Trafic de drogue: la prise de parole de Bruno Retailleau en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Priorité au direct, le ministre de l'Intérieur à Nanterre avec la police judiciaire et les saisies de drogue.
Pour ces sacs de résine de cannabis, il y en a une tonne. C'est un travail nuit et jour. C'est un travail le week-end. Et c'est aussi un courage qui est absolument incroyable. Donc je suis venu ici, à la direction départementale de la police judiciaire, pour saluer et les enquêteurs et la baillerie. Ils ont fait un travail extraordinaire. Donc la première chose, c'est qu'il faut être au contact des hommes et des femmes, leur exprimer notre reconnaissance, notre gratitude, parce qu'il n'y a rien d'évident. Quand on réalise une telle saisie, vous n'imaginez pas l'ingéniosité, vous n'imaginez pas le courage, vous n'imaginez pas le travail qu'il a fallu derrière.
Ensuite, moi je considère qu'aujourd'hui en France, il est minuit moins de quart. Je considère que le narco-banditisme doit être désormais envisagé comme une cause pour un combat qui est national. Parce que c'est une cause racine de l'hyperviolence, on le voit parfaitement. Parce que ça peut menacer nos institutions, jusqu'à notre souveraineté dans certaines parties du territoire, avec une corruption qui peut s'étendre. Et moi je ne veux pas que demain, notre pays, la France, soit sur la voie de la cartélisation. Donc il va falloir réagir. Et réagir de façon très très déterminée, sur deux plans. Je veux m'adresser aux consommateurs. Parce que trop souvent, on dit, voilà, on fume, etc.
C'est du rétractif. Moi ce que je veux dire, c'est qu'un joint, il a le goût du sang. Il a le goût des larmes. Parce que derrière le joint, la coque, ou d'autres drogues, il y a des réseaux. Il y a des mafieux. Il y a des gens qui profitent d'autres êtres humains, qui s'engraissent, qui font des fortunes, qui commanditent des crimes, des assassinats, de la pire des façons. S'il y a une offre, c'est parce qu'il y a une demande. Il faut responsabiliser les consommateurs. Et ça c'est un discours de vérité que je veux tenir.
La deuxième chose, c'est que je pense que, si on fait du narco-banditisme une grande cause pour un grand combat, je l'ai comparé tout à l'heure en m'adressant aux enquêteurs, en m'adressant à la BRI, à ce qui s'est passé pour le terrorisme. On est en 2015, la France s'est frappée. Et à l'époque, on est démunis. On n'a pas de parquet national spécialisé, le PNAT. On a des services de renseignement qui ne sont pas vraiment coordonnés. Laurent Nunez a connu cela. Et on va prendre le taureau par les cornes. On va avoir une vraie stratégie, on va avoir un arsenal des outils législatifs qu'on va forger au fil des ans, et on va obtenir des résultats.
Je le disais tout à l'heure, trois attentats étaient joués pour les Jeux olympiques. Je ne veux pas dire que demain, ça ne peut pas arriver. Parce que c'est un combat qui est toujours renouvelé, qui est toujours à recommencer. Mais on a su se réarmer contre le terrorisme. Eh bien, ce qu'on a fait contre le terrorisme, il va falloir que dans les 10 ou les 20 prochaines années, on le fasse pour le narco-banditisme.
Avec la même détermination dans l'action, avec la même constance dans la durée, et avec des outils, avec un arsenal législatif qui va nous permettre de doter les forces de sécurité, les enquêteurs d'outils qui leur permettront de contrer ces fortunes, ces réseaux qui sont en train d'infiltrer profondément un certain nombre de nos territoires.
Ce que vous nous dites, c'est que l'arsenal législatif actuel n'est pas suffisant pour lutter contre le narcotrafic. Il faudra donc une nouvelle loi ?
S'il n'y avait qu'une loi, ce serait facile. Je parle, moi, d'une volonté politique, d'un courage politique. Et je parle d'une stratégie qui sera globale. Bien sûr, il faut un arsenal. J'avais diligenté, lorsque j'étais patron du groupe au Sénat, une commission d'enquête. Elle a fait une trentaine de propositions, elles peuvent être améliorées. C'était une commission transversale. Le président était un sénateur socialiste. Le rapporteur, un sénateur, les Républicains. Donc on voit bien, même lorsqu'on a une Assemblée nationale un peu archipélisée, qu'on peut regrouper les bonnes volontés. Mais moi, je pense, bien sûr, il y a des propositions sur la table.
Je pense qu'il faut voir ce qui s'est passé, par exemple, aux États-Unis ou en Italie. Il faut frapper au portefeuille. Il faut saisir des biens. Al Capone est tombé, je vous le rappelle, sur une enquête fiscale. Il faut aussi donner un cadre pour les indicateurs. Est-ce que vous pensez un seul moment que sans indicateurs, on pourrait avoir l'efficacité de nos enquêteurs, de nos policiers, de nos gendarmes ? Évidemment que non. Il faut avoir un statut du repenti. Donc il y a tous ces outils législatifs qu'il va falloir forger. Ce n'est pas seulement le ministre de l'Intérieur qui peut le faire. Et j'en ai déjà parlé avec Didier Migaud.
Ça doit être un travail sous la responsabilité du Premier ministre, Michel Barnier, qui est, je pense, conscient des efforts qu'il va nous falloir produire. Mais il doit y avoir pas seulement un changement de degré dans notre action, mais de nature. Fondamentalement, on est là.
Quel regard vous portez sur les opérations PlaceNet, la stratégie de pilonnage des points de deal qui était portée par votre prédécesseur ?
Je pense qu'il y a eu raison de le faire et qu'un certain nombre d'opérations PlaceNet ont eu du succès. On est en train d'évaluer. Ça fait à peu près un an que les premières ont été déployées. Mais je pense que ça a été des actions qui ont été des actions déterminantes. On voit bien, d'ailleurs, dans les premiers retours que l'on a, c'est que ces actions, elles sont d'autant plus efficaces qu'elles sont parfaitement coordonnées, notamment pour la judiciarisation avec la justice, mais aussi avec des services fiscaux, avec les douanes. Donc ce sont des actions qui ne sont pas uniquement des actions de nos services d'ordre, des forces de sécurité intérieure. Elles doivent être coordonnées.
Mais bien évidemment, on va en retirer l'expérience. S'il faut bouger, ce qu'il faut améliorer, on le fera. Mais je pense qu'elles sont légitimes.
Concernant l'immigration, vous souhaitez vous inspirer du modèle italien, quid des personnes débitées, par exemple, du droit d'asile. Est-ce que vous pouvez revenir là-dessus ?
Non, d'abord, je veux vous dire une chose. J'étais avec mes collègues, j'étais jeudi à un conseil européen consacré à l'immigration. Où il y avait, autour d'une grande table, comme on peut les imaginer, c'était au Luxembourg, il y avait 27 ministres de l'Intérieur. Et on sait, chacun d'entre nous, on s'est exprimé. Je défie quiconque, à l'expression des ministres de l'Intérieur, je défie quiconque de me dire si le ministre de l'Intérieur qui s'exprimait appartenait à un gouvernement de droite ou de gauche, conservateur ou social-démocrate. Ce que je veux dire par là, c'est que nous, on a en France, souvent dans le microcosme, un débat franco-français.
Mais au niveau européen, on est tous alignés. Il y a un très grand consensus parce que les peuples, le peuple français, mais aussi les peuples européens, nous demandent de reprendre le contrôle, un contrôle qui nous a échappé. Sur l'Italie, bien sûr, il faut s'inspirer. Par exemple, l'Italie a obtenu des résultats, moins 64% de flux irréguliers. Et ce n'est pas l'Italie toute seule qui l'a obtenu. C'est grâce à des accords que l'Union européenne avait passés avec la Tunisie et avec l'Égypte. Ce que l'Union européenne a fait avec ces deux pays-là, pourquoi est-ce que la France, on ne le ferait pas avec d'autres pays ? Bien entendu.
On va voir ce que, parce que pour l'instant, c'est une opération qui débute. L'opération qui consiste à prendre des migrants en mer pour les transférer en Albanie. Nous, on a aujourd'hui, notamment sur les demandeurs d'asile, on a une règle constitutionnelle qui date d'ailleurs de 1946 et qui nous dit, voilà, il faut examiner les demandes d'asile sur le sol français. Donc, on ne peut pas vraiment tout copier. Mais je pense qu'on peut s'inspirer des meilleures pratiques. Et moi, je suis très heureux parce que c'était ma première réunion. On a fait plusieurs demandes et dont une demande qui est pour nous importante. Il y a une directive retour qui a été votée en 2008.
Retenez que la directive retour, elle empêche les retours. Et donc, il faut la réviser. On était tous d'accord. Et curieusement, et je m'en félicite, Mme Van der Leyen, hier, quelques jours après notre réunion, quelques jours après que les ministres de l'Intérieur aient dit, il faut impérativement qu'on change la règle européenne, Mme Van der Leyen a pris sa plume et elle a envoyé à tous les chefs d'État, les 27 chefs d'État, une lettre pour dire, on va adopter une nouvelle législation et enfin, on va pouvoir plus facilement éloigner ceux qui n'ont pas à être sur le territoire français. C'est ça qu'il faut faire.
Mais il faut, là encore, agir avec une très forte résolution et ne pas craindre, évidemment, les polémiques qu'il peut y avoir par ailleurs. Ce que je veux vous dire, c'est que ce que nous proposons ici, le débat qui existe aujourd'hui en France, il est porté par tous les ministres de l'Intérieur au niveau européen. pour le faire.
Alors, il est bon, il est bon, il est bon.
Bruno Retailleau