L'invité du 26/12/2023 : Aurélie Trouvé, Députée LFI NUPES
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et avec nous aujourd'hui Aurélie Trouvé, bonjour à vous, vous êtes députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Alors on va commencer par parler de la loi immigration, parce que c'est vrai, ces derniers sondages nous montrent qu'il y a au moins 50% des Français qui sont satisfaits de cette loi immigration qui a été votée il y a un petit peu moins de deux semaines, donc satisfaits quelque part d'une loi du gouvernement avec les idées du RN. C'est un échec pour LFI ?
C'est un échec pour la France, parce que d'abord c'est une loi, et pour la République, c'est une loi d'abord anti-républicaine, je le rappelle, ça remet en cause des principes qui sont parfois vieux de 200 ans, comme le droit du sol, c'est-à-dire le fait que quand vous naissez en France, vous êtes français. Ça remet en cause par exemple l'article 1er de la Constitution, qui dit que chaque citoyen est égal devant la loi, et là il se trouve que parce qu'on est étranger, on va pouvoir être discriminé pour acquérir des droits sociaux fondamentaux.
Puis c'est une loi cruelle, c'est une loi cruelle quand on voit par exemple, vous voyez l'infirmière à l'hôpital public, qui peut être étrangère, c'est bien souvent le cas, et bien cette infirmière quand elle arrive, elle ne pourra pas toucher les allocations familiales pendant deux ans et demi, elle ne pourra pas toucher les aides au logement. Et puis enfin c'est une loi qui est absolument néfaste sur le plan économique, parce que là je le dis à tous les Français, nous avons besoin d'immigration.
Nous en avons besoin parce que, notamment pour équilibrer les comptes sociaux, vous savez qu'on a de plus en plus de gens à la retraite, de moins en moins qui travaillent en France, c'est pas moi qui le dis, c'est aussi toutes les études économiques, c'est même le patronat, c'est peut-être le seul domaine où, j'ai envie de dire, ce gouvernement n'écoute pas le patronat, nous avons besoin d'immigration sur le plan culturel et sur le plan économique.
Mais malgré tout les Français disent que cette loi immigration, ils en veulent plus tôt, ils sont en tout cas pas trop contre, et ça veut dire qu'aussi pour LFI, les idées qui sont portées ne sont pas forcément celles qu'on a envie de voir aujourd'hui représentées dans les lois.
D'abord, il faut se méfier des sondages et de la manière dont ils sont posés. Par exemple, moi je vois qu'il y a des sondages, la Commission consultative des droits de l'homme, qui disent par exemple qu'une très grande majorité des Français pensent que les migrants sont une richesse culturelle pour la France. Donc voilà, moi je pense que nous n'avons pas un pays aux idées racistes et xénophobes, je pense que la plupart des Français sont accueillants. Il y a un gros travail à faire, c'est vrai, parce qu'on a cessé de dire dans les médias, et toute la Macronie qui rejoint maintenant les idées d'extrême droite relaie ça.
On a cessé de dire que les migrants sont un problème pour la société française. Alors à nous de justement offrir cette alternative politique en expliquant bien à quel point les migrants sont une richesse pour la France, à la fois sur le plan culturel, sur le plan économique, sur le plan social.
Justement, vous le voyez bien, c'est quand même le RN qui tire son épingle du jeu, qui sort un peu comme le grand gagnant de cette séquence. Vous qui vous êtes toujours opposé à l'extrême droite, est-ce que vous estimez que la NUPES peut encore s'opposer à l'extrême droite ?
Je l'espère, mais nous n'avons pas le choix en réalité. Donc il nous faut offrir cette alternative. Il nous faut l'offrir aussi avec un sursaut républicain. Parce que je le dis, ce sont les piliers de la République qui sont ébranlés. Et nous devons faire ce sursaut aussi par l'unité. Par l'unité sur un programme de rupture qui existe, c'est le programme de la NUPES. Nous savons que si nous sommes unis, la NUPES, eh bien nous sommes devant l'extrême droite, nous sommes devant la Macronie. Je le dis, il y a des élections européennes au mois de juin, et vous savez que la France insoumise, nous en appelons à nos partenaires de la NUPES.
Soyons unis parce que unis, nous sommes devant l'extrême droite et la Macronie et nous offrons une alternative et un immense espoir pour tous les Français. Donc nous avons cette immense responsabilité devant nous, l'union sur un programme de rupture qui existe, qui est celui de la NUPES.
Il y a quand même aussi dans ce texte la question des métiers en tension. Et donc là, on se dit que c'est possible encore d'utiliser les immigrés pour ces fameux secteurs dans lesquels on manque de bras. Ça, ça réjouit l'économiste que vous êtes et aussi la députée LFI que vous êtes ?
D'abord, vous savez que l'article sur les métiers en tension a totalement été détricoté par la Macronie, parce qu'il y a des conditions hallucinantes d'ailleurs pour pouvoir être régularisées, y compris dans un métier en tension. Mais vous savez, on n'a pas besoin des migrants que pour les métiers en tension. En réalité, on en a besoin pour tout un tas de métiers. On en a besoin des médecins, par exemple, à des métiers comme la restauration, comme les saisonniers agricoles, etc. On a besoin dans tous les métiers en réalité, parce que des migrants, ce sont aussi des migrants qui arrivent, qui travaillent, qui consomment, qui payent des impôts, qui cotisent.
Et en réalité, toutes les études économiques montrent qu'au contraire, la migration apporte plutôt sur le plan des revenus, sur le plan de l'emploi, etc. Donc, il y a tout un tas d'idées fausses qui ont été instiguées comme ça, instillées dans le débat public. Et moi, je vous le dis, au contraire, cette politique, elle va coûter cher, cette politique anti-migrant. Vous savez quel est le coût des expulsions et des enfermements ? Il y a un rapport parlementaire qui montrait que c'est déjà un demi-milliard par an que ça coûte. Voilà le coût, au contraire, d'une politique anti-migrant, sans compter, évidemment, le coût humain, parce qu'on va plonger bien plus de gens dans la misère.
Vous savez, en France, on a plus de 5 millions d'étrangers. Et tous ces gens-là ont été pointés du doigt, stigmatisés, ne cessent d'être discriminés dans notre société. Nous sommes dans une république des droits de l'homme et du citoyen. Oui, il nous faut un sursaut républicain et le moment est grave.
Est-ce que ça veut dire que vous regrettez d'avoir voté la motion de rejet, la première sur le loi immigration, parce que du coup, ça veut dire qu'on s'est privés d'un débat et qu'on a fait passer un texte qui, du coup, est encore plus loin de vos aspirations ?
Alors d'abord, ce texte aurait abouti à exactement la même chose, puisqu'on aurait eu à la fin, in fine, tout ce qui s'est passé là. Donc, simplement, on s'est exonérés d'un débat de deux semaines dans l'hémicycle qui aurait été fondé, qui n'aurait cessé encore une fois de stigmatiser les migrants. Mais c'est le principe pourtant, c'est le principe de l'hémicycle, le débat. Et je dis, nous avons été cohérents. Oui, mais la motion de rejet, elle est faite justement. Vous savez, ça fait partie des règles de l'Assemblée nationale. À chaque fois qu'il y a une loi, il y a d'abord une motion de rejet. Donc nous, nous avons été cohérents depuis le début.
Nous rejetons cette loi qui, depuis le départ, est fondée sur une idée que les migrants sont un poids pour la société. C'est fondé sur des idées racistes et xénophobes depuis le départ. Ça fait plus d'un an que Darmanin nous parle de migrants, migrants, migrants, qui sont un poids pour la société. Et puis, à côté de ça, on ne s'occupe pas des vraies préoccupations des Français. Vous savez, quelle est la première préoccupation des Français ?
J'imagine que c'est le pouvoir d'achat ?
La santé. Vous voyez l'état des hôpitaux publics aujourd'hui ? C'est la santé et ensuite le pouvoir d'achat. Et donc, en attendant, on n'a pas parlé de ces premières préoccupations des Français, tout simplement parce que le gouvernement n'y répond pas.
On va en parler, mais d'abord, quand même, on est bientôt en 2024, plus que quelques jours. Peut-être l'occasion de faire un bilan, de prendre des nouvelles résolutions. Est-ce que, de votre point de vue, du point de vue des LFI, on aurait pu faire mieux cette année ? Et quoi ?
Ce qu'on pourrait faire, moi, je voudrais surtout voir dans les semaines à venir. Ce qu'on peut faire mieux, c'est d'offrir cette alternative par l'union, par l'unité, sur un programme de rupture. Voilà, donc je leur dis, notre principale responsabilité, elle est celle-ci face à l'extrême droite. Et face à la Macronie, qui, vous l'avez dit vous-même, s'allie de plus en plus avec le Rassemblement national et reprend ses idées dans la loi. Donc, dans ce moment de bascule, où la Macronie rallie les idées de l'extrême droite, oui, nous pouvons et nous devons faire mieux.
Sauf que, face à ça, dans un baromètre mensuel élable pour les échos, Jean-Luc Mélenchon perd encore en popularité ce mois-ci. C'est-à-dire qu'il n'a plus que 17% des Français qui ont aujourd'hui une image positive de lui. Est-ce que, finalement, ce côté un peu outrancier, parfois, est-ce que ce discours agressif commence à lasser ? Est-ce qu'il y a un problème, Jean-Luc Mélenchon, chez LFI ?
Vous savez, on disait la même chose il y a quelques années. C'était la même chose dans les sondages. Oui, Jean-Luc Mélenchon, la France insoumise.
Il n'y a pas de problème, Jean-Luc Mélenchon, pour vous.
Et je vais vous dire, Jean-Luc Mélenchon a fait 22%, et aujourd'hui, la France insoumise, et je ne veux pas m'arrêter à un homme, je vous le dis, la France insoumise, avec la NUPES, et avec l'unité de la NUPES, aujourd'hui, c'est le meilleur et le plus court chemin pour battre l'extrême droite et la Macronie. Voilà ce que je veux retenir, et un programme de, j'ai envie de dire, de bifurcation écologique, sociale et démocratique, qui offre autre chose aux gens. On n'est pas obligé d'avoir l'extrême marché et l'extrême droite.
Et à la FI et à la NUPES sans Jean-Luc Mélenchon, c'est possible ? Est-ce que c'est mieux ?
On verra. Écoutez, moi, on l'a toujours dit à la France insoumise, ce qu'il nous apporte aujourd'hui, c'est le programme, ce sont nos idées. On réfléchira au reste après. Pour l'instant, c'est ça. Et l'unité, les élections européennes, ce sont les premières élections à vocation, à échelle nationale qui arrivent. Et sur les européennes, la question, elle est simple, claire et pragmatique. Sommes-nous capables d'une unité, d'une union derrière le programme de la NUPES pour battre l'extrême droite qui est aujourd'hui caracole à près de 30% ? C'est la seule question valable qui se pose aujourd'hui.
Puisqu'on parlait de bilan, il y a une chose qu'on peut constater, c'est évidemment la flambée des prix, notamment dans l'alimentaire. Alors, je fais appel à l'économiste que vous êtes. C'est quoi le problème et qu'est-ce qu'on fait pour le régler aujourd'hui et surtout en 2024, dans l'année qui arrive ?
Alors, merci de cette question parce que c'est quand même la question fondamentale posée aux Français. Vous avez vu que le panier de Noël, ce qu'on achète pour 6 personnes, pour un repas, c'était 122 euros l'année dernière et 144 cette année. Donc, en un an avec le même contenu, on est passé de 122 à 144 euros. En deux ans, plus 20% pour les prix de l'alimentation, plus 15 pour l'essence, 25 pour l'électricité. Alors, qui est le coupable ? Parce que c'est ça, c'est comment on répond à ça. D'abord, il n'y a pas de fatalité si on s'attaque aux causes.
La première cause, et ça, c'est montré aussi par le Fonds monétaire international, la Banque de France, la Banque centrale européenne, tout le monde le dit. La première cause, ce sont les méga-profits que font les multinationales, notamment de l'agroalimentaire ou encore du raffinage comme total. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire pour s'attaquer à la flambée des prix ? Il faut s'attaquer à la flambée des profits qui alimentent la flambée des prix. Et donc, ça, c'est tout à fait possible. Nous avons fait voter, j'ai proposé avec mon collègue Manuel Bompard et la France Insoumise, une loi pour justement faire en sorte de bloquer l'envolée des super-profits de ces multinationales.
Et ce n'est pas passé, vous savez à combien de voix près ? À six voix près le 30 novembre. À six voix près, nous permettions d'avoir un mécanisme qui permette réellement de bloquer ou en tout cas de freiner la flambée des prix, voire de faire rediminuer ces prix de l'alimentation ou de l'essence. Donc, c'est tout à fait possible. Le gouvernement ne fait rien, si ce n'est supplier. Bruno Le Maire supplie, le ministre de l'Économie supplie les multinationales. Nous, nous savons qu'il y a aujourd'hui des mécanismes très concrets qui permettraient de faire diminuer ces prix en s'en prenant au profit des multinationales.
Il y a aussi la question de l'international, puisque sur la question de Gaza, LFI a eu du mal à un moment, beaucoup de mal même, à condamner les actions du Hamas. On a rodé le discours. Là, on est prêt pour 2024 à être un petit peu plus cohérent dans la ligne. Qu'est-ce qu'on dit du côté de la LFI, du côté de la NUPES, au sujet de ces attaques ?
Je crois qu'on a toujours été cohérent. Depuis le 7 octobre, nous avons dénoncé tous les crimes de guerre, tous les crimes de guerre qu'ils proviennent du Hamas ou de l'État israélien.
Daniel Obono a parlé du Hamas comme d'un mouvement de résistance. Il y a eu les fameux « bébés dans le four » de David Guiraud. Il y a eu Mélenchon qui ne qualifie toujours pas le groupe de terroristes.
En ce qui concerne Daniel Obono, elle l'a dit elle-même, et elle a dit qu'on avait mal interprété ses propos, et la LFI l'a clairement dit, non, le Hamas n'est pas un mouvement de résistance. Et aujourd'hui, ce que nous dénonçons depuis le début est en train de s'opérer, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, tous les plus hauts responsables des Nations Unies parlent d'un risque de génocide. À l'heure où on se parle, il y a près de 2 millions de personnes qui sont déplacées à Gaza. Il y a des milliers de personnes dans ces jours-là, qui sont bombardées et qui meurent de faim, de froid, de maladie maintenant.
Qui continue de qualifier, enfin commence enfin à qualifier le Hamas de groupe terroriste ?
Alors nous avons toujours dit, comme d'ailleurs l'ont dit l'AFP, vos confrères, comme l'ont dit la BBC, comme le disent toutes, quasiment toutes les ONG internationales de défense des droits humains, c'est un groupe armé qui commet des actes terroristes. Et c'est donc un groupe aussi qui commet des crimes de guerre et qui a vocation à être jugé et sanctionné par les cours internationales. Nous avons toujours été clairs et nets là-dessus. Mais permettez-moi d'en revenir aussi, en ce qui concerne Gaza, à la responsabilité des chefs d'État. Vous avez vu que c'est du fait des États-Unis, notamment que les Nations Unies n'ont pas la capacité aujourd'hui d'intervenir directement.
Mais j'observe aussi que le chef d'État français a mis 32 jours à parler de cesser le feu et qu'aujourd'hui la voie diplomatique de la France est décrédibilisée. Alors il nous reste quoi ? Il nous reste la pression, les mobilisations populaires. Nous avons été des dizaines de milliers en France chaque week-end à manifester et dans le monde des millions. Voilà, donc il faut continuer à mettre la pression sur les gouvernements et in fine sur l'État d'Israël pour arrêter ce massacre en cours.
Merci beaucoup, on est trouvé d'avoir été notre invité ce matin. A tout de suite là.
Aurélie Trouvé