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Podcast / conversationJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 20 octobre 2016 60 minAutoproduitFond programmatiqueSantéSolidarités & familleÉducation & rechercheEnvironnement & énergie

PAS VU À LA TÉLÉ #6 - L'AUTISME - Invitée : OLIVIA CATTAN

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 27 %Défensif 13 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que l'autisme pour les personnes qui écoutent ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    En France, 600 000 personnes sont touchées par l'autisme. Quels sont les retards de la France ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Votre pédiatre a-t-il minimisé les troubles du sommeil de votre enfant ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    Quelles sont les méthodes comportementales recommandées par la HAS ?

  • 11:00RelanceRéponse partielle

    Le plan autisme 2013-2017 a débloqué 205 millions d'euros. Est-ce suffisant ?

  • 13:00OuverteRéponse directe

    Combien d'enfants autistes n'ont pas de place à l'école en France ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00PrésentatriceChiffre
    « En France, 600 000 personnes sont touchées, soit 1% de la population. »
  • 13:00PrésentatriceChiffre
    « 80 000 enfants n'ont pas de place à l'école. »
  • 2:00Olivia CattanChiffre
    « On pourrait voir combien y'en a en maternelle, combien y'en a au lycée, combien... »
  • 3:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « On a 600 000 personnes qui sont dans ce cas-là »
  • 5:00Olivia CattanChiffre
    « Les chiffres ont, pfou... Ont triplé, quadruplé, et dans certaines régions c'est vrai qu'ils sont accrus ! »
  • 6:00Olivia CattanFait
    « On nous dit que c'est peut-être à cause de plein de choses, c'est-à-dire les pesticides, l'environnement évidemment »
  • 7:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Le retour des amis médecins, leur ressenti c'est une explosion des malformations chez les enfants »
  • 8:00Jean-Luc MélenchonFait
    « On voit bien que c'est les caractéristiques humaines qui sont touchées »
  • 11:00Olivia CattanChiffre
    « Le sujet du handicap, ça touche quand même 8 millions de personnes hein. Bon, l'autisme c'est 600 000 »
  • 14:00Jean-Luc MélenchonFait
    « L'Union européenne a autorisé je-ne-sais-combien de maïs génétiquement modifiés »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour, aujourd'hui notre sujet est la prise en charge par notre société des enfants autistes. Je suis en compagnie d'Olivia Cattan, que voici, qui est maman d'un enfant autiste, et qui est présidente de l'association SOS Autisme. C'est un sujet, vous allez le voir, qui est pas facile à mener, parce que comme c'est très douloureux on a tendance, et on peut très vite arriver à des certitudes, des "y'à qu'à", "faut qu'on" et hystériser le débat.

Ce qui n'aide pas une question qui est déjà bien assez compliquée par elle-même sans qu'on aille la surcharger de passions inutiles. De la passion il en faut cependant, et de l'amour, puisqu'il s'agit - je le rappelle - d'enfants et de personnes humaines, qui sont liées à nous par des liens de famille et d'affection. Bon alors pour rentrer dans le sujet, on va essayer de le survoler rapidement, avec un petit zapping.

Bonjour Olivia, on va regarder ensemble ce zapping. O.C. : Bonjour.

Présentatrice : Le 2 avril sera la journée mondiale de l'autisme, une journée pour sensibiliser à ce handicap. En France, 600 000 personnes sont touchées, soit 1% de la population. La France, qui accuse un retard incroyable dans tous les domaines afférents à cette maladie : le diagnostic, la prise en charge, la scolarisation, l'intégration sociale et professionnelle...

Présentateur : Vous avez été voir votre pédiatre, que vous dit-il quand vous lui parlez de ces troubles du sommeil ? Invitée : Eh bien que je suis une mère trop anxieuse, que c'est un garçon - les garçons c'est lent, etc., etc.

Présentateur : Donc il vous dit pas de problème, tout est normal, ça va s'arranger ? Invitée : Tout va bien, c'est moi le problème ! Interviewée : Ma fille a 30 ans, et elle a été diagnostiquée à 27.

Ça a été une souffrance terrible pour la famille complète, parce qu'on ne savait pas du tout ce qui se passait avec Marie. On avait aucune idée. Personne pour nous aider, et la psychanalyse qui évidemment vous fait culpabiliser en tant que mère, vous rend responsable de tout...

Laurence Ferrari : Retour en France, avec une nouvelle ère qui pourrait s'ouvrir dans la prise en charge de l'autisme, l'approche psychanalytique (qui règne en maître dans notre pays) vient d'être désavouée par la Haute Autorité de Santé. Une victoire pour certaines familles qui demande depuis longtemps d'autres méthodes dans l'accompagnement des enfants autistes. - Avec ce troisième plan autisme, Marie-Arlette Carlotti, la ministre chargée du handicap, dresse une priorité : détecter au plus tôt les enfants atteints d'autisme, dès 18 mois.

Une grille de dépistage sera intégrée dans le carnet de santé. Ce plan opère aussi un virage radical sur la prise en charge. En France, l'approche psychanalytique est très privilégiée.

Pourtant, d'autres méthodes existent : des méthodes dites "comportementales", très développées dans les pays Anglo-Saxons. Thomas Sotto : Y'a eu un plan autisme 2013-2017, 205 millions d'euros débloqués, c'est pas assez ? O.C. : Mais c'est pas assez, et surtout c'est mal distribué.

On donne ça à des hôpitaux de jour, qui n'appliquent pas ce que préconise la Haute Autorité de Santé, c'est-à-dire les méthodes vraiment comportementales : l'ABA, le TEACCH, le Feuerstein, y'a pas mal de méthodes ! Invité : Là, les parents sont complètement abandonnés ! Avec ce troisième plan autisme, c'était plutôt un espoir.

Alors c'est bien, bon je vous donne juste un exemple...

Anne-Sophie Lapix : Avec le création de places en crèche, mais bon...

Ridicule par rapport aux besoins ! Invité : Voilà. 700 places en crèche, ils sont super fiers. 700 places en crèche...

Y'a 8000 enfants par an ! Présentatrice : L'autisme - le gouvernement en a fait une priorité nationale pour rattraper les retards en matière de prévention et de prise en charge, les structures d'accueil sont insuffisantes, 80 000 enfants n'ont pas de place à l'école. Certaines familles n'hésitent pas à déménager pour se rapprocher de la Belgique, un pays exemplaire dans ce domaine.

Invité : L'Etat, malheureusement, s'est beaucoup désengagé de ses responsabilités, ce qui fait que les enseignants ou les auxiliaires de vie scolaire ne sont pas suffisamment formés pour accueillir un enfant autiste dans de bonnes conditions. Mais bien entendu, nous souhaitons qu'il aille à l'école ! Invité : Vous prenez un enfant, vous le dépistez tard, vous le mettez pas dans les bonnes écoles, vous le mettez pas en milieu scolaire, vous lui donnez pas une éducatrice, l'enfant devient une véritable bête fauve, et à 14-15 ans y'a plus que l'hôpital psychiatrique comme solution. - Je m'appelle Vincent. - Je m'appelle Mélissa. - Je m'appelle Samy. - Pourquoi tu es triste ? - Parce que dans mon pays, - La France, - La France, - Toutes les portes sont fermées aux autistes. - L'école. - La musique. - Le sport. - Le travail.

Invitée : Maintenant c'est les élus qui doivent faire leur boulot, et c'est pour ça que je dis à la ministre de la Santé qu'elle doit prendre ses responsabilités, appliquer les préconisations de la Haute Autorité de Santé et puis rembourser les soins, parce que là c'est devenu intolérable. JLM : On va commencer par le commencement. On va essayer de définir...

OC : Y'a beaucoup de choses à dire déjà. Y'a énormément de choses à dire, parce que rien n'a été fait. Parce qu'on est en retard de quarante ans, on a laissé pourrir une situation, on a abandonné des familles - surtout les plus précaires.

Ce qu'on disait en off tout à l'heure c'est qu'en effet, il y a plusieurs autismes ! L' autisme Kanner, l'autisme Asperger, l'autisme de haut niveau, hein bon...

JLM : Mais attends, on peut commencer par ça. Là, on voit qu'il y a une situation d'impasse, qu'on est en tension, qu'il s'agit d'une quantité considérable de personnes...

C'est pas quelques personnes, quelques cas par-ci, par-là, c'est quelque chose d'important dont on vient de parler, 600 000 personnes. Mais on pourrait peut-être commencer par le début, parce que déjà j'ai pas compris tout ce que vous venez de dire, c'est dit. Alors, on commence par la question en vidéo qui est celle de Aïdée, elle va se substituer à moi pour demander l'essentiel.

Aïdée : Bonjour Olivia, bonjour Jean-Luc. L'autisme je me demande bien ce que ça veut dire, parce que moi j'ai eu des élèves qui avaient ce genre d'étiquette et il m'a semblé que pour les faire progresser la première chose c'était quand même de se dire qu'on avait affaire à des personnes, certes, avec parfois des comportements singuliers ; mais en les traitant d'une manière un peu humaine, dans tous les cas il me semble moi qu'on arrive tout de même à avancer. JLM : Alors... "L'autisme je me demande bien ce que ça veut dire", commence-t-elle.

Est-ce que vous pouvez déjà nous situer, pour tous ceux qui écoutent, qu'on mélange pas tout, qu'on sache de quoi on parle ? OC : Pour tous ceux qui écoutent, c'est un trouble envahissant du développement. Bon.

C'est-à-dire qu'on a des enfants qui, au départ, ne se développent pas de façon harmonieuse. Donc ils se développent de façon disharmonieuse. C'est-à-dire qu'ils peuvent être très forts avec un ordinateur, mais qu'ils peuvent ne pas parler ; ou ne pas vous regarder, ou ne pas répondre, par exemple, quand vous les appelez par leur prénom.

Donc c'est comme ça que les parents se disent : "tiens, il se développe de façon bizarre". Donc c'est comme ça qu'on va, tout de suite, voir notre pédiatre pour lui demander "pourquoi mon fils, à deux ans et demi, ne parle pas ? Pourquoi est-ce qu'il ne mange pas ?

Pourquoi il dort pas la nuit ?" Parce que c'est des enfants qui, en général, ont un vrai problème avec le sommeil. Ce qui fait que pour les parents évidemment c'est aussi extrêmement difficile.

Et puis y'a certaines choses qu'ils supportent pas ! Par exemple, quand ils mangent, y'a certaines textures qu'ils supportent pas de manger...

Mon fils ne savait pas mâcher. Y'avait plein de choses comme ça, et puis il faisait des crises, ce qu'on appelle des crises de violence : il parlait pas, donc il arrivait pas à se faire comprendre, donc il était frustré et il faisait des scènes de violence. Il se jetait la tête dans la fenêtre, il se jetait par terre, il hurlait, et je n'arrivais pas à lui venir en aide puisque je comprenais pas ce qu'il avait.

Donc y'a plein de choses comme ça, y'a des bruits...

Ils ont des troubles sensoriels, c'est associé - c'est-à-dire que vous, si à deux kilomètres y'a un bruit de perceuse, vous allez pas l'entendre. Mais lui il va l'entendre. Parce que c'est multiplié par sept.

Au niveau visuel, il voit tout. Les lumières comme ça peuvent le gêner...

Donc, ils sont gênés par plein de choses. Quand vous les sortez dehors, ils vont mettre les mains sur les oreilles, parce qu'ils supportent pas le bruit ! Le bruit de la rue, nous on s'y est habitué, mais c'est vrai que la ville, par exemple, est très bruyante ; quand vous allez dans une salle de classe c'est très bruyant, toutes les sollicitations, quand vous les touchez comme ça...

Le fait de toucher leurs cheveux...

C'est des choses qu'ils ne supportent pas. Donc, il y a un vrai problème sensoriel qui est lié à un problème cognitif dans l'apprentissage, de concentration, donc, il y a plein de choses associées. Après, on parle de plusieurs autismes différents On parle d'un autisme sévère, de type Kanner, où il y aurait une déficience mentale ; on parle, de l'autre côté, à l'autre bout, d'autisme Asperger, où il y a une grand intelligence, mais où ils sont dans des rituels, dans des choses très stéréotypées, où ils ont par exemple un intérêt...

Par exemple, je sais pas, ils aiment le métro ! Ils vont vous apprendre toutes les lignes par coeur. Voilà.

Donc ils ont une mémoire surdimensionnée, ce qui est le cas de mon fils, mais si vous voulez, aujourd'hui c'est très très compliqué. Parce que moi, quand j'ai compris que mon fils était autiste...

Parce que personne me l'a dit ! Mon pédiatre : "non, mais c'est le petit dernier, vous avez déjà deux fils, c'est le petit garçon, donc il est un petit peu lent...

Puis vous êtes juive je crois ? Bah, mère juive abusive, ou frustrée..." Et moi, qui ai un frère handicapé, je savais que mon fils avait un problème.

Je le savais. Mon mari voulait pas l'entendre, moi je voulais l'entendre, je savais que mon fils avait un problème. Donc, j'ai fait le tour de tous les médecins, de tous les hôpitaux.

Et à chaque fois : "il est jeune, on peut pas faire le diagnostic, on sait pas, peut-être..." Bon.

Et puis un jour, quand mon fils avait quatre ans et demi...

Moi je dormais pas, j'avais du abandonner mon travail, j'étais journaliste j'ai du abandonner mon travail pour m'occuper que de mon fils, on en voulait pas à l'école, donc il fallait que je m'en occupe. Et je l'emmène chez le médecin, un pédopsychiatre, qui me dit "écoutez je vais être honnête, votre fils est autiste. Il a un autisme sévère.

Donc...

Vous avez deux filles ? Faites le deuil de votre gosse. Voilà.

Mettez-le dans un centre, oubliez-le et faites le deuil de votre enfant." Bon. Vous imaginez quand on dit ça à une mère, ce que c'est...

Bon moi j'avais entendu déjà tout ça avec mon frère qui était handicapé, ma mère qui avait passé un enfer, d'hôpitaux de jour en hôpitaux de jour, donc l'histoire je la connaissais. Et je me suis dit : tous ces psychanalystes, tous ces psychiatres, ont tué mon frère à coups de cachets, à coups de neuroleptiques. Je veux pas qu'on me prenne mon fils.

Donc j'ai décidé de me battre. Qu'est-ce que j'ai fait, je suis partie. Parce que maintenant, pour les parents, y'a pas beaucoup de solutions en France.

Des diagnostics, les attentes c'est à peu près entre sept et huit mois pour avoir un rendez-vous chez quelqu'un qui va diagnostiquer votre enfant. Y'a pas de médecin spécialisé autistes ! Y'en a très peu !

Y'en a deux-trois qui se baladent dans toute la France...

Et puis, il faut avoir les moyens. Donc ce que je dis toujours, c'est que pour moi il y a deux formes d'autisme : l'autisme pour les riches, et l'autisme pour les pauvres. Parce que ceux qui ont les moyens, ils peuvent faire ce que j'ai fait, c'est-à-dire partir à l'étranger ; ils peuvent avoir des bonnes psychologues, formées ; ils peuvent avoir des bonnes auxiliaires de vie scolaire, formées, qui vont accompagner leur enfant à l'école.

Donc ils peuvent se payer cette prise en charge. Aujourd'hui, cette prise en charge moi elle me coûte 3000 euros par mois. Qui, aujourd'hui, peut payer 3000 euros par mois ?

Voilà pourquoi moi c'était très important que je vous vois. Parce que je suis une femme de gauche, pour moi c'est un vrai problème de gauche ! Et je n'ai pas trouvé d'élu de gauche qui s'y intéressait, à l'autisme.

J'ai trouvé qui ? Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, et quand j'allais voir des gens de gauche, "ah non, non, l'autisme c'est compliqué !" "C'est tabou, parce qu'il y a des lobbies - lobby psychanalytique, lobby pharmaceutique", "les parents sont hystériques"...

Voilà ce que j'entendais de la part des élus. Donc on a l'impression d'être abandonné. On a des gamins, on se dit "mais ils ont aucun droit ici finalement"...

Ils sont pas Français, ils sont pas citoyens, c'est des sous-citoyens...

Et puis aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait quand on a pas les moyens de payer des centres parce que voilà, on a pas de sous ? Bah voilà, on les envoie en Belgique. Parce que voilà, c'est la solution, monsieur Hollande, dans la nuit il a annexé la Belgique, Donc maintenant ils foutent nos enfants dans des centres en Belgique, parce que ça coûte moins cher à la sécurité sociale.

Parce qu'un enfant autiste dans un hôpital de jour, vous savez combien ça coûte à la Sécu ? 800 euros ! Alors au lieu de déverser ce pognon aux hôpitaux de jour, mais redistribuez !

Mettez-les dans des trucs qui marchent ! On sait ce qui marche. L'ABA dont on parle, ces fameuses méthodes éducatives, c'est des méthodes qui existent depuis les années cinquante aux Etats-Unis !

On est en 2016. Donc on a le recul nécessaire. JLM : Et en quoi ça consiste ?

OC : En fait, moi quand je suis partie à l'étranger, je suis partie en Israël...

Alors c'était pas l'ABA, c'était la méthode Feuerstein, dont on avait parlé. En fait, vous arrivez, votre fils est pris en charge pendant cinq heures. Cinq heures de stimulation.

C'est un peu...

Alors l'autisme est décrit par certains chercheurs - grâce à des IRM, etc., qu'on leur a fait passer - ils se sont aperçus qu'il y avait pas de connexion en fait, dans le cerveau, au niveau des synapses. Voilà.

Y'a des moments où ça se connecte, y'a des moments où ça se déconnecte. Donc, qu'est-ce qu'on fait, on fait comme ceux qui ont eu un AVC : c'est-à-dire qu'on rééduque leur cerveau. C'est de la stimulation.

Bon. Stimulation par le jeu, alors y'avait une dame, qui était ce qu'on appelle une médiatrice, qui était en face de lui, qui était orthophoniste, et puis qui avait un espèce de petit garage, qui faisait jouer mon fils : voilà, le petit personnage qui monte, qui descend...

Voilà, pour essayer de faire émerger le langage, parce qu'il parlait pas. Et petit à petit, par l'orthophonie, par la psychomotricité...

Donc c'est pas non plus une méthode révolutionnaire hein ! Alors évidemment il faut beaucoup d'humain derrière la méthode hein, ça c'est clair. C'est-à-dire qu'il faut pas se contenter de faire la méthode éducative brute de pomme, faut de l'humain derrière, faut des gens qui aiment les gamins, faut qu'ils aient envie de les faire progresser.

Et vous les faites travailler. Vous les rééduquez, vous rééduquez leur cerveau, vous les stimulez sans cesse. Bon, alors ce qu'il y avait de bien là-bas, c'est qu'en même temps qu'ils stimulaient mon fils - avec des orthophonistes, des psychomot', des ergothérapeutes...

Moi ils me formaient à la méthode. Et du coup, ils m'ont dit, une fois que je suis partie de là-bas parce que je pouvais pas rester longtemps - je suis restée un mois là-bas, j'avais plus de sous, donc fallait rentrer - et on m'a dit : "ce qu'il y a d'important...

OK la méthode est importante. Mais la scolarisation, c'est vraiment vital. C'est des gamins qui sont dans l'imitation.

Donc, vous les mettez dans des centres ou dans des CLIS avec d'autres enfants qui ont des handicaps plus lourds : ils vont aller imiter ce qu'il y a de meilleur comme ce qu'il y a de pire. Donc il faut les mettre avec les autres." Voilà.

Et c'est ça le vrai problème aujourd'hui, c'est de réussir à scolariser son enfant autiste. C'est un parcours du combattant. Moi j'ai du arrêter tout ce que je faisais pour m'occuper de mon fils entièrement.

Après, finalement je suis arrivée à l'école, on m'a dit "y'a pas d'auxiliaire de vie scolaire dans le 92." Voilà...

On a cherché, ils ont cherché partout, y'en avait pas. Donc je leur ai dit, "bah écoutez moi mon fils va aller à l'école, c'est moi qui vais l'accompagner." Donc je suis devenue son auxiliaire de vie scolaire pendant deux ans.

Bien sûr, j'avais pas de statut, parce que vous connaissez l'Éducation Nationale hein...

Fallait surtout pas dire qu'il y avait un parent qu'on avait autorisé à accompagner son gamin ! JLM : Y'avait des raisons à ça ! OC : Voilà !

Donc j'étais le fantôme de l'Éducation Nationale, j'étais là, mais j'étais pas là quoi. J'étais...

Le fantôme. Et puis finalement, ils se sont aperçus, bon bah que j'accompagnais bien mon fils, que mon fils progressait, qu'il avait des amis, voilà, il s'est fait des copains, des copines - même une petite copine ! Et puis au bout de deux ans, j'ai pu retravailler un petit peu, et on a réussi à trouver une auxiliaire de vie scolaire, avec mon mari.

Mais qu'on paie chaque mois. Parce que l'Éducation Nationale n'en avait pas trouvé une compétente. Donc on a dû embaucher nous-même une personne.

Bon. C'est ce que la plupart des parents font aujourd'hui hein...

Quand on veut vraiment une auxiliaire de vie scolaire formée...

JLM : Oui parce que dans une classe...

Bah c'est déjà un boulot hein ! D'accueillir...

OC : C'est déjà...

Bien sûr, 30 élèves ! Donc quand même, on peut pas jeter la pierre sur les profs ! JLM : Non, mais indépendamment de savoir...

C'est pas la question de culpabiliser Pierre, Paul ou Jacques dans l'affaire, c'est que du point de vue de ce qu'il y a à faire, à savoir enseigner, transmettre, c'est déjà compliqué. OC : Bien sûr. JLM : Donc quand on va avoir quelqu'un qui...

Va présenter une demande particulière d'attention, ça peut pas se faire sans qu'il y ait un auxiliaire ! OC : Bien sûr. Mais il faut une auxiliaire de vie scolaire qui soit formée !

Et puis il faut réévaluer leur salaire...

Elles sont payées une misère. Donc la plupart, elles commencent, elles voient que le travail est lourd. Parce qu'il est lourd le travail, il est difficile !

On les paie au SMIC...

Mais c'est rien ! Elles peuvent pas survivre ces femmes-là ! Et puis jusque là, elles avaient pas des contrats à durée...

JLM : C'est un métier féminin, y'a pas d'hommes ? OC : Y'a très peu d'hommes. C'est plutôt des femmes, et surtout c'est, voilà, des femmes qui recherchent du boulot depuis longtemps...

Donc c'est pas des gens qui - tous en tout cas - qui font ça parce qu'ils ont envie de s'occuper d'enfants handicapés ! C'est parce qu'ils ont pas de boulot. Donc ils sont pas formés...

On les lâche comme ça avec deux semaines de formation, sur tous les handicaps. JLM : Ah bon...

OC : Mais comment...

Alors donc on apprend à pousser un fauteuil, on apprend à s'occuper d'un sourd, d'un aveugle, d'un autiste...

Mais c'est des formations qui prennent du temps ! Moi j'ai mis du temps à comprendre comment fonctionnait le cerveau de mon fils ! Donc on peut pas lâcher les gens comme ça.

Surtout avec un salaire de misère...

C'était des contrats précaires, c'était impossible ! On avait maximum, je crois à l'époque, c'était 24 mois de contrat ! Bon, aujourd'hui on annonce des choses, mais...

JLM : Et alors, qu'on comprenne bien, vous me dites : "on a besoin de mettre cet enfant au contact d'autres enfants qui ont une socialisation normale - si on peut dire, hein - parce que c'est un principe d'imitation qui va fonctionner." D'accord. Parce que j'ai connu un temps où on avait le même genre de débats à propos des sourds et malentendants.

Et y'avait deux écoles : l'une qui disait "eh bien on va apprendre à ces jeunes gens à parler la langue des signes, des sourds", et d'autres - qui étaient des parents, des amis - ont dit "non, il est pas question de ça, on veut socialiser nos gamins comme les autres." Et j'ai donc vu des filières se monter, y'en avait une qui était dans la ville dont j'étais élu. Depuis le primaire, jusqu'à l'enseignement secondaire, qui était réservée aux sourds et malentendants.

Des gens qui étaient dans une situation extrême hein, qui entendaient rien...

Et qui, à la fin, s'exprimaient, pouvaient avoir une conversation avec vous en vous regardant dans les yeux - bah c'est la condition hein...

Impossible de détecter qu'il y avait un handicap aussi lourd derrière. Donc la question que je me pose, c'est de savoir : est-ce qu'il y aurait un sens de mettre ensemble des jeunes enfants autistes pour les éduquer ? OC : Non, pour moi c'est de l'apartheid.

Voilà, je vais employer un mot fort, mais pour moi c'est de l'apartheid. C'est-à-dire qu'on va mettre comme ça tous les gamins qui ont un problème, tous les autistes ensemble, tous les sourds et malentendants ensemble, tous les aveugles...

Je veux dire, ça n'a pas de sens ! Ce qui est important, c'est...

JLM : Pour les sourds, je garantis que ça marchait. OC : Ce qui est important - pour les autistes, en tout cas - c'est de les rendre autonomes. Parce que c'est quoi la crainte des parents, pourquoi on a envie que nos enfants soient bien pris en charge, évoluent normalement, etc. ?

C'est de se dire, bah un jour je vais disparaître, qu'est-ce qu'il va devenir ? Parce que c'est ça, le vrai souci qui me...

Qui m'empêche de dormir la nuit. C'est de dire, ben si je crève, qui prend la relève ? Bon, bah y'a personne.

Parce qu'il y a pas de centre, parce que rien n'est adapté en France pour arriver à aider mon enfant. Bon. Donc...

JLM : Attends, ça n'aurait donc pas de sens...

Déjà, mais réglons ce problème ! OC : Ça n'a pas de sens...

Pour moi, c'est vraiment de l'apartheid. C'est-à-dire, OK ils ont un problème, ils sont différents, ils ont une perception différente, alors on va les foutre ensemble. Bah non...

Non, au contraire ! Il faut les foutre avec les autres ! Il faut qu'ils apprennent les codes, c'est ça qui est important !

Pour qu'après ils puissent, à leur tour, avoir une vie normale ! Se marier, avoir un boulot, évoluer et devenir autonomes ! Parce que c'est l'autonomie qu'on recherche tous.

C'est ça dont on a besoin. Alors moi je suis pas dans l'hystérie collective de "oh on va se battre contre les lobbies psychanalytiques, c'est eux nos ennemis et..." Moi j'en ai absolument rien à foutre de tout ça.

Que les choses soient claires. Moi ce qui m'importe, c'est de voir ce qui marche et ce qui marche pas. Pendant un an, mon fils est allé voir une psychanalyste.

Parce qu'on m'avait dit "il faut passer par là". C'est mon pédiatre qui m'avait envoyé. Donc pendant un an, la femme me posait des questions sur moi, sur mon couple, sur mes relations avec ma mère, etc., pendant que mon fils était par terre...

Alors, il parlait pas. Donc c'est compliqué quand même, devant un psychanalyste, quand l'enfant parle pas...

Alors ils attendent "l'éveil du désir". Sauf que le désir il arrivait pas, et on a quand même perdu un an, et plus on prend ces enfants tôt, de façon précoce, plus ils ont une chance d'évoluer de façon positive. Bon.

Et donc pendant un an, il s'est rien passé. Ah bah si, enfin elle a bien décrypté toute ma vie personnelle et intime, mais pour mon fils elle a rien fait. Bon.

Donc au bout d'un an, j'ai fait "OK, ça fonctionne pas". Donc j'ai cherché autre chose. Donc j'ai évidemment tapé à toutes les portes, je me suis renseignée, qu'est-ce qui existe ailleurs...

Au Canada, c'est les méthodes éducatives ; aux États-Unis, c'est les méthodes éducatives ; En Angleterre, en Israël, en Espagne, enfin partout, en Suède, au Danemark, etc. Bon. Je suis arrivée en Israël, je me suis aperçue que y'avait des gamins autistes qui étaient profs à l'université de Haïfa (?), de Tel Aviv...

Au ministère de la Défense, on les prend même, parce qu'ils ont des compétences particulières : le sens du détail, le sens de l'observation, donc on les prend. Voilà. Ils avaient une vie, j'en ai rencontré plein qui avaient des familles.

Et je me dis : "mais c'est quoi notre problème ici ? C'est qu'une question d'idéologie ? Est-ce qu'il faut choisir la psychanalyse, ou pas choisir..." Moi je m'en fous !

Ce que je veux, c'est que mon gamin il soit heureux, qu'il soit normal, qu'il soit considéré comme les autres ! C'est ça qui m'importe ! Et peu importe que ça marche avec une méthode ou avec un autre !

Parce que, évidemment, là, aujourd'hui maintenant on parle que de l'ABA. Mais y'a d'autres méthodes qui marchent. Y'a le TEACCH...

Moi je me suis servie de toutes les méthodes ! Je me suis formée à tout, pour avoir les outils éducatifs pour à chaque fois pallier à un problème que rencontrait mon fils ! Donc il faut arrêter l'idéologie psychanalytique, l'idéologie ABA, il faut aller vers toutes les méthodes qui nous servent, vers tous les outils possibles pour aider ces enfants.

Et ces familles ! Parce que ces familles, le problème c'est qu'on vit un déclassement social...

Moi j'étais d'une classe moyenne. Là, on se retrouve en classe...

On finit par être précaire ! On est surendetté ! Donc y'a un déclassement social terrible des familles !

Imaginez les enfants, enfin les femmes qui sont toutes seules, les foyers monoparentaux...

C'est 80 % des familles. Comment elles font ? Elles peuvent pas mettre leur gamin à l'école.

Elles peuvent pas payer d'AVS privés, elles font quoi ? Bah elles se mettent une balle. Donc y'en a plein des suicides comme ça, tous les jours.

Et ça on n'en parle pas, on veut pas en parler. Alors si la gauche...

Si vous, monsieur Mélenchon, vous prenez pas ce combat qui doit être le vôtre, parce que attendez...

Là c'est les démunis, c'est les plus précaires, c'est votre combat ! Donc si la gauche le fait pas et si vous le faites pas, moi sincèrement je déménage ! Non mais je vous le dis !

Je quitte le pays ! Parce que c'est quoi l'espoir des familles ? JLM : C'est très émouvant ce que vous expliquez, en plus les proportions... sont absolument inconnues du grand public.

On ne sait pas qu'il s'agit d'autant de monde. Et qu'une telle détresse...

Mais c'est comme toujours. OC : Moi, quand j'ai écrit mon bouquin, je suis allée voir la MDPH, j'ai écrit au Ministère pour avoir des véritables chiffres de l'autisme. Ca, on vous les donne pas !

JLM : Oui mais si le diagnostic est si mal fait, si tardivement, comment voulez-vous qu'ils arrivent à chiffrer ? OC : Ah ils peuvent chiffrer ! Puisque la MDPH vous avez une allocation.

Donc ils peuvent chiffrer. Ils savent. Mais ils veulent pas nous le dire.

On parle de 600 000, ça c'est les chiffres des associations ! Mais ils sont combien ? Ils sont peut-être plus nombreux, ils sont peut-être moins nombreux.

Certains chercheurs parlent d'épidémie d'autisme, dans le monde...

Y'a de plus en plus de cas. JLM : On va en parler, parce que tout ça c'est...

J'avance à pas comptés pour que ceux qui nous écoutent rentrent dans le sujet. Bon, j'ai une autre question qui touche à ce qu'on était en train de traiter, hein. Quentin : Bonjour madame Cattan, et bonjour monsieur Mélenchon.

J'ai eu l'occasion de discuter avec une personne travaillant dans un SESSAD, membre du réseau Autisme France, qui s'occupe d'enfants autistes Asperger, selon des méthodes comportementalistes. Et j'aurai une question sur un sujet qui me semble particulièrement important : c'est l'intégration de ces jeunes enfants et adolescents autistes à l'école, et notamment à l'école de la République. Et au vu du manque cruel de formation, notamment du corps enseignant, et puis le problème posé par les contrats précaires, notamment des AVS, j'aurais voulu savoir quel est votre avis sur cette situation, et quelles étaient les mesures politiques qu'on pourrait proposer pour y remédier.

JLM : Bon, là on est encore dans le sujet de la prise en charge. On peut pas faire un traitement séparé. Le traitement consiste précisément à intégrer ces jeunes gens au milieu des autres.

Maintenant, qu'est-ce qu'on pourrait lui répondre ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire ? En gros c'est ça sa question.

OC : Bah écoutez voilà, moi je vous remets un manifeste hein...

Y'a des mesures, des mesures concrètes qui changeraient notre vie, qui changeraient la vie de ces gamins, qui leur donneraient un avenir. La première, déjà, proposition, c'est évidemment d'avoir la gratuité des soins pour les familles. Ça empêcherait le surendettement, le déclassement social et la précarité, puis les suicides...

Déjà. Donc ça je pense que c'est déjà la première mesure phare, c'est qu'on obtienne cette gratuité des soins. Alors y'a un problème au niveau de la sémantique.

Parce qu'on dit que l'autisme, c'est un handicap. Y'a certaines familles qui veulent pas qu'on parle de maladie. Pourtant elle est classée dans les maladies de l'OMS, bon.

Donc déjà, si vous voulez, à partir du moment qu'il y a un problème sémantique, déjà, plein de choses en découlent. Parce qu'il y a des frais qui ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale, comme par exemple la stimulation ; les méthodes éducatives ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale. On a une toute petite alloc', bon, donc c'est pas ça qui va payer les prix des psychologues éducatifs, qui sont quand même très chers.

Voilà, il faut le dire. Après, si on veut une AVS formée, ça coûte aussi très cher. Donc ça c'est pas remboursé, c'est à la charge des parents.

L'orthophonie est remboursée, la psychomotricité ne l'est pas. Or ils ont souvent un problème pour tenir un stylo, donc ils ont besoin de faire de la psychomotricité fine, aussi ils ont un problème avec l'espace, ils marchent des fois un petit peu bizarrement, etc. Et tout ça, c'est pas pris en charge.

Donc moi, par exemple, ça fait trois ans que j'ai arrêté, bon. Je peux plus payer, donc il a pas de psychomotricité. Voilà.

Donc après c'est des choix. Les parents font des choix. Ils auraient besoin d'ergothérapie, c'est pas remboursé, donc on le fait pas.

Bon. Donc, si vous voulez déjà moi j'aimerais la gratuité des soins. Ça c'est vraiment, pour moi...

Alors, l'argent il est là, il existe, on va pas nous dire qu'on est en crise, etc. Prenez l'argent des hôpitaux de jour qui sont jetés, 800€ par jour pour un enfant autiste, et vous les remettez ailleurs, et puis vous créez de vrais centres où y'ait de la stimulation, ça serait gratuit pour les familles. D'accord ?

Où ces enfants seraient pris en charge, avec psychomotricité, orthophonie, ergothérapie, où ils feraient tous les soins...

JLM : Des centres, c'est-à-dire qu'on mettrait au même endroit...

OC : Des centres éducatifs ! Au même endroit, des professionnels, comme ce qui se passait quand j'étais au centre Feuerstein : dans un même centre, vous laissez l'enfant et l'enfant fait le tour ! Orthophoniste, psychomot', etc.

D'abord les parents n'ont pas besoin de se déplacer, du coup ça leur laisse du temps pour eux pour peut-être aller bosser, parce qu'il faut quand même payer aller payer tout ça...

Donc ça permet à tout le monde de s'en sortir ! Ça coûterait moins cher à l'État ! Moi j'en suis bien persuadée.

Après y'a tout un travail, évidemment, d'inclusion scolaire - ce qu'on appelle l'intégration, mais nous on veut l'inclusion scolaire. Former les profs, former les AVS, revaloriser les salaires de AVS...

JLM : Les AVS, c'est les auxiliaires de vie...

OC : Scolaires. Ça, il faut revaloriser leur situation. Elles peuvent pas continuer comme ça, à avoir un travail aussi difficile et être payées une misère.

C'est pas possible. Voilà. Ça en fait des travailleurs précaires, voilà.

Donc y'a ça...

JLM : Même problème pour les enseignants, soit dit par parenthèse, ils démarrent à un SMIC deux...

OC : Mais évidemment ! Donc, les profs...

Et puis, il faut...

Alors vous savez, les enfants autistes ne sont pas acceptés à l'école, mais ils ne sont pas non plus acceptés pour faire du sport. Pour faire du sport même combat. Vous voulez faire à l'autiste du tennis, allez trouver un club !

Donc moi je suis allée voir toutes les fédérations sportives, pour leur dire : "vous me signez un papier". A chaque fois qu'il y a un club qui refuse, moi j'attaque pour discrimination. Voilà.

Et donc, les fédérations, certaines, dont le tennis, le golf, le foot, etc., ont signé des conventions avec nous, et à chaque fois qu'il y a un cas de discrimination on peut faire appel à eux. Donc il y a tout un travail de sensibilisation, partout, partout...

JLM : Oui mais Olivia, si vous permettez, vous mettez la barre très haut ! Parce que vous dites vous-même que c'est très difficile d'obtenir la socialisation d'un jeune qui est atteint de cette maladie...

OC : Oui parce qu'il y a rien ! Y'a rien qui est fait, dans ce sens-là y'a tout un travail politique à faire derrière ! JLM : Oui mais vous admettez l'idée que par exemple, quand on est un club sportif, vous pouvez être totalement démuni, désarmé, vous savez pas quoi faire !

Comment faire face ? Comment intégrer, comment inclure ? OC : Mais parce qu'on ne laisse jamais un enfant tout seul !

Donc soit c'est son parent qui l'accompagne, soit on a des éducateurs spécialisés qui accompagnent ces enfants. Qu'on a formé. Et donc ils les accompagnent au sport !

Pareil pour la musique, les conservatoires ! On n'en voulait pas des enfants autistes. Là, on est en train de signer des trucs aussi avec des conservatoires, pour qu'ils accueillent des enfants autistes ; pas tout seul !

C'est pas eux qui...

On leur demande pas d'avoir une surcharge de travail. Ils sont accompagnés, soit par des éducateurs, soit par les parents ou par les auxiliaires. JLM : Oui mais sans parler de charge, on peut aussi se considérer comme incompétent !

OC : Oui, mais c'est normal, bien sûr ! JLM : La personne est là devant vous, vous savez pas quoi faire, donc...

Mais vous dites - et la réponse la voilà, vous venez de la donner - c'est qu'à chaque fois l'enfant, il est rare qu'il soit seul, il est tout le temps accompagné ! OC : Oui, et puis je vais vous dire : il faut aussi sensibiliser, parce que les gens mélangent tout. Ils pensent qu'un autiste c'est super violent, ils pensent qu'un autiste c'est capable du pire, de se donner...

De frapper les autres enfants, etc. Donc, il faut aussi vraiment faire de l'information et de la sensibilisation. C'est pour ça que j'ai créé cette association, parce que voilà, il faut aller sensibiliser tout le monde.

L'autisme doit être connu, on doit connaître tous les contours, et on doit aussi mettre tous les moyens pour qu'ils puissent être socialisés et intégrés dans notre société ! On peut peut pas se dire "ah ben c'est trop compliqué, on va les foutre en Belgique !" Putain attendez, où est-ce que vous avez vu qu'on fout des populations entières dans un autre pays quoi ?

JLM : Ca, on a compris que c'est pas une solution. C'est pour ça qu'on en parle aujourd'hui, c'est parce que...

OC : Mais paraît que les vieux c'est pareil ! On commence aussi à se débarrasser des vieux en Belgique ! Donc, c'est formidable...

JLM : On va venir sur une autre question qui se pose souvent. Vous avez fini avec les mesures? OC : Oh, non.

Y'en a dix ; je ne vais pas...

JLM : Allez ! Donnez, donnez d'autres euh...

OC : Alors, alors, recrutement... formation, spécialisation.

On n'a pas de médecins non plus spécialisés. C'est-à-dire que par exemple, vous prenez les dentistes...

Vous avez votre enfant qui a une carie...

Eh ben, il y en n'a pas. Moi, on m'a dit ; eh ben non ; il va falloir qu'il fasse anesthésie générale pour soigner la carie... parce que moi, je ne me suis jamais occupé d'enfants autistes.

Et les enfants autistes, ils ont un petit peu peur des dentistes... parce que ça cumule un peu tout ce qui leur fait peur.

JLM : Ça fait peur à tout le monde. (Olivia: "la fraise"...) OC : l'intrusion dans la bouche... la lumière dans la figure...

Bon, donc...

J'ai trouvé une dentiste qui a accepté de soigner mon fils...

Et qui me dit: eh, bien, écoutez ; je vais faire une formation aux autres dentistes. Voilà. Donc, il faut des gens qui s'engagent.

Il faut que ça soit un petit peu une société quand même solidaire... qui file des coups de mains.

Voilà, donc... cette dentiste a dit, ok ; je vais aller faire de la formation pour les autres dentistes.

Parce que les autres dentistes, c'est pas qu'ils veulent pas... c'est qu'ils ont peur.

Et puis bon...

Et puis ça coûte cher parce qu'il faut du temps... donc, c'est pas un quart d'heure on vous soigne ; c'est peut-être une heure...

La première séance avec le dentiste, ça a duré une heure et demie. Parce qu'il a voulu comprendre comment ça marchait, ce que ça faisait, essayer, etc. C'est du temps.

C'est pour ça que je vous dis que c'est de l'humain. Avant tout. Si on veut aider les autistes, il faut d'abord qu'on soit un petit peu humain.

Voilà. Qu'on accepte d'aider les gens différents...

Des gens qui, ben voilà, qui ont un développement...

JLM : C'est clair que c'est pas le paiement à l'acte, qui va... résoudre ce genre de situation.

OC : Spécialisation des médecins. qui sont pas spécialisés. Les pédiatres, le sont pas.

Ce qui fait que parfois, ils passent à côté... d'un enfant autiste... qu'ils voient, par exemple, à trois ans...

Et ils loupent le diagnostic...

Et du coup, les parents, ils perdent du temps ; l'enfant aussi. Et il ne faut plus perdre de temps ; il faut vraiment qu'il y ait un diagnostic précoce. pour qu'on prenne en charge, le plus tôt possible, cet enfant.

JLM : Quand je préparais notre rencontre...

Ce qui revenait le plus souvent chez mes interlocutrices...

Parce que c'étaient des femmes...

C'était cette idée du diagnostic et il semble qu'il y ait un sujet, là. OC : Bien sûr. Imaginez-vous que moi, j'en ai pas eu...

JLM : Pourquoi ça tarde comme ça ; on ne s'en rend pas compte ? OC : deux ans...

Deux ans pour en avoir...

C'est pas qu'on s'en rend pas compte...

C'est la méconnaissance...

Parce que même les médecins, au niveau de leur cursus...

Il y a très très peu de temps qui est accordé à l'autisme...

Donc, il faut...

Et puis, ils sont quand même influencés encore par la psychanalyse... parce que la psychanalyse, elle pèse lourd dans notre société C'est pas de faire une guerre contre la psychanalyse...

C'est pas mon propos...

C'est que cette psychanalyse, elle est pesante sur tout le système médical français. Ce qu'il y a pas ailleurs. Ce qu'il y a pas aux États-Unis, ce qu'il y a pas au Canada.

Donc il faut qu'on arrive tous à se mettre à table, qu'on arrête l'hystérie collective, qu'on se mette tous à table, et qu'on comprenne bien qu'il y a ailleurs des cas qui marchent. Donc faut prendre un billet d'avion, faut aller voir ce qui marche, faut aller au Canada, faut aller au Danemark, faut aller en Suède. Et puis une fois qu'on aura compris que c'est des méthodes comportementales et d'intégration...

JLM : Parce que vous l'avez dit vous-même, on est au énième plan, au combientième d'ailleurs...

OC : Pfff, Quatrième...

Mais la Haute Autorité de Santé, elle a statué. En 2012. En disant : "bon, on désavoue mais pas trop la psychanalyse, parce qu'on veut pas non plus trop de soucis.

Ce sont les méthodes comportementales qui marchent." Bon, et puis, derrière, vous avez des ministres - Marisol Touraine - qui n'appliquent pas stricto senso le...

JLM : Pourquoi ? OC : Bah parce que...

JLM : Manque de moyens ou mauvaise volonté politique ? OC : Je pense qu'il y a une mauvaise volonté politique de changer le système. JLM : Pourquoi ?

Parce que c'est une personne comme une autre, Marisol Touraine, elle a pas de raison de vous en vouloir...

OC : Si vous voulez, il y a des lobbies puissants. C'est vrai. Des lobbies pharmaceutiques qui sont très contents de filer à nos gamins des trucs pour les calmer...

Bon, et donc je pense que tout ça pèse très lourd au moment de débattre sur ces sujets. Alors, si ailleurs on a réussi à sauver des enfants autistes pour en faire des adultes autonomes, pourquoi est-ce qu'aujourd'hui on n'y arrive pas en France ? Y'a quand même une question à se poser !

JLM : On n'y arrive pas ? OC : Pour l'instant non, on n'y arrive pas ! Alors on fait des petits progrès, par-ci par-là...

On arrive à sensibiliser. JLM : Vous connaissez pas d'enfants autistes qui soient devenus des adultes autonomes en France ? OC : Ah si !

Mais grâce aux méthodes éducatives ! JLM : D'accord. OC : Voilà.

Et souvent parce que les parents sont partis à l'étranger. Mais donc, c'est une affaire d'argent, de porte-monnaie. JLM : D'accord.

Bon, alors, justement, continuez. Continuez, parce que comme ça on va bien faire le tour des solutions, on va montrer que le problème peut paraître très compliqué - comme toujours, tous les problèmes paraissent compliqués - et puis après, bah...

La discussion est beaucoup plus saine quand on parle de solutions. OC : Alors moi ce que je voulais, c'était un grand audit de la Cour des Comptes, pour moi ça c'est très important, pour vraiment qu'on fasse un état des lieux : aujourd'hui, où est allé tout cet argent donné dans les différents plans autismes, où est-ce que...

Voilà. Il est où cet argent ? C'est vraiment une question que toutes les familles se posent, et surtout les plus précaires.

Donc ça, moi j'aimerais bien savoir, et j'aimerais bien que la Cour des Comptes se saisisse du dossier pour le faire. Bon. Après, ce que j'aimerais c'est avoir des chiffres évidemment, et qu'il y ait un coup de pouce fiscal aux familles, notamment monoparentales, qui sont dans une grosse galère parce qu'elles ont tout à payer, parce que leur gamin n'est pas pris en charge.

Après, quand on voit un autiste...

Comment vous l'imaginez, vous, l'autiste ? Vous l'imaginez enfant ? Vous l'imaginez Asperger ?

Vous l'imaginez comment ? JLM : Je sais pas, je vois une petite personne, je le vois plutôt enfant. OC : Voilà.

Eh bah c'est le problème. Aujourd'hui c'est toujours la même chose dans les médias, quand on fait un reportage sur les autistes on va vous montrer le papa - souvent la maman, d'ailleurs - Avec l'enfant autiste, qui est petit. Or il y a des adultes !

Y'a des vieux, hein ! Y'a des retraités...

Donc on en fait quoi de tous ces adultes ? Ils sont où ? D'abord, moi ce qui m'étonne c'est que quand...

JLM : Ils sont où ? OC : Bah, ils ont où ? Voilà !

Alors moi ce qui m'étonne, si vous voulez, c'est que quand je partais à l'étranger - parce que je suis partie dans pas mal de pays pour aller voir ce qui se faisait, puis pour me former - je voyais des personnes handicapées. Dans la rue. Au restaurant.

Dans les hôtels. Enfin, je les voyais. Voilà.

Ici ils sont invisibles. Alors on vous dit "il y en a 600 000". Y'a 600 000 personnes autistes.

Mais moi j'aimerais bien les voir ! Vous en voyez beaucoup vous, dans votre vie...?

JLM : Je suis pas capable de me rendre compte non plus. OC : Bah moi je vais vous dire : on en voit pas parce que d'abord, nous-mêmes, parents, on s'autocensure. Moi ça doit faire je sais pas combien d'années que je suis pas allée au restaurant avec mon mari et mon fils.

Parce que j'ai toujours peur. J'ai toujours peur qu'on me regarde de travers, j'ai toujours peur qu'il fasse une petite crise de comportement, et que les gens soient un petit peu étonnés, choqués...

Donc on s'autocensure. Et du coup, bah voilà, on a pas de vie quoi ! On a pas de vie sociale, on va pas au ciné, on va nulle part.

Parce qu'on a toujours peur du regard de l'autre. Et donc, les familles s'isolent de plus en plus. JLM : Oui.

Ça j'ai connu ça quand j'étais gamin. Les gens cachaient les enfants trisomiques. La singularité perturbe, parce que les êtres humains sont des êtres de routine.

D'ailleurs c'est ce qu'on essaie de faire, avec un jeune autiste : on va l'introduire dans nos routines sociales, qui sont...

Des codes. C'est des codes, seulement. Et je pense que vous le savez, parce que l'autre jour j'étais vers la gare de l'Est, et je sais pas, quelqu'un veut me toucher la main, pour me dire "bonjour, monsieur Mélenchon", tout ça...

Et y'avait un magnifique gamin avec. Et bon, comme tout le monde, moi j'aime bien les gamins, ils sont beaux, alors j'avance la main, pour lui mettre la main sur la tête, et la dame me dit : "non non, il est autiste". Je savais plus quoi faire !

D'un regard, et en deux secondes, j'étais plus la même personne. Je savais plus quoi faire. Est-ce qu'il fallait que je sourie, est-ce qu'il fallait que je dise "oh, le pauvre", qu'est-ce que je devais dire à cette dame, qu'est-ce que je devais dire à ce gosse ?

J'étais hors de nos codes. Et nous, les êtres humains - tous : vous, moi - on fonctionne avec des codes quoi ! Alors, je vous le dis pour que vous vous sentiez pas toujours forcément montrée du doigt.

Vous ne l'êtes pas, c'est pas vous qui l'êtes. C'est celui qui est complètent perturbé par le truc...

Et vous avez raison de dire qu'on gagne rien à cacher, ça c'est clair. OC : On gagne rien à cacher, et puis je pense qu'on y gagnerait d'apprendre de la différence, et de ces enfants-là - qui sont des gamins qui sont intelligents, qui ont une sensibilité vraiment très très particulière, et qui ont une humanité aussi très particulière...

Ils font pas la différence avec, heu...

Ils aiment tout le monde, vous voyez. Ils aiment tout le monde. Et puis ils mentent pas.

Ils mentent pas, ils manipulent pas, ils disent la vérité, ils sont sans filtres. Ce qui fait que parfois bon, ça peut être désagréable, quand le matin il me dit au réveil que je suis mal coiffée, etc. Ça peut être désagréable.

Mais ils vous disent toujours la vérité. Donc on a à apprendre d'eux. Et moi ce que j'aimerais, c'est essayer justement de sensibiliser tout le monde.

De façon massive ! Il faut des campagnes de sensibilisation. Pour que justement vous, vous vous retrouviez pas bête devant un enfant autiste, que vous ayez les bons codes aussi !

JLM : Qu'est-ce que j'aurais du faire ? OC : Vous touchez pas...

Vous le regardez, vous lui souriez, déjà, il voit votre sourire...

JLM : Eh bah oui, il était magnifique ce gosse ! OC : Il voit votre sourire, c'est suffisant ! Y'a plein de choses qui passent dans les yeux.

C'est pour ça que quand on dit "les autistes ne communiquent pas", par exemple quand ils parlent pas, c'est pas vrai ! Ils communiquent avec vous. Il suffit de regarder leurs yeux, leur sourire, leurs mains, y'a plein de choses.

Le corps exprime des choses. Et le regard ! Il reflète l'âme.

Donc, on vous dit des choses. C'est pas parce qu'on a pas les mots qu'on n'exprime pas les choses. Donc ça...

Il faut apprendre les codes. Et puis comme ça on pourra vivre tous ensemble ! Parce que ces enfants-là faut les intégrer !

On peut pas les rejeter dans un autre pays, les cacher dans des centres...

JLM : Mais ça, vous savez, ça marche avec tout le reste. Y'a une espèce de normalisation de l'humain. De la même manière qu'on fabrique des goûts en série, parce qu'on vous éduque à aimer ça plutôt que ça, vous habiller comme-ci plutôt que comme-ça pour faire des grandes séries...

Y'a aussi une idée de l'humain-type. Et tous les autres paraissent étranges...

Ça commence déjà d'une manière très banale hein ! Par exemple quelqu'un qui a un rhume. Bon, autrefois on faisait attention !

Mais maintenant on va carrément pas ! C'est-à-dire, si y'a une soirée on va pas si on a un rhume ! C'est très mal vu !

Tout le monde vous regarde, "mais quand même ! Comment t'es là ? Comment t'oses être là ?" C'est pour ça que c'est intéressant là, votre propos, il a une profondeur philosophique.

Parce que chaque être humain - bon on peut aussi choisir de pas s'intéresser aux être humains, ça existe hein - nous apprend quelque chose d'universel sur nous. J'ai vu une fois raconter un conte, c'était un aigle et une belette, quelque chose comme ça. Et celui qui racontait ne parlait pas, il n'entendait pas.

Donc, il le racontait avec la langue des signes, que je ne comprends pas...

Mais je vous garantis que j'ai compris d'un bout à l'autre de quoi il parlait. Y'avait tellement la beauté de ces gestes, et la capacité d'imitation qu'avait cet enfant était... inouïe.

Et comme vous dites, tout d'un coup vous voyez cette personne et vous apprenez quelque chose sur vous-même. Bon, mais ça c'est un peu facile pour moi...

Je veux dire, je suis pas confronté tous les jours à la difficulté de leur comportement, qui est...

OC : Oui, mais vous voyez par exemple, aujourd'hui que mon fils est intégré à l'école...

JLM : Il va à l'école ? OC : Il va à l'école, il est en CM2, et c'est un des meilleurs de la classe...

Bon, j'espère qu'il passera au collège, mais cette année encore je me disais "est-ce qu'on va réussir à trouver une AVS ?" Parce que, si vous voulez même quand il va à l'école, vous avez quand même l'épée de Damoclès sur la tête en vous disant : "l'année prochain, si l'AVS s'en va, qui va y aller ? JLM : Je comprends.

OC : Donc je m'apprêtais encore à y retourner ! JLM : Donc, c'est un bon élève. OC : C'est un super élève !

Et je peux vous dire que tous les profs qui l'ont pris, même ceux qui voulaient pas au départ hein...

Parce que bon, je suis pas non plus dupe, ils le prenaient parce que je parlais de discrimination, de maître Dupont-Moretti qui était derrière nous...

JLM : D'accord, c'était le rapport de force quoi. OC : Voilà. C'était la menace, faut dire la vérité.

Bon, donc y'avait quand même des profs qui étaient réfractaires ! Et puis finalement, à la fin de l'année le prof m'a dit : "bah finalement c'est pas si compliqué !" "Et quel bonheur d'avoir eu cet enfant en classe !" JLM : Nan mais ça les profs ils sont tous les mêmes, je vous signale : vous grattez un peu, le prof réapparaît hein !

OC : Mais oui ! JLM : Le prof il aime éduquer. Donc si votre gamin il arrive et qu'il le voit démuni, et qu'à la fin de l'année le môme est capable de faire des additions...

Il est quoi, en CM2 ? Donc il fait des opérations ! OC : Oh, il est très fort en maths !

Ca va très très très vite ! JLM : Il fait honte aux autres quoi. Et bon il écrit bien ?

OC : Il a des difficultés encore à écrire bien ! Parce qu'il peut pas avoir encore de cours de psychomotricité, parce que j'ai pas les moyens de lui payer ! JLM : La difficulté elle est motrice ?

OC : Elle est motrice. Il arrive pas en fait à bien tenir le stylo. Bon ben il a fallu que j'arrête, donc il a fallu que je fasse des choix.

J'ai choisi l'école, et le bon accompagnement...

Bah voilà. Pourquoi la gauche, pourquoi les syndicats ne se sont jamais intéressés à cette cause ? Parce que moi j'ai essayé de les contacter, je me suis battue pour les contacter.

JLM : Peut-être c'est une méconnaissance, Olivia. Ca doit être une méconnaissance du problème, ou l'impression, vous savez, que...

Je sais pas vous répondre. D'abord, la gauche...

Qui suis-je, moi, pour savoir ce qu'elle veut, et qu'est ce qui est de gauche, déjà, pour commencer ? OC : Bon, bah parlons de la vraie gauche alors ! JLM : C'est devenue une affaire compliquée aujourd'hui.

Mais je crois que...

On pourrait faire d'autres digressions, par exemple l’illettrisme. Y'a deux millions et demi de personnes illettrées - ça veut pas dire analphabète hein ! Bon, y'a quelques syndicalistes qui, des fois, ont pris en charge ce thème.

Mais globalement, on a l'impression qu'il y a une gêne là-dessus, que ça se dit pas, que ça se sait pas. Alors imaginez-vous, l'autisme ! La casse-tête quoi...

Les gens se disent "ouah, c'est énorme ! Par quel bout on prendrait un truc pareil ?" Mais vous avez raison, c'est toujours l'indifférence qui est la première des cruautés.

Si vous vous occupez pas, vous, c'est clair que le problème va pas s'arranger. Ca, c'est clair. Continuez à dire le plan qu'on va appliquer.

OC : Alors par exemple, à part le coup de pouce fiscal pour les familles, ce qui est important aussi c'est de se dire que ces adultes, autistes...

JLM : Attends, excusez-moi je vais encore perturber le déroulé, le coup de pouce fiscal c'est quand même énorme cette histoire ! Vous m'apprenez que des gens qui prennent tout en charge n'ont aucune, heu...

OC : On a une allocation, mais qui est très très faible par rapport...

JLM : Mais sur vos impôts, ça change rien ? OC : Ah bah sur nos impôts ça change pas grand-chose, non...

JLM : D'accord. Ah, vous n'êtes pas une niche fiscale vous ? OC : Non !

Désolée, je suis fille de forains ! Voilà, et puis ce qu'on aimerait nous, c'est pour les adultes autistes, c'est qu'ils aient vraiment une APL qui soit un petit peu majorée. Parce que c'est vrai que quand ils arrivent à vivre seuls, ils ont vraiment besoin d'un coup de main !

Parce que pour trouver de l'emploi, quand vous êtes autiste c'est très compliqué. C'est pour ça qu'on veut faire cette sensibilisation, y compris vis-à-vis des entreprises. Qu'on essaye de mobiliser des grosses entreprises pour qu'elles puissent prendre des personnes autistes !

Alors à l'étranger ça marche très bien, ils les embauchent partout, y'a Microsoft qui embauche des gamins, y'a plein plein plein de grosses sociétés qui, au contraire, utilisent leurs compétences. Parce qu'ils ont des compétences très spécifiques, qui peuvent être vraiment utilisées quand elle sont valorisées. JLM : Tous les autistes ont un trouble comportemental ou pas ?

OC : Chaque autiste est différent. Voilà. Et c'est ça peut-être aussi qui fait la difficulté, c'est qu'on peut pas parler d'UN autisme, mais, voilà...

De 600 000 autismes différents. Donc c'est ça aussi qui est différent et qui est compliqué, peut-être aussi, à expliquer. JLM : Parce que le développement de chaque...

La personnalité de chacun a été différent autour de...

OC : Parce que vous avez des enfants qui sont épileptiques, parce que vous avez d'autres enfants qui ont un problème moteur, vous avez d'autres enfants encore qui ont vraiment de gros gros problèmes de comportement et de violence, donc...

Mais tout ça, ça se règle. Voilà. Mon fils quand il mettait les mains sur les oreilles - parce qu'il entendait un bruit de perceuse ou un bruit de klaxon dans la rue - je l'ai réglé !

Y'a des méthodes ! Y'a des méthodes pour régler ça. On les sensibilise, on leur apprend , on leur fait écouter des bruits - des bruits de voiture, des bruits de perceuse - et on leur apprend à plus avoir peur de ça.

Et quand ils sortent dehors et qu'ils les entendent, ces bruits, ils ont plus peur. C'est un travail, c'est une méthode, c'est long, c'est de l'éducatif, et c'est pas comme c'est souvent décrit : une espèce de carotte et de bâton...

C'est pas ça les méthodes comportementales ! C'est pour ça que je préfère dire "méthodes éducatives", parce que c'est vraiment de l'éducation et de la rééducation. JLM : Bien sûr.

Mais elle nous fait toucher du doigt le fond de l'affaire : les êtres humains se construisent. C'est une idée qui est très difficile à faire admettre. Beaucoup de personnes pensent qu'un être humain c'est un...

C'est un paquet, quoi. Alors, on défait le paquet, et tchouff ! L'être humain en sort.

Non. C'est, de A jusqu'à Z, une construction éducative. Donc, on a dit : 1.

Diagnostic précoce. Donc pour ça - c'est pas un travail gigantesque - ça veut dire inclure la compréhension de ce qu'est l'autisme dans les diagnostics que les toubibs et les pédiatres sont capables de faire. OC : Oui, donc ça veut dire former quand même tous les médecins, et tout le personnel concerné : les hôpitaux, les radiologues, les dentistes, les...

Y'a quand même pas mal de personnel à former hein ! Formation. JLM : Non mais déjà, celui qui voit ton gosse la première fois où tu l'amènes, tu dis : "y'a un problème, je sais pas lequel mais y'a un problème"...

Que la personne qui est en face - ça va être un pédiatre, ça va être un médecin - soit en état de dire "ah bah oui, j'arrive à voir à peu près de quoi il s'agit !" OC : Oui, sauf que là, si vous voulez, le cursus c'est: vous allez voir votre pédiatre et il vous envoie chez un pédopsychiatre, qui vous envoie chez un psychanalyste...Et du coup, vous êtes dans des espèces de trucs qui font qu'au bout d'un moment, vous dites "bon, ça ne fonctionne pas".

Alors vous vous réveillez, et vous dites "on va chercher autre chose". JLM : Bien sûr. Puis vous n'êtes pas préparés vous-même à ça.

OC : Non. Moi je l'étais un peu, avec mon frère, évidemment. JLM : Mais vous c'est à part !

La plupart du temps...

OC : Ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui il a 42 ans, et qu'on pense qu'il est autiste. Voilà. Alors qu'avant il était classé dans "psychotique".

Ce qui ne veut rien dire. Et qu'on l'a gavé de cachets, et qu'aujourd'hui il est pas autonome, il vit chez mes parents, il a pas de vie - ni de vie sociale, ni de vie amoureuse, ni...

Et je ne veux pas qu'on sacrifie les prochaines générations d'enfants. C'est pour ça que je me bats. C'est pas parce que mon fils s'en est sorti, je pourrais dire "allez hop, après tout, mon fils, on est sur la bonne voie, je me lave les mains".

Mais parce que moi je suis une humaniste, une idéaliste, je crois en l'humain, je crois...

Et je ne veux pas...

Je suis une citoyenne, je ne veux pas que les autres enfants soient sacrifiés ! Y'a eu des générations de gamins qui ont été sacrifiés. Arrêtons le massacre !

C'est un scandale sanitaire - quand je dis ça, la ministre a fait des...

JLM : Attends, on va y venir là, on va arriver sur la question un peu plus loin, alors je sais pas si vous allez répondre...

OC : Pardon, je fais ma Mélénchon mais...

JLM : Héhé ! Mais je termine sur...

On a dit le diagnostic précoce. Moi tout ce qui m'est remonté, c'est essentiellement ça : la protestation des gens disant "mais pourquoi on m'a pas dit au départ ? Pourquoi ça a pris tant de temps ?" Bon.

Après on a dit, développer partout les capacités d'accueil des petits, et après quand ils ne sont plus petits, des grands. Parce que ça a l'air d'être le problème numéro un. Dans quel lycée...

L'école primaire, apparemment, on arrive, ici ou là, à trouver des failles. Je me suis aperçu que dès qu'on parle du secondaire...

OC : Ah bah même le collège hein ! Le lycée n'en parlons pas. C'est pour ça que je veux des chiffres.

Parce qu'on pourrait voir combien y'en a en maternelle, combien y'en a au lycée, combien...

JLM : Bien sûr. OC : Donc ce serait important d'avoir de véritables chiffres. JLM : Et puis faudra planifier !

Parce que...

Enfin, c'est un autre sujet, mais l'Etat ne peut pas avoir une action qui soit celle d'un supermarché. On remplit pas les rayons et puis chacun vient prendre ce qu'il veut, c'est absolument impossible. Donc si on dit "voilà, on a un problème, on a 600 000 personnes qui sont dans ce cas-là", et bah après c'est juste un problème d'organisation !

OC : Exactement. Mais nous, même en tant qu'association, comment voulez-vous qu'à chaque rentrée scolaire on trouve les AVS pour les gens ? On sait même pas combien ils vont être à la rentrée !

JLM : C'est ça. Et puis pour former les gens correctement...

Enfin, tout ça, ça s'organise, c'est pas...

Ca paraît immense, et ensuite non, ça ne l'est pas. OC : Ca ne l'est pas, non. JLM : C'est une affaire d'organisation.

Alors moi je veux venir à la...

On a fait le tour, là, de l'essentiel des mesures, n'est-ce pas ? OC : Oui. JLM : Il en manque ?

Quelque chose que vous vouliez dire de...

De plus ? Parce que j'ai autre chose à voir maintenant avec vous. OC : Oui, la maltraitance et les centres.

Parce que vous me demandiez où étaient les adultes. Y'a beaucoup d'adultes, en effet, dans des centres, dans des IME, voilà. Ils font rien, on les gave de cachets, ils font pas grand-chose et on les laisse vivre comme ça.

Bon. Soit ils vivent au domicile des parents, mais ils ont rien...

Donc ils ont pas d'éducation, ils ont pas de contact avec les autres ! Donc les parents font ce qu'ils peuvent, mais c'est vrai que plus on viellit plus ça devient difficile de s'occuper d'un adulte comme ça. JLM : Aucun être humain ne peut se construire sans socialisation.

Ça n'existe pas. OC : Non, puis c'est les familles entières...

Y'a peut-être une chose que je veux vous dire, c'est que c'est pas seulement...

Parce que souvent on montre la maman qui se bat, etc., puis ça énerve les psychanalystes ça d'ailleurs, de montrer toujours la maman. Ils ont raison !

C'est la famille entière qui est prise dans un tourbillon. Mes deux filles, elles en ont beaucoup souffert. Y'a eu des problèmes psychologiques justement avec mes filles, parce qu'elles ont souffert du handicap en se disant : "ah là là, s'il arrive un truc à mes parents, mais on va avoir la responsabilité de notre frère !" Donc toute la famille est prise là-dedans.

Dans le handicap d'un enfant. C'est pas seulement les parents...

C'est les parents, c'est le frère, c'est la soeur, c'est toute la fratrie qu'il faut aider. Donc il faut soutenir tout le monde. JLM : C'est vrai, les frères et soeurs, on n'en parle jamais !

C'est vrai aussi...

Bon, la dernière question elle est plus compliquée. Je sais pas si vous ou moi nous sommes compétents ou capables d'apporter une réponse rationnelle, sérieuse et fondée. Mais il faut qu'on se la pose.

Écoutez-la : Morgane : Il paraît qu'il y a de plus en plus d'enfants autistes. Si oui, sait-on pourquoi ? JLM : Est-ce que vous vous avez quelque chose à dire sur ce sujet ?

OC : Ah oui, beaucoup ! Beaucoup, beaucoup de choses à dire. Et d'ailleurs c'est pour ça que j'ai besoin aussi des élus pour m'aider à répondre.

En fait on est allé voir aussi plein de chercheurs, des scientifiques...

Certains disent que c'est génétique, l'autisme. Parce que pour l'instant on sait pas ! On sait pas par quoi c'est provoqué l'autisme.

Alors y'a des pistes génétiques, peut-être - après tout j'ai un frère qui est sûrement autiste, donc peut-être que c'est pour ça que mon fils l'est...

On a fait tous les tests génétiques possible, on n'a rien trouvé hein, y'a pas d'X fragile...

Y'a pas tout ça, donc finalement...

Bon on a fait des tests génétiques - qui coûtent très cher d'ailleurs - pour rien, bon. On nous dit que c'est peut-être à cause de plein de choses, c'est-à-dire les pesticides, l'environnement évidemment, donc y'a des écologismes aussi. J'ai essayé d'aller voir aussi les écolos pour leur dire "allez, c'est un sujet pour vous peut-être !" Faut aller peut-être fouiller là-dessus quand même, les pesticides, les vaccins, on nous parle du mercure, on nous parle des métaux lourds, après on nous a parlé de l'alimentation, de la malbouffe évidemment...

On nous parle de tous les colorants, du gluten, de la caséine, donc y'a des enfants qui suivent des régimes spéciaux, sans gluten, sans caséine, pour voir si ça améliore leur comportement, par exemple...

Moi je l'ai pas fait, mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de parents qui le font. Ça peut être lié, en effet, à l'environnement. Après on nous a dit : "c'est les antennes des téléphones portables"...

Bon. Parce que c'est vrai que dans certaines régions, comme par exemple y'a eu une enquête de faite à Los Angeles...

A Los Angeles, y'a un endroit où y'a plus d'enfants autistes qu'ailleurs. Bon. Et c'est un truc où ils sont à côté de centrales nucléaires, etc.

Bon. Est-ce que c'est ça, est-ce que c'est pas ça...

Le problème c'est qu'il faut soulever le problème ! Il faut que ça soit un problème politique, qui soit soulevé par les politiques, il faut qu'il y ait de véritables réflexions, avec des chercheurs, des scientifiques du monde entier qui travaillent sur ces sujets, pour essayer de savoir s'il y a un lien en effet avec l'environnement et puis l'autisme. On parle presque d'épidémie d'autisme !

Puisque les chiffres ont, pfou...

Ont triplé, quadruplé, et dans certaines régions c'est vrai qu'ils sont accrus ! Donc il faut essayer de comprendre aussi ça. Mais il faut que les politiques s'y intéressent !

JLM : Moi je voulais que cette question-là soit posée, parce que le retour des amis médecins, leur ressenti c'est une explosion des malformations chez les enfants. Et puis les malformations génitales, et malformations de toutes sortes. Qui leur faisaient penser - mais moi j'ai aucune compétence pour l'affirmer hein - que le facteur environnemental pesait d'une manière dorénavant beaucoup plus importante que dans le passé sur les enfants.

Avec d'autres symptômes, qu'on aperçoit sur la baisse de la fertilité des hommes, etc., on voit bien que c'est les caractéristiques humaines qui sont touchées. Et là, par définition, clairement le facteur environnemental est ciblé.

OC : Par exemple, d'après le professeur Montagnier, qui a fait des recherches - alors bon il est contesté aussi par certaines familles, donc voilà, bon ça a été un peu l'hystérie collective, mais il parle d'un champignon que la mère développerait pendant la grossesse et qui serait transmis à l'enfant...

C'est vrai que beaucoup d'enfants autistes ont des problèmes digestifs ! Donc ils arrivent pas à tout manger, à manger certaines textures, ils digèrent pas très bien...

Donc il y a des pistes, mais il faut aller fouiller ces différentes pistes. C'est vrai que les chercheurs n'ont pas non plus beaucoup d'argent pour aller faire de la recherche, donc la plupart partent aussi à l'étranger. On a le professeur Bourgeron qui a une piste génétique, mais pour l'instant ce ne sont que des pistes et on ne sait pas comment expliquer l'autisme, mais on doit aller chercher !

On doit soulever ces problèmes. JLM : Je crois que c'est ça qu'on va se dire : c'est qu'il ne faut pas reprocher aux gens de dire ici ou là une bêtise - parce qu'il doit y en avoir - si on ne se met pas soi-même en situation de savoir ! Donc c'est absurde à la fin de pointer du doigt, de dire : "telle explication est grotesque", "telle autre..." Bah peut-être bien !

Mais alors dans ce cas quelle est l'explication ? Et là on découvrirait qu'on ne la cherche pas, c'est ça que vous dites. OC : Oui, et puis je pense que c'est un travail collectif.

Donc il faut arrêter aussi les guéguerres entre les associations de familles, les psychanalystes. Il faut s'asseoir tous à table, arrêter l'hystérie. Aujourd'hui, le but c'est pas de savoir qui a raison.

Le but c'est d'aider les gens. Voilà. Et d'aider ces gamins...

JLM : Heu, je crois que c'est le bon point de départ hein ! OC : Donc je pense qu'il faut déjà s'asseoir, arrêter la guerre, arrêter les petits tribunes où on nous traite de communautaristes...

J'ai lu une tribune dernièrement d'un psychanalyste qui nous traitait d'antisémites, parce que certains psychanalystes sont juifs ! Alors ça prend des proportions complètement délirantes ! Alors à un moment donné faut s'arrêter, faut se taire, faut s'asseoir à table, regarder de façon pragmatique les choses, voilà.

JLM : Olivia, ça c'est l'air du temps, qui va ethniciser tout, essentialiser tout, l'esprit des Lumières a beaucoup reculé ! Moi je me soucierais de rien de tout ça si j'avais à en connaître et à décider. OC : Moi je suis prête à m'asseoir avec tout le monde à table, et regarder les résultats.

Qu'est-ce qui marche aujourd'hui pour les enfants autistes? On a des adultes autistes qui s'en sont quand même sortis ! Alors on guérit pas de l'autisme à 100%, et d'ailleurs les autistes veulent pas se guérir.

Mais on arrive à vivre avec les autres. En apprenant les codes. Donc regardons de façon pragmatique les choses, voyons ce qui marche, ce qui marche pas, essayons en effet de travailler sur le pourquoi de l'autisme, pourquoi ça explose aujourd'hui...

Il faut qu'on arrive à comprendre ça, c'est l'avenir des enfants, des générations futures, et on peut pas...

On doit créer notre société nouvelle quoi ! JLM : Ouais, y'a la dimension humaine qui est bouleversante. Et puis il y a l'aspect collectif !

C'est pas possible, on peut pas continuer à se cacher qu'on est dans un tournant ! Ce nombre d'enfants qui ont toutes ces difficultés, j'ai évoqué tout à l'heure d'autres malformations, bon...

Le poids des facteurs environnementaux, la puissance de ceux qui sont en état d'interdire qu'on en parle, parce que - là je ne parle pas de ce sujet hein, mais je parle du poids des lobbies de l'industrie chimique...

OC : Bien sûr. JLM : Bon, là on vient de le voir encore là, l'Union européenne a autorisé je-ne-sais-combien de maïs génétiquement modifiés, ce qui bon pose le problème que l'on connaît. Mais en plus du fait que comme ces maïs sont résistants aux pesticides, on va en mettre encore plus qu'avant !

Et tout ça, dans la chaîne alimentaire, à la fin ça finit dans nos...

OC : Il faut que ce sujet soit un sujet majeur. Le sujet du handicap, ça touche quand même 8 millions de personnes hein. Bon, l'autisme c'est 600 000, mais c'est 8 millions de personnes !

Et c'est les frères, c'est les sœurs, c'est quand même beaucoup de monde ! Donc, pourquoi c'est un sujet mineur ? Donc il faut le remettre sur le devant de la scène, il faut que la gauche s'y intéresse, parce que moi qui suis une femme de gauche, eh bah...

Voilà. Ça me touche, ça me blesse, je me dis : "les gens de MON parti ne se préoccupent pas de nous". JLM : Merci Olivia, on espère que cette petite émission fasse avancer la sensibilité, en tout cas ça a fait avancer la mienne, c'est déjà ça !

Alors maintenant il faut que je sacrifie à ce rite absurde que j'ai inauguré dans cette émission, qui est "le coup de coeur" ! Après je sais pas pourquoi on fait ça, mais on le fait. Mon coup de coeur il concerne le spectacle d'une camarade, d'une amie - je dis camarade hein !

Parce que les membres du Parti de Gauche c'est comme ça qu'ils s'appellent entre eux - qui est Danielle Simonnet, qui est élue de Paris et qui raconte, qui a trouvé une forme d'expression...

Alors elle fait pas un meeting, elle fait une conférence gesticulée. En réalité, c'est une forme de mise en scène d'un récit politique, c'est exactement ce que je fais dans beaucoup de mes meetings hein ! Mais là c'est plus sophistiqué, c'est plus développé, c'est...

Et il s'agit de...

Le titre est absolument invraisemblable, ça parle de l'uberisation de la société, des taxis, et des ovaires de l'actrice, de la seule en scène. Bon. Alors elle raconte ça, l'uberisation de la société à travers le cas particulier des taxis.

Danielle Simonnet : Le directeur-adjoint du cabinet de madame Hidalgo me l'a bien dit : "mais Danielle ! Mais qu'est-ce que tu nous prends la tête avec tes taxis ?" Thévenoud, c'est le Speedy Gonzales de la Vème République !

Le mec, il a tenu neuf jours au gouvernement.