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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 12 décembre 2023 7 minContradictoireActualité / polémiqueNumériqueInstitutions & électionsEurope & international

CNews, première chaîne info durant une semaine : "Ça couronne une stratégie de la radicalité"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:27OuverteRéponse directe

    Comment expliquez-vous cette performance de CNews ?

  • 0:41RelanceRéponse directe

    Ça ne l'est pas selon vous ?

  • 1:24RelanceRéponse directe

    Donc pluralisme politique, mais pas pluralité des sujets, c'est ça ?

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Mais après, ce n'est pas nouveau d'avoir comme ça des débats musclés, costauds, visiblement.

  • 2:43OuverteRéponse directe

    Ce succès, on le voit donc en termes d'audience. On le voit aussi sur le plan financier. Ça va de mieux en mieux ?

  • 3:35OuverteRéponse directe

    Une dernière question sur CNews. Qui la regarde ? Qui sont les accros au Canal 16 ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:30Invité politiqueFait
    « Je pense que ça couronne une stratégie qui est celle de la radicalité, de l'opinion d'abord, un peu en violation des obligations de cette chaîne, puisque c'est censé être une chaîne d'information. »
  • 0:46Invité politiqueFait
    « Assez curieusement, pour l'instant, l'ARCOM ne régule pas. »
  • 1:00Invité politiqueFait
    « Ils contournent cette obligation en escamotant ces journaux en début d'heure. »
  • 1:18Invité politiqueFait
    « on sait bien que leur succès réside dans la promotion de valeurs, d'idées, de vocabulaire aussi, qui est celui de l'extrême droite. »
  • 2:49Invité politiqueChiffre
    « Alors, ça va de moins en moins mal, puisque les chaînes de Vivendi continuent quand même à perdre de l'argent. »
  • 2:58Invité politiqueChiffre
    « En 2022, les pertes étaient beaucoup moins fortes. »
  • 3:09Invité politiqueFait
    « Il mène une guerre culturelle. »
  • 3:39Invité politiqueChiffre
    « Alors, ce sont des gens âgés. La moyenne d'âge est autour de 64 ans. »
  • 4:02Invité politiqueChiffre
    « C'est que Zemmour n'a pas fait un score énorme. »
  • 4:15Invité politiqueFait
    « Et on sait que le score de Marine Le Pen s'explique en partie par la campagne qui a été menée sur les antennes de Vivendi. »
  • 4:35Invité politiqueFait
    « Non, elle traverse vraiment une mauvaise passe. »
  • 4:42Invité politiqueFait
    « C'est-à-dire que le groupe Drahi est en mauvais état, avec une très forte dette. »
  • 5:10Invité politiqueFait
    « Ils ont essayé de faire un journalisme d'opinion qui ne soit pas un journalisme d'extrême droite. »
  • 5:16Invité politiqueFait
    « Il y a Juliette Briens qui vient de l'Incorrect qui a été recrutée et qui a un discours très similaire à celui qu'on entend sur CNews. »
  • 6:27Invité politiqueChiffre
    « Quand on regarde lors des pros 1 et 2, ils sont souvent leaders parmi les chaînes d'information. Notamment quand ils font venir Zemmour, ils font plus d'un million. »

Temps de parole

  • Invité politique72 %
  • Présentateur28 %

≈ 12,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, le numéro 16 sur la télécommande est devenu un réflexe pour beaucoup de Français. C'est le canal de la chaîne CNews qui n'en finit pas de grimper. Elle vient même de doubler BFM, première chaîne d'infos sur une semaine complète, ce n'était jamais arrivé. Bonjour Alexis Lévrier. Bonjour. Vous êtes historien des médias, maître de conférence à l'université de Reims. Comment expliquez-vous cette performance de CNews ?

0:30
Invité politique

Je pense que ça couronne une stratégie qui est celle de la radicalité, de l'opinion d'abord, un peu en violation des obligations de cette chaîne, puisque c'est censé être une chaîne d'information.

0:41
Présentateur

Ça ne l'est pas selon vous ?

0:42
Invité politique

Ça ne l'est plus et je pense que tout le monde le voit. Assez curieusement, pour l'instant, l'ARCOM ne régule pas.

0:51
Présentateur

Il veut dire que la chaîne respecte le pluralisme politique.

0:53
Invité politique

Oui, mais ce pluralisme n'est pas... Alors, d'une part, ils sont obligés d'être une chaîne d'information et donc d'avoir des journaux dans chaque tranche horaire. Ils contournent cette obligation en escamotant ces journaux en début d'heure. Ça dure 30 secondes, personne n'écoute, tout le monde s'en fiche, ce qui compte, c'est ce qui suit. Donc ça, c'est le problème du détournement des règles de l'ARCOM. Et d'autre part, il y a aussi un respect du pluralisme qui est en cause, puisqu'on sait bien que leur succès réside dans la promotion de valeurs, d'idées, de vocabulaire aussi, qui est celui de l'extrême droite.

1:24
Présentateur

Donc, pluralisme politique, mais pas pluralité des sujets, c'est ça ?

1:28
Invité politique

Non, il n'y a pas de pluralité, il n'y a pas non plus de pluralisme. Ces obligations sont contournées. Et on avait vu pendant la campagne que ce n'était pas encore une chaîne qui était massivement suivie, mais c'était déjà une chaîne très influente, qui avait la capacité à diffuser des idées dans l'espace médiatique et à influencer les autres chaînes. Donc, ils n'étaient pas encore leaders, même si ponctuellement, ils pouvaient arriver en tête. Il y avait déjà des émissions qui étaient très fortes, comme celle de Pascal Praud, celle de Laurence Ferrari, celle de Sonia Mabrouk, celles qui sont en fait les plus radicales, fonctionnaient déjà très bien.

La nouveauté ici, c'est que maintenant, effectivement, sur une semaine complète, ils sont devant BFM.

2:00
Présentateur

Mais après, ce n'est pas nouveau d'avoir comme ça des débats musclés, costauds, visiblement. Voilà, les téléspectateurs aiment ça s'ils vont sur cette chaîne. Ça existe, il y en a eu depuis longtemps à la télévision.

2:10
Invité politique

Oui, et puis il y en a qui étaient de qualité. Moi, quand on regarde les émissions des années 70, comme Armes égales, Carte sur table, c'était des émissions vraiment journalistiques, mais avec un pluralisme, et qui était très spectaculaire, qui était très cash. Et quand on regarde ça aujourd'hui, on est surpris par la modernité de ces formats. Donc, il ne s'agit pas de dire qu'il faut interdire ce format un peu cash, qui en plus aujourd'hui est promu sur les réseaux sociaux, qui est efficace, qui plaît au public. Donc, simplement, il y a des obligations à respecter dans le pluralisme et dans la présence sur ces chaînes d'intervenants qui doivent venir de toutes les tendances.

Et on sait bien que ce n'est pas le cas.

2:43
Présentateur

Ce succès, on le voit donc en termes d'audience. On le voit aussi sur le plan financier. Ça va de mieux en mieux ?

2:49
Invité politique

Alors, ça va de moins en moins mal, puisque les chaînes de Vivendi continuent quand même à perdre de l'argent. On voit bien que l'Empire Vivendi...

2:56
Présentateur

Mais ces news se rapprochent de l'équilibre.

2:57
Invité politique

Oui, ça se rapproche. En 2022, les pertes étaient beaucoup moins fortes. Et on peut imaginer qu'en 2023, ça va devenir bénéficiaire. Mais on voit bien que sur ces chaînes-là, Bolloré ne cherche pas forcément à dégager de l'argent. Il mène une guerre culturelle. Et c'est avant tout là-dessus qu'il agit. Et la rentabilité, c'est une question assez annexe pour lui.

3:13
Présentateur

Et à travers ces trois médias, d'ailleurs. Parce qu'il a Europe 1 et le JDD aussi.

3:16
Invité politique

Oui, et qui, eux, continuent à perdre beaucoup d'argent. Le JDD, il va falloir voir comment ça se stabilise ou pas. Mais on voit bien qu'il s'agit de mener avec ses titres de presse, ses marques médiatiques, une guerre culturelle, une guerre idéologique, une guerre même religieuse à certains égards.

3:32
Présentateur

On va élargir après à tout le paysage de ces chaînes d'info. Une dernière question sur CNews. Qui la regarde ? Qui sont les accros au Canal 16 ?

3:39
Invité politique

Alors, ce sont des gens âgés. La moyenne d'âge est autour de 64 ans. Alors, le public de la télévision a beaucoup vieilli. Mais c'est particulièrement vrai pour cette chaîne. Alors, LCI aussi a un public assez âgé. Le public de BFM est plus jeune. Et ce sont des gens qui, souvent, partagent les idées. Mais qui, aussi, souvent, sont curieux de ces formats. Ils ne sont pas forcément votés pour Zemmour. On a bien vu la limite de ce modèle d'un point de vue électoral. C'est que Zemmour n'a pas fait un score énorme.

4:03
Présentateur

En tout cas, c'est des gens qui votent.

4:05
Invité politique

Les téléspectateurs, ce sont des gens qui votent. C'est l'efficacité de ce modèle. C'est qu'on peut influencer les gens. Il y a des fois de faire voter pour Zemmour. On peut voter pour des candidats qui s'en rapprochent. Et on sait que le score de Marine Le Pen s'explique en partie par la campagne qui a été menée sur les antennes de Vivendi.

4:20
Présentateur

Donc, il y a ce succès de cette stratégie, en tout cas, qui est menée par CNews. Comment vous expliquez la mauvaise passe que traverse BFM aujourd'hui ? D'ailleurs, est-ce que le BFM traverse une mauvaise passe ou juste s'est fait doubler par meilleure qu'elle ?

4:35
Invité politique

Non, elle traverse vraiment une mauvaise passe. Il y a des rumeurs autour de la vente. C'est-à-dire que le groupe Drahi est en mauvais état, avec une très forte dette. Et on sait que, sur le plan interne, l'arrivée de Marc-Olivier Fogiel n'a pas été bien digérée par les équipes. Il a tenté d'aller lui-même vers un journalisme d'opinion avec la venue de Ruckier. Ça ne fonctionne pas du tout.

4:52
Présentateur

C'est-à-dire de suivre un peu le modèle de CNews, c'est ça ?

4:54
Invité politique

Oui, je crois que c'est assez... Alors, pas pour Ruckier, parce qu'il n'a pas cette identité-là. Mais on voit bien qu'il fait 200 000 là où... Pascal Proff fait au moins 800 000 tous les soirs.

5:04
Présentateur

Mais aller vers plus de débats et moins de reportages, c'est ça ?

5:06
Invité politique

Oui, c'est ça. Ils ont essayé de faire un journalisme d'opinion qui ne soit pas un journalisme d'extrême droite. Et actuellement, on voit, et c'est peut-être plus inquiétant, qu'ils font venir des figures qui viennent de l'extrême droite médiatique. Il y a Juliette Briens qui vient de l'Incorrect qui a été recrutée et qui a un discours très similaire à celui qu'on entend sur CNews. Et entre les deux, il est logique finalement que les gens préfèrent. L'original et la copie. C'est assez logique, c'est assez habituel.

5:27
Présentateur

Et les deux autres chaînes, rapidement, leur positionnement ? LCI et France Info, la télé ?

5:31
Invité politique

LCI baisse un peu, mais était très fortement montée en 2022. Et c'est peut-être un facteur d'espoir, parce que c'était sur une ligne qui était très différente en pratiquant un journalisme de guerre. C'est la quintessence du véritable journalisme.

5:41
Présentateur

Actu international à fond.

5:42
Invité politique

Oui, et avec une très forte couverture de terrain, du reportage et de l'investigation. Ce sont ça les bases du journalisme. Et ça a très bien fonctionné au début de la guerre d'Ukraine.

5:51
Présentateur

Et France Info Télé ?

5:52
Invité politique

France Info stagne un peu en dessous de 1 par d'audience. Donc c'est assez faible, mais avec un journalisme de qualité et fidèle à ce que doit être une chaîne d'information.

5:59
Présentateur

Donc en France, on a 4 chaînes d'info en continu. C'est unique en Europe. Est-ce qu'il y a de la place pour tout le monde ?

6:04
Invité politique

C'est la question qu'on peut se poser, mais encore faudrait-il que ce soit vraiment des chaînes d'information. Le succès de CNews montre que derrière cette appellation, chaîne d'information, se cache tout à fait autre chose, une chaîne d'opinion qui est au service d'un projet idéologique.

6:16
Présentateur

Gros succès, mais juste quand même pour se rendre compte, et on en terminera là, Alexis Lévrier, par rapport aux chaînes généralistes, le nombre de téléspectateurs, c'est quand même bien moindre ?

6:24
Invité politique

Oui, ça reste moindre, sauf sur certaines séquences. Quand on regarde lors des pros 1 et 2, ils sont souvent leaders parmi les chaînes d'information. Notamment quand ils font venir Zemmour, ils font plus d'un million. Et à ce moment-là, ils sont leaders.

6:34
Présentateur

Merci Alexis Lévrier, historien des médias et maître de conférences à l'Université de Reims.