Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
debateyoutube.com 21 min

Face-à-Face : Mathilde Panot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

Tout juste 8h33 sur RMC et BFM TV, mon invité ce matin dans le face-à-face, c'est Mathilde Panot, la présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Bonjour Mathilde Panot. Bonjour. Alors on va bien sûr parler des débats autour de la violence en politique, de la proposition de loi, débattue le 8 juin pour abroger les 64 ans, mais d'abord un mot sur un de vos députés, vous êtes présidente de groupe, je viens de le dire, Carlos Martins Bilingo, déjà sous le coup d'une enquête notamment pour des soupçons de fraude fiscale et de blanchiment. BFM TV a révélé hier qu'il avait bénéficié d'un logement social jusqu'à fin 2022.

Tout en étant propriétaire de deux appartements depuis 2018, un logement social, qu'il aurait par ailleurs souloué à sa sœur entre 2020 et 2022, lui dit que tout est légal. Mais sur le plan éthique, Mathilde Panot, est-ce qu'on peut être député insoumis, critiquer le mal logement et garder un logement social alors qu'on est multipropriétaire ?

0:56
Mathilde Panot

Alors monsieur Duhamel, je vais commencer par mettre les choses au point pour que tout le monde comprenne de quoi on est en train de parler. Allez-y. Donc il y a des fuites qui sont feuilletonnées sur la personne de Carlos Martins Bilingo, avec des éléments dont la presse nous fait écho, BFM et le Parisien, mais sur lesquels l'intéressé lui-même n'a aucun élément précis de ce qui lui est reproché, si ce n'est ce qui est dans la presse, qu'il dément. Il dément les différentes informations.

1:22
Présentateur

C'est d'ailleurs ce que j'ai précisé, les soupçons. Là, je vous parle de quelque chose que Carlos Martins Bilingo a parfaitement confirmé.

1:29
Mathilde Panot

Je vais aller sur votre question juste après. Non, non, il ne confirme pas qu'il soulève sa sœur par exemple.

1:33
Présentateur

Il n'en parle pas dans son communiqué de presse pour être apprécié. Oui, mais il ne le confirme pas.

1:36
Mathilde Panot

Je vais vous dire, une enquête préliminaire, c'est une enquête qui permet de déterminer si on ouvre une instruction ou pas. Et moi, je ne suis pas d'accord avec le fait qu'il y ait des fuites illégales qui permettent ensuite à ce qu'un intéressé ne puisse pas lui-même avoir connaissance des éléments.

1:49
Présentateur

Il y a des journalistes qui font leur travail, qui sortent des informations.

1:51
Mathilde Panot

Carlos Martins Bilingo est à disposition pour répondre à toute question qui lui serait posée. Et lorsque lui-même n'a ni été convoqué ni mis au courant, je trouve ça problématique.

1:59
Présentateur

Sur la question de son logement social.

2:02
Mathilde Panot

Ensuite, la deuxième chose, le logement social, de quoi parle-t-on ? On parle d'un logement familial dans lequel il a habité à partir de 2013, quand sa mère est morte lorsqu'il avait 22 ans. Il est resté dans le logement familial en toute légalité. Et je vais vous dire, Carlos Martins Bilingo est un élu des quartiers populaires qui a réussi à sortir du logement social et a donc, oui, ensuite été dans un appartement pour libérer ce logement social, ce qui est tout à fait légal.

2:34
Présentateur

Je ne me place pas sur le plan légal. Je posais la question éthiquement, moralement. En 2018, M. Bilingo achète deux appartements. Et pour autant, il ne laisse pas son logement social avant 2022, quand on sait qu'il y a 2,4 millions de personnes en France qui sont en attente d'un logement social. Comment est-ce qu'on peut comprendre qu'un individu qui a les moyens d'acheter deux appartements ne laisse pas son logement social à quelqu'un qui en aurait besoin ? C'est ça la question que je vous pose.

2:58
Mathilde Panot

Alors déjà, je vais dire la première chose. Ne nous faites pas croire ici que ça serait parce que M. Bilingo aurait gardé son appartement que ça aurait réglé la question des 4 millions de mal logés, sur lequel il y a des politiques à faire.

3:09
Présentateur

Ça aurait peut-être permis à quelqu'un d'avoir un logement social qui en a besoin et qui l'attend.

3:13
Mathilde Panot

Et ensuite, sa sœur vivait avec lui dans le logement. Et donc, il a essayé de voir avec le bailleur s'il était possible que sa sœur puisse continuer à vivre dans l'appartement familial. Cela n'a pas été possible. Il a rendu l'appartement social. Et pour le coup, c'est exactement...

3:26
Présentateur

Quand est-ce qu'il l'a rendu, Mme Panot ?

3:27
Mathilde Panot

Je ne sais pas. Écoutez, je ne suis pas...

3:29
Présentateur

Non, mais si, moi je vais vous le dire. En décembre 2022, alors qu'il quitte son logement social en 2020, ça veut dire que pendant près de deux ans, il souloue cet appartement à sa sœur.

3:37
Mathilde Panot

Eh bien, écoutez, M. Bilingo dément cela. Non, non, il ne dément pas, pas du tout. Nous verrons ensuite avec une enquête ou une convocation de M. Bilingo comment il pourra répondre à ça. Mais moi, je n'accepte pas qu'on présente M. Bilingo en feuilleton régulier comme quelqu'un qui chercherait en quelque sorte à truander, comme quelqu'un...

3:57
Présentateur

Non, mais rien de tout ça ne vous choque. Non, mais juste pour que les auditeurs et les spectateurs puissent comprendre.

4:02
Mathilde Panot

Rien ne vous choque. En fait, je ne me prononce pas sur des fuites.

4:05
Présentateur

Mais attendez, des fuites. M. Bilingo a fait un communiqué de presse et des informations qui ont été confirmées. Oui. Le fait, encore une fois, je le répète, et puis après on ne va pas feuilletonner, on ne va pas passer toute l'interview là-dessus, mais c'est important d'avoir un logement social et d'être en même temps propriétaire de deux appartements. Ça ne vous choque absolument pas.

4:19
Mathilde Panot

Mais en fait, vous présentez ça comme si M. Bilingo aurait demandé un logement social alors qu'il était propriétaire, alors que justement, il est devenu propriétaire pour pouvoir quitter le logement social, ce qui, je trouve, est à peu près normal.

4:30
Présentateur

Et pendant quatre ans, on garde un logement social alors qu'on est multipropriétaire ? Ça ne vous choque pas ?

4:33
Mathilde Panot

Mais en fait, vous présentez la manière dont ça a été fait, comme si M. Bilingo aurait cherché à cacher de l'argent, alors ça serait son fameux compte à l'étranger qui a été présenté.

4:44
Présentateur

Là, je parle d'une question sur laquelle M. Bilingo s'est prononcé lui-même. Il a confirmé ces informations. Le fait de garder un logement social alors même qu'on est propriétaire de deux appartements, ça ne vous choque pas ?

4:54
Mathilde Panot

J'attendrai que la justice et la police puissent faire son travail sur cette question, mais je le redis. M. Bilingo, dès qu'il a pu...

5:02
Locuteur non identifié

C'est illégal. Là, je me place sur le plan éthique et moral.

5:04
Mathilde Panot

Oui, moi aussi, je me base là-dessus.

5:06
Locuteur non identifié

Dès qu'il a pu, donc quatre ans. C'est long, quatre ans.

5:08
Mathilde Panot

Mais en fait, il a fait les choses dans les règles, je le répète. Il a vu avec le bailleur s'il était possible de céder, enfin de mettre au nom de sa sœur le logement dans lequel vivait sa famille. Vous vous rendez compte de quoi on est en train de parler ? On tape sur les gens des quartiers populaires lorsqu'ils sont au RSA parce que, soi-disant, ils ne peuvent pas se débrouiller. On ne supporte pas... Mais quel est le rapport, là ? Le rapport, il est que, oui, M. Bilingo a fait des choses pour essayer de sortir du logement social et a réussi à sortir du logement social. Je ne vois pas en quoi est-ce que c'est un problème éthique.

5:38
Présentateur

Et pendant quatre ans, il l'a gardé. Pendant deux ans, il l'a souloué à sa sœur. OK.

5:41
Mathilde Panot

Non, non, je conteste le fait qu'il l'ait souloué. En fait, M. Bilingo le conteste.

5:46
Présentateur

Sa sœur y habitait et il y avait des revenus locatifs. C'est-à-dire que sa sœur lui payait un loyer. Je ne sais pas comment vous pouvez appeler ça, mais ça s'appelle de la sous-location.

5:52
Mathilde Panot

Nous verrons ce que donnera. Mais non, il conteste le fait qu'il y ait eu une sous-location sur cette question.

5:57
Présentateur

Un socialiste anonyme cité dans Le Parisien dit que ça va être le Cahuzac de La France Insoumise. Est-ce qu'il peut rester au sein du groupe La France Insoumise ?

6:03
Mathilde Panot

Encore une fois, je ne prends aucune décision pour le groupe sur la base de fuite. J'attends de savoir. Première chose. Deuxième chose, c'est quand même un peu osé. Rappelez-vous, M. Cahuzac était ministre du budget. Ce n'est pas du tout le cas de M. Bilingo. Et on parle de sommes qui dépassaient des millions. Ce qui, là encore, n'est pas le cas.

6:20
Présentateur

Donc, pas de sanctions à l'État ?

6:22
Mathilde Panot

Non. Écoutez, vous avez une enquête préliminaire. Moi, j'aimerais bien savoir le nombre de députés qui ont des enquêtes préliminaires. Et par ailleurs, je trouve tout à fait normal que l'activité des députés soit contrôlée. Mais juste, j'aimerais savoir sur quoi est-ce qu'on se base exactement.

6:35
Présentateur

Et si un manquement était avéré, là, à ce moment-là, vous pourriez effectivement prendre une décision, une sanction ?

6:41
Mathilde Panot

On verra, mais ce n'est pas du tout ce qui est en train de se passer pour l'instant.

6:44
Présentateur

Mathilde Panot, l'agression du petit-neveu de Brigitte Macron à Amiens a suscité une condamnation quasi unanime de la classe politique. Et c'est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon est accusé d'ambiguïté. C'est le mot qui est utilisé. Premier tweet avant-hier de Jean-Luc Mélenchon. Des commentateurs indifférents aux tentatives de meurtre et agression racistes me sommes de me prononcer sur l'agression à Amiens contre le chocolatier trogneux, donc le petit-neveu. Il exprime sa compassion, Jean-Luc Mélenchon, tout de suite suivi d'une demande à, je cite, « Macron d'en faire autant pour nos amis agressés ».

Pourquoi est-ce que Jean-Luc Mélenchon ne condamne-t-il pas tout simplement, sans nuance, sans tout ramener à lui systématiquement ? C'est d'ailleurs ce que vous avez fait, ce que François Ruffin a aussi fait, ce qu'Alexis Corbière a fait. Pourquoi toujours ramener cela vers le 8 mai ?

7:25
Mathilde Panot

Monsieur Duhamel, n'essayez pas d'utiliser les éléments de langage du gouvernement sur cette question. Ils ne sont pas crédibles. Je vais vous expliquer pourquoi. Nous avons toujours condamné toute violence qui atteint à l'intégrité physique des personnes. Nous continuons de le faire et donc nous condamnons, de fait, sans aucun « mais après » ou je ne sais quoi, l'agression qui a été pour le petit-neveu de Brigitte Macron, comme pour n'importe qui. Nous ne sommes pas d'accord avec la violence en politique. Et nous condamnons tout aussi fermement le fait que les condamnations soient en quelque sorte à géométrie variable.

8:02
Présentateur

C'est-à-dire ?

8:03
Mathilde Panot

Eh bien, lorsque vous regardez par exemple ce qui s'est passé avec le maire de Saint-Brévin, qui hier encore, dans une audition, expliquait qu'il avait prévenu le préfet, qu'il avait prévenu le gouvernement et qu'il n'y avait rien eu derrière, et que ce maire quitte aujourd'hui sa fonction de maire et sa ville parce que son domicile a été incendié par l'extrême droite sans qu'il ne se passe rien, cela m'inquiète. Quand je vois l'ambiance du pays général, vous avez des ratonnades qui sont faites par l'extrême droite, dont un de nos collaborateurs insoumis a été victime jusqu'à aller à l'hôpital.

Vous avez des gens d'extrême droite qui défilent dans nos rues, encore hier à Annecy, face en milice, des militants insoumis qui ont été agressés à Lyon.

8:42
Présentateur

Madame Pannot, on parle de tout ça d'ailleurs dans nos journaux. Là, la question, c'est pourquoi Jean-Luc Mélenchon donne-t-il l'impression, quand il réagit à ce qui s'est passé à Amiens, au fond, de dire qu'il est sommé de réagir, de tout de suite expliquer qu'il aimerait qu'il y ait autant de célérité dans les réactions que quand il s'agit de X ou Y ? Il ne peut pas dire simplement « on condamne, c'est inqualifiable », ce que vous avez fait d'ailleurs.

9:02
Mathilde Panot

Parce que je vais vous dire pourquoi. Jean-Luc Mélenchon a raison. Parce qu'en quelque sorte, on essaye toujours de nous faire passer pour des violents. Or, les violents aujourd'hui, dans notre République et dans l'histoire de notre pays, c'est l'extrême droite. Et je suis inquiète de l'inaction de ce gouvernement, voire des paroles de M. Darmanin sur cette question. Quand je vous explique la situation du pays, le planning familial qui est sans cesse attaqué par l'extrême droite, quelle est la réaction de Mme Borne face à cette situation générale ? Elle nous explique que la France insoumise est plus dangereuse que le Rassemblement national. Eh bien, je trouve ça irresponsable.

Je trouve ça dangereux.

9:37
Présentateur

Madame Pannot, quand on attend toujours la réaction de Jean-Luc Mélenchon à ce qui s'est passé le 1er mai, c'est-à-dire un policier incendié par un cocktail Molotov, est-ce que vous comprenez qu'on puisse se dire qu'il y a parfois des indignations précisément à géométrie variable et qu'un ancien candidat à l'élection présidentielle n'ait toujours rien dit là-dessus ? Ça peut interroger. Vous comprenez qu'on se pose la question ?

9:56
Mathilde Panot

Non, je ne comprends pas. Je ne comprends pas parce que vous comprenez qu'on puisse se poser la question sur le fait que, évidemment, que personne n'appelle ici à ce que quelqu'un soit brûlé, blessé. Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans violence sur l'intégrité physique des personnes, quelles qu'elles soient, y compris les manifestants ? Et nous, nous ne faisons pas la différence entre les deux. Et je vais même dire plus loin. Rappelez-vous de Didier Lallement, l'ancien préfet de Paris, qui expliquait qu'il y avait deux camps. Eh bien, nous, nous ne sommes pas d'accord. En République, il n'y a pas deux camps.

Et ce qui est fait aujourd'hui, dans les manifestations, met en danger à la fois les manifestants et les policiers du fait des ordres de M. Darmanin. Alors, pourquoi font-ils cela sur la violence ? C'est ça qui est intéressant. Pourquoi nous ciblent-ils ? Parce qu'ils veulent faire une opération grossière de diversion sur la question des retraites.

10:43
Présentateur

Et on va en parler dans un instant, mais j'aimerais juste rester sur ce sujet. Vous comprenez bien que derrière tout ça, il y a la question de la responsabilité des élus dans ce climat de violence. Quand un de vos élus, M. Prudhomme, sous les fenêtres du parti Renaissance, reprend un slogan qu'on entendait dans les manifestations. Louis XVI, on l'a décapité. Macron, on va recommencer. Est-ce que vous comprenez qu'on puisse se dire que ce type de prise de parole-là désinhibe une forme de violence physique ?

11:08
Mathilde Panot

Non. Alors, je vous le dis parce que vous parlez seulement d'un des élus régionaux, mais vous auriez pu parler aussi, alors on nous parle d'un ballon de foot qui aurait ensuite déclenché une violence incroyable. C'est vous qui en parlez, oui, on peut aussi l'évoquer.

11:20
Présentateur

Mais là, M. Prudhomme qui reprend ce slogan. Quand ensuite, on voit ce qui se passe. On se dit qu'il y a une forme de, je ne sais pas si responsabilité, le mot est bon, mais du moins qu'il y a une forme de, que parfois la violence verbale peut aboutir à la violence physique. Vous comprenez qu'on se pose cette question ?

11:34
Mathilde Panot

Alors, je vais vous dire, justement, peut-être commencez-vous à découvrir qu'il y a des formes carnavalesques, que oui, il y a des caricatures, que oui, il y a des grandes marionnettes. Et il y a toujours eu ça dans les manifestations.

11:46
Présentateur

C'est du carnaval de dire, Louis XVI, on l'a décapité, Macron va commencer.

11:49
Mathilde Panot

Oui, et ça s'appelle même un exutoire à la colère populaire. Et je vais aller même un peu plus loin. Parfois, nous avons des mots très âpres, y compris dans l'Assemblée ou dans la manière dont nous parlons sur ce qui se passe dans le pays et la responsabilité qu'a Emmanuel Macron dans la situation de tension dans le pays. Parfois, nous avons des mots très âpres. Mais c'est ça la démocratie. Parce qu'en démocratie, les conflits doivent justement se régler de manière pacifique. Et nous, parce que nous exprimons cette colère, justement, nous permettons de faire en sorte…

12:16
Présentateur

Mais vous canalisez la colère ou est-ce que vous l'attisez ? Non. On permet de… Des gens entendent ce genre de choses, ils se disent au fond… Comment dire ? Les mots sont tellement violents que peut-être que ça désinhibe une forme de violence physique.

12:27
Mathilde Panot

Eh bien, je ne crois pas et je crois même, je vais aller plus loin, que nous sommes les seuls à prendre réellement au sérieux la crise démocratique dans laquelle est notre pays. Que nous sommes les seuls qui, depuis le début, proposons des sorties par le haut sur la question du référendum, du retour devant le peuple, du référendum d'initiative partagée, de la proposition de loi du 8 juin que nous avons co-signée pour l'abrogation de la réforme des retraites. Eh bien, ça, c'est des manières de sortir par le haut des conflits. Voilà ce que nous faisons. Et oui, nous sommes une alternative politique à ce gouvernement. Et donc, nous n'attisons pas les violences.

Nous ne croyons pas à la violence en politique. Nous croyons à le fait que nous puissions prendre le pouvoir, le peuple puisse reprendre le pouvoir sur son destin, par les urnes. Je vais le redire encore une fois, par les urnes.

13:09
Présentateur

Mathilde Panot, l'entreprise Verbaudet traverse un conflit social très tendu. Une partie des salariés sont en grève pour demander des augmentations de salaires. Et la section CGT de l'entreprise a dénoncé des violences à l'égard d'un délégué CGT. Je vais citer leur communiqué de presse, copieusement gazé, frappé, expédition punitive de type fasciste. Le Parquet de Lille a ouvert une enquête, même si ce délégué syndical ne souhaite pas porter plainte en l'État. Est-ce que vous avez d'autres informations sur ce qui s'est passé ? Notons également qu'une autre gréviste a porté plainte. Elle dit qu'un policier l'a étranglé, l'aurait étranglé sur un piqué de grève.

13:40
Mathilde Panot

Bon, déjà, je veux apporter évidemment mon soutien à ce syndicaliste gréviste agressé, à cette gréviste qui, elle, est à l'hôpital suite à l'opération policière pour enlever le piqué. On parle d'ouvrières, principalement des femmes, qui depuis 60 jours sont en grève pour avoir 150 euros nets d'augmentation de salaire, qui ont des salaires qui sont inférieurs à 1500 euros et qui font du travail à la chaîne.

C'est juste pour replacer et qui, en quelque sorte, expriment la volonté générale de ce qui se passe dans le pays, de gens qui n'en peuvent plus et qui se battent pour que les salaires augmentent dans ce pays, puissent relancer la consommation populaire, aident les petites et moyennes entreprises, bref, qui se battent pour l'intérêt général.

14:22
Présentateur

Vous êtes satisfaites que le parquet de l'île ait ouvert une enquête ? Parce qu'il y a parfois cette idée, au fond, qu'il y a une sorte de sous-estimation. Hier, Jean-Luc Mélenchon dit « Cet homme n'est pas chocolatier, mais délégué syndical CGT d'une boîte en grève ». Comme si, au fond, il y avait un deux poids deux mesures. Là, le parquet de l'île s'est dit.

14:36
Mathilde Panot

Oui, mais heureusement, vous vous rendez compte, parce que là, vous avez cité un point du communiqué, mais je vais quand même redire ce qui s'est passé. Cet homme a été enlevé dans une camionnette devant son fils. Il a ensuite été séquestré. Il a été tabassé. Il a été gazé. Il a été dépouillé et ensuite rejeté à plusieurs kilomètres de chez lui.

14:55
Présentateur

D'ailleurs, puisque vous citez le communiqué, Jean-Luc Mélenchon dit « Par qui deviner silence des grandes consciences ? » Et rappelons que ce communiqué de la CGT évoque des policiers en civil. Est-ce que vous avez des éléments permettant de dire que c'était des policiers en civil ?

15:07
Mathilde Panot

Non, nous n'avons pas d'éléments pour dire que c'était des policiers. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon relaie un communiqué avec cette phrase ? Je vous explique. C'est parce que nous avons eu contact avec ce gréviste qui est dans un état de choc profond, comme vous pouvez l'imaginer. Et effectivement, ces gens qui l'ont enlevé, séquestré, j'espère que nous déterminerons extrêmement vite qui c'est, se sont présentés comme des policiers. Ces gens avaient des armes, ces gens avaient des menottes sur eux.

15:31
Présentateur

Et donc cela permet d'attester avec certitude, comme le fait le communiqué de la CGT, que c'était des policiers en civil ?

15:36
Mathilde Panot

Je ne sais pas. Je ne sais pas. C'est ce que permettra de déterminer l'enquête.

15:39
Présentateur

Mais la CGT ne se pose pas la question. Elle affirme que c'était des policiers en civil ?

15:43
Mathilde Panot

Oui, la CGT relaie ce que dit le syndicaliste avec des gens...

15:46
Présentateur

Et donc vous avez des preuves que c'était des policiers en civil ?

15:49
Mathilde Panot

Non, je viens de vous expliquer que la question n'est pas là. C'est important de savoir qui est à l'origine de cette agression. Le plus important, c'est de comprendre comment est-ce possible qu'un représentant syndical dans notre République soit aujourd'hui à ce point-là agressé avec des méthodes qui rappellent les pires heures des dictatures dans l'histoire du monde. C'est ça qui est important. Alors après, on verra qui a fait ça.

16:14
Présentateur

Et donc juste, contrairement à ce que dit le communiqué de presse de la CGT Verbeaudet, relayé par Jean-Luc Mélenchon, vous n'avez pas de certitude qu'il s'agissait de policiers en civil ?

16:21
Mathilde Panot

Non, ces gens ont dit qu'ils étaient des policiers, qu'ils avaient des armes, qu'ils avaient des menottes. Sont-ils policiers ou pas ? L'enquête le déterminera.

16:29
Présentateur

Un tout dernier mot sur ce sujet des violences, Mathilde Panot. Après la démission du maire de Saint-Brévin, dont la maison a été incendie, rappelons-le, le gouvernement a dit vouloir alourdir les sanctions pénales quand il s'agit de violences contre les élus, au même niveau que les atteintes contre les policiers. Est-ce que vous soutiendrez cette initiative si la loi doit être changée ?

16:46
Mathilde Panot

On verra ce qu'il y a exactement dedans, parce qu'on a l'habitude des surprises avec la Macronie. Mais je ne crois pas que c'est ça qui règle la question au fond. Alors on verra quelle sera la position du groupe. Mais regardez sur Saint-Brévin, où d'ailleurs j'invite tout le monde à se rendre à Saint-Brévin le 24 mai, en soutien au maire de Saint-Brévin. La question n'est pas la sanction derrière. La question est qu'a fait l'État pour protéger ce maire. Et c'est là où l'État et le gouvernement a failli sur cette question. Et je vais vous dire, je suis présidente d'un groupe dans lequel il y a beaucoup de députés qui sont sous menace constante de l'extrême droite.

Je pense à Ercilia Soudé qui a été agressée dans la rue récemment par quelqu'un d'extrême droite. Je le dis très solennellement. Il se passe quelque chose de très grave dans ce pays. Alors le gouvernement peut continuer à pointer la France insoumise comme il le fait.

17:33
Présentateur

Vous demandez des protections de la part du ministère de l'Intérieur à l'égard de ses élus qui sont renacés sur vous.

17:38
Mathilde Panot

Mais vous avez vu ce qui s'est passé récemment sur la question du projet d'attentat qui visait Jean-Luc Mélenchon, Médine, le CRIF et des mosquées.

17:45
Présentateur

Il y a eu des interpellés, ils passeront devant la cour de 6 d'ailleurs.

17:47
Mathilde Panot

Oui, mais à l'époque, ils n'ont été ni informés, ni protégés. Et c'est la deuxième fois que ça arrive. Et je pose sérieusement la question. Est-ce que le gouvernement est en train de régler ses comptes politiciens pour décrédibiliser l'alternative politique que nous sommes ? Ou est-ce qu'il prend en compte l'ampleur du problème dans ce pays et l'état de tension dans lequel il met ce pays ?

18:06
Présentateur

Mathilde Panot, un tout dernier mot. Le 8 juin sera donc discuté à l'Assemblée nationale la proposition de loi Liott pour abroger les 64 ans. Hier soir, Elisabeth Borne a déclaré que cette proposition de loi était inconstitutionnelle. Elle fait référence au fait que passer de 64 à 62 ans, cela créerait une dépense qu'elle estime à 18 milliards d'euros. Qu'est-ce que vous répondez à Elisabeth Borne ?

18:23
Mathilde Panot

J'alerte solennellement. Si le gouvernement décide de mettre la pression sur l'Assemblée nationale pour que la proposition de loi soit déclarée irrecevable et donc qu'elle ne puisse pas être examinée le 8 juin, alors ça aura un effet aussi déflagrateur que le 49-3 l'a eu. Et je vais vous dire, un des gros problèmes...

18:42
Présentateur

Mais c'est-à-dire un effet déflagrateur ?

18:44
Mathilde Panot

Eh bien, vous avez vu, quand il y a eu 49-3, il y a eu des jeunes qui sont sortis par milliers pour dire « nous ne sommes pas d'accord avec cette manière autoritaire de continuer ».

18:52
Présentateur

Et si cette proposition de loi est déclarée irrecevable, il y aura des violences, il y aura des manifestations incontrôlées ?

18:57
Mathilde Panot

Je n'ai pas dit des violences, je dis des jeunes qui manifestent. Ça n'a rien à voir avec des violences.

19:01
Présentateur

Après le 49-3, on avait vu en l'espèce des violences.

19:04
Mathilde Panot

Enfin oui, et puis on a vu aussi 97% des gens qui ont été arrêtés, qui ont été relâchés sans poursuite, donc des arrestations arbitraires. Mais ce que je dis, c'est que ce n'est pas possible d'avoir un gouvernement qui bouche l'ensemble des issues démocratiques jusqu'à nous empêcher, ce qui serait un précédent extrêmement grave pour notre démocratie, de discuter d'un texte. Alors, on vous explique que ça va coûter cher. Mais enfin, qu'est-ce qui va coûter cher ? Elle vient d'être votée, elle n'est même pas appliquée. Ça ne coûte absolument rien.

19:29
Présentateur

C'est surtout qu'en réalité, au-delà de la question de la recevabilité ou non, vous vendez des illusions aux Français. Même si cette loi était votée à l'Assemblée nationale, vous savez pertinemment qu'entre le Sénat, qui ne votera pas pour les allers-retours, la question de la commission mixte paritaire de l'inscription à l'heure du jour, la réforme des retraites ne sera pas abrogée. Elle rentrera en vigueur le 1er septembre. Donc, au fond, est-ce que vous ne vendez pas un peu du vent aux Français en leur disant que la réforme va être abrogée ? Vous vous rappelez du contrat de première embauche en France ? Oui, très bien.

19:53
Mathilde Panot

Contrat de première embauche 2006. Votez à l'Assemblée, votez au Sénat, promulgué. Donc, vous croyez encore que le président de la République

19:58
Présentateur

puisse reculer sur la réforme des retraites ?

20:00
Mathilde Panot

Je vais vous dire, cette réforme des retraites empoisonne le quinquennat d'Emmanuel Macron. Vous croyez qu'ils peuvent continuer encore 4 ans comme cela ? Vous croyez que les gens vont tourner la page sur ce qui constitue leur vie, ce qu'ils vivent dans leur chair ? Quand on parle de gens qui vont devoir travailler 2 ans de plus avec parfois 15 000 personnes qui ne vont pas avoir leur retraite parce qu'ils vont mourir avant, avec des gens qui vont être en retraite en mauvaise santé, c'est hors de question. Et je vous le dis, il faut être très nombreux et nombreuses le 6 juin dans la rue à l'appel de l'intersyndical et le 8 juin, il y aura un vote.

Et ce vote sera un point d'appui dans notre rapport de force extrêmement important. Et je rappelle que c'est l'Assemblée nationale qui a le dernier mot dans notre démocratie parlementaire.

20:37
Présentateur

Merci Mathilde Panot, 8h53 sur RMC et BFM TV.