Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 26 août 2017 10 min

Olivier Faure : "On a une entrée dans l'atmosphère difficile pour Jupiter"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

8h19 sur France Inter, bonjour Olivier Faure.

0:02
Olivier Faure

Bonjour.

0:03
Présentateur

Olivier Faure, président du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée Nationale. Est-ce que vous trouvez, comme la Première Ministre polonaise Olivier Faure, qu'Emmanuel Macron est arrogant et que c'est probablement dû à son inexpérience ?

0:15
Olivier Faure

Je vois surtout qu'on a une entrée difficile dans l'atmosphère pour Jupiter. Et que finalement, il apparaît très fébrile dans cette rentrée. C'est apparu assez clairement, effectivement, dans ses légalitions sur la Pologne, mais aussi sur la façon dont il a qualifié la France de pays irréformable, avec un peuple français dont il a montré, finalement, qu'il le considérait comme un peuple difficile, un peuple qu'il a pourtant élu. Et puis, c'est aussi cette façon nouvelle de communiquer, de répondre à un ancien président de la République, alors même qu'il s'était donné comme propre cahier des charges, de ne jamais rentrer dans la bataille politique et d'abord pas de l'étranger.

Donc, on voit bien qu'il a une rentrée compliquée et que, visiblement, ça le rend extrêmement nerveux.

1:04
Présentateur

Alors, de votre côté, chez les socialistes, on voit que la France insoumise est à Marseille pour son université d'été. Les communistes sont à Angers. Les républicains sont en ordre dispersés. Il se trouve où, le Parti socialiste, là-dedans ?

1:17
Olivier Faure

Le Parti socialiste, il était hier avec 500 de ses élus locaux à La Rochelle. Et il est ce matin, donc, à Paris, pour un séminaire qui va durer deux jours et qui va permettre d'établir ce qu'on a baptisé nous-mêmes une feuille de route, c'est-à-dire une façon d'engager la refondation de ce Parti sur de longs mois, parce qu'il ne faut pas confondre les cycles médiatiques. Là, vous êtes en train d'aller très vite.

1:42
Présentateur

Vous comprenez le sens de ma question. Dans cette galaxie de partis, vous vous situez où ? Vous avez plus de députés que la France insoumise. Et la France insoumise se présente aujourd'hui comme la seule opposition à Emmanuel Macron.

1:56
Olivier Faure

Oui, il se présente, comme vous le dites, comme la seule opposition. C'est une bonne guerre. Mais ce n'est pas parce qu'on fait beaucoup de bruit qu'on recueille beaucoup de suffrages. Et donc, moi, ce que je crois, c'est que... Enfin, ce que je vois surtout, c'est qu'il y a un an, presque jour pour jour, Emmanuel Macron était encore un inconnu, ou presque. Il est devenu président de la République. Et entre-temps, vous avez, je dis vous, journalistes, les condateurs, vous avez élu Alain Juppé, et puis après vous avez expliqué que Nicolas Sarkozy pouvait le battre à la primaire, puis vous avez élu François Fillon, puis etc.

Enfin, on a vu ce que ça a donné, et le résultat n'était pas du tout celui-là. Nous sommes à 5 ans de la prochaine échéance présidentielle. Donc, restons calmes. Essayons de ne pas confondre la volonté en permanence d'en découdre, et puis la volonté de reconstruire. Donc, je comprends bien pourquoi l'attente est forte, parce qu'on a un pouvoir qui s'affaiblit à une vitesse très rapide, et donc ça donne le sentiment d'une forme de vacances. Mais la réalité, c'est que nos institutions font que, pendant 5 ans, la République En Marche va diriger ce pays. Et donc, il n'y a aucune raison de confondre vitesse et précipitation.

Et ce que nous devons engager, ce n'est pas un ravalement de façade, repeindre les murs dans les prochaines heures, mais c'est d'arriver à engager une réforme profonde de ce que nous sommes, pour arriver à retrouver la confiance des Français dans les prochaines années.

3:17
Présentateur

Olivier Faure, vous parlez de refondation. Effectivement, il y a un séminaire à Paris pour les socialistes. Est-ce que la refondation passe par le changement de nom ?

3:26
Olivier Faure

C'est une possibilité. Il ne faut avoir aucun tabou. Il faut essayer de se faire comprendre. Moi-même, pour le groupe que je préside à l'Assemblée, il s'appelle Nouvelle-Gauche, parce que nous voulions adresser un signal à l'opinion que nous n'étions pas simplement la reproduction de ce qui avait été, mais que nous étions les premiers de cordée d'une ascension nouvelle. Donc, on va voir. Mais ce n'est pas le sujet essentiel. Le sujet essentiel, c'est effectivement sur quelle ligne, sur quelle base, sur quelle organisation, sur quel rapport à l'opinion, sur quel rapport aux nouveaux enjeux qui sont ceux de la société française. Et c'est ce que nous devons entreprendre.

Et donc, ce que nous allons décider dans les prochaines heures, c'est un processus qui doit associer le maximum de Français, qui doit nous permettre de retrouver celles et ceux qui ont encore un intérêt pour la gauche et leur dire, avec vous, nous allons chercher à comprendre à la fois les raisons de l'échec et en même temps, comprendre ce que nous devons aujourd'hui porter pour pouvoir retrouver la confiance des Français.

4:21
Présentateur

Mais vous, Olivier Faure, patron du groupe La Nouvelle Gauche à l'Assemblée ou Les Socialistes, Le Parti, enfin, peu importe le nom que ça prend, vous, vous aimeriez quoi pour votre parti ?

4:32
Olivier Faure

Moi, ce que j'aimerais, c'est d'abord d'avoir un parti qui soit un parti plus ouvert parce que nous avons des formes d'organisation qui, aujourd'hui, sont datées et qui ont servi parce qu'il faut plaider aussi.

4:44
Présentateur

Il faut refondre les fédérations ?

4:45
Olivier Faure

Il faut certainement tout revoir. Le fonctionnement de la vie interne des partis ne correspond plus à l'aspiration plus horizontale des Français. Et donc, il faut quelque chose de plus horizontal. En finir avec les formes un peu claniques, qui sont celles que nous avons connues au sein du Parti Socialiste, faire en sorte de dissocier les fonctions. Être premier secrétaire, ça ne veut pas dire être candidat à l'élection présidentielle. On vit encore sur le modèle de Mitterrand, qui fut premier secrétaire avant d'être président de la République. Mais depuis lors, aucun de ceux qui ont été premier secrétaire en exercice ne sont devenus, en réalité, présidents.

Et donc, il faut dissocier les fonctions, éviter que ce débat-là donne le sentiment d'une préemption du débat suivant. Il faut qu'on ait quelqu'un qui anime, plus que quelqu'un qui s'approprie une formation politique. Il faut imaginer aussi une meilleure association des militants, et donc peut-être procéder par tirage au sort pour une partie de la direction du Parti Socialiste. Voilà des idées qui seront dans le débat.

5:47
Présentateur

C'est-à-dire, moins de cadors, entre guillemets, à la direction du Parti Socialiste, mais des gens qui viennent de la base.

5:54
Olivier Faure

Mais il faut de tout. Il faut des gens qui ont de l'expérience, et puis des gens qui sont là pour donner leur sentiment sur la façon dont les choses se décident, et ne pas laisser de bulles se constituer où que ce soit. Et le propre de toutes les formations, quelles qu'elles soient, d'ailleurs pas seulement politiques, c'est que quand on les laisse vivre en vase clos, elles finissent par créer leur propre citadelle.

Et donc, moi, ce que je souhaite, c'est un parti qui soit ouvert dans le processus de décision, mais qui reste ouvert ensuite aussi, et qui soit perméable, disponible pour les idées nouvelles, disponible pour ceux qui continuent à agiter la société française, et que nous n'ayons pas, finalement, la bunkérisation de notre formation, comme ça a été parfois le cas.

6:39
Présentateur

Olivier Faure, vous l'avez plus ou moins évoqué, l'héritage des prédécesseurs, en tout cas, vous parliez de Mitterrand, de François Hollande, est-ce que la parole de François Hollande a encore du poids au sein de votre parti, de formation politique ?

6:54
Olivier Faure

Évidemment, la parole d'un ancien président a toujours du poids, et il suffit de regarder, y compris dans les autres formations, l'importance que peuvent prendre les décisions, les paroles les uns et les autres. Et donc, il doit être l'un de ceux dont la parole doit être écoutée, mais je dis l'un de ceux parce que nous n'allons pas rejouer la partie.

7:15
Présentateur

Mais parce qu'il dit, je n'abandonne pas la vie politique, il n'est plus président, mais il n'abandonne pas la vie politique, est-ce que ça peut être un frein pour la refondation du Parti Socialiste ?

7:25
Olivier Faure

Mais ça ne dépend pas de lui, en réalité, ça dépend de nous autres. Notre capacité à occuper un espace qui est aujourd'hui vacant, et faire en sorte que cette nouvelle génération, que vous ne connaissez pas encore, mais qui a des choses à dire, et qui a envie de les dire, puissent prendre sa place et puissent progressivement donner de nouveaux visages, de nouveaux contenus à ce qu'est la gauche d'aujourd'hui.

7:50
Présentateur

Olivier Faure, les consultations entre les partenaires sociaux et le gouvernement sur la réforme du Code du Travail se sont achevées hier. On attend maintenant le contenu des ordonnances, et ce sera pour la semaine prochaine. Il y a des lignes rouges pour vous à ne pas franchir ?

8:05
Olivier Faure

Oui, il y a beaucoup de lignes rouges à ne pas franchir, parce que je vois qu'Emmanuel Macron est parti faire une tournée européenne pour protéger les salariés français de la concurrence européenne. Moi, j'aimerais qu'il protège les Français aussi en France, et donc qu'il ne fasse pas un numéro de claquette quand il est chez les Européens, mais qu'en revanche, quand il est en France, il abaisse le niveau de protection. Et c'est le cas pour de nombreux sujets.

Je vais donner quelques exemples pour ne pas être trop long, mais par exemple, le compte pénibilité que nous avons mis en place dans la législature précédente et qui permet à des gens qui ont des travaux pénibles de partir plus tôt à la retraite. Est-ce que vraiment, il est nécessaire de le supprimer ? Je ne le crois pas. Est-ce qu'il est nécessaire de faire en sorte que ceux qui sont licenciés abusivement, et je ne parle pas de licenciement pour cause réelle et sérieuse, mais de licenciement abusif, voient leurs indemnités plafonnées ? Voilà deux exemples qui sont des exemples que tout le monde comprendra.

8:58
Présentateur

Très rapidement, si vous n'êtes pas satisfait des ordonnances, vous ferez quoi ? Vous rejoindrez la CGT en ascendant dans la rue début septembre, ou la France Insoumise fin septembre ?

9:08
Olivier Faure

D'abord, moi, je veux voir ce qu'est dans cette ordonnance. Je n'ai pas pour habitude de juger avant de savoir. Ensuite, l'idée n'est pas de condamner l'intégralité de ce qui peut être posé, mais de chercher à avoir un dialogue. C'est la raison pour laquelle nous étions contre les ordonnances, parce que les ordonnances ne permettent pas de ce dialogue et qu'elles obligent à adopter un bloc. Et donc, c'est ce bloc-là. Si c'est en moment de prendre tout en bloc, on dira non.

S'il y a des choses à prendre et des évolutions à engranger, évidemment, nous le ferons, parce qu'on ne peut pas non plus être sur la ligne des Insoumis, par exemple, qui doit dire qu'il faut figer pour l'éternité le code du travail, alors même que la France évolue, le monde évolue. Et donc, moi, je ne suis pas pour les souvenirs, je suis pour l'avenir.

9:50
Présentateur

Merci, Olivier Faure, président du groupe La Nouvelle Gauche à l'Assemblée Nationale, d'avoir été l'invité de la matinale. Merci. On va passer à la route.