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interviewBFMTV· 14 février 2025 17 min

Narcotrafic, texte de loi...La prise de parole de Bruno Retailleau en intégralité à Grenoble

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Bruno Retailleau

Au début de ce journal, Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur qui s'exprime. ... de nombreuses semaines. Il y a eu cette actualité qui, en fait, a éclairé d'un jour un peu nouveau mon déplacement. Mais l'objectif du déplacement, c'était de présenter une nouvelle stratégie pour lutter contre la criminalité organisée, pour lutter contre le narcotrafic. Je veux simplement rappeler des éléments de constat. Et ces éléments, ils sont absolument affolants. Ils sont affolants parce que, d'abord, c'est une déferlante, notamment de drogue. Aujourd'hui, un tsunami blanc, même.

Cette expression a pu être lancée dans le débat public, de même que la commission d'enquête du Sénat avait parlé, là encore, d'une submersion. Et vraiment, on a vu que les saisies de cocaïne avaient plus que quintuplé, pratiquement décuplé, en l'espace de 10 ans. Je veux simplement vous redire un chiffre qui apparaît peu souvent dans le débat public. Mais nos forces de l'ordre, auxquelles je veux associer la douane, sont totalement mobilisées, puisque en 2023, en termes de cocaïne, la saisie, c'était 23 tonnes. Un an plus tard, la saisie, sur 11 mois, c'est 47 tonnes. Or, le prix semble ne pas bouger, alors qu'on n'a plus que doublé les saisies.

Si le prix ne bouge pas, ça veut dire qu'il n'y a pas de rareté. Ça veut dire qu'il y a toujours plus d'arrivées, ce qui montre, en réalité, la situation dramatique actuelle. Deuxième élément, désormais, les drogues les plus dures, je dis bien les plus dures, sont disponibles partout, tout le temps. Partout, tout le temps. Hier, on pensait que c'était l'apanage, si j'ose dire, des plus grandes villes, des quartiers. Mais aujourd'hui, tous les territoires sont concernés. Quand je dis tous les territoires, bien sûr, les territoires les plus urbains, mais aussi les territoires les plus ruraux.

Les drogues sont disponibles tout le temps, aussi, puisqu'on a désormais, avec l'Ubercheat, une nouvelle distribution qui permet à des consommateurs de recevoir à domicile de la drogue. Donc ça, c'est un constat général. Ce constat général m'amène aussi à en faire un autre. Je vous l'ai indiqué ce matin. C'est que le narcotrafic, ce sont à la fois des enfants soldats et des enfants victimes. Ce sont des jeunes qui sont recrutés, souvent sur des réseaux sociaux, et qui sont utilisés par les narcotrafiquants. Comme des tueurs à gages. Ils ont 15 ans, ils ont parfois 14 ans.

Souvenez-vous que le père de famille qui était ce conducteur VTC, père de 3 enfants, avait été pris en otage par un adolescent de 14 ans, qui l'a abattu à bout portant parce qu'il refusait d'emmener ce jeune pour un règlement de compte sur un autre lieu. À Rennes, lorsque je m'étais déplacé, c'était un enfant de 5 ans. Deux balles dans la tête, deux balles dans la tête. Il était à côté de son père, qui était un trafiquant. Il y a eu un règlement de compte. Il a pris les deux balles. À Marseille, ce jeune de 15 ans, lardé de 50 coups de couteau et ils l'ont achevé en le brûlant vif. La réalité, la réalité du narcotrafic, de la criminalité organisée, elle est celle-ci.

Et c'est la raison pour laquelle j'ai totalement assumé, c'est la première fois qu'on le fait en France, ce spot, ce clip, diffusé à la fois sur les écrans de télévision, mais aussi sur les réseaux sociaux, pour responsabiliser et même culpabiliser les consommateurs. Je sais que les addictions nécessitent parfois des soins. Mais ce que je sais aussi, par ailleurs, et je ne suis pas ministre de la Santé, je suis ministre de l'Intérieur, ce que je sais, c'est que s'il n'y avait pas de consommateurs, il n'y aurait pas de trafiquants, que s'il n'y avait pas de demandes, il n'y aurait pas d'offres.

Ce spot a été, par ailleurs, comme vous le savez, financé par l'argent de la drogue, par les saisies des biens confisqués des narcotrafiquants. Et dernier point de constat, c'est aujourd'hui une menace existentielle. C'est une menace existentielle, le narcotrafic, la criminalité organisée, parce qu'elle a atteint une telle puissance financière que désormais elle est capable de corrompre. De corrompre aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Et donc il faut une réaction.

C'est ce que nous avons proposé avec les parlementaires, et notamment avec la commission d'enquête du Sénat, que j'avais, quand j'étais président du groupe au Sénat, diligenté sur le droit de tirage que chaque groupe parlementaire a à chaque début de session. Et cette commission d'enquête a débouché. Elle était transpartisane. Les conclusions ont été adoptées à l'unanimité. Elle débouche sur un texte de loi, une proposition de loi qui a été votée par l'ensemble des sénateurs à l'unanimité. C'est si rare aujourd'hui, si rare, alors que bien souvent le milieu politique est profondément divisé.

Mais les sénateurs ont été capables, je pense, et j'en suis même sûr, de surmonter, de dépasser leurs divergences, leurs appartenances partisanes. Et en quelque sorte, ils ont donné une première victoire à la République. Je suis certain, c'est ce que j'ai dit ce matin sur la place Saint-Bruno, que l'idée qui doit nous guider, c'est de faire du combat contre le narcotrafic et la criminalité organisée, la même chose que ce que nous avons fait pour le combat contre le terrorisme, avec des résultats. Et nous le pouvons. Ça mettra du temps. Je ne peux pas m'engager sur le terme, mais cette victoire, nous l'obtiendrons. J'en suis absolument certain.

Alors précisément pour l'obtenir, il y a une double lame, si j'ose dire. Une lame un peu plus lointaine qui va être celle du texte, dès lors que le texte sera définitivement voté par les deux assemblées et qui deviendra une loi. Très rapidement, une nouvelle organisation de l'État, une spécialisation de toute la chaîne judiciaire. Dans le terrorisme, nous avions créé, il y a dix ans, un parquet national dédié. Parquet national antiterroriste. Il y aura un parquet national anticriminalité organisé, un PNACO, y compris jusque à des cours qui seront spécifiques.

Il est hors de question de faire juger des narcotrafiquants par des jurys populaires qui pourraient être sous la menace, justement, de mort de ces mafias. Et de même, d'ailleurs, sur les juges d'application des peines. Toute la filière judiciaire sera spécialisée. Il en va de même, pour ce qui me concerne, mon ministère, avec un État-major, tout comme il y a un État-major permanent sur le terrorisme, c'est-à-dire dans un même lieu, où on réunit dans le même lieu, donc, les services de renseignement et les services d'enquête pour permettre aux uns et aux autres, justement, de se parler et de travailler ensemble.

Des services qui dépendent du ministère de l'Intérieur, des services qui peuvent parfois dépendre des armées, des services qui peuvent dépendre aussi de Bercy. On a vu tout à l'heure la DGFIP, on a vu, par exemple, la douane, etc. Donc ça, ce sera fondamental avec des nouveaux pouvoirs confiés au préfet, avec aussi des dispositifs anti-corruption, mais aussi anti-blanchiment. Ça, c'est l'horizon de quelques mois, mais ce sera très important parce qu'on va totalement refonder notre politique et notre action contre le narcotrafic et la criminalité organisée. Ça, c'est une première lame.

L'autre lame, celle que je voulais vous présenter aujourd'hui, c'est une nouvelle doctrine, une nouvelle stratégie, parce qu'on n'a pas le temps d'attendre, parce que le texte de loi, d'ailleurs, ne sera pas du tout antinomique. On l'anticipe, en quelque sorte, dans le cadre juridique actuel, à droit constant. Et cette nouvelle approche, en réalité, c'est à la fois une approche qui sera une approche judiciaire de long terme, sur la durée, une approche qui sera aussi sécuritaire, sur la voie publique notamment, et enfin, une approche qui sera une approche beaucoup plus administrative. D'abord, l'approche judiciaire. L'idée, c'est de démanteler durablement les filières.

Un coup de pied dans la fourmilière, très bien, mais surtout, un coup de filet. L'idée, c'est d'avoir un travail en amont, notamment un travail de renseignement, pour cibler les individus dangereux, pour connaître les filières, et préparer, entre les forces de sécurité intérieure, sous l'autorité, d'ailleurs, du judiciaire, la judiciarisation de ces individus qui, lorsqu'on déclenchera des actions, seront, bien entendu, interpellés pour être remis à la justice.

Ça, c'est un travail dans la durée, mais vous voyez bien que c'est un travail qui nécessite beaucoup de renseignements, qui nécessite beaucoup de méticulosité, mais, en fait, c'est ce qui nous permettra, demain, de démanteler durablement des filières. Et ça, c'est un travail qui est absolument capital et qui associera l'ensemble des services de renseignement, notamment de l'État, que ce soit les renseignements territoriaux, que ce soit la DGCI, que ce soit le SIRASCO, les douanes pour Bercy, etc., etc.

Donc ça, c'est une première réponse qui est la réponse judiciaire, une approche sur la durée pour avoir un maximum d'effets et ébranler totalement l'édifice construit par ces narcotrafiquants, par la criminalité organisée. Deuxième dimension, qui est une dimension plus sécuritaire, avec, notamment, les forces de l'ordre, gendarmerie et puis police, et là, il s'agit de reprendre le contrôle de l'espace public. Et quand je parle d'espace public, c'est l'ensemble de l'espace public.

Bien sûr, sur la voirie, bien sûr, dans les transports, bien sûr, par exemple, dans les halls d'immeubles, mais aussi avec des fouilles dans les parties communes, des fouilles dans les caves pour chercher de la drogue, pour chercher des produits de contrebande, des cigarettes de contrebande, pour chercher des armes.

L'ensemble, alors sur réquisition, bien sûr, du parquet, on le fait dans ce cadre juridique particulier, chercher, bien entendu, aussi des munitions et des billets, mais on fera ce contrôle, on reprendra possession de façon implacable de l'ensemble de l'espace public, là encore, voirie, les immeubles, et bien sûr, aussi, tout ce qui concerne les transports en commun et les voitures, avec des fouilles et avec des contrôles routiers. On utilisera toutes les techniques, y compris les plus modernes, y compris les drones. On a eu ce matin une démonstration. Il ne faut pas s'en priver pour qu'on puisse lutter à armes égales avec la criminalité organisée.

Sur cet aspect sécuritaire, à chaque fois, là encore, on essaiera de travailler et on fera ce travail entre la police, donc, par exemple, dans une ville, on est en zone de police et autour, on est en zone de gendarmerie. Et souvent, un certain nombre de délinquants prèdent la poutre d'Escampette et partent en zone de gendarmerie.

Eh bien, quand on fera des opérations de police, on associera la police nationale, la gendarmerie nationale, qui tendra un certain nombre de pièges tout autour, une sorte d'encerclement pour faire des contrôles et là aussi, avec cette collaboration étroite entre les deux grandes forces de sécurité intérieure pour maximiser nos chances et pour faire en sorte qu'on ait des résultats en matière d'interpellation. Donc, cette coordination entre les services de renseignement, entre les services de sécurité, entre les services de sécurité et aussi le judiciaire, c'est la clé du succès. Et puis, je parlais d'une réponse judiciaire, une réponse sécuritaire, il y a la réponse administrative.

Parce qu'on a des outils. On a des outils. Le texte voté au Sénat va nous donner de nouveaux outils, vous le savez, mais déjà, on a un certain nombre d'outils qu'on doit pouvoir mobiliser avec l'interministérialité. Voilà. Bien sûr, le ministère de l'Intérieur, la Justice, Bercy et bien d'autres. On a vu tout à l'heure, d'ailleurs, dans le contrôle des commerces, la direction des services vétérinaires. Là encore, l'idée, c'est qu'on ait cette palette d'instruments administratifs. Et la grande idée, il y a deux idées, en fait. C'est qu'on démantèle l'écosystème, l'écosystème économique, donc, de la drogue, des trafics, et qu'on traque en même temps l'argent, mal acquis, le blanchiment, etc.

C'est à cela que ça sert. On a des outils qu'il faut utiliser, qui sont très performants. On a parlé ce matin, par exemple, du CODAF, qui est le comité départemental anti-fraude. C'est grâce à une réunion du CODAF. Les CODAF se réunissent, en tant que de besoin, sous la double responsabilité, sous la double présidence, des préfets et des procureurs de la République. Et vous avez, dans le tour de table, de 5 à 10 services de l'État pour essayer vraiment de cribler, mais de passer à un tamis très, très fin, notamment des commerces. On l'a vu tout à l'heure dans la place Saint-Bruno. Il y a eu des CODAF qui ont été tenus.

Le CODAF, d'ailleurs, lorsque l'on s'est rencontrés tout à l'heure devant le bar associatif qui avait donné lieu au lancé de Grenade, un CODAF, récemment, avait détecté des trafics. Et il y avait une procédure de fermeture de ce bar associatif. Ça sert à ça. Ce matin, on sait très, très bien qu'autour de cette place Saint-Bruno, il y a des commerces qui peuvent être engagés dans le blanchiment. Voilà. Et donc, pour que ces commerces-là puissent être stoppés, il faut des preuves.

Il faut donc qu'on associe pas seulement les forces de police ou de gendarmerie, mais qu'on associe la DGFIP, la Direction générale des finances publiques, départementales, les douanes, etc., pour nous donner des preuves. Et à partir des preuves, la préfecture peut fermer des commerces. On peut engager un certain nombre de pistes de travail et de procédures, y compris, d'ailleurs, et ça, c'est très important, ce que nous ferons de plus en plus des enquêtes patrimoniales pour voir si des biens qui sont mal acquis ne peuvent pas être dans un premier temps saisis et ensuite confisqués. La confiscation, c'est l'aspect ensuite judiciaire.

Donc, c'est vraiment la destruction de ces écosystèmes passera par tous les instruments de l'État, y compris, je le dis, une large utilisation de la police des étrangers parce qu'on sait parfaitement que dans un certain nombre de ces commerces, il y a du travail illicite, il y a du travail clandestin, il y a des filières et ce que je veux dire c'est que dans les interpellations de la police, par exemple, dans l'espace sur lequel nous sommes allés ce matin, la place Saint-Bruno, 41% de ces interpellations de la délinquance concernent des étrangers. Donc, c'est aussi la police des étrangers que nous allons mobiliser.

C'est vraiment l'ensemble des instruments et de leviers qu'a l'État que nous allons mobiliser pour pouvoir avoir des résultats parce que nous voulons déposséder les trafiquants de leur patrimoine et ça, je pense que c'est quelque chose de fondamental. Voilà ce que je voulais vous présenter. Vous voyez que c'est une stratégie intégrale, c'est une approche qui est globale, il n'y a pas une mesure qui soit la panacée, il n'y a pas de miracle, mais si on avance de façon obstinée, très combative, mais très méthodique, en alignant tout ce dont l'espace, en tout cas, toutes les armes dont l'État dispose, alors nous aurons des résultats. Et nous allons commencer.

J'ai une vingtaine de villes qui sont les plus concernées comme Grenoble et d'autres en France et cette méthode, nous allons l'appliquer partout en France. Elle donnera lieu à un certain nombre de moyens, y compris en termes de forces de sécurité qui pourront être, je vous l'ai indiqué ce matin, il y a une vingtaine d'enquêteurs qui enquêtent sur le café associatif, dix enquêteurs du CRU d'ici, locaux, s'ajoutent d'autres enquêteurs de Lyon et des enquêteurs de notre unité centrale nationale. On a aussi un certain nombre d'offices centraux auprès de l'ingénier de la mairie nationale, auprès de la police nationale.

C'est donc tout cet éventail de moyens que nous allons mobiliser avec un objectif et avec une priorité, c'est lutter contre la criminalité organisée. Merci.

17:23
Locuteur

Merci. Merci.

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