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interviewBFM Business — La grande interview· 8 juin 2026 18 min

Marc Ferracci, député EPR et ancien ministre de l'Industrie – 08/06

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Marc Ferracci

BFM Business et La Tribune présentent le 18-19 d'Edwige Chevrillon.

0:10
Présentateur

Vous êtes bien dans le 18-19, c'est vraiment un deal historique en tous les cas dans les télécoms et puis dans la concurrence et concurrence européenne, celui du rachat des CFR par ses trois autres concurrents. On en parle avec Marc Ferracci, député ancien ministre de l'Industrie. Bonsoir Marc Ferracci. Bonsoir. Merci d'être là. C'est ce deal, évidemment, ça a duré tellement longtemps que vous l'avez supervisé. Lorsque vous étiez en charge de l'industrie et notamment des télécoms, forcément, est-ce que c'est une bonne chose ou pas ?

0:42
Marc Ferracci

Je pense que c'est une bonne chose. En quoi ? Je pense que c'est une bonne chose parce qu'au fond, il y a plusieurs enjeux autour de ce deal. Il y a un enjeu qui est important, qui est celui de la concurrence et du pouvoir d'achat des Français. Parce qu'évidemment, le nombre d'opérateurs, ça peut avoir un effet sur la facture de votre abonnement de téléphone.

0:57
Présentateur

Bien sûr, ça a un effet.

0:57
Marc Ferracci

Et donc, on verra, ça, ça va être le rôle des autorités de la concurrence, l'autorité de la concurrence en France ou la commission de Bruxelles, de regarder les conséquences en matière, justement, d'impact sur les prix. Donc, c'est un enjeu qu'il faudra regarder. Mais moi, je vois un enjeu plus important de mon point de vue parce que le monde change. C'est l'enjeu des investissements dans notre modèle de télécom. On a besoin d'investir pour renforcer la qualité du réseau. On a besoin d'investir pour finaliser la fibre. Vous savez qu'à certains endroits, la fibre n'arrive pas encore et on a besoin de l'amener jusqu'au dernier kilomètre.

On a besoin d'investir pour la cybersécurité de nos réseaux. Dans un monde où, on le voit, les attaques sont de plus en plus nombreuses. Pour ça, nos opérateurs ont besoin d'avoir des moyens. Et d'ailleurs, le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne, il y a déjà deux ans, défendait le principe d'une consolidation dans le secteur des télécoms, justement pour favoriser ces investissements qui sont nécessaires à notre compétitivité. Les télécoms, c'est une infrastructure critique.

Et donc, je pense qu'il faut arriver à trouver un équilibre entre cet objectif de préserver la concurrence et l'objectif de compétitivité des opérateurs, c'est-à-dire leur donner des capacités d'investissement.

2:14
Présentateur

En même temps, c'est une entreprise qui va disparaître. On en parlera tout à l'heure avec le délégué syndical CFDT de SFR parce qu'elle est amenée à être découpée. Est-ce que c'est un aveu d'échec ?

2:25
Marc Ferracci

Non, ce n'est pas un aveu d'échec. C'est une dynamique assez normale dans un système d'économie de marché, d'économie capitaliste. Il y a des phénomènes de consolidation. Il y a des phénomènes d'entrée de nouveaux acteurs sur un marché. C'est ce qui a été le cas il y a quelques années avec Free. Et puis, il y a des phénomènes qui obligent à restructurer l'organisation. Vous parlez effectivement de la disparition de SFR. Moi, je pense aux salariés de SFR. Je pense que votre interlocuteur, évidemment, va beaucoup vous en parler. Ce qu'il faut savoir, c'est que dans ce deal, les choses ne vont pas se faire de manière brutale.

Jusqu'en 2029, il y a une garantie d'emploi ou de proposition d'emploi pour les salariés de SFR. C'est un élément très important. Et d'ailleurs, les opérateurs qui vont reprendre SFR ont intérêt à ce que les équipes, les cadres, mais aussi les salariés qui sont dans les boutiques, ne quittent pas SFR trop rapidement parce que ça fait aussi partie des actifs d'une entreprise que de conserver ses salariés. Donc, je pense qu'on a besoin d'accompagner cette transition sociale de la meilleure des manières.

3:24
Présentateur

Vous avez été ministre de l'Industrie, vous avez vu passer pas mal de dossiers. Nous aussi, ici, d'un point de vue différent, évidemment. Vous avez ça, je viens de le dire, c'est une garantie jusqu'à 2029, c'est rien du tout. Vous voyez, c'est dans deux ans, quoi.

3:39
Marc Ferracci

C'est dans un peu plus que deux ans.

3:41
Présentateur

On est quasiment en 2027, si j'ose dire, en septembre 2026. Bien sûr.

3:47
Marc Ferracci

Et ça, c'est le rôle de la négociation sociale. La négociation sociale va commencer avec les organisations représentatives des salariés. Et elle a besoin d'être, évidemment, exigeante. Exigeante à la fois sur les conditions de départ pour ceux qui voudraient partir, mais aussi sur les conditions de formation, de reconversion. Vous l'avez dit, moi, j'ai eu à traiter, en tant que ministre, beaucoup de dossiers de restructuration industrielle. Parfois, des sites qui fermaient. Parfois, des entreprises qui menaient des plans sociaux. Eh bien, le principe, quand il y a une restructuration de cette ampleur, c'est d'accompagner chaque salarié.

D'accompagner chaque salarié dans son projet professionnel. Parfois, le projet se retrouve dans les entreprises qui vont reprendre les actifs des CFR, c'est-à-dire dans les trois autres opérateurs. Et puis, pour d'autres salariés, eh bien, ce seront des perspectives différentes. Mais là, l'engagement doit être, évidemment, d'accompagner cette transition et de ne laisser personne sur le bord du chemin.

4:36
Présentateur

Marc Ferracci, vous avez parlé de la question de la concurrence, parce que c'est intéressant de voir à quel niveau ça doit se passer. Est-ce que je recevais ce qu'il reste à un peu donné le top départ, parce qu'il avait un peu, quelque part, donné son feu vert à cette consolidation ? Benoît Curé, le président de l'autorité de la concurrence, mais c'était déjà il y a quelques mois. Mais est-ce que ça va être au niveau français ou au niveau européen, au niveau de Bruxelles ?

5:00
Marc Ferracci

Eh bien, ça fait partie encore des choses qui doivent se décider. D'abord, il y aura probablement un examen de chaque dossier, c'est-à-dire du dossier de chaque opérateur. Free, orange et bouillé. Donc, sur ce sujet, les opérateurs, en fonction de leur taille, en fonction de la part de leur chiffre d'affaires qui se fait en France, auront une alternative qui est soit de se soumettre à l'autorité de la concurrence française, soit de se soumettre à la direction de la concurrence de la commission de Bruxelles.

5:26
Présentateur

Mais c'est eux qui choisissent ou pas ? Non, parce que la concurrence européenne, la direction de la concurrence, elle peut se saisir.

5:33
Marc Ferracci

Elle peut se saisir également. Mais en tout cas, ça va dépendre au cas par cas de la situation de chaque opérateur et de l'impact que le rachat des actifs d'SFR a sur son modèle économique.

5:43
Présentateur

Et donc, d'abord, un, est-ce qu'il faut mieux que ça soit l'autorité française ou l'autorité bruxelloise ?

5:49
Marc Ferracci

Alors, on a coutume de dire, mais là, je parle un petit peu de manière évasive, que la commission de Bruxelles est plus stricte sur la capacité à faire des consolidations parce qu'elle défend les principes de la concurrence. Mais il faut bien dire que la commission de Bruxelles est en train d'évoluer. Elle a publié, vous le savez, vous en avez parlé probablement sur votre plateau, elle a publié il y a quelques mois une nouvelle doctrine qui est en cours d'examen qui vise, comme je le disais tout à l'heure, à trouver un meilleur équilibre entre les principes de la concurrence qui sont au fondement de la construction européenne et le principe de la compétitivité des entreprises.

On a besoin, il faut le dire très directement, de construire des champions européens. Et pour construire des champions européens, on a besoin de leur permettre d'acquérir une taille critique. C'est ça aussi l'enjeu de cette consolidation, c'est de pouvoir se battre contre des acteurs américains, contre des acteurs chinois, contre des acteurs japonais qui se déploient un petit peu partout dans le monde.

6:48
Présentateur

Ça, c'est très important. C'était le 30 avril qu'elle avait dit désormais qu'elle voulait aider les entreprises, je cite, à atteindre une taille critique indispensable pour être compétitif dans certains secteurs. Alors qu'avant, c'était la défense du consommateur à tout prix. Tout à fait. On a assisté à cette guerre tarifaire, l'arrivée de free. Tout à fait. Est-ce que c'était une erreur l'arrivée de free quand vous regardez un petit peu avec du recul ?

7:10
Marc Ferracci

Non, je ne pense pas parce qu'au moment où Free est arrivé, ça a créé un effet sur les prix qui était véritablement très significatif. Il y a un ancien vice-président de l'autorité de la concurrence, un ancien collègue économiste qui est Emmanuel Combes, qui m'a dit un jour, vous savez, l'arrivée du quatrième opérateur de téléphonie mobile, c'est une mesure de pouvoir d'achat sans précédent pour les Français. Alors, ça ne veut pas dire qu'en supprimant un opérateur, évidemment, le prix des abonnements va s'envoler. Si c'est le cas, les autorités de la concurrence interviendront.

Mais il faut quand même se dire que la concurrence, par principe, elle permet effectivement d'avoir des effets sur les prix. Mais il faut arriver à trouver cet équilibre parce que notre monde a changé.

7:55
Présentateur

Ce ne sont plus que trois, donc bon.

7:56
Marc Ferracci

Notre monde a changé, mais il faut bien voir que dans d'autres pays, il y a très rarement quatre opérateurs. On était un des rares pays à avoir quatre opérateurs. On a toujours quatre opérateurs pour quelques années encore, le temps que la consolidation se fasse. Mais c'est assez inédit la plupart du temps, y compris dans des pays extrêmement vastes comme les Etats-Unis. Il y a un nombre relativement réduit d'opérateurs parce qu'on considère que plus vous êtes gros, plus vous avez la capacité à consentir des investissements pour sécuriser ces infrastructures critiques que sont les infrastructures télécom. Donc, il faut trouver cet équilibre.

Et moi, je suis satisfait, je me réjouis que la Commission européenne mette un peu d'eau dans son vin et fasse évoluer un petit peu sa doctrine au regard de la concurrence. Parce qu'on a besoin aussi de protéger nos champions nationaux.

8:38
Présentateur

Oui, oui, ça, c'est une sacrée évolution, en fait. Et intéressant de voir qu'aujourd'hui, il y a une annonce aussi de consolidation hostile, cette fois-ci, dans les banques en Italie. Là, vous, vous étiez au courant forcément de ces négociations lorsque vous étiez ministre de l'Industrie.

8:56
Marc Ferracci

Alors, pas forcément sur le système bancaire. Non, non, je reviens sur les télécoms. Je reviens sur les CEPA. Bien sûr, évidemment.

9:01
Présentateur

Je reviens sur les CEPA.

9:02
Marc Ferracci

S'agissant des télécoms dont j'avais la tutelle, j'étais chargé des infrastructures numériques, pas de tout ce qui est réglementation numérique, mais des infrastructures, donc les opérateurs télécoms. Donc, effectivement, je discutais avec les acteurs. Et déjà, à ce moment-là, c'est-à-dire il y a à peu près un an, les enjeux étaient bien posés sur la table. Les opérateurs souhaitaient avoir des capacités d'investissement. Et ils avaient des arguments pour cela.

Mais évidemment, à l'échelle de Bercy, qui se préoccupe d'industrie, mais qui se préoccupe aussi de concurrence, de pouvoir d'achat, de consommation, eh bien, le message que nous portions collectivement, c'était de trouver un équilibre.

9:34
Présentateur

Mais là, on pourrait très bien voir un étranger débarquer, non ?

9:38
Marc Ferracci

Là, en l'occurrence...

9:40
Présentateur

Un opérateur, je ne sais pas, un opérateur...

9:42
Marc Ferracci

Non, le deal tel qu'il a été conclu et qui doit désormais se concrétiser par la consolidation, eh bien, va partager les actifs de SFR entre les trois autres opérateurs.

9:51
Présentateur

Non, mais ça... Ok, mais qu'est-ce qui... Est-ce que, désormais, ça veut dire que le marché français est fermé, on ne pourra pas avoir un quatrième opérateur étranger qui débarque ?

9:59
Marc Ferracci

Un autre opérateur peut intervenir, mais il faut bien voir que les coûts d'investissement, eh bien, pour mailler tout le territoire avec vos infrastructures, sont extrêmement lourds, vous le savez.

10:09
Présentateur

Vous ne croyez pas qu'il y aura une vente des infrastructures pour la fibre ? Tout est possible. À des fonds d'investissement, comme ça se fait ?

10:17
Marc Ferracci

Tout est possible, mais ici, nous avons un garde-fou très important, qui est le contrôle des investissements étrangers. Vous le savez, quand on a des enjeux de souveraineté, et ici, on a un enjeu de souveraineté avec le numérique, parce que c'est une infrastructure critique, il y a des enjeux de cybersécurité, il y a des enjeux de résilience de nos réseaux, eh bien, on a une approche très rigoureuse consistant à regarder les investisseurs qui rachètent le cas échéant des opérateurs ou des entreprises françaises. On le fait de manière systématique, on le fait de plus en plus s'agissant de l'industrie.

Il y avait 100 contrôles des investissements étrangers par an en 2014, il y en a 4 fois plus aujourd'hui. Et à chaque fois, eh bien, on regarde les impacts sur notre souveraineté.

10:55
Présentateur

Pas toujours efficace si l'on en croit Arnaud Montebourg, qui était votre prédécesseur.

10:59
Marc Ferracci

Moi, je constate qu'un contrôle des investissements étrangers sur deux aboutit soit à une interdiction, soit à des mesures de sauvegarde, c'est-à-dire à des restrictions sur l'opération menée. Donc, il y a quand même un impact.

11:10
Présentateur

On va parler parce que là, il y a quand même un enjeu. Moi, j'ai beaucoup de témoignages là-dessus, comment les Chinois grignotent un peu des PME ou des start-up un peu clés, que ce soit dans les nouvelles technologies, et qu'on n'a pas feutré. Et puis, évidemment, il y a Ceylantis qui a ouvert les portes de son usine de Rennes à Dongfeng. Avant de parler de ce sujet qui est très important, on a appris juste avant l'ouverture de ce 18-19 que le projet SCAF, cet avion européen, j'en avais parlé avec Eric Trappier sur ce même plateau, est officiellement enterré. Frédéric Merz et Emmanuel Macron ont reconnu que Airbus et Dassault Aviation ne pouvaient pas s'entendre.

11:51
Marc Ferracci

C'est dommage, c'est dommage parce que nous sommes à un moment où la coopération européenne, et particulièrement la coopération franco-allemande, est importante, à la fois pour avoir des capacités d'investissement, à la fois pour partager une vision stratégique sur ce que sont les besoins de la défense européenne. Mais sur ce genre d'opération, moi j'ai toujours considéré, y compris quand j'étais ministre, que c'est aux industriels de faire la preuve qu'ils savent mener à bien une opération aussi complexe que celle-là. En l'occurrence, la discussion, vous le dites, a eu lieu pendant des mois et des mois, et il se trouve qu'il n'y a pas d'accord qui a été trouvé.

Ça ne veut pas dire que sur d'autres sujets, y compris en matière de défense, il n'y a pas de coopération franco-allemande. Il y a quelques jours, sur un autre segment de notre industrie de défense, que sont les blindés, il y a un rapprochement qui a été fait entre KNDS et les actionnaires allemands. Donc on voit que sur d'autres sujets, ça peut fonctionner. Sur le SCAF, ça n'a pas fonctionné.

12:50
Présentateur

Oui, et c'est dommage. C'est une question d'égo ?

12:52
Marc Ferracci

Non, je ne pense pas. Je pense que c'est vraiment des problématiques industrielles et la difficulté à faire vivre un projet de cette complexité, de cette ampleur.

13:00
Présentateur

Marc Ferrati, je le disais, il y a quand même beaucoup d'inquiétudes sur l'offensive chinoise, notamment dans l'automobile, évidemment, au niveau européen, au niveau des Allemands qui sont en train d'avoir une sorte de prise de conscience, eux qui défendaient l'arrivée des Chinois parce qu'ils sont clients, ils ont des partenariats avec les Chinois, ils sont en train de se rendre compte que dans la machine outil, dans tous les secteurs qui ont fait la force de l'économie et de l'industrie allemande, ils sont en train de perdre pied. C'est aussi un peu en train d'arriver en France.

Le fait que Stellantis décide d'ouvrir ses portes de son usine à Rennes, à Dongfeng, est-ce que pour vous, c'est une bonne nouvelle ? Ça veut dire que le monde avance ? Ou au contraire, ça signifie un peu la mort des constructeurs automobiles français ?

13:49
Marc Ferracci

Non, ça ne signifie pas la mort des constructeurs automobiles français. C'est d'abord une démarche assez pragmatique. On avait à Rennes une usine qui était en sous-capacité de production. L'accord va permettre d'augmenter très significativement, peut-être jusqu'à doubler la capacité de production. Et ça, je vous le dis, c'est la meilleure garantie de pérenniser l'usine, de pérenniser l'outil industriel et de pérenniser les emplois. C'est absolument nécessaire d'augmenter la capacité de production.

Et les syndicats sur place le savent bien, j'ai été confronté à beaucoup de dossiers d'équipementiers automobiles, à beaucoup de dossiers automobiles, dans lesquels les usines tournaient à 60-65% de leur capacité de production. Et là, ça pose un problème sur la pérennité du site. Donc, le premier point, c'est cela. Ensuite, c'est une vision court terme. Bien sûr, c'est une vision court terme. Et c'est pour ça qu'il faut aussi avoir une vision long terme.

La vision long terme, c'est que quand un acteur chinois vient en France, soit pour participer à une co-entreprise avec Stellantis, comme c'est le cas de Dongfeng, soit pour racheter des actifs et des entreprises françaises, ça doit se faire à nos conditions. Et là, j'insiste. Ça veut dire quoi, nos conditions ? Je vous réponds. Quand on produit en France, on ne doit pas simplement avoir des usines d'assemblage. Un maximum de composants doivent être produits en France et en Europe. Et ça, c'est le principe de la préférence européenne que je défends, que je défendais et que je défends toujours. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'une part de la valeur ajoutée...

15:13
Présentateur

Qui est ouverte au Brésil...

15:14
Marc Ferracci

C'est pour ça que je vais aller vous dire ce que je pense de ce qui est en train de se nouer. Mais le principe de la préférence européenne, c'est de dire qu'il y a une certaine proportion de la valeur ajoutée qui doit être produite en Europe. Et donc, même si on faisait venir tous les composants et qu'on les assemblait à Rennes ou ailleurs, on ne bénéficierait pas de la préférence européenne. 70% de la valeur ajoutée d'une voiture doit être du contenu local. Ça, c'est le premier point. Et effectivement, je vous rejoins, ce qui est en train d'être discuté au niveau européen, c'est une définition de la préférence européenne qui ne me satisfait pas.

Qui ne me satisfait pas, qui ne devrait satisfaire personne. Parce qu'on ouvre la préférence européenne qui permet de bénéficier de la commande publique, des aides publiques, à des acteurs qui ne sont pas dans l'Union européenne en l'état actuel de la négociation du texte. Donc moi, je demande qu'on ait une approche restrictive de la préférence européenne et de bon sens. C'est-à-dire qu'il consiste à réserver la préférence européenne aux acteurs strictement européens.

16:09
Présentateur

Mais comment vous expliquez que ça ne soit pas du tout le cas ?

16:12
Marc Ferracci

Alors, parce qu'il y a aujourd'hui un texte qui est en discussion et ça n'est pas encore terminé. Et donc, il y a des rapports de force, d'influence entre la Commission européenne, entre certains acteurs, entre certains pays.

16:25
Présentateur

Vous connaissez bien tout ça, toutes ces usines.

16:27
Marc Ferracci

Des pays dont les chaînes de valeur sont déjà très délocalisées.

16:30
Présentateur

Oui, les Allemands, par exemple.

16:31
Marc Ferracci

Par exemple, ont un intérêt à ce que la préférence européenne s'applique de manière très large. S'ils ont des usines ailleurs qu'en Europe, eh bien, ils veulent pouvoir faire bénéficier leurs usines de la préférence européenne. Voilà, au fond, la divergence qui a pu exister en France. Et mon successeur Sébastien Martin a évidemment repris ce flambeau et il défend la préférence européenne dans une approche stricte. En France, on a besoin, véritablement, d'une démarche extrêmement rigoureuse qui consiste à limiter la préférence européenne aux pays européens.

17:05
Présentateur

Oui, mais la voix de la France n'est pas écoutée. Pardonnez-moi.

17:07
Marc Ferracci

Et nous verrons, si vous le voulez bien, nous verrons à la fin.

17:09
Présentateur

À l'arrivée.

17:10
Marc Ferracci

Quand le texte sera adopté, quel en sera le contenu. Je pense qu'il faut toujours se battre jusqu'au dernier moment et jusqu'au dernier kilomètre.

17:16
Présentateur

Vous avez raison. Et peut-être que, justement, tout ce qui se passe en ce moment peut faire évoluer les Allemands. Parce que leur industrie est quand même très touchée par l'arrivée des Chinois.

17:26
Marc Ferracci

Et je pense, si je puis terminer, il y a un autre enjeu. C'est qu'on doit avoir des contreparties quand les Chinois viennent investir chez nous. Des transferts de technologie, des transferts de compétences. Quand j'ai visité l'usine de batterie de Envision avec le président de la République, Adouais, il y avait des salariés chinois dans l'usine qui formaient les salariés français. Je pense que ça, il ne faut pas laisser ça de côté. Il faut imposer aux Chinois, ce que les Chinois ont fait il y a 30 ans avec nous, c'est-à-dire des transferts de technologie.

17:50
Présentateur

Absolument. Enfin, 30 ans, même il y a 20 ans, c'était nous qui faisions du transfert de technologie. Aujourd'hui, c'est des Chinois qui font, on est en train de les supplier, qui fassent du transfert de technologie avec nous. Pas les supplier,

17:59
Marc Ferracci

mais il faut se servir de la force de notre marché intérieur pour obtenir ce genre de contrepartie.

18:04
Présentateur

C'est une vraie arme. Merci beaucoup, Marc. Merci à vous. Merci d'avoir été avec nous à vous dire comment vous avez vous décryptez, analyser ce grand deal de SFR. Sous-titrage Société Radio-Canada