ça. Ben là, c'est pareil. Des policiers font des manifestations non déclarées. Ils viennent avec leur matériel officiel. Ils interceptent des... Enfin, tout ça est hors du sens commun. Et je dis factieux, pourquoi ? Parce que deux syndicats de police... Oui, oui, mais on sait ce que ça veut dire.

Deux syndicats de police, le syndicat Alliance et le syndicat Synergie Officier, passent leur temps à jeter de l'huile sur le feu, à montrer du doigt des journalistes ou des responsables politiques. Ce n'est pas acceptable dans une démocratie. C'est comme ça. Ceux à qui ça ne plaît pas, on peut imaginer qu'il y a des policiers à qui ça ne plaît pas, ben, ils changent de métier. Parce que dans le métier de policier, il y a le respect strict de la loi, le respect dû à la population, à son propre uniforme, aux couleurs que l'on porte, et on ne se comporte pas comme ça. Ce n'est pas acceptable. Et nous, les citoyens, nous sommes sans recours.

Si nous avons à nous plaindre, auprès de qui nous plaindrons-nous ? L'IGPN, tout le monde sait que c'est un organisme bidon qu'il faut dissoudre et qu'il faut reconstituer sous une autre forme. C'est-à-dire avec d'autres personnes que des policiers. Des policiers jugeant des policiers, c'est absurde. Donc on a besoin d'un recours qui tranquillise le citoyen et rassure le policier, en sachant que ça sera un recours objectif. Voilà pourquoi, moi, mon idée de la police, c'est une police de gardien de la paix. Le niveau doit monter, on doit faire de la formation, beaucoup. On doit renoncer aux techniques qui provoquent de la violence. Vous, vous n'y êtes jamais.

Je comprends ça, ce n'est pas votre boulot. Mais moi non plus, j'y vais très peu parce que j'ai peur. Mais allez vous faire nasser une fois place de la République et vous allez voir la tête que vous faites le coup d'après. Quand toute la place est fermée, personne ne peut sortir et on sait qu'on va se faire gazer. Non, ce ne sont pas les bonnes méthodes. Il faut qu'il y ait la désescalade et la refonte républicaine de la police. Vous m'entendez ? La refonte républicaine. Si je gagne l'élection présidentielle, la police sera refondée de la cave au grenier. Non seulement, je ne parle pas du policier de base, je parle aussi de la hiérarchie. Et puis le malheur policier sera examiné.

150 suicides depuis le début de l'année, il y a quand même un problème, non ? Si ça se passait à la SNCF ou quand ça s'est passé dans le téléphone, tout le monde a dit « mais ça ne peut plus durer ». Et là, on va s'habituer à ça. Mon collègue Alexis Corbière a déposé une proposition de commission d'enquête. Pourquoi ne la fait-on pas ? Pourquoi ne la fait-on pas ? Qu'est-ce qui se passe dans la police ? On ne doit pas régler ça par de la haine, de la violence, du mépris mutuel. Ce n'est pas bon du tout. Il faut que tout ça redescende.

7:24
Présentateur

Les policiers qui sont sur le front depuis les attentats, il y a eu les gilets jaunes, vous en avez parlé, les manifestations contre la réforme des retraites, il y a la crise sanitaire, le plan Vigipirate.

7:33
Jean-Luc Mélenchon

Ils sont sous l'eau, en fait. Ils sont sous l'eau, complètement. Mais donc, il faut les utiliser autrement. Tout le monde comprendra dans ce pays que ça ne peut pas durer, qu'on leur doit des millions d'heures supplémentaires, que personne ne leur paye, qu'ensuite on les envoie. Et puis si jamais ça tourne mal, c'est l'empiste qui paye. Ce n'est pas le chef, ce n'est pas M. Castaner ou M. Darmanin qui démissionnent quand il y a un événement inacceptable. Non, c'est le policier de base qui doit en répondre. Donc tout ça est anormal. Et la police, comme elle est là, on voit bien que les plus jeunes éléments, sous l'influence des plus radicalisés, s'exaspèrent.

Il y a un corps républicain de la police. C'est à lui maintenant aussi de faire un peu entendre sa voix pour dire du calme. Parce que ça existe tout ça. Et je pense qu'on peut rétablir l'ordre dans la police si on y remet un peu de bon sens. Si vous avez entendu le ministre Pierre-Jacques s'exprimer hier sur France Culture, vous voyez que des personnalités éminentes vont dans ce sens pour proposer des mesures de désescalade.

8:35
Présentateur

Je voudrais, Jean-Luc Mélenchon, que nous parlions de cette pandémie, évidemment. Alors c'est notre quotidien à tous depuis le mois de... Ah bah oui. On n'a jamais vécu ça. Février-mars. C'est inédit dans l'histoire de l'humanité. C'est inédit complètement. Alors Jean Castex a dévoilé les nouvelles mesures qui entrent en vigueur cette semaine pour les fêtes de fin d'année. Nous avons donc appris collectivement que pour sauver Noël, il fallait sacrifier le passage à la nouvelle année, le réveillon du 31. J'ajoute, et on l'a appris ce matin, que l'Allemagne allait fermer ses écoles et ses commerces d'un essentiel à partir de mercredi et jusqu'au 10 janvier.

Quelle est votre réaction à ces mesures annoncées ? Pas de 31, du coup, mais en 24 limitées.

9:08
Jean-Luc Mélenchon

En France. Parce qu'Allemagne, je vous dis tout de suite, je ne connais pas, je ne sais pas quelles sont les raisons de leurs décisions. Par contre, la France, je connais un peu, je crois. Je la voyage assez pour le savoir. Bon, M. Castex, avec l'équipe de bureaucrates qui se sont couverts de gloire depuis un an, continue à aller de moments où il cède à un lobby, à moments où il se protège des risques de la loi. Souvent, il me fait l'effet d'être un homme qui va là où souffle le vent. Je n'ai pas trouvé ça sérieux du tout. Alors, Noël, on peut, mais pas Nouvel An. Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe entre les deux ? Quelle est la différence de nature ? On ne le sait pas. Je suis très assuré.

Le 31, plus alcoolisé, ce sont les justifications de l'exécutif. Oui, ça dépend des endroits. Vous savez, Noël, c'est une fête familiale et on n'y boit pas que de l'orangina.

9:59
Intervenant

Donc, aux manettes, vous auriez autorisé les rassemblements le 31 décembre ?

10:02
Jean-Luc Mélenchon

J'aurais d'abord commencé par essayer de comprendre pourquoi, qu'est-ce qui provoque le redémarrage de la contamination. Et puis, je me serais davantage soucié, je préfère le dire comme ça c'est fait, de savoir comment on traite le problème. Parce que tout le monde est suspendu au vaccin. Mais, mes chers amis, tout ça est une illusion. Le vaccin, ça arrive après la maladie. Donc, la première question qui nous est posée, c'est où en est-on des progrès du traitement de la maladie ? Premier élément. Donc, les équipes qui font des recherches dans ce domaine doivent être aidées et stimulées. On avait l'équipe Pasteur à Lille.

Bon, ben, il faut les aider et leur donner des sous, pas leur demander d'aller faire la quête pour trouver l'argent pour ça. Ensuite, dans les mesures de prévention. Écoutez, je suis comme vous, j'essaye de me débrouiller au milieu d'une situation inédite. Parce qu'aucun d'entre nous n'avait au départ ni les compétences scientifiques, ni quoi que ce soit sur le sujet. On n'a jamais vu ça. On est sans repère. Les derniers repères qu'on est, c'est la peste, bon, dans tout l'ancien régime. Bon, c'est pas un repère. Mais enfin, le croyez-vous qu'il aura fallu attendre avant-hier pour qu'on voit apparaître dans la presse l'idée qu'il fallait aérer ? Que c'était ça la bonne idée ?

Il l'avait déjà dit. On a donc attendu, non mais je sais que d'autres l'ont peut-être dit, mais enfin c'est quand même incroyable. On a l'impression que les problèmes sont pris à là-bas, comme je te pousse, au lieu d'être planifiés et organisés.

11:20
Intervenant

Sur l'aération, le gouvernement le dit depuis plusieurs semaines. Est-ce que ça n'a pas été entendu ? C'est possible. Question précise pour vous, Jean-Pélenchon. Vous êtes quand même, vous êtes fort, vous. C'est dans la communication gouvernementale depuis plus d'un mois.

11:32
Jean-Luc Mélenchon

Nous avons vécu quatre mois, nous avons vécu deux mois de confinement. Je prends cet exemple pour faire sourire et ne pas tout prendre au tragique. Mais pardon de vous dire que les leçons du précédent confinement n'ont pas été tirées. On en est toujours au même point. Et à inventer un taval régulier, des gadgets pour animer la conversation. Mais tout ça n'est pas sérieux. Vous trouvez normal, vous, d'attendre un vaccin qui va arriver, que les Français sont incapables de produire ? On va en parler du vaccin. C'est énorme, cette histoire. Il doit être maintenu à moins 60 degrés. On va en parler.

12:04
Intervenant

Vous avez une question précise sur les annonces de Jean Castex, puisque nous étions sur ce sujet. Concernant le monde de la culture, est-ce que vous êtes sensible, Jean-Luc Mélenchon, aux multiples expressions de colère exprimées par de nombreux artistes depuis ces annonces ? Ou bien est-ce qu'au contraire, vous dites, oui, c'est le prix à payer. Il faut sauver des vies.

12:23
Jean-Luc Mélenchon

Non, je pense qu'ils ont raison. Les salles de spectacle ne sont pour rien dans la nouvelle vague de contamination, puisqu'elles étaient déjà fermées. Les salles de spectacle sont celles où les normes de sécurité peuvent être appliquées, avec le plus de soin, puisqu'on a des chaises, des sièges, que des gens sont dans une salle, qu'on peut calculer les écartements, que l'on peut prendre des mesures sanitaires. Et puis, je proteste contre cette idée étroite et bornée de l'être humain homo economicus, dont la vertu essentielle serait d'aller travailler, puis de rentrer se coucher en se taisant. Non, les êtres humains ont besoin d'accompagner leurs anciens en fin de vie.

Ce n'est pas non-essentiel. C'est essentiel parce que c'est une vie humaine. Les êtres humains ont besoin de culture. Ce n'est pas non-essentiel. De même qu'ils ont besoin, quand c'est leur foi, d'aller dans les lieux de culte. Enfin, tout le monde peut arriver à comprendre que nous sommes d'abord des êtres humains. Et donc, dans les êtres humains, ce qui est essentiel doit être respecté. La culture, la foi, la famille, etc. On peut faire une petite liste comme ça. Et puis, surtout, adopter des méthodes qui ne soient pas la reproduction des vieilleries du Moyen-Âge, se confiner, la léproserie, quoi. Non, le roulement, par exemple. On a assez dit que c'était une des techniques. Pourquoi pas ?

On le fait à l'école. Les petits commerces, on peut les ouvrir. On sait comment organiser éventuellement des files dans la rue. Ils sont ouverts. On peut le faire dans les grandes surfaces. Bon. Bref, il faut s'organiser d'une manière, avec un peu d'esprit de bon sens, pour faire face à une situation qu'on ne connaissait pas. La première fois, parce qu'on n'est pas su. La deuxième, non. Et alors là, on nous annonce une troisième et une quatrième. Alors, les amis, vous croyez réellement qu'on va pouvoir enfermer la France pendant des mois et des mois comme ça ?

14:04
Invité

Encore une question aussi un peu technique, entre guillemets, mais il y a beaucoup d'emplois à la clé. La question des stations de ski. Je ne sais pas si vous skiiez Jean-Luc Mélenchon, mais est-ce que vous vous dites qu'on aurait dû les ouvrir parce que c'est quand même là où vous avez le plus de gens qui vont skier pendant les vacances de Noël, de fin d'année, et que du coup, il y a des milliers de gens qui vont se retrouver au chômage ? J'imagine que ce n'est pas votre truc. Non, je ne skie pas, mais je comprends qu'on le fasse. Mon point était, on a dit, Jean Castex l'a dit, on va en reparler le 7 janvier. Il y a eu le 10 décembre, il y a eu le 20 janvier, il y a le 7 janvier.

On a l'impression qu'il y a des clauses de revoyure qui arrivent tout le temps. Est-ce que cette politique de stop and go n'est pas aussi très anxiogène peut-être ?

14:43
Jean-Luc Mélenchon

Bien sûr qu'elle l'est, vous le savez comme moi. Ce qui est frappant, on ne peut pas leur en vouloir de ne pas savoir et de vouloir avoir des clauses de revoyure. Ce n'est pas un principe qui est critiquable. On ne sait pas, mais quand même, on doit avoir un plan stable avec des repères stables. À un moment donné, le président de la République a commencé à en proposer un ou deux. S'il y a 5 000 cas, bon, on peut faire ceci et cela. Donc essayons d'avoir comme ça des plans de marche et en fonction de ces repères, on fait ceci, on fait cela et on peut en discuter. Mais pas sans arrêt. Un coup oui, un coup non. À Noël, vous pouvez vous voir, mais pas à Nouvel An.

Vous pouvez aller à la grande surface, mais pas au petit commerce. Vous pouvez être à 6, mais pas à 7, enfin tout ça. Les gens se perdent et c'est très anxiogène. Et ça, je crois que vous mettez le doigt sur quelque chose d'important. Cette fois-ci, il y a un coût plus grand que la fois d'avant. Parce que la claustrophobie, la déprime gagne. Et l'impact psychologique commence à se voir sur les populations et sur les individus. Parce que le monde dans lequel nous vivions était un monde d'incitation permanente à l'agitation et à la consommation. Et nous entrons dans une phase de repli qui a montré la vanité de toutes ces choses. Leur manque de consistance.

Si bien que beaucoup de gens, ça peut paraître étrange, mais c'est la vérité, s'interrogent sur le sens de leur existence. Et des relations qu'ils ont créées dans leur existence. On a besoin de philosophie en ce moment, d'art et de culture.

16:07
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, quel message plus spécifique vous pourriez adresser aux jeunes, à ceux qui ont entre 16 et 22, 25 ans, qui vivent ça de plein fouet et qui se voient confisquer une période de leur vie dont d'autres ont pu jouir pleinement ?

16:20
Jean-Luc Mélenchon

Chaque génération a ses charges. Celle-ci a été bien chargée. Bon, je dis ça parce qu'il y a aussi les jeunes gens qu'on a envoyés à la guerre. On ne leur a pas demandé leur avis, ils n'ont pas eu de jeunesse. Je ne dis pas ça pour relativiser. Je leur dis juste d'être prudents, de tenir compte des normes de sécurité qui ne sont pas des choses à inventer pour les embêter. Mais je ne suis pas pour les infantiliser. Je pense que la jeunesse du pays a fait preuve, à travers les deux dernières générations, d'un grand sens des responsabilités alors qu'on l'a pensé irresponsable. Je rappelle comment les mesures qu'on a prises contre le sida ont été suivies en masse.

Dès qu'on les a connues, dès qu'on a su comment faire. Et bien de même, la jeunesse aujourd'hui est capable de comprendre ce qu'il y a à faire. Évidemment, bon, c'est une difficulté. On la surmontera. Si tout ce qu'on a à lui dire, c'est attendez le prochain confinement, c'est clair que ça ne va pas le faire. Si on lui dit mobilisez-vous, il s'agira d'autre chose.

17:12
Présentateur

On marque une pause, on revient dans un instant. On parlera vaccin, évidemment, qui est le grand sujet attendu par... On attend d'avoir votre avis. Oui, oui, à juste titre. C'est à suivre dans quelques secondes. La suite de BFM Politique avec Jean-Luc Mélenchon, qui est notre invité ce midi. Jean-Luc Mélenchon, est-ce que la campagne de vaccination qui est attendue en France, on va dire début janvier, vous inquiète ?

17:41
Jean-Luc Mélenchon

Bon, je dois faire attention et peser mes mots, parce que c'est pas mon rôle d'aller semer la pagaille et effrayer les gens, mais disons que j'apprécie pas trop ce qui est en train de se passer. Je vous l'ai dit, je pense que d'abord, on ne voit pas le plan sanitaire français. On a l'impression qu'après avoir couru derrière les masques chinois en tissu, maintenant on est en train de courir derrière les doses de vaccins fabriquées aux États-Unis d'Amérique, sans trop interroger sur la méthode. Et alors, mes réserves sont de l'ordre suivant. D'abord, nous avons besoin d'un plan sanitaire pour affronter la pandémie. Donc, un, quel est le plan concernant les traitements des maladies ?

Deuxièmement, quel plan applique-t-on qui permet que l'on traite les gens qui sont en situation grave de Covid ? Qu'est-ce qu'on fait avec les autres ? Parce que pour l'instant, on a laissé le problème sur les genoux des médecins.

18:35
Invité

Mais sur la vaccination, Jean-Luc Mélenchon, parce qu'on voit qu'il y a les gens-là qui vaccinent, il y a les Russes, les Chinois.

18:39
Jean-Luc Mélenchon

On parle d'un truc et on ne parle pas de l'autre. Il y a aujourd'hui des milliers de gens dont les interventions chirurgicales et hospitalières sont reportées, quasiment inédiées, jusqu'à la prochaine confinement. C'est un problème que traitent seuls les gens de métier. Bon, qu'est-ce qu'on fait par rapport à ça ? Troisièmement, on arrive maintenant sur la crise sanitaire. Un, quel est le plan pour avoir des traitements et des médicaments pour soigner ceux qui sont malades ? Et enfin, on arrive au vaccin. Enfin, on arrive au vaccin. Le vaccin, c'est la dernière étape par rapport à l'urgence. Mais vous voulez qu'on attend ? Le vaccin qui se... Janvier, c'est trop tôt ? Non, je ne dis pas ça.

D'abord, je n'ai pas la compétence. Commençons par dire ça. Qui sommes-nous ? Vous ou moi ? Bon, nous ne pouvons qu'arbitrer entre des solutions qui nous sont proposées, dont le contenu scientifique. Le plus souvent, nous mettons du temps à le comprendre. Peut-être que, bon, moi, je mets du temps. Que voulez-vous ? Je regarde, j'écoute, je compare. Donc, il faut prendre son temps. Il n'y en a pas deux qui sont d'accord. Sur les vaccins, il faut prendre son temps. Un vaccin qui se fabrique à moins 60. Bon, vous et moi, au moins, si on n'y connaît rien en vaccin, on connaît au moins deux, trois trucs sur le surgelé, puisqu'on en consomme.

Bon, donc, ce vaccin qui dépend d'une telle chaîne du froid, eh bien, il m'inquiète. Parce que la moindre rupture, vous ne la verrez pas avant d'en voir les effets. Deuxièmement, il résulte d'un procédé qui n'est pas celui qu'on connaissait jusqu'à présent en matière de vaccination. C'est la RN messager. Ah oui, la RN messager, on a tous découvert qu'il existait des RN messagers. On croise tous les doigts, que ce soit la bonne idée. Mais en attendant, on n'en est pas sûr. Et je suis très chagrin de voir que le grand institut Pasteur, qui est notre grande organisation française, n'ait pas été aidé de toutes les manières possibles pour pouvoir intervenir dans ce débat d'une manière valable.

Voilà. Alors, ce vaccin ne me rassure pas. Pour autant, je le dis tranquillement aux gens. Je ne sais pas. Je ne suis pas médecin. Je ne suis pas épidémiologiste. Je ne sais pas. Je sais juste qu'un certain nombre de conditions ne me semblent pas respectées. Depuis quand on met un vaccin sur la base de seulement des communiqués de l'AFP et des agences de presse ? Qu'est-ce que vous savez sur son contenu ? Apparemment, peu de choses. Donc, beaucoup de gens sont inquiets. Pas moi, Jean-Luc Mélenchon, qui n'ai aucun titre inquiet ou rassuré.

20:45
Présentateur

A priori, les organisations qui valident la mise en conformité, la mise sur le marché des médicaments, ont les informations. Elles ont les informations.

20:53
Invité

Est-ce que vous allez vous faire vacciner, par exemple ? Parce qu'à vous écouter, on a l'air d'en douter.

20:58
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, je ne me suis pas encore posé le problème. Je ferai ce qui me paraîtra juste et sans doute ce que me dira mon médecin en qui j'ai confiance.

21:06
Présentateur

– Jean-Luc Mélenchon, l'épidémie creuse les inégalités. – Absolument. – Le président de la République a expliqué qu'il ne croyait pas à l'extension du RSA au moins de 25 ans. Et je vais le citer, il préfère en fait un contrat de responsabilité. Et il ajoute, c'est lui qui le dit, « Si l'écart entre la non-activité et l'activité n'est pas suffisant, on crée un système de désincitation au retour à l'emploi. » Que pensez-vous de cette déclaration ?

21:29
Jean-Luc Mélenchon

– C'est un propos honteux. Car ce n'est pas le niveau du RSA qui dissuade les gens d'aller travailler. Il ne travaille pas parce qu'il y a du chômage. Il ne demande pas mieux que de travailler. Donc son propos est totalement lunaire, en dehors de toute réalité, et très mal vécu par ceux qui l'entendent. Alors prenons les choses dans l'ordre. Oui, le pays est menacé d'une vague gigantesque de pauvreté dans laquelle il est déjà entré. Deux, la plupart des pauvres les plus durement frappés sont en dehors du regard traditionnel. Pourquoi ? Parce que ce sont des femmes. Et parce que ce sont les métiers les moins bien payés et les plus précaires.

Et par conséquent, telle est organisée la société qu'on le voit moins. Ce sont pourtant les situations extrêmes. Car c'est là et là que se joue le futur. Si ces femmes, qui sont 80% des chefs de famille monoparentales, se trouvent placées dans la situation de détresse absolue, naturellement le problème passe aux enfants. Un enfant sur trois dans ce pays est dans le seuil de pauvreté. Que proposez-vous ? Je vais venir, mais commençons d'abord par bien analyser les choses. Deuxièmement, jusqu'à présent, vous avez eu affaire à des vagues de chômage, de détresse sociale qui frappaient les salariés. Dès lors, le droit social vient bien ou mal, plutôt mal à mon avis, mais au secours du salarié.

Ce n'est pas le cas des dizaines de milliers de petits auto-entrepreneurs ou petits commerçants, etc., etc., à qui on a fait des prêts garantis par l'État, dont la circulation va s'interrompre au mois de juin prochain et dont les remboursements commenceront en 2022. Nous avons donc une masse de plusieurs dizaines, peut-être centaines de milliers de gens qui vont basculer d'un coup dans la pauvreté totale, dont personne ne sait comment ils vont réagir, car eux, la différence avec d'autres, c'est que dès lors qu'ils sont en faillite, ce sont leurs biens personnels, leur voiture, leur maison, ce à quoi ils avaient l'habitude, c'est mis en cause. On fait quoi alors ?

On fait quoi face à ça, Jean-Luc Mélenchon ? Mais déjà, commençons par nous mettre d'accord sur le fait que c'est d'une gravité totale. Non, non, non, oui, passons la suite. Non, prenant conscience du drame que représente pour la France la pauvreté, avec un risque, c'est que nous soyons une nation déqualifiée. C'est-à-dire que dans le grand Oubohu du monde, les Chinois et le marché asiatique finissent par être pilotes du monde, et nous, un pays du tiers monde ou du quart monde. Est-ce que vous comprenez que c'est de ça dont on est menacé ? Une population à ce point frappée par la pauvreté et la désindustrialisation, la France peut être déqualifiée.

Alors, enfin, la raison semble atteindre certains cerveaux. Notamment, j'ai vu l'Institut Montaigne, qui n'est pas un nid communiste, et qui est plutôt des beaux libéraux, qui disent qu'il faut s'occuper... Oui, c'est un truc libéral. Et ils disent qu'il faut mettre 30 milliards pour sauver, par la demande, la situation économique en France. En effet, la consommation populaire, c'est 50% de l'activité économique du pays. On peut discuter de ce qu'on va consommer, mais commençons par prendre acte du fait que l'économie, c'est d'abord des êtres humains vivants, avec des besoins. Donc, il faut injecter de quoi vivre.

24:32
Invité

Mais comment est-ce qu'il faut des chèques Noël, comme le fait le gouvernement ? Ces 30 milliards, comment vous les injectez ? C'est quoi votre proposition ?

24:38
Jean-Luc Mélenchon

Regardez, on pourrait s'entendre. Même, bon, ici, sur le plateau, on est quatre, on doit avoir quatre avis différents. Bon, on pourrait s'entendre sur quelques points, des causes communes, en quelque sorte. Un, nous sommes dans une situation exceptionnelle, tout le monde est d'accord. Donc, on ne va pas se disputer sur la signification idéologique des mesures qu'on prend, on se disputera sur leur efficacité. Bien. Donc, les jeunes de 18 à 25 ans, il faut leur donner le RSA aujourd'hui, parce que c'est pour une immense majorité d'entre eux...

25:05
Invité

Est-ce qu'il faut leur donner un revenu universel ?

25:07
Jean-Luc Mélenchon

Alors, peut-être que... Comme le proposait Benoît Hamon lors de la précédente campagne. Oui, oui, oui, mais peut-être que dans la situation de crise, je dis bien dans la situation de crise, car pour le reste, ce n'est pas mon avis. En tout cas, il y a tellement de versions du revenu universel que le temps qu'on s'y retrouve, mais l'idée de Hamon était quand même une idée intéressante, au sens où elle dit, puisqu'il y a une richesse globale, il faut bien que chacun en ait un petit bout, et donc on la partage. Donc, on pourrait imaginer que dans une période de crise et de détresse comme celle où on est, on garantisse un revenu à tout le monde.

Qu'on garantisse un revenu, alors il faut calculer quel est ce revenu, en tout cas au-dessus du seuil de pauvreté, premièrement. Deuxièmement, on peut se mettre aussi au boulot. Au lieu de donner de l'argent, 5 milliards, à une industrie automobile, alors que 17% seulement des voitures qui sont vendues en France sont produites en France, on pourrait mettre notre argent dans des infrastructures qu'on produirait ici et maintenant. J'ai dit 100 fois, je crois, maintenant c'est largement repris, que nous avons un problème d'approvisionnement en eau potable. La moitié de l'eau qu'on collecte se perd dans la nature. Ne croyez pas qu'elle soit récupérée pure par la nature.

Donc, nous avons des milliers de kilomètres de tuyaux à poser. On a une entreprise en France, je propose qu'on ne la vende pas, qu'on la garde, et qu'on commence à installer ça. D'eux-mêmes, pourrait-on installer, etc., etc., dans différents domaines, des productions qui remettent des gens au travail ? Parce que la société, quel que soit son niveau d'automatisation, de sa production, aura besoin de travail humain. Alors, si on a moins besoin, on travaillera moins longtemps. Si on a plus besoin, il faudra travailler plus longtemps. Je crois qu'on en a moins besoin.

26:37
Présentateur

Une question. Qui a dit, je cite, je ne veux pas dire que parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c'est la Bible ou le Coran ? Oui, je le sais. C'est Emmanuel Macron qui a dit ça chez Brut. Alors, il va les rencontrer demain, les citoyens de la Convention citoyenne. Ça risque d'être chaud pour lui. Il a prévu de reprendre 146 des 149 propositions. Initiative de l'Elysée, cette rencontre, elle n'entre pas dans le protocole officiel de propositions, etc., de ratification de ces propositions. Au-delà de la phrase, que pensez-vous du dispositif et de son utilisation ?

27:07
Jean-Luc Mélenchon

La phrase, c'est devenu une spécialité de ce gouvernement, qui est une plateforme téléphonique, donc qui crée des numéros verts chaque fois qu'il y a un problème, et le reste du temps, des comités. Il en crée un, il les tire au sort. Ils font des propositions. Coup de chance pour moi, 90% des choses qu'il demande correspondent à mon programme. Pas au sien, donc, parce que si c'est dans le mien, c'est pas dans le sien. Ensuite, il y a des obstacles dans les 150 propositions qui tiennent à l'Europe. Le président de la République dit qu'il en reprend 146 sur 150. Eh bien, je vais vous dire, il ment. Ce n'est pas vrai.

Et nous en ferons la démonstration dès qu'il nous montrera quelles sont les 146 propositions qu'il reprend, parce qu'il y en a toute une série dont il a déjà dit qu'il ne voulait pas. Je pense au glyphosate, je pense au moratoire sur le nucléaire, etc., etc., etc. Donc, je propose qu'on arrête de jouer avec les nerfs des gens. S'il y a un programme qui est proposé, d'abord qu'on nous fasse confiance à nous, parlementaires, qu'on amène ça devant les assemblées et qu'on l'amène devant le grand public. Le changement climatique est commencé.

28:03
Invité

Il est irréversible. Il y a une loi qui va arriver.

28:05
Jean-Luc Mélenchon

Il est irréversible. Donc, on doit faire face, maintenant. Il faut arrêter les petits jeux de com', où chacun va se mettre un joli chapeau vert sur la tête pour faire plus écolo que le voisin.

28:14
Intervenant

Vous n'avez jamais été emballé par l'idée de la convention citoyenne, au fond,

28:18
Jean-Luc Mélenchon

qui, à vos yeux, est un peu un gadget. Alors, je ne dirais pas ça. Pour être honnête, je ne dirais pas ça. Pourquoi ? Parce que nous-mêmes, nous avons proposé à plusieurs reprises qu'on utilise le système du tirage au sort pour avoir un échantillon de l'opinion des Français. Honnêtement, au moment où on le proposait, on ne savait pas ce que ça donnerait. On n'avait que des chiffres. Maintenant, il y a du vrai dans cette méthode. Mais je reproche à ce gouvernement de botter en touche continuellement. Dès qu'il y a un problème, il crée une commission théodule. Alors, on a une commission, on attend le résultat de la commission. Il y a des gens dedans, de bonne volonté, qui font le boulot.

Et puis, à la sortie, on leur dit « Eh, ce n'est pas parce que vous avez décidé ou proposé que c'est la Bible, le Coran, ou je ne sais pas quoi. »

28:56
Intervenant

Tout ça est absurde. Sur le fond du problème, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Hulot, cette semaine, dans Le Parisien, a dit « Nous avons perdu le combat climatique. » C'est fini.

29:07
Jean-Luc Mélenchon

Vous êtes d'accord ? Oui. Je pense que c'est perdu. C'est-à-dire que le changement climatique aura lieu et que ce n'est pas au changement climatique. Bien sûr, il faut faire tout ce qu'on peut pour limiter les facteurs de bouleversement du climat. Mais d'ores et déjà, nous sommes dans la situation irréversible. Donc, la première des tâches, c'est d'en prendre acte. La deuxième est de se demander quelles vont être les urgences et quel type de phénomène nous allons affronter. Pour nous, les gens du Sud, je suis élu à Marseille, vous le savez, c'est une aggravation considérable des pluies et des effets dévastateurs des pluies.

En Méditerranée, nous aurons des tornades comme nous n'en avions pas ainsi que des incendies qui viendront. Donc, il faut faire face à tout ça. Première des choses, j'annonce à la jeune génération que pour faire ça, il faudra qu'on s'y mette tous. Comme les générations précédentes devaient affronter la manie de nos voisins allemands de nous envahir, eh bien maintenant, il va falloir qu'on affronte autre chose qui est que le climat dérègle en tout et les catastrophes climatiques ayant lieu, il va falloir s'y mettre tous pour réparer, nettoyer, préparer, etc. C'est la raison pour laquelle je veux rétablir la conscription.

Non pas une conscription militaire, que ferait-on de 500 000 jeunes tous les ans, j'en enlève 200 000, soit parce qu'ils sont soutiens de famille, soit parce qu'ils ont un problème de santé. Il y a 500 000 jeunes qui peuvent être conscrits chaque année pour faire notamment ce travail-là, c'est-à-dire toutes les tâches d'accompagnement du changement climatique. J'adjure qu'on le comprenne, si le changement climatique est commencé, et c'est mon avis, alors il faut se mobiliser pour faire face aux conséquences du changement climatique. Vous savez comme moi, je termine là-dessus. L'accord de Paris, on a tous été très contents, il ne fallait pas critiquer. Je n'ai pas critiqué.

Mais l'accord, c'était qu'il fallait qu'on n'augmente pas plus d'un degré et demi. Le contenu de l'accord, c'était déjà 2 degrés. Et les engagements des pays, c'est 3 degrés et demi, et ils ne les tiennent pas, notamment en France, puisque chaque année on vote un budget sans savoir quel est son impact climatique. Et les investissements qui devaient être faits n'ont pas été faits. Donc, voilà mon idée. 1. Hiérarchiser tout ce qu'il est nécessaire de faire face au changement climatique, et s'y mettre. Et donc, financer, planifier, organiser, parce qu'on ne peut pas faire ça en 24 heures.

Plus on perd de temps, en ce moment on perd du temps, parce qu'on ne fait pas face à la situation, plus ça nous coûtera cher à la sortie, en vies humaines et en destruction.

31:30
Invité

Jean-Luc Mélenchon, sans forcément refaire toute la politique énergétique française, parce qu'il faut qu'on parle de politique, bien sûr. Mais le président, qui s'est rendu au Creusot dans une usine de Framato, m'a dit que le nucléaire est l'avenir écologique et climatique de la France. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ? Parce que c'est l'énergie le plus bas carbone. Oui, c'est ce qu'il dit.

31:52
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, j'ai fait partie de cette gauche traditionnelle, où on pensait qu'en effet, le béton et l'électricité, il n'y avait rien au-dessus. Et notamment le nucléaire. Le nucléaire a été un exploit technique et scientifique magnifique, et on ne doit pas jeter la pierre à ceux qui ont pensé qu'on allait se tirer d'affaires de cette façon. Mais nous n'en sommes plus là. Nous avons appris depuis que certes, le nucléaire a un certain nombre d'avantages, mais il a quelques inconvénients qui ne sont pas négligeables. Premièrement, on ne sait pas quoi faire des résidus qui dureront là pour des millénaires. Deuxièmement, au moindre accident, la catastrophe est totale.

Mais je vous demande de vous rappeler qu'on est un petit pays, on est juste 67 millions d'habitants sur un tout petit espace, une seule centrale, et on peut dire qu'on va au tapis. Par conséquent, il faut changer. Il faut passer à d'autres énergies. Il faut passer à 100% renouvelables. Ça, c'est de l'argent à injecter, c'est des gens à mettre au travail, des machines à changer. Alors oui, l'argent justement, Jean-Luc Mélenchon... Vous savez combien ça coûte de remettre en état les centrales ? 150 milliards.

32:46
Intervenant

Vous ne croyez pas qu'il serait mieux utilisé à fabriquer autre chose ? Parlons justement d'argent. Les énergies renouvelables aussi. C'est un sujet qu'on a déjà souvent abordé, celui de la dette. Celui de la dette. Vous dites, vous avez dit, une partie de cette dette pourrait être effacée. Annulée. Si vous étiez aujourd'hui au pouvoir et que vous disiez la même chose, les taux d'intérêt de la France s'envoleraient. Nous nous retrouverions à payer une fortune en taux d'intérêt. Nous ne pourrions même plus emprunter dans les jours... Il y aurait également une pluie de criquets et un hiver nucléaire. Et les premiers nés, pour rester en référence à l'Ancien Testament.

Mais Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous entendez cette critique-là ? Qui consiste à dire que ça n'existe pas d'effacer la dette. Voilà.

33:24
Jean-Luc Mélenchon

Elle vient de gens qui ne connaissent pas les circuits bancaires et financiers. Alors, je peux vous citer 12 économistes qui ont dit ça dans les derniers jours. Oui, bien sûr. Il y en a plusieurs qui ont dit la même chose que moi. Et il y a le gouvernement italien qui est un ramassis d'anarchistes et de gauchistes échevelés qui demande aussi l'annulation de la dette. Alors, parlons sérieusement. Quand vous annulez une dette, vous pouvez dire la victime, on va mettre entre guillemets, c'est celui à qui vous devez des sous. On est d'accord ? On est bien d'accord. Lorsque vous parlez d'une dette qui est dans les coffres de la Banque Centrale Européenne...

À l'actif de la Banque Centrale Européenne. Vous l'annulez. Vous ne nuisez à personne. Il n'y a pas une personne qui dit, ah mais M. Mélenchon, vous m'avez pris mon titre de dette, j'ai plus de sous. Non. C'est l'argent qui est dans la caisse de la Banque Centrale Européenne. La Banque Centrale Européenne possède, à l'heure à laquelle on parle, 18% de la dette française. C'est elle qui a les titres de dette. La Banque Centrale Européenne peut donc les mettre au frigo et considérer qu'elles n'existent plus. C'est ce que demandent les Italiens. C'est ce que je demande moi, en quelque sorte, comme hors d'oeuvre. C'est-à-dire, on commence par geler la dette Covid.

Comment procède la Banque Centrale ? Oui, mais il faut faire de la technique. Il ne faut pas lancer des grands sujets si on ne veut pas faire de technique. Comment procède la Banque Centrale Européenne ? Elle vient de décider, cette semaine passée, de remettre 500 milliards de rachats de titres de dette des banques privées. Donc, depuis la Banque Centrale Européenne, vous rachetez les dettes d'État qui sont dans les banques privées et vous les mettez au congélateur, on va dire ça, pour faire sourire. Voilà. Voilà comment on procède. Maintenant, supposons qu'on n'applique pas ma solution. Je le répète, personne n'est spolié ni volé. Qui va payer ?

Est-ce que vous annoncez à la jeune génération et à ce pays que vous allez mettre 20 ans pour payer la dette du Covid plus 100 ans pour payer ? Bien sûr que c'est la jeune génération qui va payer. On est donc... Mais non, elle ne paiera rien. J'espère qu'elle aura plus de courage que ses parents et qu'elle saura mettre un terme à cette comédie. La dette n'est pas payable. Vous n'avez que plusieurs manières de vous en sortir. Soit faire comme je dis, soit faire de l'hyperinflation, soit faire la guerre, soit rembourser. Rembourser, plus personne ne mange de d'or ni ne fait quoi que de dire. Alors, il vaut mieux les solutions pacifiques et tranquilles que les violences qu'on vous promet.

Mais personne ne pourra rembourser cette dette. Je vous le redis. Donc, la Banque Centrale Européenne est en état de la neutraliser. Le gouvernement italien le demande. Je le demande. Plusieurs hommes et économistes et femmes responsables disent la même chose. Arrêtez de croire qu'il n'y a qu'une solution dans la vie.

35:53
Présentateur

Ce n'est pas parce que vous êtes libéraux qu'il n'y a qu'une religion. On apprend à l'instant par Ursula von der Leyen que les négociations vont se poursuivre avec la Grande-Bretagne sur la question du Brexit. Elle vient de le dire à l'instant. Il y a beaucoup d'implications très concrètes pour les Français, notamment pour les pêcheurs. C'est clair.

36:09
Jean-Luc Mélenchon

Quel est votre point de vue sur cette situation de blocage au moment où on se parle ? Ah ben, on est en train de redécouvrir que les nations ont un sens. Bon, les Anglais ont décidé de s'en aller de l'Europe et bon, ils jouent le bras de fer avec l'Europe. Donc, nous, nous sommes membres de l'Union Européenne. Donc, il faut que nous jouions la partie qui nous concerne. Et pour moi, elle se résume à une chose. Il ne peut pas être question que les Anglais décident, déjà qu'ils n'appliquaient pas beaucoup de règlements sociaux, ils quittent l'Union Européenne, mais ils conserveraient le droit d'être, en quelque sorte, le hub du Commonwealth et de tous les pays avec lesquels ils ont des accords.

Donc, vous soutenez la position de l'Union Européenne ? D'accord. C'est une position qui est une position qui porte un nom, ça s'appelle le protectionnisme. Alors, ils ne le disent pas, mais ils le font dans ce domaine-là. Et j'aime mieux vous dire qu'il y a intérêt à faire quelque chose, parce qu'à l'heure à laquelle nous parlons, pendant que nous discutons des questions passionnantes qui nous animent, eh bien, les Chinois ont conclu un accord de libre-échange avec 17 nations d'Asie. Ça représente 30% du PIB mondial, c'est-à-dire plus que l'Europe.

Alors, pendant que nous, on fait ça, c'est-à-dire rien ou des bêtises, eux sont en train de faire un marché unique dans lequel ils vont se payer en monnaie nationale. Vous n'avez pas fini d'acheter du yuan et autres pour payer tout ça. Parce que la Chine restera le premier producteur du monde, elle l'est maintenant définitivement. Ça aussi, c'est un truc à mettre dans la catégorie définitive. Crise climatique définitive et irréversible, crise de l'Empire américain irréversible.

37:32
Intervenant

Jean-Luc Mélenchon, on a consacré un maximum de temps au sujet de fonds, on a eu raison, j'en suis sûr. Un peu de politique, un peu de politique intérieure. Mais cette semaine, on a été un peu surpris, vous vous en êtes pris à Anne Hidalgo. Elle a eu le malheur de faire la une de l'Obs, bon. Et vous avez dit, ben voilà, elle est dans une ambiguïté avec l'autoritarisme de Macron. Vous avez été assez rude à son égard. Pourquoi ?

37:54
Jean-Luc Mélenchon

Ben, vous ne suivez pas tout, je vois, c'est normal, vous avez beaucoup à faire. Mais je réagis chaque fois que quelqu'un me traite d'islamo-gauchiste. Alors, non, non, non, non, pop, pop, pop, pop, on commence par le commencement. Allez-y, allez-y. C'est elle qui a commencé, sans raison, sans qu'on sache pourquoi, à s'en prendre au vert et à moi, sur cette thèse fumeuse avec ce mot qui a été emprunté à l'extrême droite. Parce que ce n'est pas un mot du vocabulaire, comment dire, de la politique traditionnelle. C'est Manuel Valls qui l'avait forcé à une époque. Oui, oui, oui, même bête, même poil, comme disent les Guadeloupéens. Ben, à la fin, ils ont tous le même poil.

C'est-à-dire qu'ils prennent le risque de créer une division dans l'opinion de la France et de fabriquer, si vous voulez, un nouveau camp. Alors, il y a ceux qui seraient suspects d'être des islamo-gauchistes et puis tous les autres, les gens bien, qui peuvent s'entendre entre eux. Alors, on sait très bien le but de tout ça. Ces gens sont persuadés que M. Macron va gagner la présidentielle et il prépare les conditions de la convergence. Point final.

Si Mme Hidalgo annonce dans une conférence de presse qu'elle soutient contre toute la gauche traditionnelle la loi sécurité globale et notamment l'article 24 sur le droit ou non de filmer les policiers, il faut quand même qu'elle s'attende à ce qu'il y ait une réplique. Je vous rappelle que nous sommes concurrents. Je ne suis pas un social-démocrate. D'accord ? Je suis partisan d'une révolution citoyenne. Ce n'est pas la même chose. Ce cavalier seul, Jean-Luc Mélenchon, est-ce qu'il est la garantie de la défaite ? Attendez. Prenons dans l'ordre vos questions bienveillantes. On termine avec Mme Hidalgo.

Mme Hidalgo agresse tout le monde et c'est à moi que vous venez demander pourquoi je lui réponds rudement. Je trouve ça, chacun appréciera. Maintenant, vous dites cavalier seul. Alors ça, c'est le refrain, le piano mécanique, on met un euro et boum, ça se met en route tout seul. J'ai proposé à gauche de faire, à la gauche traditionnelle, une fédération populaire, un front populaire. J'ai proposé qu'on discute sur la base des programmes. Et à chaque fois, on me répond, ce n'est pas possible, ce sont les socialistes qui répondent ça, l'union doit se faire autour de nous. Bon, eh bien voilà. Donc, allez leur demander pourquoi ils ne veulent parler avec personne. On leur pose la question ici.

Eh bien écoutez, nous prenons l'exemple des régionales qui arrivent. Nous avons dit à tout le monde, on pourrait faire des listes, puisqu'après tout, dans les régionales, n'est pas engagé les sujets qui nous fâchent au niveau national et international. Il n'y a pas question de 6e République, il n'y a pas question de planification ni d'Europe. Qu'est-ce qu'on nous répond ? Qu'est-ce qu'on nous répond ? Pourquoi ? Il faut le dire. Les Verts répondent, on ne veut rien savoir, nous aurons toutes les têtes de listes et c'est nous qui faisons les listes. Quant aux socialistes, ils répondent, vous, vous êtes des islamo-gauchistes, on ne vous parle pas. Et ainsi de suite.

Il reste donc les communistes et nous pour arriver à nous entendre. Alors les communistes s'entendent avec un peu tout le monde et nous qui nous entendons bien avec les communistes. Voilà ce que j'ai à vous dire et j'espère que dans le futur qui vient, vous verrez que parmi les gens seuls, ce ne sera pas moi qui battrai le record parce que je suis mieux entouré et plus entouré que beaucoup de ceux qui font des phrases sur l'unité. Moi je suis là, bienveillant et les bras ouverts. Si personne ne veut pas vous raconter, je ferai. Et on verra après, il y a une chose qui s'appelle les élections qui sont pour finir les juges de paix.

40:48
Présentateur

On s'embrasse pas en ce moment, c'est le Covid. On ne s'embrasse pas en ce moment, c'est le Covid.

40:51
Jean-Luc Mélenchon

On se salue respectueusement à mettre un temps de distance. Ou seulement avec l'hommage.

40:54
Présentateur

Merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir été notre invité ce dimanche. Merci Edwige, David. Dans un instant, Philippe Godin, Dominique Rizet. Affaire suivante, je vous retrouve tout à l'heure à 18h. Bonne journée.

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe "La France insoumise" à l'Assemblée nationale - 13/12 — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote