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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 18 juillet 2022 26 min

Tweet polémique sur Pétain, pouvoir d'achat, affaire Éric Coquerel... Le 8h30 franceinfo de Mathilde Panot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Mathilde Panot. Bonjour. Il y a 80 ans, c'était la rafle du Veldiv. La France accomplissait l'irréparable, disait hier dans son discours Emmanuel Macron, qui a appelé, je le cite, les forces républicaines à redoubler de vigilance face à un antisémitisme encore plus brûlant et rampant qu'il y a 25 ans. C'est un appel que vous entendez, auquel vous répondez ?

0:21
Mathilde Panot

Oui, c'est un appel que j'entends, effectivement. L'antisémitisme existe encore malheureusement dans notre pays et plus que jamais, il faut continuer à le combattre, comme le racisme d'ailleurs. Et je vais venir tout de suite à la polémique qui est venue suite à mon tweet de samedi, puisque ça va me permettre aussi de clarifier le tweet que j'ai fait et qui a provoqué une polémique très forte dans la majorité présidentielle.

0:48
Invité

On va peut-être rappeler, Mathilde, le tweet. Il y a 80 ans, écrivez-vous, les collaborationnistes du régime de Vichy ont organisé la rafle du Veldiv. Ne pas oublier ses crimes aujourd'hui plus que jamais avec un président de la République, écrivez-vous, qui rend honneur à Pétain et 89 députés.

1:02
Mathilde Panot

Hérène, qu'est-ce que vous avez voulu dire avec ça ? Alors, effectivement, ça va me permettre de clarifier ce matin. Donc je vous remercie de me poser cette question-là. Bon, d'abord parce qu'une commémoration, c'est d'abord et avant tout le moment où on rend hommage aux victimes d'un crime contre l'humanité. Et notamment du crime qui a été celui de la rafle du Veldiv, qui a mené 13 000 personnes, donc 4 000 enfants, parce qu'elles étaient juives, à être raflées, puis déportées. Et très souvent, pour l'immense majorité d'entre elles, tuées. Cette rafle du Veldiv, elle a été organisée sous les ordres de Philippe Pétain avec l'aide de la police française.

Donc nous sommes d'abord dans un moment, évidemment, d'hommage à ces victimes d'un crime abominable antisémite. Mais une commémoration, je crois que c'est aussi un moment où nous devons pointer des responsabilités. Et lorsqu'il y a devoir de mémoire, il y a aussi devoir de vigilance sur les résurgences du passé dans notre présent. Et ce que j'ai voulu dire avec ce tweet, c'est que non seulement il y a 89 députés Rassemblement National à l'Assemblée Nationale, ce qui devrait, je crois, nous interroger et qui nous fait dire qu'il faut toujours continuer la lutte contre les théories et les idées d'extrême droite racistes et antisémites.

Et aussi qu'il n'est pas possible, il n'est pas admissible, comme l'avait dit le président de la République en 2018 lorsqu'il avait rendu honneur à Philippe Pétain comme étant un grand soldat. Ou encore hier, lorsqu'un député de la majorité nous explique qu'il y aurait deux Pétains, l'un qui serait le héros de guerre et l'autre qui serait antisémite, qu'il n'est pas possible de rendre hommage à Pétain.

Et je le dis, ça a été tranché par la justice française notamment en 1945, qui a frappé la dignité nationale Philippe Pétain, qui lui a retiré tous ses titres militaires et donc non, il n'y a pas matière à en faire un hommage, il n'y a pas matière à lui adresser des compliments et je crois qu'il faut être très clair, il n'y a pas de Pétain, il n'y a qu'un Pétain et c'est un antisémite.

3:01
Présentateur

Ce qui a surpris probablement et peut-être indigné dans vos propos Mathilde Panot, c'est qu'en l'occurrence Emmanuel Macron ne rend pas hommage à Pétain aujourd'hui. Il y a quatre ans, il a songé à lui rendre un hommage militaire ainsi qu'à d'autres maréchaux français à l'occasion du centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale. Il a d'ailleurs reculé à l'époque face à la polémique qu'il a lui-même créée. Donc aujourd'hui, ressortir quatre ans après un hommage morné finalement d'Emmanuel Macron, c'est peut-être à l'occasion des 80 ans de la rafle du Valdivre, c'est peut-être ce qui a choqué.

3:35
Mathilde Panot

Non, parce que je crois que lorsqu'il y a des personnes qui sont déportées, il y a aussi des personnes qui ont déporté. Et si on veut dire plus jamais ça, alors il faut tirer les leçons de l'histoire. Et moi je crois que c'est une lourde faute politique qu'a fait le président de la République il y a quatre ans. Mais je vais vous dire un peu plus. Il y a le député Macroniste qui hier nous expliquait qu'il y avait deux pétains. Mais moi ce tweet est aussi là pour lancer l'alerte.

Lancer l'alerte parce que lorsque je vous dis qu'il faut regarder le présent à la lumière du passé, eh bien je suis moi inquiète lorsque j'entends des propos comme nation organique, qui est une théorie d'extrême droite, qui a été prononcée ce 14 juillet, puisque non, nous ne sommes pas une nation qui serait un corps, qui ne supporterait pas les corps étrangers. Nous sommes d'abord et avant tout un pacte politique de notre pays, de liberté, égalité et de fraternité.

4:30
Invité

Vous dites qu'il y a eu une erreur politique d'Emmanuel Macron il y a quatre ans, que vous relevez à l'occasion des commémorations. Bon, le fait de mettre dans la même phrase le président de la République, écrivez-vous, qui rend honneur à Pétain et les 89 députés RN, ça veut dire que vous les mettez sur le même plan parce que ça, y compris dans votre camp, le socialiste Jérôme Gage par exemple, élu député de la NUPES, il dit que ce n'est pas possible, on ne peut pas mettre sur le même plan le président de la République et le Rassemblement National.

4:53
Mathilde Panot

Mais où voyez-vous dans mon tweet que je compare Macron et Pétain ? Donc ce n'était pas le sujet ? Mais bien sûr que non. Et d'ailleurs je crois que c'est très clair dans mon tweet. Non, bien sûr que non, que Emmanuel Macron...

5:04
Présentateur

Ce n'est manifestement pas clair Mathilde Panot puisque ça heurte, y compris dans votre camp.

5:08
Mathilde Panot

Eh bien expliquez-moi où est-ce que j'ai fait un signe égal, expliquez-moi. Et expliquez-moi comment vous vous qualifiez le fait d'adresser des compliments à quelqu'un qui a été frappé d'indignité nationale, à qui on a retiré tous ses titres militaires et qui est responsable de la rafle du Veldiv et donc de la mort et de la déportation de 13 000 personnes, donc 4 000 enfants dans notre pays. Je vais vous dire, Pétain, Philippe Pétain est un traître à la patrie. Et lorsqu'on est un bon soldat, on ne trahit pas sa patrie. Lorsqu'on est un bon soldat, on ne déporte pas 13 000 personnes, donc 4 000 enfants.

5:40
Présentateur

Mais comment vous, vous expliquez que ça a heurté jusque dans votre camp ?

5:44
Mathilde Panot

Mais parce que peut-être les gens n'ont pas bien lu le tweet. Mais le tweet est une manière à la fois, évidemment, de rendre hommage à ces personnes qui sont mortes parce que juives, et le tweet est aussi une manière de lancer l'alerte sur le moment politique que nous vivons. Donc vous dites sur le moment... Je le dis, je le dis, je termine là-dessus. Je le dis, il n'y a pas d'hommage à Pétain à faire. De même qu'il n'y a pas d'hommage à Maurras à faire. Il n'y a pas de Maurras.

6:10
Présentateur

Mais encore une fois, il n'y a pas eu d'hommage national au maréchal Pétain. Finalement, il avait retiré son projet d'hommage.

6:17
Mathilde Panot

Oui, et je suis heureuse de voir que, notamment hier, il répond notamment à Éric Zemmour pour rappeler que Philippe Pétain, non seulement, je le cite, n'a jamais voulu sauver de juifs, mais bien plus que ça. Il est responsable de la mort de 13 000 personnes parce que juives. Et ça, c'est un moment politique. Le moment de la commémoration, c'est à la fois ce moment-là où vous rendez hommage comme nation aux personnes qui ont été victimes de crimes abominables. Mais c'est aussi le moment. Si vous voulez dire plus jamais ça, alors c'est aussi plus jamais avec cela.

6:50
Invité

Pas d'excuses comme le réclame une partie de la Macronie. Pas d'excuses comme le réclame une partie de la Macronie. Pas de suppression du tweet comme le réclame aussi, par exemple, le ministre des Transports Clément Beaune.

7:00
Présentateur

Vous assumez.

7:00
Mathilde Panot

Non, il n'y a pas de suppression du tweet parce que, expliquez-moi ce qui factuellement est faux dans ce que j'ai écrit.

7:05
Présentateur

Mais encore une fois, ce n'est pas nous qui posons la question. Ce sont des responsables politiques et y compris dans votre camp.

7:10
Mathilde Panot

Oui, alors effectivement, ce n'est pas vous qui posez la question, mais moi je vous le renvoie. Qu'est-ce qui est factuellement et faux dans ce que j'ai écrit ? Donc oui, il y a un moment de commémoration et d'union sur la mémoire de ces personnes qui sont morts parce que juives, qui est extrêmement important. Mais il y a aussi une question autour des responsabilités qui doivent être posées. Parce que si les responsabilités ne sont pas posées, alors nous pouvons reproduire des crimes abominables. Et c'est sur quoi je lançais l'alerte à ce moment-là.

7:40
Présentateur

Et une dernière chose, j'en profite, puisque vous êtes là, Mathilde Panot. À l'occasion de votre tweet sont ressortis les propos que vous avez tenus à la tribune de l'Assemblée, cette fois-ci au sujet d'Elisabeth Borne, que vous avez qualifié de rescapée. Pourquoi avoir choisi ce mot ?

7:55
Mathilde Panot

Alors je vous remercie là aussi de me poser la question parce que ça va être l'occasion de remettre un point aussi en termes de langue et d'histoire qui est important. Lorsque j'ai fait mon discours de réponse à la Première Ministre, je parlais de rescapée évidemment comme rescapée de la Macronie, puisque j'expliquais le naufrage qui donnait lieu à la République en marche, qui a été battue à ses élections législatives.

8:17
Présentateur

Et vous n'aviez pas en tête le fait que son père était lui-même un rescapé des camps ?

8:21
Mathilde Panot

Eh bien je vais vous dire, le mot rescapée ne vient pas du tout de l'histoire des camps.

8:25
Présentateur

Aujourd'hui il est connoté comme ça ?

8:26
Mathilde Panot

Non, le mot rescapée vient de la catastrophe de Courrières de 1906, lorsque des mineurs ont été ensevelis. Et ceux qui s'en sont sortis, c'est de là que vient le mot rescapée. Donc non, je ne pensais pas du tout et absolument pas à la terrible histoire familiale de Madame la Première Ministre.

8:43
Présentateur

Mathilde Panot, présidente du groupe France Insoumise à l'Assemblée, invitée du 830 France Info. On jette juste un coup d'œil sur le fil Info. 8h41, voici Pierre Pilet.

8:52
Invité

A partir de 10h, les pompiers disposeront au total de 9 avions bombardiers d'eau en Gironde pour lutter contre les incendies monstres. Deux feux toujours en cours dans le sud et l'ouest du département. Température très haute attendue sur une grande partie du pays. Aujourd'hui, 15 départements de la moitié ouest en alerte rouge canicule Météo France. Sur une diagonale allant du Finistère au Gers, 51 autres départements sont en vigilance orange. La prolongation au moins jusqu'à fin septembre de la remise de 18 centimes d'euros par litre de carburant. C'est l'une des mesures du projet de loi sur le pouvoir d'achat. Il arrive aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

Trois jours de discussion au menu. L'homme soupçonné d'avoir tué trois jeunes de 16, 18 et 20 ans samedi à Angers est mis en examen pour meurtres aggravés et agressions sexuelles. C'est un ressortissant soudanais de 32 ans. Il est en situation régulière selon le procureur de la République. On connaît l'adversaire de l'équipe de France féminine de football pour l'écart de finale de l'Euro. Les Pays-Bas rencontrent samedi prochain. Avant ça, les Bleus jouent leur dernier match de groupe sans enjeu. Ce soir contre l'Islande, coup d'envoi 21h et c'est à vivre sur France Info.

10:02
Présentateur

France Info Le 8.30 France Info, Néhile à la trousse, Laurin Sénéchal.

10:11
Invité

Toujours avec Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée nationale, le pouvoir d'achat. Premier texte de la législature et quel texte qui arrive cet après-midi en séance publique à l'Assemblée nationale. Comment est-ce que vous qualifiez le texte que vous allez avoir entre les mains ? Est-ce qu'il est ambitieux, utile, imparfait, décevant ? Est-ce que vous avez un mot pour le qualifier ? Dangereux. Dangereux ? Oui, à ce point.

10:30
Mathilde Panot

Pourquoi ça ? Oui, parce qu'on a analysé au départ ce texte comme étant un texte qui, en quelque sorte, n'était pas à la hauteur de la situation sociale du pays. Nous sommes dans un des pays les plus riches au monde, dans lequel il y a 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté et 5 milliardaires qui détiennent autant de richesses que 27 millions de Français. Donc nous sommes dans un moment dans lequel les gens ne savent plus comment ils vont terminer leur fin de mois, ne savent plus comment ils vont faire manger correctement leurs enfants, ne savent plus comment ils vont payer leur loyer ou leur facture. Nous sommes dans un moment d'urgence sociale absolue.

Et le projet de loi aggrave ? Alors, le projet de loi, au départ, nous le regardons en disant que c'était, en quelque sorte, des miettes. Et lorsqu'on regarde, en fait, précisément ce qu'il y a dans ce projet de loi, vous avez l'augmentation des loyers à 3,5%, alors que tant de familles sont aujourd'hui menacées d'expulsion. Le gouvernement dit que c'est le plafonnement de l'augmentation des loyers qui aurait augmenté de toute façon. Ce qui va donner suite à l'augmentation de 3,5% des loyers, et je crois qu'on aurait dû faire un gel des loyers.

La deuxième des choses, c'est que quand vous regardez les revalorisations, qui ne sont que des revalorisations anticipées, vous avez des gels du point d'indice plus 3,5%, APL 3,5%, plus 3,5%, prestations sociales minimales sociales plus 4%, retraite plus 4%. De combien va être l'inflation d'ici la fin de l'année ?

11:52
Présentateur

5,8% pour l'instant.

11:53
Mathilde Panot

7% d'ici la fin de l'année. Donc en fait, on acte quelque chose qui est en fait une baisse de pouvoir d'achat pour les gens, au vu de l'augmentation des prix absolument vertigineux.

12:03
Présentateur

Mais sur les retraites, par exemple, les communistes disent qu'on est obligés de voter même 4% parce qu'on ne pourrait pas se retourner derrière vers nos électeurs et leur dire qu'on n'a pas voté une hausse des retraites.

12:13
Mathilde Panot

Eh bien, je crois qu'on peut gagner des choses. Et je crois qu'on peut gagner des choses. Et moi, ce qui me dérange profondément avec ce texte, c'est qu'il acte le refus d'augmenter les salaires, alors qu'il faut d'urgence augmenter les salaires dans notre pays. Il acte le refus de piocher dans le trésor privé et préfère piocher dans le trésor public pour gaver le trésor privé. Bref, il n'est pas structurellement adapté et va continuer notamment à creuser le trou de la sécurité sociale.

12:40
Présentateur

Mais Mathilde Panot, vous allez voir vos électeurs et leur dire « je n'ai pas voté une hausse de 4% de vos retraites » parce que j'ai estimé que ce n'était pas assez.

12:45
Mathilde Panot

Mais parce que eux-mêmes, on se rend compte très vite que ce n'est pas à la hauteur de ce qu'ils demandent. Mais je vais vous dire, le texte n'est pas... Vous savez, l'Assemblée nationale, le temps où on photocopiait ce qui venait du gouvernement, le texte de loi arrivait, nous discutions pendant des heures, et à la fin, vous aviez exactement le même texte qui arrivait.

Et lorsque, par malheur pour eux, nous gagnions un vote, c'est-à-dire avec ceux de la majorité présidentielle de l'époque, eh bien, ils nous faisaient re-voter souvent à 2h, 3h ou 5h du matin pour bien faire comprendre aux députés macronistes qu'ils avaient mal voté une première fois et qu'il fallait voter mieux la seconde fois. Eh bien, je vais vous dire, ce temps-là est révolu. Et on va voir ce que ça va donner.

13:21
Présentateur

Vous avez l'ambition d'obtenir plus. Vous pensez que le gouvernement va vous écouter ?

13:25
Mathilde Panot

Écoutez-nous avec la NUPS, et y compris avec les communistes dont vous parliez, mais avec l'ensemble de la Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale. Nous avons proposé un contre-projet de loi. Dans ce contre-projet de loi, vous avez l'augmentation du SMIC à 1 500 euros net, avec une conférence des salaires qui permet d'augmenter...

13:39
Présentateur

Mathilde Palot, ce n'est pas votre contre-projet de loi qui sera discuté à l'Assemblée. Le texte sur lequel vous allez vous baser, c'est forcément celui de la majorité, même relative.

13:46
Mathilde Panot

Oui, mais nous allons proposer, dans tout ce que nous avons proposé sur la garantie d'autonomie pour les jeunes, dans ce que nous avons proposé sur, par exemple, le DGL du point d'indice à hauteur de 10%, ce que demandent les syndicats...

13:56
Présentateur

Mais la question, c'est est-ce que vous allez être entendu, Mathilde Palot ? Est-ce qu'à un moment, vous allez trouver une majorité à l'Assemblée ?

14:01
Mathilde Panot

Et nous verrons ce que ça la donne. Mais nous le proposerons en amendement. Et j'ajoute que dans ce texte se trouvent des points anti-écologiques extrêmement forts, notamment sur la question du gaz de schiste américain et de la réouverture de centrales à charbon.

14:13
Invité

C'est-à-dire sur le gaz de schiste américain, vous êtes contre l'importation de gaz de schiste américain en France, pour répondre à la crise énergétique, par exemple ? Tout à fait.

14:20
Présentateur

Même si ça fait flamber la facture ? Oui.

14:23
Mathilde Panot

Non, le gaz de schiste est un désastre écologique et nous ne devons pas aller sur ce terrain-là.

14:28
Présentateur

Alors comment on fait ? On importe à nouveau du gaz russe ?

14:31
Mathilde Panot

Eh bien, Jean-Luc Mélenchon, par exemple, avait proposé qu'il y ait, par exemple, un accord bilatéral avec l'Algérie, sur lequel nous pourrions, en échange de prix qui seraient hors de la spéculation sur la question des céréales, où nous pourrions faire un accord pour importer du gaz d'Algérie. Cela pourrait être une piste à regarder. Mais en tout cas, la question, c'est de dire, en fait, comme d'habitude, rien n'a été organisé et planifié. Nous nous retrouvons aujourd'hui avec la majorité des réacteurs nucléaires qui sont à l'arrêt, à voter dans l'urgence.

15:03
Présentateur

26 sur 56, oui.

15:04
Mathilde Panot

Exactement.

15:05
Présentateur

29, j'avais en tête, mais peut-être 26. Parfois pour des problèmes de soudure, parfois pour des problèmes de maintenance, ou parfois à cause des températures.

15:11
Mathilde Panot

Exactement. Et là, vous avez vu que pour un quatrième réacteur, on vient d'autoriser une eau plus chaude que ce qui est dans les normes.

15:16
Présentateur

Une dérogation en normes de pollution.

15:18
Mathilde Panot

Exactement. Pour pouvoir refroidir les réacteurs nucléaires. Nous l'avons toujours dit. Le nucléaire pose deux problèmes extrêmement forts. Le premier, c'est la question des déchets. Et vous avez vu qu'ils sont en train d'avancer sur le projet d'enfouissement des déchets à Bure, qui est, à notre sens, complètement délirant. Mais là, on parle du texte sur le pouvoir d'achat, Mathieu Panot. Ce n'est pas résilient au dérèglement climatique.

Et lorsque nous avons le Rhône, qui est le fleuve le plus nucléarisé au monde, de France, pardon, qui, chaque année, baisse de débit ou se réchauffe avec des baisses de débit qui pourraient aller, selon le GIEC, de 10 à 40 %, je vais vous dire que nous allons avoir un gros souci avec l'énergie nucléaire. Et que la première des choses à faire, c'est de penser la sobriété et l'efficacité énergétique. Ce que ne fait pas ce gouvernement.

16:03
Invité

Et vous dites, d'ailleurs, que sur ce texte pouvoir d'achat, vous pourriez obtenir des victoires face au gouvernement. À vrai dire, sur les salaires, j'y crois assez peu, puisque l'augmentation du SMIC, par exemple, il y a assez peu de majorités à trouver là-dessus sur les autres bancs. En revanche, sur le plafonnement du litre d'essence à 1,50 €, que proposent les Républicains ? J'ai le souvenir que Jean-Luc Mélenchon proposait 1,40 € pendant sa campagne présidentielle. Est-ce que là, par exemple, vous espérez pouvoir faire voter cette mesure contre le gouvernement, avec une majorité, l'UPS, les Républicains, Rassemblement National ?

16:39
Mathilde Panot

Alors, il faut regarder exactement quel est le processus avec lequel les Républicains bloquent les prix. Nous, cela fait effectivement depuis plus d'un an que nous demandons un blocage des prix.

16:49
Présentateur

Vous proposez une baisse des taxes et vous, vous proposez un blocage des prix.

16:51
Mathilde Panot

Voilà, c'est la grande différence. Donc, vous ne voterez pas la mesure des Républicains ? C'est parce que, lorsque vous faites un blocage des prix sur la question des taxes, vous appauvrissez l'État, de fait, et donc tout ce qui va derrière sur la question des services publics, des politiques qui peuvent être menées, etc. Alors que, si vous jouez sur les fournisseurs, et notamment sur Total, qui a fait l'année dernière 16 milliards de bénéfices, qui a versé 8 milliards d'euros de dividendes à ses actionnaires, pendant que les Français sont en train de payer leur litre d'essence à plus de 2 euros le litre. Et donc, vous ne voterez pas l'amendement de...

Nous, nous demandons à ce que l'effort vienne des fournisseurs, d'abord et avant tout.

17:28
Présentateur

Vous vous dites à Total, on l'achète à ce prix-là, mais en revanche, vous laissez les taxes là où elles sont, au niveau où elles sont. C'est la différence. Comment ? Vous, vous dites à Total, on l'achète à ce prix-là, en revanche, vous laissez les taxes.

17:39
Mathilde Panot

Exactement, et nous avions d'ailleurs même proposé qu'il y ait un prix bloqué au niveau de l'Union Européenne, ce que Emmanuel Macron aurait pu faire comme président de l'Union Européenne.

17:46
Présentateur

Mathilde Panot va continuer de parler de sobriété énergétique. Vous avez évoqué le sujet il y a quelques instants avec vous, juste après le fil info, 8h50, Pierre Pillet.

17:55
Invité

Carrefour, Leclerc ou encore Casino, la grande distribution s'accorde sur un plan de sobriété énergétique. C'est ce qu'annonce un communiqué du secteur. Extinction des enseignes lumineuses dès la fermeture, réduction de l'éclairage, voire baisse de la température, mise en place prévue le 15 octobre. Les incendies regagnent de l'intensité en Gironde, plus de 14 000 hectares brûlés, selon les pompiers, à la test de bûche dans l'ouest du département, et l'Andiras, au sud de Bordeaux. Une lutte rendue encore plus difficile par les températures. La Gironde et 14 autres départements de la moitié ouest du pays sont placés en alerte rouge par Météo France.

51 autres départements sont eux en vigilance orange. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, Limoges, la procureure générale et le chef des services de sécurité de son pays. Certains de leurs employés sont soupçonnés de trahison au profit des Russes. En cette journée de repos sur le Tour de France, les coureurs attendent leurs résultats de tests Covid. Ils ont été effectués hier, après la 15e étape à Carcassonne.

19:04
Présentateur

Toujours avec Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale.

19:13
Invité

Mathilde Panot, vous évoquiez l'interview du président de la République du 14 juillet, dans laquelle il a sonné la mobilisation générale sur la sobriété énergétique. Tout le monde devra faire des efforts, les administrations publiques et les grands groupes en premier. L'hiver et l'automne. L'automne et l'hiver plutôt risquent d'être rudes, dit Emmanuel Macron. Est-ce que vous avez des postes d'économie à suggérer, notamment à l'État ? Quels efforts l'État doit faire ?

19:35
Mathilde Panot

Alors déjà, il faut dire que d'abord et avant tout, il y a une sobriété subie dans notre pays que subissent beaucoup de personnes et qui s'appelle la précarité. Nous avons notamment 12 millions de personnes dans notre pays qui vivent en précarité énergétique, comme on le dit, et notamment qui ne se chauffent pas assez ou pas du tout, mais généralement pas suffisamment l'hiver, qui ont froid dans leur logement et qui se retrouvent dans une situation extrêmement difficile. Donc c'est bien que l'État dit « on va régler notre consommation ».

Les premiers qui doivent faire des efforts et qui doivent changer radicalement leur mode de vie, ce sont les 63 milliardaires qui polluent autant que la moitié de la population française. Et ensuite, vous avez un certain nombre de grandes entreprises, je parlais de Total Energy mais de d'autres, qui sont celles et ceux qui polluent le plus et qui sont responsables aujourd'hui de la situation dans laquelle nous sommes. Et je vais continuer l'idée que je portais tout à l'heure.

20:34
Invité

Mais ce matin, la grande consommation, par exemple, dit « nous on est prêts à réduire nos éclairages, à réduire nos températures, on est prêts à faire un effort en la matière ».

20:40
Mathilde Panot

Nous l'avons proposé plusieurs fois dans le mandat précédent, notamment sur la question, vous savez, de ces panneaux publicitaires lumineux qui consomment autant qu'une famille de 4 personnes. Nous l'avons proposé plusieurs fois lors du mandat précédent et plusieurs fois cela avait été refusé par le gouvernement. Donc c'est bien qu'on avance sur ces questions-là. Parce que je vais vous dire...

20:56
Présentateur

Ils sont éteints la nuit, à partir du 15 octobre, annoncent ensemble Leclerc, Carrefour, etc., tous les grands supermarchés français. Vous saluez leur démarche ?

21:02
Mathilde Panot

En fait, je salue le fait que nous nous posions ces questions-là. Mais je vais vous dire, j'aimerais que ça ne dépende pas des grands groupes. J'aimerais que ce soit des décisions démocratiques que nous prenions et notamment qui permettent de penser là où nous arrêtons le gaspillage énergétique.

21:16
Invité

Mais vous, quel exemple vous pouvez donner déjà en tant qu'élu, en tant que représentant de la nation ? Puisque si chacun devra faire un effort, vous vous dites, ben voilà, les riches doivent faire des efforts, les grands groupes doivent faire des efforts. Mais en matière de symboles, les représentants, la représentation nationale, elle aussi aura à faire des efforts. Est-ce que vous dites, ben voilà, nous, députés, on a aussi notre part à prendre ?

21:36
Mathilde Panot

Mais écoutez, là, on est en train de parler, honnêtement, on est en train de parler de choses qui sont extrêmement petites au vu de l'ampleur.

21:42
Invité

Vous dites, l'important, c'est ça. Ce n'est pas le symbole. Ce n'est pas éteindre la Tour Eiffel le soir. Ce qui compte, c'est d'aller là où il y a le plus de confondations.

21:46
Mathilde Panot

Mais on peut faire des symboles si on veut, mais ces symboles ont été refusés maintes fois. Donc c'est bien de faire des symboles maintenant. Non, mais la question, elle n'est pas celle-ci. La question est comment on donne aux Français les moyens de faire autrement. Donc comment est-ce qu'on change des choses systémiques ? Vous savez combien il faut de rénovations de logements par an ? 700 000. Tous les spécialistes le disent, et toutes les associations spécialisées disent que pour arrêter de gaspiller de l'énergie, il faut 700 000 rénovations par an. Vous savez combien ont été faites l'année dernière ? Il y a seulement 2500 logements qui ont été sortis de l'étiquette passoire énergétique.

Donc nous en sommes très loin. Et Emmanuel Macron, qui fait la leçon sur ces questions-là, et aussi celui qui est responsable du fait que la France est la dernière d'Europe sur le développement des énergies renouvelables. Donc nous sommes très en retard sur cette question.

22:30
Invité

Vous proposerez un ISF vert d'ailleurs à l'Assemblée ? C'était une des questions.

22:33
Mathilde Panot

Oui, on l'a porté dans le programme et nous continuerons à le porter. Mais juste, je voulais terminer sur quelque chose sur Total dont je parlais tout à l'heure. Je voulais vous montrer que c'est possible de mettre à contribution les plus riches. C'est possible de mettre à contribution les multinationales. L'Espagne vient de le faire. Ils viennent d'instaurer une taxe sur les super-profits des banques et sur les super-profits des pétroliers. À quoi va servir cette taxe ? À payer à tous les Espagnols le train gratuit. Eh bien, je trouve que c'est un exemple qui est intéressant. Et si l'Espagne peut le faire, nous aussi pouvons le faire.

Et ce sont là des décisions collectives qui sont prises démocratiquement et qui nous permettent d'être à la hauteur du plus grand défi de notre siècle.

23:12
Présentateur

Ça va rapporter à l'Espagne 2 milliards d'euros par an. C'est ça qui est budgété. Un autre sujet, Mathilde Panot, il nous resterait peu de temps. Mais Sandrine Rousseau, députée écologiste, membre de l'ANUP, l'Alliance de la gauche, demande à ce qu'Éric Coquerel, président de la Commission des Finances, se mette en retrait maintenant qu'il est visé officiellement par une enquête pour harcèlement et agression sexuelle. Le temps de l'enquête qu'il quitte la présidence de la Commission des Finances. Qu'est-ce que vous répondez à Sandrine Rousseau ?

23:41
Mathilde Panot

Alors qu'il n'y aura pas de mise en retrait d'Éric Coquerel parce qu'il n'y a aucun élément nouveau. Je vous explique. Lorsqu'il y a une plainte, et c'est heureux sur des questions de harcèlement, de violence parfois, lorsqu'il y a une plainte, il y a un ordre qui a été donné au parquet d'ouvrir très rapidement des enquêtes. Et je crois que c'est heureux d'ouvrir ces enquêtes-là pour aller vite sur des enquêtes qui concernent le sujet des femmes. Donc, il était logique qu'à partir du moment où une plainte était déposée le lundi, l'ouverture d'enquête suivait logiquement cette plainte. Donc, il n'y a aucun élément nouveau.

Et moi, de ce que j'ai entendu, qui a été dit par Madame Tissier sur BFM...

24:23
Présentateur

C'est la dame qui accuse Éric Coquerel.

24:26
Mathilde Panot

Exactement. Je n'entends pas ce qui est suffisant pour demander une démission d'Éric Coquerel.

24:32
Présentateur

Mais vous diriez la même chose si Éric Coquerel était membre du Parti des Républicains ?

24:35
Mathilde Panot

Bien sûr, je dirais la même chose. Écoutez, ce qu'on reproche à Éric Coquerel, j'aimerais quand même qu'on le redise ici, ce qu'on reproche à Éric Coquerel, c'est d'avoir, en 2014, dans une soirée, danser un rock, c'est elle-même qui le dit, danser un rock avec lui, et qu'il lui ait touché la taille, effleuré les fesses et proposé de la ramener en taxi. Et lorsque elle a dit non, eh bien, il ne s'est rien passé.

25:00
Présentateur

Elle dit qu'elle s'est sentie une croix et aujourd'hui, elle l'accuse d'agression sexuelle.

25:03
Mathilde Panot

Voilà ce qu'on reproche à Éric Coquerel. Et lorsque Madame Tissier elle-même dit que ça n'a rien à voir avec d'autres affaires dont on fait parfois le parallèle sur les médias et qui sont extrêmement pénibles à supporter, comparant Éric Coquerel à un violeur, eh bien, lorsque cette femme elle-même dit cela n'a rien à voir avec l'affaire Abad et non, je ne demande pas la démission d'Éric Coquerel, je pense qu'on peut se baser sur cela.

25:29
Présentateur

Pardon, mais vous faites référence à quoi quand vous dites que certains accusent Éric Coquerel ou le comparent à un violeur ?

25:34
Mathilde Panot

C'est des choses qui sont régulièrement dites, notamment sur les réseaux sociaux où les faits sont complètement amplifiés, déformés. Je crois qu'il faut revenir à la raison sur cette question-là. Il y a une enquête. Cette enquête va déterminer ce qui s'est passé,

25:49
Présentateur

mais j'ai entièrement confiance en Éric Coquerel

25:52
Mathilde Panot

pour mener à bien son travail de président de la Commission des Finances.

25:57
Présentateur

Mathilde Panot, merci beaucoup. Merci à vous. Présidente du groupe France Insoumise à l'Assemblée, invitée du 830 France Info ce matin. Bonne journée. Sous-titrage Société Radio-Canada