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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 20 août 2026 66 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationSantéÉconomie & entreprises

Loi agricole : les députés se déchirent, l'écologie sacrifiée ? - C dans l’air - 21.07.2026

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 99 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:28OuverteRéponse partielle

    Que dit la science sur ces insecticides ?

  • 2:07OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette loi, en tant qu'experts, vous l'auriez votée ?

  • 3:26OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette loi est-elle qualifiée de politique et symbolique ?

  • 4:54OuverteRéponse directe

    Pourquoi la question des néonicotinoïdes a-t-elle bloqué les débats ?

  • 5:39OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette loi est-elle perçue comme un fourre-tout ?

  • 7:07OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette dérogation est-elle qualifiée de maline ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:42Fait
    « Lecornu aurait avoué à A.Rousseau, patron de la FNSEA, que le gouvernement ne pourrait rien sur les revenus agricoles, de toute façon. »
  • 2:42Fait
    « Il lui a demandé ce qu'il voulait en échange. Il a dit qu'il voulait le loup et l'eau. »
  • 3:26F.DenhezFait
    « Elle ne répond pas à son objectif initial. »
  • 4:10Fait
    « Des députés du bloc central disent s'être abstenus parce qu'ils ont eu peur des retombées politiques. »
  • 5:39F.GemenneFait
    « On a l'impression qu'on fait revenir ces 2 insecticides par la fenêtre après qu'on ait fermé la porte. »
  • 6:22F.GemenneFait
    « C'est une loi d'urgence agricole. Moi, j'aurais voté volontiers une loi de perspective agricole qui aide les agriculteurs à s'adapter à notre nouveau climat. »
  • 7:07F.DenhezFait
    « C'est juste une dérogation pour une seule filière et sous couvert de l'Anses. »
  • 7:07F.DenhezFait
    « Entre parenthèses, la ministre disait ce matin que c'est les scientifiques qui décideront, mais ils ont déjà décidé. »
  • 7:49F.DenhezFait
    « On autorise là une dérogation. On en autorisera une 3e et une 4e. »
  • 8:30E.Crauser-DelbourgFait
    « Les agriculteurs n'ont pas envie de polluer leur propre santé. »
  • 9:14F.GemenneFait
    « La question, c'est celle des doses. Clairement, ces insecticides, leur but, c'est de tuer des insectes. »
  • 9:55Fait
    « Depuis ce matin, on entend la gauche dire qu'avec cette permission de réintroduire ces insecticides, on va avoir droit à plus de malades, plus de morts aussi. »
  • 10:40E.Crauser-DelbourgFait
    « Ca va contribuer davantage, notamment sur les organismes plus faibles, à créer des cancers ou des problèmes de santé. »
  • 11:23Fait
    « Assumerez-vous de voter une loi contre l'avis de l'Ordre des médecins, contre l'avis de 16 sociétés savantes et médicales ? »
  • 12:05A.GenevardFait
    « Ce texte de loi porte un grand nombre de réponses utiles. »
  • 12:45A.GenevardFait
    « Quoi qu'il arrive ce soir, mesdames et messieurs les députés, nous ferons aboutir ce texte quoi qu'il arrive. »
  • 13:29Fait
    « Est-ce que c'est un déni de démocratie ? On peut utiliser ce terme. C'est un passage en force. »
  • 14:12Fait
    « Le texte prévoit que l'Agence de sécurité sanitaire, l'Anses, puisse autoriser la réintroduction à titre dérogatoire et sous conditions de 2 pesticides pour une poignée de filières. »
  • 14:55Fait
    « Là, on vit une sécheresse, une canicule sans précédent. On est tous en souffrance, tous territoires confondus, toutes productions confondues, et on continue à mettre en place des mesures qui nous emmènent droit dans le mur. »
  • 16:21F.DenhezFait
    « Plus la température grimpera avec le changement climatique, plus il y aura des ravageurs et plus il va falloir utiliser des pesticides et des insecticides pour prémunir les cultures. »
  • 17:06Fait
    « L'acétamipride est interdite en France depuis 2018. »
  • 17:50F.GemenneFait
    « Objectivement, il n'y en a pas. »
  • 18:31F.GemenneFait
    « Les noisettes qu'on consomme en France sont largement importées. »
  • 19:16F.GemenneFait
    « Est-ce qu'on produira encore des betteraves en France dans 10 ans ? »
  • 19:58J.Grandin de l'EprevierFait
    « Une exploitation, c'est un paquebot. Ce n'est pas un voilier qu'on peut faire changer comme ça. »
  • 20:43J.Grandin de l'EprevierFait
    « Ils ont besoin de solutions cette année, l'année prochaine. »
  • 22:04F.DenhezFait
    « Ca fait 20 ans qu'il y a des crises agricoles. »
  • 22:47F.DenhezFait
    « Ils ont raison de dire ça, mais ça fait 20 ans. »
  • 23:31F.GemenneFait
    « Potentiellement, d'ici un an ou deux, on peut imaginer que l'acétamipride sera interdit au niveau européen. »
  • 24:15F.GemenneFait
    « Ca doit passer par un réexamen de la chaîne de valeur des produits agricoles et par un meilleur partage de la valeur, notamment entre les agriculteurs et la grande distribution. »
  • 25:33F.GemenneFait
    « Ici, on est sur le principe du régime de la dérogation et pas sur le principe général. »
  • 26:16F.DenhezFait
    « Cette loi, A.Pannier-Runacher, quand je l'ai interviewée, elle m'a dit que c'était une loi trumpiste, au sens où elle a été écrite de telle façon qu'elle sera retoquée par le Conseil constitutionnel. »
  • 26:56J.Grandin de l'EprevierFait
    « L'idée de renvoyer la balle à l'Anses vient d'un sénateur ou d'un député socialiste: D.Potier. »
  • 27:36J.Grandin de l'EprevierFait
    « Tout le monde se dédit. »
  • 28:19Fait
    « Ce qui se dit un peu par les conseillers politiques, c'est qu'il y a une bataille entre S.Lecornu et G.Attal, qui est un peu le chef des députés macronistes, candidat à la présidentielle. »
  • 29:03J.Grandin de l'EprevierFait
    « Le groupe centriste était le plus divisé sur la question. »
  • 29:47E.Crauser-DelbourgFait
    « Cette année va être une des pires années pour le maïs. »
  • 30:30J.Grandin de l'EprevierFait
    « M.Barbut, ministre de l'Environnement, avait dit que c'était une de ses lignes rouges, le retour de l'acétamipride. »
  • 31:53F.DenhezFait
    « Elle n'incarne absolument pas son ministère. »
  • 32:35Fait
    « Certains insecticides font beaucoup, beaucoup de dégâts. De manière directe chez les agriculteurs ou de manière indirecte, comme chez une fleuriste, qui a perdu sa fille, décédée à 11 ans à cause d'une leucémie. »
  • 34:03Fait
    « Un comité de scientifiques et de médecins reconnaît à l'unanimité le lien entre la maladie d'Emmy et son exposition prénatale aux pesticides. »
  • 34:46L.MarivainFait
    « Pour moi, les fleurs sont belles et pas dangereuses. Pour autant, ça nous prend la vie d'Emmy. »
  • 35:29L.MarivainFait
    « On a l'impression que la porte est grande ouverte. »
  • 36:12L.MarivainFait
    « On laisse le champ libre à toute cette chimie, tous ces empoisonnements et tous ces empoisonneurs. »
  • 36:51F.DenhezFait
    « Il y a moins de problèmes sur les fleurs qui poussent en Essonne ou en Seine-et-Marne... Je vous le dis si vous voulez offrir un bouquet. »
  • 37:25F.DenhezFait
    « Les plâtriers, ceux qui posent des plâtres, subissent un peu la même chose que ce que subissaient les mineurs dans le Nord. »
  • 38:09F.DenhezFait
    « Avec l'amiante, on en est encore là. »
  • 38:53F.DenhezFait
    « En Europe, oui. Il y a des produits que vous ne pouvez pas utiliser mais qui sont utilisés en Tanzanie, grande région de production, ou en Amérique du Sud. »
  • 39:36F.GemenneFait
    « C'est une des avancées de la loi d'urgence agricole, la préférence européenne, notamment dans les cantines. »
  • 40:20E.Crauser-DelbourgFait
    « La question, c'est comment l'Europe peut, pas fermer ses frontières, mais être au courant de ce qu'il y a dans notre alimentation. »
  • 41:01F.GemenneFait
    « Le Coca-Cola distribué aux Etats-Unis et en Inde contient beaucoup plus de colorants, de sucres et de particules nocives. »
  • 41:44Fait
    « Le texte prévoit que l'Agence de sécurité sanitaire, l'Anses, puisse autoriser la réintroduction à titre dérogatoire et sous conditions de 2 pesticides pour une poignée de filières. »
  • 43:11J.Grandin de l'EprevierFait
    « Tous les autres usagers de l'eau ont commencé à dire qu'il allait y avoir un problème. »
  • 43:54J.Grandin de l'EprevierFait
    « Les députés ont dit que ça allait créer une guerre de l'eau. »
  • 44:38E.Crauser-DelbourgFait
    « Le doublement n'est pas précisé quant au type de stockage. »
  • 45:23F.DenhezFait
    « C'est le quitus donné à la FNSEA, à la Coordination rurale... C'est une loi FNSEA, point final. »
  • 46:05F.GemenneFait
    « Il va falloir augmenter nos capacités de stockage, notamment en automne et en hiver, quand l'eau est abondante. »
  • 46:48Fait
    « Avec cette loi, il y a eu des modifications. Au départ, la tutelle était sous l'égide de la Transition écologique. »
  • 47:27F.DenhezFait
    « La FNSEA n'hésite pas à parler de honte. »
  • 48:40F.DenhezFait
    « Et ce, avec pour seuls interlocuteurs les syndicats agricoles. »
  • 49:23E.Crauser-DelbourgFait
    « On a 96 départements qui ont des arrêtés de restriction d'eau. »
  • 50:07J.Grandin de l'EprevierFait
    « L'année dernière, on a failli se demander où devaient aller les canadairs en priorité. »
  • 54:16M.TondelierFait
    « Les 2 problèmes aujourd'hui, ce sont R.Glucksmann et J.-L.Mélenchon. »
  • 55:01Fait
    « Certains plaident pour un ralliement à J.-L.Mélenchon ou à R.Glucksmann en échange de circonscriptions aux législatives. »
  • 55:45F.GemenneFait
    « La question de l'écologie ne peut pas s'arrêter aux jets privés des milliardaires. »
  • 56:29S.BrakhliaFait
    « Les politiques eux-mêmes ne savent pas ce qu'il faut faire pour faire face au changement climatique ? »
  • 57:53J.Grandin de l'EprevierFait
    « L'écologie politique, ça n'appartient plus qu'au parti Les Ecologistes. »
  • 1:00:35E.Crauser-DelbourgFait
    « L'écologie n'est pas un sujet en soi. C'est l'étude de nos ressources et comment on fait pour ne pas les bousiller. »
  • 1:01:17E.Crauser-DelbourgFait
    « Les fruits et légumes espagnols, a priori, ce n'est pas aussi bon et ça émet beaucoup de carbone dans le sud de l'Espagne. »
  • 1:02:35F.GemenneFait
    « La question de l'assurance agricole est fondamentale. »
  • 1:03:17F.GemenneFait
    « Personne ne conteste la dangerosité. La question, c'est le dosage. »
  • 1:04:01E.Crauser-DelbourgFait
    « L'IA prélève beaucoup d'eau. Elle va demander de la disponibilité de la ressource. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.

0:00

ZzzQuil Sommeil ... - S.Brakhlia: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". C'était une nuit de tension à l'Assemblée nationale, hier soir. Au centre des discussions: l'adoption de la loi d'urgence agricole qui ouvre la voie à la réintroduction de 2 insecticides pourtant interdits en France mais autorisés en Europe. - Pour: 296. Contre: 224. Elle est adoptée. - S.Brakhlia: 296 voix pour, 224 contre. Le texte est adopté. Ces pesticides pourront être utilisés par les agriculteurs à titre dérogatoire et sous conditions, selon le bon vouloir de l'Anses. En jeu: la survie d'une poignée de filières agricoles en difficulté, mais les opposants au texte évoquent le risque grave sur la santé animale et humaine. Ce texte a tellement déchiré les politiques entre eux qu'au sein même du gouvernement, on parle d'une possible démission de la ministre de la Transition écologique. Les députés ont-ils fait oeuvre utile pour l'agriculture française, comme le dit la ministre Genevard ou ont-ils pris un risque inconsidéré?

1:28

Que dit la science sur ces insecticides? En plateau avec nous pour en parler, F.Gemenne. Bonsoir. Vous êtes professeur à HEC et coauteur du 16e rapport du Giec. Voici votre livre. E.Crauser-Delbourg, bonsoir. Vous êtes économiste de l'eau et fondatrice d'un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans les enjeux de l'eau. J.Grandin de l'Eprevier, vous êtes journaliste au journal "L'Opinion", spécialiste en environnement. F.Denhez, bonsoir. Vous êtes chroniqueur à "Marianne".

2:07

Merci d'être là ce soir. La loi votée hier soir à l'Assemblée nationale qui doit être confirmée ce soir par les sénateurs est une loi dite d'urgence agricole. Je vais vous demander un exercice un peu compliqué: vous mettre 2 secondes dans la peau des parlementaires. Est-ce que cette loi, en tant qu'experts de la question, vous l'auriez votée? - F.Denhez: Non. Je ne l'aurais absolument pas votée. Elle ne répond pas à son objectif initial. C'était la promesse faite par S.Lecornu au monde agricole: "On va voter une loi qui va améliorer vos revenus, aller dans votre sens." Dans cette loi, il n'y a strictement rien. Lecornu aurait avoué à A.Rousseau, patron de la FNSEA, que le gouvernement ne pourrait rien sur les revenus agricoles, de toute façon. Il lui a demandé ce qu'il voulait en échange. Il a dit qu'il voulait le loup et l'eau. On a mis ça dans une loi qui ne répond en aucun cas aux attentes du monde agricole.

3:26

C'est une loi purement politique. C'est une loi d'affichage. On pourra en parler. C'est une loi de très court terme qui prend les agriculteurs pour des enfants et qui ne prépare absolument pas l'agriculture à ce qui se prépare et à ce qu'on voit avec les canicules. C'est une loi politique, très symbolique. C'est symbolique de la faiblesse du gouvernement, qui a laissé faire les députés, qui ont laissé faire les sénateurs et les sénateurs qui ont peur des élections sénatoriales et qui en ont rajouté dans la démagogie. - J.Grandin de l'Eprevier: La position des députés du bloc central est assez révélatrice du problème.

4:10

Ils veulent aider les agriculteurs. Ils disent que dans la loi, il y a beaucoup d'articles utiles. Il y a des questions sur les pesticides qui peuvent leur être reprochées. Tout le monde a en tête l'exemple de la loi Duplomb, où il y a eu 10 millions de signatures. Ils ont peur qu'on le leur reproche. Des députés du bloc central disent s'être abstenus parce qu'ils ont eu peur des retombées politiques. Au fond, ils pensent que le compromis qu'ils ont trouvé est bon et qu'il faut voter cette loi. En fin de semaine dernière, députés et sénateurs sont parvenus à trouver beaucoup de compromis, tant et si bien

4:54

que le compromis final, les gens disaient que ce qui est sur la table est quand même OK. Il ne restait que la question de l'acétamipride, mais qui est tellement polémique et que personne n'ose... - S.Brakhlia: Dans cette loi, il y a plein de choses. Ce qui a bloqué, hier soir, ce qui a fait que les députés se sont échappés, c'est la question des néonicotinoïdes, ces insecticides. C'est ça qui pose problème. Pourquoi c'était difficile de réintroduire, de permettre la réintroduction de ces 2 insecticides? - F.Gemenne: D'abord parce qu'il y a eu cette grande pétition contre la loi Duplomb qui avait rassemblé de nombreuses signatures.

5:39

C'est un sujet sensible dans l'opinion publique qui déchaîne les passions. On entend parfois n'importe quoi sur la question des cancers, les enjeux de santé publique. On voit à quel point c'est une question sensible. On a l'impression qu'on fait revenir ces 2 insecticides par la fenêtre après qu'on ait fermé la porte. Je m'interroge surtout sur le processus législatif. On voit bien cette loi un peu foutraque dans laquelle on a mis des choses très diverses sur l'eau, sur le loup, sur les insecticides, etc., mais qui, à mon sens, ne regarde pas suffisamment

6:22

vers l'avenir et qui n'aide pas véritablement l'évolution des filières. C'est une loi d'urgence agricole. Moi, j'aurais voté volontiers une loi de perspective agricole qui aide les agriculteurs à s'adapter à notre nouveau climat. - S.Brakhlia: Sur les insecticides, puisqu'on en parle depuis hier soir... On voit qu'au sein des groupes politiques, même les députés macronistes se sont écharpés avec les membres du gouvernement. Vous avez fait référence à la loi Duplomb. La loi Duplomb a été retoquée par le Conseil constitutionnel concernant les insecticides parce que c'est contraire à la charte de l'environnement. Là, pourquoi ça passe? - F.Denhez: C'est juste une dérogation

7:07

pour une seule filière et sous couvert de l'Anses. - F.Gemenne: Pour l'acétamipride. - F.Denhez: Oui. C'est très malin. Je suis d'accord avec François. On dit beaucoup de choses, mais n'importe quoi sur l'acétamipride. Ce n'est pas un cancérigène. Ce n'est plus acceptable socialement. On l'autorise, sur une toute petite surface, par dérogation, sous couvert de l'Anses. Entre parenthèses, la ministre disait ce matin que c'est les scientifiques qui décideront, mais ils ont déjà décidé. Ils ont déjà décidé que ce produit n'était plus possible. Le danger, c'est que ce soit la boîte de Pandore. On autorise là une dérogation. On en autorisera une 3e et une 4e. Ca concernait la filière noisette.

7:49

On sait bien que c'est un répit de quelques années et qu'il faudra une autre solution. - S.Brakhlia: Je me mets à la place des téléspectateurs qui nous regardent et nous écoutent. Si on n'est pas spécialiste, si on n'est pas informé correctement, on a du mal à savoir quel est le problème avec ces produits. Est-ce que ces produits sont nocifs ou pas? - E.Crauser-Delbourg: Pour revenir en arrière, pour comprendre pourquoi c'est passé, c'est important de se dire qu'ils sont utilisés en Europe et dans la plupart des pays du monde. Effectivement, en tant que citoyenne et mère, je n'ai pas envie qu'on pollue nos sols.

8:30

Les agriculteurs n'ont pas envie de polluer leur propre santé. Chaque jour, si on les interdit sur notre sol, on laisse pourtant rentrer à travers nos habits, nos téléphones et notre alimentation toutes ces substances nocives. Vous consommez tous les jours des engrais largement plus nocifs que l'acétamipride. On peut interdire ça chez nous, mais derrière, il faut une France et une Europe très fortes au niveau des frontières pour que ça ne rentre pas. Là, c'est plutôt l'économiste qui parle. Il faut qu'on soit raccord sur ce qu'on laisse rentrer et sur ce qu'on interdit. - S.Brakhlia: C'est un argument des agriculteurs, ça.

9:14

On va y revenir. - F.Gemenne: La question, c'est celle des doses. Clairement, ces insecticides, leur but, c'est de tuer des insectes. Parfois, on oublie que le but des insecticides est de tuer des insectes, donc de tuer la biodiversité. Est-ce qu'on estime la dose raisonnable par rapport aux risques induits par rapport aux bénéfices pour les cultures? C'est tout le sujet, notamment sur l'acétamipride. A très fort dosage, c'est un produit très très nocif. Quel type de dosage on va autoriser pour que ça reste dans les limites acceptables pour la santé humaine? - S.Brakhlia: Depuis ce matin, on entend la gauche dire qu'avec cette permission de réintroduire ces insecticides, on va avoir droit à plus de malades, plus de morts aussi. C'est quand même très grave et ça fait peur.

9:55

- J.Grandin de l'Eprevier: C'est pour ça que S.Lecornu accuse la gauche d'instrumentaliser ça de façon mensongère. La gauche dit que le texte... - S.Brakhlia: Scientifiquement, est-ce que c'est vrai? - E.Crauser-Delbourg: Ca va contribuer davantage, notamment sur les organismes plus faibles, à créer des cancers ou des problèmes de santé. On n'arrivera pas à isoler la cause en disant que c'est ça. On avale tellement des choses compliquées, comme les PFAS ou le cadmium... Ca va être compliqué d'isoler la cause. Si on ne commence pas par interdire, on n'interdira rien. C'est ça, le problème. - F.Gemenne: C'est comme la question de la pollution atmosphérique. Vous avez des milliers de morts par an dus à la pollution atmosphérique. On sait que le trafic routier et l'agriculture y contribuent.

10:40

Comment on va réguler tout ça? Il faut faire baisser la pollution atmosphérique. C'est très difficile, lorsque quelqu'un meurt, de dire qu'il est mort à cause de ça. - F.Denhez: Il y a 2 choses. Pourquoi le gouvernement a-t-il laissé passer un article sur l'acétamipride dans ce projet de loi? On aurait voulu créer un bon vieux manichéisme à la française qu'on ne s'y serait pas pris autrement. Le but, à mon avis, était de créer un clivage, notamment autour de l'eau. - F.Gemenne: C'est un peu l'agriculture contre l'écologie. C'est ça, le plus dommageable. C'est d'opposer les deux, y compris dans la mise en scène de la bataille entre les 2 ministres.

11:23

- S.Brakhlia: On va comprendre pourquoi les débats étaient houleux hier soir à l'Assemblée nationale. - Presque minuit, hier soir. - Pour: 296. Contre: 224. - Le projet de loi d'urgence agricole est adopté, mais la séance aura été houleuse. - Vous n'écoutez rien, madame la députée. Vous n'écoutez rien. - Un an après la polémique sur la loi Duplomb, l'Hémicycle en pleine ébullition. En cause: une disposition qui permet de réintroduire 2 pesticides controversés.

12:05

Alors que le RN et la droite votent pour, la gauche s'insurge. - Assumerez-vous de voter une loi contre l'avis de l'Ordre des médecins, contre l'avis de 16 sociétés savantes et médicales? Assumerez-vous de le faire contre 2,1 millions de personnes qui ont signé la pétition l'an dernier? C'est un véritable déni de démocratie que vous êtes prêts à voter! - Indignation à gauche, mais la ministre de l'Agriculture, qui défend le texte, prévient. - A.Genevard: Ce texte de loi porte un grand nombre de réponses utiles.

12:45

Je veux le dire. Quoi qu'il arrive ce soir, mesdames et messieurs les députés, nous ferons aboutir ce texte quoi qu'il arrive. - Un texte qui fracture jusque dans les rangs du bloc central. Au dernier moment, les amendements de la majorité n'ont même pas été examinés. - On n'a jamais intérêt, madame la ministre, à avoir peur du peuple. Les députés, ce sont les représentants du peuple. Faire débattre les députés, c'est écouter le peuple. Je vous en supplie, au nom du peuple français: réintroduisez la démocratie, car c'est ici qu'on doit débattre! - 15 députés Renaissance ont voté contre le texte. D'autres se sont abstenus, comme E.Borne et A.Pannier-Runacher.

13:29

L'ex-ministre de la Transition écologique ne mâche pas ses mots pour critiquer le gouvernement. - Est-ce que c'est un déni de démocratie? On peut utiliser ce terme. C'est un passage en force. C'est un déni de démocratie. Qui sème le désordre va récolter la colère. - S.Lecornu fracture le pays? - Là, on sème le désordre et on récoltera la colère. C'est un problème de méthode. J'étais en circonscription ce week-end. Tous les gens vous en parlent. J'ai une circonscription très largement rurale. Les gens ont peur. Ce type de sujet doit faire l'objet d'un débat.

14:12

- Le texte prévoit que l'Agence de sécurité sanitaire, l'Anses, puisse autoriser la réintroduction à titre dérogatoire et sous conditions de 2 pesticides pour une poignée de filières. L'acétamipride pour les exploitations de noisette et le flupyradifurone pour les betteraves et cerises. Ces 2 produits sont autorisés en Europe mais interdits en France. Hier, aux Invalides, colère des militants. - Si, demain, on ne peut plus avoir la possibilité de s'alimenter correctement ou que l'alimentation devient un problème de riche, il y a un gros problème en termes de société. - Là, on vit une sécheresse, une canicule sans précédent. On est tous en souffrance, tous territoires confondus,

14:55

toutes productions confondues, et on continue à mettre en place des mesures qui nous emmènent droit dans le mur. - La réintroduction de ces 2 pesticides, un sujet inflammable qui a déjà mobilisé les foules. L'été dernier, la loi Duplomb prévoyait la réintroduction de l'acétamipride. Une pétition contre le texte avait dépassé les 2 millions de signatures et le Conseil constitutionnel avait finalement censuré la mesure. ... Le Conseil constitutionnel devrait à nouveau trancher. LFI annonce ce matin qu'elle déposera un recours en cas d'adoption définitive par le Sénat. - S.Brakhlia: La forte mobilisation de l'année dernière

15:40

avec la pétition signée par 2 millions de citoyens contre la loi Duplomb, qui prévoyait la réintroduction de ces insecticides... Pourquoi on a l'impression que les députés, hier soir, en majorité, ont oublié cette mobilisation citoyenne? - F.Denhez: C'est très inquiétant. Le message qui est envoyé, c'est: "Vous, pétitionnaires, vous ne comptez pas." Dans la tête des députés, on pense que faire plaisir aux agriculteurs, répondre à leurs malheurs, répondre à un problème du monde agricole, c'est forcément accorder 2 dérogations

16:21

pour 2 pauvres molécules. Ce qui se prépare là, c'est qu'il y aura de moins en moins de moyens pour assurer la potabilisation de l'eau. Le coût de la potabilisation de l'eau augmente avec le nombre de molécules qu'on recherche. Les maires nous le disent tous. Ils disent qu'ils vont aller porter plainte dès qu'ils vont détecter de l'acétamipride. Ils vont se retirer du principe pollueur-payeur pour demander des comptes aux gens qui ont mis sur le marché ces molécules ou qui les utilisent. - J.Grandin de l'Eprevier: Il faut rappeler ce que disent les agriculteurs.

17:06

C'est aussi pour ça que beaucoup de dépités... Pardon, de députés, ont voté ce texte. Est-ce que vous voulez être alimenté, manger une alimentation produite en France? Pourquoi ces molécules sont toujours utilisées? Les agriculteurs disent qu'ils n'ont pas d'alternative à ces 2 molécules et qu'ils veulent un délai supplémentaire pour trouver des alternatives. - S.Brakhlia: L'acétamipride est interdite en France depuis 2018. Depuis tout ce temps, on n'a pas trouvé d'alternative?

17:50

- E.Crauser-Delbourg: On la retrouve encore dans les sols. Même si on l'a interdit, ça reste longtemps. - S.Brakhlia: L'alternative, alors? - F.Gemenne: Objectivement, il n'y en a pas. - F.Denhez: Si on veut faire de la noisette, de la betterave, des cultures qui ont besoin d'avoir une grosse productivité pour l'exportation, on n'a pas d'autre alternative que les néonicotinoïdes. On produit autrement, mais les rendements ne sont pas les mêmes. Le modèle économique n'est pas le même. Pour "Marianne", quand j'ai interviewé un rapporteur de la loi, le seul argument qui revient sans cesse, c'est la balance commerciale, la souveraineté alimentaire. - S.Brakhlia: Ca dépend donc du prisme qu'on choisit. - F.Gemenne: La souveraineté alimentaire, c'est aussi pour des produits qui sont relativement

18:31

peu consommés en France. Les noisettes qu'on consomme en France sont largement importées. Ce qui m'effraie, c'est l'absence totale de prospective. C'est de se demander comment on va adapter la culture du pays à un climat qui n'est plus celui que nous avons connu, qui n'est plus celui pour lequel l'agriculture française a été conçue. Est-ce qu'on produira encore des betteraves en France dans 10 ans? Est-ce qu'on va produire de la betterave dans un climat méditerranéen? Je ne suis pas sûr. Je n'ai pas l'impression que l'Italie, l'Espagne ou la Grèce soient de grands pays producteurs de betteraves. Quand est-ce qu'on aide les filières agricoles à évoluer et s'adapter aux effets du changement climatique,

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y compris dans les cultures? On va devoir aller vers des cultures plus résistantes à la chaleur, moins consommatrices en eau. Plus la température grimpera avec le changement climatique, plus il y aura des ravageurs et plus il va falloir utiliser des pesticides et des insecticides pour prémunir les cultures, sauf si on les fait évoluer. - S.Brakhlia: On a rappelé que ce sont les agriculteurs qui demandent la réintroduction de ces insecticides. Est-ce qu'il y a une volonté réelle chez eux de se convertir, changer leur agriculture? - J.Grandin de l'Eprevier: J'ai appelé ces dernières semaines beaucoup d'agriculteurs pour leur soumettre les arguments des ONG environnementales. La réponse, c'est:

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"Bien sûr, la transition agricole, mais c'est du long terme. Moi, changer de modèle agricole..." "Une exploitation, c'est un paquebot. Ce n'est pas un voilier qu'on peut faire changer comme ça. On est à l'agonie, maintenant. On n'arrive plus à produire de manière aussi efficace que nos voisins européens." Eux disent qu'on va juste manger du Nutella avec de l'acétamipride parce que c'est importé d'ailleurs et qu'eux vont fermer leurs exploitations. - F.Gemenne: Il faut aussi rentabiliser le matériel agricole. - J.Grandin de l'Eprevier: Ils ont investi. Ils sont endettés.

20:43

Ils ont besoin de solutions cette année, l'année prochaine. Passer au bio, c'est très compliqué. Diminuer les pesticides, c'est très compliqué. Avec les sécheresses, c'est de plus en plus compliqué. Plus le climat est rude, plus la plante est en détresse. C'est des produits qui aident souvent les plantes. Vous avez des députés qui sont entre ce discours agricole qu'on entend... C'est une profession très aimée par les Français et par les politiques. Il y a aussi cette inquiétude de la santé environnementale qui monte et la question de la pollution de l'eau. Les députés sont au centre de ce dilemme qu'on n'arrive pas à résoudre. Ils pensaient l'avoir résolu avec cette solution, le fait de dire que c'est l'Anses qui va décider et qu'on renvoie la balle aux scientifiques.

21:23

- S.Brakhlia: Ce n'est pas un peu facile? - E.Crauser-Delbourg: Il faut voir comment les dérogations vont être données. On va voir si les agriculteurs pourront y déroger. - S.Brakhlia: Il peut y avoir des pressions politiques sur l'Anses? - E.Crauser-Delbourg: Bien sûr! Quand on prend une décision par arrêté préfectoral, ce n'est pas que le préfet qui la fait. Ca a déjà été discuté et négocié. Ca va fonctionner comme ça a toujours fonctionné. C'est pour ça que cette loi n'aide pas les agriculteurs sur le long terme et sur le moyen terme. C'est un pansement qui va faire très mal quand on va l'arracher. D'ailleurs, elle s'appelle "loi d'urgence". Il faut qu'elle s'arrête après les présidentielles.

22:04

On parle là surtout des pesticides et des insecticides, mais c'est une seule chose sur toute une loi qui contient plein de choses aberrantes. Ca ne parle que des agriculteurs et pas, de façon générale, du système économique. L'agriculture est un des métiers les plus difficiles au monde. Je suis passionnée d'oenologie, mais je n'aurai jamais de vignobles parce que c'est un métier trop difficile. Il ne faut pas simplement une petite loi sur un pesticide ou une mégabassine. - S.Brakhlia: Mais quand on est dans l'urgence... - F.Denhez: Ca fait 20 ans qu'il y a des crises agricoles. - S.Brakhlia: Ils voient aussi leurs concurrents européens qui ont le droit d'utiliser tous les insecticides

22:47

qu'ils veulent. - F.Denhez: Ils ont raison de dire ça, mais ça fait 20 ans. C'est un métier qui est en train de disparaître, notamment le métier d'éleveur. Si ça continue, dans 15 ans, il n'y a plus un éleveur en France. Ca fait longtemps qu'on le sait. Chaque année, on a un nouveau rituel républicain: la crise agricole. On brûle des pneus, un ministre arrive, il distribue des chèques et on ne règle pas le problème. Le problème des agriculteurs, c'est leurs revenus. Dans cette loi, on s'oppose vraiment à la grande distribution? Jamais de la vie. Il n'y a rien. La société française se fout du monde agricole. - S.Brakhlia: Mais au moins, sur la concurrence déloyale qu'ils regrettent...

23:31

- F.Gemenne: Sur l'acétamipride, il y a encore des études en cours au niveau européen. Potentiellement, d'ici un an ou deux, on peut imaginer que l'acétamipride sera interdit au niveau européen. Le vrai sujet est la question du revenu pour les agriculteurs. Chaque année, on a le Salon de l'agriculture. Chaque année, on dit que le salon s'ouvre dans un contexte de crise pour le monde agricole. C'est insupportable. Il y a un vrai enjeu à doper les revenus des agriculteurs.

24:15

Ca doit passer par un réexamen de la chaîne de valeur des produits agricoles et par un meilleur partage de la valeur, notamment entre les agriculteurs et la grande distribution. Ca paraît essentiel. Ca me paraît aussi essentiel de faire de l'agriculture un pilier de la transition écologique et climatique, notamment en rémunérant les agriculteurs pour les services écosystémiques qu'ils rendent, pour le carbone stocké dans les sols, pour l'électricité produite avec l'agrivoltaïsme... Tout ça, ce sont des revenus pour les agriculteurs. Il faut faire évoluer ce métier vers un métier de gardien des sols, dans le futur. Ca permet de monétiser toute une série de services écosystémiques rendus par la culture. - S.Brakhlia: C'est ce sur quoi les députés n'ont pas planché, hier.

24:56

Ils se sont disputés sur la question des insecticides. Ils ont effectivement balancé la balle à l'Anses, cette autorité scientifique. La question que je me pose aujourd'hui, c'est si l'Anses peut dire: "Non. On ne réinjecte pas les insecticides." - F.Denhez: Légalement, je ne crois pas. - F.Gemenne: Elle peut refuser la dérogation. - J.Grandin de l'Eprevier: Et le Conseil constitutionnel peut aussi censurer l'article. - S.Brakhlia: Justement. Question. - F.Gemenne: Pas pour les mêmes motifs, à mon avis. Ici, on est sur le principe du régime de la dérogation et pas sur le principe général. A mon avis, ça ne tient plus vraiment,

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dans ce cas. - F.Denhez: Cette loi, A.Pannier-Runacher, quand je l'ai interviewée, elle m'a dit que c'était une loi trumpiste, au sens où elle a été écrite de telle façon qu'elle sera retoquée par le Conseil constitutionnel. La droite la plus à droite du Sénat peut dire aux agriculteurs: "Vous voyez, on a essayé de vous aider et la République des juges..." - F.Gemenne: "C'est pas nous. C'est les juges." - F.Denhez: L'exemple que je vais donner sur l'acétamipride... Tout le monde va porter plainte, derrière.

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Si l'Anses dit non alors qu'elle aurait dû dire oui, tout le monde va vouloir porter plainte. Cette loi est symbolique du bordel législatif ambiant où on écrit les lois n'importe comment. J'ai vu des articles qui n'étaient ni faits ni à faire. On laisse les députés et sénateurs faire n'importe quoi. On laisse au Conseil constitutionnel le soin de réécrire la loi. - J.Grandin de l'Eprevier: L'idée de renvoyer la balle à l'Anses vient d'un sénateur ou d'un député socialiste: D.Potier. C'est quand même l'idée d'un socialiste. C'est pour ça que c'était une idée de compromis.

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Aujourd'hui, ce n'est plus accepté, dans le contexte politique. Il y a encore un an, c'était une idée de compromis portée par la gauche. - S.Brakhlia: On peut essayer de comprendre ce qui s'est passé cette nuit. C'était un symbole. Je vais reprendre vos mots, Frédéric: c'était le bordel. Même au sein de la majorité, du camp gouvernemental, on a vu des députés du camp macroniste s'opposer au gouvernement. Le Premier ministre était contre cette réintroduction des insecticides, mais en fait, ils ont dit "non".

27:36

- J.Grandin de l'Eprevier: Tout le monde se dédit. Il faut comprendre qu'après une commission mixte paritaire, les députés et sénateurs se sont mis d'accord. Plus personne n'a droit de toucher à la copie finale, sauf le gouvernement. Personne ne veut se mettre à dos les agriculteurs et les citoyens qui étaient contre la loi Duplomb. Puisque S.Lecornu avait dit que ce n'était pas le bon texte pour le retour de l'acétamipride, le gouvernement pouvait mettre un article pour le retour de ces pesticides. Le gouvernement a refusé de le faire. Il a dit aux députés: "Vous n'avez qu'à me proposer un amendement." Ils l'ont fait et le gouvernement a dit:

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"Ca ne va toujours pas." Ce qui se dit un peu par les conseillers politiques, c'est qu'il y a une bataille entre S.Lecornu et G.Attal, qui est un peu le chef des députés macronistes, candidat à la présidentielle. C'était entre Lecornu et Attal. Lecornu disait: "Vas-y, oppose-toi au texte, toi." G.Attal disait: "Je vais aller jusqu'au bout et te prendre à ton propre jeu." Le groupe centriste était le plus divisé sur la question. On a eu cette grande cacophonie à l'Assemblée. On avait M.Bompard, des députés LFI, qui disait que G.Attal avait raison, qu'E.Borne était une femme formidable de grande stature... - E.Crauser-Delbourg: Cette année va être une des pires années pour le maïs. En juin et février, on avait 80 départements en vigilance crues et on a perdu de l'agriculture à cause de ça. Avec la canicule, on va perdre 30 % du maïs et 20 % des tomates. On est dans une année présidentielle. S'ils n'ont pas discuté des bons sujets hier, c'est parce que cette loi est un fourre-tout

29:47

pour essayer de faire plaisir. Il faut venir sauver les agriculteurs malgré tout. Là, on fait plaisir avec des bouts de ficelle avant les présidentielles. - F.Gemenne: C'est une culture très consommatrice d'eau, le maïs, et qui ne répond pas à nos besoins alimentaires. Le maïs est exporté ou sert à nourrir le bétail. - S.Brakhlia: Je reviens à la crise politique qu'on vit en ce moment. La ministre de la Transition écologique est opposée à la ministre de l'Agriculture. Que s'est-il passé? - J.Grandin de l'Eprevier: M.Barbut, ministre de l'Environnement, avait dit que c'était une de ses lignes rouges, le retour de l'acétamipride. Elle l'avait dit à S.Lecornu et E.Macron.

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S.Lecornu avait dit que ce ne serait pas dans le texte. Elle avait clairement fait comprendre qu'elle démissionnerait si le gouvernement laissait ce retour d'un néonicotinoïde dans le texte. On voit qu'elle est prête à partir. Elle essaye de claquer la porte. Ce serait désastreux pour le gouvernement si la ministre de l'Ecologie partait alors qu'on est en pleine crise des vagues de chaleur. On devine que S.Lecornu va essayer de la retenir une fois de plus. Il ne veut pas une crise politique. Pour elle, c'est très compliqué de ne pas démissionner parce qu'elle a dit qu'elle le ferait si l'acétamipride était dans le texte et c'est dans le texte. On voit aussi des membres du gouvernement qui la critiquent. Ils disent que c'est un choix de l'Assemblée nationale. - S.Brakhlia: La représentation nationale en a décidé. - J.Grandin de l'Eprevier: Voilà. Ce n'est pas le gouvernement. On peut en débattre. Peut-être qu'elle démissionnera cette semaine après le vote définitif de la loi. Là, il y aura un peu une crise politique pour le gouvernement. C'est un peu une 2e crise N.Hulot, qui avait démissionné.

31:53

Ca affiche le problème de la politique écologique de ce gouvernement. - F.Gemenne: Surtout quand il y aura une nouvelle canicule cet été. - J.Grandin de l'Eprevier: On est en crise des incendies, crise des forêts. - F.Denhez: En même temps, elle peut démissionner. Personne ne sait qui c'est. Elle n'a jamais parlé. On ne la reconnaît même pas. Franchement, elle n'a pas été bonne. Elle n'incarne absolument pas son ministère. - E.Crauser-Delbourg: C'est dangereux d'opposer agriculture et environnement. Ca fait le jeu d'une seule forme d'agriculture et d'économie qui n'est pas durable. Les 2 vont ensemble. - S.Brakhlia: Ce qui est sûr et qui a été prouvé, c'est que certains insecticides font beaucoup, beaucoup de dégâts. De manière directe chez les agriculteurs

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ou de manière indirecte, comme chez une fleuriste, qui a perdu sa fille, décédée à 11 ans à cause d'une leucémie. Elle a été intoxiquée in utero par les fleurs que sa mère manipulait dans le cadre de son travail. - Les fleurs l'ont empoisonnée et lui ont enlevé ce qu'elle avait de plus cher. En 2009, L.Marivain attend son 2e enfant. Sa fille vient au monde et les médecins s'inquiètent. - Ce qui m'a le plus interpellée, c'est quand on nous a parlé de ce placenta. On nous a dit qu'il était noir, comme carbonisé. C'est le terme qu'ils ont employé. C'est vrai que ça a été un peu la stupéfaction. On ne comprenait pas. A l'accouchement, Emmy présente assez vite

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des signes de souffrance. Un accouchement assez compliqué. Une petite fille qui ne va pas très bien à la naissance. - Les années suivantes, Emmy grandit normalement, joueuse comme une petite fille de son âge, mais à son entrée à l'école, à 3 ans, les choses changent. - Emmy se réveille régulièrement les nuits. Elle se plaint qu'elle a mal, notamment au bassin, au niveau du coccyx. Elle se plaint de douleurs au genou. Après, c'est dans les pieds. On se rend compte ensuite qu'elle a mal partout. - Médecins et CHU... Commence alors un parcours du combattant, Avant un diagnostic qui tombe.

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- On nous annonce que c'est une leucémie lymphoblastique aiguë. On se demande pourquoi. Pourquoi un cancer à 4 ans? Tout de suite après, je pense à mon métier de fleuriste. Je pense ensuite à aller me documenter. Très vite, ça me fait peur. - Jusqu'à 43 pesticides dans un bouquet. Certains sont d'ailleurs interdits en France. Beaucoup de fleurs sont importées de l'étranger. Selon une étude belge, certains pesticides peuvent passer la barrière de la peau. - Je découvre qu'il y a beaucoup de pesticides de synthèse vaporisés sur les fleurs justement pour qu'elles soient belles, qu'il n'y ait pas de pétales abîmés.

34:46

Jamais je ne me suis dit que tous ces produits pouvaient mettre en danger la vie d'Emmy. C'était un beau métier. Pour moi, les fleurs sont belles et pas dangereuses. Pour autant, ça nous prend la vie d'Emmy. - 7 ans de lutte et 3 rechutes. - Emmy est décédée le 12 mars 2022. Elle ne voulait pas partir. Ce sont ses dernières paroles. "Je ne veux pas partir." - Un an plus tard, un comité de scientifiques et de médecins reconnaît à l'unanimité le lien entre la maladie d'Emmy et son exposition prénatale aux pesticides. C'est la 1re fois pour une fleuriste. Alors, aujourd'hui, L.Marivain espère une prise de conscience de la société. - Pour ma part, je pense qu'on n'entend pas les citoyens. On n'entend plus les citoyens. Quand on voit les dégâts que ça peut faire, de laisser, de réclamer l'autorisation de substances qu'on a pu interdire, de réautoriser... On laisse le champ libre à toute cette chimie, tous ces empoisonnements et tous ces empoisonneurs.

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On a l'impression que la porte est grande ouverte. ...grand ouverte. - L'Anses doit rendre un rapport sur le risque des pesticides dans les fleurs. - S.Brakhlia: Quand on écoute L.Marivain, on comprend sa douleur et sa colère. Si on se met du côté des agriculteurs, eux ne sont pas insensibles à la douleur d'une Laure Marivain qui a vu disparaître sa fille. On a l'impression que c'est une équation trop compliquée, que chacun tire ses intérêts. - F.Denhez: C'est sans cesse à recommencer. J'ai travaillé sur ce cas. Il y a moins de problèmes sur les fleurs qui poussent en Essonne ou en Seine-et-Marne... Je vous le dis si vous voulez offrir un bouquet. Il y a aussi la question des coiffeurs, des femmes qui font des couleurs...

37:25

Il y a des professions qui sont touchées. Les plâtriers, ceux qui posent des plâtres, subissent un peu la même chose que ce que subissaient les mineurs dans le Nord. Ils absorbent des microparticules qui peuvent les rendre malades. Le problème, c'est qu'on est dans un pays rationaliste. Pour démontrer que votre cancer est lié à cette exposition, à telle date, à tel moment, à tel polluant, vous n'y arriverez jamais. La justice vous demandera un lien de cause à effet linéaire prouvé. Avec l'amiante, on en est encore là.

38:09

Il y a encore des gens qui sont en justice et la justice leur dit qu'il n'y a pas de preuve absolue. - S.Brakhlia: Dans ce cas, le fonds d'indemnisation des victimes a reconnu le lien direct entre la maladie et le pesticide. - F.Gemenne: C'est pour ça que vous avez pu le retrouver dans le reportage. C'est un cas, alors qu'en vrai, il y en a des dizaines, des centaines. C'est une question de dosage. On est sans cesse exposés à ces molécules. Dans certaines professions, fleuriste, coiffeur, vous êtes sans cesse exposé. Un autre exemple... L'exposition à la radioactivité. On sait que quand les avions passent au-dessus des pôles, vous prenez une dose de radioactivité. C'est pour ça qu'on alterne les avions

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qui passent au-dessus des pôles. Si vous le faisiez tout le temps, vous auriez un problème de dosage. - S.Brakhlia: Est-ce qu'il y a une réglementation spécifique sur les fleurs? C'est ce qui a touché L.Marivain. - F.Denhez: En Europe, oui. Il y a des produits que vous ne pouvez pas utiliser mais qui sont utilisés en Tanzanie, grande région de production, ou en Amérique du Sud. Ces produits arrivent en Europe. On ne peut pas les interdire, pour des raisons de réglementation européenne. C'est un deux poids, deux mesures. - F.Gemenne: C'est une des avancées de la loi d'urgence agricole,

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la préférence européenne, notamment dans les cantines. - E.Crauser-Delbourg: Il y a un sujet de confiance. Il y a des labels, notamment des écolabels ou bio, sur les fleurs. On se demande ce qu'on peut acheter, si on peut avoir confiance en ces labels qui nous disent que c'est bio. Pour le café bio, vous avez quand même beaucoup d'engrais utilisés dans les pays car les réglementations ne sont pas les mêmes. Il n'y a pas que les fleurs. En Ethiopie, en Tanzanie ou au Kenya, il y a des fleurs,

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des haricots verts, des avocats... La question, c'est comment l'Europe peut, pas fermer ses frontières, mais être au courant de ce qu'il y a dans notre alimentation. C'est là que la loi d'urgence agricole doit venir aider nos agriculteurs français à produire des produits de meilleure qualité. Ils disent qu'on ne les achète pas. Je pense qu'on est mal informés quand on va en grande distribution. Les chaînes de valeur sont tellement fragmentées au niveau mondial que c'est pratiquement impossible de savoir ce qui a été produit où, quand et avec quoi. - F.Gemenne: C'est là où l'Europe est extrêmement importante. Elle a permis de faire avancer la protection des consommateurs,

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notamment en matière sanitaire. Si vous prenez un produit comme le Coca-Cola... Le Coca-Cola distribué aux Etats-Unis et en Inde contient beaucoup plus de colorants, de sucres et de particules nocives. Heureusement, l'Europe protège beaucoup les consommateurs en la matière. - S.Brakhlia: Cette loi d'urgence agricole a été adoptée dans un contexte particulier. On vit entre canicules, sécheresses exceptionnelles qui sévissent sur pas mal de départements français et qui conduisent à des restrictions d'eau. Dans le texte, il est question de l'eau, de faciliter le stockage de l'eau pour les agriculteurs

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avec la construction de bassines. Plus besoin de réunions publiques pour obtenir des autorisations environnementales. L'objectif est de doubler les volumes de stockage d'eau à des fins agricoles d'ici 2035. Du coup, Greenpeace a raison quand elle parle d'accaparement de l'eau par la grande industrie? - J.Grandin de l'Eprevier: Dans la version du Sénat, oui, mais on est beaucoup revenus dessus. Il va y avoir plus de permissions pour les agriculteurs pour stocker de l'eau de manière plus facile. La loi est passée par plusieurs étapes. Avant, c'était vraiment "les agriculteurs

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passent avant tout le monde". Tous les autres usagers de l'eau ont commencé à dire qu'il allait y avoir un problème. On pense aux milieux naturels, à la biodiversité. Le Medef a dit que ça n'était pas possible. Des élus locaux ont dit: "On doit fournir de l'eau potable à tous nos citoyens. On doit la dépolluer. Si les agriculteurs peuvent construire du stockage de manière infinie, ce n'est pas possible." Dans la version actuelle du texte, il y a beaucoup de facilité pour les agriculteurs... Aujourd'hui, eux se plaignent d'une charge administrative énorme pour avoir des ouvrages qui ne sont pas

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des bassines, forcément... Ils parlent de "retenue collinaire", c'est-à-dire quand l'eau coule naturellement dans la plaine... Vous pouvez avoir des retenues qui nourrissent aussi les milieux naturels... Quand on discute dans les territoires, les ONG environnementales et les agriculteurs arrivent à s'entendre localement pour dire "là, cet ouvrage de stockage ne va pas se faire au détriment des milieux, mais uniquement l'hiver, quand il y a de l'eau en excès". Le problème de la loi, c'est que ça allait trop loin et que ça polarisait le débat, comme s'il n'y avait plus de compromis possible. - S.Brakhlia: On a entendu parler de guerre de l'eau. - J.Grandin de l'Eprevier: Oui.

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Les députés ont dit que ça allait créer une guerre de l'eau. L'eau est un sujet qui concerne tout le monde. E.Philippe, candidat à la présidentielle, disait qu'il fallait faire une loi sur l'eau, pas une loi agricole. - E.Crauser-Delbourg: Il y a stockage et stockage. Le doublement n'est pas précisé quant au type de stockage. Il y a des stockages qui puisent dans les nappes phréatiques. Les retenues collinaires, plus petites, 2 à 3 ha, versus 16 ha pour Sainte-Soline, viennent récupérer l'eau de pluie. C'est très bien.

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Doublement de stockage, mais de quel stockage? Ce n'est pas précisé. - S.Brakhlia: Le stockage de l'eau est lui-même facilité en zone humide. On se demande pourquoi, si on ne manque pas d'eau dans ces zones? - F.Denhez: C'est le quitus donné à la FNSEA, à la Coordination rurale... C'est une loi FNSEA, point final. C'est une loi pour dire aux agriculteurs: "Faites ce que vous voulez." Cette loi, et c'est là où E.Philippe a raison, car il aurait fallu une loi sur l'eau... C'est du manichéisme alors même que sur le terrain, les agences de l'eau qui gèrent l'eau dans les 6 bassins versants français ont acté le fait qu'il y aurait des subventions. - F.Gemenne: Il y a 2 sujets. Il y a le stockage de l'eau. Il va falloir augmenter nos capacités de stockage, notamment en automne et en hiver, quand l'eau est abondante. Le débat évolue là-dessus. Il y a encore quelques réfractaires hostiles au stockage de l'eau, mais on va aller vers le stockage de l'eau.

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L'autre sujet, c'est celui de la gouvernance de l'eau, comment on la partage entre les usages et entre les régions. Il y a un enjeu, celui d'éviter le phénomène d'accaparement. Ca avait donné naissance aux tensions de Sainte-Soline. On avait l'impression que certains se réservaient pour eux une ressource rare. Il va falloir aussi se poser la question de la répartition de l'eau à l'échelle nationale. On a des départements, comme les Pyrénées-Orientales, en sécheresse chronique. Il y a d'autres départements avec énormément d'eau. Il va falloir mettre en place des systèmes de pipelines ou d'aqueducs pour transférer de l'eau. C'est une question d'équité nationale. - S.Brakhlia: Frédéric parlait de la tutelle des agences de l'eau.

46:48

Avec cette loi, il y a eu des modifications. Au départ, la tutelle était sous l'égide de la Transition écologique. Là, ça bouge. D'autres ministères vont être concernés, notamment celui de l'Agriculture, de l'Economie. Chacun va essayer de tirer les intérêts qu'il souhaite. - F.Denhez: Ca fait 30 ans que je fais ce métier et c'est la première fois que je vois une telle bronca. La FNSEA n'hésite pas à parler de honte. Tout le système de schéma de gouvernance de l'eau qui est fondé sur des parlements de l'eau où tous les usagers sont représentés, ce système a failli être mis par terre par le Sénat. C'est assez burlesque de la part des sénateurs. Les sénateurs, garants des collectivités

47:57

et de la décentralisation. c'est-à-dire: "Moi, préfet, je décide." Et ce, avec pour seuls interlocuteurs les syndicats agricoles. Pour qu'Arnaud Rousseau fasse des conférences de presse et sorte de son devoir de réserve... - S.Brakhlia: Je repose ma question. Est-ce qu'on va assister à une guerre de l'eau? - F.Denhez: On pourrait. - E.Crauser-Delbourg: On assiste déjà à des guerres de l'eau. On a 96 départements qui ont des arrêtés de restriction d'eau.

49:23

La cotutelle des agences de l'eau, les Français vont peut-être croire qu'avant, on ne s'en occupait pas. L'agriculture est toujours rentrée dans les équations d'allocation de l'eau. Elle est rentrée bien plus que la nature, qui est la plus oubliée de tout ça. Il faut se rendre compte que la cotutelle, c'est pour ajouter du pouvoir. Le problème, c'est que ça se regarde par bassin. Il y en a qui sont plus en stress hydrique. La question, c'est se demander de combien a besoin chaque bassin, comment on se débrouille pour que ça marche. C'est vers ça qu'il faut aller, pas sur une préférence à un seul acteur. - J.Grandin de l'Eprevier: Un arbitrage difficile, c'est aussi quand les incendies vont se multiplier. L'année dernière, on a failli se demander

50:07

où devaient aller les canadairs en priorité. Ca va être de pire en pire. Les arbitrages vont devenir de plus en plus compliqués. En France, on a beaucoup de chance du côté de la ressource en eau. On n'a pas eu à faire ces choix difficiles par le passé. Maintenant qu'on voit que les sécheresses se multiplient, politiquement, ça va devenir de plus en plus compliqué et source de tensions. - S.Brakhlia: L'eau, les sécheresses, les pesticides sont des enjeux qui touchent les Français. Ces sujets deviennent primordiaux dans leurs préoccupations. Pourtant, ça peine à s'imposer dans le débat public et dans les urnes. A la veille de la présidentielle 2027,

50:49

nous avons suivi M.Tondelier en campagne dans le Nord. - Visite de terrain ce matin pour M.Tondelier dans une serre biologique. - M.Tondelier: Nous avons du melon dans le Pas-de-Calais. - La candidate à la présidentielle a entamé son tour de France au début de l'été. L'actualité lui sert d'argument de campagne, l'adoption de la loi d'urgence agricole à l'Assemblée nationale. - M.Tondelier: C'est catastrophique. C'est des mesures qui sont climaticides. Ce n'est pas possible, en 2026, de dire qu'il y a des gens qui n'ont pas compris. Je fais un tour de France. 5000 km en van électrique, pour la présidentielle. - Hier, la patronne des Ecologistes était à Berck-sur-Mer pour parler protection du littoral, biodiversité et climat. La planète brûle, un contexte qui devrait être favorable aux Ecologistes. Les passants s'inquiètent. - Les fortes chaleurs ont eu un impact sur le travail. Je suis enseignante. Ce n'est pas facile de travailler dans ces conditions. - On est une ville au bord de la mer.

52:15

Au vu du réchauffement climatique, la mer remonte. Dans 30 ans, la ville n'existera plus. Mais nous, on existera encore. - La mer monte quand les résultats électoraux des Ecologistes ne font que reculer. 5,5 % aux dernières européennes. - M.Tondelier: Nos propositions pour s'adapter au changement climatique... - M.Tondelier peine à convaincre. La faute, selon elle, au bashing que subirait son parti. - M.Tondelier: On n'est pas des vautours qui attendons

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que le monde s'effondre pour dire "on l'avait bien dit". Mais à la fois, il s'est passé ce sur quoi on alertait, mais en plus, quand on écoute certains débats, c'est de notre faute, alors qu'ils font des mesures climaticides. - Bonne chance pour 2027. Le souci des Ecologistes, c'est peut-être la capacité à parler aux personnes les plus en difficulté et à faire la synthèse entre la souffrance environnementale et la souffrance sociale. Ces derniers temps, c'est quelque chose qui n'imprime pas trop chez les Ecologistes. - Pour séduire les classes populaires, la candidate cible d'abord les plus aisés. - M.Tondelier: Un milliardaire, en 90 minutes, émet autant de gaz à effet de serre qu'un humain moyen dans toute sa vie. Le problème, ce ne sont pas les touristes qui vont faire 1 ou 2 heures de voiture pour passer 15 jours de vacances ici. Le problème, c'est les jets privés, les entreprises les plus polluantes de ce monde... - Difficile aussi de se faire entendre quand la gauche

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part dispersée. M.Tondelier distribue les coups en désignant 2 responsables. - M.Tondelier: Les 2 problèmes aujourd'hui, ce sont R.Glucksmann et J.-L.Mélenchon. Demandez-leur jusqu'où ils veulent aller dans leur déni et leur obstination. Je vois 2 hommes emplis de certitudes, de leurs propres certitudes, qui tracent tout droit. C'est sur la seule nana, la seule qui prône l'union des gauches: "Tu dois partir. Tu nous déranges dans notre lutte à mort." Mais leur lutte à mort, avec ou sans moi, elle met toute la gauche dans le mur. - Un maintien qui ne fait pas l'unanimité. Certains plaident pour un ralliement

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à J.-L.Mélenchon ou à R.Glucksmann en échange de circonscriptions aux législatives. - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: Je suis totalement d'accord. On est toujours sur des objets symboliques, les jets privés... - S.Brakhlia: Je vous ai vu lever les yeux au ciel. - F.Gemenne: Ce n'est pas tant le bilan carbone des uns et des autres... La question de l'écologie ne peut pas s'arrêter aux jets privés des milliardaires. On a l'impression qu'on va cristalliser le débat sur des marqueurs symboliques idéologiques et que ça empêche de voir l'éléphant dans la pièce, qui est quand même notre dépendance aux énergies fossiles. Cette posture qui est de dire "on vous l'avait bien dit, il n'y a que nous qui avons raison", je pense pas que ce soit une stratégie payante.

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- S.Brakhlia: Si on prend les principales préoccupations des Français ce mois-ci, l'environnement et l'écologie se trouvent à la 4e place. Ca va être un enjeu de la présidentielle ou ça va être oublié juste après la fin de l'été? - F.Denhez: C'est le risque. Après la canicule, la pluie. Après la polémique sur l'agriculture, autre chose. C'est le risque. Il y a deux France, Paris et le reste. Les Ecologistes sont assez nuls en communication politique. C'est toujours la faute des autres. - F.Gemenne: C'est pas de leur faute si les canicules surviennent.

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- S.Brakhlia: Là, il parle de communication. Mais en 2019, lors des européennes, EELV est arrivé en tête. - F.Denhez: Les élus écolos, comme les ONG locales, font un boulot souvent remarquable. Mais le discours est totalement différent de celui qu'on entend dans la bouche de M.Tondelier. Ils discutent ensemble. A Sainte-Soline, ça a été un point de crispation phénoménal. Même les élus locaux verts se sont désolidarisés des positions émises nationalement. Ils estimaient que ça ne les concernaient plus et qu'on allait arriver à une violence extrême. Il y a une gestion locale grâce, en partie, aux élus écolos, mais à l'échelle nationale, c'est assez désolant. - J.Grandin de l'Eprevier: Je pense qu'à la présidentielle, l'écologie sera présente dans le programme de chaque candidat. L'écologie politique, ça n'appartient plus

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qu'au parti Les Ecologistes. Le problème, c'est comment ils se réinventent. Les préoccupations environnementales bondissent chez la population alors que leurs intentions de vote baissent. Tous les partis, avec les vagues de chaleur qu'on vient de subir, sont en train de mettre à jour leur programme. Ils vont tous proposer leur lecture du sujet. Même l'extrême droite, qui était climatosceptique, dit maintenant qu'il faut faire de l'adaptation au changement climatique. Tous les partis vont proposer leur vision. Un chiffre montre que les Français sont de plus en plus concernés par ça. Il y a 10 ans, un quart des Français se sentait

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personnellement concerné par le réchauffement climatique ou l'avait vécu personnellement. C'est plus de la moitié, maintenant. Les Français savent individuellement ce qu'ils doivent faire contre le changement climatique. Trois quarts des Français se disent: "A titre individuel, je sais ce que je dois faire pour moins polluer." Par contre, moins de la moitié sait ce qu'un homme ou une femme politique devrait faire. On sait qu'individuellement, il faut changer nos comportements,

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mais la solution politique n'a toujours pas été trouvée. "On n'achète pas ce programme des écolos qui est très décroissant, anticapitaliste..." Ils demandent où est la solution. Le bloc central, depuis 10 ans, est très critiqué pour le bilan macroniste en écologie. Il y a un manque de réponse politique à cette attente des citoyens. - S.Brakhlia: Donc les politiques eux-mêmes ne savent pas ce qu'il faut faire pour faire face au changement climatique? - E.Crauser-Delbourg: La façon dont les politiques abordent le sujet de l'écologie, qui est quand même l'étude de notre maison, c'est qu'ils la prennent comme un sujet environnemental. Ils ont du mal à intégrer les entreprises... Or, c'est de l'économie pure. Ne pas s'occuper de sa maison, des sols, de la pollution de l'eau, c'est comme si on ne faisait pas attention, dans sa maison, aux murs, aux toits, au sol... L'énergie est quand même largement encadrée. Quand la guerre en Ukraine se déclare, on regarde ce qu'on peut faire pour l'énergie. La canicule arrive, on réagit en urgence. On ne se demande pas ce qu'on peut faire pour l'été.

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L'écologie n'est pas un sujet en soi. C'est l'étude de nos ressources et comment on fait pour ne pas les bousiller de façon à assurer un avenir pérenne à tout le monde. C'est de la logique économique, politique. Ca me dérange que l'écologie soit tirée, isolée comme un sujet en lui-même alors qu'elle est partout. - S.Brakhlia: On en vient à vos questions. Question. - F.Gemenne: Ca dépend quoi. Souvent, les gens s'imaginent que ce qui est produit localement a un meilleur impact carbone. Ca dépend des conditions de production.

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- E.Crauser-Delbourg: Les fruits et légumes espagnols, a priori, ce n'est pas aussi bon et ça émet beaucoup de carbone dans le sud de l'Espagne. - S.Brakhlia: Question. - F.Denhez: Il faut une filière. Beaucoup d'agriculteurs le font. - S.Brakhlia: On explique ce que c'est? - F.Denhez: C'est une culture qui a besoin de moins d'eau, qui est un forage... - J.Grandin de l'Eprevier: C'est une alternative au maïs pour nourrir les animaux d'élevage. - F.Denhez: C'est tout le problème de la transition agricole. Quand on modifie les cultures... - S.Brakhlia: Il faut qu'il y ait une filière derrière.

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- F.Gemenne: On a tout intérêt à développer une filière du sorgho en France. - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: C'est compliqué. On ne sait pas comment il est traité, la question des dosages... Normalement, le dosage de l'acétamipride reste très encadré, notamment par l'Anses. Si c'est respecté, il n'y a pas trop de risques pour sa maison, a priori, mais que Sébastien ne prenne pas ma parole pour argent comptant. - S.Brakhlia: Question. - F.Denhez: Dans les Pyrénées, il y a des projets de reconstruction... Il s'agit surtout de rehausser les barrages existants. - S.Brakhlia: Question. - F.Denhez: L'Inrae, en lien avec le monde agricole, avec les cellules information, recherche et développement... - S.Brakhlia: C'est difficile de trouver une alternative à l'acétamipride. - F.Gemenne: Personne n'utilise des pesticides de gaieté de coeur.

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Les agriculteurs s'en passeraient volontiers. La difficulté, c'est qu'il est difficile de s'en passer. - S.Brakhlia: Une réaction. Il montre l'aberration. - F.Gemenne: Le fait que ce soit labellisé bio ne garantit pas qu'il n'y ait pas de résidus de pesticides. Ca ne garantit pas non plus qu'il y ait une moindre empreinte carbone par rapport à d'autres cultures qui ne sont pas bio. - S.Brakhlia: Question. - E.Crauser-Delbourg: L'IA prélève beaucoup d'eau. Elle va demander de la disponibilité de la ressource.

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En revanche, l'IA consomme beaucoup d'énergie. Aujourd'hui, on n'a aucune projection en France qui regarde ce que va demander en eau et en énergie le doublement des data centers en France. - F.Gemenne: D'où l'importance de l'électrification du pays. - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: C'est un enjeu fondamental, la question des clauses miroirs. Les produits importés doivent être cultivés et soumis aux mêmes normes sanitaires sociales et environnementales que celles qui s'appliquent en France. - J.Grandin de l'Eprevier: C'est très difficile à mettre en oeuvre. Ca paraît idéal, mais ça peut être considéré

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comme une barrière au commerce. Dans d'autres pays, ils ont d'autres contraintes. Ils vont dire: "Les Français, vous cultivez comme ça, mais au Brésil, on ne peut pas." C'est difficile de mettre en place des clauses miroirs. - F.Gemenne: C'est là où l'UE est essentielle pour imposer ce rapport de force. - S.Brakhlia: Question. - NON. - S.Brakhlia: Il n'y a pas d'obligation là-dessus? - E.Crauser-Delbourg: On ne saurait pas... Quand vous achetez un avocat du Pérou ou du Kenya, vous ne savez pas ce qu'il y a dedans. Il vaut mieux acheter bio, local et de saison.

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- S.Brakhlia: Question. - F.Denhez: Bonne question. Au Sénat, un amendement avait été déposé pour mettre en place un régime assurantiel pour compenser. - F.Gemenne: Ca n'a pas été... La question de l'assurance agricole est fondamentale. Comment les faire évoluer en tenant compte du changement climatique? - J.Grandin de l'Eprevier: C'est les paiements pour services environnementaux. On les paye pour préserver la nature des pollutions. - S.Brakhlia: Question importante. - OUI. - F.Denhez: Il n'y a pas de débat, comme sur le Giec...

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- F.Gemenne: Personne ne conteste la dangerosité. La question, c'est le dosage.